The Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise, Tome 10 by Adolphe Thiers This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org Title: Histoire de la Revolution francaise, Tome 10 Author: Adolphe Thiers Release Date: October 5, 2004 [EBook #13607] Language: French Character set encoding: ASCII *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION *** Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed Proofreading Team. This file was produced from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE _PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADEMIE FRANCAISE NEUVIEME EDITION TOME DIXIEME M DCCC XXXIX DIRECTOIRE. CHAPITRE XIII. EXPEDITION D'EGYPTE. DEPART DE TOULON; ARRIVEE DEVANT MALTE; CONQUETE DE CETTE ILE. DEPART POUR L'EGYPTE; DEBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHEBREISS. BATAILLE DES PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN EGYPTE; ETABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR, DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANCAISE PAR LES ANGLAIS. Bonaparte arriva a Toulon le 20 floreal an VI (9 mai 1798). Sa presence rejouit l'armee, qui commencait a murmurer et a craindre qu'il ne fut pas a la tete de l'expedition. C'etait l'ancienne armee d'Italie. Elle etait riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa _fortune etait faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zele a faire la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son general, pour la decider a s'embarquer et a courir vers une destination inconnue. Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant a Toulon. Il y avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante: "SOLDATS! "Vous etes une des ailes de l'armee d'Angleterre. Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de siege; il vous reste a faire la guerre maritime. "Les legions romaines, que vous avez quelquefois imitees, mais pas encore egalees, combattaient Carthage tour a tour sur cette mer et aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent braves patientes a supporter la fatigue, disciplinees et unies entre elles. "Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes destinees a remplir, des batailles a livrer, des dangers, des fatigues a vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prosperite de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre gloire. "Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis; souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns des autres. "Soldats, matelots, vous avez ete jusqu'ici negliges; aujourd'hui la plus grande sollicitude de la republique est pour vous: vous serez dignes de l'armee dont vous faites partie. "Le genie de la liberte qui a rendu, des sa naissance, la republique l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les plus lointaines." On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la laissant toujours dans le mystere qui devait l'envelopper. L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne, dont un de 120 canons (c'etait _l'Orient_, que devaient monter l'amiral et le general en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus deux vaisseaux venitiens de 64 canons, six fregates venitiennes et huit francaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes canonnieres, petits navires de toute espece. Les transports reunis tant a Toulon qu'a Genes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'elevaient a quatre cents. C'etaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter a la fois sur la Mediterranee. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers. La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux. On mit a la voile le 30 floreal (19 mai), au bruit du canon, aux acclamations de toute l'armee. Des vents violens causerent quelque dommage a une fregate a la sortie du port. Les memes vents avaient cause de telles avaries a Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il fut oblige d'aller au radoub dans les iles Saint-Pierre. Il fut ainsi eloigne de l'escadre francaise, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua d'abord vers Genes, pour rallier le convoi reuni dans ce port, sous les ordres du general Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui etait sous les ordres de Vaubois, et s'avanca dans la mer de Sicile, pour se reunir au convoi de Civita-Vecchia, qui etait sous les ordres de Desaix. Le projet de Bonaparte etait de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une entreprise audacieuse dont il avait de longue main prepare le succes par des trames secretes. Il voulait s'emparer de cette ile, qui, commandant la navigation de la Mediterranee, devenait importante pour l'Egypte, et qui ne pouvait manquer d'echoir bientot aux Anglais, si on ne les prevenait. L'ordre des chevaliers de Malte etait comme toutes les institutions du moyen-age: il avait perdu son objet, et des lors sa dignite et sa force. Il n'etait plus qu'un abus, profitable seulement a ceux qui l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en France, en Italie, en Allemagne, des biens considerables, qui leur avaient ete donnes par la piete des fideles pour proteger les chretiens allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de pelerinages de cette espece, le role et le devoir des chevaliers etaient de proteger les nations chretiennes contre les Barbaresques, et de detruire l'infame piraterie qui infeste la Mediterranee. Les biens de l'ordre suffisaient a l'entretien d'une marine considerable; mais les chevaliers ne s'occupaient aucunement a en former une: ils n'avaient que deux ou trois vieilles fregates, ne sortant jamais du port, et quelques galeres qui allaient donner et recevoir des fetes dans les ports d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, places dans toute la chretiente, devoraient dans le luxe et l'oisivete les revenus de l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eut fait la guerre aux Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun interet. En France on lui avait enleve ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir en Italie, sans qu'il s'elevat aucune reclamation en sa faveur. On a vu que Bonaparte avait songe deja a pratiquer des intelligences dans Malte. Il avait gagne quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider par un coup d'audace, et de les obliger a se rendre; car il n'avait ni le temps ni les moyens d'une attaque reguliere contre une place reputee imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en voyant les escadres francaises dominer dans la Mediterranee, s'etait mis sous la protection de Paul Ier. Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'a Malte meme. Les cinq cents voiles francaises se deployerent a la vue de l'ile, le 21 prairial (9 juin), vingt-deux jours apres la sortie de Toulon. Cette vue repandit le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un pretexte de s'arreter, et pour faire naitre un sujet de contestation, demanda au grand-maitre la faculte de faire de l'eau. Le grand-maitre, Ferdinand de Hompesch, fit repondre par un refus absolu, alleguant les reglemens, qui ne permettaient pas d'introduire a la fois plus de deux vaisseaux appartenant a des puissances belligerantes. On avait autrement accueilli les Anglais quand ils s'etaient presentes. Bonaparte dit que c'etait la une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner un debarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes francaises debarquerent dans l'ile, et investirent completement Lavalette, qui compte trente mille ames a peu pres de population, et qui est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit debarquer de l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers repondirent a son feu, mais tres mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un grand nombre de pris. Le desordre se mit alors a l'interieur. Quelques chevaliers de la langue francaise declarerent qu'ils ne pouvaient pas se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les cachots. Le trouble etait dans les tetes; les habitans voulaient qu'on se rendit. Le grand-maitre, qui avait peu d'energie, et qui se souvenait de la generosite du vainqueur de Rivoli a Mantoue, songea a sauver ses interets du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers francais qu'il y avait jetes, et l'envoya a Bonaparte pour negocier. Le traite fut bientot arrete. Les chevaliers abandonnerent a la France la souverainete de Malte et des iles en dependant; en retour, la France promit son intervention au congres de Rastadt, pour faire obtenir au grand-maitre une principaute en Allemagne, et a defaut, elle lui assura une pension viagere de 300,000 francs et une indemnite de 600,000 francs comptant. Elle accorda a chaque chevalier de la langue francaise 700 fr. de pension, et 1,000 pour les sexagenaires; elle promit sa mediation pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la Mediterranee, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais a sa poursuite. Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les portes._ Bonaparte laissa Vaubois a Malte, avec trois mille hommes de garnison; il y placa Regnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualite de commissaire civil. Il fit tous les reglemens administratifs qui etaient necessaires pour l'etablissement du regime municipal dans l'ile, et il mit sur-le-champ a la voile pour cingler vers la cote d'Egypte. Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), apres une relache de dix jours. L'essentiel maintenant, etait de ne pas rencontrer les Anglais. Nelson, radoube aux iles Saint-Pierre, avait recu du lord Saint-Vincent un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs fregates, ce qui lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques vaisseaux de moindre importance. Il etait revenu le 13 prairial (1er juin) devant Toulon; mais l'escadre francaise en etait sortie depuis douze jours. Il avait couru de Toulon a la rade du Tagliamon, et de la rade du Tagliamon a Naples, ou il etait arrive le 2 messidor (20 juin), au moment meme ou Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Francais avaient paru vers Malte, il les suivait, dispose a les attaquer s'il parvenait a les joindre. Sur toute l'escadre francaise, on etait pret au combat. La possibilite de rencontrer les Anglais etait presente a tous les esprits et n'effrayait personne. Bonaparte avait reparti sur chaque vaisseau de ligne cinq cents hommes d'elite, qu'on habituait tous les jours a la manoeuvre du canon, et a la tete desquels se trouvait un de ces generaux si bien habitues au feu sous ses ordres. Il s'etait fait un principe sur la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des ordres etaient donnes en consequence, et il comptait sur la bravoure des troupes d'elite placees a bord des vaisseaux. Ces precautions prises, il cinglait tranquillement vers l'Egypte. Cet homme qui, suivant d'absurdes detracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait tranquillement a la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait eu l'audace de perdre quelques jours a Malte pour en faire la conquete. La gaiete regnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement ou l'on allait, mais le secret commencait a se repandre, et on attendait avec impatience la vue des rivages qu'on allait conquerir. Le soir, les savans, les officiers-generaux qui etaient a bord de _l'Orient_, se reunissaient chez le general en chef, et la commencaient les ingenieuses et savantes discussions de l'Institut d'Egypte. Un instant, l'escadre anglaise ne fut qu'a quelques lieues de l'immense convoi francais, et de part et d'autre on l'ignora. Nelson commencant a supposer que les Francais s'etaient diriges sur l'Egypte, fit voile pour Alexandrie, et les y devanca; mais ne les ayant pas trouves, il vola vers les Dardanelles, pour tacher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier, l'expedition francaise n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain, 13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi a peu pres qu'elle etait sortie de Toulon. Bonaparte envoya chercher aussitot le consul francais. Il apprit que les Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages voisins, il voulut tenter le debarquement a l'instant meme. On ne pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait disposee a se defendre; il fallait descendre a quelque distance, sur la plage voisine, a une anse dite du Marabout. Le vent soufflait violemment, et la mer se brisait avec furie sur les recifs de la cote. C'etait vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats demandaient a grands cris a le suivre a la cote. On commenca a mettre les embarcations a la mer, mais l'agitation des flots les exposait a chaque instant a se briser les unes contre les autres. Enfin, apres de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut a l'horizon; on crut que c'etait une voile anglaise: "_Fortune_, s'ecria Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_" La fortune ne l'abandonnait pas, car c'etait une fregate francaise qui rejoignait. On eut beaucoup de peine a debarquer quatre ou cinq mille hommes, dans la soiree et dans la nuit. Bonaparte resolut de marcher sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas donner aux Turcs le temps de faire des preparatifs de defense. On se mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de debarque; l'etat-major, Bonaparte et Caffarelli lui-meme, malgre sa jambe de bois, firent quatre a cinq lieues a pied dans les sables, et arriverent a la pointe du jour en vue d'Alexandrie. Cette antique cite, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques edifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle etait ruinee aux trois quarts. Les Turcs, les Egyptiens opulens, les negocians europeens habitaient dans la ville moderne, qui etait la seule partie conservee. Quelques Arabes vivaient dans les decombres de la cite antique; une vieille muraille flanquee de quelques tours enfermait la nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour regnaient les sables qui, en Egypte, s'avancent partout ou la civilisation recule. Les quatre mille Francais, conduits par Bonaparte, y arriverent a la pointe du jour: ils ne rencontrerent sur cette plage de sable qu'un petit nombre d'Arabes, qui, apres quelques coups de fusil, s'enfoncerent dans le desert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon, avec la premiere, marcha a droite, vers la porte de Rosette; Kleber, avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou, avec la troisieme, s'avanca a gauche vers la porte des Catacombes. Les Arabes et les Turcs, excellens soldats derriere un mur, firent un feu bien nourri; mais les Francais monterent avec des echelles, et franchirent la vieille muraille. Kleber tomba le premier, frappe d'une balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'a la ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermediaire pour negocier un accord. Bonaparte declara qu'il ne venait point pour ravager le pays, ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire a la domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient faits a la France. Il promit que les autorites du pays seraient maintenues, que les ceremonies du culte continueraient d'avoir lieu comme par le passe, que les proprietes seraient respectees, etc..... Moyennant ces conditions, la resistance cessa: les Francais furent maitres d'Alexandrie le jour meme. Pendant ce temps, l'armee avait acheve de debarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre a l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de creer a Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et d'arreter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Egypte. Pour le moment, les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais etaient passes; les plus grands obstacles etaient vaincus avec ce bonheur qui semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme. L'Egypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus singulier, le mieux situe, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa position est connue. L'Afrique ne tient a l'Asie que par un isthme de quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il etait coupe, donnerait acces de la Mediterranee dans la mer de Indes, dispenserait les navigateurs d'aller a des distances immenses, et au milieu des tempetes, doubler le cap de Bonne-Esperance. L'Egypte est placee parallelement a la mer Rouge et a l'isthme de Suez. Elle est la maitresse de cet isthme. C'est cette contree qui, chez les anciens et dans le moyen-age, pendant la prosperite des Venitiens, etait l'intermediaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans les deserts de l'Afrique, puis entre en Egypte, ou plutot y tombe, en se precipitant des cataractes de Syene, et parcourt encore deux cents lieues jusqu'a la mer. Ses bords constituent toute l'Egypte. C'est une vallee de deux cents lieues de longueur, sur cinq a six lieues de largeur. Des deux cotes elle est bordee par un ocean de sables. Quelques chaines de montagnes, basses, arides et dechirees, sillonnent tristement ces sables, et projettent a peine quelques ombres sur leur immensite. Les unes separent le Nil de la mer Rouge, les autres le separent du grand desert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du Nil, a une certaine distance dans le desert, serpentent deux langues de terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu de verdure. Ce sont les _oasis_, especes d'iles vegetales, au milieu de l'ocean des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles provinces. Cinquante lieues avant d'arriver a la mer, le Nil se partage en deux branches, qui vont tomber a soixante lieues l'une de l'autre, dans la Mediterranee, la premiere a Rosette, la seconde a Damiette. On connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les apercoit encore, mais il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle forme par ces deux grandes branches et par la mer a soixante lieues a sa base et cinquante sur ses cotes; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de l'Egypte, parce que c'est la plus arrosee, la plus coupee de canaux. Le pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Egypte, qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Egypte, qu'on appelle Ouestanieh; la Haute-Egypte, qu'on appelle le Said. Les vents etesiens soufflant d'une maniere constante du nord au sud, pendant les mois de mai, juin et juillet, entrainent tous les nuages formes a l'embouchure du Nil, n'en laissent pas sejourner un seul sur cette contree toujours sereine, et les portent vers les monts d'Abyssinie. La ces nuages s'agglomerent, se precipitent en pluie pendant les mois de juillet, aout et septembre, et produisent le phenomene celebre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre recoit par les debordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne recoit pas du ciel. Il n'y pleut jamais, et les marecages du Delta, qui seraient pestilentiels sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Egypte une seule fievre. Le Nil, apres son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons consacrees autrefois a nourrir Rome. Plus l'inondation s'est etendue, plus il y a de terre cultivable. Les proprietaires de cette terre, nivelee tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Egypte. Des canaux pourraient etendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la rapidite des eaux, de les faire sejourner plus long-temps, et d'etendre la fertilite aux depens du desert. Nulle part le travail de l'homme ne pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne serait plus souhaitable. Le Nil et le desert se disputent l'Egypte, et c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le desert et de le faire reculer. On croit que l'Egypte nourrissait autrefois vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle etait a peine capable d'en nourrir trois millions quand les Francais y entrerent. L'inondation finit a peu pres en septembre. Alors commencent les travaux des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, decembre, janvier, fevrier, la campagne d'Egypte presente un aspect ravissant de fertilite et de fraicheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons, emaillee de fleurs, traversee par d'immenses troupeaux. En mars les chaleurs commencent; la terre se gerce si profondement, qu'il est quelquefois dangereux de la traverser a cheval. Les travaux des champs sont alors finis. Les Egyptiens ont recueilli toutes les richesses de l'annee. Outre les bles, l'Egypte produit les meilleurs riz, les plus beaux legumes, le sucre, l'indigo, le sene, la casse, le natron, le lin, le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui manque des huiles; mais elle les trouve vis-a-vis, en Grece; il lui manque le tabac et le cafe, mais elle les trouve a ses cotes, dans la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privee de bois, car la grande vegetation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil depose sur un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les seuls arbres de l'Egypte. A defaut de bois on brule la bouse de vache. L'Egypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espece y fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si celebres dans le monde par leur beaute, leur vivacite, leur familiarite avec leurs maitres, et cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme un navire vivant pour traverser la mer des sables. Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent comme des flottes des deux cotes du desert. Les unes viennent de la Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des cotes de Barbarie. Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or, l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes, les aromates de toute espece, le cafe, le tabac, les bois et les esclaves. Le Caire devient un entrepot magnifique des plus belles productions du globe, de celles que le genie si puissant des occidentaux ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur gout delicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde est-il le seul dont les progres des peuples n'ameneront jamais la fin. Il ne serait donc pas necessaire de faire de l'Egypte un poste militaire, pour aller detruire violemment le commerce des Anglais. Il suffirait d'y etablir un entrepot, avec la surete, les lois et les commodites europeennes, pour attirer les richesses du monde. La population qui occupe l'Egypte est, comme les ruines des cites qui la couvrent, un amas des debris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens habitans de l'Egypte, des Arabes, conquerans de l'Egypte sur les Cophtes, des Turcs conquerans sur les Arabes, telles sont les races dont les debris pullulent miserablement sur une terre dont ils sont indignes. Les Cophtes, quand les Francais y entrerent, etaient deux cent mille au plus. Meprises, pauvres, abrutis, ils s'etaient voues, comme toutes les classes proscrites, aux plus ignobles metiers. Les Arabes formaient la masse presque entiere de la population; ils descendaient des compagnons de Mahomet. Leur condition etait infiniment variee; quelques-uns, de haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'a Mahomet lui-meme, grands proprietaires, ayant quelques traces du savoir arabe, reunissant a la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, etaient, sous le titre de scheiks, les veritables grands de l'Egypte. Dans les divans, ils representaient le pays, quand ses tyrans voulaient s'adresser a lui; dans les mosquees, ils composaient des especes d'universites, ou ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquee de Jemil-Azar etait le premier corps savant et religieux de l'Orient. Apres ces grands, venaient les moindres proprietaires, composant la seconde et la plus nombreuse classe des Arabes; puis les proletaires, qui etaient tombes dans la situation de veritables ilotes. Ces derniers etaient des paysans a gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant dans la misere et l'abjection. Il y avait une quatrieme classe d'Arabes, c'etaient les Bedouins ou Arabes errans: ceux-la n'avaient pas voulu s'attacher a la terre; c'etaient les fils du desert. Montes sur des chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux, ils erraient, cherchant des paturages dans quelques oasis, ou venant annuellement ensemencer les lisieres de terre cultivable, placees sur le bord de l'Egypte. Leur metier etait d'escorter les caravanes ou de preter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi, ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils pretaient leurs chameaux. Quelquefois meme, violant l'hospitalite qu'on leur accordait sur la lisiere des terres cultivables, ils se precipitaient sur cette vallee du Nil, qui, large seulement de cinq lieues, est si facile a penetrer; ils pillaient les villages, et, remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du desert. La negligence turque laissait leurs ravages presque toujours impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du desert qu'elle ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divises en tribus sur les deux cotes de la vallee, etaient au nombre de cent ou cent vingt mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves, mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre. La troisieme race enfin etait celle des Turcs; mais elle etait aussi peu nombreuse que les Cophtes, c'est-a-dire qu'elle s'elevait a deux cent mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les Turcs, venus depuis la derniere conquete des sultans de Constantinople, etaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour avoir les privileges des janissaires, et qu'un tres petit nombre sont reellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la milice du pacha. Ce pacha, envoye de Constantinople, representait le sultan en Egypte; mais a peine escorte de quelques janissaires, il avait vu s'evanouir son autorite par les precautions meme que le sultan Selim avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par son eloignement l'Egypte pourrait echapper a la domination de Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y creer un empire independant, avait imagine un contre-poids, en instituant la milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions physiques qui rendent un pays dependant ou independant d'un autre, au lieu du pacha, c'etaient les Mameluks qui s'etaient rendus independans de Constantinople et maitres de l'Egypte. Les Mameluks etaient des esclaves achetes en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du Caucase, transportes jeunes en Egypte, eleves dans l'ignorance de leur origine, dans le gout et la pratique des armes, ils devenaient les plus braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient a honneur d'etre sans origine, d'avoir ete achetes cher, et d'etre beaux et vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui etaient leurs proprietaires et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks. C'etait un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils transmettaient quelquefois a leur fils, et plus souvent a leur Mameluk favori, qui devenait bey a son tour. Chaque Mameluk etait servi par deux fellahs. La milice entiere se composait de douze mille cavaliers a peu pres, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils etaient les veritables maitres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres appartenant aux beys, ou du revenu des impots etablis sous toutes les formes. Les Cophtes, que nous avons deja dits livres aux plus ignobles fonctions, etaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort. Les vingt-quatre beys, egaux de droit, ne l'etaient pas de fait. Ils se faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait une souverainete viagere. Il etait tout a fait independant du pacha representant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au Caire dans une sorte de nullite, et souvent lui refusait le _miri_, c'est-a-dire l'impot foncier, qui, representant le droit de la conquete, appartenait a la Porte. L'Egypte etait donc une veritable feodalite, comme celle de l'Europe dans le moyen age; elle presentait a la fois un peuple conquis, une milice conquerante, en revolte contre son souverain; enfin une ancienne classe abrutie, au service et aux gages du plus fort. Deux beys superieurs aux autres dominaient en ce moment l'Egypte. L'un, Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrepide, vaillant et plein d'ardeur. Ils etaient convenus d'une espece de partage d'autorite, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles, et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci etait charge des combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous devoues a sa personne. Bonaparte, qui au genie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du fondateur, et qui avait d'ailleurs administre assez de pays conquis pour s'en etre fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il avait a suivre en Egypte. Il fallait d'abord arracher cette contree a ses veritables maitres, c'est-a-dire aux Mameluks. C'etait cette classe qu'il fallait combattre et detruire par les armes et la politique. D'ailleurs on avait des raisons a faire valoir contre eux, car ils n'avaient cesse de maltraiter les Francais. Quant a la Porte, il fallait paraitre ne pas attaquer sa souverainete, et affecter au contraire de la respecter. Telle qu'elle etait devenue, cette souverainete etait peu importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de l'Egypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un partage d'autorite qui n'aurait rien de facheux; car en laissant le Pacha au Caire, comme il y avait ete jusqu'ici, et en heritant de la puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose a regretter. Quant aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la veritable population, c'est-a-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un desir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouve en Italie, comme on le trouve partout, celui du retablissement de l'antique patrie, de la patrie arabe, on etait assure de dominer le pays et de se l'attacher entierement. Bien plus, en menageant les proprietes et les personnes, chez un peuple qui etait habitue a regarder la conquete comme donnant droit de meurtre, de pillage et de devastation, on allait causer une surprise des plus avantageuses a l'armee francaise; et si, en outre, on respectait les femmes et le prophete, la conquete des coeurs etait aussi assuree que celle du sol. Bonaparte se conduisit d'apres ces erremens aussi justes que profonds. Doue d'une imagination tout orientale, il lui etait facile de prendre le style solennel et imposant qui convenait a la race arabe. Il fit des proclamations qui etaient traduites en arabe et repandues dans le pays. Il ecrivit au pacha: "La republique francaise s'est decidee a envoyer une puissante armee pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, ainsi qu'elle a ete obligee de le faire plusieurs fois dans ce siecle contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais etre le maitre des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorite et sans pouvoir, tu dois voir mon arrivee avec plaisir. Tu es sans doute deja instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le sultan. Tu sais que la nation francaise est la seule et unique alliee que le sultan ait en Europe. Viens donc a ma rencontre, et maudis avec moi la race impie des beys." S'adressant aux Egyptiens, Bonaparte leur adressait ces paroles: "Peuples d'Egypte, on vous dira que je viens pour detruire votre religion. Ne le croyez pas; repondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que les Mameluks Dieu, son prophete et le Koran." Parlant de la tyrannie des Mameluks, il disait: "Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? cela appartient aux Mameluks. Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et misericordieux pour le peuple, et il a ordonne que l'empire des Mameluks finit." Parlant des sentimens des Francais, il ajoutait: "Nous aussi, nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons detruit le pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce pas nous qui avons detruit les chevaliers de Malte, parce que ces insenses croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospereront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le temps de nous connaitre, et ils se rangeront avec nous. Mais malheur, trois fois malheur a ceux qui s'armeront pour les Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'esperance pour eux; ils periront." Bonaparte dit a ses soldats: "Vous allez entreprendre une conquete dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez a l'Angleterre le coup le plus sur et le plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort. "Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahometans; leur premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophete_. Ne les contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des egards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les rabbins et pour les eveques. Ayez pour les ceremonies que prescrit le Koran, pour les mosquees, la meme tolerance que vous avez eue pour les couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moise et celle de Jesus-Christ. Les legions romaines protegeaient toutes les religions. Vous trouverez ici des usages differens de ceux de l'Europe, il faut vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays, celui qui viole est un lache. "La premiere ville que nous rencontrerons a ete batie par Alexandre. Nous trouverons a chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter l'emulation des Francais." Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour etablir l'autorite francaise a Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du Caire, capitale de toute l'Egypte. On etait en juillet, le Nil allait inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation, et employer le temps qu'elle durerait, a faire son etablissement. Il ordonna que tout demeurat dans le meme etat a Alexandrie, que les exercices religieux continuassent, que la justice fut rendue comme avant par les cadis. Il voulut succeder seulement aux droits des Mameluks, et etablir un commissaire pour percevoir les impots accoutumes. Il fit former un divan, ou conseil municipal, compose des scheiks et des notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que l'autorite francaise aurait a prendre. Il laissa trois mille hommes en garnison a Alexandrie, et en donna le commandement a Kleber, que sa blessure devait, pour un mois ou deux, condamner a l'inaction. Il chargea un jeune officier du plus rare merite, et qui promettait un grand ingenieur a la France, de mettre Alexandrie en etat de defense et d'y faire pour cela les travaux necessaires. C'etait le colonel Cretin, qui, a peu de frais et en peu de temps, executa a Alexandrie des travaux superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte a l'abri. C'etait une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargee de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut mise a l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna a Brueys de faire promptement decider la question, et de se rendre a Corfou, s'il etait reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie. Apres avoir vaque a ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en marche. Une flottille considerable chargee de vivres, d'artillerie, de munitions et de bagages, dut longer la cote jusqu'a l'embouchure de Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en meme temps que l'armee francaise. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armee, qui, privee des deux garnisons laissees a Malte et Alexandrie, etait forte de trente mille hommes a peu pres. Il avait ordonne a sa flottille de se rendre a la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. La il se proposait de la joindre et de remonter le Nil parallelement avec elle, afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Egypte, ou Bahireh. Pour aller d'Alexandrie a _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une a travers les pays habites, le long de la mer et du Nil, l'autre plus courte et a vol d'oiseau, mais a travers le desert de _Damanhour_. Bonaparte n'hesita pas, et prit la plus courte. Il lui importait d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le corps de bataille suivait a quelques lieues de distance. On s'ebranla le 18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engages dans cette plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel brulant sur la tete, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'etres vivans que de legeres troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et disparaissaient a l'horizon, et quelquefois se cachaient derriere des dunes de sable pour egorger les trainards, ils furent remplis de tristesse. Deja le gout du repos leur etait venu, apres les longues et opiniatres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur general dans une contree lointaine, parce que leur foi en lui etait aveugle, parce qu'on leur avait annonce une terre promise, de laquelle ils reviendraient assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils virent ce desert, le mecontentement s'en mela, et alla meme jusqu'au desespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance jalonnent la route du desert, detruits par les Arabes. A peine y restait-il quelques gouttes d'une eau saumatre, et tres insuffisante pour etancher leur soif. On leur avait annonce qu'ils trouveraient a Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrerent que de miserables huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut s'enfoncer de nouveau dans le desert. Bonaparte vit les braves Lannes et Murat eux-memes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les fouler aux pieds. Cependant il imposait a tous: sa presence commandait le silence, et faisait quelquefois renaitre la gaiete. Les soldats ne voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient a ceux qui trouvaient un grand plaisir a observer le pays. Voyant les savans s'arreter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'etait pour eux qu'on etait venu, et s'en vengeaient par de bons mots a leur facon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un erudit, passait a leurs yeux pour l'homme qui avait trompe le general, et qui l'avait entraine dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ca lui, il a un pied en France._ Cependant, apres de cruelles souffrances, supportees d'abord avec humeur, puis avec gaiete et courage, on arriva sur les bords du Nil le 22 messidor (10 juillet), apres une marche de quatre jours. A la vue du Nil et de cette eau si desiree, les soldats s'y precipiterent, et en se baignant dans ses flots oublierent toutes leurs fatigues. La division Desaix, qui de l'avant-garde etait passee a l'arriere-garde, vit galoper devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec quelques volees de mitraille. C'etaient les premiers qu'on eut vus. Ils annoncaient la prochaine rencontre de l'armee ennemie. Le brave Mourad-Bey, en effet, ayant ete averti, reunissait toutes ses forces autour du Caire. En attendant leur reunion, il voltigeait avec un millier de chevaux autour de notre armee, afin d'observer sa marche. L'armee attendit a Ramanieh l'arrivee de la flottille; elle se reposa jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le meme jour pour Chebreiss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille, qui etait partie la premiere, et qui avait devance l'armee, se trouva engagee avant de pouvoir etre soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi, et du rivage il joignait son feu a celui de ses _djermes_ (vaisseaux legers egyptiens). La flottille francaise eut a soutenir un combat des plus rudes. L'officier de marine Perree, qui la commandait, deploya un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui etaient arrives demontes en Egypte, et qui, en attendant de s'equiper aux depens des Mameluks, etaient transportes par eau. On prit deux chaloupes canonnieres a l'ennemi, et on le repoussa. L'armee arriva dans cet instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidite, au choc des chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilite du fantassin, sa longue baionnette, et des masses faisant front de tous cotes. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carres, au milieu desquels on placa les bagages et l'etat-major. L'artillerie etait aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres. Mourad-Bey lanca sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents cavaliers intrepides, qui, se precipitant a grands cris et de tout le galop de leurs chevaux, dechargeant leurs pistolets, puis tirant leurs redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carres. Trouvant partout une haie de baionnettes et un feu terrible, ils flottaient autour des rangs francais, tombaient devant eux, ou s'echappaient dans la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, apres avoir perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre a la hauteur du Caire, a la tete de toutes ses forces. Ce combat suffit pour familiariser l'armee avec ce nouveau genre d'ennemis, et pour suggerer a Bonaparte la tactique qu'il fallait employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait sur le Nil a la hauteur de l'armee. On marcha sans relache pendant les jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances a essuyer, mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. "Ces soldats, deja un peu degoutes des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu." Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et apres l'humeur les plaisanteries. Les savans commencaient a inspirer beaucoup de respect par le courage qu'on leur voyait deployer: Monge et Bertholet, sur la flottille, avaient montre a Chebreiss un courage heroique. Les soldats, tout en faisant des plaisanteries, etaient pleins d'egards pour eux. Ne voyant pas paraitre cette capitale du Caire, si vantee comme une des merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que ce serait comme a Damanhour, une reunion de huttes. Ils disaient encore qu'on avait trompe ce pauvre general, qu'il s'etait laisse deporter comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand on s'etait repose, les soldats qui avaient lu ou entendu debiter les contes des Mille et une Nuits, les repetaient a leurs camarades, et on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En attendant, on etait toujours prive de pain, non que le ble manquat, on en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four. On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis, connu dans les pays meridionaux sous le nom de _pasteque_. Les soldats l'appelaient _sainte pasteque_. On approchait du Caire, et la devait se livrer la bataille decisive. Mourad-Bey y avait reuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix mille a peu pres. Ils etaient suivis par un nombre double de fellahs, auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derriere les retranchemens. Il avait rassemble aussi quelques mille janissaires, ou spahis, dependans du pacha, qui, malgre la lettre de Bonaparte, s'etait laisse entrainer dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey avait fait des preparatifs de defense sur les bords du Nil. La grande capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'etait sur la rive opposee, c'est-a-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait place son camp, dans une longue plaine qui s'etendait entre le Nil et les pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Egypte. Voici quelles etaient ses dispositions. Un gros village, appele Embaheh, etait adosse au fleuve. Mourad-Bey y avait ordonne quelques travaux, concus et executes avec l'ignorance turque. C'etait un simple boyau qui environnait l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pieces n'etant pas sur affut de campagne ne pouvaient etre deplacees. Tel etait le camp retranche de Mourad. Il y avait place ses vingt-quatre mille fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniatrete accoutumee des Turcs derriere les murailles. Ce village, retranche et appuye au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille cavaliers, s'etendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides. Quelques mille cavaliers arabes, qui n'etaient les auxiliaires des Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire, remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collegue de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se tenait de l'autre cote du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses femmes, ses esclaves et ses richesses, pret a sortir du Caire, et a se refugier en Syrie, si les Francais etaient victorieux. Un nombre considerable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les richesses des Mameluks. Tel etait l'ordre dans lequel les deux beys attendaient Bonaparte. Le 3 thermidor (21 juillet), l'armee francaise se mit en marche avant le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer l'ennemi. A la pointe du jour, elle decouvrit enfin a sa gauche, au-dela du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et a sa droite, dans le desert, les gigantesques pyramides dorees par le soleil. A la vue de ces monumens, elle s'arreta comme saisie de curiosite et d'admiration. Le visage de Bonaparte etait rayonnant d'enthousiasme; il se mit a galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les pyramides: _Songez_, s'ecriait-il, _songez que du haut de ces pyramides quarante siecles vous contemplent_. On s'avanca d'un pas rapide. On voyait, en s'approchant, s'elever les minarets du Caire, on voyait grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait Embaheh, on voyait etinceler les armes de ces dix mille cavaliers, brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit aussitot ses dispositions. L'armee, comme a Chebreiss, etait partagee en cinq divisions. Les divisions Desaix et Regnier formaient la droite, vers le desert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis le combat de Chebreiss, avait juge le terrain et l'ennemi, fit ses dispositions en consequence. Chaque division formait un carre; chaque carre etait sur six rangs. Derriere etaient les compagnies de grenadiers en pelotons, pretes a renforcer les points d'attaque. L'artillerie etait aux angles; les bagages et les generaux au centre. Ces carres etaient mouvans. Quand ils etaient en marche, deux cotes marchaient sur le flanc. Quand ils etaient charges, ils devaient s'arreter pour faire front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une position, les premiers rangs devaient se detacher, pour former des colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arriere, formant toujours le carre, mais sur trois hommes de profondeur seulement, et prets a recueillir les colonnes d'attaque. Telles etaient les dispositions ordonnees par Bonaparte. Il craignait que ses impetueux soldats d'Italie, habitues a marcher au pas de charge, eussent de la peine a se resigner a cette froide et impassible immobilite des murailles. Il avait eu soin de les y preparer. Ordre etait donne surtout de ne pas se hater de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne faire feu qu'a bout pourtant. On s'avanca presque a la portee du canon. Bonaparte, qui etait dans le carre du centre, forme par la division Dugua, s'assura, avec une lunette, de l'etat du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp, n'etant pas sur affut de campagne, ne pourrait pas se porter dans la plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur cette prevision qu'il basa ses mouvemens. Il resolut d'appuyer avec ses divisions sur la droite, c'est-a-dire sur le corps des Mameluks, en circulant hors de la portee du canon d'Embabeh. Son intention etait de separer les Mameluks du camp retranche, de les envelopper, de les pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'apres s'etre defait d'eux. Il ne devait pas lui etre difficile de venir a bout de la multitude qui fourmillait dans ce camp apres avoir detruit les Mameluks. Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extreme droite, se mit le premier en marche. Apres lui venait le carre de Regnier, puis celui de Dugua, ou etait Bonaparte. Les deux autres circulaient autour d'Embabeh, hors de la portee du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans instruction, etait doue d'un grand caractere et d'un coup d'oeil penetrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et resolut de charger pendant ce mouvement decisif. Il laissa deux mille Mameluks pour appuyer Embabeh, puis se precipita avec le reste sur les deux carres de droite. Celui de Desaix, engage dans les palmiers, n'etait pas encore forme, lorsque les premiers cavaliers l'aborderent. Mais il se forma sur-le-champ, et fut pret a recevoir la charge. C'est une masse enorme que celle de huit mille cavaliers galopant a la fois dans une plaine. Ils se precipiterent avec une impetuosite extraordinaire sur la division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient ete fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les recurent, a bout portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arretes par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs, et galopaient autour de la citadelle enflammee. Quelques-uns des plus braves se precipiterent sur les baionnettes, puis, retournant leurs chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent a faire breche, et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre meme du carre. La masse, tournant bride, se rejeta du carre de Desaix sur celui de Regnier qui venait apres. Accueillie par le meme feu, elle revint vers le point d'ou elle etait partie; mais elle trouva sur ses derrieres la division Dugua que Bonaparte avait portee vers le Nil, et fut jetee dans une deroute complete. Alors la fuite se fit en desordre. Une partie des fuyards s'echappa vers notre droite, du cote des pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans Embabeh, ou elle porta la confusion. Des cet instant le trouble commenca a se mettre dans le camp retranche. Bonaparte s'en apercevant, ordonna a ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en emparer. Bon et Menou s'avancerent sur le feu des retranchemens, et arrives a une certaine distance, firent halte. Les carres se dedoublerent; les premiers rangs se formerent en colonnes d'attaque, tandis que les autres resterent en carre, figurant toujours de veritables citadelles. Mais au meme instant les Mameluks, tant ceux que Mourad avait laisses a Embabeh, que ceux qui s'y etaient refugies, voulurent nous prevenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque, tandis qu'elles etaient en marche. Mais celles-ci s'arretant sur-le-champ, et se formant en carre avec une merveilleuse rapidite, les recurent avec fermete, et en abattirent un grand nombre. Les uns se rejeterent dans Embabeh, ou le desordre devint extreme; les autres, fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusilles ou pousses dans le fleuve. Les colonnes d'attaque aborderent vivement Embabeh, s'en emparerent, et jeterent dans le Nil la multitude des fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyerent; mais comme les Egyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux parvint a se sauver. La journee etait finie. Les Arabes, qui etaient pres des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncerent dans le desert. Mourad, avec les debris de sa cavalerie, et le visage tout sanglant, se retira vers la Haute-Egypte. Ibrahim, qui de l'autre rive contemplait ce desastre, s'enfonca vers Belbeys, pour se retirer en Syrie. Les Mameluks mirent aussitot le feu aux djermes qui portaient leurs richesses. Cette proie nous echappa, et nos soldats virent pendant toute la nuit des flammes devorer un riche butin. Bonaparte placa son quartier-general a Giseh, sur les bords du Nil, ou Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit a Giseh, soit a Embabeh, des provisions considerables, et nos soldats purent se dedommager de leurs longues privations. Ils trouverent des vignes couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les eurent bientot vendangees. Mais ils firent sur le champ de bataille un butin d'une autre espece, c'etaient des schalls magnifiques, de belles armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'a deux ou trois cents pieces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs richesses avec eux. Ils passerent la soiree, la nuit et le lendemain a recueillir des depouilles. Cinq a six cents Mameluks avaient ete tues. Plus de mille etaient noyes dans le Nil. Les soldats se mirent a les pecher pour les depouiller, et employerent plusieurs jours encore a ce genre de recherche. La bataille nous avait a peine coute une centaine de morts ou blesses; car si la defaite est terrible pour des carres enfonces, la perte est nulle pour des carres victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces etaient dispersees, et la possession du Caire nous etait assuree. Cette capitale etait dans un desordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent mille habitans, et elle est remplie d'une populace feroce et abrutie, qui se livrait a tous les exces, et voulait profiter du tumulte pour piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille francaise n'avait pas encore remonte le Nil, et nous n'avions pas le moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques negocians francais, qui s'y trouvaient furent envoyes a Bonaparte par les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se procura quelques djermes pour envoyer un detachement qui retablit la tranquillite et mit les personnes et les proprietes a l'abri des fureurs de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre possession du palais de Mourad-Bey. A peine fut-il etabli au Caire, qu'il se hata d'employer la politique qu'il avait deja suivie a Alexandrie, et qui devait lui attacher le pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit esperer le retablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de leur culte et de leurs coutumes, et reussit completement a les gagner par un melange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes d'une grandeur orientale. L'essentiel etait d'obtenir des scheiks de la mosquee de Jemil-Azar une declaration en faveur des Francais. C'etait comme un bref du pape chez les chretiens. Bonaparte y deploya tout ce qu'il avait d'adresse, et il y reussit completement. Les grands scheiks firent la declaration desiree, et engagerent les Egyptiens a se soumettre a l'envoye de Dieu, qui respectait le prophete, et qui venait venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte etablit au Caire un divan, comme il avait fait a Alexandrie, compose des principaux scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal devait lui servir a gagner l'esprit des Egyptiens, en les consultant, et a s'instruire par eux de tous les details de l'administration interieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait etabli de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des deputes au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national. Bonaparte resolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son projet de succeder aux droits des Mameluks, il saisit leurs proprietes, et fit continuer au profit de l'armee francaise la perception des droits precedemment etablis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes a sa disposition. Il ne negligea rien pour se les attacher, en leur faisant esperer une amelioration dans leur sort. Il fit partir des generaux avec des detachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil superieur pour prendre possession de l'Egypte-Moyenne. Desaix fut place avec sa division a l'entree de la Haute-Egypte, dont il devait faire la conquete sur Mourad-Bey, des que les eaux du Nil baisseraient avec l'automne. Chacun des generaux, muni d'instructions detaillees, devait repeter dans tout le pays ce qui avait ete fait a Alexandrie et au Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et etablir la perception des impots pour fournir aux besoins de l'armee. Bonaparte s'occupa ensuite du bien-etre et de la sante des soldats. L'Egypte commencait a leur plaire: ils y trouvaient le repos, l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs singulieres du pays, et en faisaient un sujet continuel de plaisanteries. Mais, devinant l'intention du general avec leur sagacite accoutumee, ils jouaient aussi le respect pour le prophete, et riaient avec lui du role que la politique les obligeait a jouer. Bonaparte fit construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter les femmes. Ils avaient trouve en Egypte des anes superbes et en grand nombre. C'etait un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les environs et de galoper sur ces animaux a travers les campagnes. Leur vivacite causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut defendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie etait montee sur les plus beaux chevaux du monde, c'est-a-dire sur les chevaux arabes enleves aux Mameluks. Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrees voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de l'Egypte. Il nomma lui-meme l'emir-haggi. C'est un officier choisi annuellement au Caire, pour proteger la grande caravane de la Mecque. Il ecrivit a tous les consuls francais sur la cote de Barbarie, pour avertir les deys que l'emir-haggi etait nomme, et que les caravanes pouvaient partir. Il fit ecrire par les scheiks au sherif de la Mecque, que les pelerins seraient proteges, et que les caravanes trouveraient surete et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey a Belbeys. Bonaparte lui ecrivit, ainsi qu'aux divers pachas de Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions des Francais envers la Sublime-Porte. Ces dernieres precautions etaient malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient difficilement que les Francais, qui venaient envahir une des plus riches provinces de leur souverain, fussent reellement ses amis. Les Arabes etaient frappes du caractere du jeune conquerant. Ils ne comprenaient pas qu'un mortel qui lancait la foudre fut aussi clement. Ils l'appelaient le digne enfant du prophete, le favori du grand _Allah_; ils avaient chante dans la grande mosquee la litanie suivante: "Le grand _Allah_ n'est plus irrite contre nous! Il a oublie nos fautes, assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les misericordes du grand _Allah_! "Quel est celui qui a sauve des dangers de la mer et de la fureur de ses ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_? "C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrite contre nous. Chantons les misericordes du grand _Allah_! "Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les beys mameluks avaient range leur infanterie en bataille. "Mais _le Favori de la victoire_, a la tete _des braves de l'Occident_, a detruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks. "De meme que les vapeurs qui s'elevent le matin du Nil sont dissipees par les rayons du soleil, de meme l'armee des Mameluks a ete dissipee par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est actuellement irrite contre les Mameluks, parce que _les braves de l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_." Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes, prendre part a leurs fetes. Il assista a celle du Nil qui est une des plus grandes d'Egypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contree: aussi est-il en grande veneration chez les habitans, et il est l'objet d'une espece de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un grand canal; une digue lui interdit l'entree de ce canal, jusqu'a ce qu'il soit parvenu a une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour destine a cette operation est un jour de rejouissance. On declare la hauteur a laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espere une grande inondation, la joie est generale, car c'est un presage d'abondance. C'est le 18 aout (1er fructidor) que cette espece de fete se celebre. Bonaparte avait fait prendre les armes a toute l'armee, et l'avait rangee sur les bords du canal. Un peuple immense etait accouru, et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister a ses rejouissances. Bonaparte, a la tete de son etat-major, accompagnait les principales autorites du pays. D'abord un scheik declara la hauteur a laquelle etait parvenu le Nil: elle etait de vingt-cinq pieds, ce qui causa une grande joie. On travailla ensuite a couper la digue. Toute l'artillerie francaise retentit a la fois au moment ou les eaux du fleuve se precipiterent. Suivant l'usage, une foule de barques s'elancerent dans le canal pour obtenir le prix destine a celle qui parviendrait a y entrer la premiere. Bonaparte donna le prix lui-meme. Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil, attachant a ce bain des proprietes bienfaisantes. Des femmes y jetaient des cheveux et des pieces d'etoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la ville, et la journee s'acheva dans les festins. La fete du prophete ne fut pas celebree avec moins de pompe; Bonaparte se rendit a la grande mosquee, s'assit sur des coussins, les jambes croisees comme les scheiks, dit avec eux les litanies du prophete, en balancant le haut de son corps et agitant sa tete. Il edifia tout le saint college par sa piete. Il assista ensuite au repas donne par le grand scheik, elu dans la journee. C'est par tous ces moyens que le jeune general, aussi profond politique que grand capitaine, parvenait a s'attacher l'esprit du pays. Tandis qu'il en flattait momentanement les prejuges, il travaillait a y repandre un jour la science, par la creation du celebre Institut d'Egypte. Il reunit les savans et les artistes qu'il avait amenes, et les associant a quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper a faire une description exacte du pays, et en dresser la carte la plus detaillee; les autres devaient en etudier les ruines, et fournir de nouvelles lumieres a l'histoire; les autres devaient en etudier les productions, faire les observations utiles a la physique, a l'astronomie, a l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper a rechercher les ameliorations qu'on pourrait apporter a l'existence des habitans par des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procedes adaptes a ce sol si singulier et si different de l'Europe. Si la fortune devait nous enlever un jour cette belle contree, du moins elle ne pouvait nous enlever les conquetes que la science y allait faire; un monument se preparait qui devait honorer le genie et la constance de nos savans, autant que l'expedition honorait l'heroisme de nos soldats. Monge fut le premier qui obtint la presidence. Bonaparte ne fut que le second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure construction des moulins a eau et a vent; remplacer le houblon qui manque en Egypte, dans la fabrication de la biere; determiner les lieux propres a la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour procurer de l'eau a la citadelle du Caire; creuser des puits dans les differens endroits du desert; chercher le moyen de clarifier et de rafraichir l'eau du Nil; imaginer une maniere d'utiliser les decombres dont la ville du Caire etait embarrassee, ainsi que toutes les anciennes villes d'Egypte; chercher les matieres necessaires pour la fabrication de la poudre en Egypte. On peut juger par ces questions de la tournure d'esprit du general. Sur-le-champ les ingenieurs, les dessinateurs, les savans, se repandirent dans toutes les provinces pour commencer la description et la carte du pays. Tels etaient les soins de cette colonie naissante et la maniere dont le fondateur en dirigeait les travaux. La conquete des provinces de la Basse et Moyenne-Egypte s'etait faite sans peine, et n'avait coute que quelques escarmouches avec les Arabes. Il avait suffi d'une marche forcee sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Egypte a Mourad-Bey, qui s'y etait retire avec les debris de son armee. Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger a Bonaparte le plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait fortement recommande a l'amiral Brueys de mettre son escadre a l'abri des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi a la voile, que de le recevoir a l'ancre. Une vive discussion s'etait elevee sur la question de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un allegement qui leur fit gagner trois pieds d'eau. Pour cela il etait necessaire de les desarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port a cette condition. Il pensait qu'oblige a de pareilles precautions pour ses trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port en presence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi etre bloque par une escadre tres-inferieure en force; il se decida a partir pour Corfou. Mais etant fort attache au general Bonaparte, il ne voulait pas mettre a la voile sans avoir des nouvelles de son entree au Caire et de son etablissement en Egypte. Le temps qu'il employa, soit a faire sonder les passes d'Alexandrie, soit a attendre des nouvelles du Caire, le perdit, et amena un des plus funestes evenemens de la revolution et l'un de ceux qui, a cette epoque, ont le plus influe sur les destinees du monde. L'amiral Brueys s'etait embosse dans la rade d'Aboukir. Cette rade est un demi-cercle tres-regulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne demi-circulaire parallele au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne d'embossage, l'avait appuyee d'un cote vers une petite ile, nommee l'ilot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau put passer entre cet ilot et sa ligne pour la prendre par derriere; et, dans cette croyance il s'etait contente d'y placer une batterie de douze, seulement pour empecher l'ennemi d'y debarquer. Il se croyait tellement inattaquable de ce cote, qu'il y avait place ses plus mauvais vaisseaux. Il craignait davantage pour l'autre extremite de son demi-cercle. De ce cote, il croyait possible que l'ennemi passat entre le rivage et sa ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts et les mieux commandes. De plus, il etait rassure par une circonstance importante, c'est que cette ligne etant au midi, et le vent venant du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce cote aurait le vent contraire, et ne s'exposerait pas sans doute a combattre avec un pareil desavantage. Dans cette situation, protege de sa gauche par un ilot, qu'il croyait suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs vaisseaux et par le vent, il attendit en securite les nouvelles qui devaient decider son depart. Nelson, apres avoir parcouru l'Archipel, apres etre retourne dans l'Adriatique, a Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude du debarquement des Francais a Alexandrie. Il prit aussitot cette direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya une fregate pour la chercher et reconnaitre sa position. Cette fregate l'ayant trouvee dans la rade d'Aboukir, put observer tout a l'aise notre ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une multitude de fregates et des vaisseaux legers, avait eu la precaution d'en garder quelques-uns a la voile, il aurait pu tenir les Anglais toujours eloignes, les empecher d'observer sa ligne, et etre averti de leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La fregate anglaise, apres avoir acheve sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, etant informe de tous les details de notre position, manoeuvra aussitot vers Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er aout), vers les six heures du soir. L'amiral Brueys etait a diner; il fit aussitot donner le signal du combat. Mais on s'attendait si peu a recevoir l'ennemi, que le branle-bas n'etait fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des equipages etait a terre. L'amiral envoya des officiers pour faire rembarquer les matelots et pour reunir une partie de ceux qui etaient sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osat l'attaquer le soir meme, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait de demander. Nelson resolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre audacieuse, de laquelle il esperait le succes de la bataille. Il voulait aborder notre ligne par la gauche, c'est-a-dire par l'ilot d'Aboukir, passer entre cet ilot et notre escadre, malgre les dangers des bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne d'embossage. Cette manoeuvre etait perilleuse, mais l'intrepide Anglais n'hesita pas. Le nombre des vaisseaux etait egal des deux cotes, c'est-a-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_, en voulant passer entre l'ilot d'Aboukir et notre ligne, echoua sur un bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa; mais pousse par le vent, il depassa notre premier vaisseau, et ne put s'arreter qu'a la hauteur du troisieme. Les vaisseaux anglais _le Zele_, _l'Audacieux_, _le Thesee_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et reussirent a se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancerent jusqu'au _Tonnant_, qui etait le huitieme, et engagerent ainsi notre gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancerent par le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne s'attendait pas dans l'escadre francaise a etre attaque dans ce sens, les batteries du cote du rivage n'etaient pas encore degagees, et nos deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un cote; aussi l'un fut-il desempare, et l'autre demate. Mais au centre ou etait _l'Orient_, vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellerophon_, l'un des principaux vaisseaux de Nelson, fut degree, demate, et oblige d'amener. D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraites, furent obliges de s'eloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait recu qu'une partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il esperait meme, malgre le succes de la manoeuvre de Nelson, remporter la victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment a sa droite etaient executes. Les Anglais n'avaient engage le combat qu'avec la gauche et le centre; notre droite, composee de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre a la voile, et de se rabattre exterieurement sur la ligne de bataille; cette manoeuvre reussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient par le dehors, auraient ete pris entre deux feux; mais les signaux ne furent pas apercus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas hesiter a courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le contre-amiral Villeneuve, brave, mais irresolu, demeura immobile, attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre resterent donc places entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais aussi en avaient perdu deux, dont l'un etait echoue, et l'autre demate; notre feu etait superieur. L'infortune Brueys fut blesse, il ne voulut pas quitter le pont de son vaisseau: "Un amiral, dit-il, doit mourir en donnant des ordres." Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en l'air. Cette epouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette lutte acharnee. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engages, _le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_, _l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il etait temps encore pour notre droite de lever l'ancre, et de venir a leur secours. Nelson tremblait que cette manoeuvre ne fut executee; il etait si maltraite qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin a la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux se jeterent a la cote; il se sauva avec les deux autres et deux fregates, et fit voile vers Malte. Le combat avait dure plus de quinze heures. Tous les equipages attaques avaient fait des prodiges de valeur. Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportes; il se fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys, attendit d'etre emporte par un boulet de canon. Toute notre escadre, excepte les vaisseaux et les deux fregates emmenes par Villeneuve, fut detruite. Nelson etait si maltraite qu'il ne put pas poursuivre les vaisseaux en fuite. Telle fut la celebre bataille navale d'Aboukir, la plus desastreuse que la marine francaise eut encore soutenue, et celle dont les consequences militaires devaient etre les plus funestes. La flotte qui avait porte les Francais en Egypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui devait seconder leurs mouvemens sur les cotes de Syrie, s'ils en avaient a executer, qui devait imposer a la Porte, la forcer a se payer de mauvaises raisons, et l'obliger a souffrir l'invasion de l'Egypte, qui devait enfin, en cas de revers, ramener les Francais dans leur patrie, cette flotte etait detruite. Les vaisseaux des Francais etaient brules, mais ils ne les avaient pas brules eux-memes, ce qui etait bien different pour l'effet moral. La nouvelle de ce desastre circula rapidement en Egypte, et causa un instant de desespoir a l'armee. Bonaparte recut cette nouvelle avec un calme impassible. "Eh bien! dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens." Il ecrivit a Kleber: "Ceci nous obligera a faire de plus grandes choses que nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prets." La grande ame de Kleber etait digne de ce langage: "Oui, repondit Kleber, il faut faire de grandes choses; _je_ prepare mes facultes_." Le courage de ces grands hommes soutint l'armee, et en retablit le moral. Bonaparte chercha a distraire ses soldats par differentes expeditions, et leur fit bientot oublier ce desastre. A la fete de la fondation de la republique, celebree le 1er vendemiaire, il voulut encore exalter leur imagination, et fit graver sur la colonne de Pompee le nom des quarante premiers soldats morts en Egypte. C'etaient les quarante qui avaient succombe en attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France, etaient ainsi associes a l'immortalite de Pompee et d'Alexandre. Il adressa a son armee cette singuliere et grande allocution, ou etait retracee sa merveilleuse histoire: SOLDATS! "Nous celebrons le premier jour de l'an VII de la republique. "Il y a cinq ans, l'independance du peuple francais etait menacee; mais vous prites Toulon, ce fut le presage de la ruine de vos ennemis. "Un an apres, vous battiez les Autrichiens a Dego. "L'annee suivante, vous etiez sur le sommet des Alpes. "Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la celebre victoire de Saint-Georges. "L'an passe, vous etiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de retour de l'Allemagne. "Qui eut dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, au centre de l'ancien continent? "Depuis l'Anglais, celebre dans les arts et le commerce, jusqu'au hideux et feroce Bedouin, vous fixez les regards du monde. "Soldats, votre destinee est belle, parce que vous etes dignes de ce que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration de tous les peuples. "Depuis cinq mois que nous sommes eloignes de l'Europe, nous avons ete l'objet perpetuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce jour, quarante millions de citoyens celebrent l'ere des gouvernemens representatifs, quarante millions de citoyens pensent a vous; tous disent: C'est a leurs travaux, a leur sang que nous devons la paix generale, le repos, la prosperite du commerce et les bienfaits de la liberte civile." CHAPITRE XIV. EFFET DE L'EXPEDITION D'EGYPTE EN EUROPE. CONSEQUENCES FUNESTES DE LA BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DECLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFERENCES AVEC L'AUTRICHE A SELZ. PROGRES DES NEGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES REPUBLIQUES ITALIENNES. CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE A CE SUJET.--SITUATION INTERIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GENERALE A LA GUERRE. LOI SUR LA CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITES. INVASION DES ETATS ROMAINS PAR L'ARMEE NAPOLITAINE.--CONQUETE DU ROYAUME DE NAPLES PAR LE GENERAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIEMONT. L'expedition d'Egypte resta un mystere en Europe longtemps encore apres le depart de notre flotte. La prise de Malte commenca a fixer les conjectures. Cette place reputee imprenable et enlevee en passant, jeta sur les argonautes francais un eclat extraordinaire. Le debarquement en Egypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frapperent toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus singulier et plus etonnant encore arrivant des contrees lointaines de l'Orient. Bonaparte et l'Egypte etaient le sujet de toutes les conversations. Ce n'etait rien que les projets executes; on en supposait de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde. La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas detruire le prestige de l'entreprise, mais reveiller toutes les esperances des ennemis de la France, et hater le succes de leurs trames. L'Angleterre, qui etait extremement alarmee pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis, avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'etait pas fache de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre l'Egypte. M. de Talleyrand, qui avait du se rendre aupres du divan pour lui faire agreer des satisfactions, n'etait point parti. Les agens de l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuaderent a la Porte que l'ambition de la France etait insatiable; qu'apres avoir trouble l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mepris d'une antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire turc. Ces suggestions et l'or repandu dans le divan n'auraient pas suffi pour le decider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Francais de tout leur ascendant dans le Levant, et donna a l'Angleterre une preponderance decidee. La Porte declara solennellement la guerre a la France[1], et, pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie et l'Angleterre. Le sultan ordonna la reunion d'une armee, pour aller reconquerir l'Egypte. Cette circonstance rendait singulierement difficile la position des Francais. Separes de la France, et prives de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils etaient exposes en outre a voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient. Ils n'etaient que trente mille environ pour lutter contre tant de perils. [Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).] Nelson victorieux vint a Naples radouber son escadre abimee, et recevoir les honneurs du triomphe. Malgre les traites qui liaient la cour de Naples a la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours a nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts a Nelson. Lui-meme fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le roi et la reine vinrent le recevoir a l'entree du port, et l'appelerent le heros liberateur de la Mediterranee. On se mit a dire que le triomphe de Nelson devait etre le signal du reveil general, que les puissances devaient profiter du moment ou la plus redoutable armee de la France, et son plus grand capitaine, etaient enfermes en Egypte, pour marcher contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les suggestions furent extremement actives aupres de toutes les cours. On ecrivit en Toscane et en Piemont, pour reveiller leur haine jusqu'ici deguisee. C'etait le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples, de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous a la fois sur les derrieres des Francais, et de les egorger d'un bout a l'autre de la Peninsule. On dit a l'Autriche qu'elle devait profiter du moment ou les puissances italiennes prendraient les Francais par derriere, pour les attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait etre facile, car Bonaparte et sa terrible armee n'etaient plus sur l'Adige. On s'adressa a l'Empire depouille d'une partie de ses etats, et reduit a ceder la rive gauche du Rhin; on chercha a tirer la Prusse de sa neutralite; enfin on employa aupres de Paul Ier les moyens qui pouvaient agir sur son esprit malade, et le decider a fournir les secours si long-temps et si vainement promis par Catherine. Ces suggestions ne pouvaient manquer d'etre bien accueillies aupres de toutes les cours; mais toutes n'etaient pas en mesure d'y ceder. Les plus voisines de la France etaient les plus irritees et les plus disposees a refouler la revolution; mais par cela seul qu'elles etaient plus rapprochees du colosse republicain, elles etaient condamnees aussi a plus de reserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui. La Russie, la plus eloignee de la France, la moins exposee a ses vengeances, soit par son eloignement, soit par l'etat moral de ses peuples, etait la plus facile a decider. Catherine, dont la politique habile avait tendu toujours a compliquer la situation de l'Occident, soit pour avoir le pretexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporte sa politique avec elle. Cette politique est innee dans le cabinet russe; elle vient de sa position meme: elle peut changer de procedes ou de moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle tend toujours au meme but, par un penchant irresistible. L'habile Catherine s'etait contentee de donner des esperances et des secours aux emigres; elle avait preche la croisade sans envoyer un soldat. Son successeur allait suivre le meme but, mais avec son caractere. Ce prince violent et presque insense, mais du reste assez genereux, avait d'abord paru s'ecarter de la politique de Catherine, et refuse d'executer le traite d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais apres cette deviation d'un moment, il etait bientot revenu a la politique de son cabinet. On le vit donner asile au pretendant, et prendre les emigres a sa solde, apres le traite de Campo-Formio. On lui persuada qu'il devait se faire le chef de la noblesse europeenne menacee par les demagogues. La demarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son protecteur, contribua a exalter sa tete, et il embrassa l'idee qu'on lui proposait, avec la mobilite et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa protection a l'Empire, et voulut se porter garant de son integrite. La prise de Malte le remplit de colere, et il offrit la cooperation de ses armees contre la France. L'Angleterre triomphait donc a Saint-Petersbourg comme a Constantinople, et elle allait faire marcher d'accord des ennemis jusque-la irreconciliables. Le meme zele ne regnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de sa neutralite et de l'epuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir dans la lutte des deux systemes. Elle veillait seulement a ses frontieres du cote de la Hollande et de la France, pour empecher la contagion revolutionnaire. Elle avait range ses armees de maniere a former une espece de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris a ses depens a connaitre la puissance de la France, et qui etait expose a devenir toujours le theatre de la guerre, souhaitait la paix. Les princes depossedes eux-memes la souhaitaient aussi, parce qu'ils etaient assures de trouver des indemnites sur la rive droite; les princes ecclesiastiques seuls, menaces de la secularisation, desiraient la guerre. Les puissances italiennes du Piemont et de la Toscane ne demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la main de fer de la republique francaise. Elles attendaient que Naples ou l'Autriche leur donnat le signal. Quant a l'Autriche, quoiqu'elle fut la mieux disposee des cours formant la coalition monarchique, elle hesitait cependant avec sa lenteur ordinaire a prendre un parti, et surtout elle craignait pour ses peuples deja tres epuises par la guerre. La France lui avait oppose deux republiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la disposait tout a fait a rentrer en lutte; mais elle aurait passe par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition republicaine, si on l'avait dedommagee par quelques conquetes. C'est pour ce but qu'elle avait propose des conferences a Selz. Ces conferences devaient avoir lieu dans l'ete de 1798, non loin du congres de Rastadt, et concurremment avec ce congres. De leur resultat dependaient la determination de l'Autriche et le succes des efforts tentes pour former une nouvelle coalition. Francois (de Neufchateau) etait l'envoye choisi par la France. C'est pour ce motif qu'on avait designe la petite ville de Selz, a cause de sa situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la rive gauche. Cette derniere condition etait necessaire, parce que la constitution defendait au directeur sortant de s'eloigner de France avant un delai fixe. M. de Cobentzel avait ete envoye par l'Autriche. Des les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance. Elle voulait etre dedommagee, par des extensions de territoire, des conquetes que le systeme republicain avait faites en Suisse et en Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendit sur les evenemens de Vienne, et que des satisfactions fussent accordees pour l'insulte faite a Bernadotte. Mais l'Autriche evitait de s'expliquer sur ce point, et ajournait toujours cette partie de la negociation. Le negociateur francais y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le ministre Thugut, disgracie en apparence, le fut reellement, et qu'une simple demarche, la plus insignifiante du monde, fut faite aupres de Bernadotte, pour reparer l'outrage qu'il avait recu. M. de Cobentzel se contenta de dire que sa cour desapprouvait ce qui s'etait passe a Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua d'insister sur les extensions de territoire qu'il reclamait. Il etait clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordees qu'autant que celles d'ambition auraient ete obtenues. L'Autriche disait que l'institution des deux republiques romaine et helvetique, et l'influence evidente exercee sur les republiques cisalpine, ligurienne et batave, etaient des violations du traite de Campo-Formio, et une alteration dangereuse de l'etat de l'Europe; elle soutenait qu'il fallait que la France accordat des dedommagemens, si elle voulait qu'on lui pardonnat ses dernieres usurpations; et pour dedommagement, le negociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie. Il voulait que la ligne de l'Adige fut portee plus loin, et que les possessions autrichiennes s'etendissent jusqu'a l'Adda et au Po, c'est-a-dire que l'on donnat a l'empereur une grande moitie de la republique cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dedommager la republique cisalpine avec une partie du Piemont; le surplus de ce royaume aurait ete donne a l'archiduc de Toscane; et le roi de Piemont aurait recu en dedommagement les etats de l'Eglise. Ainsi, au prix d'un agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane, l'empereur aurait sanctionne l'institution de la republique helvetique, le renversement du pape et le demembrement de la monarchie du Piemont. La France ne pouvait consentir a ces propositions par une foule de raisons. D'abord elle ne pouvait demembrer la Cisalpine a peine formee, et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberte; enfin elle avait, l'annee precedente, conclu un traite avec le roi de Piemont, par lequel elle lui garantissait ses etats. Cette garantie etait surtout stipulee contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas sacrifier le Piemont. Aussi Francois (de Neufchateau) ne put-il adherer aux propositions de M. de Cobentzel. On se separa sans avoir rien conclu. Aucune satisfaction n'etait accordee pour l'evenement de Vienne. M. de Degelmann, qui devait etre envoye a Paris comme ambassadeur, n'y vint pas, et on declara que les deux cabinets continueraient de correspondre par leurs ministres au congres de Rastadt. Cette separation fut generalement prise pour une espece de rupture. Les resolutions de l'Autriche furent evidemment fixees des cet instant; mais avant de recommencer les hostilites avec la France, elle voulait s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M. de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin a Saint-Petersbourg. Le but de ces courses etait de contribuer avec l'Angleterre a former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait envoye a Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le prince Repnin. M. de Cobentzel devait reunir ses efforts a ceux du prince Repnin et de la legation anglaise, pour entrainer le jeune roi. La France, de son cote, avait envoye l'un de ses plus illustres citoyens a Berlin; c'etait Sieyes. La reputation de Sieyes avait ete immense avant le regne de la convention. Elle s'etait evanouie sous le niveau du comite de salut public. On la vit renaitre tout a coup, lorsque les existences purent recommencer leurs progres naturels; et le nom de Sieyes etait redevenu le plus grand nom de France, apres celui de Bonaparte; car en France, une reputation de profondeur est ce qui produit le plus d'effet apres une grande reputation militaire. Sieyes etait donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition, mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il ne laissait pas que d'etre importun. On eut l'idee de lui donner une ambassade. C'etait une occasion de l'eloigner, de l'utiliser, et surtout de lui fournir des moyens d'existence. La revolution les lui avait enleves tous, en abolissant les benefices ecclesiastiques. Une grande ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande etait celle de Berlin, car on n'avait d'envoyes ni en Autriche, ni en Russie, ni en Angleterre. Berlin etait le theatre de toutes les intrigues, et Sieyes, quoique peu propre au maniement des affaires, etait cependant un observateur fin et sur. De plus, sa grande renommee le rendait particulierement propre a representer la France, surtout aupres de l'Allemagne, a laquelle il convenait plus qu'a tout autre pays. Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses etats un revolutionnaire si celebre; cependant il n'osa pas le refuser. Sieyes se comporta avec mesure et dignite; il fut recu de meme, mais laisse dans l'isolement. Comme tous nos envoyes a l'etranger, il etait observe avec soin, et pour ainsi dire sequestre. Les Allemands etaient fort curieux de le voir, mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin etait nulle. C'etait le sentiment de ses interets qui seul inspirait le roi de Prusse contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie. Tandis qu'en Allemagne on travaillait a decider le roi de Prusse, la cour de Naples, pleine de joie et de temerite depuis la victoire de Nelson, faisait des preparatifs immenses de guerre, et redoublait ses sollicitations aupres de la Toscane et du Piemont. La France, par une espece de complaisance, lui avait laisse occuper le duche de Benevent. Mais cette concession ne l'avait point calmee. Elle se flattait de gagner a la prochaine guerre une moitie des etats du pape. Les negociations de Rastadt se poursuivaient avec succes pour la France. Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Egypte, avaient ete remplaces au congres par Jean Debry et Roberjot. Apres avoir obtenu la ligne du Rhin, il restait a resoudre une foule de questions militaires, politiques, commerciales. Notre deputation etait devenue extremement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les iles du Rhin, ce qui etait un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait ensuite garder Kehl et son territoire, vis-a-vis Strasbourg; Cassel et son territoire, vis-a-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial entre les deux Brisach fut retabli; que cinquante arpens de terrain nous fussent accordes en face de l'ancien pont de Huningue, et que l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fut demolie. Elle demandait ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne aboutissant au Rhin, fut libre, que tous les droits de peage fussent abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises a un meme droit de douane; que les chemins de halage fussent conserves, et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une derniere condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive gauche cedes a la France fussent transportees sur les pays de la rive droite, destines a etre donnes en indemnite. La deputation de l'Empire repondit avec raison que la ligne du Rhin devait presenter une surete egale aux deux nations; que c'etait la raison d'une surete egale, qui avait ete surtout alleguee, pour faire accorder cette ligne a la France; mais que cette surete n'existerait plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs, soit en se reservant les iles, soit en gardant Cassel et Kehl, et cinquante arpens vis-a-vis Huningue, etc. La deputation de l'Empire ne voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour veritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-a-dire le milieu du principal bras navigable. Toutes les iles qui etaient a droite de cette ligne devaient appartenir a l'Allemagne, toutes celles qui etaient a gauche devaient appartenir a la France. De cette maniere, on placait entre les deux peuples le veritable obstacle qui fait d'un fleuve une ligne militaire, c'est-a-dire le principal bras navigable. Par suite de ce principe, la deputation demandait la demolition de Cassel et de Kehl, et refusait les cinquante arpens vis-a-vis Huningue. Elle ne voulait pas que la France conservat aucun point offensif, lorsque l'Allemagne les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la demolition d'Ehrenbreitstein, qui etait incompatible avec la surete de la ville de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la demandait pour toute l'etendue de son cours, et voulait que la France obligeat la republique batave a reconnaitre cette liberte. Quant a la libre navigation des fleuves de l'interieur de l'Allemagne, cet article depassait, disait-elle, sa competence, et regardait chaque etat individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que tout ce qui etait relatif aux peages et a leur abolition fut renvoye a un traite de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de la rive gauche cedes a la France, que leurs dettes restassent a leur charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de la noblesse immediate fussent consideres comme proprietes particulieres, et conserves a ce titre. La deputation demandait accessoirement que les troupes francaises evacuassent la rive droite et cessassent le blocus d'Ehrenbreitstein, parce qu'il reduisait les habitans a la famine. Ces pretentions contraires donnerent lieu a une suite de notes et de contre-notes, pendant tout l'ete. Enfin, vers le mois de vendemiaire an VI (aout et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la deputation francaise. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la France et l'Allemagne, et les iles durent etre partagees consequemment a ce principe. La France consentit a la demolition de Cassel et de Kehl, mais elle exigea l'ile de Pettersau, qui est placee dans le Rhin a peu pres a la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour cette place. L'Empire germanique consentit de son cote a la demolition d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des peages furent accordees. Il restait a s'entendre sur l'etablissement des ponts commerciaux, sur les biens de la noblesse immediate, sur l'application des lois de l'emigration dans les pays cedes, et sur les dettes de ces pays. Les princes seculiers avaient declare qu'il fallait faire toutes les concessions compatibles avec l'honneur et la surete de l'Empire, afin d'obtenir la paix, si necessaire a l'Allemagne. Il etait evident que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les y engageait. Quant a l'Autriche, elle commencait a montrer des dispositions toutes contraires, et a exciter le ressentiment des princes ecclesiastiques contre la marche des negociations. Les deputes de l'Empire, tout en se prononcant pour la paix, gardaient cependant la plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres francais, ils montraient une extreme raideur; ils vivaient a part, et dans une espece d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle etait la situation du congres a la fin de l'ete de l'an VI (1798). Pendant que ces evenemens se passaient en Orient et en Europe, la France, toujours chargee du soin de diriger les cinq republiques instituees autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'etaient des difficultes continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos generaux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les etats voisins. Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-a-dire, apres avoir frappe sur un parti, frapper bientot sur l'autre. En Hollande on avait execute, le 3 pluviose (22 janvier), une espece de 18 fructidor pour ecarter les federalistes, abolir les anciens reglemens, et donner au pays une constitution unitaire, a peu pres semblable a celle de la France. Mais cette revolution avait tourne beaucoup trop au profit des democrates. Ceux-ci s'etaient empares de tous les pouvoirs. Apres avoir exclu de l'assemblee nationale tous les deputes qui leur paraissaient suspects, ils s'etaient eux-memes constitues en directoire et en deux conseils, sans recourir a de nouvelles elections. Ils avaient voulu par la imiter la convention nationale de France, et ses fameux decrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'etaient entierement empares depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne ou le directoire francais voulait maintenir toutes les republiques confiees a ses soins. Le general Daendels, l'un des hommes les plus distingues du parti modere, vint a Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit pour aller en Hollande porter aux democrates le coup qu'on leur avait recemment porte a Paris, en les excluant du corps legislatif par les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait immediatement apres le repeter dans les etats qui dependaient d'elle. Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se reunit aux ministres, et avec le secours des troupes bataves et francaises, dispersa le directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit ordonner de nouvelles elections. Le ministre de France, Delacroix, qui avait appuye les democrates, fut rappele. Ces scenes produisirent leur effet accoutume. On ne manqua pas de dire que les constitutions republicaines ne pouvaient marcher seules, qu'a chaque instant il fallait le levier des baionnettes, et que les nouveaux etats se trouvaient sous la dependance la plus complete de la France. En Suisse, l'etablissement de la republique _une et indivisible_ n'avait pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug, Glaris, excites par les pretres et les aristocrates suisses, avaient jure de s'opposer a l'adoption du regime nouveau. Le general Schauembourg, sans vouloir les reduire par la force, avait interdit toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons refractaires coururent aussitot aux armes et envahirent Lucerne, ou ils pillerent et devasterent. Schauembourg marcha sur eux, et apres quelques combats opiniatres, les reduisit a demander la paix. Le gage de cette paix avait ete l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut employer aussi le fer et meme le feu pour reprimer les paysans du Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le but d'y retablir leur domination. Malgre ces obstacles, en prairial (mai 1798), la constitution etait partout en vigueur. Le gouvernement helvetique etait reuni a Arau. Compose d'un directoire et de deux conseils, il commencait a s'essayer dans l'administration du pays. Le nouveau commissaire francais etait Rapinat, beau-frere de Rewbell. Le gouvernement helvetique devait s'entendre avec Rapinat pour l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette administration difficile. Les pretres et les aristocrates, postes dans les montagnes, epiaient le moment favorable pour soulever de nouveau la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et satisfaire l'armee francaise qu'on avait a leur opposer, organiser l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientot d'une maniere independante. Cette tache n'etait pas moins difficile pour le gouvernement helvetique que pour le commissaire francais place aupres de lui. Il etait naturel que la France s'emparat des caisses appartenant aux anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre. L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermes dans les magasins formes par les ci-devant cantons, lui etaient indispensables pour faire vivre son armee. C'etait l'exercice le plus ordinaire du droit de conquete; elle aurait pu sans doute renoncer a ce droit, mais la necessite la forcait d'en user dans le moment. Rapinat eut donc ordre de mettre le scelle sur toutes les caisses. Beaucoup de Suisses, meme parmi ceux qui avaient souhaite la revolution, trouverent fort mauvais qu'on s'emparat du pecule et des magasins des anciens gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et braves, mais d'une extreme avarice. Ils voulaient bien qu'on leur apportat la liberte, qu'on les debarrassat de leurs oligarques, mais ils ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau enorme des campagnes les plus longues et les plus devastatrices, les patriotes suisses jeterent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara. Le directoire helvetique fit de son cote apposer de nouveaux scelles sur ceux qui venaient d'etre apposes par Rapinat, et protesta ainsi contre la mesure qui mettait les caisses a la disposition de la France. Rapinat fit sur-le-champ enlever les scelles du directoire helvetique, et declara a ce directoire qu'il etait borne aux fonctions administratives, qu'il ne pouvait rien contre l'autorite de la France, et qu'a l'avenir ses lois et ses decrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne contiendraient rien de contraire aux arretes du commissaire et du general francais. Les ennemis de la revolution, et il s'en etait glisse plus d'un dans les conseils helvetiques, triompherent de cette lutte et crierent a la tyrannie. Ils dirent que leur independance etait violee, et que la republique francaise, qui avait pretendu leur apporter la liberte, ne leur apportait en realite que l'asservissement et la misere. L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle etait aussi dans le directoire et dans les autorites locales. A Lucerne et a Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils apportaient des obstacles de toute espece a la levee de quinze millions frappes sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armee. Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations helvetiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au gouvernement helvetique la demission de deux directeurs, les nommes Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires etrangeres, et le renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne. Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait etre refusee. Les demissions furent donnees sur-le-champ; mais la rudesse avec laquelle se conduisit Rapinat fit elever de nouveaux cris, et mit tous les torts de son cote. Il compromettait en effet son gouvernement, en violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eut ete facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire francais ecrivit au directoire helvetique pour desapprouver la conduite de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes les formes. Rapinat fut rappele; neanmoins les membres demissionnaires demeurerent exclus. Les conseils helvetiques nommerent, pour remplacer les deux directeurs demissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution, et le colonel Laharpe, le frere du general mort en Italie, l'un des auteurs de la revolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les plus probes et les mieux intentionnes de son pays. Une alliance offensive et defensive fut conclue entre les republiques helvetique et francaise le 2 fructidor (19 aout). D'apres ce traite, celle des deux puissances qui etait en guerre avait droit de requerir l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la force devait etre determinee suivant les circonstances. La puissance requerante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France etait reciproquement stipulee. Deux routes devaient etre ouvertes, l'une de France a la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale du lac de Constance. Dans ce systeme des republiques unies, la France s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les etats de ses allies, et etre en mesure de deboucher rapidement en Italie ou en Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le theatre de la guerre dans les etats allies. Ce n'etaient pas les routes, mais l'alliance avec la France qui exposait ces etats a devenir le theatre de la guerre. Les routes n'etaient qu'un moyen d'accourir plus tot et de les proteger a temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie. La ville de Geneve fut reunie a la France, ainsi que la ville de Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hesite entre la Cisalpine et la republique helvetique, se declarerent pour celle-ci, et voterent leur reunion. Les ligues grises, que le directoire aurait voulu reunir a la Suisse, etaient partagees en deux factions rivales, et balancaient entre la domination autrichienne et la domination helvetique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens etrangers amenerent un nouveau desastre dans l'Underwalden. Ils firent soulever les paysans de cette vallee contre les troupes francaises. Un combat des plus acharnes eut lieu a Stanz, et il fallut mettre le feu a ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y etaient etablis. Les memes difficultes se presentaient de l'autre cote des Alpes. Une espece d'anarchie regnait entre les sujets des nouveaux etats et leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armees, entre nos ambassadeurs et nos generaux. C'etait une epouvantable confusion. La petite republique ligurienne etait acharnee contre le Piemont, et voulait a tout prix y introduire la revolution. Grand nombre de democrates piemontais s'etaient refugies dans son sein, et en etaient sortis armes et organises, pour faire des incursions dans leur pays, et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande etait partie du cote de la Cisalpine, et s'etait avancee par Domo-d'Ossola. Mais ces tentatives furent repoussees et une foule de victimes inutilement sacrifiees. La republique ligurienne n'avait pas renonce pour cela a harceler le gouvernement de Piemont; elle recueillait et armait de nouveaux refugies, et voulait elle-meme faire la guerre. Notre ministre a Genes, Sotin, avait la plus grande peine a la contenir. De son cote, notre ministre a Turin, Ginguene, n'avait pas moins de peine a repondre aux plaintes continuelles du Piemont, et a le moderer dans ses projets de vengeance contre les patriotes. La Cisalpine etait dans un desordre effrayant. Bonaparte en la constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le regime municipal et le systeme financier. Ce petit etat avait a lui seul deux cent quarante representans. Les departemens etant trop nombreux, il etait devore par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun systeme regulier et uniforme d'impots. Avec une richesse considerable, il n'avait point de finances, et il pouvait a peine suffire a payer le subside convenu pour l'entretien de nos armees. Du reste, sous tous les rapports, la confusion etait au comble. Depuis l'exclusion de quelques membres du conseil, prononcee par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire accepter le traite d'alliance avec la France, les revolutionnaires l'avaient emporte, et le langage des jacobins dominait dans les conseils et les clubs. Notre armee secondait ce mouvement et appuyait toutes les exagerations. Brune, apres avoir acheve la soumission de la Suisse, etait retourne en Italie, ou il avait recu le commandement general de toutes les troupes francaises, depuis le depart de Berthier pour l'Egypte. Il etait a la tete des patriotes les plus vehemens. Lahoz, le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait ete commencee sous Bonaparte, abondait dans les memes idees et les memes sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de desordres dans l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des logemens qui, d'apres les traites, ne leur etaient pas dus, devastaient les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des requisitions comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations locales, puisaient dans les caisses des villes sans alleguer aucune espece de pretexte que leur bon plaisir. Les commandans de place exercaient surtout des exactions intolerables. Le commandant de Mantoue s'etait permis, par exemple, d'affermer a son profit la peche du lac. Les generaux proportionnaient leur exigence a leur grade, et independamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec les compagnies des profits scandaleux. Celle qui etait chargee d'approvisionner l'armee en Italie, abandonnait aux etats-majors quarante pour cent de benefice; et on peut juger par la de ce qu'elle devait gagner pour faire de pareils avantages a ses protecteurs. Par l'effet des desertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitie des hommes portes sur les etats, de maniere que la republique payait le double de ce qu'elle aurait du. Malgre toutes ces malversations, les soldats etaient mal payes, et la solde du plus grand nombre etait arrieree de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions etait horriblement foule, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les patriotes cisalpins toleraient tous ces desordres sans se plaindre, parce que l'etat-major leur pretait son appui. A Rome, les choses se passaient mieux. La, une commission, composee de Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probite le pays affranchi. Ces trois hommes avaient compose une constitution qui avait ete adoptee, et qui, sauf quelques differences, et les noms qui n'etaient pas les memes, ressemblait exactement a la constitution francaise. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des anciens s'appelait le senat; le second conseil le tribunal. Mais ce n'etait pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en vigueur. Ce n'etait pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des Romains qui s'opposait a son etablissement, mais leur paresse. Il n'y avait guere d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, pousses par les moines, et du reste faciles a soumettre. Mais il y avait dans les habitans de Rome, appeles a composer le consulat, le senat et le tribunal, une insouciance, une inaptitude extreme au travail. Il fallait de grands efforts pour les decider a sieger de deux jours l'un, et ils voulaient absolument des vacances pour l'ete. A cette paresse il faut joindre une inexperience et une incapacite absolues en fait d'administration. Il y avait plus de zele dans les Cisalpins, mais c'etait du zele sans lumiere et sans mesure, ce qui le rendait tout aussi funeste que l'insouciance. Il etait a craindre que, des le depart de la commission francaise, le gouvernement romain tombat en dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant on aimait beaucoup les places a Rome, on les aimait comme on le fait dans tout etat sans industrie. La commission avait mis fin a toutes les malversations qui avaient ete commises au premier moment de notre entree a Rome. Elle s'etait emparee de la gestion des finances, et les dirigeait avec probite et habilete. Faypoult, qui etait un administrateur integre et capable, avait etabli pour tout l'etat romain un systeme d'impots fort bien entendu. Il etait parvenu ainsi a suffire aux besoins de notre armee; il avait paye tout l'arriere de solde non-seulement a l'armee de Rome, mais encore a la division embarquee a Civita-Vecchia. Si les finances eussent ete conduites de la meme maniere dans la Cisalpine, le pays n'eut pas ete foule, et nos soldats se fussent trouves dans l'abondance. L'autorite militaire etait a Rome entierement soumise a la commission. Le general Saint-Cyr, qui avait remplace Massena, se distinguait par une severe probite; mais, partageant le gout d'autorite qui devenait general chez tous ses camarades, il paraissait mecontent d'etre soumis a la commission. A Milan surtout, on etait fort peu satisfait de tout ce qui se faisait a Rome. Les democrates italiens etaient irrites de voir les democrates romains annules ou contenus par la commission. L'etat-major francais, duquel relevaient les divisions stationnees a Rome, voyait avec peine une riche partie des pays conquis lui echapper, et soupirait apres le moment ou la commission quitterait ses fonctions. C'est a tort qu'on ferait au directoire francais un reproche du desordre qui regnait dans les pays allies. Aucune volonte, si forte qu'elle fut, n'aurait pu empecher le debordement des passions qui les troublaient, et quant aux exactions, la volonte de Napoleon lui-meme n'a pas reussi a les empecher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein de genie et de vigueur, n'aurait pu executer, un gouvernement compose de cinq membres, et place a des distances immenses, le pouvait encore moins. Cependant il y avait dans la majorite de notre directoire le plus grand zele a assurer le bien-etre des nouvelles republiques, et la plus vive indignation contre l'insolence et les concussions des generaux, contre les vols manifestes des compagnies. Excepte Barras, qui etait de moitie dans tous les profits des compagnies, qui etait l'espoir de tous les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs denoncaient avec la plus grande energie ce qui se faisait en Italie. Larevelliere surtout, dont la severe probite etait revoltee de tant de desordres, proposa au directoire un plan qui fut agree. Il voulait qu'une commission continuat a diriger le gouvernement romain, et a contenir l'autorite militaire; qu'un ambassadeur fut envoye a Milan, pour y representer le gouvernement francais, et y enlever toute influence a l'etat-major; que cet ambassadeur fut charge de faire a la constitution cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de reduire le nombre des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des conseils; qu'enfin cet ambassadeur eut pour adjoint un administrateur capable de creer un systeme d'impot et de comptabilite. Ce plan fut adopte. Trouve, naguere ministre de France a Naples, et Faypoult, l'un des membres de la commission de Rome, furent envoyes a Milan pour executer les mesures proposees par Larevelliere. Trouve devait, aussitot qu'il serait arrive a Milan, s'entourer des hommes les plus eclaires de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous les changemens qu'il etait necessaire de faire soit a la constitution, soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces changemens seraient arretes, les faire proposer dans les conseils de la Cisalpine, par des deputes a sa devotion, et au besoin les appuyer de l'autorite de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il serait possible. Trouve, rendu de Naples a Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonne. Mais le secret de sa mission etait difficile a garder. On sut bientot qu'il venait changer la constitution, et surtout reduire le nombre des places de toute espece. Les patriotes, qui sentaient bien, a la conduite de l'ambassadeur, que les reductions porteraient sur eux, etaient furieux. Ils s'appuyerent sur l'etat-major de l'armee, fort indispose lui-meme contre l'autorite nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'etablir une lutte scandaleuse entre la legation francaise et l'etat-major francais, entoure des patriotes italiens. Trouve et les hommes qui se rendaient chez lui, furent denonces, avec une extreme violence dans les conseils cisalpins. On pretendit que le ministre francais venait violer la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le directoire avait exerces sur toutes les republiques alliees. Trouve essuya des desagremens de toute espece, de la part des patriotes italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la derniere indecence, dans un bal qu'il donnait, et y causerent le plus grand scandale. Ces scenes etaient deplorables, surtout a cause de l'effet qu'elles produisaient sur les ministres etrangers. Non-seulement on leur donnait le spectacle des plus facheuses divisions, mais on les insultait dans les diners diplomatiques, en buvant, a leur face, a l'extermination de tous les rois. Le plus vehement jacobinisme regnait a Milan. Brune et Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se menager l'appui de Barras. Mais le directoire, averti d'avance, etait inebranlable dans ses resolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, a l'instant meme ou il arrivait. Quant a Brune, il lui fut prescrit de retourner a Milan, et d'y concourir aux changemens que Trouve allait faire executer. Apres avoir accompli les diverses modifications necessaires a la constitution, Trouve assembla chez lui les deputes les plus sages, et les leur soumit. Ils les approuverent; mais le dechainement etait si grand, qu'ils n'oserent pas se charger de les proposer eux-memes aux deux conseils. Trouve fut donc oblige de deployer l'autorite francaise, et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du reste, peu importait, au fond, le mode employe. Il eut ete absurde a la France, qui avait cree ces republiques nouvelles et qui les faisait exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y etablir l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le facheux etait qu'elle n'eut pas fait le mieux possible des le premier jour et en une seule fois, afin de ne plus etre obligee de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le 30 aout (13 fructidor an VI), Trouve assembla le directoire et les deux conseils de la Cisalpine; il leur presenta la nouvelle constitution et toutes les lois administratives et financieres que Faypoult avait preparees. Les conseils etaient reduits de deux cent quarante a cent vingt membres. Les individus a conserver dans les conseils et le gouvernement etaient designes. Un systeme d'impot regulier etait etabli. Il y avait des impots personnels et indirects, systeme qu'on essayait d'etablir dans le moment en France, et qui deplaisait beaucoup aux patriotes. Tous ces changemens furent approuves et adoptes. Brune avait ete oblige de fournir l'appui des troupes francaises. Aussi la colere des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la revolution se fit sans obstacles. Il fut decide en outre qu'une prochaine convocation des assemblees primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits a la constitution. La tache de Trouve etait achevee; mais le gouvernement francais, voyant le soulevement que ce ministre avait excite, pensa qu'il n'etait pas possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une autre ambassade, et envoyer a Milan un homme etranger aux dernieres querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant membre des jacobins, qui etait devenu un souple et bas courtisan de Barras, qui avait ete associe par lui au trafic des compagnies, et place sur la voie des honneurs; c'etait Fouche, dont Barras surprit la nomination a ses collegues. Fouche partit pour remplacer Trouve, et celui-ci dut se rendre a Stuttgard. Mais Brune, profitant du depart de Trouve, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la licence militaire qui regnait alors, de faire a l'ouvrage du ministre de France les plus graves changemens. Il exigea la demission de trois des directeurs nommes par Trouve, il changea plusieurs ministres, et fit differentes alterations a la constitution. L'un des trois directeurs dont il avait demande la demission, Sopranzi, ayant courageusement refuse de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et arracher du palais du gouvernement. Il se hata ensuite de convoquer les assemblees primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouve, modifiee comme elle venait de l'etre par lui. Fouche, qui arriva dans cet intervalle, aurait du s'opposer a cette convocation, et ne pas permettre qu'on fit sanctionner des changemens que le general n'avait pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir a son gre. Les modifications de Trouve, et les modifications plus recentes de Brune, furent approuvees par les assemblees primaires, soumises a la fois au pouvoir militaire et a la violence des patriotes. Quand le directoire francais apprit ces details, il ne faiblit point. Il cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert d'aller retablir les choses dans l'etat ou les avait mises Trouve. Fouche fit des objections; il pretendit que la constitution nouvelle, etant approuvee avec les changemens que Brune y avait apportes, il serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il gagna meme Joubert a son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir de pareilles hardiesses de la part de ses generaux, et surtout il ne devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les etats allies. Il rappela Fouche lui-meme, qui, de cette maniere, ne passa que peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le retablissement integral de la constitution, telle que Trouve l'avait faite au nom de la France. Quant aux individus auxquels Brune avait arrache leur demission, on les engagea a la renouveler, pour eviter de nouveaux changemens. La Cisalpine resta donc constituee comme le directoire avait voulu qu'elle le fut, sauf la destitution de quelques individus changes par Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes de nos agens civils et militaires, etaient du plus deplorable effet, decourageaient les nouveaux peuples affranchis, deconsideraient la republique-mere, et prouvaient la difficulte de maintenir tous ces corps dans leur orbite. Les evenemens de la Cisalpine furent gravement reproches au directoire, car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles meme qu'il rencontre dans sa marche. La double opposition qui commencait a reparaitre dans les conseils attaqua diversement les operations executees en Italie. Le theme etait tout simple pour l'opposition patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre l'independance d'une republique alliee; on avait meme commis une infraction aux lois francaise, car la constitution cisalpine qu'on venait d'alterer etait garantie par un traite d'alliance, et ce traite, approuve par les conseils, ne pouvait etre enfreint par le directoire. Quant a l'opposition constitutionnelle, ou moderee, il etait naturel de s'attendre a son approbation plutot qu'a ses reproches, parce que les changemens faits dans la Cisalpine etaient diriges contre les patriotes exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il croyait d'ailleurs devoir defendre l'oeuvre de son frere, attaquee par le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'independance des allies etait attaquee, que les traites etaient violes, etc. Les deux oppositions se prononcaient plus ouvertement de jour en jour. Elles commencaient a contester au directoire certaines attributions dont il avait ete pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraitrait dangereuse. Le directoire avait ferme quelques clubs devenus trop violens, et supprime quelques journaux qui avaient donne des nouvelles fausses et imaginees evidemment dans une intention malveillante. Il y eut un journal, entre autres, qui pretendit que le directoire allait reunir a la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les patriotes s'eleverent contre cette puissance arbitraire, et demanderent le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les conseils deciderent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'a l'etablissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonne pour la preparation de cette loi. Le directoire essuya egalement de fortes contradictions en matiere de finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait ete fixe a 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un deficit de 62 millions, et, outre ce deficit, un arriere considerable dans les rentrees. Les creanciers, malgre la solennelle promesse d'acquitter le tiers consolide, n'avaient pas ete payes integralement. On decida qu'ils recevraient, en paiement de l'arriere, des bons recevables en acquittement des impots. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an VII, dans lequel on allait entrer. Les depenses furent arretees a 600 millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il fallut reduire les contributions fonciere et personnelle, beaucoup trop fortes, et elever les impots du timbre, de l'enregistrement, des douanes, etc. On decreta des centimes additionnels pour les depenses locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des hopitaux et autres etablissemens. Malgre ces augmentations, le ministre Ramel soutint que les impots ne rentreraient tout au plus qu'aux trois quarts, a en juger par les annees precedentes, et que c'etait les exagerer beaucoup que de porter les rentrees effectives a 450 ou 500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir reellement la depense de 600 millions; il proposa un impot sur les portes et fenetres, et un impot sur le sel. Il s'eleva a ce sujet de violentes contestations. On decreta l'impot sur les portes et fenetres, et on prepara un rapport sur l'impot du sel. Ces contradictions n'avaient rien de facheux en elles-memes, mais elles etaient le symptome d'une haine sourde, a laquelle il ne fallait que des malheurs publics pour eclater. Le directoire, parfaitement instruit de l'etat de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se preparaient, et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guere plus en douter au mouvement des differens cabinets. Cobentzel et Repnin n'avaient pu arracher la Prusse a sa neutralite, et l'avaient quittee avec un grand mecontentement. Mais Paul Ier, completement seduit, avait stipule un traite d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes en marche. L'Autriche armait avec activite; la cour de Naples ordonnait l'enrolement de toute sa population. Il eut ete de la plus grande imprudence de ne pas faire de preparatifs, en voyant un pareil mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'a ceux du Volturne. Nos armees etant singulierement diminuees par la desertion, le directoire resolut de pourvoir a leur recrutement par une grande institution, qui restait encore a creer. La convention avait puise deux fois dans la population de la France, mais d'une maniere extraordinaire, sans laisser de loi permanente pour la levee annuelle des soldats. En mars 1793, elle avait ordonne une levee de trois cent mille hommes; en aout de la meme annee, elle avait pris la grande et belle resolution de la levee en masse, generation par generation. Depuis, la republique avait existe par cette mesure seule, en forcant a rester sous les drapeaux ceux qui avaient pris les armes a cette epoque. Mais le feu, les maladies en avaient detruit un grand nombre; la paix en avait ramene un grand nombre encore dans leurs foyers. On n'avait delivre que douze mille conges, mais il y avait eu dix fois plus de deserteurs; et il etait difficile d'etre severe envers des hommes qui avaient defendu pendant six annees leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur sang. Les cadres restaient, et ils etaient excellens. Il fallait les remplir par de nouvelles levees, et prendre, non pas une mesure extraordinaire et temporaire, mais une mesure generale et permanente; il fallait rendre une loi, enfin, qui devint, en quelque sorte, partie inherente de la constitution. On imagina la conscription. Le general Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire, dont on a abuse comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a pas moins sauve la France et porte sa gloire au comble. Par cette loi, chaque Francais fut declare soldat de droit, pendant une epoque de sa vie. Cette epoque etait de vingt a vingt-cinq ans. Les jeunes gens arrives a cet age etaient partages en cinq classes, annee par annee. Suivant la necessite, le gouvernement appelait des hommes en commencant par la premiere classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au fur et a mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits etaient obliges de servir jusqu'a vingt-cinq ans. Ainsi la duree du service des soldats variait d'une annee a cinq, suivant qu'ils avaient ete pris de vingt-cinq a vingt ans. En temps de guerre, cette duree etait illimitee; c'etait au gouvernement a delivrer des conges, quand il croyait le pouvoir sans inconvenient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espece, excepte pour ceux qui s'etaient maries avant la loi, ou qui avaient deja paye leur dette dans les guerres precedentes. Cette loi pourvoyait ainsi aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie etait declaree en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur la population entiere; et la levee en masse recommencait. Cette loi fut adoptee sans opposition, et consideree comme l'une des plus importantes creations de la revolution[2]. Sur-le-champ le directoire demanda a en faire usage, et reclama la levee de deux cent mille conscrits, pour completer les armees et les mettre sur un pied respectable. Cette demande fut accordee par acclamations le 2 vendemiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant elles voulaient que la republique conservat son ascendant en presence des puissances de l'Europe. Une levee d'hommes exige une levee d'argent. Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour l'equipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour reparer le dernier desastre de la marine. La question etait de savoir ou on les prendrait. Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux tiers de la dette etaient rentres presque en totalite, qu'il restait 400 millions en biens nationaux, lesquels etaient libres par consequent, et pouvaient etre consacres aux nouveaux besoins de la republique. On decreta en consequence la mise en vente de 125 millions de biens nationaux. Un douzieme devait etre paye comptant, le reste en obligations des acquereurs, negociables a volonte, et payables successivement dans un delai de dix-huit mois. Elles devaient porter interet a cinq pour cent. Ce papier pouvait equivaloir a un paiement au comptant, par la facilite de le donner aux compagnies. Les biens devaient etre vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut pas plus contestee que la loi de recrutement, dont elle etait la consequence. [Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).] Le directoire se mit ainsi en mesure de repondre aux menaces de l'Europe, et de soutenir la dignite de la republique. Deux evenemens de mediocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre a Ostende. L'Irlande s'etait soulevee, et le directoire y avait envoye le general Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi de fonds que devait faire la tresorerie ayant ete retarde, une seconde division de six mille hommes, commandee par le general Sarrazin, n'avait pu mettre a la voile, et Humbert etait reste sans appui. Il s'etait maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivee du renfort attendu aurait change entierement la face des choses. Mais, apres une suite de combats honorables, il venait d'etre oblige de mettre bas les armes avec tout son corps. Un echec de meme nature, essuye par les Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Ocean, ils voulurent faire un debarquement a Ostende, pour detruire les ecluses; mais, poursuivis a outrance, coupes de leurs vaisseaux, ils furent pris au nombre de deux mille hommes. [Note 3: Il debarqua le 5 fructidor (22 aout) et fut battu et fait prisonnier le 22 (8 septembre) par le general Cornwallis.] Bien que l'Autriche eut contracte une alliance avec la Russie et avec l'Angleterre, et qu'elle put compter sur une armee russe et sur un subside anglais, neanmoins elle hesitait encore a rentrer en lutte avec la republique francaise. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie rallume sur le continent, et qui craignait egalement les progres du systeme republicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait etre revolutionnee, et dans l'autre punie de son alliance avec la France, l'Espagne s'etait interposee de nouveau pour calmer des adversaires irrites. Sa mediation, en provoquant des discussions, en faisant naitre quelque possibilite d'arrangement, amenait de nouvelles hesitations a Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, ou le zele etait furibond, on etait indigne de tout delai, et on voulait trouver une maniere d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche a tirer le fer. La folie de cette petite cour etait sans exemple. Le sort des Bourbons etait, a cette epoque, d'etre conduits par leurs femmes a toutes les fautes. On en avait vu trois a la fois dans le meme cas: Louis XVI, Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortune Louis XVI est connu. Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies differentes, etaient entraines, par la meme influence, a une ruine inevitable. On avait fait prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson etait traite comme un dieu tutelaire. On avait ordonne la levee du cinquieme de la population, espece d'extravagance, car il eut suffi d'en bien armer le cinquantieme, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent devait fournir un cavalier equipe; une partie des biens du clerge avait ete mise en vente; tous les impots avaient ete doubles; enfin ce faiseur de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal reussi, et que la destinee reservait a des revers d'une si etrange espece, Mack avait ete demande a Naples pour etre mis a la tete de l'armee napolitaine. On lui decerna le triomphe avant la victoire, et on lui donna le titre de liberateur de l'Italie, le meme qu'avait porte Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines a tous les saints, des prieres a saint Janvier, et des supplices contre ceux qui etaient soupconnes de partager les opinions francaises. La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piemont et en Toscane. Elle voulait que les Piemontais s'insurgeassent sur les derrieres de l'armee qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les derrieres de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profite de l'occasion pour attaquer de front l'armee de Rome; les Autrichiens en auraient profite aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine, et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Francais ne se sauverait. Le roi de Piemont, prince religieux, avait quelques scrupules a cause du traite d'alliance qui le liait a la France; mais on lui disait que la foi promise a des oppresseurs n'engageait pas, et que les Piemontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Francais. Du reste, les scrupules etaient moins ici le veritable obstacle que la surveillance rigoureuse du directoire. Quant a l'archiduc de Toscane, il manquait entierement de moyens. Naples, pour le decider, promettait de lui envoyer une armee par la flotte de Nelson. Le directoire, de son cote, etait sur ses gardes, et il prenait ses precautions. La republique ligurienne, toujours acharnee contre le roi de Piemont, avait enfin declare la guerre a ce prince. A une haine de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux petites puissances en voulaient venir aux mains a tout prix. Le directoire intervint dans la querelle, signifia a la republique ligurienne qu'il fallait poser les armes, et declara au roi de Piemont qu'il se chargeait de maintenir la tranquillite dans ses etats, mais que, pour cela, il fallait qu'il y occupat un poste important. En consequence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes francaises la citadelle de Turin. Une pareille pretention n'etait justifiable que par les craintes que la cour de Piemont inspirait. Il y avait incompatibilite entre les anciens et les nouveaux etats, et ils ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piemont fit de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de resister aux demandes du directoire. Les Francais occuperent la citadelle, et commencerent sur-le-champ a l'armer. Le directoire avait detache l'armee de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donne, pour la commander, le general Championnet, qui s'etait distingue sur le Rhin. L'armee etait disseminee dans tout l'etat romain; il y avait dans la Marche d'Ancone quatre a cinq mille hommes commandes par le general Casa-Bianca; le general Lemoine etait avec deux ou trois mille hommes sur le penchant oppose de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de cinq mille hommes a peu pres, etait repandu sur le Tibre. Il y avait a Rome une petite reserve. L'armee dite de Rome etait donc de quinze a seize mille hommes au plus. La necessite de surveiller le pays, et la difficulte d'y vivre, nous avaient obliges de disperser nos troupes; et si un ennemi actif et bien seconde avait su saisir l'occasion, il aurait pu faire repentir les Francais de leur isolement. On comptait beaucoup sur cette circonstance a Naples; on se flattait de surprendre les Francais et de les detruire en detail. Quelle gloire de prendre l'initiative, de remporter le premier succes, et de forcer enfin l'Autriche a entrer dans la carriere, apres la lui avoir ouverte! Ce furent la les raisons qui engagerent la cour de Naples a prendre l'initiative. Elle esperait que les Francais seraient facilement battus, et que l'Autriche ne pourrait plus hesiter, quand une fois le fer serait tire. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient a ce qu'on prit l'initiative; mais on refusa d'ecouter leurs sages conseils. Pour decider ce pauvre roi, et l'arracher a ses innocentes occupations, on supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le commencement des hostilites. Des lors les ordres de marche furent donnes pour la fin de novembre. Toute l'armee napolitaine fut mise en mouvement. Le roi lui-meme partit avec un grand appareil, pour assister aux operations. Il n'y eut pas de declaration de guerre, mais une sommation aux Francais d'evacuer l'etat romain: ils repondirent a cette sommation en se preparant a combattre, malgre la disproportion du nombre. Dans la situation respective des deux armees, rien n'etait plus facile que d'accabler les Francais, disperses dans les provinces romaines, a droite et a gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni. La gauche des Francais, placee au-dela de l'Apennin pour garder les Marches, eut ete coupee de leur droite, placee en deca pour garder les rives du Tibre. On les eut ainsi empeches de se rallier, et on les aurait ramenes en desordre jusque dans la Haute-Italie. La Peninsule du moins eut ete delivree; et la Toscane, l'etat romain, les Marches, seraient entres sous la domination de Naples. Le nombre des troupes napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sur; mais il etait impossible que Mack employat une manoeuvre aussi simple. Comme dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude de corps detaches. Il avait pres de soixante mille hommes, dont quarante mille formaient l'armee active, et vingt mille les garnisons. Au lieu de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il la divisa en six colonnes. La premiere, agissant sur les revers de l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli dans les Marches; la seconde et la troisieme, agissant sur l'autre cote des monts, et se liant a la precedente, durent marcher, l'une sur Terni, l'autre sur Magliano; la quatrieme et la principale, formant le corps de bataille, fut dirigee sur Frascati et sur Rome; une cinquieme, longeant la Mediterranee, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la derniere, embarquee sur l'escadre de Nelson, fut dirigee sur Livourne, pour soulever la Toscane et fermer la retraite aux Francais. Ainsi tout etait prepare pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'etait pour les battre auparavant. C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille hommes. La quantite de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le mauvais etat des chemins, rendaient ses mouvemens tres lents. L'armee napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble. Championnet, averti a temps du peril, detacha deux corps pour observer la marche de l'ennemi, et proteger les corps isoles qui se repliaient. Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il resolut de prendre une position en arriere, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana et Civita-Ducale, et la de concentrer ses forces pour reprendre l'offensive. Tandis que Championnet se retirait sagement, et evacuait Rome, en laissant huit cents hommes dans le chateau Saint-Ange, Mack s'avancait fierement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de resistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29 novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait prepare au roi une reception triomphale. Ce pauvre prince, traite en conquerant et en liberateur, fut enivre de l'espece de gloire militaire qu'on lui avait appretee. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et il invita le pape a venir reprendre possession de ses etats. Cependant son armee, moins genereuse que lui, commit d'horribles pillages. La populace romaine, avec sa mobilite accoutumee, se precipita sur les maisons de ceux qu'on accusait d'etre revolutionnaires, et les devasta. La depouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumee et indignement outragee. Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps a Rome, Championnet executait avec une rare activite l'habile determination qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel etait au centre sur le Haut-Tibre, il fit prendre a Macdonald une forte position a Civita-Castellana, et le renforca de toutes les troupes dont il put disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les Marches, au-dela de l'Apennin, et ne laissa au general Casa-Bianca que ce qui lui etait strictement necessaire pour retarder de ce cote la marche de l'ennemi. Lui-meme courut a Ancone pour hater l'arrivee de ses parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce qui se preparait sur ses derrieres en Toscane, il chargea un officier, avec un faible detachement, d'observer ce qui se passait de ce cote. Les Napolitains rencontrerent enfin les Francais sur les differentes routes qu'ils parcouraient. Ils etaient trois fois plus nombreux, mais ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouverent que la tache etait rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avancait par Ascoli fut repoussee au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni, un colonel napolitain fut enleve avec tout son corps par le general Lemoine. Cette premiere experience de la guerre avec les Francais etait peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante, celle de Civita-Castellana, ou Macdonald se trouvait avec le gros de nos troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veies. Elle est placee sur un ravin, dans une position tres forte. Les Francais tenaient plusieurs postes eloignes qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII (4 decembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces considerables. Il dirigea par la rive opposee du Tibre une colonne accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne reussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie. Une seconde, enveloppee, perdit trois mille prisonniers. Les autres, decouragees, se bornerent a de simples demonstrations. Nulle part enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes francaises. Mack, un peu deconcerte, renonca a enlever la position centrale de Civita-Castellana, et commenca a s'apercevoir que ce n'etait pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie. C'est a Terni, point plus rapproche de l'Apennin, et moins defendu par les Francais, qu'il aurait du frapper le coup principal. Il songea des lors a derober ses troupes, et a les reporter de Civita-Castellana sur Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidite d'execution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armee; et Mack ralentit encore par sa propre faute une operation deja trop lente. Macdonald, qu'il croyait retenir a Civita-Castellana par des demonstrations, s'etait deja transporte de Civita-Castellana au-dela du Tibre. Lemoine avait ete renforce a Terni. Ainsi, les Napolitains avaient ete prevenus sur tous les points qu'ils se proposaient de surprendre. Le premier mouvement du general Metsch, de Calvi sur Otricoli, n'amena qu'un desastre. Le 19 frimaire (9 decembre), ramene d'Otricoli sur Calvi, ce general fut entoure et oblige de mettre bas les armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq cents. Des cet instant, Mack ne songea plus qu'a rentrer dans Rome, et a se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano, pour y rallier son armee, et la renforcer de nouveaux bataillons. C'etait la une triste ressource, car ce n'etait pas la quantite des soldats qu'il fallait augmenter, c'etait leur qualite qu'il aurait fallu changer; et ce n'etait pas en se retirant a quelques lieues du champ de bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et la bravoure. Le roi de Naples, en apprenant ces tristes evenemens, sortit furtivement de Rome, ou il etait entre quelques jours auparavant en triomphe. Les Napolitains l'evacuerent en desordre, a la grande satisfaction des Romains, qui etaient deja beaucoup plus importunes de leur presence, qu'ils ne l'avaient ete de celle des Francais. Championnet rentra dans Rome dix-sept jours apres en etre sorti. Il avait merite veritablement les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille, et les avait pousses en desordre devant lui. Championnet ne voulut pas se borner a la simple defense des Etats romains, il concut le projet audacieux de conquerir le royaume de Naples avec sa faible armee. L'entreprise etait difficile, moins a cause de la force de l'armee napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet n'en persista pas moins a s'avancer. Il partit de Rome pour suivre la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantite de prisonniers, et mit dans une deroute complete la colonne qui avait ete debarquee en Toscane, et dont il ne s'echappa que trois mille hommes. Mack, entierement demoralise, se replia rapidement dans le royaume de Naples, et ne s'arreta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il fit choix de ses troupes les meilleures, les placa devant Capoue et sur toute la ligne du fleuve, qui est tres profond, et qui forme une barriere difficile a franchir. Pendant ce temps, le roi etait rentre a Naples, et son retour subit y avait jete la confusion. Le peuple, furieux des echecs essuyes par l'armee, criait a la trahison, demandait des armes, et menacait d'egorger les generaux, les ministres, tous ceux auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait egorger aussi tous ceux qu'on accusait de desirer les Francais et la revolution. Cette cour odieuse n'hesita pas a donner aux lazzaronis des armes dont il etait facile de prevoir l'usage. A peine ces especes de barbares eurent-ils recu les depouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgerent et se rendirent maitres de Naples. Criant toujours a la trahison, ils s'emparerent d'un messager du roi, et l'assassinerent. Le favori Acton, auquel on commencait a attribuer les malheurs publics, la reine, le roi, toute la cour, etaient dans l'epouvante. Naples ne paraissait plus un sejour assez sur; l'idee de se refugier en Sicile fut aussitot concue et adoptee. Le 11 nivose (31 decembre), les meubles precieux de la couronne, tous les tresors des palais de Caserte et de Naples, et un tresor de vingt millions, furent embarques sur l'escadre de Nelson, et on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamites publiques, ne voulut pas braver les dangers du sejour de Naples, et s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brule. Ce fut au milieu d'une tempete, et a la lueur des flammes des chantiers incendies, que cette cour lache et criminelle abandonna a ses dangers le royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'egorger la haute bourgeoisie, accusee d'esprit revolutionnaire. Tout devait etre immole, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta a Naples, charge des pouvoirs du roi. Pendant ce temps, Championnet s'avancait vers Naples. Il avait commis a son tour la meme faute que Mack; il s'etait divise en plusieurs colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction a travers un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et souleve de toutes parts contre les pretendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, etait fort incertaine. Championnet, arrive avec son corps de bataille sur les bords du Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repousse par une nombreuse artillerie, il fut oblige de renoncer a un coup de main, et de replier ses troupes, en attendant l'arrivee des autres colonnes. Cette tentative eut lieu le 14 nivose an VII (3 janvier 1799). Les paysans napolitains, insurges de toutes parts, interceptaient nos courriers et nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes, et sa position pouvait etre consideree comme tres critique. Mack profita de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet, comptant sur la fortune des Francais, repoussa hardiment les propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait abandonner la ligne du Volturne, ceder la ville de Capoue aux Francais, se retirer derriere la ligne des Regi-Lagni du cote de la Mediterranee, et de l'Ofanto, du cote de l'Adriatique, et ceder ainsi une grande partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut signe le 22 nivose (11 janvier). Quand on apprit a Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra a la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il etait trahi par les officiers de la couronne. La vue du commissaire charge de recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux derniers exces; elle se revolta, et empecha l'execution de l'armistice. Le tumulte fut porte a un tel degre, que le prince Pignatelli, epouvante, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livree aux lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorite reconnue, et on etait menace d'un horrible bouleversement. Enfin, apres trois jours de tumulte, on parvint a choisir un chef qui avait la confiance des lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'etait le prince de Moliterne. Pendant ce temps, les memes fureurs eclataient dans l'armee de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs a leur lachete, s'en prirent a leur general, et voulurent le massacrer. Le pretendu liberateur de l'Italie, qui avait recu un mois auparavant les honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp meme des Francais. Il demanda a Championnet la permission de se refugier aupres de lui. Le genereux republicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir a sa table, et lui laissa son epee. Championnet, autorise par le refus fait a Naples d'executer les conditions de l'armistice, s'avanca sur cette capitale, dans le but de s'en emparer. La chose etait difficile, car un peuple immense, qui, en rase campagne, eut ete balaye par quelques escadrons de cavalerie, devenait tres redoutable derriere les murs d'une ville. On eut quelques combats a livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis montrerent la plus de courage que l'armee napolitaine. L'imminence du danger avait redouble leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait les moderer, avait cesse bientot de leur convenir, et ils avaient pris pour chefs deux d'entre eux, les nommes Paggio et Michel le fou. Ils se livrerent, des cet instant, aux plus grands exces, et commirent toute espece de violences contre les bourgeois et les nobles accuses de jacobinisme. Le desordre fut pousse a un tel point, que toutes les classes interessees a l'ordre souhaiterent l'entree des Francais. Les habitans firent prevenir Mack qu'ils se joindraient a lui pour livrer Naples. Le prince de Moliterne lui-meme promit de s'emparer du fort Saint-Elme, et de le livrer aux Francais. Le 4 pluviose (23 janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se defendirent courageusement; mais les bourgeois s'etant empares du fort Saint-Elme et de differens postes de la ville, donnerent entree aux Francais. Les lazzaronis, retranches neanmoins dans les maisons, allaient se defendre de rues en rues, et incendier peut-etre la ville; mais on fit prisonnier un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'egards, on lui promit de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fit mettre bas les armes a tous les siens. Championnet, des cet instant, se trouva maitre de Naples et de tout le royaume: il se hata d'y retablir l'ordre et de desarmer les lazzaronis. D'apres les intentions du gouvernement francais, il proclama la nouvelle republique. Un nom antique lui fut donne, celui de republique parthenopeenne. Telle fut l'issue des folies et des mechancetes de la cour de Naples. Vingt mille Francais et deux mois suffirent pour dejouer ses vastes projets, changer ses etats en republique. Cette courte campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une reputation brillante. L'armee de Rome prit des lors le titre d'armee de Naples, et fut detachee de l'armee d'Italie. Championnet devint independant de Joubert. Pendant que ces evenemens avaient lieu dans la Peninsule, la chute du royaume de Piemont etait enfin consommee. Deja, par une precaution que les circonstances legitimaient assez, Joubert s'etait empare de la citadelle de Turin, et l'avait armee avec l'artillerie prise dans les arsenaux piemontais. Mais cette precaution etait fort insuffisante dans l'etat present des choses. Le trouble regnait toujours dans le Piemont: les republicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et venaient meme de perdre six cents hommes, pour avoir essaye de surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin, ou toute la cour etait representee, et qui etait a la fois l'oeuvre des Piemontais et des officiers francais que les generaux ne pouvaient pas toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans Turin meme. La cour de Piemont ne pouvait pas etre notre amie, et la correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre dirigeant de Piemont, le prouvait assez. Dans des circonstances pareilles, la France, exposee a une nouvelle guerre, ne pouvait pas laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piemont, le droit que les defenseurs d'une place ont sur tous les batimens qui en genent ou en compromettent la defense. Il fut decide qu'on forcerait le roi de Piemont a abdiquer. On soutint les republicains, et on les aida a s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi qu'il ne pouvait plus vivre dans des etats qui se revoltaient, et qui allaient etre bientot le theatre de la guerre: on lui demanda son abdication, en lui laissant l'ile de Sardaigne. L'abdication fut signee le 19 frimaire (9 decembre 1798). Ainsi les deux princes les plus puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piemont, n'avaient plus, de leurs etats, que deux iles. Dans les circonstances qui se preparaient, on ne voulut pas se donner l'embarras de creer une nouvelle republique, et en attendant le resultat de la guerre, il fut decide que le Piemont serait provisoirement administre par la France. Il ne restait plus a envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait pour l'occuper; mais on differait cette signification, et on attendait, pour la faire, que l'Autriche se fut ouvertement declaree. CHAPITRE XV. ETAT DE L'ADMINISTRATION DE LA REPUBLIQUE ET DES ARMEES AU COMMENCEMENT DE 1799.--PREPARATIFS MILITAIRES.--LEVEE DE 200 MILLE CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES COALISEES.--DECLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPERATIONS MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE SCHERER.--ASSASSINAT DES PLENIPOTENTIAIRES FRANCAIS A RASTADT.--EFFETS DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIEES CONTRE LE DIRECTOIRE.--ELECTIONS DE L'AN VII.--SIEYES EST NOMME DIRECTEUR, EN REMPLACEMENT DE REWBELL. Tel etait l'etat des choses au commencement de l'annee 1799. La guerre, d'apres les evenemens que nous venons de rapporter, n'etait plus douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptees, la levee de boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans la certitude d'une intervention puissante, les preparatifs immenses de l'Autriche, enfin l'arrivee d'un corps russe en Moravie, ne laissaient plus aucune incertitude. On etait en nivose (janvier 1799), et il etait evident que les hostilites seraient commencees avant deux mois. Ainsi l'incompatibilite des deux grands systemes que la revolution avait mis en presence etait prouvee par les faits. La France avait commence l'annee 1798 avec trois republiques a ses cotes, les republiques batave, cisalpine et ligurienne, et deja il en existait six a la fin de cette annee, par la creation des republiques helvetique, romaine et parthenopeenne. Cette extension avait ete moins le resultat de l'esprit de conquete, que de l'esprit de systeme. On avait ete oblige de secourir les Vaudois opprimes: on avait ete provoque a Rome a venger la mort du malheureux Duphot, immole en voulant separer les deux partis: a Naples on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait ete forcement conduit a rentrer en lutte, il est constant que le directoire, quoique ayant une immense confiance dans la puissance francaise, desirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financieres; il est constant aussi que l'empereur, tout en desirant la guerre, voulait l'eloigner encore. Cependant tous s'etaient conduits comme s'ils avaient voulu rentrer immediatement en lutte, tant etait grande l'incompatibilite des deux systemes. La revolution avait donne au gouvernement francais une confiance et une audace extraordinaire. Le dernier evenement de Naples, quoique peu considerable en lui-meme, venait de lui persuader encore que tout devait fuir devant les baionnettes francaises. C'etait du reste l'opinion de l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensite des moyens reunis contre la France, pour donner a ses ennemis le courage de se mesurer avec elle. Mais cette confiance du gouvernement francais dans ses forces etait exageree, et lui cachait une partie des difficultes de sa position. La suite a prouve que ses ressources etaient immenses, mais que dans le moment elles n'etaient pas encore assez assurees pour garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait a administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagees en autant de republiques. Les administrer par l'intermediaire de leur gouvernement, etait, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on avait commande directement chez elles. On n'en pouvait presque tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le defaut d'organisation. Il fallait cependant les defendre, et des lors combattre sur une ligne qui, depuis le Texel, s'etendait sans interruption jusqu'a l'Adriatique, ligne qui, attaquee de front par la Russie et l'Autriche, etait prise a revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit a Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait les tirer de France seulement. Or, les armees etaient singulierement affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, etaient en Egypte sous notre grand capitaine. Les armees restees en France etaient diminuees de moitie par l'effet des desertions que la paix amene toujours. Le gouvernement payait le meme nombre de soldats, mais il n'avait peut-etre pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les administrations et les etats-majors faisaient le profit sur la solde, et c'etait une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait remplir avec la nouvelle levee des conscrits; mais il fallait du temps pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis retablissement de la conscription. Enfin, les finances etaient toujours dans le meme delabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait vote un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125 millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais la lenteur des rentrees, et l'erreur dans l'evaluation de certains produits, laissaient un deficit considerable. Enfin la subordination, si necessaire dans une machine aussi vaste, commencait a disparaitre. Les militaires devenaient tres difficiles a contenir. Cet etat de guerre perpetuelle leur faisait sentir qu'ils etaient necessaires; ils en devenaient imperieux et exigeans. Places dans des pays riches, ils voulaient en profiter, et ils etaient les complices de toutes les spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions la ou ils residaient, et n'obeissaient qu'avec peine a la direction des agens civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouve. Enfin, dans l'interieur, l'opposition qu'on a vu renaitre depuis le 18 fructidor, et prendre deux caracteres, se prononcait davantage. Les patriotes, reprimes aux dernieres elections, se preparaient a triompher dans les nouvelles. Les moderes critiquaient froidement, mais amerement, toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les oppositions, lui reprochaient meme les difficultes qu'il avait a vaincre, et qui etaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement, c'est la force meme: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne triomphe pas. On n'ecoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi il n'a pas reussi. Telle etait la situation du directoire a l'instant ou la guerre recommenca avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour retablir l'ordre dans cette grande machine. La confusion regnait toujours en Italie. Les ressources de cette belle contree etaient gaspillees, et se perdaient inutilement pour l'armee; quelques pillards en profitaient seuls. La commission chargee d'instituer et d'administrer la republique romaine venait de terminer ses fonctions, et aussitot l'influence des etats-majors s'etait fait sentir. On avait change les consuls juges trop moderes. On avait rompu les marches avantageux pour l'entretien de l'armee. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction financiere, avait conclu un marche pour l'entretien et le paiement des troupes stationnees a Rome, et pour le transport de tous les objets d'art envoyes en France. Elle avait adjuge en paiement des biens nationaux pris sur le clerge. Le marche, outre qu'il etait modere sous le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens nationaux. Il fut casse, et donne ensuite a la compagnie Baudin, qui devorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les etats-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le Piemont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie a devorer, et la probite de Joubert, general en chef de l'armee d'Italie, n'etait pas une garantie contre l'avidite de l'etat-major et des compagnies. Naples surtout allait etre mise au pillage. Il y avait dans le directoire quatre hommes integres, Rewbell, Larevelliere, Merlin et Treilhard, que tous les desordres revoltaient. Larevelliere surtout, le plus severe et le plus instruit des faits par ses relations particulieres avec l'ambassadeur Trouve et avec les membres de la commission de Rome, Larevelliere voulait qu'on deployat la plus grande energie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'etait d'instituer dans tous les pays dependans de la France, et ou residaient nos armees, des commissions chargees de la partie civile et financiere, et tout a fait independantes des etats-majors. A Milan, a Turin, a Rome, a Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions stipulees avec les pays allies de la France, passer les marches, faire tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des armees, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires. Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux generaux les fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obliges de justifier pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorite militaire etait encore bien menagee. Les quatre directeurs firent adopter la mesure, et on signifia a Scherer l'ordre de la faire executer sur-le-champ avec la derniere rigueur. Comme il montrait quelque indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il repondrait de tous les desordres qui ne seraient pas reprimes. Cette mesure, quelque juste qu'elle fut, devait blesser beaucoup les etats-majors. En Italie surtout ils parurent se revolter; ils dirent qu'on deshonorait les militaires par les precautions qu'on prenait a leur egard, qu'on enchainait tout a fait les generaux, qu'on les privait de toute autorite. Championnet, a Naples, avait deja tranche du legislateur, et nomme des commissions chargees d'administrer le pays conquis. Faypoult etait envoye a Naples pour s'y charger de toute la partie financiere. Il prit les arretes necessaires pour faire rentrer l'administration dans ses mains, et revoqua certaines mesures fort mal entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des gens de son etat, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme offense; il eut la hardiesse de prendre un arrete par lequel il enjoignait a Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite etait intolerable. Meconnaitre les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyes revetus de ses pouvoirs, etait un acte qui meritait la plus severe repression, a moins qu'on ne voulut abdiquer l'autorite supreme et la remettre aux generaux. Le directoire ne faiblit pas, et grace a l'energie des membres integres qui voulaient mettre fin aux gaspillages, il deploya ici toute son autorite. Il destitua Championnet, malgre l'eclat de ses derniers succes, et le livra a une commission militaire. Malheureusement l'insubordination ne s'arreta pas la. Le brave Joubert se laissa persuader que l'honneur militaire etait blesse par les arretes du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions nouvelles prescrites aux generaux, et donna sa demission. Le directoire l'accepta. Bernadotte refusa de succeder a Joubert, par les memes motifs. Neanmoins le directoire ne ceda pas et persista dans ses arretes. Le directoire s'occupa ensuite de la levee des conscrits, qui s'executait lentement. Les deux premieres classes ne pouvant pas fournir les deux cent mille hommes, il se fit autoriser a les prendre dans toutes les classes, jusqu'a ce que le nombre requis fut complet. Pour gagner du temps, il fut decide que les communes seraient chargees elles-memes de l'equipement des nouvelles recrues, et que cette depense serait comptee en deduction de la contribution fonciere. Ces nouveaux conscrits, a peine equipes, devaient se rendre sur les frontieres, y etre formes en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes dans les places et les camps de reserve, et des que leur instruction serait suffisante, aller rejoindre les armees actives. Le directoire s'occupait aussi du deficit. Le ministre Ramel, qui administrait toujours nos finances avec lumiere et probite, depuis l'etablissement du directoire, apres avoir verifie le produit des impots, assurait que le deficit serait de 65 millions, sans compter tout l'arriere provenant du retard dans les rentrees. Une violente dispute s'engagea sur la quotite du deficit. Les adversaires du directoire ne le portaient pas a plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65 au moins, et peut-etre meme de 75. On avait imagine l'impot des portes et fenetres, mais il ne suffisait pas. L'impot du sel fut mis en discussion. Alors de grands cris s'eleverent: on opprimait le peuple, disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe, on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte etait celui des orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement. Les partisans du gouvernement repondaient en alleguant la necessite. L'impot fut rejete par le conseil des anciens. Pour en remplacer le produit, on doubla l'impot des portes et fenetres; on decupla meme celui des portes cocheres. On mit en vente les biens du culte protestant, on decreta que le clerge protestant recevrait des salaires en dedommagement de ses biens. On mit a la disposition du gouvernement les sommes a recouvrer sur les proprietaires de biens restes indivis avec l'etat. Malheureusement toutes ces ressources n'etaient pas assez promptes. Outre la difficulte de porter le produit de l'impot au niveau de 600 millions, il y avait un autre inconvenient dans la lenteur des rentrees. On etait encore reduit, cette annee comme dans les precedentes, a donner des delegations aux fournisseurs sur les produits non rentres. Les rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers, promis la plus grande exactitude, etaient payes eux-memes avec des bons recevables en acquittement des impots. Ainsi on se trouvait de nouveau reduit aux expediens. Ce n'etait pas tout que de reunir des soldats et des fonds pour les entretenir, il fallait les distribuer d'apres un plan convenable, et leur choisir des generaux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-a-dire operer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande etait couverte d'un cote par la neutralite de la Prusse, qui paraissait certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un debarquement, et il etait urgent de la proteger contre ce danger. La ligne du Rhin etait protegee par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il fut peu probable que l'Autriche vint essayer de la percer, il etait prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prit l'offensive ou qu'on l'attendit, c'etait sur les bords du Haut-Danube, vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait rencontrer les armees autrichiennes. Il fallait une armee active qui, partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de la Baviere. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la Suisse; il fallait enfin une grande armee pour couvrir la Haute-Italie contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les Anglais reunis. Ce champ de bataille etait immense, et il n'etait pas connu et juge comme il l'a ete depuis, a la suite de longues guerres et de campagnes immortelles. On pensait alors que la cle de la plaine etait dans les montagnes. La Suisse, placee au milieu de la ligne immense sur laquelle on allait combattre, paraissait la cle de tout le continent; et la France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage decisif. Il semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Po, elle en commandat tout le cours. C'etait la une erreur. On concoit que deux armees qui appuient immediatement une aile a des montagnes, comme les Autrichiens et les Francais quand ils se battaient aux environs de Verone ou aux environs de Rastadt, tiennent a la possession de ces montagnes, parce que celle des deux qui en est maitresse peut deborder l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat a cinquante ou cent lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la meme importance. Tandis qu'on s'epuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armees placees sur le Rhin ou sur le Bas-Po auraient le temps de decider du sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues, on en concluait que la puissance maitresse des Alpes devait l'etre du continent. La Suisse n'a qu'un avantage reel, c'est d'ouvrir des debouches directs a la France sur l'Autriche, et a l'Autriche sur la France. On concoit des lors que, pour le repos des deux puissances et de l'Europe, la cloture de ces debouches soit un bienfait. Plus on peut empecher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait, surtout entre deux etats qui ne peuvent se heurter sans que le continent en soit ebranle. C'est en ce sens que la neutralite de la Suisse interesse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un principe de surete generale. La France, en l'envahissant, s'etait donne l'avantage des debouches directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la multiplicite des debouches est un avantage pour la puissance qui doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un inconvenient pour la puissance qui est reduite a la defensive, par l'inferiorite de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre des points d'attaque soit aussi reduit que possible, afin de pouvoir concentrer ses forces, avec avantage. S'il eut ete avantageux pour la France, suffisamment preparee a l'offensive, de pouvoir deboucher en Baviere par la Suisse, il etait facheux pour elle, reduite a la defensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralite suisse; il etait facheux pour elle d'avoir a garder tout l'espace compris de Mayence a Genes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc et Genes de l'autre. Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la France, dans le cas de la defensive. Mais elle etait fort loin de se croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement etait de prendre l'offensive partout et de proceder, comme naguere, par des coups foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus malheureuses. On placa une armee d'observation en Hollande, et une autre armee d'observation sur le Rhin. Une armee active devait partir de Strasbourg, traverser la foret Noire, et envahir la Baviere. Une seconde armee active devait combattre en Suisse pour la possession des montagnes, et appuyer ainsi d'un cote celle qui agirait sur le Danube, et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armee devait partir de l'Adige pour chasser tout a fait les Autrichiens jusqu'au-dela de l'Izonzo. Enfin, une derniere armee d'observation devait couvrir la Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armee de Hollande fut de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois cent mille hommes independamment des garnisons. Avec de pareilles forces, cette distribution devenait moins defectueuse. Mais si, par la levee des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armees a ce nombre, on etait loin d'y etre arrive dans le moment. On ne pouvait guere laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait a peine reunir quelques mille hommes. Les troupes destinees a composer cette armee d'observation etaient retenues dans l'interieur, soit pour surveiller la Vendee encore menacee, soit pour proteger la tranquillite publique pendant les elections qui se preparaient. L'armee destinee a agir sur le Danube etait au plus de quarante mille hommes, celle de Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de trente. Ainsi, nous comptions a peine cent soixante ou cent soixante-dix mille hommes. Les eparpiller du Texel au golfe de Tarente, etait la chose du monde la plus imprudente. Puisque le directoire, emporte par l'audace revolutionnaire, voulait prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les points d'attaque, se reunir en masse suffisante sur ces points, et ne pas se disseminer, pour combattre sur tous a la fois. Ainsi, en Italie, au lieu de disperser ses forces depuis Verone jusqu'a Naples, il fallait, a l'exemple de Bonaparte, en reunir la plus grande partie sur l'Adige; et frapper la les grands coups. En battant les Autrichiens sur l'Adige, il etait assez prouve qu'on pouvait tenir en respect Rome, Florence et Naples. Du cote du Danube, au lieu de perdre inutilement des milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armee de Suisse et du Rhin, grossir l'armee active du Danube, et livrer avec celle-ci une bataille decisive en Baviere. On pouvait meme reduire encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir offensivement que sur le Danube, et la, porter un coup plus fort et plus sur, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoleon et l'archiduc Charles ont prouve, le premier par de grands exemples, le second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France, la querelle doit se vider sur le Danube. C'est la qu'est le chemin le plus court pour arriver au but. Une armee francaise victorieuse en Baviere, rend nuls tous les succes d'une armee autrichienne victorieuse en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochee de Vienne. Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point encore embrasse d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme qui l'aurait pu alors etait en Egypte. On dissemina donc les cent soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la ligne immense que nous avons decrite, et dans l'ordre que nous avons indique. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille le Rhin; quarante mille formaient l'armee du Danube, trente mille celle de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les conscrits devaient bientot renforcer ces masses, et les porter au nombre fixe par les plans du directoire. Le choix des generaux ne fut guere plus heureux que la conception des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le depart de Bonaparte, Desaix et Kleber pour l'Egypte, les choix etaient beaucoup plus limites. Il restait un general dont la reputation etait grande et meritee, c'etait Moreau. On pouvait etre plus audacieux, plus entreprenant, mais on n'etait ni plus ferme ni plus sur. Un etat defendu par un tel homme ne pouvait perir. Disgracie a cause de sa conduite dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti a devenir simple inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attire l'attention sur cette belle contree, depuis qu'elle etait comme la pomme de discorde entre l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important. C'est pourquoi on songea a Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses forces. Il donna des raisons de grand patriote, et presenta Moreau comme suspect, a cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collegues eurent la faiblesse de ceder. Moreau fut ecarte, et resta simple general de division dans l'armee qu'il aurait du commander en chef. Il accepta noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et Bernadotte avaient refuse le commandement de l'armee d'Italie, on sait par quels motifs. On songea donc a Scherer, ministre de la guerre. Ce general, par son succes en Belgique et sa belle bataille de Loano, s'etait acquis beaucoup de reputation. Il avait de l'esprit, mais un corps use par l'age et les infirmites; il n'etait plus capable de commander a des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il s'etait brouille avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter quelque rigueur dans la repression de la licence militaire. Barras le proposa pour general de l'armee d'Italie. On dit que c'etait pour le faire sortir du ministere de la guerre, ou il commencait a devenir importun par sa severite. Cependant les militaires que l'on consulta, notamment Bernadotte et Joubert, ayant parle de sa capacite comme on en parlait alors dans l'armee, c'est-a-dire avec beaucoup d'estime, il fut nomme general en chef de l'armee d'Italie. Il s'en defendit beaucoup, alleguant son age, sa sante, et surtout son impopularite, due aux fonctions qu'il avait exercees; mais on insista et il fut oblige d'accepter. Championnet, traduit devant une commission, fut remplace dans le commandement de l'armee de Naples par Macdonald. Massena fut charge du commandement de l'armee d'Helvetie. Ces choix etaient excellens, et la republique ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armee du Danube fut donnee au general Jourdan. Malgre ses malheurs dans la campagne de 1798, on n'avait point oublie les services qu'il avait rendus en 1793 et 1794, et on esperait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers exploits. Puisqu'on ne la donnait pas a Moreau, l'annee du Danube ne pouvait etre en de meilleures mains. Malheureusement elle etait tellement inferieure en nombre, qu'il eut fallu, pour la commander avec confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut l'armee du Rhin; Brune celle de Hollande. L'Autriche avait fait des preparatifs bien superieurs aux notres. Ne se confiant pas comme nous dans ses succes, elle avait employe les deux annees ecoulees depuis l'armistice de Leoben, a lever, a equiper et a instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui etait necessaire, et s'etait etudie a choisir les meilleurs generaux. Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille hommes effectifs, sans compter les recrues qui se preparaient encore. La Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui etaient commandes par le celebre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait operer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes. On annoncait deux autres contingens russes, combines avec des troupes anglaises, et destines, l'un a la Hollande, l'autre a Naples. Le plan de campagne de la coalition n'etait pas mieux concu que le notre. C'etait une conception pedantesque du conseil aulique, fort desapprouvee par l'archiduc Charles, mais imposee a lui et a tous les generaux, sans qu'il leur fut permis de la modifier. Ce plan reposait, comme celui des Francais, sur le principe que les montagnes sont la cle de la plaine. Aussi des forces considerables etaient-elles amoncelees pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il etait possible, la grande chaine des Alpes aux Francais. Le second objet que le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'etait l'Italie. Des forces considerables etaient placees derriere l'Adige. Le theatre de guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas etre celui dont on s'etait le plus occupe. Ce qu'on avait fait de plus heureux de ce cote, c'etait d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment etaient distribuees les forces autrichiennes. L'archiduc Charles etait, avec cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en Baviere. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'a son embouchure dans le lac de Constance, le general Hotze commandait vingt-quatre mille fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde etait dans le Tyrol avec quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait venir se joindre a Kray, pour agir en Italie. On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient gagner les sources des fleuves, tandis que les armees qui agissaient dans la plaine tacheraient d'en franchir le cours. Du cote des Francais, l'armee d'Helvetie etait chargee du meme soin. Ainsi, de part et d'autre, une foule de braves allaient s'entre-detruire inutilement sur des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guere influer sur le sort de la guerre[4]. [Note 4: Toutes ces assertions sont motivees au long par l'archiduc Charles, le general Jomini et Napoleon.] Les generaux francais n'avaient pas manque d'informer le directoire de l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, oblige d'envoyer plusieurs bataillons en Belgique, pour y reprimer quelques troubles, et une demi-brigade a l'armee d'Helvetie pour remplacer une autre demi-brigade envoyee en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille hommes effectifs. De pareilles forces etaient trop disproportionnees avec celles de l'archiduc, pour qu'il put lutter avec avantage. Il demandait la prompte formation de l'armee de Bernadotte, qui ne comptait pas encore plus de cinq a six mille hommes, et surtout l'organisation des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permit d'attirer a lui, ou l'armee du Rhin, ou l'armee d'Helvetie, en quoi il avait raison. Massena se plaignait, de son cote, de n'avoir ni les magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son armee dans des pays steriles et d'un acces extremement difficile. Le directoire repondait a ces observations que les conscrits allaient rejoindre et se former bientot en bataillons de campagne; que l'armee d'Helvetie serait incessamment portee a quarante mille hommes, celle du Danube a soixante; que des que les elections seraient achevees, les vieux bataillons, retenus dans l'interieur, iraient former le noyau de l'armee du Rhin. Bernadotte et Massena avaient ordre de concourir aux operations de Jourdan, et de se conformer a ses vues. Comptant toujours sur l'effet de l'offensive, et anime de la meme confiance dans ses soldats, il voulait que, malgre la disproportion du nombre, ses generaux se hatassent de brusquer l'attaque et de deconcerter les Autrichiens par une charge impetueuse. Aussi les ordres furent-ils donnes en consequence. Les Grisons, partages en deux factions, avaient hesite long-temps entre la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient appele les Autrichiens dans leurs vallees. Le directoire, les considerant comme sujets suisses, ordonna a Massena d'occuper leur territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation prealable de l'evacuer En cas de refus, Massena devait attaquer sur-le-champ. En meme temps, comme les Russes s'avancaient toujours en Autriche, il adressa, a ce sujet, deux notes, l'une au congres de Rastadt, l'autre a l'empereur. Il declarait au corps germanique et a l'empereur, que, si dans l'espace de huit jours un contre-ordre n'etait pas donne a la marche des Russes, il regarderait la guerre comme declaree. Jourdan avait ordre de passer le Rhin aussitot ce delai expire. Le congres de Rastadt avait singulierement avance ses travaux. Les questions de la ligne du Rhin, du partage des iles, de la construction des ponts, etant terminees, on ne s'occupait plus que de la question des dettes. La plupart des princes germaniques, excepte les princes ecclesiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour eviter la guerre; mais soumis la plupart a l'Autriche, ils n'osaient pas se prononcer. Les membres de la deputation quittaient successivement le congres, et bientot on allait se trouver dans l'impossibilite de deliberer. Le congres declara ne pas pouvoir repondre a la note du directoire, et en refera a la diete de Ratisbonne. La note destinee a l'empereur fut envoyee a Vienne meme et resta sans reponse. La guerre se trouvait donc declaree par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le Rhin, et de s'avancer, par la foret Noire, jusqu'aux sources du Danube. Il franchit le Rhin le 11 ventose an VII (1er mars). L'archiduc Charles franchit le Lech le 13 ventose (3 mars). Ainsi les limites que les deux puissances s'etaient prescrites etaient franchies, et on allait de nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups de fusil a l'ennemi, en attendant que la declaration de guerre fut approuvee par le corps legislatif. Pendant ce temps Massena agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens de les evacuer le 16 ventose (6 mars). Les Grisons se composent de la haute vallee du Rhin et de la haute vallee de l'Inn, ou Engadin. Massena resolut de passer le Rhin pres de son embouchure dans le lac de Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps repandus dans les hautes vallees. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par son activite et son audace extraordinaires, etait le general le plus accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la vallee de l'Inn. Le general Dessoles, avec une division de l'armee d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la vallee du Haut-Adige. Ces habiles dispositions furent executees avec une grande vigueur. Le 16 ventose (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats jeterent des charrettes dans le fleuve, et passerent dessus comme sur un pont. En deux jours, Massena fut maitre de tout le cours du Rhin, depuis ses sources jusqu'a son embouchure dans le lac de Constance, et prit quinze pieces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son cote, n'executait pas avec moins de bonheur les ordres de son general en chef. Il franchit le Rhin superieur, passa de Dissentis a Tusis dans la vallee de l'Albula, et, de cette vallee, se jeta hardiment dans celle de l'Inn, en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore des neiges de l'hiver. Un retard force ayant empeche Dessoles de se porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait expose au debordement de toutes les forces autrichiennes cantonnees dans le Tyrol. En effet, tandis qu'il s'avancait hardiment dans la vallee de l'Inn et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses derrieres; mais l'intrepide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommenca sa marche dans la vallee de l'Inn. Ces debuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme a Naples, les Francais pourraient braver partout un ennemi superieur en nombre. Ils confirmerent le directoire dans l'idee qu'il fallait persister dans l'offensive, et suppleer au nombre par la hardiesse. Le directoire envoya a Jourdan la declaration de guerre qu'il avait obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan avait debouche par les defiles de la foret Noire, dans le pays compris entre le Danube et le lac de Constance. L'angle forme par ce fleuve et ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, a mesure qu'on avance en Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa droite au lac de Constance, pour communiquer avec Massena, etait donc oblige, a mesure qu'il s'avancait, d'etendre toujours sa ligne, et de l'affaiblir par consequent d'une maniere dangereuse, surtout devant un ennemi tres superieur en nombre. Il s'etait d'abord porte jusqu'a Mengen d'un cote, et jusqu'a Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armee du Rhin ne serait pas organisee avant le 10 germinal (30 mars), et craignant d'etre tourne par la vallee du Necker, il crut devoir faire un mouvement retrograde. Les ordres de son gouvernement et le succes de Massena le deciderent a remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach et l'Aach, partant a peu pres du meme point, et se jetant l'un dans le Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une meme ligne droite, derriere laquelle Jourdan s'etablit. Saint-Cyr, formant sa gauche, etait a Mengen; Souham, avec le centre, a Pfullendorf; Ferino, avec la droite, a Barendorf. [Note 5: Cette declaration de guerre fut faite le 22 ventose an VII (12 mars).] D'Haupoult etait place a la reserve. Lefebvre, avec la division d'avant-garde, etait a Ostrach. Ce point etait le plus accessible de la ligne: place a l'origine des deux torrens, il presentait des marecages qu'on pouvait traverser sur une longue chaussee. C'est sur ce point que l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prevenir, resolut de porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes a la gauche et a la droite des Francais contre Saint-Cyr et Ferino. Mais sa masse principale, forte de pres de cinquante mille hommes, fut portee tout entiere sur le point d'Ostrach, ou se trouvaient neuf mille Francais au plus. Le combat commenca le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des plus acharnes. Les Francais deployerent a cette premiere rencontre une bravoure et une opiniatrete qui exciterent l'admiration du prince Charles lui-meme. Jourdan accourut sur ce point; mais l'etendue de sa ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement rapide, il transportat les forces de ses ailes a son centre. Le passage fut force, et, apres une resistance honorable, Jourdan se vit oblige de battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen. Un echec a l'ouverture de la campagne etait facheux; il detruisait ce prestige d'audace et d'invincibilite dont les Francais avaient besoin pour suppleer au nombre. Cependant l'inferiorite des forces avait rendu cet echec presque inevitable. Jourdan ne renonca pas pourtant a prendre l'offensive. Sachant que Massena s'avancait au-dela du Rhin, se fiant a la cooperation de l'armee du Danube, il se croyait oblige de tenter un dernier effort pour soutenir son collegue, et l'appuyer en se portant vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en avant: c'etait le desir d'occuper le point de Stokach, ou se croisent les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son mouvement au 5 germinal (25 mars.) L'archiduc Charles n'etait pas encore assure de la direction qu'il devait donner a ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa marche ou sur la Suisse, de maniere a separer Jourdan de Massena, ou vers les sources du Danube, de maniere a le separer de sa base du Rhin. La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les deux armees, car les Francais avaient autant d'interet a se lier a l'armee d'Helvetie que les Autrichiens en avaient a les en separer. Mais il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance pour s'en assurer. Il avait projete cette reconnaissance pour le 5 germinal (25 mars), le jour meme ou Jourdan de son cote voulait l'attaquer. La nature des lieux rendait la position des deux armees extremement compliquee. Le point strategique etait Stokach, ou se croisent les routes de Souabe et de Suisse. C'etait la la position que Jourdan voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite riviere, coule en faisant beaucoup de detours, devant la ville du meme nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'etait sur cette riviere que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derriere l'un des circuits de la Stokach; son centre etait place sur un plateau eleve, nomme le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le prolongement de ce plateau, le long de la chaussee qui va de Stokach a Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach. L'extremite de cette aile etait couverte par les bois epais qui s'etendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands defauts dans cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et la droite l'avaient a dos, et pouvaient y etre precipites par un effort de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armee n'avaient qu'une meme issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcee, la gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion desastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas prendre d'autre position, et la necessite etait son excuse. Il n'avait a se reprocher que deux veritables fautes: l'une de n'avoir pas fait quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre d'avoir trop porte de troupes a sa gauche, qui etait suffisamment protegee par la riviere. C'est l'extreme desir de conserver le point important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait du reste l'avantage d'une immense superiorite numerique. Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi accidente que celui ou agissaient les deux armees. Il occupait toujours l'ouverture de l'angle forme par le Danube et le lac de Constance, de Tuttlingen a Steusslingen. Cette ligne etait fort etendue, et la nature du pays, qui ne permettait guere une concentration rapide, rendait cet inconvenient encore plus grave. Il ordonna au general Ferino, qui commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et a Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur Nenzingen. Ces deux generaux devaient combiner leurs efforts pour emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir sa gauche, son avant-garde et sa reserve sur le point de Liptingen, afin de penetrer a travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc, et de parvenir a la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc, qui etait la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de l'armee avaient des points de depart trop eloignes. Pour agir sur Liptingen, l'avant-garde et la reserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et la gauche de Tuttlingen, a la distance d'une journee de marche. Cet isolement etait d'autant plus dangereux, que l'armee francaise, forte de trente-six mille hommes environ, etait inferieure d'un tiers au moins a l'armee autrichienne. Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armees se rencontrerent. L'armee francaise marchait a une bataille, celle des Autrichiens a une reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'etaient ebranles un peu avant nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientot refoules sur tous les points par le gros de nos divisions. Ferino a la droite, Souham au centre, arriverent a Wahlwies, a Orsingen, a Nenzingen, au bord de la Stokach, au pied du Nellemberg, ramenerent les Autrichiens dans leur position du matin, et commencerent l'attaque serieuse de cette position. Ils avaient a franchir la Stokach et a forcer le Nellemberg. Une longue canonnade s'engagea sur toute la ligne. A notre gauche, le succes etait plus prompt et plus complet. L'avant-garde, actuellement commandee par le general Soult, depuis une blessure qu'avait recue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'etaient avances jusqu'a Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en deroute dans la plaine, les poursuivit avec une extreme ardeur, et parvint a leur enlever les bois. Ces bois etaient ceux memes qui couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les Francais pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer un desastre. Mais il etait clair que cette aile allait etre renforcee aux depens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan primitif, faire converger sur ce meme point l'avant-garde, la reserve et la gauche. Malheureusement le general Jourdan, se confiant dans le succes trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet trop etendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr a lui, il prescrivit a ce general de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et leur couper la retraite. C'etait trop se hater de recueillir les fruits de la victoire, quand la victoire n'etait pas remportee. Le general Jourdan ne garda sur le point decisif que la division d'avant-garde et la reserve confiee a d'Haupoult. Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la couvraient forces par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une extreme opiniatrete la chaussee de Liptingen a Stokach, qui traverse ces bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en toute hate. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sur, il retira les grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les transporter a sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr sur ses derrieres, il sentit que Jourdan repousse, Saint-Cyr n'en serait que plus compromis, et il resolut de se borner a un effort decisif vers le point actuellement menace. On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les Francais, tres inferieurs en nombre, resistaient avec un courage que l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-meme avec quelques bataillons sur la chaussee de Liptingen, et fit lacher prise aux Francais. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouverent enfin dans la plaine decouverte de Liptingen, d'ou ils etaient partis. Jourdan fit demander du secours a Saint-Cyr, mais il n'etait plus temps. Il lui restait sa reserve, et il resolut de faire executer une charge de cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lanca quatre regimens de cavalerie a la fois. Cette charge, arretee par une autre charge que firent a propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Apres avoir fait des prodiges de bravoure, les Francais se debanderent. Le general Jourdan fit des efforts heroiques pour arreter les fuyards; il fut emporte lui-meme. Cependant les Autrichiens, epuises de ce long combat, n'oserent pas nous poursuivre. La journee fut des lors finie. Ferino et Souham s'etaient maintenus, mais n'avaient force ni le centre ni la gauche des Autrichiens. Saint-Cyr courait sur leurs derrieres. On ne pouvait pas dire que la bataille fut perdue: les Francais, inferieurs du tiers, avaient conserve partout le champ de bataille, et deploye une rare bravoure; mais avec leur inferiorite numerique, et l'isolement de leurs differens corps, n'avoir pas vaincu, c'etait etre battu. Il fallait sur-le-champ rappeler Saint-Cyr, tres compromis, rallier l'avant-garde et la reserve maltraitees, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ des ordres en consequence, et prescrivit a Saint-Cyr de se replier le plus promptement possible. La position de ce dernier etait devenue tres perilleuse; mais il opera sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours signale, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait ete a peu pres egale des deux cotes, en tues, blesses ou prisonniers. Elle etait de quatre a cinq mille hommes environ. Apres cette journee malheureuse, les Francais ne pouvaient plus tenir la campagne, et ils devaient chercher un abri derriere une ligne puissante. Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il etait evident qu'en se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armee de Massena, et pouvaient par cette reunion reprendre une attitude imposante. Malheureusement le general Jourdan ne crut pas devoir en agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte n'avait reuni encore que sept a huit mille hommes, et il resolut de se replier a l'entree des defiles de la foret Noire. Il prit la une position qu'il croyait forte, et laissant le commandement a son chef d'etat-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre de l'etat d'inferiorite dans lequel on avait laisse son armee. Les resultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde, et il valait bien mieux qu'il restat a son armee que d'aller se plaindre a Paris. Tres heureusement le conseil aulique imposait a l'archiduc une faute grave, qui reparait en partie les notres. Si l'archiduc, poussant ses avantages, eut poursuivi sans relache notre armee vaincue, il aurait pu la mettre dans un desordre complet, et peut-etre meme la detruire. Il aurait ete temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Massena, prive de tout secours, reduit a ses trente mille hommes, et engage dans les hautes vallees des Alpes. Il n'eut pas ete impossible de lui couper la route de France. Mais le conseil aulique defendit a l'archiduc de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fut evacuee: c'etait la consequence du principe, que la cle du theatre de la guerre etait dans les montagnes. Pendant que ces evenemens se passaient en Souabe, la guerre se poursuivait dans les Hautes-Alpes. Massena agissant vers les sources du Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige, avaient eu des succes balances. Il y avait au-dela du Rhin, un peu au-dessus du point ou il se jette dans le lac de Constance, une position qu'il etait urgent d'emporter, c'etait celle de Feldkirch. Massena y avait mis toute son opiniatrete, mais il y avait perdu plus de deux mille hommes sans resultat. Lecourbe a Taufers, Dessoles a Nauders, avaient livre des combats brillans, qui leur avaient valu a chacun trois ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compense l'echec de Feldkirch. Ainsi les Francais, par leur vivacite et leur audace, conservaient la superiorite dans les Alpes. Les operations commencaient en Italie, le lendemain meme de la bataille de Stokach. Les Francais avaient recu environ trente mille conscrits, ce qui portait la masse de leurs forces en Italie a cent seize mille hommes a peu pres. Ils etaient distribues ainsi qu'il suit: trente mille hommes de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les trente mille jeunes soldats etaient dans les places. Il restait cinquante-six mille hommes sous Scherer. De ces cinquante-six mille hommes, il en avait ete detache cinq mille sous le general Gauthier pour occuper la Toscane, et cinq mille sous le general Dessoles pour agir dans la Valteline. C'etaient donc quarante-six mille hommes qui restaient a Scherer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, ou il aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvenient du petit nombre d'hommes sur ce point decisif, il en etait un autre qui ne fut pas moins fatal aux Francais. Le general n'inspirait aucune confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il s'etait d'ailleurs depopularise pendant son ministere. Il le sentait lui-meme, et il n'avait pris le commandement qu'a regret. Il allait pendant la nuit ecouter les propos des soldats sous leurs tentes, et recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularite. C'etaient la des circonstances bien defavorables, au debut d'une campagne grande et difficile. Les Autrichiens devaient etre commandes par Melas et Suwarow. En attendant, ils obeissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs generaux de l'empereur. Avant meme l'arrivee des Russes, ils comptaient quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, a peu pres, etaient deja sur l'Adige. Dans les deux armees l'ordre avait ete donne de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient deboucher de Verone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-dela du fleuve, en masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui de l'armee du Tyrol dans les montagnes. Scherer n'avait recu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La commission etait difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage de cette ligne. Elle doit etre assez connue par la campagne de 1796. Verone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens. Jeter un pont sur quelque point que ce fut, etait tres dangereux, car les Autrichiens, ayant Verone et Legnago, pouvaient deboucher sur le flanc de l'armee, occupee a tenter un passage. Le plus sur, si on n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eut ete de laisser deboucher l'ennemi au-dela de Verone, de l'attendre sur un terrain qu'on aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter des resultats de la victoire pour passer l'Adige a sa suite. Scherer, oblige de prendre l'initiative, hesita sur le meilleur parti a adopter, et se decida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, a l'entree du Tyrol, et fort au-dessus de Verone. Les Autrichiens en avaient retranche toutes les approches, et forme un camp a Pastrengo. Scherer resolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de ce cote au-dela de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et Grenier, furent destinees a cet objet. Moreau, devenu simple general de division sous Scherer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor, inquieter Verone. Le general Montrichard, avec une division, devait faire une demonstration sur Legnago. Cette distribution de forces annoncait l'incertitude et les tatonnemens du general en chef. L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de Stokach. Les trois divisions chargees d'assaillir par plusieurs points le camp de Pastrengo, l'enleverent avec une valeur digne de l'ancienne armee d'Italie, et s'emparerent de Rivoli. Elles prirent quinze cents prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repasserent l'Adige a la hate sur un pont qu'ils avaient jete a Polo, et qu'ils eurent le temps de detruire. Au centre, sous Verone, on se battit pour les villages places en avant de la ville. Kaim mit a les defendre et a les reprendre une opiniatrete inutile. Celui de San-Massimo fut pris et repris jusqu'a sept fois. Moreau, non moins opiniatre que son adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans Verone. Montrichard en faisant une demonstration inutile sur Legnago, courut de veritables dangers. Kray, trompe par de faux renseignemens, s'etait imagine que les Francais allaient porter leur principal effort sur le Bas-Adige; il y avait dirige une grande partie de ses forces, et en debouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand peril. Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia sagement sur Moreau. La journee avait ete sanglante, et tout a l'avantage des Francais, a la gauche et au centre. On pouvait evaluer la perte des Francais en tues, blesses et prisonniers, a quatre mille, et celle des Autrichiens a huit mille au moins. Cependant, malgre l'avantage que les Francais avaient eu, ils n'avaient obtenu que des resultats peu importans. A Verone, ils n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Verone, ils les avaient rejetes, il est vrai, au-dela de l'Adige, et avaient acquis le moyen de le passer a leur suite en retablissant le pont de Polo; mais malheureusement il etait peu important de franchir l'Adige sur ce point. On doit se souvenir que la route qui longe exterieurement ce fleuve vient traverser Verone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour deboucher dans la plaine. Ce n'etait donc pas tout que de franchir l'Adige a Polo; on se trouvait, apres l'avoir franchi, en face de Verone, dans la meme position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans la journee meme, on eut profite du desordre dans lequel l'attaque du camp de Pastrengo avait jete les Autrichiens, et qu'on se fut hate de retablir le pont de Polo, peut-etre aurait-on pu entrer dans la place a la suite des fuyards, surtout a la faveur du combat opiniatre que Moreau, de l'autre cote de l'Adige, livrait au general Kaim. Malheureusement, rien de tout cela n'avait ete fait. Cependant on pouvait reparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en transportant la masse des forces devant Verone et au-dessus, vers le pont de Polo. Mais Scherer hesita trois jours de suite sur le parti qu'il avait a prendre. Il faisait chercher une route au-dela de l'Adige, qui permit d'eviter Verone. L'armee etait indignee de cette hesitation, et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages remportes dans la journee du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on tint un conseil de guerre, et Scherer se decida a agir. Il forma le projet singulier de jeter la division Serrurier au-dela de l'Adige par le pont de Polo, et de porter la masse de son armee entre Verone et Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour operer le transport de ses forces, il porta deux divisions de sa gauche a sa droite, les fit passer derriere son centre, et les exposa a des fatigues inutiles, par des chemins mauvais, entierement ruines par les pluies. Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis a execution. Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul l'Adige a Polo, tandis que le gros de l'armee se transportait plus bas, entre Verone et Legnago. Le sort de la division Serrurier etait facile a prevoir. Engagee, apres avoir franchi l'Adige, sur une route qui etait fermee par Verone, et qui formait ainsi une espece de cul-de-sac, elle courait de grands hasards. Kray, jugeant tres bien sa situation, dirigea contre elle une masse de forces trois fois superieure, et la ramena vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le fleuve ne fut repasse qu'en desordre. Des detachemens furent obliges de se faire jour, et quinze cents hommes resterent prisonniers. Scherer, en apprenant cet echec, qui etait inevitable, se contenta de ramener la division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, ou il avait concentre maintenant la plus grande partie de ses forces. On passa plusieurs jours encore a tatonner de part et d'autre. Enfin Kray prit une determination, et resolut, tandis que Scherer se portait sur le Bas-Adige, de deboucher en masse de Verone, de se porter dans le flanc de Scherer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La direction etait bonne; mais heureusement un ordre intercepte instruisit Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le general en chef, et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du cote de Verone, par ou l'ennemi allait deboucher. C'est en executant ce mouvement, que les deux armees se rencontrerent, le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remonterent le fleuve par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'a Verone. Elles accablerent la division Mercantin, qui leur etait opposee, et detruisirent en entier le regiment de Wartensleben: ces deux divisions arriverent ainsi presque a la hauteur de Verone, et furent en mesure de remplir leur objet, qui etait de couper de cette ville tout ce que Kray en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa a la division autrichienne de Kaim la faculte de s'avancer jusqu'a Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre ligne. Mais Moreau a la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et Montrichard, s'avancait victorieusement. Il avait ordonne a la division Montrichard de changer de front, pour faire face a Butta-Preda, vers le point ou l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux autres divisions vers Dazano. Delmas, arrive enfin a Butta-Preda, couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se declarer pour nous, car notre droite, completement victorieuse du cote de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Verone. Mais Kray jugeant que le point essentiel etait a notre droite, et qu'il fallait renoncer au succes sur tous les autres points, pour l'emporter sur celui-la, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un avantage sur Scherer, c'etait le rapprochement de ses divisions, qui lui permettait de les deplacer plus facilement. Les divisions francaises, au contraire, etaient fort eloignees les unes des autres, et combattaient sur un terrain coupe de nombreux enclos. Kray tomba a l'improviste avec toute sa reserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours de celui-ci, mais il fut charge lui-meme par les regimens de Nadasty et de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait rallier sur les derrieres la division Mercantin, battue le matin; il la lanca de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et decida ainsi leur defaite. Ces deux divisions, malgre une vive resistance, furent obligees d'abandonner le champ de bataille. La droite etant en deroute, notre centre se trouva menace. Kray ne manqua pas de s'y porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empecha Kray de poursuivre son avantage. La bataille etait evidemment perdue, et il fallait songer a la retraite. La perte avait ete grande des deux cotes. Les Autrichiens avaient eu trois mille morts ou blesses, et deux mille prisonniers. Les francais avaient eu un nombre egal de morts et de blesses, mais ils avaient perdu quatre mille prisonniers. C'est la que fut blesse mortellement le general Pigeon, qui pendant la premiere campagne d'Italie avait deploye aux avant-gardes tant de talent et d'intrepidite. Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour eviter le desordre d'une retraite de nuit, mais Scherer voulut se replier le soir meme. Le lendemain, il se retira derriere la Molinella, et le surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuye sur Peschiera d'un cote, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une resistance vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Peninsule, et, par cette concentration de forces, regagner la superiorite perdue dans la journee de Magnano. Mais le malheureux Scherer avait entierement perdu la tete. Ses soldats etaient plus mal disposes que jamais. Maitres depuis trois ans de l'Italie, ils etaient indignes de se la voir arracher, et ils n'imputaient leurs revers qu'a l'imperitie de leur general. Il est certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armee avaient ebranle Scherer autant que sa defaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, ou il se porta le 12 avril. On ne savait ou s'arreterait ce mouvement retrograde. La campagne etait a peine ouverte depuis un mois et demi, et deja nous etions en retraite sur tous les points. Le chef d'etat-major Ernould, que Jourdan avait laisse avec l'armee du Danube a l'entree des defiles de la foret Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de quelques troupes legeres sur l'un de ses flancs, et s'etait retire en desordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armees, aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquetes, et rentraient battues sur la frontiere. Ce n'est qu'en Suisse que nous avions conserve l'avantage. La, Massena se maintenait avec toute la tenacite de son caractere; et, sauf la tentative infructueuse sur Feldkirch, il avait toujours ete vainqueur. Mais, etabli sur le saillant que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il etait place entre deux armees victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirat. Il venait en effet d'en donner l'ordre a Lecourbe, et il se repliait dans l'interieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude la plus imposante. Nos armes etaient humiliees, et nos ministres allaient devenir a l'etranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La guerre etant declaree a l'empereur, et non a l'empire germanique, le congres de Rastadt etait reste assemble. On etait pres de s'entendre sur la derniere difficulte, celle des dettes; mais les deux tiers des etats avaient deja rappele leurs deputes. C'etait un effet de l'influence de l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fit la paix. Il ne restait plus au congres que quelques deputes de l'Allemagne, et la retraite de l'armee du Danube ayant ouvert le pays, on deliberait au milieu des troupes autrichiennes. Le cabinet de Vienne concut alors un projet infame, et qui jeta un long deshonneur sur sa politique. Il avait fort a se plaindre de la fierte et de la vigueur que nos ministres avaient deployees a Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait singulierement compromis aux yeux du corps germanique, c'etait celle des articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence. Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le Frioul, le cabinet autrichien avait livre Mayence, et trahi d'une maniere indigne les interets de l'Empire. Ce cabinet etait fort irrite, et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se saisir de leurs papiers, pour connaitre quels etaient ceux des princes germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la republique francaise. Il concut donc la pensee de faire arreter nos ministres, a leur retour en France, pour les depouiller, les outrager, peut-etre meme les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de les assassiner avait ete donne d'une maniere positive. Deja nos ministres avaient quelque defiance, et sans craindre un attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par l'enlevement des pontonniers qui servaient a la passer. Nos ministres reclamerent; la deputation de l'Empire reclama aussi, et demanda si le congres pouvait se croire en surete. L'officier autrichien auquel on s'adressa ne fit aucune reponse tranquillisante. Alors nos ministres declarerent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-a-dire le 9 floreal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajouterent qu'ils demeureraient dans cette ville, prets a renouer les negociations des qu'on en temoignerait le desir. Le 7 floreal un courrier de la legation fut arrete. De nouvelles reclamations furent faites par tout le congres, et il fut demande expressement s'il y avait surete pour les ministres francais. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de Szecklers, cantonnes pres de Rastadt, repondit que les ministres francais n'avaient qu'a partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes seraient respectees. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et Roberjeot, partirent le 9 floreal (28 avril), a neuf heures du soir. Ils occupaient trois voitures avec leurs familles. Apres eux venaient la legation ligurienne et les secretaires d'ambassade. D'abord on fit des difficultes de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les obstacles furent leves, et ils partirent. La nuit etait tres sombre. A peine etaient-ils a cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards de Szecklers fondit sur eux le sabre a la main, et arreta les voitures. Celle de Jean Debry etait la premiere. Les hussards ouvrirent violemment la portiere, et lui demanderent, en un jargon a demi barbare, s'il etait Jean Debry. Sur sa reponse affirmative, ils le saisirent a la gorge, l'arracherent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans, le frapperent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passerent aux autres voitures, et egorgerent Roberjeot et Bonnier dans les bras de leurs familles. Les membres de la legation ligurienne et les secretaires d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands charges de cette execution pillerent ensuite les voitures, et enleverent tous les papiers. Jean Debry n'avait pas recu de coup mortel. La fraicheur de la nuit lui rendit l'usage de ses sens, et il se traina tout sanglant a Rastadt. Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans et des membres du congres. La loyaute allemande fut revoltee d'une violation du droit des gens, inouie chez des nations civilisees, et qui n'etait concevable que d'un cabinet a demi barbare. Les membres de la deputation restes au congres prodiguerent a Jean Debry, et aux familles des ministres assassines, les soins les plus empresses. Ils se reunirent ensuite pour rediger une declaration, dans laquelle ils denoncaient au monde l'attentat qui venait d'etre commis, et repoussaient tout soupcon de complicite avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles ecrivit a Massena une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'etait pas digne de lui et de son caractere. L'Autriche ne repondit pas, et ne pouvait pas repondre, aux accusations dirigees contre elle. Ainsi, la guerre etait implacable entre les deux systemes qui partageaient le monde. Les ministres republicains, mal recus d'abord, puis outrages pendant une annee de paix, venaient enfin d'etre assassines indignement, et avec autant de ferocite qu'on aurait pu le faire entre nations barbares. Le droit des gens, observe entre les ennemis les plus acharnes, n'etait viole que pour eux. Les revers si peu attendus qui signalerent le debut de la campagne, l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au directoire. Des le moment meme de la declaration de guerre, les deux oppositions commencaient a perdre toute mesure: elles n'en garderent plus aucune quand elles virent nos armees battues et nos ministres assassines. Les patriotes, repousses par le systeme des scissions, les militaires, dont on avait voulu reprimer la licence, les royalistes, se cachant derriere ces mecontens de differente espece, tous s'armerent a la fois des derniers evenemens pour accuser le directoire. Ils lui adressaient les reproches les plus injustes et les plus multiplies. Les armees, disaient-ils, avaient ete entierement abandonnees. Le directoire avait laisse leurs rangs s'eclaircir par la desertion, et n'avait mis aucune activite a les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il avait retenu dans l'interieur un grand nombre de vieux bataillons, qui, au lieu d'etre envoyes sur la frontiere, etaient employes a gener la liberte des elections; et a ces armees ainsi reduites a un nombre si disproportionne avec celui des armees ennemies, le directoire n'avait fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'equipement, ni moyens de transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrees a la rapacite des administrations, qui avaient devore inutilement un revenu de six cents millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais choix. Championnet, le vainqueur de Naples, etait dans les fers, pour avoir voulu reprimer la rapacite des agens du gouvernement. Moreau etait reduit au role de simple general de division. Joubert, le vainqueur du Tyrol, Augereau, l'un des heros d'Italie, etaient sans commandement. Scherer, au contraire, qui avait prepare toutes les defaites par son administration, Scherer avait le commandement de l'armee d'Italie, parce qu'il etait compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas la. Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kleber, Desaix, leurs quarante mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, ou etaient-ils?... En Egypte, sur une terre lointaine, ou ils allaient perir par l'imprudence du gouvernement, ou peut-etre par sa mechancete. Cette entreprise, si admiree naguere, on commencait a dire maintenant que c'etait le directoire qui l'avait imaginee pour se defaire d'un guerrier celebre qui lui faisait ombrage. On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre elle-meme; on lui imputait de l'avoir provoquee par ses imprudences a l'egard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renverse le pape et la cour de Naples, pousse ainsi l'Autriche a bout, et tout cela sans etre prepare a entrer en lutte. En envahissant l'Egypte, il avait decide la Porte a une rupture. En decidant la Porte, il avait delivre la Russie de toute crainte pour ses derrieres, et lui avait permis d'envoyer soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur etait si grande, qu'on allait jusqu'a dire que le directoire etait l'auteur secret de l'assassinat de Rastadt. C'etait, disait-on, un moyen imagine pour soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles ressources au corps legislatif. Ces reproches etaient repetes partout, a la tribune, dans les journaux, dans les lieux publics. Jourdan etait accouru a Paris pour se plaindre du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des generaux qui n'etaient pas venus, avaient ecrit pour exposer leurs griefs. C'etait un dechainement universel, et qui serait incomprehensible si on ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis. Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut repondre a tous ces reproches. Le directoire n'avait pas laisse eclaircir les rangs des armees, car il n'avait donne que douze mille conges; mais il lui avait ete impossible d'empecher les desertions en temps de paix. Il n'y a pas de gouvernement au monde qui eut reussi a les empecher. Le directoire s'etait meme fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de soldats a rejoindre. Il y avait, en effet, quelque durete a ramener sous les drapeaux des hommes qui avaient deja verse leur sang pendant six annees. La conscription n'etait decretee que depuis cinq mois, et il n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce systeme de recrutement; et surtout d'equiper, d'instruire les conscrits, de les former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux bataillons, parce qu'ils etaient indispensables pour maintenir le repos pendant les elections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin a de jeunes soldats, dont l'esprit n'etait pas forme, et l'attachement a la republique pas assez decide. Une raison importante avait de plus justifie cette precaution: c'etait la Vendee, travaillee encore par les emissaires de l'etranger, et la Hollande, menacee par les flottes anglo-russes. Quant au desordre de l'administration, les torts du directoire n'etaient pas plus reels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque toutes au profit de ceux memes qui s'en plaignaient, et malgre les plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois manieres: en pillant les pays conquis; en comptant a l'etat la solde des militaires qui avaient deserte; enfin, en faisant avec les compagnies des marches desavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'etaient les generaux et les etats-majors qui les avaient commises et qui en avaient profite. Ils avaient pille les pays conquis, fait le profit sur la solde et partage les profits des compagnies. On a vu que celles-ci abandonnaient quelquefois jusqu'a quarante pour cent sur leurs benefices, afin d'obtenir la protection des etats-majors. Scherer, vers la fin de son ministere, s'etait brouille avec ses compagnons d'armes pour avoir essaye de reprimer tous ces desordre. Le directoire s'etait efforce, pour y mettre un terme, de nommer des commissions independantes des etats-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies a Naples. Les marches desavantageux faits avec les compagnies, avaient encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux fournisseurs que des promesses, et alors ils se dedommageaient sur le prix, de l'incertitude du paiement. Les credits ouverts cette annee s'elevaient a 600 millions d'ordinaire, et a 125 millions d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait deja ordonnance 400 millions pour depenses consommees. Il n'en etait pas rentre encore 210; on avait fourni les 190 de surplus en delegations. Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux dilapidations. Le choix des generaux, excepte pour un seul, ne devait pas lui etre reproche. Championnet, apres sa conduite a l'egard des commissaires envoyes a Naples, ne pouvait pas conserver le commandement. Macdonald le valait au moins, et etait connu par une probite severe. Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armee d'Italie. Ils avaient designe eux-memes Scherer. C'est Barras qui avait repousse Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de Scherer. Quant a Augereau, sa turbulence demagogique etait une raison fondee de lui refuser un commandement, et du reste, malgre ses qualites incontestables, il etait au-dessous du commandement en chef. Quant a l'expedition d'Egypte, on a vu si le directoire en etait coupable, et s'il est vrai qu'il eut voulu deporter Bonaparte, Kleber, Desaix et leurs quarante mille compagnons d'armes. Larevelliere-Lepaux s'etait brouille avec le heros d'Italie pour sa fermete a combattre l'expedition. La provocation a la guerre n'etait pas plus le fait du directoire que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilite des passions dechainees en Europe avait seule provoque la guerre. Il n'en fallait faire un reproche a personne; mais, dans tous les cas, ce n'etaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eut pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renverse le roi de Naples, force celui de Piemont a l'abdication? N'etaient-ce pas les militaires qui, a l'armee d'Italie, avaient toujours pousse a l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait enchantes tous. N'etaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte a Vienne, un frere de Bonaparte a Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en avait eu de commises? Ce n'etait pas la determination de la Porte qui avait entraine celle de la Russie; mais la chose eut-elle ete vraie, c'etait l'auteur de l'expedition d'Egypte qui pouvait seul en meriter le reproche. Rien n'etait donc plus absurde que la masse des accusations accumulees contre le directoire. Il ne meritait qu'un reproche, c'etait d'avoir trop partage la confiance excessive que les patriotes et les militaires avaient dans la puissance de la republique. Il avait partage les passions revolutionnaires et s'etait livre a leur entrainement. Il avait cru qu'il suffisait, pour le debut de la guerre, de cent soixante-dix mille hommes; que l'offensive deciderait de tout, etc. Quant a ses plans, ils etaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calques d'ailleurs en partie sur un projet du general Jourdan. Un seul homme en pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'etait pas la faute du directoire si cet homme n'etait pas en Europe. Du reste, c'est dans un interet d'equite que l'histoire doit relever l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand on lui impute tout a crime. L'une des qualites indispensables d'un gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommee qui repousse l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des autres, et ceux meme de la fortune, il n'a plus la faculte de gouverner, et cette impuissance doit le condamner a se retirer. Combien de gouvernemens ne s'etaient-ils pas uses depuis le commencement de la revolution! L'action de la France contre l'Europe etait si violente, qu'elle devait detruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire etait use comme l'avait ete le comite de salut public, comme le fut depuis Napoleon lui-meme. Toutes les accusations dont le directoire etait l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducite. Du reste, il n'etait pas etonnant que cinq magistrats civils, elus au pouvoir, non a cause de leur grandeur hereditaire ou de leur gloire personnelle, mais pour avoir merite un peu plus d'estime que leurs concitoyens, que cinq magistrats, armes de la seule puissance des lois pour lutter avec les factions dechainees, pour soumettre a l'obeissance des armees nombreuses, des generaux couverts de gloire et pleins de pretentions, pour administrer enfin une moitie de l'Europe, parussent bientot insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire eclater cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires reprimes plusieurs fois, les appelaient avec mepris les _avocats_, et disaient que la France ne pouvait etre gouvernee par eux. Par une bizarrerie assez singuliere, mais qui se voit quelquefois dans le conflit des revolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que pour celui des cinq directeurs qui en aurait merite le moins. Barras, sans contredit, meritait a lui seul tout ce qu'on disait du directoire. D'abord, il n'avait jamais travaille, et il avait laisse a ses collegues tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens decisifs, ou il faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de rien. Il ne se melait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait mieux a son genie intrigant. Il avait pris part a tous les profits des compagnies, et justifie seul le reproche de dilapidation. Il avait toujours ete le defenseur des brouillons et des fripons; c'etait lui qui avait appuye Brune et envoye Fouche en Italie. Il etait la cause des mauvais choix des generaux, car il s'etait oppose a la nomination de Moreau, et avait fortement demande celle de Scherer. Malgre tous ses torts si graves, lui seul etait mis a part. D'abord il ne passait pas, comme ses quatre collegues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses habitudes debauchees, ses manieres soldatesques, ses liaisons avec les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'execution, plus capable de gouverner que ses collegues. Les patriotes lui trouvaient avec eux des cotes de ressemblance, et croyaient qu'il leur etait devoue. Les royalistes en recevaient des esperances secretes. Les etats-majors, qu'il flattait et qu'il protegeait contre la juste severite de ses collegues, l'avaient en assez grande faveur. Les fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette maniere de la defaveur generale. Il etait meme perfide avec ses collegues, car tous les reproches qu'il meritait, il avait l'art de les rejeter sur eux seuls. Un pareil role ne peut pas etre long-temps heureux, mais il peut reussir un moment: il reussit dans cette occasion. On connait la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur vraiment capable, avait choque, par son humeur et sa morgue, tous ceux qui traitaient avec lui. Il s'etait montre severe pour les gens d'affaires, pour tous les proteges de Barras, et notamment pour les militaires. Aussi etait-il devenu l'objet de la haine generale. Il etait probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa societe, qui etait nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupcons. Une circonstance malheureuse contribuait a les autoriser. L'agent du directoire en Suisse, Rapinat, etait beau-frere de Rewbell. On avait exerce en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient cause une rumeur extreme. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scelle sur les caisses et sur le tresor de Berne; il avait traite avec hauteur le gouvernement helvetique; ces circonstances et son nom, qui etait malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verres de la Suisse, pour l'auteur de dilapidations qui n'etaient pas son ouvrage; car il avait meme quitte la Suisse, avant l'epoque ou elle avait le plus souffert. Dans la Societe de Barras on faisait de malheureux calembours sur son nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il etait le beau-frere. C'est ainsi que la probite de Rewbell s'etait trouvee exposee a toutes les calomnies. Larevelliere, par son inflexible severite, par son influence dans les affaires politiques d'Italie, n'etait pas devenu moins odieux que Rewbell. Cependant, sa vie etait si simple et si modeste, qu'accuser sa probite eut ete impossible. La societe de Barras lui donnait des ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses pretentions a une papaute nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la theophilanthropie, dont il n'etait cependant pas l'auteur. Merlin et Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell et Larevelliere, etaient cependant enveloppes dans la meme defaveur. C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les elections de l'an VII, qui furent les dernieres. Les patriotes, furieux, ne voulaient pas etre exclus cette annee, comme la precedente, du corps legislatif. Ils s'etaient dechaines contre le systeme des scissions, et s'etaient efforces de le fletrir d'avance. Ils y avaient assez reussi, pour qu'en effet on n'osat plus l'employer. Dans cet etat d'agitation, ou l'on suppose a ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des deputes actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits electoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses a Paris, parce qu'on travaillait a organiser le contingent helvetique. Ils firent grand bruit d'une circulaire aux electeurs, repandue par le commissaire du gouvernement (prefet) aupres du departement de la Sarthe. Ce n'etait pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation. On obligea le directoire a l'improuver par un message. Les elections, faites dans ces dispositions, amenerent au corps legislatif une quantite considerable de patriotes. On ne songea pas cette annee a les exclure du corps legislatif, et leur election fut confirmee. Le general Jourdan, qui avait raison d'imputer ses revers a l'inferiorite numerique de son armee, mais qui manquait a sa raison accoutumee en imputant au gouvernement le desir de le perdre, fut envoye de nouveau au corps legislatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoye aussi, avec un surcroit d'humeur et de turbulence. Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la republique, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des cinq directeurs, qui fut designe pour membre sortant. Ce fut un grand sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une occasion nouvelle de le calomnier plus commodement. Cependant, comme il avait ete elu au conseil des anciens, il saisit une occasion de repondre a ses accusateurs, et le fit de la maniere la plus victorieuse. Il fut commis, a la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois rigoureuses de la probite, qu'on, put reprocher au directoire. Les cinq premiers directeurs, nommes a l'epoque de l'institution du directoire, avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient prelever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice etait de menager aux membres du directoire la transition du pouvoir supreme a la vie privee, surtout pour ceux qui etaient sans fortune. Il y avait meme une raison de dignite a en agir ainsi, car il etait dangereux pour la consideration du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme qu'on avait vu la veille au pouvoir supreme. Cette raison meme decida les directeurs a pourvoir d'une maniere plus convenable au sort de leurs collegues. Leurs appointemens etaient deja si modiques, qu'un prelevement de dix mille francs parut deplace. Ils resolurent d'allouer une somme de cent mille francs a chaque directeur sortant. C'etait cent mille francs par an qu'il en devait couter a l'etat. On devait demander cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un des mille profits qu'il etait si facile de faire sur des budgets de six ou huit cents millions. On decida de plus que chaque directeur emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps legislatif allouait des frais de mobilier, cette depense devait etre avouee, et des lors devenait legitime. Les directeurs deciderent de plus que les economies faites sur les frais de mobilier seraient partagees entre eux. Certes, c'etait la une bien legere atteinte a la fortune publique, si c'en etait une; et tandis que des generaux, des compagnies, faisaient des profits si enormes, cent mille francs par an, consacres a donner des alimens a l'homme qui venait d'etre chef du gouvernement, n'etaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient en quelque sorte. Larevelliere, auquel on en fit part, ne voulut jamais y consentir. Il declara a ses collegues qu'il n'accepterait jamais sa part. Rewbell recut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna furent pris sur les deux millions de depenses secretes, dont le directoire etait dispense de rendre compte. Telle est la seule faute qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses membres, sur les douze qui se succederent, fut accuse d'avoir fait des profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on puisse dire la meme chose? Il fallait un successeur a Rewbell. On souhaitait avoir une grande reputation, pour donner un peu de consideration au directoire, et on songea a Sieyes, dont le nom, apres celui de Bonaparte, etait le plus important de l'epoque. Son ambassade en Prusse avait encore ajoute a sa renommee. Deja on le considerait, et tres justement, comme un esprit profond; mais depuis qu'il etait alle a Berlin, on lui attribuait la conservation de la neutralite prussienne, qui du reste etait due beaucoup moins a son intervention qu'a la situation de cette puissance. Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que de concevoir une constitution. Il fut elu directeur. Beaucoup de gens crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit generalement repandu de modifications tres prochaines a la constitution. Ils disaient que Sieyes n'etait appele au directoire que pour contribuer a ces modifications. On croyait si peu que l'etat des choses actuel put se maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de changement. CHAPITRE XVI. CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSENA REUNIT LE COMMANDEMENT DES ARMEES D'HELVETIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA LIMMAT.--ARRIVEE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHERER TRANSMET LE COMMANDEMENT A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PO ET DE L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMEE DE NAPLES; BATAILLE DE LA TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--REVOLUTION DU 30 PRAIRIAL.--LAREVELLIERE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE. Dans l'intervalle qu'on mit a faire dans le gouvernement les modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cesse de faire les plus grands efforts pour reparer les revers qui venaient de signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement de l'armee du Danube, et Massena avait recu le commandement en chef de toutes les troupes cantonnees depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard. Ce choix heureux devait sauver la France. Scherer, impatient de quitter une armee dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation de transmettre le commandement a Moreau. Macdonald avait recu l'ordre pressant d'evacuer le royaume de Naples et les etats romains, et de venir faire sa jonction avec l'armee de la Haute-Italie. Tous les vieux bataillons retenus dans l'interieur etaient achemines sur la frontiere; l'equipement et l'organisation des conscrits s'acceleraient, et les renforts commencaient a arriver de toutes parts. Massena, a peine nomme commandant en chef des armees du Rhin et de Suisse, songea a disposer convenablement les forces qui lui etaient confiees. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus critique. Il avait au plus trente mille hommes, epars en Suisse depuis la vallee de l'Inn jusqu'a Bale; il avait en presence trente mille hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance et le Danube. Cette masse de pres de cent mille hommes pouvait l'envelopper et l'aneantir. Si l'archiduc n'avait pas ete contrarie par le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eut franchi le Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer a Massena la route de France, l'envelopper et le detruire. Heureusement il n'etait pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis immediatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les trois generaux un tiraillement continuel, ce qui empechait qu'ils se concertassent pour une operation decisive. Ces circonstances favoriserent Massena, et lui permirent de prendre une position solide et de distribuer convenablement les troupes mises a sa disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la ligne du Rhin du cote de l'Alsace, et qu'il se proposait d'operer en Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En consequence, Massena fit refluer en Suisse la plus grande partie de l'armee du Danube, et lui assigna des positions qu'elle aurait du prendre des le debut, c'est-a-dire immediatement apres la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de laisser Lecourbe engage trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut oblige de s'en retirer, apres avoir livre des combats brillans, ou il montra une intrepidite et une presence d'esprit admirables. Les Grisons furent evacues. Massena distribua alors son armee depuis la grande chaine des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en choisissant la ligne qui lui parut la meilleure. La Suisse, presente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes Alpes, la traversent tout entiere, pour aller se jeter dans le Rhin. La plus etendue et la plus vaste est celle du Rhin meme, qui, prenant sa source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'etend en un vaste lac[6], dont il sort pres de Stein, et court a l'ouest vers Bale, ou il recommence a couler au nord pour former la frontiere de l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la precedente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les petits cantons, s'arrete pour former le lac de Zurich, en sort sous le nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette derniere riviere dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la premiere. Il y en a enfin une troisieme, celle de la Reuss, inscrite encore dans la precedente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout pres du point ou se jette la Limmat. Ces lignes commencant a droite contre des montagnes enormes, finissant a gauche dans de grands fleuves, consistant tantot en des rivieres, tantot en des lacs, presentent de nombreux avantages pour la defensive. Massena ne pouvait esperer de conserver la plus grande, celle du Rhin, et de s'etendre depuis le Saint-Gothard jusqu'a l'embouchure de l'Aar. Il fut oblige de se replier sur celle de la Limmat, ou il s'etablit de la maniere la plus solide. Il placa son aile droite, formee des trois divisions Lecourbe, Menard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au lac de Zurich, sous les ordres de Ferino. Il placa son centre sur la Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bale et Strasbourg. [Note 6: Le lac de Constance.] Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empecher par un combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux generaux places sur le Rhin, l'un avant l'entree du fleuve dans le lac de Constance, l'autre apres sa sortie, etaient separes par toute l'etendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'etablir devant celle de Zurich et de la Limmat, ou s'etait place Massena, ils devaient partir des deux extremites du lac, pour venir faire leur jonction au-dela. Massena pouvait choisir le moment ou Hotze ne s'etait pas encore avance, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-dela du Rhin, se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser a son tour. On a calcule qu'il aurait eu le temps d'executer cette double operation, et de battre isolement les deux generaux autrichiens. Malheureusement il ne songea a les attaquer qu'au moment ou ils etaient pres de se reunir, et ou ils etaient en mesure de se soutenir reciproquement. Il les combattit sur plusieurs points le 5 prairial (24 mai), a Aldenfingen, a Frauenfeld, et quoiqu'il eut partout l'avantage, grace a cette vigueur qu'il mettait toujours dans l'execution, neanmoins il ne put empecher la jonction, et il fut oblige de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich, ou il se prepara a recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se decidait a l'attaquer. Les evenemens etaient bien autrement malheureux en Italie. La, les desastres ne s'etaient point arretes. Suwarow avait rejoint l'armee autrichienne avec un corps de vingt-huit ou trente mille Russes. Melas avait pris le commandement de l'armee autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armees, s'elevant au moins a quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il etait connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautes en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractere, une bizarrerie affectee et poussee jusqu'a la folie, mais aucun genie de combinaison. C'etait un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de ses forces, car autrement, la republique aurait peut-etre succombe. Son armee lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la cavalerie, le genie, y etaient reduits a une veritable nullite. Elle ne savait faire usage que de la baionnette, et s'en servait comme les Francais s'en etaient servis pendant la revolution. Suwarow, fort insolent pour ses allies, donna aux Autrichiens des officiers russes, pour leur apprendre le maniement de la baionnette. Il employa le langage le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maitres_, _les paresseux_, devaient quitter l'armee; que les parleurs occupes a fronder le service souverain seraient traites comme des egoistes, et perdraient leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour delivrer l'Italie des Francais et des athees. Tel etait le style de ses allocutions. Heureusement, apres nous avoir cause bien du mal, cette energie brutale allait rencontrer l'energie savante et calculee, et se briser devant elle. Scherer ayant entierement perdu l'usage de ses esprits, s'etait promptement retire sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des soldats. De son armee de quarante-six mille hommes, il en avait perdu dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut oblige d'en laisser a Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que vingt-huit mille. Neanmoins si, avec cette poignee d'hommes, il avait su manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps a Macdonald de le rejoindre, et eviter bien des desastres. Mais il se placa sur l'Adda de la maniere la plus malheureuse. Il partagea son armee en trois divisions. La division Serrurier etait a Lecco, a la sortie de l'Adda du lac de Lecco. La division Grenier etait a Cassano, la division Victor a Lodi. Il avait place Montrichard, avec quelques corps legers, vers le Modenois et les montagnes de Genes; pour maintenir les communications avec la Toscane, par ou Macdonald devait deboucher. Ses vingt-huit mille hommes, ainsi disperses sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne pouvaient resister solidement nulle part, et devaient etre enfonces partout ou l'ennemi se presenterait en forces. Le 8 floreal (27 avril) au soir, au moment meme ou la ligne de l'Adda etait forcee, Scherer remit a Moreau la direction de l'armee. Ce brave general avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre au role de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne etait perdue, qu'il n'y avait plus que des desastres a essuyer, on lui donnait le commandement. Cependant, avec un devouement patriotique que l'histoire ne saurait trop celebrer, il accepta une defaite, en acceptant le commandement le soir meme ou l'Adda etait force. C'est ici que commence la moins vantee et la plus belle partie de sa vie. Suwarow s'etait approche de l'Adda sur plusieurs points. Quand le premier regiment russe se montra a la vue du pont de Lecco, les carabiniers de la brave 18e legere sortirent des retranchemens, et coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baionnette croisee, et en firent un grand carnage. Les Russes furent repousses. Il venait de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui venaient se meler dans une querelle qui n'etait pas la leur. La nomination de Moreau enflammait toutes les ames, et remplit l'armee de confiance. Malheureusement la position n'etait plus tenable. Suwarow, repousse a Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, a Brivio et a Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait la gauche. Cette division se trouva ainsi coupee du reste de l'armee. Moreau, avec la division Grenier, livra a Trezzo un combat furieux, pour repousser l'ennemi au-dela de l'Adda, et se remettre en communication avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animes par sa presence, firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-dela de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire parvenir d'ordre, n'eut pas l'idee de se reporter sur ce point meme de Trezzo, ou Moreau s'obstinait a combattre pour se remettre en communication avec lui. Il fallut ceder, et abandonner la division Serrurier a son sort. Elle fut entouree par toute l'armee ennemie, et se battit avec la derniere opiniatrete. Enveloppee enfin de toutes parts, elle fut obligee de mettre bas les armes. Une partie de cette division, grace a la hardiesse et a la presence d'esprit d'un officier, se sauva par les montagnes en Piemont. Pendant cette action terrible, Victor s'etait heureusement retire en arriere avec sa division intacte. Telle fut la fatale journee dite de Cassano, 9 floreal (28 avril), qui reduisit l'armee a environ vingt mille hommes. C'est avec cette poignee de braves que Moreau entreprit de se retirer. Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature l'avait doue. Reduit a vingt mille soldats, en presence d'une armee qu'on aurait pu porter a quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire marcher en masse, il ne s'ebranla pas un instant. Ce calme etait bien autrement meritoire que celui qu'il deploya lorsqu'il revint d'Allemagne, avec une armee de soixante mille hommes victorieux, et pourtant il a ete beaucoup moins celebre! tant les hasards des passions influent sur les jugemens contemporains! Il s'attacha d'abord a couvrir Milan, pour donner le moyen d'evacuer les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement cisalpin, et a tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur les derrieres. Rien n'est plus dangereux pour une armee que ces familles de fugitifs, qu'elle est obligee de recevoir dans ses rangs. Elles embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent quelquefois compromettre son salut. Moreau, apres avoir passe deux jours a Milan, se remit en marche pour repasser le Po. A la conduite de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position solide. Il avait deux objets a atteindre, c'etait de couvrir ses communications avec la France, et avec la Toscane, par ou s'avancait l'armee de Naples. Pour arriver a ce but important, il lui parut convenable d'occuper le penchant des montagnes de Genes; c'etait le point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armee, prit la grande route de Milan a Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les routes de la riviere de Genes. Il executa cette marche sans etre trop presse par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses victorieuses sur notre faible armee, et de la detruire completement, se faisait decerner a Milan les honneurs du triomphe par les pretres, les moines, les nobles, toutes les creatures de l'Autriche, rentrees en foule a la suite des armees coalisees. Moreau eut le temps d'arriver a Turin, et d'acheminer vers la France tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tacha de reveiller le zele des partisans de la republique, et vint rejoindre ensuite la colonne qu'il avait dirigee vers Alexandrie. Il choisit la une position qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant de l'Apennin, va se jeter dans le Po au-dessous d'Alexandrie. Moreau se placa au confluent de ces deux fleuves. Couvert a la fois par l'un et par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait en meme temps toutes les routes de Genes, et pouvait attendre l'arrivee de Macdonald. Cette position ne pouvait etre plus heureuse. Il occupait Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaine de postes sur le Po et le Tanaro, et ses masses etaient disposees de maniere qu'il pouvait courir en quelques heures sur le premier point attaque. Il s'etablit la avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid les mouvemens de son formidable ennemi. Suwarow avait mis tres heureusement beaucoup de temps a s'avancer. Il avait demande au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde, destine au Tyrol, fut mis a sa disposition. Ce corps venait de descendre en Italie, et portait l'armee combinee a beaucoup plus de cent mille hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assieger a la fois Peschiera, Mantoue, Pizzighitone, voulant en meme temps se garder du cote de la Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait guere plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste tres suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement. Il vint longer le Po et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il s'etablit a Tortone, et y fixa son quartier-general. Apres quelques jours d'inaction, il resolut enfin de faire une tentative sur l'aile gauche de Moreau, c'est-a-dire du cote du Po. Un peu au-dessus du confluent du Po et du Tanaro, vis-a-vis Mugarone, se trouvent des iles boisees, a la faveur desquelles les Russes resolurent de tenter un passage. Dans la nuit du 22 au 23 floreal (du 11 au 12 mai), ils passerent au nombre a peu pres de deux mille, dans l'une de ces iles, et se trouverent ainsi au-dela du bras principal. Le bras qui leur restait a passer etait peu considerable, et pouvait meme etre franchi a la nage. Ils le traverserent hardiment, et se porterent sur la rive droite du Po. Les Francais, prevenus du danger, coururent sur le point menace. Moreau, qui etait averti d'autres demonstrations faites du cote du Tanaro, attendit que le veritable point du danger fut bien determine pour s'y porter en force: des qu'il en fut certain, il y marcha avec sa reserve, et culbuta dans le Po les Russes qui avaient eu la hardiesse de le franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tues, noyes ou prisonniers. Ce coup de vigueur assurait tout a fait la position de Moreau dans le singulier triangle ou il s'etait place. Mais l'inaction de l'ennemi l'inquietait; il craignait que Suwarow n'eut laisse devant Alexandrie un simple detachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eut remonte le Po, pour se porter sur Turin et prendre la position des Francais par derriere, ou bien qu'il n'eut marche au-devant de Macdonald. Dans l'incertitude ou le laissait l'inaction de Suwarow, il resolut d'agir lui-meme, pour s'assurer du veritable etat des choses. Il imagina de deboucher au-dela d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance. Si l'ennemi n'avait laisse devant lui qu'un corps detache, le projet de Moreau etait de changer cette reconnaissance en attaque serieuse, d'accabler ce corps detache, et puis de se retirer tranquillement par la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Genes, afin d'y attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son projet etait de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hate la riviere de Genes, par toutes les communications accessibles qui lui restaient. Une raison qui le decidait surtout a prendre ce parti decisif, c'etait l'insurrection du Piemont sur ses derrieres. Il fallait qu'il se rapprochat de sa base le plus tot possible. Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait un autre qui etait depourvu de sens. Sa position a Tortone etait certainement la meilleure qu'il put prendre, puisqu'elle le placait entre les deux armees francaises, celle de la Cisalpine et celle de Naples. Il ne devait la quitter a aucun prix. Cependant il imagina d'emmener une partie de ses forces au-dela du Po, pour remonter le fleuve jusqu'a Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les royalistes piemontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien n'etait plus mal calcule qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position intermediaire entre les deux armees qui cherchaient a operer leur jonction. Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-dela du Po pour marcher sur Turin, Moreau executait la reconnaissance qu'il avait projetee. Il avait porte la division Victor en avant pour attaquer vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait lui-meme avec toute sa reserve un peu en arriere, pret a changer cette reconnaissance en une attaque serieuse, s'il jugeait que le corps russe put etre accable. Apres un engagement tres-vif, ou les troupes de Victor deployerent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armee russe etait devant lui: il n'osa pas attaquer a fond, de peur d'avoir sur les bras un ennemi trop superieur. En consequence, entre les deux partis qu'il s'etait propose d'adopter, il prefera le second, comme le plus sur. Il resolut donc de se retirer vers les montagnes de Genes. Sa position etait des plus critiques. Tout le Piemont etait en revolte sur ses derrieres. Un corps d'insurges s'etait empare de Ceva, qui ferme la principale route, la seule accessible a l'artillerie. Le grand convoi des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'etre enleve. Ces circonstances etaient des plus facheuses. En prenant les routes situees plus en arriere, et qui aboutissaient a la riviere du Ponent, Moreau craignait de trop s'eloigner des communications de la Toscane, et de les laisser en prise a l'ennemi, qu'il supposait reuni en masse autour de Tortone. Dans cette perplexite, il prit sur-le-champ son parti, et fit les dispositions suivantes. Il detacha la division Victor, sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables a la seule infanterie, vers les montagnes de Genes. Elle devait se hater d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre a l'armee venant de Naples, et la renforcer, dans le cas ou elle serait attaquee par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers des montagnes, gagner l'une des routes charretieres qui se trouvaient en arriere de Ceva, et aboutissaient dans la riviere du Ponent. Il faisait un autre calcul, en se decidant a cette retraite excentrique, c'est qu'il attirerait a lui l'armee ennemie, la detournerait de poursuivre Victor et de se jeter sur Macdonald. Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper les cretes de l'Apennin. Moreau, de son cote, se retira avec une celerite extraordinaire sur Asti. La prise de Ceva, qui fermait sa principale communication, le mettait dans un embarras extreme. Il achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs, ne garda que l'artillerie de campagne qui lui etait indispensable, et resolut de s'ouvrir une route a travers l'Apennin, en la faisant construire par ses propres soldats. Apres quatre jours d'efforts incroyables, la route fut rendue praticable a l'artillerie, et Moreau fut transporte dans la riviere de Genes sans avoir retrograde jusqu'au col de Tende, ce qui l'eut trop eloigne des troupes de Victor detachees vers Genes. Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hata de le faire poursuivre; mais il ne sut deviner ni prevenir ses savantes combinaisons. Ainsi, grace a son sang-froid et a son adresse, Moreau avait ramene ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule fois, en contenant au contraire les Russes partout ou il les avait rencontres. Il avait laisse une garnison de trois mille hommes dans Alexandrie, et il etait avec dix-huit mille a peu pres dans les environs de Genes. Il etait place sur la crete de l'Apennin, attendant l'arrivee de Macdonald. Il avait porte la division Lapoype, le corps leger de Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les joindre a Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste de son corps d'armee. Son plan de jonction etait profondement medite. Il pouvait attirer l'armee de Naples a lui par les bords de la Mediterranee, la reunir a Genes, et deboucher avec elle de la Bochetta; ou bien la faire deboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance, et sur les bords du Po. Le premier parti assurait la jonction, puisqu'elle se faisait a l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la plaine. En debouchant au contraire en avant de Plaisance, on etait maitre de la plaine jusqu'au Po, on prenait son champ de bataille sur les bords meme du Po, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau voulait que Macdonald eut sa gauche toujours serree aux montagnes, pour se lier avec Victor qui etait a Bobbio. Quant a lui, il observait Suwarow, pret a se jeter dans ses flancs des qu'il voudrait marcher a la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait aussi sure que derriere l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien preferable. Dans ce moment, le directoire venait de reunir dans la Mediterranee des forces maritimes considerables. Bruix, le ministre de la marine, s'etait mis a la tete de la flotte de Brest, avait debloque la flotte espagnole, et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Mediterranee, dans le but de la delivrer des Anglais, et d'y retablir les communications avec l'armee d'Egypte. Cette jonction tant desiree etait enfin operee, et elle pouvait nous redonner la preponderance dans les mers du Levant. Bruix dans ce moment etait devant Genes. Sa presence avait singulierement remonte le moral de l'armee. On disait qu'il apportait des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en etait rien; mais Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accrediter. Il fit repandre le bruit que la flotte venait de debarquer vingt mille hommes, et des approvisionnemens considerables. Ce bruit encouragea l'armee, et diminua beaucoup la confiance de l'ennemi. On etait au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un evenement nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Massena avait occupe la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, debouchant en deux masses des deux extremites du lac de Constance, etait venu border cette ligne dans toute son etendue. Il resolut de l'attaquer entre Zurich et Bruk, c'est-a-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le long de la Limmat. Massena avait pris position, non pas sur la Limmat elle-meme, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la Limmat, et qui couvrent a la fois la riviere et le lac. Il avait retranche ces hauteurs de la maniere la plus redoutable, et les avait rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne, entre Zurich et l'Aar, fut la plus forte, l'archiduc avait resolu de l'attaquer, parce qu'il eut ete trop dangereux de faire un long detour pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint. Massena pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laisses devant lui, et se procurer ainsi un avantage decisif. L'attaque projetee s'executa le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur toute l'etendue de la Limmat, et fut repoussee partout victorieusement, malgre l'opiniatre perseverance des Autrichiens. Le lendemain l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre, afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommenca l'attaque avec la meme opiniatrete. Massena, reflechissant qu'il pouvait etre force, qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il abandonnait etait suivie immediatement d'une plus forte, la chaine de l'Albis, qui borde en arriere la Limmat et le lac de Zurich, resolut de se retirer volontairement. Il ne perdait a cette retraite que la ville de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaine des monts de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'a l'Aar presentant de plus un escarpement continu, etait presque inattaquable. En l'occupant on ne faisait qu'une legere perte de terrain, car on ne reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En consequence, et s'y retira volontairement et sans perte, il s'y etablit d'une maniere qui ota a l'archiduc toute envie de l'attaquer. Notre position etait donc toujours a peu pres la meme en Suisse. L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au Saint-Gothard, formaient notre ligne defensive contre les Autrichiens. Du cote de l'Italie, Macdonald s'avancait enfin vers la Toscane. Il avait laisse garnison au fort Saint-Elme, a Capoue et a Gaete, conformement a ses instructions. C'etait compromettre inutilement des troupes qui n'etaient pas capables de soutenir le parti republicain, et qui laissaient un vide dans l'armee active. L'armee francaise, en se retirant, avait laisse la ville de Naples en proie a une reaction royale, qui egalait les plus epouvantables scenes de notre revolution. Macdonald avait rallie a Rome quelques milliers d'hommes de la division Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le Modenois le corps leger de Montrichard. Il avait forme ainsi un corps de vingt-huit mille hommes. Il etait a Florence le 9 prairial (25 mai). Sa retraite s'etait operee avec beaucoup de rapidite, et un ordre remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et ne deboucha au-dela de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que vers la fin de prairial (milieu de juin). S'il eut debouche plus tot, il aurait surpris les coalises dans un tel etat de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et les rejeter au-dela du Po. Suwarow etait a Turin, dont il venait de s'emparer, et ou il avait trouve des munitions immenses. Bellegarde observait les debouches de Genes; Kray assiegeait Mantoue, la citadelle de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens ou Russes reunis. Macdonald et Moreau, debouchant ensemble avec cinquante mille hommes auraient pu changer la destinee de la campagne. Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer son armee, et reorganiser les divisions qu'il avait successivement recueillies. Il perdit ainsi un temps precieux, et permit a Suwarow de reparer ses fautes. Le general russe, apprenant la marche de Macdonald, se hata de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de renfort, pour se placer entre les deux generaux francais, et reprendre la position qu'il n'aurait jamais du abandonner. Il ordonna au general Ott, qui etait en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance, de se retirer sur lui, s'il etait attaque; il prescrivit a Kray de lui faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer; il laissa a Bellegarde le soin d'observer Novi, d'ou Moreau devait deboucher, et il se disposa a marcher lui-meme dans les plaines de Plaisance, a la rencontre de Macdonald. Ces dispositions sont les seules qui, pendant la duree de cette campagne, aient merite a Suwarow l'approbation des militaires. Les deux generaux francais occupaient toujours les positions que nous avons indiquees. Places tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre pour se reunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait deboucher de Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer a Macdonald la division Victor pour le renforcer. Il avait place a Bobbio, au penchant des montagnes, le general Lapoype avec quelques bataillons, pour favoriser la jonction, et son projet etait de saisir le moment ou Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tint toujours appuye aux montagnes, et n'acceptat pas la bataille trop loin dans la plaine. Macdonald s'ebranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps de Hohenzollern, place aux environs de Modene, gardait le Bas-Po. Il fut accable par des forces superieures, perdit quinze cents hommes, et faillit etre enleve tout entier. Ce premier succes encouragea Macdonald, et lui fit hater sa marche. La division Victor, qui venait de le joindre, et de porter son armee a trente-deux mille hommes a peu pres, forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait a la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes deux. Quoique le gros de l'armee, forme par les divisions Montrichard, Olivier et Watrin, fut encore en arriere, Macdonald, alleche par le succes qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui etait en observation sur le Tidone, et ordonna a Victor, Dombrowsky et Rusca, de marcher contre lui a l'instant meme. Trois torrens, coulant parallelement de l'Apennin dans le Po, formaient le champ de bataille: c'etaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le gros de l'armee francaise etait encore sur la Nura; les divisions Victor, Dombrowsky et Rusca s'avancaient sur la Trebbia, et avaient l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marcherent le 29 prairial (17 juin). Elles repousserent d'abord l'avant-garde du general Ott des bords du Tidone, et l'obligerent a prendre une position en arriere vers le village de Sermet. Ott allait etre accable, mais dans ce moment Suwarow arrivait a son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le general Bagration a Victor qui marchait le long du Po; il reporta Ott au centre sur Dombrowsky, et dirigea Melas a droite sur la division Rusca. Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut force de retrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux regimens de cavalerie, et la rompit. Des cet instant, Victor, qui s'etait avance sur le Po, se trouva deborde et compromis. Bagration, renforce par les grenadiers, reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais au centre, et qui avait ainsi deborde Victor, le chargea en flanc, et l'obligea a se retirer. Rusca, a droite, fut alors oblige de ceder le terrain a Melas. Nos trois divisions repasserent le Tidone, et retrograderent sur la Trebbia. Cette premiere journee, ou un tiers de l'armee au plus s'etait trouve engage contre toute l'armee ennemie, n'avait pas ete heureuse. Macdonald, ignorant l'arrivee de Suwarow, s'etait trop hate. Il resolut de s'etablir derriere la Trebbia, d'y reunir toutes ses divisions, et de venger l'echec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions Olivier, Montrichard et Watrin etaient encore en arriere sur la Nura, et il resolut d'attendre le surlendemain, c'est-a-dire le 1er messidor (19 juin), pour livrer bataille. Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de reunir ses forces, et il se disposa a attaquer des le lendemain meme, c'est-a-dire le 30 prairial (18 juin). Les deux armees allaient se joindre le long de la Trebbia, appuyant leurs ailes au Po et a l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement que le point essentiel etait dans les montagnes, par ou les deux armees francaises pourraient communiquer, porta de ce cote sa meilleure infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration, qui d'abord etait a sa gauche le long du Po, vers sa droite contre les montagnes. Il les placa avec la division Schweikofsky sous les ordres de Rosemberg, et leur ordonna a toutes deux de passer la Trebbia vers Rivalta, dans la partie superieure de son cours, afin de detacher les Francais des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor, etaient placees vers ce point, a la gauche de la ligne des Francais. Les divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite, vers le Po et Plaisance. Des le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes attaquerent les avant-gardes francaises, qui etaient au-dela de la Trebbia, a Casaliggio et Grignano, et les repousserent; Macdonald, qui ne s'attendait pas a etre attaque, s'occupait a faire arriver en ligne ses divisions du centre. Victor, qui commandait a notre gauche, porta aussitot toute l'infanterie francaise au-dela de la Trebbia, et mit un moment Suwarow en peril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division Schweikofsky, retablit l'avantage, et, apres un combat furieux, dans lequel les pertes furent enormes des deux parts, obligea les Francais a se retirer derriere la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier, Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin a droite, et une canonnade s'etablissait sur toute la ligne. Apres avoir echange quelques boulets, on s'arreta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui separa les deux armees. Telle fut la seconde journee. Elle avait consiste en un combat vers notre gauche, combat terrible, mais sans resultat. Macdonald, disposant desormais de tout son monde, voulait rendre decisive la troisieme journee. Son plan consistait a franchir la Trebbia sur tous les points, et a deborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division Dombrowsky devait remonter la riviere jusqu'a Rivalta, et la passer au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque a son embouchure dans le Po, et gagner l'extreme gauche de Suwarow. Il comptait en meme temps que Moreau, dont il attendait la cooperation depuis deux jours, entrerait en action ce jour-la au plus tard. Tel fut le plan pour la journee du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible echauffouree eut lieu pendant la nuit. Un detachement francais ayant traverse le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se crurent attaques et coururent aux armes. Les Francais y coururent de leur cote. Les deux armees se melerent et se livrerent un combat de nuit, ou des deux cotes on s'egorgeait, sans distinguer amis ni ennemis. Apres un carnage inutile, les generaux parvinrent enfin a ramener leurs soldats au bivouac. Le lendemain les deux armees etaient tellement fatiguees par trois jours de combats et par le desordre de la nuit, qu'elles n'entrerent en action que vers les dix heures du matin. La bataille commenca a notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky franchit la Trebbia a Rivalta, malgre les Russes. Suwarow y detacha le prince Bagration. Ce mouvement laissa a decouvert les flancs de Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profiterent pour se jeter sur lui en passant la Trebbia. Ils s'avancerent avec succes et envelopperent de toutes parts la division Schweikofsky, ou se trouvait Suwarow. Ils la mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous cotes et se defendit vaillamment. Bagration, apercevant le peril, se rabattit promptement sur le point menace, et obligea Victor et Rusca a lacher prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fut de son cote rabattu sur Bagration, l'avantage nous serait reste sur ce point, qui etait le plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il resta inactif, et Victor et Rusca furent obliges de se replier sur la Trebbia. Au centre, Montrichard avait passe la Trebbia vers Grignano; Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le corps de Forster, lorsque les reserves autrichiennes, que Suwarow avait demandees a Melas, et qui defilaient sur le derriere du champ de bataille, donnerent inopinement dans les flancs de sa division. Elle fut surprise, et la 5e legere, qui avait fait des prodiges en cent batailles, s'enfuit en desordre. Montrichard se vit oblige de repasser la Trebbia. Olivier, qui s'etait avance avec succes vers San-Nicolo, et avait vigoureusement repousse Ott et Melas, se trouva decouvert par la retraite de Montrichard. Melas alors, donnant contre-ordre aux reserves autrichiennes, dont la presence avait jete le trouble dans la division Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcee a son tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portee inutilement a l'extreme droite, ou elle n'avait rien a faire, s'avancait le long du Po, sans etre d'aucun secours a l'armee. Elle fut meme obligee de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement general de retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau deboucher sur ses derrieres, fit de grands efforts le reste de la journee pour passer la Trebbia, mais il ne put y reussir. Les Francais lui opposerent sur toute la ligne une fermete invincible, et ce torrent, temoin d'une lutte si acharnee, separa encore pour la troisieme fois les deux armees ennemies. Tel fut le troisieme acte de cette sanglante bataille. Les deux armees etaient desorganisees. Elles avaient perdu environ douze mille hommes chacune. La plupart des generaux etaient blesses. Des regimens entiers etaient detruits. Mais la situation etait bien differente. Suwarow recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'a gagner au prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait epuise toutes ses ressources, et pouvait, en s'obstinant a se battre, etre jete en desordre dans la Toscane. Il songea donc a se retirer sur la Nura, pour regagner Genes par derriere l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2 messidor (20 juin) au matin. Une depeche, dans laquelle il peignit a Moreau sa situation desesperee, etant tombee dans les mains de Suwarow, celui-ci fut rempli de joie, et se hata de le poursuivre a outrance. Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armee au-dela de l'Apennin, apres une perte de quatorze ou quinze mille hommes, en tues, blesses ou prisonniers. Tres heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses derrieres, se laissa detourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que des obstacles insurmontables avaient empeche de se mettre en mouvement avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de deboucher de Novi, de se jeter sur Bellegarde, de le mettre en deroute, et de lui prendre pres de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif etait inutile, et n'eut d'autre resultat que de rappeler Suwarow, et de l'empecher de s'acharner sur Macdonald. Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands resultats, avait donc amene une sanglante defaite; elle fit naitre entre les deux generaux francais des contestations qui n'ont jamais ete bien eclaircies. Les militaires reprocherent a Macdonald d'avoir trop sejourne en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin les unes des autres, de maniere que les divisions Victor, Rusca et Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherche, le jour de la bataille, a deborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu de diriger son principal effort a sa gauche vers la Haute-Trebbia; de s'etre tenu trop eloigne des montagnes, de maniere a ne pas permettre a Lapoype, qui etait a Bobbio, de venir a son secours; enfin de s'etre, par-dessus tout, beaucoup trop hate de livrer bataille, comme s'il eut voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant le plan savamment combine par Moreau, ne lui ont reproche qu'une chose, c'est de n'avoir pas mis de cote tout menagement pour un ancien camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armees, et surtout de n'avoir pas commande en personne a la Trebbia. Quoi qu'il en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de Moreau, execute comme il avait ete concu, aurait sauve l'Italie. Elle fut entierement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement, Moreau etait encore la pour recueillir nos debris et empecher Suwarow de profiter de son immense superiorite. La campagne n'etait ouverte que depuis trois mois, et, excepte en Suisse, nous n'avions eu partout que des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne; les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie. Massena seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de la chaine de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces cruels revers, que le courage de nos soldats avait ete inebranlable et aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau avait ete a la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empeche que Suwarow ne detruisit d'un seul coup nos armees d'Italie. Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du directoire, et provoquerent contre lui un redoublement d'invectives. La crainte d'une invasion commencait a s'emparer des esprits. Les departemens du Midi et des Alpes, exposes les premiers au debordement des Austro-Russes, etaient dans une extreme fermentation. Les villes de Chambery, de Grenoble et d'Orange, envoyerent au corps legislatif des adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur les dilapidations des compagnies, sur le denument des armees, sur le ministere de Scherer, sur son generalat, sur l'injustice faite a Moreau, sur l'arrestation de Championnet, etc. "Pourquoi, disaient-elles, les conscrits fideles se sont-ils vus forces de rentrer dans leurs foyers, par le denument ou on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations sont-elles restees impunies? Pourquoi l'inepte Scherer, signale comme un traitre par Hoche, est-il reste si longtemps au ministere de la guerre? Pourquoi a-t-il pu consommer, comme general, les maux qu'il avait prepares comme ministre? Pourquoi des noms chers a la victoire sont-ils remplaces par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de Naples est-il en accusation?......" On a deja pu apprecier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable, et le renvoi au directoire. Cette maniere de les accueillir prouvait assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient etre plus mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'etait reunie a l'opposition patriote. L'une composee d'ambitieux qui voulaient un gouvernement nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs recommandations n'eussent pas ete assez bien accueillis; l'autre formee de patriotes exclus par les scissions du corps legislatif, ou reduits au silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient egalement la ruine du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait a la fois mal administre et mal defendu la France; qu'il avait viole la liberte des opinions, opprime la liberte de la presse et des societes populaires. Ils le declaraient a la fois faible et violent; ils allaient meme jusqu'a revenir sur le 18 fructidor, et a dire que, n'ayant pas respecte les lois dans cette journee, il ne pouvait plus les invoquer en sa faveur. La nomination de Sieyes au directoire avait ete l'un des premiers motifs de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cesse de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui deja, par cette raison, avait refuse d'etre directeur, c'etait annoncer en quelque sorte qu'on voulait une revolution. L'acceptation de Sieyes, dont on doutait a cause de ses refus anterieurs, ne fit que confirmer ces conjectures. Les mecontens de toute espece, qui voulaient un changement, se grouperent autour de Sieyes. Sieyes n'etait point un chef de parti habile; il n'en avait ni le caractere a la fois souple et audacieux, ni meme l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommee. On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter a tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne presence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les partis, s'etait rapproche de Sieyes, et etait parvenu a se rattacher a lui, en livrant lachement ses collegues. C'est autour de ces deux directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti avait songe a se donner l'appui d'un jeune general qui eut de la reputation, et qui passat, comme beaucoup d'autres, pour une victime du gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes esperances, et qui etait sans emploi depuis sa demission, avait fixe le choix sur lui. Il allait s'allier a M. de Semonville, en epousant une demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproche de Sieyes; on le fit nommer general de la 17e division militaire, celle de Paris, et on s'efforca d'en faire le chef de la nouvelle coalition. On ne songeait point encore a faire des changemens; on voulait d'abord s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion, et on ajournait les projets constitutionnels a une epoque ou tous les perils seraient passes. La premiere chose a obtenir etait l'eloignement des membres de l'ancien directoire. Sieyes n'y etait que depuis une quinzaine; il y etait entre le 1er prairial, en remplacement de Rewbell. Barras s'etait sauve de l'orage comme on a vu. Toute la haine se dechargeait contre Larevelliere, Merlin et Treilhard, tous trois fort innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement. Ils avaient la majorite, puisqu'ils etaient trois, mais on voulait leur rendre impossible l'exercice de l'autorite. Ils avaient resolu d'avoir les plus grands egards pour Sieyes, de lui pardonner meme son humeur, afin de ne pas ajouter aux difficultes de la position, celles que des divisions personnelles pourraient encore faire naitre. Mais Sieyes etait intraitable; il trouvait tout mauvais, et il etait en cela de tres bonne foi; mais il s'exprimait de maniere a prouver qu'il ne voulait pas s'entendre avec ses collegues pour porter remede au mal. Un peu infatue de ce qu'il avait vu dans le pays d'ou il venait, il ne cessait de leur dire: "Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc, lui repondaient ses collegues, comment on fait en Prusse; eclairez-nous de vos avis, et aidez-nous a faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas, repliquait Sieyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous avez coutume de faire." Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilite se declarait entre la minorite et la majorite, les attaques les plus vives se succedaient au dehors de la part des conseils. Il y avait deja querelle ouverte sur les finances. La detresse, comme on l'a dit, provenait de deux causes, la lenteur des rentrees et le deficit dans les produits supposes. Sur 400 millions deja ordonnances pour depenses consommees, 210 millions etaient a peine rentres. Le deficit dans l'evaluation des produits s'elevait, suivant Ramel, a 67 et meme a 75 millions. Comme on lui contestait toujours la quotite du deficit, il donna un dementi formel au depute Genissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il avancait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa pas de repeter qu'ils ruinaient l'etat, et demandaient sans cesse de nouveaux fonds pour fournir a de nouvelles dilapidations. Cependant, la force de l'evidence obligea a accorder un supplement de produits. L'impot sur le sel avait ete refuse; pour y suppleer, on ajouta un decime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle des portes et fenetres. Mais c'etait peu que de decreter des impots, il fallait assurer leur rentree par differentes lois, relatives a leur assiette et a leur perception. Ces lois n'etaient pas rendues. Le ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et on repondait a ses instances en criant a la trahison, au vol, etc. Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Deja il s'etait eleve des reclamations sur certains articles de la loi du 19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de supprimer les journaux sur un simple arrete. Un projet de loi avait ete ordonne sur la presse et les societes populaires, afin de modifier la loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire dont il etait revetu. On s'elevait beaucoup aussi contre la faculte que cette loi donnait au directoire de deporter a sa volonte les pretres suspects, et de rayer les emigres de la liste. Les patriotes, eux-memes semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement a leurs adversaires. On commenca par la discussion sur la presse et les societes populaires. Le projet mis en avant etait l'ouvrage de Berlier. La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient Chenier, Bailleul, Creuze-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que cette dictature accordee au directoire par la loi du 19 fructidor, bien que redoutable en temps ordinaire, etait de la plus indispensable necessite dans la circonstance actuelle. Ce n'etait pas, disaient-ils, dans un moment de peril extreme qu'il fallait diminuer les forces du gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnee le lendemain du 18 fructidor lui etait devenue necessaire, non plus contre la faction royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que la premiere, et secretement alliee avec elle. Les disciples de Baboeuf, ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menacaient la republique d'un nouveau debordement. Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, repondaient avec leur vehemence accoutumee aux discours des partisans du directoire. Il fallait, disaient-ils, donner une commotion a la France, et lui rendre l'energie de 1793, que le directoire avait entierement etouffee en faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait s'eteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la parole aux feuilles patriotiques. "Vainement, ajoutaient-ils, on accuse les patriotes, vainement on feint de redouter un debordement de leur part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accuses? Depuis trois ans ils sont egorges, proscrits, sans patrie, dans la republique qu'ils ont contribue puissamment a fonder et qu'ils ont defendue. Quels crimes avez-vous a leur reprocher? ont-ils reagi contre les reacteurs? Non. Ils sont exageres, turbulens; soit. Mais sont-ce la des crimes? Ils parlent, ils crient meme, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les jours ils sont assassines..." Tel etait le langage de Briot (du Doubs), du Corse Arena, et d'une foule d'autres. Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement. Ils etaient naturellement moderes. Ils avaient le ton mesure, mais amer et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop meconnus, et rendre la liberte a la presse et aux societes populaires. Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanee au directoire, mais cette dictature donnee de confiance, comment en avait-il use? Il n'y avait qu'a interroger les partis, disait Boulay (de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues differentes, royalistes, patriotes, constitutionnels, etaient d'accord pour declarer que le directoire avait mal use de sa toute-puissance. Un meme accord, chez des hommes si opposes de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de doute, et le directoire etait condamne. Ainsi les patriotes irrites se plaignaient d'oppression; les constitutionnels, pleins de pretentions, se plaignaient du mal-gouverne. Tous se reunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19 fructidor relatifs aux journaux et aux societes populaires. C'etait la une victoire importante, qui allait amener un dechainement d'ecrits periodiques et le ralliement de tous les jacobins. L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial. Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle coalition resolut d'employer les tracasseries ordinaires que les oppositions emploient dans les gouvernemens representatifs pour obliger un ministere a se retirer. Questions embarrassantes et reiterees, menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels, que, sans la pratique du gouvernement representatif, l'instinct seul des partis les decouvre sur-le-champ. Les commissions des depenses, des fonds et de la guerre, etablies dans les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se reunirent, et projeterent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut charge du rapport, et le presenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel il demandait a etre instruit des causes des dangers interieurs et exterieurs qui menacaient la republique, et des moyens qui existaient pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guere d'autre effet que d'arracher des aveux de detresse, et de compromettre davantage le gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le repetons, doit reussir: l'obliger a convenir qu'il n'a pas reussi, c'est l'obliger au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles etaient relatives au droit de former des societes populaires, a la liberte individuelle, a la responsabilite des ministres, a la publicite des comptes, etc. Le directoire, en recevant le message en question, resolut d'y faire une reponse detaillee, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les evenemens, et exposerait les moyens qu'il avait employes, et ceux qu'il se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise ou elle se trouvait. Une reponse de cette nature exigeait le concours de tous les ministres, pour que chacun d'eux put fournir son rapport. Il fallait au moins plusieurs jours pour le rediger; mais ce n'est pas ce qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un etat exact et fidele de la France, mais des aveux prompts et embarrasses. Aussi, apres avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui avaient propose le message firent aux cinq-cents une proposition nouvelle, par l'organe du depute Poulain-Grand-Pre. C'etait le 28 prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se declarer en permanence jusqu'a ce que le directoire eut repondu au message du 15. La proposition fut adoptee. C'etait jeter le cri d'alarme, et annoncer un prochain evenement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur determination, en les engageant a suivre leur exemple. L'exemple en effet fut imite, et les anciens siegerent aussi en permanence. Les trois commissions des depenses, des fonds, de la guerre, etant trop nombreuses, furent changees en une seule commission, composee de onze membres, et chargee de presenter les mesures exigees par les circonstances. Le directoire repondit, de son cote, qu'il allait se constituer en seance permanente, pour hater le rapport qu'on lui demandait. On concoit quelle agitation devait resulter d'une pareille determination. On faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les adversaires du directoire disaient qu'il meditait un nouveau coup d'etat, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans repandaient au contraire qu'il y avait une coalition formee entre tous les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil n'etait medite de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions voulait seulement la demission des trois anciens directeurs. On imagina un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur entrant en fonctions eut quitte la legislature depuis un an revolu. On s'apercut que Treilhard, qui depuis treize mois siegeait au directoire, etait sorti de la legislature le 30 floreal an V, et qu'il avait ete nomme au directoire, le 26 floreal an VI. Il manquait donc quatre jours au delai prescrit. Ce n'etait la qu'une chicane, car cette irregularite etait couverte par le silence garde pendant deux sessions, et d'ailleurs Sieyes lui-meme etait dans le meme cas. Sur-le-champ la commission des onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut lieu le jour meme du 28 et fut signifiee au directoire. Treilhard etait rude et brusque, mais n'avait pas une fermete egale a la durete de ses manieres. Il etait dispose a ceder. Larevelliere etait dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnete et desinteresse, auquel ses fonctions etaient a charge, qui ne les avait acceptees que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour que le sort le rendit a la retraite, ne voulait plus abandonner ses fonctions depuis que les factions coalisees paraissaient l'exiger. Il se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour abolir la constitution de l'an III; que Sieyes, Barras et la famille Bonaparte, concouraient au meme but dans des vues differentes, mais toutes egalement funestes a la republique. Dans cette persuasion, il ne voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En consequence, il courut chez Treilhard, et l'engagea a resister. "Avec Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorite, et nous nous refuserons a l'execution de cette determination du corps legislatif, comme illegale, seditieuse, et arrachee par une faction." Treilhard n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa demission aux cinq-cents. Larevelliere, voyant la majorite perdue, n'en persista pas moins a refuser sa demission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents resolurent de donner tout de suite un successeur a Treilhard. Sieyes aurait voulu faire nommer un homme a sa devotion; mais son influence fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes, president actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir plutot a l'opposition patriote qu'a l'opposition constitutionnelle. C'etait Gohier, citoyen probe et devoue a la republique, mais peu capable, etranger a la connaissance des hommes et des affaires. Il fut nomme le 29 prairial, et dut etre installe le lendemain meme. Ce n'etait pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du directoire Larevelliere et Merlin. Les patriotes surtout etaient furieux contre Larevelliere; ils se souvenaient que quoique regicide, il n'avait jamais ete montagnard, qu'il avait lutte souvent contre leur parti depuis le 9 thermidor, et que l'annee precedente il avait encourage le systeme des scissions. En consequence, ils menacerent de le mettre en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur demission. Sieyes fut charge de faire une premiere ouverture, pour les engager a ceder volontairement a l'orage. Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sieyes proposa une reunion particuliere des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit. Barras, comme si on se fut trouve en danger, y vint avec le sabre au cote, et n'ouvrit point la bouche. Sieyes prit la parole avec embarras, fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia longtemps avant d'en venir au veritable objet de la reunion. Enfin Larevelliere le somma de s'expliquer clairement. "Vos amis, repondit Sieyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux a donner votre demission." Larevelliere demanda quels etaient ces amis. Sieyes n'en put nommer aucun qui meritat quelque confiance. Larevelliere lui parla alors avec le ton d'un homme indigne de voir le directoire trahi par ses membres, et livre par eux aux complots des factieux. Il prouva que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collegues avaient ete irreprochables, que les torts qu'on leur imputait n'etaient qu'un tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sieyes sur ses projets secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses vehementes apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence. Sa position etait difficile, car seul il avait merite tous les reproches dont on accablait ses collegues. Leur demander leur demission pour des torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'etaient qu'a lui seul, eut ete trop embarrassant. Il se tut donc. On se separa sans avoir rien obtenu. Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait declare qu'il suivrait l'exemple de Larevelliere. Barras imagina d'employer un intermediaire pour obtenir la demission de ses deux collegues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le gout des plaisirs avait attire dans sa societe. Il le chargea d'aller voir Larevelliere pour le decider a se demettre. Bergoeng vint dans la nuit du 20 au 30, invoqua aupres de Larevelliere l'ancienne amitie qui les liait, et employa tous les moyens pour l'ebranler. Il lui assura que Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son eloignement comme injuste, mais qu'il le conjurait de ceder, pour n'etre pas expose a une tempete. Larevelliere demeura inebranlable. Il repondit que Barras etait dupe de Sieyes, Sieyes de Barras, et que tous deux seraient dupes par les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la republique, mais qu'il resisterait jusqu'a son dernier soupir. Le lendemain 30, Gohier devait etre installe. Les quatre directeurs etaient reunis; tous les ministres etaient presens. A peine l'installation fut-elle achevee, et les discours du president et du nouveau directeur prononces, qu'on revint a l'objet de la veille. Barras demanda a parler en particulier a Larevelliere; ils passerent tous deux dans une salle voisine. Barras renouvela aupres de son collegue les memes instances, les memes caresses, et le trouva aussi obstine. Il rentra, assez embarrasse de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas etre a son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas attaquer Larevelliere, il se dechaina contre Merlin qu'il detestait, fit de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le representa comme une espece de fier-a-bras, meditant, avec une reunion de coupe-jarrets, un coup d'etat contre ses collegues et les conseils. Larevelliere, venant au secours de Merlin, prit aussitot la parole, et demontra l'absurdite de pareilles imputations. Rien dans le jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait a ce portrait. Larevelliere retraca alors l'historique de toute l'administration du directoire, et le fit avec detail pour eclairer les ministres et le directeur entrant. Barras etait dans une perplexite cruelle; il se leva enfin, en disant: "Eh bien! c'en est fait, les sabres sont tires.--Miserable, lui repondit Larevelliere avec fermete, que parles-tu de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont diriges contre des hommes irreprochables, que vous voulez egorger, ne pouvant les entrainer a une faiblesse." Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y reussir. Dans ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'etant reunis, vinrent prier les deux directeurs de ceder, en promettant qu'il ne serait point dirige contre eux d'acte d'accusation. Larevelliere leur repondit avec fierte qu'il n'attendait point de grace, qu'on pouvait l'accuser, et qu'il repondrait. Les deputes qui s'etaient charges de cette mission retournerent aux deux conseils, et y causerent un nouveau soulevement en rapportant ce qui s'etait passe. Boulay (de la Meurthe) denonca Larevelliere, avoua sa probite, mais lui preta mal a propos des projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entetement, qui allait, dit-il, perdre la republique. Les patriotes se dechainerent avec plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il ne fallait faire aucune grace aux directeurs. L'agitation etait au comble, et la lutte se trouvant engagee, on ne savait plus jusqu'ou elle pourrait etre poussee. Beaucoup d'hommes moderes des deux conseils se reunirent, et dirent que, pour eviter des malheurs, il fallait aller conjurer Larevelliere de ceder a l'orage. Ils se rendirent aupres de lui dans la nuit du 30, et le supplierent, au nom des dangers que courait la republique, de donner sa demission. Ils lui dirent qu'ils etaient exposes tous aux plus grands perils, et que s'il s'obstinait a resister, ils ne savaient pas jusqu'ou pourrait aller la fureur des partis. "Mais ne voyez-vous pas, leur repondit Larevelliere, les dangers plus grands que court la republique? Ne voyez-vous pas que ce n'est pas a nous qu'on en veut, mais a la constitution; qu'en cedant aujourd'hui, il faudra ceder demain, et toujours, et que la republique sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont a charge; si je m'obstine a les garder aujourd'hui, c'est parce que je crois devoir opposer une barriere insurmontable aux complots des factions. Cependant, si vous croyez tous que ma resistance vous expose a des perils, je vais me rendre; mais je vous le declare, la republique est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cede donc, puisque je reste seul, et je vous remets ma demission." Il la donna dans la nuit. Il ecrivit une lettre simple et digne pour exprimer ses motifs. Merlin lui demanda a la copier, et les deux demissions furent envoyees en meme temps. Ainsi fut dissous l'ancien directoire. Toutes les factions qu'il avait essaye de reduire s'etaient reunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il n'etait coupable que d'un seul tort, celui d'etre plus faible qu'elles; tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement. Malgre le dechainement general, Larevelliere emporta l'estime de tous les citoyens eclaires. Il ne voulut pas, en quittant le directoire, recevoir les cent mille francs que ses collegues etaient convenus de donner au membre sortant; il ne recut pas meme la part a laquelle il avait droit sur les retenues faites a leurs appointemens; il n'emporta pas la voiture qu'il etait d'usage de laisser au directeur sortant. Il se retira a Andilly, dans une petite maison qu'il possedait, et il y recut la visite de tous les hommes consideres que la fureur des partis n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui allerent le visiter dans sa retraite. CHAPITRE XVII. FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT LAREVELLIERE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTERE.--LEVEE DE TOUTES LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCE DE CENT MILLIONS.--LOI DES OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPERATIONS EN ITALIE; JOUBERT GENERAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE JOUBERT.--DEBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES A L'INTERIEUR; DECHAINEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DECLARER LA PATRIE EN DANGER. Les annees usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les epuiser. Les passions ne s'eteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles s'allumerent. Il faut que tout une generation disparaisse; alors il ne reste des pretentions des partis que les interets legitimes, et le temps peut operer entre ces interets une conciliation naturelle et raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le langage de la justice et des lois leur devient bientot insupportable, et plus il a ete modere, plus ils le meprisent comme faible et impuissant. Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds a ses avis, employer la force, on le declare tyrannique, on dit qu'a la faiblesse il joint la mechancete. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand despotisme qui puisse dompter les partis irrites. Le directoire etait ce gouvernement legal et modere qui voulut faire subir le joug des lois aux partis que la revolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de reaction n'avaient pas encore epuises. Ils se coaliserent tous, comme on vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun renverse, ils se trouvaient en presence les uns des autres sans aucune main pour les contenir. On va voir comment ils se comporterent. La constitution, quoique n'etant plus qu'un fantome, n'etait pas abolie, et il fallait remplacer par une ombre le directoire deja renverse. Gohier avait remplace Treilhard; il fallait donner des successeurs a Larevelliere et a Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos etait un ancien girondin, homme honnete, peu capable et tout-a-fait devoue a Sieyes. Il avait ete nomme par l'influence de Sieyes sur les anciens. Moulins etait un general obscur, employe autrefois dans la Vendee, republicain chaud et integre, nomme comme Gohier par l'influence du parti patriote. On avait propose d'autres notabilites ou civiles ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient ete rejetees. Il etait clair, d'apres de pareils choix, que les partis n'avaient pas voulu se donner des maitres. Ils n'avaient porte au directoire que ces mediocrites, chargees ordinairement de tous les _interim_. Le directoire actuel, compose, comme les conseils, de partis opposes, etait encore plus faible et moins homogene que le precedent. Sieyes, le seul homme superieur parmi les cinq directeurs, revait, comme on l'a vu, une nouvelle organisation politique. Il etait le chef du parti qui se qualifiait de modere ou de constitutionnel, et dont tous les membres cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collegue devoue que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes, incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la constitution actuelle, mais voulaient l'executer et l'interpreter dans le sens des patriotes. Quant a Barras, appele naturellement a les departager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions, d'interets, d'idees contraires, que presentait la republique mourante, il en etait a lui seul l'embleme vivant. La majorite, dependant de sa voix, etait donc commise au hasard. Sieyes dit assez nettement a ses nouveaux collegues qu'ils prenaient la direction d'un gouvernement menace d'une chute prochaine, mais qu'il fallait sauver la republique si on ne pouvait sauver la constitution. Ce langage deplut fort a Gohier et a Moulins, et fut mal accueilli par eux. Aussi des le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sieyes tint le meme langage a Joubert, le general qu'on voulait engager dans le parti reorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armee d'Italie, en avait les sentimens; il etait chaud patriote, et les vues de Sieyes lui parurent suspectes. Il s'en ouvrit secretement a Gohier et a Moulins, et parut se rattacher entierement a eux. Du reste, c'etaient la des questions qui ne pouvaient arriver qu'ulterieurement en discussion. Le plus pressant etait d'administrer et de defendre la republique menacee. La nouvelle de la bataille de la Trebbia, repandue partout, jetait tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut public. Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de celui qui l'a precede, ne serait-ce que pour obeir aux passions qui l'ont fait triompher. Championnet, ce heros de Naples si vante, Joubert, Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrace, pour occuper les premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberte et nomme general d'une nouvelle armee qu'on se proposait de former le long des Grandes-Alpes. Bernadotte fut charge du ministere de la guerre. Joubert fut appele a commander l'armee d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol, sa jeunesse, son caractere heroique, inspiraient les plus grandes esperances. Les reorganisateurs lui souhaitaient assez de succes et de gloire pour qu'il put appuyer leurs projets. Le choix de Joubert etait fort bon sans doute, mais c'etait une nouvelle injustice pour Moreau, qui avait si genereusement accepte le commandement d'une armee battue, et qui l'avait sauvee avec tant d'habilete. Mais Moreau etait peu agreable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui donna le commandement d'une pretendue armee du Rhin qui n'existait pas encore. Il y eut en outre divers changemens dans le ministere. Le ministre des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis l'installation du directoire, et qui avait administre pendant cette transition si difficile du papier-monnaie au numeraire, Ramel avait partage l'odieux jete sur l'ancien directoire. Il fut si violemment attaque, que, malgre l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux directeurs furent obliges d'accepter sa demission. On lui donna pour successeur un homme qui etait cher aux patriotes, et respectable pour tous les partis: c'etait Robert Lindet, l'ancien membre du comite de salut public, si indecemment attaque pendant la reaction. Il se defendit long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'experience qu'il avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager a rentrer dans les affaires. Cependant il y consentit par devouement a la republique. La diplomatie du directoire n'avait pas ete moins blamee que son administration financiere. On l'accusait d'avoir remis la republique en guerre avec toute l'Europe, et c'etait bien a tort, si l'on considere surtout quels etaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet, etaient les patriotes eux-memes, dont les passions avaient engage de nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expedition d'Egypte, naguere si vantee, et on pretendait que cette expedition avait amene la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand, deja peu agreable aux patriotes, comme ancien emigre, avait encouru toute la responsabilite de cette diplomatie, et il etait si vivement attaque qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa demission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et que M. de Talleyrand avait recommande comme l'homme le plus capable de lui succeder. C'etait M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait ete que provisoire, et que M. Reinhard n'etait la qu'en attendant le moment ou M. de Talleyrand pourrait etre rappele. Le ministere de la justice fut retire a Lambrechts, a cause de l'etat de sa sante, et donne a Cambaceres. On placa a la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote sincere et honnete. Fouche, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que Barras avait interesse dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite de l'ambassade a Milan, Fouche, destitue a cause de sa conduite en Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait donc prendre part au triomphe decerne a toutes les victimes; il fut envoye a La Haye. Tels furent les principaux changemens apportes au personnel du gouvernement et des armees. Ce n'etait pas tout que de changer les hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tache sous laquelle leurs predecesseurs avaient succombe. Les patriotes, revenant, suivant leur usage, aux moyens revolutionnaires, soutenaient qu'il fallait aux grands maux les grands remedes. Ils proposaient les mesures urgentes de 1793. Apres avoir tout refuse au precedent directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger meme d'en user. La commission des onze, formee des trois commissions des depenses, des fonds et de la guerre, et chargee, pendant la crise de prairial, d'aviser aux moyens de sauver la republique, confera avec les membres du directoire, et arreta avec eux differentes mesures qui se ressentaient de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, a prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler toutes les classes. Au lieu des impots proposes par l'ancien directoire, et repousses avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on imagina encore un emprunt force. Conformement au systeme des patriotes, il fut progressif, c'est-a-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun suivant la valeur de ses impots directs, ce qui procurait tout de suite les roles de la contribution fonciere et personnelle pour base de repartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors il fallait recourir au jury taxateur, c'est-a-dire frapper les riches par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit qu'il etait renouvele de la terreur, que la difficulte de la repartition rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens emprunts forces. Les patriotes repondirent qu'il fallait faire supporter les frais de la guerre, non pas a toutes les classes, mais aux riches seuls. Les memes passions employaient toujours, comme en le voit, les memes raisons. L'emprunt force et progressif fut decrete; il fut fixe a cent millions, et declare remboursable en biens nationaux. Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et les departemens de l'ouest, theatres de l'ancienne guerre civile. Il se commettait la de nouveaux brigandages; on assassinait les acquereurs de biens nationaux, les hommes reputes patriotes, les fonctionnaires publics: on arretait surtout les diligences, et on les pillait. Il y avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendeens et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et aussi beaucoup de conscrits refractaires. Quoique ces brigands, dont la presence annoncait une espece de dissolution sociale, eussent pour but reel le pillage, il etait evident, d'apres le choix de leurs victimes, qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommee pour imaginer un systeme de repression. Elle proposa une loi, qui fut appelee loi des otages, et qui est demeuree celebre sous ce titre. Comme on attribuait aux parens des emigres ou ci-devant nobles, la plupart de ces brigandages, on voulut en consequence les obliger a donner des otages. Toutes les fois qu'une commune etait reconnue en etat notoire de desordre, les parens ou allies d'emigres, les ci-devant nobles, les ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens, etaient consideres comme otages et comme civilement et personnellement responsables des brigandages commis. Les administrations centrales devaient designer les individus choisis pour otages, et les faire enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre a leurs frais et a leur gre, et demeurer enfermes pendant toute la duree du desordre. Quand les desordres iraient jusqu'a l'assassinat, il devait y avoir quatre deportes pour un assassinat. On concoit tout ce qu'on pouvait dire pour ou contre cette loi. C'etait, disaient ses partisans, le seul moyen d'atteindre les auteurs, des desordres, et ce moyen etait doux et humain. C'etait, repondaient ses adversaires, une loi des suspects, une loi revolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour et contre tout ce qu'on a vu repete si souvent dans cette histoire sur les lois revolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que toutes les autres a faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant que d'une veritable dissolution sociale, le seul remede etait dans une reorganisation vigoureuse de l'etat, et non dans des mesures tout-a-fait discreditees, et qui n'etaient capables de rendre aucune energie aux ressorts du gouvernement. La loi fut adoptee apres une discussion assez vive, ou les partis qui avaient ete un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se separerent avec eclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but d'armer le gouvernement de moyens revolutionnaires, on en ajouta qui, sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires etaient la consequence des reproches faits a l'ancien directoire. Pour prevenir les scissions a l'avenir, on decida que le voeu de toute fraction electorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant a influencer les elections serait puni pour attentat a la souverainete du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun militaire ne pourrait etre prive de son grade sans une decision d'un conseil de guerre; que le droit accorde au directoire de lancer des mandats d'arret ne pourrait plus etre delegue a des agens; qu'aucun employe du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait etre ni fournisseur, ni meme interesse dans les marches de fournitures; qu'un club ne pourrait etre ferme sans une decision des administrations municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au directoire la faculte de suppression a l'egard des journaux, n'en demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse resta indefiniment libre. Telles furent les mesures prises a la suite du 30 prairial, soit pour reparer de pretendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'energie dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, a la suite d'un changement de systeme, sont imaginees pour sauver un etat, et arrivent rarement a temps pour le sauver, car tout est souvent decide avant qu'elles puissent etre mises a execution. Elles fournissent tout au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les nouvelles levees, ne pouvaient etre executes que dans quelques mois. Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse a tous les ressorts et de leur rendre une certaine energie. Bernadotte se hata d'ecrire des circulaires pressantes, et par vint de cette maniere a accelerer l'organisation deja commencee des bataillons de conscrits. Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commercans de la capitale, et les engagea a preter leur credit a l'etat. Ils y consentirent, et preterent leur signature au ministere des finances. Ils se formerent en syndicat, et en attendant la rentree des impots, signerent des billets dont ils devaient etre rembourses au fur et a mesure des recettes. C'etait une espece de banque temporaire etablie pour le besoin du moment. On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un projet a Bernadotte, qui se hata d'en presenter un fort singulier, mais qui heureusement ne fut pas mis a execution. Rien n'etait plus susceptible de combinaisons multipliees qu'un champ de bataille aussi vaste que celui sur lequel on operait. Chacun en y regardant devait avoir une idee differente; et si chacun pouvait la proposer et la faire adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer a chaque instant de projet. Si, dans la discussion, la diversite des avis est utile, elle est deplorable dans l'execution. Au debut, on avait pense qu'il fallait agir a la fois sur le Danube et en Suisse., Apres la bataille de Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armee du Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il pretendit, que la cause des succes des allies etait dans la facilite avec laquelle ils pouvaient communiquer, a travers les Alpes, d'Allemagne en Italie. Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur enlevat le Saint-Gothard et les Grisons a l'aile droite de l'armee de Suisse, et qu'on format une nouvelle armee du Danube, qui reportat la guerre en Allemagne. Pour former cette armee du Danube, il proposait d'organiser promptement l'armee du Rhin, et de la renforcer de vingt mille hommes enleves a Massena. C'etait compromettre celui-ci, qui avait devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait etre accable pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eut ete bon de ramener la guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner a Massena les moyens de prendre l'offensive, pour que son armee devint elle-meme cette armee du Danube. Alors il fallait tout reunir dans ses mains, loin de l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armee devait etre formee sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontiere contre les Austro-Russes du cote du Piemont. Joubert, reunissant les debris de toutes les armees d'Italie, et renforce des troupes disponibles a l'interieur, devait deboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive force. Ce plan, fort approuve par Moulins, fut envoye aux generaux. Massena, fatigue de tous ces projets extravagans, offrit sa demission. On ne l'accepta pas, et le plan ne fut point mis a execution. Massena conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bale jusqu'au Saint-Gothard. On persista dans le projet de reunir une armee sur le Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armee sur les Alpes, sous les ordres de Championnet. Ce noyau etait a peu pres de quinze mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles a Joubert, qui devait deboucher de l'Apennin. On etait au milieu de la saison, en messidor (juillet); les renforts commencaient a arriver. Un certain nombre de vieux bataillons, retenus dans l'interieur, etaient rendus sur la frontiere. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient pour la grande quantite de conscrits, on avait imagine d'augmenter le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou regimens, ce qui permettait d'incorporer les nouvelles levees dans les anciens corps. On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne, sous les ordres du general Korsakoff. On pressait Massena de sortir de ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tacher de le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait parfaitement raison sous ce rapport, car il etait urgent de faire une tentative avant la reunion d'une masse de forces aussi imposante. Cependant Massena refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquat ici de son audace accoutumee, soit qu'il attendit la reprise des operations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamne son inaction, qui, du reste, devint bientot heureuse par les fautes de l'ennemi, et qui fut rachetee par d'immortels services. Pour obeir cependant aux instances du gouvernement, et executer une partie du plan de Bernadotte, qui consistait a empecher les Austro-Russes de communiquer d'Allemagne en Italie, Massena ordonna a Lecourbe de prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point important et de reprendre les Grisons. Par cette operation, les Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Francais, et les armees ennemies qui operaient en Allemagne, se trouvaient sans communication avec celles qui operaient en Italie. Lecourbe executa cette entreprise avec l'intrepidite et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de montagnes, et redevint maitre du Saint-Gothard. Pendant ce temps, de nouveaux evenemens se preparaient en Italie. Suwarow, oblige par la cour de Vienne d'achever le siege de toutes les places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profite de la victoire de la Trebbia. Il aurait meme pu, tout en se conformant a ses instructions, se reserver une masse suffisante pour disperser entierement nos debris; mais il n'avait pas assez le genie des combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le temps a faire des sieges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de Milan, etaient tombees. La citadelle de Turin avait eu le meme sort. Les deux places celebres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et faisaient prevoir une longue resistance. Kray assiegeait Mantoue, et Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient ete confiees a des commandans depourvus ou d'energie ou d'instruction. L'artillerie y etait mal servie, parce qu'on n'y avait jete que des corps delabres; l'eloignement de nos armees actives, repliees sur l'Apennin, desesperait singulierement les courages. Mantoue, la principale de ces places, ne meritait pas la reputation que les campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'etait pas sa force, mais la combinaison des evenemens, qui avait prolonge sa defense. Bonaparte, en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait reduit quatorze mille a y mourir des fievres et de la misere. Le general Latour-Foissac en etait le commandant actuel. C'etait un savant officier du genie; mais il n'avait pas l'energie necessaire pour ce genre de defense. Decourage par l'irregularite de la place et le mauvais etat des fortifications, il ne crut pas pouvoir suppleer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs sa garnison etait insuffisante; et apres les premiers assauts, il parut dispose a se rendre. Le general Gardanne commandait a Alexandrie. Il etait resolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources qu'elle presentait encore. On etait en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'etait ecoule depuis la resolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places, et de deboucher, avec l'armee reorganisee et renforcee, sur les Austro-Russes disperses. Malheureusement il etait enchaine par les ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi, dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs qui amena toujours nos revers. Le changement d'idees et de plans dans les choses d'execution, et surtout a la guerre, est toujours funeste. Si Moreau, auquel on aurait du donner le commandement des l'origine, l'avait eu du moins depuis la journee de Cassano, et l'avait eu sans partage, tout eut ete sauve; mais associe tantot a Macdonald, tantot a Joubert, on l'empecha pour la seconde et troisieme fois de reparer nos malheurs, et de relever l'honneur de nos armes. Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au parti qui projetait une reorganisation, perdit un mois entier, celui de messidor (juin et juillet), a celebrer ses noces, et manqua ainsi une occasion decisive. On ne l'attacha pas reellement au parti dont on voulait le faire l'appui, car il resta devoue aux patriotes, et on lui fit perdre inutilement un temps precieux. Il partit en disant a sa jeune epouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la resolution heroique de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en arrivant a l'armee dans le milieu de thermidor (premiers jours d'aout), temoigna la plus grande deference au maitre consomme auquel on l'appelait a succeder. Il le pria de rester aupres de lui pour lui donner des conseils. Moreau, tout aussi genereux que le jeune general, voulut bien assister a sa premiere bataille, et l'aider de ses conseils: noble et touchante confraternite, qui honore les vertus de nos generaux republicains, et qui appartient a un temps ou le zele patriotique l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers! L'armee francaise, composee des debris des armees de la Haute-Italie et de Naples, des renforts arrives de l'interieur, s'elevait a quarante mille hommes, parfaitement reorganises, et brulant de se mesurer de nouveau avec l'ennemi. Rien n'egalait le patriotisme de ces soldats, qui, toujours battus, n'etaient jamais decourages, et demandaient toujours de retourner a l'ennemi. Aucune armee republicaine n'a mieux merite de la France, car aucune n'a mieux repondu au reproche injuste fait aux Francais, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai qu'une partie de sa fermete etait due au brave et modeste general dans lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours au moment ou il allait la ramener a la victoire. Ces quarante mille hommes etaient independans de quinze mille qui devaient servir, sous Championnet, a former le noyau de l'armee des Grandes-Alpes. Ils avaient debouche par la Bormida sur Acqui, par la Bochetta sur Gavi, et ils etaient venus se ranger en avant de Novi. Ces quarante mille hommes, debouchant a temps, avant la reunion des corps occupes a faire des sieges, pouvaient remporter des avantages decisifs. Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet). Le bruit etait vaguement repandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir. Cette triste nouvelle fut bientot confirmee, et on apprit que la capitulation avait ete signee le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il n'etait donc plus possible a Joubert de lutter a chance egale contre un ennemi si superieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis general fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner a la defensive, en attendant de nouvelles forces. Joubert allait executer sa resolution, lorsqu'il fut prevenu par Suwarow, et oblige d'accepter la bataille. L'armee francaise etait formee en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute la plaine de Novi. La gauche formee des divisions Grouchy et Lemoine, s'etendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait a dos le ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrieres accessibles a l'ennemi qui oserait s'engager dans ce ravin. La reserve de cavalerie, commandee par Richepanse, etait en arriere de cette aile. Au centre, la division Laboissiere couvrait les hauteurs a droite et a gauche de la ville de Novi. La division Watrin, a l'aile droite, defendait les acces du Monte-Rotondo, du cote de la route de Tortone. Dombrowsky avec une division bloquait Seravalle. Le general Perignon commandait notre aile gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position etait forte, bien occupee sur tous les points, et difficile a emporter. Cependant quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un desavantage immense. Suwarow resolut d'attaquer la position avec sa violence accoutumee. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tete l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi. Melas, demeure un peu en arriere avec le reste de l'armee, devait assaillir notre droite. Par une combinaison singuliere, ou plutot par un defaut de combinaison, les attaques devaient etre successives, et non simultanees. Le 28 thermidor (15 aout 1799), Kray commenca l'attaque a cinq heures du matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy a l'extreme gauche, et Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'etant pas encore formees, faillirent etre surprises et rompues. La resistance opiniatre de l'une des demi-brigades obligea Kray a se jeter sur la 20e legere, qu'il accabla en reunissant contre elle son principal effort. Deja ses troupes prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le lieu du danger. Il n'etait plus temps de songer a la retraite, et il fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avancant au milieu des tirailleurs pour les encourager, il recut une balle qui l'atteignit pres du coeur, et l'etendit par terre. Presque expirant, le jeune heros criait encore a ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_ Cet evenement pouvait jeter le desordre dans l'armee; mais heureusement Moreau avait accompagne Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le commandement qui lui etait defere par la confiance generale, rallia les soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens. Les grenadiers de la 34e les chasserent a la baionnette, et les precipiterent au bas de la colline. Malheureusement les Francais n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au contraire, sillonnaient leurs rangs par une grele d'obus et de boulets. Pendant cette action, Bellegarde tachait de tourner l'extreme gauche par le ravin du Riasco, qui a deja ete designe comme donnant acces sur nos derrieres. Deja il s'etait introduit assez avant, lorsque Perignon, lui presentant a propos la reserve commandee par le general Clausel, l'arreta dans sa marche. Perignon acheva de le culbuter dans la plaine, en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur debarrassa l'aile gauche. Grace a la singuliere combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses attaques successives, notre centre n'avait pas encore ete attaque. Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher de Novi la division Watrin, formant son extreme droite. Sur les instances de Kray, qui demandait a etre appuye par une attaque vers le centre, Bagration s'etait enfin decide a l'assaillir avec son avant-garde. La division Laboissiere, qui etait a la gauche de Novi, laissant approcher les Russes de Bagration a demi-portee de fusil, les accabla tout a coup d'un feu epouvantable de mousqueterie et de mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ebranler, dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite; mais, rencontres par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils furent rejetes dans la plaine. On etait ainsi arrive a la moitie du jour sans que notre ligne fut entamee. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il ordonna une nouvelle attaque generale sur toute la ligne. Kray devait assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Melas etait averti de hater le pas, pour venir accabler notre droite. Tout etant dispose, l'ennemi s'ebranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par Ott; mais la reserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre, Suwarow fait livrer une attaque furieuse a droite et a gauche de Novi. Une nouvelle tentative de tourner la ville est dejouee, comme le matin, par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraines par leur ardeur, s'abandonnent trop vivement a la poursuite de l'ennemi, s'aventurent dans la plaine, et sont ramenes dans leur position. A une heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue generale; mais il recommence bientot avec violence, et pendant quatre heures les Francais, immobiles comme des murailles, resistent avec une admirable froideur a toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des pertes peu considerables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient ete horriblement traites. La plaine etait jonchee de leurs morts et de leurs blesses. Malheureusement le reste de l'armee austro-russe arrivait de Rivalta, sous les ordres de Melas. Cette nouvelle irruption allait se diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramene la division Watrin, qui s'etait trop engagee dans la plaine, et la dirige sur un plateau a droite de Novi. Mais tandis qu'elle opere ce mouvement, elle se voit deja enveloppee de tous cotes par le corps nombreux de Melas. Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en desordre. On la rallie cependant un peu en arriere. Pendant ce temps, Suwarow, redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Francais dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent a droite et a gauche. Des cet instant, Moreau, jugeant la retraite necessaire, l'ordonne avant que de nouveaux progres de l'ennemi interdisent les communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligee de se faire jour pour regagner le chemin de Gavi deja ferme. La division Laboissiere se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray. Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui passe derriere Pasturana. Son feu jette le desordre dans nos colonnes; artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressee par l'ennemi, se debande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont emportes comme la poussiere soulevee par le vent. Perignon et Grouchy rallient quelques braves, pour arreter l'ennemi et sauver l'artillerie; mais ils sont sabres, et restent prisonniers. Perignon avait recu sept coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce general piemontais qui s'etait si distingue dans les premieres campagnes contre nous, et qui avait ensuite pris du service dans notre armee, se forme en carre avec quelques bataillons, resiste jusqu'a ce qu'il soit enfonce, et tombe tout mutile dans les mains des Russes. Apres ce premier moment de confusion, l'armee se rallia en avant de Gavi. Les Austro-Russes etaient trop fatigues pour la poursuivre. Elle put se remettre en marche sans etre inquietee. La perte des deux cotes etait egale; elle s'elevait a environ dix mille hommes pour chaque armee. Mais les blesses et les tues etaient beaucoup plus nombreux dans l'armee austro-russe. Les Francais avaient perdu beaucoup plus de prisonniers. Ils avaient perdu aussi le general en chef, quatre generaux de division, trente-sept bouches a feu et quatre drapeaux. Jamais ils n'avaient deploye un courage plus froid et plus opiniatre. Ils etaient inferieurs a l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montre leur bravoure fanatique, mais n'avaient du l'avantage qu'au nombre, et non aux combinaisons du general, qui avait montre ici la plus grande ignorance. Il avait, en effet, expose ses colonnes a etre mitraillees l'une apres l'autre, et n'avait pas assez appuye sur notre gauche, point qu'il fallait accabler. Cette deplorable bataille nous interdisait definitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir le conserver. La perte de la bataille ne pouvait etre imputee a Moreau, mais a la circonstance malheureuse de la reunion de Kray a Suwarow. Le retard de Joubert avait seul cause ce dernier desastre. Tous nos malheurs ne se bornaient pas a la bataille de Novi. L'expedition contre la Hollande, precedemment annoncee, s'executait enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipule un traite avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes, qui seraient a la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Apres beaucoup de difficultes vaincues, l'expedition avait ete preparee pour la fin d'aout (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le debarquement s'effectuait sans obstacle, on avait l'esperance certaine d'arracher la Hollande aux Francais. C'etait pour l'Angleterre l'interet le plus cher; et n'eut-elle reussi qu'a detruire les flottes et les arsenaux de la Hollande, elle eut encore ete assez payee des frais de l'expedition. Une escadre considerable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher les Russes. Un premier detachement mit a la voile sous les ordres du general Abercrombie, pour tenter le debarquement. Toutes les troupes d'expedition une fois reunies devaient se trouver sous les ordres superieurs du duc d'York. Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande etait l'embouchure de la Meuse. On menacait ainsi la ligne de retraite des Francais, et on abordait tres pres de La Haye, ou le stathouder avait le plus de partisans. La commodite des cotes fit preferer la Nord-Hollande. Abercrombie se dirigea vers le Helder, ou il arriva vers la fin d'aout. Apres bien des obstacles vaincus, il debarqua pres du Helder, aux environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 aout). Les preparatifs immenses qu'avait exiges l'expedition, et la presence de toutes les escadres anglaises sur les cotes, avaient assez, averti les Francais pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait a la fois les armees batave et francaise. Il n'avait guere sous la main que sept mille Francais et dix mille Hollandais, commandes par Daendels. Il avait dirige la division batave aux environs du Helder, et dispose aux environs de Harlem la division francaise. Abercrombie, en debarquant, rencontra les Hollandais a Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi a assurer le debarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette occasion ne manquerent pas de bravoure, mais ne furent pas diriges avec assez d'habilete par le general Daendels, et furent obliges de se replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer promptement les troupes debarquees avant qu'elles fussent solidement etablies, et qu'elles eussent ete renforcees des divisions anglaises et russes qui devaient rejoindre. Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes nationales s'etaient offertes a garder les places, ce qui avait permis a Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appele a lui la division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il resolut d'attaquer des les premiers jours de septembre le camp ou venaient de s'etablir les Anglais. Ce camp etait redoutable; c'etait le Zip, ancien marais, desseche par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupe de canaux, herisse de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions defensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus, ce qui etait fort insuffisant a cause de la nature du terrain. Il aborda ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, apres un combat opiniatre, fut oblige de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne pouvait plus des cet instant empecher la reunion de toutes les forces anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armee francaise pour les combattre. Cet etablissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena l'evenement qu'on devait redouter le plus, la defection de la grande flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas ete ferme, et l'amiral anglais Mitchell put y penetrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les matelots hollandais etaient travailles par des emissaires du prince d'Orange; a la premiere sommation de l'amiral Mitchell, ils s'insurgerent, et forcerent Story, leur amiral, a se rendre. Toute la marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui etait deja pour eux un avantage du plus grand prix. Ces nouvelles, arrivees coup sur coup a Paris, y produisirent l'effet qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmenterent la fermentation des partis, et surtout le dechainement des patriotes, qui demanderent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens revolutionnaires. La liberte rendue aux journaux et aux clubs en avait fait renaitre un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'etaient reunis dans l'ancienne salle du Manege, ou avaient siege nos premieres assemblees. Quoique la loi defendit aux societes populaires de prendre la forme d'assemblees deliberantes, la societe du Manege ne s'en etait pas moins donne, sous des titres differens, un president, des secretaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet, Felix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y invoquait les manes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle. On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues du peuple, le desarmement des royalistes, la levee en masse, l'etablissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels on attribuait les derniers desastres, comme etant les resultats de leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des evenemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les injures furent prodiguees aux generaux. Moreau fut traite de tatonneur; Joubert lui-meme, malgre sa mort heroique, fut accuse d'avoir perdu l'armee par sa lenteur a la rejoindre. Sa jeune epouse, MM. de Semonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage, furent accables d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accuse de trahison; on dit qu'il etait compose d'aristocrates, de stathouderiens, ennemis de la France et de la liberte. Le _Journal des hommes libres_, organe du meme parti qui se reunissait a la salle du Manege, repetait toutes ces declamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de l'impression. Ce dechainement causait a beaucoup de gens une espece de terreur. On craignait une nouvelle representation des scenes de 93. Ceux qui s'appelaient les _moderes_, les _politiques_, et qui, a la suite de Sieyes, avaient l'intention louable et la pretention hasardee de sauver la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois, s'indignaient du dechainement de ces nouveaux jacobins. Sieyes surtout avait une grande habitude de les craindre, et il se prononcait contre eux avec toute la vivacite de son humeur. Au reste, ils pouvaient paraitre redoutables, car, independamment des criards et des brouillons qui etalaient leur energie dans les clubs ou dans les journaux, ils comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par consequent dangereux, dans le gouvernement lui-meme. Il y avait dans les conseils tous les patriotes repousses une premiere fois par les scissions, et entres de force aux elections de cette annee, qui, en langage plus modere, repetaient a peu pres ce qui se disait dans la societe du Manege. C'etaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une nouvelle constitution, qui se defiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchat dans les generaux un appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses perils, des mesures semblables a celles qu'avait employees le comite de salut public. Les anciens, plus mesures et plus sages, par leur position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement dans le nombre des tetes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages et eclaires comme Jourdan. Ces deux generaux donnaient au parti patriote un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indecis; d'une part, il se defiait de Sieyes, qui lui temoignait peu d'estime et le regardait comme pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances. Il hesitait ainsi a se prononcer. Dans le ministere, les patriotes venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce general etait beaucoup moins prononce que la plupart des generaux de l'armee d'Italie, et on doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle substituait deja a celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une ambition inquiete; il avait vu avec humeur la confiance accordee a Joubert par le parti reorganisateur; il croyait qu'on songeait a Moreau depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre les projets de reorganisation, le rattachait entierement aux patriotes. Le general Marbot, commandant de la place de Paris, republicain violent, etait dans le memes dispositions que Bernadotte. Ainsi, deux cents deputes prononces dans les cinq-cents, a la tete desquels se trouvaient deux generaux celebres, le ministre de la guerre, le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantite de journaux et de clubs, un reste considerable d'hommes compromis, et propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien que le parti montagnard ne put renaitre, on concoit les craintes qu'il inspirait encore a des hommes tout pleins des souvenirs de 1793. On etait peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des fonctions de la police. C'etait un honnete citoyen, mais trop peu avise. Barras proposa a Sieyes sa creature, qu'il venait d'envoyer a l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouche. Ancien membre des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets, nullement attache a leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage des partis qu'a sauver sa fortune, Fouche etait eminemment propre a espionner ses anciens amis, et a garantir le directoire de leurs projets. Il fut accepte par Sieyes et Roger-Ducos, et obtint le ministere de la police. C'etait une precieuse acquisition dans les circonstances. Il confirma Barras dans l'idee de se rattacher plutot au parti reorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entrainer trop loin. Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commenca. Sieyes, qui avait sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil etait tout compose des _moderes_ et des _politiques_, usa de cette influence pour faire fermer la nouvelle societe des jacobins. La salle du Manege, attenant aux Tuileries, etait comprise dans l'enceinte du palais des anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens pouvaient fermer la salle du Manege. En effet, la commission des inspecteurs prit un arrete, et defendit toute reunion dans cette salle. Une simple sentinelle placee a la porte suffit pour empecher la reunion des nouveaux jacobins. C'etait la une preuve que, si les declamations etaient les memes, les forces ne l'etaient plus. Cet arrete fut motive aupres du conseil des anciens par un rapport du depute Cornet. Courtois, le meme qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour faire une nouvelle denonciation contre les complots des jacobins. Sa denonciation fut suivie d'une deliberation tendant a ordonner un rapport sur ce sujet. Les patriotes, chasses de la salle du Manege, se retirerent dans un vaste local, rue du Bac, et recommencerent la leurs declamations habituelles. Leur organisation en assemblee deliberante demeurant la meme, la constitution donnait au pouvoir executif le droit de dissoudre leur societe. Sieyes, Roger-Ducos et Barras, a l'instigation de Fouche, se deciderent a la fermer. Gohier et Moulins n'etaient pas de cet avis, disant que, dans le danger present, il fallait raviver l'esprit public par des clubs; que la societe des nouveaux jacobins renfermait de mauvaises tetes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient cede devant une simple sentinelle quand la salle du Manege avait ete fermee. Leur avis ne fut pas ecoute, et la decision fut prise. L'execution en fut renvoyee apres la celebration de l'anniversaire du 10 aout, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sieyes etait president du directoire; a ce titre, il devait parler dans cette solennite. Il fit un discours remarquable, dans lequel il s'attachait a signaler le danger que les nouveaux anarchistes faisaient courir a la republique, et les denoncait comme des conspirateurs dangereux, revant une nouvelle dictature revolutionnaire. Les patriotes presens a la ceremonie accueillirent mal ce discours, et pousserent quelques vociferations. Au milieu des salves d'artillerie, Sieyes et Barras crurent entendre des balles siffler a leurs oreilles. Ils rentrerent au directoire fort irrites. Se defiant des autorites de Paris, ils resolurent d'enlever le commandement de la place au general Marbot, qu'on accusait d'etre un chaud patriote et de participer aux pretendus complots des jacobins. Fouche proposa a sa place Lefebvre, brave general, ne connaissant que la consigne militaire, et tout a fait etranger aux intrigues des partis. Marbot fut donc destitue, et le surlendemain, l'arrete qui ordonnait la cloture de la societe de la rue du Bac fut signifie. Les patriotes n'opposerent pas plus de resistance a la rue du Bac que dans la salle du Manege. Ils se retirerent et demeurerent definitivement separes. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_ declama avec une extreme violence contre tous les membres du directoire qui etaient connus pour avoir approuve la deliberation. Sieyes fut traite cruellement. Ce pretre perfide, disaient les journaux patriotes, a vendu l'a republique a la Prusse. Il est convenu avec cette puissance de retablir en France la monarchie, et de donner la couronne a Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion bien connue de Sieyes sur la constitution, et son sejour en Prusse. Il repetait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer l'autorite; que la liberte pouvait etre compatible meme avec la monarchie, temoin l'Angleterre; mais qu'elle etait incompatible avec cette domination successive de tous les partis. On lui pretait meme cet autre propos, _que le nord de l'Europe etait plein de princes sages et moderes, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui pretat des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses ennemis. Barras n'etait pas mieux traite que Sieyes. Les menagemens que les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait toujours flattes de son appui, avaient cesse. Ils le declaraient maintenant un traitre, un homme pourri, qui n'etait plus bon a aucun parti. Fouche, son conseil, apostat comme lui, etait poursuivi des memes reproches. Roger-Ducos n'etait, suivant eux, qu'un imbecile, adoptant aveuglement l'avis de deux traitres. La liberte de la presse etait illimitee. La loi proposee par Berlier n'ayant pas ete accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les ecrivains, c'etait de faire revivre une loi de la convention contre ceux qui, par des actions ou par des ecrits, tendraient au renversement de la republique. Il fallait que cette intention fut demontree pour que la loi devint applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il etait donc impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait ete demandee au corps legislatif, et on decida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais en attendant, le dechainement continuait avec la meme violence; et les trois directeurs composant la majorite declaraient qu'il etait impossible de gouverner. Ils imaginerent d'appliquer a ce cas l'article 144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer des mandats d'arret contre les auteurs ou complices des complots trames contre la republique. Il fallait singulierement torturer cet article pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'etait un moyen d'arreter le debordement de leurs ecrits, en saisissant leurs presses et en les arretant eux-memes, la majorite directoriale, sur l'avis de Fouche, lanca des mandats d'arret contre les auteurs de onze journaux, et fit mettre le scelle sur leurs presses. L'arrete fut signifie le 17 fructidor (3 septembre) au corps legislatif, et produisit un soulevement de la part des patriotes. On cria au coup d'etat, a la dictature, etc. Telle etait la situation des choses. Dans le directoire, dans les conseils, partout enfin, les _moderes_, les _politiques_ luttaient contre les patriotes. Les premiers avaient la majorite dans le directoire comme dans les conseils. Les patriotes etaient en minorite, mais ils etaient ardens, et faisaient assez de bruit pour epouvanter leurs adversaires. Heureusement les moyens etaient uses comme les partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur que de mal. Le directoire avait ferme deux fois la nouvelle societe des jacobins et supprime leurs journaux. Les patriotes criaient, menacaient, mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial, c'est-a-dire depuis pres de trois mois, on eut l'idee, si ordinaire a la veille des evenemens decisifs, d'une reconciliation. Beaucoup de deputes de tous les cotes proposerent une entrevue avec les membres du directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs reciproques. "Nous aimons tous la liberte, disaient-ils, nous voulons tous la sauver des perils auxquels elle se trouve exposee par la defaite de nos armees; tachons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix est notre seule cause de desunion." L'entrevue eut lieu chez Barras. Il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de reconciliation entre les partis, car il faudrait qu'ils renoncassent a leur but, ce qu'on ne peut obtenir d'une conversation. Les deputes patriotes se plaignirent de ce qu'on parlait tous les jours de complots, de ce que le president du directoire avait lui-meme signale une classe d'hommes dangereux et qui meditaient la ruine de la republique. Ils demandaient qu'on designat quels etaient ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sieyes, a qui cette interpellation s'adressait, repondit en rappelant la conduite des societes populaires et des journaux, et en signalant les dangers d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de designer les veritables anarchistes, pour se reunir contre eux et les combattre. "Et comment nous reunir contre eux, dit Sieyes, quand tous les jours des membres du corps legislatif montent a la tribune pour les appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les deputes auxquels Sieyes venait de faire cette reponse. Quand nous voulons nous expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez." L'humeur arrivant, sur-le-champ on se separa, en s'adressant des paroles plutot menacantes que conciliatrices. Immediatement apres cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une proposition importante, celle de declarer la patrie en danger. Cette declaration entrainait la levee en masse et plusieurs grandes mesures revolutionnaires. Elle fut presentee aux cinq-cents le 27 fructidor (13 septembre). Le parti modere la combattit vivement, en disant que cette mesure, loin d'ajouter a la force du gouvernement, ne ferait que la diminuer, en excitant des craintes exagerees et des agitations dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande commotion pour reveiller l'esprit public et sauver la revolution. Ce moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus reussir aujourd'hui et n'etait qu'une application erronee du passe. Lucien Bonaparte, Boulay (de la Meurthe), Chenier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entoure le palais des cinq-cents en tumulte, et ils insulterent plusieurs deputes. On repandait que Bernadotte, presse par eux, allait monter a cheval, se mettre a leur tete et faire une journee. Il est certain que plusieurs des brouillons du parti l'y avaient fortement engage. On pouvait craindre qu'il se laissat entrainer. Barras et Fouche le virent et chercherent a s'expliquer avec lui. Ils le trouverent plein de ressentiment contre les projets qu'il disait avoir ete formes avec Joubert. Barras et Fouche lui assurerent qu'il n'en etait rien, et l'engagerent a demeurer tranquille. Ils retournerent aupres de Sieyes, et convinrent d'arracher a Bernadotte sa demission, sans la lui donner. Sieyes, s'entretenant le jour meme avec Bernadotte, l'amena a dire qu'il desirait reprendre bientot un service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armee comme la plus douce recompense de son ministere. Sur-le-champ, interpretant cette reponse comme la demande de sa demission, Sieyes, Barras et Roger-Ducos resolurent d'ecrire a Bernadotte que sa demission etait acceptee. Ils avaient saisi le moment ou Gohier et Moulins etaient absens pour prendre cette determination. Le lendemain meme, la lettre fut ecrite a Bernadotte. Celui-ci fut tout etonne, et repondit au directoire une lettre tres-amere, dans laquelle il disait qu'on acceptait une demission qu'il n'avait pas donnee, et demandait son traitement de reforme. La nouvelle de cette destitution deguisee fut annoncee aux cinq-cents au moment ou l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita une grande rumeur. "On prepare des coups d'etat, s'ecrierent les patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma tete tombera, s'ecrie Augereau, avant qu'il soit porte atteinte a la representation nationale." Enfin, apres un grand tumulte, on alla aux voix. A une majorite de deux cent quarante-cinq contre cent soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetee, et la patrie ne fut point declaree en danger. Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de Bernadotte, decide sans leur participation, ils se plaignirent a leurs collegues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas etre prise sans le concours des cinq directeurs. "Nous formions la majorite, reprit Sieyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait." Gohier et Moulins allerent sur-le-champ rendre une visite officielle a Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand eclat. L'administration du departement de la Seine inspirait aussi quelque defiance a la majorite directoriale, elle fut changee. Dubois de Crance remplaca Bernadotte au ministere de la guerre. La desorganisation etait donc complete sous tous les rapports: battue au dehors par la coalition, presque bouleversee au dedans par les partis, la republique semblait menacee d'une chute prochaine. Il fallait qu'une force surgit quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour resister aux etrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'esperer d'un parti vainqueur, car ils etaient tous egalement uses et discredites; elle ne pouvait naitre que du sein des armees, ou reside la force, et la force silencieuse, reguliere, glorieuse comme elle convient a une nation fatiguee de l'agitation des disputes et de la confusion des volontes. Au milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes illustres pendant la revolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne faut plus de bavards_, avait dit Sieyes, _il faut une tete et une epee_. La tete etait trouvee, car il etait au directoire. On cherchait une epee. Hoche etait mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonte, son heroisme, recommandaient a tous les amis de la republique, venait d'expirer a Novi. Moreau, juge le plus grand homme de guerre parmi les generaux restes en Europe, avait laisse dans les esprits l'impression d'un caractere froid, indecis, peu entreprenant, et peu jaloux de se charger d'une grande responsabilite. Massena, l'un de nos plus grands generaux, n'avait pas encore acquis la gloire d'etre notre sauveur. On ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'etre vaincu. Augereau etait un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et aucun des deux n'avait assez de renommee. Il y avait un personnage immense, qui reunissait toutes les gloires, qui a cent victoires avait joint une belle paix, qui avait porte la France au comble de la grandeur a Campo-Formio, et qui semblait en s'eloignant avoir emporte sa fortune, c'etait Bonaparte; mais il etait dans les contrees lointaines; il occupait de son nom les echos de l'Orient. Seul il etait reste victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les foudres dont il avait naguere epouvante l'Europe sur l'Adige. Ce n'etait pas assez de le trouver glorieux, on le voulait interessant; on le disait exile par une autorite defiante et ombrageuse. Tandis qu'en aventurier il cherchait une carriere grande comme son imagination, on croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on lui avait impose. "Ou est Bonaparte? se disait-on. Sa vie deja epuisee se consume sous un ciel devorant. Ah! s'il etait parmi nous, la republique ne serait pas menacee d'une ruine prochaine. L'Europe et les factions la respecteraient egalement!" Des bruits confus circulaient sur son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidele a tous les generaux francais, l'avait abandonne a son tour dans une expedition lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible, disait-on; loin d'avoir essuye des revers, il marche a la conquete de tout l'Orient. On lui pretait des projets gigantesques. Les uns allaient jusqu'a dire qu'il avait traverse la Syrie, franchi l'Euphrate et l'Indus; les autres qu'il avait marche sur Constantinople, et qu'apres avoir renverse l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe a revers. Les journaux etaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les imaginations attendaient de ce jeune homme. Le directoire lui avait mande l'ordre de revenir, et avait reuni dans la Mediterranee une flotte immense, composee de marins francais et espagnols, pour ramener l'armee[7]. Les freres du general, restes a Paris, et charges de l'informer de l'etat des choses, lui avaient envoye depeches sur depeches, pour l'instruire de l'etat de confusion ou etait tombee la republique, et pour le presser de revenir. Mais ces avis avaient a traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait si le heros serait averti et revenu avant la ruine de la Republique. [Note 7: Il faut dire que cet ordre est conteste. On connait un arrete du directoire, signe de Treilhard, Barras et Larevelliere, et date du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larevelliere, dans ses memoires, declare ne pas se souvenir d'avoir donne cette signature, et regarde l'arrete comme suppose. Cependant l'expedition maritime de Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le directoire, a cette epoque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son ambition beaucoup moins que la ferocite de Suwarow. Si l'ordre n'est pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu d'importance, car Bonaparte etait autorise a revenir quand il le jugerait convenable.] CHAPITRE XVIII. SUITE DES OPERATIONS DE BONAPARTE EN EGYPTE. CONQUETE DE LA HAUTE-EGYPTE PAR DESAIX; BATAILLE DE SEDIMAN.--EXPEDITION DE SYRIE; PRISE DU FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIEGE DE SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN EGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DEPART DE BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPERATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSENA; MEMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PERILLEUSE DE SUWAROW; SA RETRAITE DESASTREUSE; LA FRANCE SAUVEE.--EVENEMENS EN HOLLANDE; DEFAITE ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; EVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA CAMPAGNE DE 1799. Bonaparte, apres la bataille des Pyramides, s'etait trouve maitre de l'Egypte. Il avait commence a s'y etablir, et avait distribue ses generaux dans les provinces, pour en faire la conquete. Desaix, place a l'entree de la Haute-Egypte avec une division de trois mille hommes environ, etait charge de conquerir cette province contre les restes de Mourad-Bey. C'est en vendemiaire et brumaire de l'annee precedente (octobre 1798), au moment ou l'inondation finissait, que Desaix avait commence son expedition. L'ennemi s'etait retire devant lui et ne l'avait attendu qu'a Sediman; la, Desaix avait livre, le 16 vendemiaire an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnee contre les restes desesperes de Mourad-Bey. Aucun des combats des Francais en Egypte ne fut aussi sanglant. Deux mille Francais eurent a lutter contre quatre mille Mameluks et huit mille fellahs, retranches dans le village de Sediman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes celles qui furent livrees en Egypte. Les fellahs etaient derriere les murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'etait forme en deux carres, et avait place sur ses ailes deux autres petits carres, pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la premiere fois, notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carres enfonce. Mais, par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se coucherent aussitot par terre, afin que les grands carres pussent faire feu sans les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargerent les grands carres avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent expirer en desesperes sur les baionnettes. Suivant l'usage, les carres s'ebranlerent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les emporterent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, decrivant un arc de cercle, vinrent egorger les blesses sur les derrieres, mais on les chassa bientot de ce champ de carnage, et les soldats furieux en massacrerent un nombre considerable. Jamais plus de morts n'avaient jonche le champ de bataille. Les Francais avaient perdu trois cents hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et apres une suite de combats, devenu maitre de la Haute-Egypte jusqu'aux cataractes, il fit autant redouter sa bravoure que cherir sa clemence. Au Caire, on avait appele Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la Haute-Egypte, Desaix fut nomme _sultan le juste_. Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'a Belbeys, pour rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les debris de la caravane de la Mecque, pillee par les Arabes. Revenu au Caire, il continua a y etablir une administration toute francaise. Une revolte, excitee au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement reprimee, et decouragea tout a fait les ennemis des Francais[8]. L'hiver de 1798 a 1799 s'ecoula ainsi dans l'attente des evenemens. Bonaparte apprit dans cet intervalle la declaration de guerre de la Porte, et les preparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle formait deux armees, l'une a Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armees devaient agir simultanement au printemps de 1799, l'une en venant debarquer a Aboukir, pres d'Alexandrie, l'autre en traversant le desert qui separe la Syrie de l'Egypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa position, et voulut, suivant son usage, deconcerter l'ennemi en le prevenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le desert qui separe l'Egypte de la Syrie, dans la belle saison, et il resolut de profiter de l'hiver pour aller detruire les rassemblemens qui se formaient a Acre, a Damas, et dans les villes principales. Le celebre pacha d'Acre, Djezzar, etait nomme seraskier de l'armee reunie en Syrie. Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'etait avance jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Egypte du cote de la Syrie. Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chretiennes, les Mutualis, mahometans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques places mal fortifiees, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie, ajouter cette belle conquete a celle de l'Egypte, devenir maitre de l'Euphrate comme il l'etait du Nil, et avoir alors toutes les communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui pretaient en Europe. Il n'etait pas impossible qu'en soulevant les peuplades du Liban, il reunit soixante ou quatre-vingt mille auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyes de vingt-cinq mille soldats, les plus braves de l'univers, il marchat sur Constantinople pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fut executable ou non, il est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il a fait aide de la fortune, on n'ose plus declarer insense aucun de ses projets. [Note 8: Cet evenement eut lieu le 30 vendemiaire an VII (21 octob. 1798).] Bonaparte se mit en marche en pluviose (premiers jours de fevrier), a la tete des divisions Kleber, Regnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de treize mille hommes environ. La division de Murat etait composee de la cavalerie. Bonaparte avait cree un regiment d'une arme toute nouvelle: c'etait celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos a dos, etaient portes sur un dromadaire, et pouvaient, grace a la force et a la celerite de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans s'arreter. Bonaparte avait forme ce regiment pour donner la chasse aux Arabes, qui infestaient les environs de l'Egypte. Ce regiment suivait l'armee d'expedition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perree de sortir d'Alexandrie avec trois fregates, et de venir sur la cote de Syrie pour y transporter l'artillerie de siege et des munitions. Il arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviose (17 fevrier). Apres un peu de resistance, la garnison se rendit prisonniere au nombre de treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considerables. Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta au pouvoir des Francais, et leur procura un butin immense. Les soldats eurent beaucoup a souffrir en traversant le desert, mais ils voyaient leur general marchant a leurs cotes, supportant, avec une sante debile, les memes privations, les memes fatigues, et ils n'osaient se plaindre. Bientot on arriva a Gasah; on prit cette place a la vue de Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup de materiel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armee se dirigea sur Jaffa, l'ancienne Joppe. Elle y arriva le 13 ventose (3 mars). Cette place etait entouree d'une grosse muraille flanquee de tours. Elle renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en breche, et puis somma le commandant, qui pour toute reponse coupa la tete au parlementaire. L'assaut fut donne, la place emportee avec une audace extraordinaire, et livree a trente heures de pillage et de massacres. On y trouva encore une quantite considerable d'artillerie et de vivres de toute espece. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on ne pouvait pas envoyer en Egypte, parce qu'on n'avait pas les moyens ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer a l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se decida a une mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporte dans un pays barbare, il en avait involontairement adopte les moeurs: il fit passer au fil de l'epee les prisonniers qui lui restaient. L'armee consomma avec obeissance, mais avec une espece d'effroi, l'execution qui lui etait commandee. Nos soldats prirent en s'arretant a Jaffa les germes de la peste. Bonaparte s'avanca ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolemais, situe au pied du mont Carmel. C'etait la seule place qui put encore l'arreter. La Syrie etait a lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar s'y etait enferme avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages, et qui lui fournit des ingenieurs, des canonniers et des munitions. Il devait d'ailleurs etre bientot secouru par l'armee turque reunie en Syrie, qui s'avancait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se hata d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant qu'elle fut renforcee de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent le temps d'en perfectionner la defense. On ouvrit aussitot la tranchee. Malheureusement l'artillerie de siege, qui devait venir par mer d'Alexandrie, avait ete enlevee par Sidney-Smith. On avait pour toute artillerie de siege et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre pieces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pieces de quatre. On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer. On faisait paraitre sur la plage quelques cavaliers; a cette vue Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser au milieu de la canonnade et de rires universels. La tranchee avait ete ouverte le 30 ventose (20 mars). Le general du genie Sanson, croyant etre arrive dans une reconnaissance de nuit au pied du rempart, declara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fosse. On crut n'avoir a pratiquer qu'une simple breche et a monter ensuite a l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit breche, on se presenta a l'assaut, et on fut arrete par une contrescarpe et un fosse. Alors on se mit sur-le-champ a miner. L'operation se faisait sous le feu de tous les remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevee. Il avait donne a Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien emigre, Phelippeaux, officier du genie d'un grand merite. La mine sauta le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe. Vingt-cinq grenadiers, a la suite du jeune Mailly, monterent a l'assaut. En voyant ce brave officier poser une echelle, les Turcs furent epouvantes, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors decourages, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tue, et l'assaut manqua encore. Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de renfort, une grande quantite de canonniers exerces a l'europeenne, et des munitions immenses. C'etait un grand siege a executer avec treize mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entiere, et commencer un autre cheminement. On etait au 12 germinal (1er avril). Il y avait deja dix jours d'employes devant la place; on annoncait l'approche de la grande armee turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le siege, et tout cela avec la seule armee d'expedition. Le general en chef ordonna qu'on travaillat sans relache a miner de nouveau, et detacha la division Kleber vers le Jourdain pour en disputer le passage a l'armee venant de Damas. Cette armee, reunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'elevait a environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en faisaient la force. Elle trainait un bagage immense. Abdallah, pacha de Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub, le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kleber, forte de cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment l'ennemi, et, forme en carre, couvrit le champ de bataille de morts, et prit cinq drapeaux. Mais oblige de ceder au nombre, il se replia sur la division Kleber. Celle-ci s'avancait, et hatait sa marche pour rejoindre Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se detacha avec la division Bon, pour soutenir Kleber, et livrer une bataille decisive. Djezzar, qui se concertait avec l'armee qui venait le debloquer, voulut faire une sortie; mais, mitraille a outrance, il laissa nos ouvrages couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitot en marche. Kleber, avec sa division, avait debouche dans les plaines qui s'etendent au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idee de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il etait arrive trop tard pour y reussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva toute l'armee turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se deployaient dans la plaine. Kleber avait a peine trois mille fantassins en carre. Toute cette cavalerie s'ebranla et fondit sur nos carres. Jamais les Francais n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous les sens. Ils conserverent leur sang-froid accoutume, et les recevant a bout portant par un feu terrible, ils en abattirent a chaque charge un nombre considerable. Bientot ils eurent forme autour d'eux un rempart d'hommes et de chevaux, et abrites par cet horrible abatis, ils purent resister six heures de suite a toute la furie de leurs adversaires. Dans le moment Bonaparte debouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il vit la plaine couverte de feu et de fumee, et la brave division Kleber resistant, a l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea la division qu'il amenait en deux carres; ces deux carres s'avancerent de maniere a former un triangle equilateral avec la division Kleber, et mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marcherent en silence, et sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'a une certaine distance: puis tout a coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra alors sur le champ de bataille. Un feu epouvantable partant aussitot des trois extremites de ce triangle, assaillit les Mameluks qui etaient au milieu, les fit tourbillonner sur eux-memes, et fuir en desordre dans toutes les directions. La division Kleber, redoublant d'ardeur a cette vue, s'elanca sur le village de Fouli, l'enleva a la baionnette, et fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude s'ecoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc, les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense, devinrent la proie des Francais. Murat, place sur les bords du Jourdain, tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit bruler tous les villages des Naplousins. Six mille Francais avaient detruit cette armee, que les habitans disaient innombrable _comme les etoiles du ciel et les sables de la mer_. Pendant cet intervalle, on n'avait cesse de miner, de contre-miner autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain bouleverse par l'art des sieges. Il y avait un mois et demi qu'on etait devant la place, on avait tente beaucoup d'assauts, repousse beaucoup de sorties, tue beaucoup de monde a l'ennemi; mais malgre de continuels avantages, on faisait d'irreparables pertes de temps et d'hommes. Le 18 floreal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas etre debarques avant six heures, fait sur-le-champ jouer une piece de vingt-quatre sur un pan de mur; c'etait a la droite du point ou depuis quelque temps on deployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte a la breche, on envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pieces, on egorge tout, enfin on est maitre de la place, lorsque les troupes debarquees s'avancent en bataille, et presentent une masse effrayante. Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montes a l'assaut, est tue. Lannes est blesse. Dans le meme moment, l'ennemi fait une sortie, prend la breche a revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient penetre dans la place. Les uns parviennent a ressortir; les autres, prenant un parti desespere, s'enfuient dans une mosquee, s'y retranchent, y epuisent leurs dernieres cartouches, et sont prets a vendre cherement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touche de tant de bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les troupes de siege, marchant sur l'ennemi, le ramenent dans la place, apres en avoir fait un carnage epouvantable, et lui avoir enleve huit cents prisonniers. Bonaparte, obstine jusqu'a la fureur, donne deux jours de repos a ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel assaut. On y monte avec la meme bravoure, on escalade la breche; mais on ne peut pas la depasser. Il y avait toute une armee gardant la place et defendant toutes les rues. Il fallut y renoncer. Il y avait deux mois qu'on etait devant Acre, on avait fait des pertes irreparables, et il eut ete imprudent de s'exposer a en faire davantage. La peste etait dans cette ville, et l'armee en avait pris le germe a Jaffa. La saison des debarquemens approchait, et on annoncait l'arrivee d'une armee turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage, Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de nouveaux ennemis. Le fond de ses projets etait realise, puisqu'il avait detruit les rassemblemens formes en Syrie, et que de ce cote il avait reduit l'ennemi a l'impuissance d'agir. Quant a la partie brillante de ces memes projets, quant a ces vagues et merveilleuses esperances de conquetes en Orient, il fallait y renoncer. Il se decida enfin a lever le siege. Mais son regret fut tel, que, malgre sa destinee inouie, on lui a entendu repeter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siege avaient nourri l'armee, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa retraite avec desespoir. Il avait commence le siege le 30 ventose (20 mars), il le leva le 1er prairial (20 mai): il y avait employe deux mois. Avant de quitter Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage: il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque reduite en cendres. Il reprit la route du desert. Il avait perdu par le feu, les fatigues ou les maladies, pres du tiers de son armee d'expedition, c'est-a-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents blesses. Il se mit en marche pour repasser le desert. Il ravagea sur sa route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrive a Jaffa, il en fit sauter les fortifications. Il y avait la une ambulance pour nos pestiferes. Les emporter etait impossible: en ne les emportant pas, on les laissait exposes a une mort inevitable, soit par la maladie, soit par la faim, soit par la cruaute de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il au medecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanite a leur administrer de l'opium qu'a leur laisser la vie; a quoi ce medecin fit cette reponse, fort vantee: _Mon metier est de les guerir, et non de les tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit a propager une calomnie indigne, et aujourd'hui detruite. Bonaparte rentra enfin en Egypte apres une expedition de pres de trois mois. Il etait temps qu'il y arrivat. L'esprit d'insurrection s'etait repandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange El-Mohdhy, qui se disait invulnerable, et qui pretendait chasser les Francais en soulevant de la poussiere, avait reuni quelques mille insurges. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il s'etait empare de Damanhour, et en avait egorge la garnison. Bonaparte envoya un detachement, qui dispersa les insurges, et tua l'ange invulnerable. Le trouble s'etait communique aux differentes provinces du Delta; sa presence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna au Caire des fetes magnifiques, pour celebrer ses triomphes en Syrie. Il n'avouait pas la partie manquee de ses projets, mais il vantait avec raison les nombreux combats livres en Syrie, la belle bataille du mont Thabor, les vengeances terribles exercees contre Djezzar. Il repandit de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait qu'il etait dans le secret de leurs pensees, et devinait leurs projets a l'instant ou ils les formaient. Ils ajouterent foi a ces etranges paroles du sultan Kebir et le croyaient present a toutes leurs pensees. Bonaparte n'avait pas seulement a contenir les habitans, mais encore ses generaux et l'armee elle-meme. Un mecontentement sourd y regnait. Ce mecontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout des privations, car l'armee ne manquait de rien, mais de l'amour du pays, qui poursuit le Francais en tous lieux. Il y avait un an entier qu'on etait en Egypte, et depuis pres de six mois on n'avait aucune nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse devorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les generaux demandaient des conges pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le deshonneur. Berthier lui-meme, son fidele Berthier, devore d'une vieille passion, demandait a revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde fois de sa faiblesse, et renonca a partir. Un jour l'armee avait forme le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensee, et n'osa jamais braver son general. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous l'exemple des murmures, se taisaient des qu'ils etaient devant lui, et pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un demele avec Kleber. L'humeur de celui-ci ne venait pas de decouragement, mais de son indocilite accoutumee. Il s'etaient toujours raccommodes, car Bonaparte aimait la grande ame de Kleber, et Kleber etait seduit par le genie de Bonaparte. On etait en prairial (juin). L'ignorance des evenemens de l'Europe et des desastres de la France etait toujours la meme. On savait seulement que le continent etait dans une veritable confusion et qu'une nouvelle guerre etait inevitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux details, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le premier theatre de ses exploits. Mais avant, il voulait detruire la seconde armee turque, reunie a Rhodes, dont on annoncait le debarquement tres prochain. Cette armee, montee sur de nombreux transports, et escortee par la division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) a la vue d'Alexandrie, et vint mouiller a Aboukir, la meme rade ou notre escadre avait ete detruite. Le point de debarquement choisi par les Anglais etait la presqu'ile qui ferme cette rade, et qui porte le meme nom. Cette presqu'ile etroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonne a Marmont, qui commandait a Alexandrie, de perfectionner la defense du fort, et de detruire le village d'Aboukir, place tout autour. Mais au lieu de detruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les soldats, et on l'avait simplement entoure d'une redoute pour le proteger du cote de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de la mer, ne presentait pas un ouvrage ferme, et associait le sort du fort a celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet debarquerent avec beaucoup de hardiesse, aborderent les retranchemens le sabre au poing, les enleverent, et s'emparerent du village d'Aboukir, dont ils egorgerent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guere tenir, et fut oblige de se rendre. Marmont, commandant a Alexandrie, en etait sorti a la tete de douze cents hommes, pour courir au secours des troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs etaient debarques en nombre considerable, il n'osa pas tenter de les jeter a la mer par une attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'etablir tranquillement dans la presqu'ile d'Aboukir. Les Turcs etaient a peu pres dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce n'etaient pas de ces miserables fellahs qui composaient l'infanterie des Mamelucks; c'etaient de braves janissaires, portant un fusil sans baionnette, le rejetant en bandouliere sur le dos quand ils avaient fait feu, puis s'elancant sur l'ennemi le pistolet et le sabre a la main. Ils avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils etaient diriges par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient a peine amene trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivee de Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Egypte, longer le desert, traverser les oasis, et venir se jeter a Aboukir avec deux a trois mille Mamelucks. Quand Bonaparte apprit les details du debarquement, il quitta le Caire sur-le-champ, et fit du Caire a Alexandrie une de ces marches extraordinaires dont il avait donne tant d'exemples en Italie. Il emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonne a Desaix d'evacuer la Haute-Egypte, a Kleber et Regnier, qui etaient dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de Birket, intermediaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une armee anglaise ne fut debarquee avec l'armee turque. Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essaye de descendre dans la Basse-Egypte; mais rencontre, battu par Murat, il avait ete oblige de regagner le desert. Il ne restait a combattre que l'armee turque, privee de cavalerie, mais campee derriere des retranchemens, et disposee a y resister avec son opiniatrete accoutumee. Bonaparte, apres avoir jete un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les beaux travaux executes par le colonel Cretin, apres avoir reprimande son lieutenant Marmont, qui n'avait pas ose attaquer les Turcs au moment du debarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il etait le lendemain 7 a l'entree de la presqu'ile. Son projet etait d'abord d'enfermer l'armee turque par des retranchemens, et d'attendre, pour attaquer, l'arrivee de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais a la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et resolut de les attaquer sur-le-champ, esperant les renfermer dans le village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes. Les Turcs occupaient le fond de la presqu'ile, qui est fort etroite. Ils etaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en avant du village d'Aboukir, ou etait leur camp, ils avaient occupe deux mamelons de sables, appuyant l'un a la mer, l'autre au lac de Madieh, et formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons etait un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au mamelon de droite, deux mille a celui de gauche, et trois a quatre mille hommes dans le village. Telle etait leur premiere ligne. La seconde etait au village meme d'Aboukir. Elle se composait de la redoute construite par les Francais, et se joignait a la mer par deux boyaux. Ils avaient place la leur camp principal et le gros de leurs forces. Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa precision accoutumees. Il ordonna au general Destaing de marcher avec quelques bataillons sur le mamelon de gauche, ou etaient les mille Turcs; a Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, ou etaient les deux mille autres, et a Murat, qui etait au centre, de faire filer la cavalerie sur les derrieres des deux mamelons. Ces dispositions sont executees avec une grande precision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, a cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les sabre et les pousse dans la mer, ou ils aiment mieux se jeter que de se rendre. Vers la droite, la meme operation s'execute. Lannes aborde les deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont egalement sabres et jetes dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre, forme par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y defendent bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en effet, se detache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a deja file sur le derriere du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir. L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les directions, et qui, s'obstinant toujours a ne pas se rendre, n'ont pour retraite que la mer, ou ils se noient. Deja quatre a cinq mille avaient peri de cette maniere; la premiere ligne etait emportee; le but de Bonaparte etait rempli, et il pouvait, resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivee de Kleber et de Regnier. Mais il veut profiter de son succes, et achever sa victoire a l'instant meme. Apres avoir laisse reprendre haleine a ses troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restee en reserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir etait difficile a emporter; elle renfermait neuf a dix mille Turcs. Vers la droite, un boyau la joignait a la mer; vers la gauche, un autre boyau la prolongeait, mais sans joindre tout a fait le lac Madieh. L'espace ouvert etait occupe par l'ennemi, et balaye par de nombreuses canonnieres. Bonaparte, habitue a porter ses soldats sur les plus formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La cavalerie, cachee dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la gauche, et traverser, sous le feu des canonnieres, l'espace laisse ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'execute; Lannes et Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extreme droite. L'ennemi, sans les attendre, s'avance a leur rencontre. On se joint corps a corps. Les soldats turcs, apres avoir tire leur coup de fusil et leurs deux coups de pistolet, font etinceler leur sabre. Ils veulent saisir les baionnettes avec leurs mains; mais ils les recoivent dans les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'egorge ainsi sur les retranchemens. Deja la 18e est pres d'arriver dans la redoute; mais un feu terrible d'artillerie la repousse et la ramene au pied des ouvrages. Le brave Leturcq est tue glorieusement en voulant se retirer le dernier; Fugieres perd un bras. Murat, de son cote, s'etait avance avec sa cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac Madieh. Plusieurs fois il s'etait elance et avait refoule l'ennemi; mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnieres, il avait ete oblige de se reployer en arriere. Quelques-uns de ses cavaliers s'etaient meme avances jusqu'aux fosses de la redoute; les efforts de tant de braves paraissaient devoir etre impuissans. Bonaparte contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir a la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des retranchemens pour venir couper les tetes des morts. Bonaparte saisit cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69, qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son cote, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet espace si redoutable qui regne entre les retranchemens et le lac, et penetre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayes fuient de toutes parts; on en fait un carnage epouvantable. On les pousse la baionnette dans les reins, et on les precipite dans la mer. Murat, a la tete de ses cavaliers, penetre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci, saisi de desespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse legerement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie prisonnier a Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tues ni noyes se retirent dans le fort d'Aboukir. Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui naguere avait ete couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille avaient peri par le feu ou le fer. Les autres, enfermes dans ce fort, n'avaient plus d'autre ressource que la clemence du vainqueur. Telle est cette extraordinaire bataille, ou, pour la premiere fois peut-etre, dans l'histoire de la guerre, l'armee ennemie fut detruite tout entiere. C'est dans cette occasion que Kleber, arrivant a la fin du jour, saisit Bonaparte au milieu du corps, et s'ecria: _General, vous etes grand comme le monde!_ Ainsi, soit par l'expedition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir, l'Egypte etait delivree, du moins momentanement, des forces de la Porte. La situation de l'armee francaise pouvait etre regardee comme assez rassurante. Apres toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux commandes de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser avec les habitans, et consolider son etablissement. Bonaparte y etait depuis un an: arrive en ete avant l'inondation, il avait employe les premiers momens a s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il avait obtenu par la bataille des Pyramides. Apres l'inondation, et en automne, il avait acheve la conquete du Delta, et confie a Desaix la conquete de la Haute-Egypte. En hiver, il avait tente l'expedition de Syrie, et detruit l'armee turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait, en ete, de detruire la seconde armee de la Porte a Aboukir. Le temps avait donc ete aussi bien employe que possible; et tandis que la victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur restait fidele en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux memes d'ou est partie la religion du Christ. Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des depeches du directoire ni de ses freres ne lui etant arrivee: il etait devore d'inquietude. Pour tacher d'obtenir quelques nouvelles, il faisait croiser des bricks avec ordre d'arreter les vaisseaux de commerce, et de s'instruire par eux des evenemens qui se passaient en Europe. Il envoya a la flotte turque un parlementaire qui, sous le pretexte de negocier un echange de prisonniers, devait tacher d'obtenir quelques nouvelles. Sidney-Smith arreta ce parlementaire, l'accueillit fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les desastres de la France, se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le parlementaire revint, et remit le paquet a Bonaparte. Celui-ci passa une nuit entiere a devorer ces feuilles, et a s'instruire de tout ce qui se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa determination fut prise: il resolut de s'embarquer secretement pour l'Europe, et d'essayer la traversee, au risque d'etre saisi en route par les flottes anglaises. Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les fregates _le Muiron_ et _la Carrere_ en etat de faire voile. Il ne fit part de son projet a personne, courut au Caire pour faire toutes ses dispositions, redigea une longue instruction pour Kleber, auquel il voulait laisser le commandement de l'armee, et repartit aussitot apres pour Alexandrie. Le 5 fructidor (22 aout), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat, Andreossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorte de quelques-uns de ses guides, sur une plage ecartee. Quelques canots etaient prepares; ils s'embarquerent, et monterent sur les deux fregates _le Muiron_ et _la Carrere_. Elles etaient suivies des chebecks _la Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant meme on mit a la voile, pour n'etre plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement un calme survint; on trembla d'etre surpris, on voulait rentrer a Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. "Soyez tranquilles, dit-il, nous passerons." Comme Cesar, il comptait sur la fortune. Ce n'etait pas, comme on l'a dit, une lache desertion; car il laissait une armee victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre, et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers a Londres. C'etait une de ces temerites par lesquelles les grands ambitieux tentent le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui tour a tour les eleve et les precipite. Tandis que cette grande destinee etait commise au hasard des vents ou d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et la republique sortait, par un sublime effort, des perils auxquels nous venons de la voir exposee. Massena etait toujours sur la ligne de la Limmat, differant le moment de reprendre l'offensive. L'armee d'Italie, apres avoir perdu la bataille de Novi, s'etait dispersee dans l'Apennin. Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piemont un temps que la France employait en preparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique, aussi peu constant dans ses plans que l'avait ete le directoire, en imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des evenemens. Il etait jaloux de l'autorite que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et avait vu avec peine que ce general eut ecrit au roi de Sardaigne pour le rappeler dans ses etats. Le conseil aulique avait des vues sur le Piemont, et tenait a en ecarter le vieux marechal. De plus, il regnait peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons reunies deciderent le conseil aulique a changer entierement la distribution des troupes sur la ligne d'operation. Les Russes etaient meles aux Autrichiens sur les deux theatres de la guerre. Korsakoff operait en Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Melas en Italie. Le conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin, et Suwarow en Suisse. De cette maniere les deux armees russes devaient agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, ou ils allaient etre bientot renforces par une nouvelle armee, destinee a remplir le vide laisse par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque nation; que les Russes trouveraient en Suisse une temperature plus analogue a leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur le Rhin seconderait l'expedition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait manquer d'approuver ce plan, car elle esperait beaucoup, pour l'expedition de Hollande, de la presence de l'archiduc Charles sur le Rhin, et elle n'etait pas fachee que les Russes, entres deja a Corfou, et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent ecartes de Genes. Ce revirement, execute en presence de Massena, etait excessivement dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un theatre qui ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitues a charger en plaine et a la baionnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs. Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer les raisons politiques avant les raisons militaires, defendit a ses generaux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse execution de ce plan, pour les derniers jours d'aout (milieu de fructidor). On a deja decrit la configuration du theatre de la guerre et la distribution des armees sur ce theatre[9]. Les eaux partant des Grandes-Alpes, et tantot coulant en forme de fleuves, tantot sejournant en forme de lacs, presentaient differentes lignes inscrites les unes dans les autres, commencant a droite contre une grande chaine de montagnes, et allant finir, a gauche, dans le grand fleuve qui separe l'Allemagne de la France. Les deux principales etaient celles du Rhin et de la Limmat. Massena, oblige d'abandonner celle du Rhin, s'etait replie sur celle de la Limmat. Il avait meme ete oblige de se retirer un peu en arriere de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat n'en separait pas moins les deux armees. Cette ligne se composait de la Lint, qui nait contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat, qui sort de ce lac a Zurich meme, et va se jeter enfin dans l'Aar pres de Bruck. L'archiduc Charles etait derriere la Limmat, de Bruck a Zurich. Korsakoff etait derriere le lac de Zurich, attendant qu'on lui assignat sa position. Hotze gardait la Lint. [Note 9: Quelque soin que je mette a me rendre clair, je n'espere pas faire comprendre les evenemens qui vont suivre, si le lecteur n'a pas sous les yeux une carte, quelque incomplete qu'elle soit. Cependant ces evenemens sont si extraordinaires, et ont decide d'une maniere si positive le salut de la France, que je les crois dignes d'etre compris, et que j'engage le lecteur a consulter une carte. La plus mauvaise carte de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des operations.] D'apres le plan convenu, l'archiduc, destine au Rhin, devait etre remplace derriere la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main a Suwarow arrivant d'Italie. La question etait de savoir quelle route on ferait prendre a Suwarow. Il avait a franchir les monts, et pouvait suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il preferait penetrer par la vallee du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen, se rendre par Coire sur le Rhin-Superieur, et faire la sa jonction avec Hotze. On avait calcule qu'il pourrait etre arrive vers le 25 septembre (3 vendemiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'operer loin des Francais, hors de leur portee, et de ne dependre ainsi d'aucun accident. Suwarow pouvait egalement prendre une autre route, et au lieu de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallee de la Reuss, et deboucher par Schwitz derriere la ligne de la Lint, occupee par les Francais. Cette marche avait l'avantage de le porter sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le Saint-Gothard occupe par Lecourbe; il fallait preparer un mouvement de Hotze au-dela de la Lint, pour qu'il vint tendre la main a l'armee arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une operation generale sur toute la ligne, et un a-propos, une precision difficiles a obtenir quand on agit a de si grandes distances et en detachemens aussi nombreux. Ce plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens sur les Russes, fut neanmoins prefere. En consequence une attaque generale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de septembre. Au moment ou Suwarow debouchait du Saint-Gothard dans la vallee de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de Zurich, c'est-a-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac, le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich, devaient penetrer dans le canton de Glaris, jusqu'a Schwitz, et donner la main a Suwarow. La jonction generale une fois operee, les troupes reunies en Suisse allaient s'elever a quatre-vingt mille hommes. Suwarow arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff trente. Ce dernier avait en reserve le corps de Conde et quelques mille Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-a-dire cinquante-cinq mille se trouvaient exposes aux coups de toute l'armee de Massena. Le moment, en effet, ou l'archiduc Charles quittait la Limmat, et ou Suwarow n'avait pas encore passe les Alpes, etait trop favorable pour que Massena ne le saisit pas, et ne sortit point enfin de l'inaction qu'on lui avait tant reprochee. Son armee avait ete portee a soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait recus; mais elle devait s'etendre du Saint-Gothard a Bale, ligne immense a couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallee de la Reuss et la Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille, occupait la Lint jusqu'a son embouchure dans le lac de Zurich. Massena, avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de trente-sept mille hommes, etait devant la Limmat, de Zurich a Bruck. La division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bale. Massena, quoique inferieur en forces, avait l'avantage de pouvoir reunir sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff. Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyes en renfort a Hotze, par derriere le lac de Zurich, ce qui le reduisait a vingt-six mille. Le corps de Conde et les Bavarois, qui devaient lui servir de reserve, etaient encore fort en arriere a Schaffouse. Massena pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille. Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et apres les avoir tous deux mis en deroute, peut-etre detruits, accabler Suwarow, qui arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du moins contenu dans sa ligne. Massena, averti des projets des ennemis, devanca d'un jour son attaque generale, et la fixa pour le 3 vendemiaire (25 septembre 1799). Depuis qu'il etait retire sur l'Albis, a quelques pas en arriere de la Limmat, le cours de cette riviere appartenait a l'ennemi. Il fallait le lui enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'executer avec ses trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait operer au-dessous du lac de Zurich, il chargea Soult d'operer au-dessus, et de franchir la Lint le meme jour. Les militaires ont adresse un reproche a Massena: il fallait, disent-ils, plutot attirer Suwarow en Suisse que l'en eloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au Saint-Gothard contre Suwarow, Massena l'eut reuni a Soult, il aurait ete plus assure d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le resultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait ce reproche a Massena que dans l'interet rigoureux des principes. La Limmat sort du lac de Zurich a Zurich meme, et coupe la ville en deux parties. Conformement au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff se disposait a attaquer Massena, et pour cela il avait porte la masse de ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il n'avait laisse que trois bataillons a Closter-Fahr, pour garder un point ou la Limmat est plus accessible: il avait dirige Durasof avec une division pres de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de ce cote; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, etait en avant de la riviere, en situation offensive. Massena basa son plan sur cet etat de choses. Il resolut de masquer plutot que d'attaquer le point de Zurich, ou Korsakoff avait amasse ses forces; puis, avec une portion considerable de ses troupes, de tenter le passage de la Limmat a Closter-Fahr, point faiblement defendu. Le passage opere, il voulait que cette division remontat la Limmat sur la rive opposee, et vint se placer sur les derrieres de Zurich. Alors il se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir enferme dans Zurich meme. Des consequences immenses pouvaient resulter de cette disposition. Mortier avec sa division, qui etait forte de huit mille hommes, et occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirige sur Zurich. Elle devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa division, qui etait forte de dix mille hommes, devait etre place a Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, ou l'on allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich, et donner secours a Mortier contre la masse russe, ou courir au point du passage, s'il etait necessaire de le seconder. Cette division renfermait quatre mille grenadiers, et une reserve de superbe cavalerie. La division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait executer le passage a Closter-Fahr. Quinze mille hommes a peu pres formaient cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des demonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof. Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques, furent mises a execution le 3 vendemiaire an VIII (25 septembre 1799), a cinq heures du matin. Les apprets du passage avaient ete faits pres du village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des barques avaient ete trainees a bras, et cachees dans les bois. Des le matin, elles etaient a flot, et les troupes etaient rangees en silence sur la rive. Le general Foy, illustre depuis comme orateur, commandait l'artillerie a cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries de maniere a proteger le passage. Six cents hommes s'embarquerent hardiment, et arriverent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent sur les tirailleurs ennemis, et les disperserent. Korsakoff avait mis la, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon. Notre artillerie, superieurement dirigee, eteignit bientot les feux de l'artillerie russe, et protegea le passage successif de notre avant-garde. Lorsque le general Gazan eut reuni aux six cents hommes qui avaient passe les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'etaient loges dans un bois, et s'y defendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut oblige de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les deloger. Ces trois bataillons detruits, le pont fut jete. Le reste de la division Lorge et partie de la division Mesnard passerent la Limmat: c'etaient quinze mille hommes portes au-dela de la riviere. La brigade Bontemps fut placee a Regensdorf, pour faire face a Durasof, s'il voulait remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirige par le chef d'etat-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les derrieres de Zurich. Cette partie de l'operation achevee, Massena se reporta de sa personne sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes. Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompe Durasof par ses demonstrations, que celui-ci s'etait porte sur la rive, ou il deployait tous ses feux. A sa droite, Mortier s'etait avance sur Zurich par Wollishofen, mais il y avait rencontre la masse de Korsakoff, poste, comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait ete oblige de se replier. Massena arrivant dans cet instant ebranla la division Klein, qui etait a Altstetten. Humbert, a la tete de ses quatre mille grenadiers, marcha sur Zurich, et retablit le combat. Mortier renouvela ses attaques, et on parvint a renfermer ainsi les Russes dans Zurich. Pendant ce temps, Korsakoff, chagrine d'entendre du canon sur ses derrieres, avait reporte quelques bataillons au-dela de la Limmat; mais ces faibles secours avaient ete inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille hommes, continuait a remonter la Limmat. Il avait enleve le petit camp place a Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrieres de Zurich, et s'etait empare de la grande route de Vintherthur, qui donne issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se retirer. La journee etait presque achevee, et d'immenses resultats etaient prepares pour le lendemain. Les Russes etaient enfermes dans Zurich; Massena avait porte par le passage a Closter-Fahr quinze mille hommes sur leurs derrieres, et place dix-huit mille hommes devant eux. Il etait difficile qu'il ne leur fit pas essuyer un desastre. On a pense qu'il aurait du, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter par Closter-Fahr, derriere cette ville, de maniere a fermer tout a fait la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passat sur le corps et ne se jetat sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontre Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrive de cette singuliere combinaison. Korsakoff s'etait enfin apercu de sa position, et avait porte ses troupes dans l'autre partie de Zurich, en arriere de la Limmat. Durasof, sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'etait derobe; et evitant la brigade Bontemps, par un detour, etait venu regagner la route de Vintherthur. Le lendemain 4 vendemiaire (26 septembre), le combat devait etre acharne, car les Russes voulaient se faire jour, et les Francais voulaient recueillir d'immenses trophees. Le combat commenca de bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombree d'artillerie, d'equipages, de blesses, attaquee de tous cotes, etait comme enveloppee de feux. De ce cote-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordee, et etaient pres d'y penetrer. Au-dela, Oudinot la serrait par derriere et voulait fermer la route a Korsakoff. Cette route de Vintherthur, theatre d'un combat sanglant, avait ete prise et reprise plusieurs fois. Korsakoff, songeant enfin a se retirer, avait mis son infanterie en tete, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses equipages a la queue. Il s'avancait ainsi formant une longue colonne. Sa brave infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre un passage; mais quand elle a passe avec une partie de la cavalerie, les Francais reviennent a la charge, attaquent le reste de la cavalerie et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au meme instant, Klein, Mortier, y entrent de leur cote. On se bat dans les rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappe sur la porte de sa maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure grave a la cuisse dont il mourut quelques mois apres. Enfin, tout ce qui etait reste dans Zurich est oblige de mettre bas les armes. Cent pieces de canon, tous les bagages, les administrations, le tresor de l'armee et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Francais. Korsakoff avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette lutte acharnee. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus, c'est-a-dire la moitie de son armee. Les grandes batailles d'Italie n'avaient pas presente des resultats plus extraordinaires. Les consequences pour le reste de la campagne ne devaient pas etre moins grandes que les resultats materiels. Korsakoff, avec treize mille hommes au plus, se hata de regagner le Rhin. Pendant ce temps, Soult, charge de passer la Lint au-dessus du lac de Zurich, executait sa mission avec non moins de bonheur que le general en chef. Il avait execute le passage entre Bilten et Richenburg. Cent cinquante braves, portant leur fusil sur leur tete, avaient traverse la riviere a la nage, aborde sur l'autre rive, balaye les tirailleurs, et protege le debarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au lieu du danger, etait tombe mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le desordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succedant a Hotze, avait en vain essaye de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passe; il avait ete oblige de se replier, et s'etait retire precipitamment sur Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon. De leur cote, les generaux Jellachich et Linken, charges de venir par la Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au debouche du Saint-Gothard, s'etaient retires en apprenant tous ces desastres. Ainsi pres de soixante mille hommes etaient repousses deja de la ligne de la Limmat, au-dela de celle du Rhin, et repousses apres des pertes immenses. Suwarow, qui croyait deboucher en Suisse dans le flanc d'un ennemi attaque de tous cotes, et qui croyait decider sa defaite en arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans disperses, et s'engager au milieu d'une armee victorieuse de toutes parts. Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il etait arrive au pied du Saint-Gothard le cinquieme jour complementaire de l'an VII (21 septembre). Il avait ete oblige de demonter ses Cosaques pour charger son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le Crispalt. Arrive le 1er vendemiaire (23 septembre) a Airolo, a l'entree de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de la division Lecourbe. Il se battit la avec la derniere opiniatrete; mais ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer, tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se decida enfin a inquieter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi a ceder la gorge jusqu'a l'hopital. Gudin, par sa resistance, avait donne a Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guere sous sa main que six mille hommes, ne pouvait resister a Suwarow qui arrivait avec douze mille, et a Rosemberg qui, transporte deja a Urseren, en avait six mille sur ses derrieres. Il jeta son artillerie dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposee en gravissant des rochers presque inaccessibles, et s'enfonca dans la vallee. Arrive au-dela d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrieres, il rompit le pont du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi le precipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant la rive opposee. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied a pied, profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un a un les soldats de Suwarow. L'armee russe arriva ainsi a Altorf, au fond de la vallee de la Reuss, accablee de fatigues, manquant de vivres, et singulierement affaiblie par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire arriver Jellachich et Linken au-dela de la Lint, jusqu'a Schwitz, il aurait envoye des bateaux pour recevoir Suwarow a l'embouchure de la Reuss. Mais apres les evenemens qui s'etaient passes, Suwarow ne trouva pas une embarcation, et se vit enferme dans une vallee epouvantable. C'etait le 4 vendemiaire (26 septembre), jour du desastre general sur toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans le Schachental, et de passer a travers des montagnes horribles, ou il n'y avait aucune route tracee, pour penetrer dans la vallee de Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un homme de front dans le sentier qu'on avait a suivre. L'armee mit deux jours a faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme etait deja a Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitte Altorf. Les precipices etaient couverts d'equipages, de chevaux, de soldats mourant de faim ou de fatigue. Arrive dans la vallee de Muthenthal, Suwarow pouvait deboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien remonter la vallee, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du cote de Schwitz, Massena arrivait avec la division Mortier, et de l'autre cote du Bragel etait Molitor, qui occupait le defile du Kloenthal, vers les bords de la Lint. Apres avoir donne deux jours de repos a ses troupes, Suwarow se decida a retrograder par le Bragel. Le 8 vendemiaire (30 septembre) il se mit en marche; Massena l'attaquait en queue, tandis que de l'autre cote du Bragel, Molitor lui tenait tete au defile du Kloenthal. Rosemberg resista bravement a toutes les attaques de Massena, mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, apres avoir livre des combats sanglans et meurtriers, coupe de toutes les routes, rejete sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallee d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route etait encore plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y decida cependant, et apres quatre jours d'efforts et de souffrances inouies, atteignit Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait a peine sauve dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce barbare, pretendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq a six mille Autrichiens avaient succombe. Les armees pretes a nous envahir etaient chassees de la Suisse et rejetees en Allemagne. La coalition etait dissoute, car Suwarow, irrite contre les Autrichiens, ne voulait plus servir avec eux. On peut dire que la France etait sauvee. Gloire eternelle a Massena, qui venait d'executer l'une des plus belles operations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait sauves dans un moment plus perilleux que celui de Valmy et de Fleurus! Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le resultat politique; mais il faut celebrer surtout celles qui sauvent. On doit l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le plus beau fleuron de Massena; et il n'en existe pas de plus beau dans aucune couronne militaire. Pendant que ces evenemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire nous revenait en Hollande. Brune, faiblement presse par l'ennemi, avait eu le temps de concentrer ses forces, et apres avoir battu les Anglo-Russes a Kastrikum, les avait enfermes au Zip, et reduits a capituler. Les conditions etaient l'evacuation de la Hollande, la restitution de ce qui avait ete pris au Helder, et l'elargissement sans echange de huit mille prisonniers. On aurait souhaite la restitution de la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait, en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays. Ainsi se termina cette memorable campagne de 1799. La republique, entree trop tot en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans avoir auparavant concentre ses forces, avait ete battue a Stokach et Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux defaites l'Allemagne et l'Italie. Massena reste seul en Suisse, formait un saillant dangereux entre deux masses victorieuses. Il s'etait replie sur le Rhin, puis sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. La, il s'etait rendu inattaquable durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armee de Naples, tachant de se reunir a l'armee de la Haute-Italie, avait ete battue a la Trebbia. Reunie plus tard a cette armee par derriere l'Apennin, ralliee et renforcee, elle avait perdu son general a Novi, avait ete battue de nouveau, et avait definitivement perdu l'Italie. L'Apennin etait meme envahi et le Var menace. Mais la avait ete le terme de nos malheurs. La coalition, revirant ses forces, avait porte l'archiduc Charles sur le Rhin, et Suwarow en Suisse. Massena, saisissant ce moment, avait detruit Korsakoff prive de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow prive de Korsakoff. Il avait ainsi repare nos malheurs par une immortelle victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient termine la campagne. Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la republique prete a succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire, ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France etait sauvee, mais elle n'etait que sauvee; elle n'avait point encore recouvre son rang, et elle courait meme des dangers sur le Var. CHAPITRE XIX. RETOUR DE BONAPARTE; SON DEBARQUEMENT A FREJUS; ENTHOUSIASME QU'IL INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVEE.--IL SE COALISE AVEC SIEYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PREPARATIFS ET JOURNEE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III; INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE. Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des Anglo-Russes se succederent presque immediatement, et rassurerent les imaginations epouvantees. C'etait la premiere fois que ces Russes si odieux etaient battus, et ils l'etaient si completement, que la satisfaction devait etre profonde. Mais l'Italie etait toujours perdue, le Var etait menace, la frontiere du Midi en peril. Les grandeurs de Campo-Formio ne nous etaient pas rendues. Du reste, les perils les plus grands n'etaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement desorganise, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir l'autorite et qui n'etaient cependant plus assez forts pour s'en emparer; partout une espece de dissolution sociale, et le brigandage, signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans les provinces dechirees autrefois par la guerre civile; telle etait la situation de la republique. Un repit de quelques mois etant assure par la victoire de Zurich, c'etait moins d'un defenseur qu'on manquait dans le moment, que d'un chef qui s'emparat des renes du gouvernement. La masse entiere de la population voulait a tout prix du repos, de l'ordre, la fin des disputes, l'unite des volontes. Elle avait peur des jacobins, des emigres, des chouans, de tous les partis. C'etait le moment d'une merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs. Les depeches contenant le recit de l'expedition de Syrie, des batailles du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire, et confirmerent cette idee que le heros de Castiglione et de Rivoli resterait vainqueur partout ou il se montrerait. Son nom se retrouva aussitot dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_? _quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir! disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il etait arrive courut deux ou trois fois. Ses freres lui avaient ecrit, sa femme aussi; mais on ignorait si ces depeches lui etaient parvenues. On a vu en effet qu'elles n'avaient pu traverser les croisieres anglaises. Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises. La traversee n'etait pas heureuse, et les vents contraires la prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant a son etoile, apprenait a y croire et a ne pas s'agiter pour des perils inevitables. Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de quitter. Craignant, d'apres les derniers evenemens, que le midi de la France ne fut envahi, il avait fait gouverner, non vers les cotes de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait debarquer a Collioure ou a Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramene vers la Corse. L'ile entiere etait accourue au-devant du celebre compatriote. On avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout a coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau, trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil couchant. On proposait de mettre un canot a la mer pour aborder furtivement a terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17 vendemiaire an VIII (octobre 1799), a la pointe du jour, les fregates _le Muiron_ et _la Carrere_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Frejus. Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois annees de suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait delivres de cette crainte en 1796; mais elle leur etait revenue plus grande que jamais depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte etait mouille sur la cote, ils crurent leur sauveur arrive. Tous les habitans de Frejus accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosite, envahit les vaisseaux, et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux arrives. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'etait plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la sante dut dispenser le general de la quarantaine, car il aurait fallu condamner a la meme precaution toute la population, qui avait deja communique avec les equipages. Bonaparte descendit sur-le-champ a terre, et le jour meme voulut monter en voiture pour se rendre a Paris. Le telegraphe, aussi prompt que les vents, avait deja repandu sur la route de Frejus a Paris, la grande nouvelle du debarquement de Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait eclate. La nouvelle, annoncee sur tous les theatres, y avait produit des elans extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplace partout les representations theatrales. Le depute Baudin (des Ardennes), l'un des auteurs de la constitution de l'an III, republicain sage et sincere, attache a la republique jusqu'a la passion, et la croyant perdue si un bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de joie en apprenant cet evenement. Bonaparte etait parti le jour meme du 15 vendemiaire (9 octobre) pour Paris. Il avait passe par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces villes, l'enthousiasme fut immodere. Les cloches retentissaient dans les villages, et pendant la nuit des feux etaient allumes sur les routes. A Lyon surtout, les elans furent plus vifs encore que partout ailleurs. En partant de cette derniere ville, Bonaparte, qui voulait arriver incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquee a ses courriers. Ses freres et sa femme, trompes sur sa direction, couraient a sa rencontre, tandis qu'il arrivait a Paris. Le 24 vendemiaire (16 octobre), il etait deja dans sa maison de la rue Chantereine, sans que personne se doutat de son arrivee. Deux heures apres, il se rendit au directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de _Vive Bonaparte!_ Il courut chez le president du directoire, c'etait Gohier. Il fut convenu qu'il serait presente le lendemain au directoire. Le lendemain 25, il se presenta en effet devant cette magistrature supreme. Il dit qu'apres avoir consolide l'etablissement de son armee en Egypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confie son sort a un general capable d'en assurer la prosperite, il etait parti pour voler au secours de la republique, qu'il croyait perdue. Il la trouvait sauvee par les exploits de ses freres d'armes, et il s'en rejouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son epee, jamais il ne la tirerait que pour la defense de cette republique. Le president le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence tres flatteur, mais au fond les craintes etaient maintenant trop reelles et trop justifiees par la situation, pour que son retour fit plaisir aux cinq magistrats republicains. Lorsque apres une longue apathie, les hommes se reveillent et s'attachent a quelque chose, c'est avec passion. Dans ce neant ou etaient tombees les opinions, les partis et toutes les autorites, on etait demeure quelque temps sans s'attacher a rien. Le degout des hommes et des choses etait universel. Mais a l'apparition de l'individu extraordinaire que l'Orient venait de rendre a l'Europe d'une maniere si imprevue, tout degout, toute incertitude venaient de cesser. C'est sur lui que se fixerent sur-le-champ les regards, les voeux et les esperances. Tous les generaux, employes ou non employes, patriotes ou moderes, tous accoururent chez Bonaparte. C'etait naturel, puisqu'il etait le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mecontente. En lui elle semblait avoir trouve un vengeur contre le gouvernement. Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgracies pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi aupres du nouvel arrive. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre, et en realite observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir semblait appartenir. Bonaparte avait amene Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient pas. Bientot Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, Lefebvre, Marbot, malgre des differences d'opinions, se montrerent aupres de lui. Moreau lui-meme fit bientot partie de ce cortege. Bonaparte l'avait rencontre, chez Gohier. Sentant que sa superiorite lui permettait de faire les premiers pas, il alla a Moreau, lui temoigna son impatience de le connaitre, et lui exprima une estime qui le toucha profondement. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et parvint a le gagner tout a fait. En quelques jours Moreau fut de sa cour. Il etait mecontent aussi, et il allait avec tous ses camarades chez le vengeur presume. A ces guerriers illustres se joignirent des hommes de toutes les carrieres: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la marine, qui venait de parcourir la Mediterranee a la tete des flottes francaise et espagnole, homme d'un esprit fin et delie, aussi habile a conduire une negociation qu'a diriger une escadre. On y vit aussi M. de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mecontentement de Bonaparte, pour n'etre point alle en Egypte. Mais M. de Talleyrand comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour etre bien accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de gout l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Regnault de Saint-Jean-d'Angely, ancien constituant auquel Bonaparte s'etait attache en Italie, et qu'il avait employe a Malte, orateur brillant et fecond. Mais ce n'etaient pas seulement les disgracies, les mecontens, qui se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y montrerent avec le meme empressement. Tous les directeurs et tous les ministres lui donnerent des fetes, comme au retour d'Italie. Une grande partie des deputes des deux conseils se firent presenter chez lui. Les ministres et les directeurs lui decernerent un hommage bien plus flatteur, ils vinrent le consulter a chaque instant sur ce qu'ils avaient a faire. Dubois-Crance, le ministre de la guerre, avait en quelque sorte transporte son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui des directeurs qui s'occupait specialement de la guerre, passait une partie des matinees avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi. Cambaceres, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait pour Bonaparte le gout que les hommes faibles ont pour la force, et que Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprecier le merite civil; Fouche, ministre de la police, qui voulait echanger son protecteur use, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Real, commissaire pres le departement de la Seine, ardent et genereux patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, etaient egalement assidus aupres de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des affaires de l'etat. Il y avait a peine huit jours que le general etait a Paris, et deja le gouvernement des affaires lui arrivait presque involontairement. A defaut de sa volonte, qui n'etait rien encore, on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa reserve accoutumee, il affectait de se soustraire aux empressemens dont il etait l'objet. Il refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi dire qu'a la derobee. Son visage etait devenu plus sec, son teint plus fonce. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un sabre turc attache a un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la bonne fortune de le voir, c'etait un embleme qui rappelait l'Orient, les Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison, les quatre adjudans de la garde nationale, l'etat-major de la place demandaient a lui etre presentes. Il differait de jour en jour, et semblait ne se preter qu'a regret a tous ces hommages. Il ecoutait, ne s'ouvrait encore a personne, et observait toutes choses. Cette politique etait profonde. Quand on est necessaire, il ne faut pas craindre d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent a vous, et vous n'avez plus qu'a choisir. Que va faire Bonaparte? etait la question que tout le monde s'adressait. Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inevitable a faire. Deux partis principaux, et un troisieme, subdivision des deux autres, s'offraient a lui, et etaient disposes a le servir, s'il adoptait leurs vues: c'etaient les patriotes, les moderes ou politiques, enfin les _pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de toutes les factions. Les patriotes se defiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais avec leur gout de detruire, et leur imprevoyance du lendemain, ils se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf a s'occuper ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les forcenes, qui, toujours mecontens de ce qui existait, regardaient le soin de detruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes, ceux qu'on pouvait appeler les republicains, se defiaient de la renommee du general, voulaient tout au plus qu'on lui donnat place au directoire, voyaient meme avec peine qu'il fallut pour cela lui accorder une dispense d'age, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allat aux frontieres, relever la gloire de nos armes, et rendre a la republique sa premiere splendeur. Les moderes ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et surtout celles des jacobins, n'esperant plus rien d'une constitution violee et usee, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fit sous les auspices d'un homme puissant. "Prenez le pouvoir, faites-nous une constitution sage et moderee, et donnez-nous de la securite;" tel etait le langage interieur qu'ils adressaient a Bonaparte. Ils composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait meme beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la revolution, voulaient en confier le salut a un homme puissant. Ils avaient la majorite dans les anciens, une minorite assez forte dans les cinq-cents. Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommee civile, celle de Sieyes, et s'y etaient d'autant plus attaches que Sieyes avait ete plus maltraite au Manege. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'etait la force qu'ils cherchaient, et elle etait bien plus grande dans un general victorieux que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fut. Les _pourris_ enfin etaient tous les fripons, tous les intrigans qui cherchaient a faire fortune, qui s'etaient deshonores en la faisant, et qui voulaient la faire encore au meme prix. Ils suivaient Barras et le ministre de la police Fouche. Il y avait de tout parmi eux, des jacobins, des moderes, des royalistes meme. Ce n'etait point un parti, mais une coterie nombreuse. Il ne faut pas, a la suite de cette enumeration, compter les partisans de la royaute. Ils etaient trop annules depuis le 18 fructidor, et d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait songer qu'a lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre a d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis. Parmi ces differens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attaches a ce qui existait, se defiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien fonder avec eux. D'ailleurs ils etaient en sens contraire de la marche du temps, et ils exhalaient leurs dernieres ardeurs. Les _pourris_ n'etaient rien, ils n'etaient quelque chose que dans le gouvernement, ou ils s'etaient naturellement introduits, car c'est la que tendent toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'a ne pas s'en occuper; ils devaient venir a celui qui reunirait le plus de chances en sa faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte put s'appuyer etait celui qui, partageant les besoins de toute la population, voulut mettre la republique a l'abri des factions, en la constituant d'une maniere solide. C'etait la qu'etait tout avenir, c'etait la qu'il devait se ranger. Son choix ne pouvait etre douteux: par instinct seul il etait fait d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, degout des hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes moderes qui voulaient qu'on gouvernat pour eux. C'etait d'ailleurs la nation meme. Mais il fallait attendre, se laisser prevenir par les offres des partis, et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait faire alliance. Les partis etaient tous representes au directoire. Les patriotes avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras. Les politiques ou moderes avaient Sieyes et Roger-Ducos. Gohier et Moulins, patriotes sinceres et honnetes, plus moderes que leur parti, parce qu'ils etaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne voulant se servir de son epee que pour la gloire de la constitution de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armees. Bonaparte les traitait avec beaucoup d'egards; il estimait leur honnetete, car il l'a toujours aimee chez les hommes (c'est un gout naturel et interesse chez un homme ne pour gouverner). D'ailleurs, les egards qu'il avait pour eux etaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais republicains. Sa femme s'etait liee avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle avait dit a madame Gohier: "Mon intimite avec vous repondra a toutes les calomnies." Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans Bonaparte un successeur inevitable, le detestait profondement. Il aurait consenti a le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus meprise que jamais par lui, et il en demeurait eloigne. Bonaparte avait pour cet epicurien ignorant, blase, corrompu, une aversion tous les jours plus insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donne a lui et aux siens, prouvait assez son degout et son mepris. Il etait difficile qu'il consentit a s'allier a lui. Restait l'homme vraiment important, c'etait Sieyes, entrainant a sa suite Roger-Ducos. En appelant Sieyes au directoire au moment du 30 prairial, il semblait qu'on eut songe a se jeter dans ses bras. Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la premiere place en son absence; d'avoir fixe un moment les esprits, et d'avoir fait naitre des esperances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait pas. Quoique fort opposes par le genie et les habitudes, ils avaient cependant assez de superiorite pour s'entendre et se pardonner leurs differences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions. Malheureusement ils ne s'etaient point encore adresse la parole, et deux grands esprits qui ne se sont pas encore flattes, sont naturellement ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fit les premiers pas. Ils se rencontrerent a diner chez Gohier. Bonaparte s'etait senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il ne crut pas pouvoir les faire envers Sieyes, et il ne lui parla pas. Celui-ci garda le meme silence. Ils se retirerent furieux. "Avez-vous vu ce petit insolent? dit Sieyes; il n'a pas meme salue le membre d'un gouvernement qui aurait du le faire fusiller.--Quelle idee a-t-on eue, dit Bonaparte, de mettre ce pretre au directoire? il est vendu a la Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera a elle." Ainsi, dans les hommes de la plus grande superiorite, l'orgueil l'emporte meme sur la politique. Si, du reste, il en etait autrement, ils n'auraient plus cette hauteur qui les rend propres a dominer les hommes. Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'interet a gagner, etait celui pour lequel il avait le plus d'eloignement. Mais leurs interets etaient tellement identiques, qu'ils allaient etre, malgre eux-memes, pousses l'un vers l'autre par leurs propres partisans. Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait prendre, avait sonde Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient consentir a ce qu'il fut directeur, quoiqu'il n'eut pas l'age necessaire. C'etait a la place de Sieyes qu'il aurait voulu entrer au gouvernement. En excluant Sieyes, il devenait le maitre de ses autres collegues, et etait assure de gouverner sous leur nom. C'etait sans doute un succes bien incomplet; mais c'etait un moyen d'arriver au pouvoir, sans faire precisement une revolution; et une fois arrive, il avait le temps d'attendre. Soit qu'il fut sincere, soit qu'il voulut les tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son ambition au-dela d'une place au directoire, il les sonda et les trouva intraitables sous le rapport de l'age. Une dispense, quoique donnee par les conseils, leur paraissait une infraction a la constitution. Il fallut renoncer a cette idee. Les deux directeurs Gohier et Moulins, commencant a s'inquieter de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques, imaginerent de l'eloigner, en lui donnant le commandement d'une armee. Sieyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire, l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie, Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir pas envie d'y retourner. Enfin il fut decide qu'on l'appellerait pour l'inviter a prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armee a commander. Bonaparte, mande, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de Barras. Avant qu'on lui eut notifie l'objet pour lequel on l'appelait, il prit la parole d'un ton haut et menacant, cita le propos dont il avait a se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait sa fortune en Italie, ce n'etait pas, du moins, aux depens de la republique. Barras se tut. Le president Gohier repondit a Bonaparte que le gouvernement etait persuade que ses lauriers etaient la seule fortune qu'il eut rapportee d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire l'invitait a prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le choix de l'armee. Bonaparte repondit froidement qu'il n'etait pas encore assez repose de ses fatigues, que la transition d'un climat sec a un climat humide l'avait fortement eprouve, et qu'il lui fallait encore quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication. Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir lui-meme de leurs defiances. C'etait un motif de se hater: ses freres, ses conseillers habituels, Roederer, Real, Regnault de Saint-Jean-d'Angely, Bruix, Talleyrand, lui amenaient tous les jours des membres du parti modere et politique dans les conseils. C'etaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe), Gaudin, Chazal, Cabanis, Chenier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier, Fargues, Daunou. Leur avis a tous etait qu'il fallait s'allier au vrai parti, au parti reformateur, et s'unir a Sieyes, qui avait une constitution toute faite, et la majorite dans le conseil des anciens. Bonaparte etait bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix a faire; mais il fallait qu'on le rapprochat de Sieyes, et c'etait difficile. Cependant les interets etaient si grands, et il y avait entre son orgueil et celui de Sieyes des entremetteurs si delicats, si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder a se faire. M. de Talleyrand eut concilie des orgueils encore plus sauvages que celui de ces deux hommes. Bientot la negociation fut entamee et achevee. Il fut convenu qu'une constitution plus forte serait donnee a la France, sous les auspices de Sieyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fut explique sur la forme et l'espece de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle serait republicaine, mais qu'elle delivrerait la France de ce que l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence. Un systematique revant l'accomplissement trop differe de ses conceptions, un ambitieux voulant regir le monde, etaient, au milieu de ce neant de tous les systemes et de toutes les forces, eminemment propres a se coaliser. Peu importait l'incompatibilite de leur humeur. L'adresse des intermediaires et la gravite des interets suffisaient pour pallier cet inconvenient, du moins pour un moment: et c'etait assez d'un moment pour faire une revolution. Bonaparte etait donc decide a agir avec Sieyes et Roger-Ducos. Il montrait toujours le meme eloignement pour Barras, les memes egards pour Gohier et Moulins, et gardait une egale reserve avec les trois. Mais Fouche, habile a deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand regret l'eloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et etait desole de voir que Barras ne fit rien pour vaincre cet eloignement. Il etait tout a fait decide a passer dans le camp du nouveau Cesar; mais hesitant, par un reste de pudeur, a abandonner son protecteur, il aurait voulu l'y entrainer a sa suite. Assidu aupres de Bonaparte, et assez bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il tachait de vaincre sa repugnance pour Barras. Il etait seconde par Real, Bruix, et les autres conseillers du general. Croyant avoir reussi, il engagea Barras a inviter Bonaparte a diner. Barras l'invita pour le 8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Apres le diner, ils commencerent a s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras s'attendaient. Barras entra le premier en matiere. Il debuta par des generalites sur sa situation personnelle. Esperant sans doute que Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il etait malade, use, et condamne a renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le silence, Barras ajouta que la republique etait desorganisee, qu'il fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un president; et puis il nomma le general Hedouville, comme digne d'etre elu. Hedouville etait aussi inconnu que peu capable. Barras deguisait sa pensee, et designait Hedouville pour ne pas se nommer lui-meme. "Quant a vous, general, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre a l'armee; allez y acquerir une gloire nouvelle, et replacer la France a son veritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai besoin." Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne repondit rien, et laissa la l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole. Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg, passa dans l'appartement de Sieyes. Il vint lui declarer d'une maniere expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus qu'a convenir des moyens d'execution. L'alliance fut scellee dans cette entrevue, et on convint de tout preparer pour le 18 ou le 20 brumaire. Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouche, Real et les amis de Barras. "Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a propose? de faire un president qui serait Hedouville, c'est-a-dire lui, et de m'en aller, moi, a l'armee. Il n'y a rien a faire avec un pareil homme." Les amis de Barras voulurent reparer cette maladresse et chercherent a l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea d'entretien, car son parti etait pris. Fouche se rendit aussitot chez Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager a aller corriger l'effet de ses gaucheries. Des le lendemain matin, Barras courut chez Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son devouement et sa cooperation a tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte l'ecouta peu, lui repondit par des generalites, et a son tour lui parla de ses fatigues, de sa sante delabree, et de son degout des hommes et des affaires. Barras se vit perdu et sentit son role acheve. Il etait temps qu'il recueillit le prix de ses doubles intrigues et de ses laches defections. Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la societe du Manege; les republicains, attaches a la constitution de l'an III, n'avaient que du mepris et de la defiance pour lui. Les reformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme deconsidere, et lui appliquaient le mot de _pourri_, imagine par Bonaparte. Il ne lui restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains emigres caches dans sa cour. Ces intrigues etaient fort anciennes: elles avaient commence des le 18 fructidor. Il en avait fait part au directoire, et s'etait fait autoriser a les poursuivre, pour avoir dans les mains les fils de la contre-revolution. Il s'etait ainsi menage le moyen de trahir a volonte la republique ou le pretendant. Il etait question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que Barras ne fut pas sincere avec le pretendant, car tous ses gouts devaient etre pour la republique. Mais savoir au juste les preferences de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-etre les ignorait-il lui-meme. D'ailleurs, a ce point de corruption, un peu d'argent doit malheureusement prevaloir sur toutes les preferences de gout ou d'opinion. Fouche, desespere de voir son patron perdu, desespere surtout de se voir compromis dans sa disgrace, redoubla d'assiduites aupres de Bonaparte. Celui-ci, se defiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais Fouche ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte assuree, resolut de vaincre ses rigueurs a force de services. Il avait la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorite, composee de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses revelations un parti funeste aux conjures. Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte etait a Paris, et presque tout etait deja prepare. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient chaque jour les officiers et les generaux. Parmi eux, Bernadotte par jalousie, Jourdan par attachement a la republique, Augereau par jacobinisme, s'etaient rejetes en arriere, et avaient communique leurs craintes a tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des militaires etait gagnee. Moreau, republicain sincere, mais suspect aux patriotes qui dominaient, mecontent du directoire qui avait si mal recompense ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caresse, gagne par lui, et supportant tres bien un superieur, il declara qu'il seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas etre mis dans le secret, car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait a etre appele au moment de l'execution. Il y avait a Paris les 8e et 9e de dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui lui etaient devoues. Le 21e de chasseurs, organise par lui quand il commandait l'armee de l'interieur, et qui avait compte autrefois Murat dans ses rangs, lui appartenait egalement. Ces regimens demandaient toujours a defiler devant lui. Les officiers de la garnison, les adjudans de la garde nationale, demandaient aussi a lui etre presentes, et ne l'avaient pas encore obtenu. Il differait, se reservant de faire concourir cette reception avec ses projets. Ses deux freres, Lucien et Joseph, et les deputes de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles conquetes dans les conseils. Une entrevue fut fixee le 15 brumaire avec Sieyes, pour convenir du plan et des moyens d'execution. Ce meme jour, les conseils devaient donner un banquet au general Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce n'etait point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement. La chose avait ete proposee en comite secret; mais les cinq-cents, qui, dans le premier moment du debarquement, avaient nomme Lucien president, pour honorer le general dans la personne de son frere, etaient maintenant en defiance, et se refusaient a donner un banquet. Il fut decide alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre des souscripteurs fut de six a sept cents. Le repas eut lieu a l'eglise Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et gardait la plus grande reserve. Il etait visible qu'on s'attendait a un grand evenement, et qu'il etait l'ouvrage d'une partie des assistans. Bonaparte fut sombre et preoccupe. C'etait assez naturel, puisqu'au sortir de la il allait arreter le lieu et l'heure d'une conjuration. A peine le diner etait-il acheve, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour des tables, adressa quelques paroles aux deputes, et se retira ensuite precipitamment. Il se rendit chez Sieyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens. La, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait a celui qui existait. Il fut arrete qu'on suspendrait les conseils pour trois mois, qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui, pendant ces trois mois, auraient une espece de dictature et seraient charges de faire une constitution. Bonaparte, Sieyes et Roger-Ducos, devaient etre les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les moyens d'execution. Sieyes avait la majorite assuree dans les anciens. Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formes par les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat contre la representation nationale. La commission des inspecteurs des anciens, toute a la disposition de Sieyes, devait proposer de transferer le corps legislatif a Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet, ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait a cette mesure en ajouter une autre qui n'etait pas autorisee par la constitution, c'etait de confier le soin de proteger la translation a un general de son choix, c'est-a-dire a Bonaparte. Les anciens devaient lui deferer en meme temps le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes cantonnees dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le corps legislatif a Saint-Cloud. La, on esperait devenir maitre des cinq-cents, et leur arracher le decret d'un consulat provisoire. Sieyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour meme leur demission de directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou Moulins. Alors le directoire etait desorganise par la dissolution de la majorite; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de gouvernement, et on les obligeait a nommer les trois consuls. Ce plan etait parfaitement concu, car il faut toujours, quand on veut faire une revolution, deguiser l'illegal autant qu'on le peut, se servir des termes d'une constitution pour la detruire, et des membres d'un gouvernement pour le renverser. On fixa le 18 brumaire pour provoquer le decret de translation, et le 19 pour la seance decisive a Saint-Cloud. On se partagea la tache. Le decret de translation, le soin de l'obtenir, fut confie a Sieyes et a ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armee et de conduire les troupes aux Tuileries. Tout etant arrete, ils se separerent. Il n'etait bruit de toutes parts que d'un grand evenement pres d'eclater. C'est toujours ainsi que cela s'etait passe. Il n'y a de revolutions qui reussissent que celles qui peuvent etre connues d'avance. Fouche d'ailleurs se gardait d'avertir les trois directeurs restes en dehors de la conjuration. Dubois-Crance, malgre sa deference pour les lumieres de Bonaparte en matiere de guerre, etait chaud patriote; il eut avis du projet, courut le denoncer a Gohier et a Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien a une grande ambition, mais non encore a une conjuration prete a eclater. Barras voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute facon, et il se laissait lachement aller aux evenemens. La commission des anciens, que presidait le depute Cornet, eut la mission de tout preparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le decret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenetres, pour que le public ne fut pas averti par les lumieres du travail de nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des cinq-cents pour onze. De cette maniere, le decret de translation devait etre rendu avant que les cinq-cents fussent en seance; et, comme toute deliberation etait interdite par la constitution a l'instant ou le decret de translation etait promulgue, on fermait par cette promulgation la tribune des cinq-cents, et on s'epargnait toute discussion embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de differer pour certains deputes l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par la que ceux dont on se defiait n'arriveraient qu'apres la decision rendue. De son cote, Bonaparte avait pris toutes les precautions necessaires. Il avait mande le colonel Sebastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour s'assurer des dispositions du regiment. Ce regiment se composait de quatre cents hommes a pied et de six cents hommes a cheval. Il renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel repondit du regiment a Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous pretexte de passer une revue, sortirait a cinq heures de ses casernes, distribuerait son monde, partie sur la place de la Revolution, partie dans le jardin des Tuileries, et qu'il viendrait lui-meme, avec deux cents hommes a cheval, occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite dire aux colonels des autres regimens de cavalerie, qu'il les passerait en revue le 18. Il fit dire aussi a tous les officiers qui demandaient a lui etre presentes, qu'il les recevrait le matin du meme jour. Pour excuser le choix de l'heure, il pretexta un voyage. Il avertit Moreau et tous les generaux de vouloir bien se trouver rue Chantereine a la meme heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp a Lefebvre pour l'engager a passer chez lui a six heures du matin. Lefebvre etait tout devoue au directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne resisterait pas a son ascendant. Il n'avait fait prevenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter a diner chez lui le 18 meme, avec toute sa famille, et en meme temps, pour le decider a donner sa demission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, a huit heures, dejeuner rue Chantereine. Le 18 au matin, un mouvement imprevu de ceux memes qui concouraient a le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de generaux et d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine, sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les deputes des anciens couraient a leur poste, etonnes de cette convocation si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se preparait. Gohier, Moulins, Barras, etaient dans une complete ignorance. Mais Sieyes, qui depuis quelque temps prenait des lecons d'equitation, et Roger-Ducos, etaient deja a cheval, et se rendaient aux Tuileries. Des que les anciens se furent assembles, le president de la commission des inspecteurs prit la parole. La commission chargee de veiller a la surete du corps legislatif avait, dit-il, appris que des projets sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule a Paris, y tenaient des conciliabules, et y preparaient des attentats contre la liberte de la representation nationale. Le depute Cornet ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de sauver la republique, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'etait de transferer le corps legislatif a Saint-Cloud pour le soustraire aux attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillite publique sous la garde d'un general capable de l'assurer, et de choisir Bonaparte pour ce general. A peine la lecture de cette proposition et du decret qui la contenait etait-elle achevee, qu'une certaine emotion se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer; Cornudet, Lebrun, Fargues, Regnier, l'appuyerent. Le nom de Bonaparte, qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assure, decida la majorite. A huit heures le decret etait rendu. Il transferait les conseils a Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain a midi. Bonaparte etait nomme general en chef de toutes les troupes contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps legislatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, etait mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir a la barre recevoir le decret, et preter serment dans les mains du president. Un messager d'etat fut charge de porter sur-le-champ le decret au general. Le messager d'etat, qui etait le depute Cornet lui-meme, trouva les boulevards encombres d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la rue Chantereine, remplies d'officiers et de generaux en grand uniforme. Tous accouraient se rendre a l'invitation du general Bonaparte. Les salons de celui-ci etant trop petits pour recevoir autant de monde, il fit ouvrir les portes, s'avanca sur le perron, et harangua les officiers. Il leur dit que la France etait en danger, et qu'il comptait sur eux pour l'aider a la sauver. Le depute Cornet lui presentant le decret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait compter sur leur appui. Tous repondirent, en mettant la main sur leurs epees, qu'ils etaient prets a le seconder. Il s'adressa aussi a Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre, avait interroge le colonel Sebastiani, qui, sans lui repondre, lui avait enjoint d'entrer chez le general Bonaparte. Lefebvre etait entre avec humeur. "Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens de la republique, voulez-vous la laisser perir dans les mains de ces _avocats_? Unissez-vous a moi pour m'aider a la sauver. Tenez, ajouta Bonaparte en prenant un sabre, voila le sabre que je portais aux Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout emu, jetons les _avocats_ a la riviere!" Joseph avait amene Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouche n'etait point dans le secret; mais, averti de l'evenement, il avait ordonne la fermeture des barrieres, et suspendu le depart des courriers et des voitures publiques. Il vint en toute hate en avertir Bonaparte, et lui faire ses protestations de devouement. Bonaparte, qui l'avait laisse de cote jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses precautions etaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrieres, ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier n'avait pas voulu se rendre a son invitation; il en temoigna quelque humeur, et lui fit dire par un intermediaire qu'il se perdrait inutilement en voulant resister. Il monta aussitot a cheval pour se rendre aux Tuileries, et preter serment devant le conseil des anciens. Presque tous les generaux de la republique etaient a cheval a ses cotes. Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, etaient derriere lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les detachemens du 9e, les harangua, et, apres les avoir enthousiasmes, entra dans le palais. Il se presenta devant les anciens, accompagne de ce magnifique etat-major. Sa presence causa une vive sensation, et prouva aux anciens qu'ils s'etaient associes a un homme puissant, et qui avait tous les moyens necessaires pour faire reussir un coup d'etat. Il se presenta a la barre: "Citoyens representans, dit-il, la republique allait perir, votre decret vient de la sauver! Malheur a ceux qui voudraient s'opposer a son execution; aide de tous mes compagnons d'armes rassembles ici autour de moi, je saurai prevenir leurs efforts. On cherche en vain des exemples dans le passe pour inquieter vos esprits; rien dans l'histoire ne ressemble au dix-huitieme siecle, et rien dans ce siecle ne ressemble a sa fin... Nous voulons la republique..... Nous la voulons fondee sur la vraie liberte, sur le regime representatif... Nous l'aurons, je le jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes....." Nous le jurons tous, repeterent les generaux et les officiers qui etaient a la barre. La maniere dont Bonaparte venait de preter son serment etait adroite, en ce qu'il avait evite de preter serment a la constitution. Un depute voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le president la lui refusa, sur le motif que le decret de translation interdisait toute deliberation. On se separa sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors dans le jardin, monta a cheval, accompagne de tous les generaux, et passa en revue les regimens de la garnison, qui arrivaient successivement. Il adressa une harangue courte et energique aux soldats, et leur dit qu'il allait faire une revolution qui leur rendrait l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient dans les rangs. Le temps etait superbe, l'affluence extraordinaire: tout semblait seconder l'inevitable attentat qui allait terminer la confusion par le pouvoir absolu. Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la revolution qui se preparait, s'etaient rendus en tumulte a la salle de leurs seances. A peine reunis, ils avaient recu un message des anciens, contenant le decret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient eclate a la fois; mais le president Lucien Bonaparte les avait reduites au silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de deliberer. Les cinq-cents s'etaient separes aussitot; les plus ardens, courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de resistance. Les patriotes des faubourgs etaient en grande agitation, et s'ameutaient autour de Santerre. Pendant ce temps, Bonaparte, ayant acheve la revue des troupes, etait rentre aux Tuileries, et s'etait rendu a la commission des inspecteurs des anciens. Celle des cinq-cents avait entierement adhere a la revolution nouvelle, et se pretait a tout ce qu'on preparait. C'etait la que tout devait se faire, sous le pretexte d'executer la translation. Bonaparte y siegea en permanence. Deja le ministre de la justice Cambaceres s'y etait rendu. Fouche y vint de son cote. Sieyes et Roger-Ducos venaient d'y donner leur demission. Il importait d'en avoir encore une troisieme au directoire, parce qu'alors la majorite etant dissoute, il n'y avait plus de pouvoir executif, et on n'avait plus a craindre un dernier acte d'energie de sa part. On n'esperait pas que Gohier ni Moulins la donnassent; on depecha M. de Talleyrand et l'amiral Bruix a Barras, pour lui arracher la sienne. Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une reserve. Lannes fut charge de commander les troupes qui gardaient les Tuileries. Bonaparte donna ensuite a Moreau une commission singuliere, et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand evenement: il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg. Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous pretexte de veiller a leur surete, et de leur interdire absolument toute communication au dehors. Bonaparte fit signifier en meme temps au commandant de la garde directoriale de lui obeir, de quitter avec sa troupe le Luxembourg, et de venir se rendre aupres de lui aux Tuileries. On prit enfin une derniere et importante precaution, avec le secours de Fouche. Le directoire avait la faculte de suspendre les municipalites; le ministre Fouche, agissant en sa qualite de ministre de la police, comme s'il etait autorise par le directoire, suspendit les douze municipalites de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire, ni dans les douze communes qui avaient succede a la grande commune d'autrefois. Fouche fit ensuite afficher des placards, pour inviter les citoyens a l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans ce moment a sauver la republique de ses perils. Ces mesures reussirent completement. L'autorite du general Bonaparte fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eut pas agi constitutionnellement en la lui conferant. Ce conseil, en effet, pouvait bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef supreme de la force armee. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jube, obeissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit monter sa troupe a cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier et Barras, etaient dans une cruelle perplexite. Moulins et Gohier, s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait echappe, s'etaient rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir ferme avec eux, et former la majorite. Le voluptueux directeur etait dans le bain, et apprenait a peine ce que Bonaparte faisait dans Paris. "Cet homme, s'ecria-t-il avec une expression grossiere, nous a tous trompes." Il promit de s'unir a ses collegues, car il promettait toujours, et il envoya son secretaire Bottot aux Tuileries pour aller a la decouverte. Mais a peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitte, qu'il tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'etait pas difficile de lui faire sentir l'impuissance a laquelle il etait reduit, et on n'avait pas a craindre qu'il voulut succomber glorieusement en defendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune, et il consentit a donner sa demission. On lui avait redige une lettre qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se haterent de porter a Bonaparte. Des cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir aupres de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se demettre. Reduits a eux seuls, n'ayant plus le droit de deliberer, ils ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils resolurent donc de se rendre a la commission des inspecteurs, pour demander a leurs deux collegues, Sieyes et Ducos, s'ils voulaient se reunir a eux pour reconstituer la majorite, et promulguer du moins le decret de translation. C'etait la une triste ressource. Il n'etait pas possible de reunir une force armee, et de venir lever un etendard contraire a celui de Bonaparte; des lors il etait inutile d'aller aux Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses forces. Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouverent Bonaparte entoure de Sieyes, Ducos, d'une foule de deputes et d'un nombreux etat-major. Bottot, le secretaire de Barras, venait d'etre fort mal accueilli. Bonaparte, elevant la voix, lui avait dit: "Qu'a-t-on fait de cette France, que j'avais laissee si brillante? j'avais laisse la paix, j'ai retrouve la guerre; j'avais laisse des victoires, j'ai retrouve des revers; j'avais laisse les millions de l'Italie, et j'ai trouve des lois spoliatrices et la misere. Que sont devenus cent mille Francais que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont morts!" L'envoye Bottot s'etait retire atterre; mais dans ce moment la demission de Barras etait arrivee et avait calme le general. Il dit a Gohier et Moulins qu'il etait satisfait de les voir; qu'il comptait sur leur demission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour s'opposer a une revolution inevitable et salutaire. Gohier repondit avec force qu'il ne venait avec son collegue Moulins que pour travailler a sauver la republique. "Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes parts?--Qui vous a dit cela? repliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni le courage, ni la volonte de marcher avec elle." Une altercation assez vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta un billet au general. Il contenait l'avis d'une grande agitation au faubourg Saint-Antoine. "General Moulins, dit Bonaparte, vous etes parent de Santerre?--Non, repondit Moulins, je ne suis pas son parent, mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller." Moulins repliqua avec force a Bonaparte, qui lui repeta qu'il ferait fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit en finissant: "La republique est en peril, il faut la sauver... _je le veux_. Sieyes et Ducos ont donne leur demission; Barras vient de donner la sienne. Vous etes deux, isoles, impuissans, vous ne pouvez rien; je vous engage a ne pas resister." Gohier et Moulins repondirent qu'ils ne deserteraient pas leur poste. Ils retournerent au Luxembourg, ou ils furent des ce moment consignes, separes l'un de l'autre, et prives de toute communication par les ordres de Bonaparte transmis a Moreau. Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorte par un detachement de dragons. Il n'y avait donc plus de pouvoir executif! Bonaparte avait seul la force dans les mains. Tous les ministres etaient reunis aupres de lui, a la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de la, comme du seul point ou il existat une autorite organisee. La journee s'acheva avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules, proposaient des resolutions desesperees, mais sans croire a la possibilite de les executer, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte sur les troupes! Le soir on tint conseil a la commission des inspecteurs. L'objet de ce conseil etait de convenir, avec les principaux membres des anciens, de ce qu'on ferait le lendemain a Saint-Cloud. Le projet arrete avec Sieyes etait de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat provisoire. Cette proposition presentait quelques difficultes. Beaucoup de membres des anciens, qui avaient contribue a rendre le decret de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeat a creer une dictature au profit de Bonaparte et de ses deux associes; ils auraient voulu seulement que l'on composat autrement le directoire, et, malgre l'age de Bonaparte, ils auraient consenti a le nommer directeur. Ils en firent la proposition. Mais Bonaparte repondit, d'un ton decide, que la constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorite plus concentree, et surtout un ajournement de tous les debats politiques qui agitaient la republique. La nomination de trois consuls et la suspension des conseils jusqu'au 1er ventose furent donc proposees. Apres une discussion assez longue, ces mesures furent adoptees. On choisit Bonaparte, Sieyes et Ducos pour consuls. Le projet fut redige et dut etre propose le lendemain matin a Saint-Cloud. Sieyes, connaissant parfaitement les mouvemens revolutionnaires, voulait qu'on arretat dans la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas, et eut a s'en repentir. La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10 novembre), la route de Saint-Cloud etait couverte de troupes, de voitures et de curieux. Trois salles avaient ete preparees au chateau: l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisieme pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les preparatifs devaient etre acheves a midi, mais ils ne purent l'etre avant deux heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la revolution nouvelle. Les deputes des deux conseils se promenaient dans les jardins de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extreme vivacite. Ceux des cinq-cents, irrites d'avoir ete deportes en quelque sorte par ceux des anciens, avant meme qu'ils pussent prendre la parole, leur demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient pour la journee. "Le gouvernement est decompose, leur disaient-ils; eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommee, y porter des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il n'ait pas l'age requis, nous y consentons encore." Ces questions pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations a ce sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, deja effrayes la veille de ce qui s'etait passe a la commission des inspecteurs, furent ebranles tout a fait, en voyant la resistance qui se manifestait dans les cinq-cents. Des ce moment, les dispositions du corps legislatif parurent douteuses, et le projet de revolution fut tres compromis. Bonaparte etait a cheval a la tete de ses troupes; Sieyes et Ducos avaient une chaise de poste, attelee de six chevaux, qui les attendait a la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient aussi, se disposant, en cas d'echec, a prendre la fuite. Sieyes, du reste, montra dans toute cette scene un rare sang-froid et une grande presence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier individu qui se presenterait pour les haranguer, representant ou general, n'importe. La seance des deux conseils s'ouvrit a deux heures. Dans les anciens, des reclamations s'eleverent de la part des membres qui n'avaient pas ete convoques la veille pour assister a la discussion sur le decret de translation. Ces reclamations furent ecartees, puis on s'occupa d'une notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil etait en majorite, et pret a deliberer. Aux cinq-cents, la deliberation commenca autrement. Le depute Gaudin, qui avait mission de Sieyes et de Bonaparte d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la republique, et proposa deux choses: premierement de remercier les anciens d'avoir transfere le corps legislatif a Saint-Cloud, et secondement de former une commission chargee de faire un rapport sur les dangers de la republique, et sur les moyens de pourvoir a ces dangers. Si cette proposition avait ete adoptee, on avait un rapport tout prepare, et on eut propose le consulat provisoire et l'ajournement. Mais a peine le depute Gaudin a-t-il acheve de parler, qu'un orage epouvantable eclate dans l'assemblee. Des cris violens retentissent; on entend de toutes parts: "A bas les dictateurs, point de dictature, vive la constitution!--La constitution ou la mort! s'ecrie Delbrel.... Les baionnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici." Ces paroles sont suivies de nouveaux cris. Quelques deputes furieux repetent en regardant le president Lucien: "Point de dictature, a bas les dictateurs!" A ces cris insultans, Lucien prend la parole. "Je sens trop, dit-il, la dignite de president pour souffrir plus long-temps les menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle a l'ordre." Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Apres une longue agitation, le depute Grandmaison propose de preter serment a la constitution de l'an III. La proposition est aussitot accueillie. On demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopte. Chaque depute vient a son tour preter serment a la tribune, aux cris et aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est oblige lui-meme de quitter le fauteuil, pour preter le serment qui ruine les projets de son frere. Les evenemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une commission pour ecouter des projets de reforme, les cinq-cents pretaient un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ebranles etaient prets a reculer. C'etait une revolution manquee. Le danger etait imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, etaient a Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de leur cote. Bonaparte et Sieyes arretent sur-le-champ qu'il faut agir, et ramener a soi la masse flottante. Bonaparte se decide a se presenter aux deux conseils a la tete de son etat-major. Il rencontre Augereau, qui d'un ton railleur lui dit: "Vous voila dans une jolie position!--Les affaires etaient en bien plus mauvais etat a Arcole," lui repond Bonaparte; et il se rend a la barre des anciens. Il n'avait point l'habitude des assemblees. Parler pour la premiere fois en public est embarrassant, effrayant meme pour les esprits les plus fermes, et dans les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils evenemens, et pour un homme qui n'avait jamais paru a une tribune, ce devait etre bien plus difficile encore. Bonaparte, fort emu, prend la parole, et d'une voix entrecoupee, mais forte, dit aux anciens: "Citoyens representans, vous n'etes point dans des circonstances ordinaires, mais sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru la republique en danger; vous avez transfere le corps legislatif a Saint-Cloud; vous m'avez appele pour assurer l'execution de vos decrets; je suis sorti de ma demeure pour vous obeir, et deja on nous abreuve de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau Cromwell, d'un nouveau Cesar. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel role, il m'eut ete facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus beau triomphe, et lorsque l'armee et les partis m'invitaient a m'en emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui. Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont eveille mon zele et le votre." Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix emue, le tableau de la situation dangereuse de la republique, dechiree par tous les partis, menacee d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion vers le Midi. "Prevenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberte et l'egalite...--Parlez donc aussi de la constitution!" s'ecrie le depute Linglet. Cette interruption deconcerte un instant le general; mais bientot il se remet; et d'une voix entrecoupee il repond: "De constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez detruite, en attentant, le 18 fructidor, a la representation nationale, en annulant, le 22 floreal, les elections populaires, et en attaquant, le 30 prairial, l'independance du gouvernement. Cette constitution dont vous parlez, tous les partis veulent la detruire. Ils sont tous venus me faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les hommes.--Nommez-les, s'ecrient alors les opposans, nommez-les, demandez un comite secret." Une longue agitation succede a cette interruption. Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'etat ou la France est placee, engage les anciens a prendre des mesures qui puissent la sauver. "Environne, dit-il, de mes freres d'armes, je saurai vous seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'apercois les baionnettes, et que j'ai si souvent conduits a l'ennemi; j'en atteste leur courage, nous vous aiderons a sauver la patrie. Et si quelque orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menacante, si quelque orateur, paye par l'etranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais a mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagne du dieu de la fortune et du dieu de la guerre." Ces paroles audacieuses etaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens les accueillirent tres bien, et parurent ramenes par la presence du general. Ils lui accorderent les honneurs de la seance. Bonaparte, apres avoir rechauffe les anciens, songe a se rendre aux cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques grenadiers; il entre, mais il les laisse derriere lui au bout de la salle. Il avait a parcourir la moitie de l'enceinte pour arriver a la barre. A peine est-il arrive au milieu, que des cris furieux partent de toutes parts. "Quoi, s'ecrient une foule de voix, des soldats ici! des armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! a bas le tyran!" Un grand nombre de deputes s'elancent au milieu de la salle, entourent le general, lui adressent les interpellations les plus vives! "Quoi! lui dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont fletris... Votre gloire s'est changee en infamie. Respectez le temple des lois. Sortez, sortez!" Bonaparte est confondu au milieu de la foule qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laisses a la porte, accourent, repoussent les deputes, et le saisissent au milieu du corps. On dit que dans ce tumulte, des grenadiers recurent des coups de poignard qui lui etaient destines. Le grenadier Thome eut ses vetemens dechires. Il est tres possible que, dans le tumulte, ses vetemens aient ete dechires, sans qu'il y eut la des poignards. Il est possible aussi que des poignards fussent dans plus d'une main. Des republicains qui croyaient voir un nouveau Cesar, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans etre des assassins. Il y a une grande faiblesse a les en justifier. Quoi qu'il en soit, Bonaparte est emporte hors de la salle. On dit qu'il etait trouble, ce qui n'est pas plus etonnant que la supposition des poignards. Il monte a cheval, se rend aupres des troupes, leur dit qu'on a voulu l'assassiner, que ses jours ont ete en peril, et est accueilli partout par les cris de _vive Bonaparte!_ Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans l'assemblee, et se dirige contre Lucien. Celui-ci deploie une fermete et un courage rares. "Votre frere est un tyran, lui dit-on; en un jour il a perdu toute sa gloire." Lucien cherche en vain a le justifier. "Vous n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa conduite, vous faire connaitre sa mission, repondre a toutes les questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous etes reunis. Ses services meritaient du moins qu'on lui donnat le temps de s'expliquer.--Non, non, a bas le tyran! s'ecrient les patriotes furieux. Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!" Ce mot etait terrible, il avait perdu Robespierre. Prononce contre Bonaparte, il pouvait peut-etre faire hesiter les troupes, et les detacher de lui. Lucien, avec courage, resiste a la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant qu'on ecoute son frere. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte epouvantable. Enfin, deposant sa toque et sa toge: "Miserables, s'ecrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frere! Je renonce au fauteuil, et je vais me rendre a la barre pour defendre celui qu'on accuse." Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scene qui se passait dans l'assemblee. Il craignait pour son frere; il envoie dix grenadiers pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est par ordre de son frere, et l'entrainent hors de l'enceinte. C'etait le moment de prendre un parti decisif. Tout etait perdu si on hesitait. Les moyens oratoires de ramener l'assemblee etant devenus impossibles, il ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux, devant lesquels hesitent toujours les usurpateurs. Cesar hesita en passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se decide a faire marcher les grenadiers sur l'assemblee. Il monte a cheval avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. "Le conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le declare. Des assassins ont envahi la salle des seances, et ont fait violence a la majorite; je vous somme de marcher pour la delivrer." Lucien jure ensuite que lui et son frere seront les defenseurs fideles de la liberte. Murat et Leclerc ebranlent alors un bataillon de grenadiers, et le conduisent a la porte des cinq-cents. Ils s'avancent jusqu'a l'entree de la salle. A la vue des baionnettes, les deputes poussent des cris affreux, comme ils avaient fait a la vue de Bonaparte. Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_ s'ecrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et dispersent les deputes qui s'enfuient les uns par les couloirs, les autres par les fenetres. En un instant la salle est evacuee, et Bonaparte reste maitre de ce deplorable champ de bataille. La nouvelle est portee aux anciens, qui en sont remplis d'inquietude et de regrets. Ils n'avaient pas souhaite un pareil attentat. Lucien se presente a leur barre, et vient justifier sa conduite a l'egard des cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on s'etait propose. Le conseil des anciens ne pouvait pas decreter a lui seul l'ajournement du corps legislatif et l'institution du consulat. Le conseil des cinq-cents etait dissous; mais il restait une cinquantaine de deputes, partisans du coup d'etat. On les reunit, et on leur fait rendre le decret, objet de la revolution qu'on venait de faire. Le decret est ensuite porte aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sieyes, sont nommes consuls provisoires, et revetus de toute la puissance executive. Les conseils sont ajournes au 1er ventose prochain. Ils sont remplaces par deux commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils, et chargees d'approuver les mesures legislatives que les trois consuls auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont charges de rediger une constitution nouvelle. Telle fut la revolution du 18 brumaire, jugee si diversement par les hommes, regardee par les uns comme l'attentat qui aneantit l'essai de notre liberte, par les autres comme un acte hardi, mais necessaire, qui termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la revolution, apres avoir pris tous les caracteres, monarchique, republicain, democratique, prenait enfin le caractere militaire, parce qu'au milieu de cette lutte perpetuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se constituat d'une maniere solide et forte. Les republicains gemissent de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement verse pour fonder la liberte en France, et ils deplorent de la voir immolee par l'un des heros qu'elle avait enfantes. En cela le plus noble sentiment les trompe. La revolution, qui devait nous donner la liberte, et qui a tout prepare pour que nous l'ayons un jour, n'etait pas, et ne devait pas etre elle-meme la liberte. Elle devait etre une grande lutte contre l'ancien ordre de choses. Apres l'avoir vaincu en France, il fallait qu'elle le vainquit en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait pas les formes et l'esprit de la liberte. On eut un moment de liberte sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire devint menacant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit les Tuileries au 10 aout; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui lui donnaient des defiances; quand au 21 janvier il obligea tout le monde a se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang royal; quand il obligea, en aout 93, tous les citoyens a courir aux frontieres, ou a livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-meme sa puissance, et la remit a ce grand comite de salut public, compose de douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberte? Non; il y avait un violent effort de passions et d'heroisme; il y avait cette tension musculaire d'un athlete qui lutte contre un ennemi puissant. Apres ce moment de danger, apres nos victoires, il y eut un instant de relache. La fin de la convention et le directoire presenterent des momens de liberte. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait etre que passagerement suspendue. Elle recommenca bientot; et au premier revers les partis se souleverent tous contre un gouvernement trop modere, et invoquerent un bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salue comme souverain, et appele au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauve la France. Zurich etait un accident, un repit; il fallait encore Marengo et Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succes militaires, il fallait une reorganisation puissante a l'interieur de toutes les parties du gouvernement, et c'etait un chef politique plutot qu'un chef militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire etaient donc necessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable, et que le heros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on repondra qu'il venait achever une tache mysterieuse, qu'il tenait, sans s'en douter, de la destinee, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce n'etait pas la liberte qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la revolution dans le monde; il venait la continuer en se placant, lui plebeien, sur un trone; en conduisant le pontife a Paris pour verser l'huile sacree sur un front plebeien; en creant une aristocratie avec des plebeiens, en obligeant les vieilles aristocraties a s'associer a son aristocratie plebeienne; en faisant des rois avec des plebeiens; enfin en recevant dans son lit la fille des Cesars, et en melant un sang plebeien a l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en melant enfin tous les peuples, en repandant les lois francaises en Allemagne, en Italie, en Espagne; en donnant des dementis a tant de prestiges, en ebranlant, en confondant tant de choses. Voila quelle tache profonde il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle societe allait se consolider a l'abri de son epee, et la liberte devait venir un jour. Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai decrit la premiere crise qui en a prepare les elemens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant l'erreur, reverant la vertu, admirant la grandeur, tachant de saisir les profonds desseins de la Providence dans ces grands evenemens, et les respectant des que je croyais les avoir saisis. FIN DU DIXIEME ET DERNIER VOLUME. TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIEME. CHAPITRE XIII. Expedition d'Egypte. Depart de Toulon; arrivee devant Malte; conquete de cette ile. Depart pour l'Egypte; debarquement a Alexandrie; prise de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chebreiss. Bataille des Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en Egypte; etablissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir, destruction de la flotte francaise par les Anglais. CHAPITRE XIV. Effet de l'expedition d'Egypte en Europe. Consequences funestes de la bataille navale d'Aboukir.--Declaration de guerre de la Porte.--Efforts de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conferences avec l'Autriche a Selz. Progres des negociations de Rastadt.--Nouvelles commotions en Hollande, en Suisse et dans les republiques italiennes. Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire a ce sujet.--Situation interieure. Une nouvelle opposition se prononce dans les conseils.--Disposition generale a la guerre. Loi sur la conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilites. Invasion des etats romains par l'armee napolitaine--Conquete du royaume de Naples par le general Championnet.--Abdication du roi de Piemont. CHAPITRE XV. Etat de l'administration de la Republique et des armees au commencement de 1799.--Preparatifs militaires.--Levee de 200 mille conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances coalisees.--Declaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Operations militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de Scherer.--Assassinat des plenipotentiaires francais a Rastadt.--Effets de nos premiers revers.--Accusations multipliees contre le directoire. --Elections de l'an VII.--Sieyes est nomme directeur, en remplacement de Rewbell. CHAPITRE XVI. Continuation de la campagne de 1799; Massena reunit le commandement des armees d'Helvetie et du Danube, et occupe la ligne de la Limmat.--Arrivee de Suwarow en Italie. Scherer transmet le commandement a Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-dela du Po et de l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armee de Naples; bataille de la Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Revolution du 30 prairial.--Larevelliere et Merlin sortent du directoire. CHAPITRE XVII. Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent Larevelliere et Merlin.--Changement dans le ministere.--Levee de toutes les classes de conscrits.--Emprunt force de cent millions.--Loi des otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des operations en Italie; Joubert general en chef; bataille de Novi, et mort de Joubert.--Debarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles a l'interieur; dechainement des patriotes; arrestation de onze journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de declarer la patrie en danger. CHAPITRE XVIII. Suite des operations de Bonaparte en Egypte. Conquete de la Haute-Egypte par Desaix; bataille de Sediman.--Expedition de Syrie; prise du fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siege de Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Egypte; bataille d'Aboukir.--Depart de Bonaparte pour la France.--Operations en Europe. Marche de l'archiduc Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Massena; memorable victoire de Zurich; situation perilleuse de Suwarow; sa retraite desastreuse; la France sauvee.--Evenemens en Hollande; defaite et capitulation des Anglo-Russes; evacuation de la Hollande. Fin de la campagne de 1799. CHAPITRE XIX. Retour de Bonaparte; son debarquement a Frejus; enthousiasme qu'il inspire.--Agitation de tous les partis a son arrivee.--Il se coalise avec Sieyes pour renverser la constitution directoriale.--Preparatifs et journee du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III; institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire. FIN DE LA TABLE. TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES CONTENUES DANS CET OUVRAGE Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page. (Les numeros de pages referent a l'edition originale. Ils ont ete retenus ici, bien que la presente edition n'ait pas de pagination) ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour delivrer les soldats des gardes-francaises. I, 80. Les Suisses faits prisonniers le 10 aout y sont transferes. II, 270. Vingt-quatre pretres sont egorges dans la cour de l'Abbaye, 316-318. ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57. Ses consequences funestes. 61 et suiv. Autre bataille sanglante livree par Bonaparte dans ce village; details militaires. 304-310. ACRE (Saint-Jean d'). Siege de cette ville. (Voyez _Egypte_.) ADIGE. Raisons qui determinent Bonaparte a placer ses lignes sur ce fleuve. VIII, 206-207. Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv. Arrivee de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv. ADMINISTRATION. Reorganisation nouvelle de l'administration des vivres. III, 130 et suiv. AGIOTAGE. Ce qui l'amene et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334 et suiv. Quelques deputes s'y livrent ou sont accuses de s'y livrer. 340-341. On les regarde comme agens de la faction etrangere. 341-342. Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv. Reunion des agioteurs au cafe de Chartres. Vaines precautions pour parer aux inconveniens de ce trafic. 193. AGRICULTURE. Reglemens du gouvernement revolutionnaire pour l'amelioration de l'agriculture. VI, 87-88. AMI DU PEUPLE (l'), journal redige par Marat, II. 84. AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84. ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre a l'egard de la France, a l'epoque de la revolution. I, 216-217. Sa guerre avec la France et sa preponderance en Europe. VI, 34-48. Elle reste seule ennemie de la France apres la soumission de la Vendee. Sa position politique. VII, 164 et suiv. Alarmes et detresse de l'Angleterre apres nos victoires en Italie et au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv. Situation embarrassante de l'Angleterre apres les preliminaires de Leoben, Nouvelles negociations de paix. IX, 141-145. Conferences de Lille. 235-245. Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv. Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X, 61 et suiv. AOUT (10). Details circonstancies de cette journee. II, 234-257, 258 et suiv. Fete de l'anniversaire de cette journee. IV, 353-357. APPEL AU PEUPLE. Il est propose et discute dans la convention lors du proces du roi. III, 230 et suiv. APPROVISIONNEMENT. Difficultes qui empechent l'approvisionnement de Paris. I, 108-109. ARCOLE. Details de cette bataille. VIII, 367-374. ARGONNE. Divers combats sont livres dans cette foret. II, 352 et suiv. ARISTOCRATIE. Sa politique apres le 14 juillet. I, 116-117. ARMEE. Etat de l'armee et revoltes des troupes dans diverses provinces. I, 245 et suiv. ARMEE REVOLUTIONNAIRE (l') est organisee. V, 58-60. Est licenciee. VI, 9. ARMEES. Dispositions de nos armees pour s'opposer a l'invasion etrangere. II, 294 et suiv. ARMOIRE DE FER. III, 197-198. ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la France. 105. ASSEMBLEE CENTRALE de resistance a l'oppression, formee a Caen par des deputes des departemens. IV, 206 et suiv. ASSEMBLEE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblee nationale_.) ASSEMBLEE LEGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv. Elle abolit les titres de _sire_ et de _majeste_. 17. Elle fait un decret contre les emigres. 23 et suiv. Rend un decret contre les pretres qui ne pretaient pas le serment civique. 27-28. Suites de cette mesure. 28 et suiv. Requiert les electeurs et princes de l'empire de desarmer les emigres. 34-36. Met en accusation Monsieur et plusieurs autres emigres. 58. Fait un decret pour prevenir toute modification de la constitution. 51. Decrete que la guerre est declaree. 52 et suiv. Se declare en permanence. 88. Decrete la deportation des pretres. 89. Debats relatifs a une lettre ecrite par Lafayette. 111 et suiv. Fait defiler devant elle les attroupemens armes du 20 juin. 131-132. Debats relatifs a l'affaire du 20 juin. 142 et suiv. Recoit diverses petitions relatives aux evenemens du 20 juin. 146 et suiv. Fait un decret relatif a la levee des departemens. 156. Autre decret sur les gardes nationales. 157. Seance ou elle delibere sur le projet de la commission des Douze, qui est adopte. 159-172. Seance du 7 juillet 1792. 173 et suiv. Elle declare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure. 179 et suiv. Elle rend le decret de la suspension provisoire du roi. 257. Mesures qu'elle prend apres le 10 aout. 263 et suiv. Decrete la formation d'un camp sous Paris. 265. Organise la police, dite de _surete generale_. 276 et suiv. Elle decrete la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les crimes du 10 aout. 283. Ordonne une levee de trente mille hommes. 304-305. Est dissoute, III, 23. ASSEMBLEE NATIONALE. L'assemblee des deputes du tiers-etat prend ce titre, sur la proposition de Legrand. I, 56. Les communes se constituent en assemblee nationale. 56-57. Elle refuse de se separer, d'apres l'ordre du roi. 67. Declare l'inviolabilite de ses membres. 68. Delibere sur les mandats imperatifs. 73. Nomme un comite des subsistances. 77. Difficultes de sa position. 78. Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85. Propose diverses mesures apres les evenemens des 12 et 13 juillet, et demande au roi le renvoi des troupes. 92. Continue le 14 juillet a s'occuper de la constitution, et nomme un comite pour preparer les questions. 93. Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une deputation au roi, Envoie une derniere deputation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101. Elle envoie a l'Hotel-de-Ville une deputation annoncant la reunion du roi avec la nation. 103. Fait une proclamation au peuple, sans resultat. 122. Discute la declaration des droits de l'homme. 125. Abolit les privileges feodaux et les privileges des villes, _ibid._ et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135. Fait la declaration des droits de l'homme. 136 et suiv. Vote l'unite et la permanence de l'assemblee. 146. Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149. Vote l'heredite de la couronne et l'inviolabilite du roi. 150. Adopte un plan de Necker sur un impot. 157. Debats relatifs a un message du roi. 166-167. Elle declare qu'elle est inseparable du roi et qu'elle sera transportee a Paris. 177. Decrete que les biens du clerge sont a la disposition de l'etat. 187 et suiv. Divise le royaume en departemens. 190. Discussion importante pour determiner a qui appartient le droit de faire la paix et la guerre. 221 et suiv. Elle rend un decret relatif a ce droit. 225. Decrete l'emission de 400 millions d'assignats. 230. Abolit les titres feodaux. 236. Prend des mesures pour empecher l'emigration. 265 et suiv. Mesures qu'elle prend relativement a la fuite du roi. 283 et suiv. Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a a vaincre. 298-299. Elle rend un decret relatif a l'inviolabilite du roi. 301. Decrete qu'aucun de ses membres ne sera reelu. 305. Acheve le travail de la constitution. 306. Declare, le 30 septembre 1791, que ses seances sont terminees. 308. Reflexions sur ses travaux. Justification de ses actes. Recapitulation des objections presentees contre la constituante, et refutation. II, 1-10. ASSIGNATS. Causes de leur creation. Reflexions sur la nature du numeraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv. 400 millions d'assignats forces sont decretes. 230. Une nouvelle creation d'assignats est ordonnee. III, 27. Leur depreciation en 93. IV, 327-329 et suiv. Consequences de leur depreciation sur le commerce et causes de leur avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv. Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv. Nouvelle creation d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv. Leur depreciation augmente. Leur etat apres le 9 thermidor. 270 et suiv. Continuent a se deprecier en 1795. Divers moyens proposes pour les retirer de la circulation. VII, 66-73. Ils continuent a baisser. Leur etat en avril et en mai 1795. 191-193. Divers projets sont proposes pour les retirer et les relever. 194 et suiv. Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopte. 199-202. Nouvelles mesures prises pour remedier a leur depreciation. 242-247. Projet du directoire pour la rentree des assignats et pour subvenir aux besoins du tresor public; ce projet est rejete. Details financiers a ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45. Un projet d'emprunt force est adopte. 41 et suiv. La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv. La planche en est brisee le 30 pluviose. 109. AUGEREAU. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143. Est envoye a Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228. Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278. Est nomme commandant de l'armee dite d'_Allemagne_, apres la mort de Hoche. 302. Est depossede de son commandement de l'armee d'Allemagne. 370-371. AUTRICHE. Causes qui empechent cette puissance de songer a la paix. VII, 135-136. BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractere et projets de ce demagogue. VIII, 97-98. Sa conspiration. Il est arrete. 115 et suiv. Est condamne a mort et execute. IX, 33. BAILLY. Il est nomme depute. I, 37. Est charge par le tiers-etat de remettre une adresse au roi. Son caractere. 51. Il est arrete a la porte de la salle des communes par les gardes-francaises. 61. Prete le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63. Il se maintient a la presidence. 72. Est nomme successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris. 103. Difficultes qu'il eprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109. Il propose un projet pour vendre les biens du clerge a la fois sans les discrediter. 226-227 et suiv. Details de son proces et de son supplice. V, 170-171. BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, presente a la convention. III, 121. BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de republique dans le Midi. II, 120 et suiv. BARBETS. Nom donne a des bandes de partisans piemontais. VIII, 210. BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119. Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223. Accompagne la famille royale de Varennes a Paris. 289-290. S'entend avec la cour. 293 et suiv. BARRAS. Est nomme general de l'armee de l'interieur, le 12 vendemiaire. VII, 359. Son caractere. Sa conduite vis-a-vis des autres membres du directoire. IX, 3-4. Il nuisait a la consideration du gouvernement par son luxe et sa prodigalite. 9 et suiv. Est seul epargne dans les accusations dont le directoire etait l'objet. Pourquoi. X, 180 et suiv. BARRERE. Il est mis en etat d'accusation. VI, 394, Est decrete d'arrestation. VII, 76. Est condamne a la deportation. 116. Est nomme depute en l'an V. IX, 148. Sa nomination est abolie. 153. BARTHELEMY. Il est nomme directeur a la place de Letourneur. IX, 155 et suiv. Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 278. Est condamne a la deportation. 285. BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315. BASTILLE (La). Le peuple, seconde par les gardes-francaises, s'empare de la Bastille. I, 95-98. BELGIQUE. Divisee en plusieurs partis apres la bataille de Jemmapes. III, 125 et suiv. Des agens du pouvoir executif vont l'organiser revolutionnairement. 294-295. Les Belges murmurent et se revoltent contre l'administration francaise. 327-328. BERNADOTTE. Il est nomme general en chef de l'armee du Rhin. X, 140. Donne un plan de campagne au directoire. Ses defauts. 251-252. Il est renvoye du ministere de la guerre. 280-281. BERTHIER. General a l'armee d'Italie. VIII, 143. BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97. Il est incarcere: on ordonne sa liberte, et presque aussitot sa detention est maintenue. 116. BICETRE. Les massacres. II, 336-337. BIENS DU CLERGE. L'assemblee nationale decrete la vente de 400 millions de biens du clerge. I, 206. BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente. Il est adopte. VII, 199-202. On commence a le mettre a execution. Ses resultats. 242 et suiv. BILLAUD-VARENNES. Un des executeurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329. II donne sa demission de membre du comite de salut public. VI, 289. Est mis en etat d'accusation. 394. Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377. Est decrete d'arrestation. VII, 76. Est condamne a la deportation. 116. BONAPARTE. Officier au siege de Toulon. Propose d'attaquer le fort de l'Eguillette. V, 255 et suiv. Nomme general de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et suiv. Nomme commandant en second de l'armee de l'interieur, la nuit du 12 vendemiaire. VII, 360-361. Ses operations militaires dans la journee du 13. 361-367 et suiv. Charge du commandement de l'armee de l'interieur. VIII, 49. Il est nomme commandant de l'armee d'Italie. 125-126. Principales circonstances de la conquete du Piemont. 141-161. Ses negociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au roi de Piemont. 155-157 et suiv. Sa proclamation aux soldats apres les premieres victoires d'Italie. 159. Conquete de la Lombardie. 173 et suiv. Son entree a Milan. 181 et suiv. Nouvelle proclamation aux soldats a Milan. 188-189. Il reprend Pavie tombee au pouvoir de quelques bandes de paysans. 191-193. Entre dans le territoire venitien. 193 et suiv. Son entrevue avec divers envoyes venitiens. 202 et suiv. Il signe un armistice avec Naples. 212-213. Penetre dans les Etats romains et en Toscane. 214 et suiv. Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour reparer cet echec. 278 et suiv. Sa victoire de Lonato. 283-286. De Castiglione. 288 et suiv. Suite de ses operations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv. Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta. Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315. Il fait conclure la paix avec Naples et Genes. Ses negociations avec le pape. 345-351. Il organise la republique cispadane. 352 et suiv. Sa position perilleuse a l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole. Details militaires. 255-364-367-379. Sa conduite a l'armee contre les fournisseurs. Sa politique a l'egard des puissances italiennes. 407-408 et suiv. Ses dispositions militaires a la bataille de Rivoli. 411-414-423. Il prend Mantoue. 425 et suiv. Reflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv. Sa conduite politique et militaire en Italie apres l'affaire de Rivoli. Il marche contre les Etats romains et fait signer au pape le traite de Tolentino, IX, 50-55. Sa conduite envers les pretres francais retires en Italie. 55-56. Il negocie inutilement avec Venise. 58-60. Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento. 60-67. Se rend maitre du sommet des Alpes. 68-71. Son entrevue avec les envoyes venitiens. Il ecrit a leur gouvernement une lettre menacante. 79-86. Marche sur Vienne. Sa lettre a l'archiduc Charles. Son entree a Leoben. 86-90. Il signe les preliminaires de paix a Leoben. 91-102. Retourne en Italie et detruit la republique de Venise. Details de sa conduite politique et militaire. 116-131. Il propose le secours de son armee au directoire menace. 193-194. Donne, le 14 juillet 1797, une fete aux armees. Envoie au directoire les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv. Ses negociations avec l'Autriche apres les preliminaires de Leoben. 230-235. Ses negociations a Udine sont entravees par le directoire. Son mecontentement. 311 et suiv. Ses travaux en Italie. Il fonde la republique cisalpine. 314-318. Se rend l'arbitre des differends entre les pays de la Valteline et les Grisons. 321-322. Conseils qu'il donne aux Genois sur leur constitution. 322-323. Il forme divers etablissemens dans la Mediterranee. 323-326. Suite de ses negociations avec l'Autriche a Udine. Ses entrevues avec M. de Cobentzel. Il signe le traite de Campo-Formio. 328-335. Il est nomme general en chef de l'armee d'Angleterre. 338-339. Se dispose a quitter l'Italie. Ses dernieres dispositions pour les affaires de ce pays. 339 et suiv. Il arrive a Paris. Reception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire. Fete. 343-350. Suite de son sejour a Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360. Il est charge de la descente en Angleterre. Sa repugnance pour cette expedition. 362 et suiv. Il propose un projet d'expedition en Egypte. Le directoire l'agree. Details sur les preparatifs. 408-419. Il s'embarque a Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv. Il s'empare de l'ile de Malte. 4-8. Arrive a Alexandrie et s'en rend maitre. 11-13. Ses plans pour effectuer la conquete. Sa lettre au pacha. Discours a ses soldats. 23-27. Ses premieres operations politiques et militaires. 27 et suiv. Il s'etablit au Caire apres la bataille. Suite de ses operations politiques et militaires. 42 et suiv. Il fonde l'Institut d'Egypte. 48 et suiv. Proclamation aux soldats, apres la defaite d'Aboukir. 58. Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch, et commence le siege de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292. Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297. Revient en Egypte. Va de la a Aboukir, ou il remporte une sanglante victoire sur les Turcs. 300-304-310. Recoit des nouvelles d'Europe, et part secretement pour la France. 311-312. Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous les partis a son arrivee a Paris. 336 et suiv. Sa conduite politique a Paris. Il se coalise avec Sieyes pour renverser la constitution directoriale. 345-350. Son entrevue avec Sieyes pour convenir de l'execution de leur plan. 353-356 et suiv. Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. ) Est nomme consul provisoire. 383-384. BONCHAMPS (De). Chef vendeen. IV, 90-91. Il est blesse a mort. V, 121. Fait delivrer les prisonniers. 122. BORDEAUX. Les federalistes y sont soumis. V, 132-133. BOUCHOTTE. Est nomme ministre de la guerre. IV, 44. BOUILLE. Sa position au milieu des partis. Son caractere. I, 201-202. Il soumet des regimens revoltes. Ses projets. 246-248. Il arrive trop tard a Varennes pour sauver le roi. 288-289. Il ecrit a l'assemblee, et prend sur lui-meme le projet de Fuite du roi. 294-295. BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208. BRETAGNE (La). Est contraire a la revolution. IV, 78-79. Etat de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv. Plusieurs chefs signent leur soumission a la republique. 159-160 et suiv. Etat de ce pays apres la premiere pacification. De nouveaux Troubles s'y preparent. 263 et suiv. Expedition de Quiberon. 269-275-318. BREZE. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67. BRIENNE (De). Il est nomme ministre. I, 12. Mande le parlement a Versailles pour un lit de justice. 16. Il negocie avec le parlement. 17. Ses embarras. 19. Se retire du ministere. 23. On brule son effigie. 35. BRIGANDS. Terreur mal fondee que leur nom repand dans toute la France. I, 122-123. BROGLIE (Le marechal de). Recoit le commandement des troupes. I, 82. BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.) BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Egypte. X, 3. Ses fautes et son courage a la bataille d'Aboukir. Il est tue. 51-57. BRUMAIRE (18). Preparatifs et journee du 18 brumaire. X. 353-356-359-373. BRUNE. Nomme general en chef de l'armee de Hollande. X, 140. BRUNSWICK (Le prince de). On repand un manifeste de ce prince. II, 217. CALENDRIER. Il est reforme. V, 188-190. CALONNE (De). Arrive au ministere. I, 10. Son caractere, la confiance aveugle qu'il inspire. Il reunit les notables. 11. Ecrit au roi pour justifier l'Angleterre accusee d'exciter des troubles. 220. CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132. Il en fait decreter trois par l'assemblee. 136. CAMP DE CESAR. Il est evacue par les Francais. IV, 352. CAMPO-FORMIO. Traite de ce nom. Joie qu'il inspire en France. IX, 334 et suiv. CAMUS. Propose de reduire toutes les pensions du clerge a un taux infiniment modique. I, 189. CARNOT. Il est membre du comite de salut public. IV, 391. Dirige toutes les operations militaires. V, 100 et suiv. Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comite de salut public. VII, 99 et suiv. On n'ose pas le decreter a cause de ses services. 234. Est nomme directeur a la place de Sieyes, qui avait refuse. VIII, 10 et suiv. Vices de son plan d'operations militaires en Italie. 185 et suiv. Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv. Caractere de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv. Il se rend suspect a tous les partis et a ses collegues du directoire. 259-261. Prend la fuite le 18 fructidor. 278. Est condamne a la deportation. 285. CARRIER. Atroces executions qu'il fait faire a Nantes. VI, 144-148. Il est mis en accusation et envoye au tribunal revolutionnaire. 373-374. Est condamne a mort. 394-395. CATHELINEAU. Coopere a la premiere insurrection vendeenne. IV, 84 et suiv. Il est nomme generalissime de l'armee vendeenne. 252. CATHERINE THEOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111. Elle est arretee ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv. CAZALES. Defenseur eloquent de la noblesse. I, 117. CERCLES CONSTITUTIONNELS formes par les patriotes en l'an V, pour s'opposer a l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv. CHALIER. Il se fait remarquer a la tete du club central, a Lyon. IV, 75. Il demande un tribunal revolutionnaire pour Lyon. 76. CHAMPIONNET. General a l'armee d'Italie. Ses operations militaires dans les Etats-Romains contre l'armee de Naples. X, 106-113. Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121. Resiste aux ordres du directoire. Est destitue. 129. Est nomme general d'une nouvelle armee des Alpes par le Nouveau directoire. 242. CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas a l'endroit convenu. II, 191-192. Il demande que les Suisses soient conduits a l'Abbaye. 270. CHARETTE, chef vendeen. Son caractere. Il hesite d'abord et se rend aux instances des insurges. S'empare de l'ile de Noirmoutiers. IV, 89-90. Il est amene a negocier avec les republicains pour la paix. VII, 139-142-145. Sa reception triomphale a Nantes. 146. Il continue a preparer la guerre, apres sa soumission. Ses relations avec les princes et les emigres. 162-163. Il se declare de nouveau en guerre. VIII, 26. Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et suiv. Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130. Est pris et fusille. 135-136. CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de l'armee du Bas-Rhin. VIII, 123. Son plan de campagne apres sa retraite a Neresheim. 298 et suiv. Sa marche contre Jourdan. 300. CHATEAU. Le chateau des Tuileries est attaque par le peuple. II, 134 et suiv. CHAUMETTE. Procureur-general de la commune. Organise la legislature municipale. IV, 279. Il est arrete. V, 372 et suiv. Sa condamnation et sa mort. 415. CHEBREISS. (Combat de) en Egypte. X, 31-33. CHENIER (Andre). Sa mort. VI, 200. CHENIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus capables de reprimer les royalistes, apres les evenemens du 9 thermidor. VII, 185-188. CHOLET. Bataille de ce nom en Vendee. V, 318-322. CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324. CISALPINE (Republique). Organisee par Bonaparte. IX, 314-318. Situation de cette republique en l'an VI. 376 et suiv. Triste etat de cette republique apres le depart de Bonaparte. X, 84-86. Changemens faits a sa constitution. 89 et suiv. CISPADANE (Republique). Sa fondation. VIII, 352 et suiv. CLARKE. Mission de ce general a Vienne. VIII, 359. Sa negociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice qu'il proposait est rejete. 380-382 et suiv. CLERGE. Il s'oppose a la verification des pouvoirs des communes. I, 45. (Voyez _Tiers-Etat_ et _Verification_.) Vote sa reunion aux communes. 59. La majorite du clerge se reunit aux communes. 65. Il abdique ses privileges. 125. Son role dans l'assemblee. 192. Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv. Il s'oppose par divers moyens a l'execution de la constitution civile. 233 et suiv. Une partie du clerge refuse de preter le serment civique. Suite de ce refus. 257-238. CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, forme par les deputes de l'opposition du corps legislatif. IX, 16-17. Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses propositions faites au corps legislatif. 151 et suiv. Plans de contre-revolution formes par les clichyens. 156 et suiv. Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv. Leurs propositions financieres aux cinq-cents. 165 et suiv. Motion d'ordre de l'un d'eux sur les evenemens de Venise. 176 et suiv. (Voyez _Royalistes_.) Ils tachent de s'opposer aux changemens dans le ministere projetes par le directoire. 203 et suiv. Leurs craintes apres la nomination des ministres et la marche de Hoche. 213 et suiv. Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les preparatifs du directoire. 266 et suiv. Resolutions desesperees qu'ils proposent. 271 et suiv. CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblee a faire partie de la federation. I, 235. Preche la republique universelle et le culte de la Raison. V, 195 et suiv. Il est exclu de la societe des jacobins. 228. Est arrete. 372. Son proces et son supplice. 374-379. CLUBS. Diverses assemblees se forment sous ce nom. I, 33. Club breton. 119. Leur importance augmente. 213. Ils deviennent dominateurs. II, 12. Les cinq-cents decretent qu'aucune assemblee politique ne serait permise. IX, 218-219. CLUB ELECTORAL. Comment il se compose apres le 9 thermidor. VI, 264-265. Il fait une adresse a la convention, pour demander la reconstitution de la municipalite de Paris, etc. 343-345. CLUB FRANCAIS. Ce que c'etait. II, 204. COALITION. Elle commence a agir avec activite. II, 210 et suiv. Envahit toutes nos frontieres, en 93. IV, 214 et suiv. Le defaut d'union des coalises paralyse leurs forces. 238 Etat de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48. Tiedeur des puissances coalisees pour les interets des princes francais. 326 et suiv. Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs defauts. X, 141 et suiv. COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70. Suite de cette communication. 71. COBLENTZ. Les emigres se transportent de Turin en cette ville. I, 263. Projets de la noblesse. 263-264 et suiv. COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalises dans le nord. VI, 62. COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75. Cherche a sauver les ultra-revolutionnaires arretes. V. 302 et suiv. Fait avorter l'insurrection des ultra-revolutionnaires les 15 et 16 ventose. 362 et suiv. 370. Tentative d'assassinat sur lui. Elle echoue. Ses consequences. VI, 96 et suiv. Il donne sa demission de membre du comite de salut public, 289. Est mis en etat d'accusation. 394. Est decrete d'arrestation. VII, 76. Est condamne a la deportation. 116. COMITE CENTRAL REVOLUTIONNAIRE. L'assemblee de la mairie prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs seances, des suspects et de l'enlevement des deputes. IV, 116 et suiv. COMITE DE DEFENSE GENERALE. Il se reunit pour deliberer sur les moyens de salut public. II, 307-308. Pourquoi il fut etabli. III, 296. COMITE CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Necessite de sa creation. Ce que c'etait: l'etendue de ses attributions. IV, 46-48. Il se reunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour remedier a l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169. Est charge, apres le 31 mai, de presenter un projet de constitution. 194. Propose des moyens pour arreter l'insurrection des departemens. 202-203. Ses attributions. 276-277. Il perd sa popularite. 281-282. On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-Andre. 282. Est attaque par divers partis apres les echecs de nos armees. V, 51 et suiv. La convention declare qu'il conserve sa confiance. 54-55. Sa politique en decembre 93. 231 et suiv. Il fait arreter des ultra-revolutionnaires et des agioteurs. 238 et suiv. Rend des decrets relatifs aux detenus. 359. Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv. Projets des membres du comite contre Danton. 383 et suiv. Sa politique apres la mort de Danton et des hebertistes. Il concentre en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv. Abolit l'armee revolutionnaire, les ministeres, les societes sectionnaires, etc. 9 et suiv. Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv. Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalite avec le comite de surete generale. 111 et suiv. Les divisions continuent. 128-131 et suiv. Les membres ennemis de Robespierre cherchent a s'emparer du pouvoir. 157-159. Feinte reconciliation des comites divises. 161-164. Il est reorganise apres le 9 thermidor. 238-239. Nouvelle epuration. 289-290. COMITE INSURRECTIONNEL. II, 190. En communication avec Petion. 191. COMITE DE SURETE GENERALE. Il est recompose apres le 9 thermidor. VI, 238. COMITE DE SURVEILLANCE. Ce que c'etait. II, 275-276. Il fait executer des arrestations. 306-307. On y arrete le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv. Il envoie une circulaire aux departemens pour recommander le meurtre des prisonniers. 337 et suiv. Ordonne des arrestations. III, 4. COMITES REVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est reduit dans Paris et les departemens. VI, 258. COMITES. On decide qu'ils seront renouveles par quart tous les mois. VI, 237-238. Inconveniens de cette mesure. 256 et suiv. Seize comites sont etablis apres le 9 thermidor. 257 et suiv. COMMERCE. Etat facheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279. COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblees primaires de toute la France arrivent a Paris. Leur reception. IV, 343 et suiv. COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose a l'assemblee un projet de salut public. II, 159 et suiv. COMMISSIONS. Douze commissions sont instituees par le comite de salut public en remplacement des ministeres. VI, 10 et suiv. COMMUNE. Son pouvoir apres le 10 aout. II, 274-275. Elle est chargee de la garde de la famille royale. 278 et suiv. Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv. Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv. Son opposition avec la convention. Elle est reprimee. 48-49-50. Ses membres sont renouveles. 82. Elle s'oppose a une nouvelle insurrection. 344-345. Demande a la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv. Soumet ses registres a la convention. 64. Ordonne une levee de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur les riches. Troubles a ce sujet. 95 et suiv. Se plaint a la convention de l'arrestation d'Hebert et des calomnies dont elle est l'objet. 126-127. Hebert y est couronne. 138-139. Elle est destituee par le comite central revolutionnaire, le 31 mai. 147 et suiv. Une deputation de la commune insurrectionnelle est introduite a la convention. 156 et suiv. Elle se trouve chargee, apres le 31 mai, de toute l'administration interieure. 279. CONDE. (Le prince de). Il se met a la tete de six mille emigres. II, 294. CONSCRIPTION. Loi sur la conscription decretee en septembre 1798. X, 98-101. CONSCRITS. La levee de toutes les classes est ordonnee apres le 30 prairial an VII. X, 350. CONSEIL EXECUTIF. Nom que prend le ministere apres le 10 aout. II, 263. Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350. Sa nouvelle organisation. III, 50-52. Il est aboli. VI, 10. CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institue par la constitution de l'an III. VII, 334-335. CONSEIL DES CINQ-CENTS. Creation de cette assemblee par la constitution de l'an III. VII, 334. Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et suiv. Premieres operations legislatives en l'an V. Mesures adoptees ou proposees sur les emigres, le culte et les finances, etc. IX, 158-162 et suiv. Il rejette la proposition de Jourdan de declarer la patrie en danger. X, 279-281. CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomeration des troupes de Hoche pres de Paris. IX, 248 et suiv. Les conseils sont disperses le 18 fructidor. On leur refuse l'entree du lieu de leurs seances. 279-280. Les deputes attaches au directoire se reunissent a l'Odeon et a l'Ecole de Medecine. Le directoire leur fait part de la conspiration royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs elections, et condamnent a la deportation plusieurs deputes, deux directeurs, des journalistes, etc. 280-281-284-285. Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.) CONSPIRATEURS DU 10 AOUT. Ce qu'on entendait par la. II, 280. CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation. VIII, 105-106. CONSTITUTION. Necessite d'une constitution, exprimee par les cahiers; obstacles a vaincre pour l'etablir. I, 74 et suiv. Discussions relatives a l'etablissement de la constitution. 138 et suiv. CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE. Les principales dispositions de ce projet sont adoptees. Reflexions. I, 232-233. CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243. Une petition contre cette constitution est repoussee par la convention. 243-244. CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales dispositions. VII, 332-337. Elle est acceptee par les votes des sections de toute la France. 346-347. Etat des esprits a l'epoque de son etablissement. VIII, 2 et suiv. Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv. Elle est detruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. ) CONTRE-REVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le midi de la France. VII, 178-182 et suiv. CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv. Elle declare la royaute abolie en France. 25. Seance du 24 septembre 1792. 28 et suiv. Elle se divise en cote droit et en cote gauche. 45-46. Se partage en divers comites. 52-53. Debats relatifs a l'accusation de Robespierre. 84 et suiv. Elle ordonne au comite de legislation de donner son avis sur les formes du jugement de Louis XVI. 107-108. Longues discussions relatives a la mise en jugement de Louis XVI. 159 et suiv. Elle declare que le roi sera juge par elle. 195. Discussions sur les formes du proces. _Ibid._ et suiv. Violens debats apres la defense du roi. 226 et suiv. Seances du 14 au 17 janvier, ou fut decretee la mort du roi. 247-248-256. Elle decrete qu'il ne sera pas sursis a l'execution du roi. 258. Declare la guerre a la Hollande et a l'Angleterre. 286. Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298 et suiv. Elle rend divers decrets. 333-334. Debats relatifs a l'etablissement du tribunal extraordinaire. 336 et suiv. Terreur de ses membres, menaces d'une insurrection. 342-343. Terribles mesures qu'elle prend pour la surete interieure et exterieure. IV, 23 et suiv. Elle rend divers decrets relatifs aux evenemens de la Belgique et a la famille d'Orleans. 38-39. Discussion au sujet des petitions des sections et des divers actes de la commune. 61 et suiv. Divers decrets relatifs a des petitions de Bordeaux, de Marseille et de Lyon. 108-109. Tumulte a l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv. Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de la commune et proteger la representation nationale. 114. Cette commission informe contre la commune et fait quelques arrestations. 122-125. Scenes violentes le 27 mai, a cause de l'attroupement et des petitions des sections armees. 128 et suiv. Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134. Violente discussion a ce sujet le lendemain. 135 et suiv. Elle rapporte son decret relatif aux Douze. 137. Seance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv. Elle supprime la commission des Douze et decrete plusieurs mesures le 3l mai. 164. Courte seance du 1er juin. 173. Seance du dimanche 2 juin 1793. 175-183. Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurges. 177. Plusieurs deputes sont maltraites. 180. Elle est arretee par la force armee le 2 juin. 181-182. Vote l'arrestation des deputes designes par la commune. 183. Renouvelle tous les comites apres le 31 mai. 194. Rend d'energiques decrets contre les departemens insurges. 204-205. Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les federalistes. 240-241. Elle decrete la constitution de l'an II. 242-243. Le 7 aout 93 la convention admet les commissaires des departemens et les embrasse en signe de reconciliation. 246 et suiv. Elle decrete la levee en masse. 261-262. Decrets contre la Vendee, les suspects, les etrangers et contre les Bourbons. 288-391-394-395. Elle institue le gouvernement revolutionnaire. V, 56-57. Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendee. 66-68. Debats relatifs a l'arrestation de Danton. 389 et suiv. Elle decrete la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres. 394. Laisse tout faire aux comites. VI, 88-96. Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comite de salut public. 113-122 et suiv. Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les menacent. 158-160. Seance du 9 thermidor. 203-211. Suite de la seance. 217 et suiv. Rapport de la loi du 22 prairial. 240. Debats relatifs a l'elargissement des suspects. 247 et suiv. Discussions au sujet de l'accusation portee par Lecointre (de Versailles). 281 et suiv. Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport general sur l'etat de la republique. 291-292. Seance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv. Elle rend plusieurs decrets relatifs au commerce. 297 et suiv. Debats relatifs aux societes populaires. 346 et suiv. Vive discussion sur le meme sujet. Un decret est rendu. 351-357. Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien gouvernement. 360 et suiv. Elle prend diverses mesures financieres et politiques pour remedier a l'etat facheux des affaires apres la terreur. 364 et suiv. Decret reglant les formalites a remplir pour accuser un membre de la convention. 371-372. Querelles suscitees par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins. 376 et suiv. Scenes violentes au sujet des evenemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et suiv. Elle rappelle dans son sein plusieurs deputes proscrits. Scene violente a ce sujet. VII, 77 et suiv. Seances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres du comite de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv. Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en demandant du pain. 102 et suiv. Journee du 12 germinal. Dangers de la Convention. Decret de deportation contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrere, etc. Desarmement des patriotes. 108-116 et suiv. Elle prend diverses mesures pour comprimer la reaction royaliste amenee par le 9 thermidor. Questions financieres. 184-185 et suiv. Le lieu de ses seances est envahi le 1er prairial an III. Scenes diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de plusieurs deputes montagnards. 204-207-221 et suiv. Scene funebre a l'occasion de la mort de Feraud. 256 et suiv. Elle decrete la constitution de l'an III. 332-337. Decrete que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau corps legislatif, et que les assemblees electorales feraient le choix. 338. (Voy. _Decrets_.) Decret indiquant l'epoque des assemblees primaires et electorales pour l'election des nouveaux representans. 347. Elle se declare en permanence le 12 vendemiaire. Attaquee par les sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370. Derniere lutte entre les partis de la convention apres le 13 vendemiaire. La convention declare que sa session est terminee. 379-385. Recapitulation des principaux actes de cette assemblee. Reflexions. 385-388. CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions republicaines. Son enthousiasme pour les girondins. Devouement. IV, 260-262. Elle choisit Marat pour but de son devouement, comme chef des anarchistes. 262. Le 13 juillet, elle se presente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266. On repand que ce sont les girondins qui l'ont armee. 266. Details de son proces. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre a Barbaroux. Son supplice. 269-272. CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des jacobins. II, 14. Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120. CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laisse par Puysaye en Bretagne, en qualite de major-general dans les provinces revoltees. VII, 34-35. Ses intrigues politiques. 225 et suiv. Il travaille a la pacification generale. 140 et suiv. Son role dans les negociations avec la Vendee. 144 et suiv. Il engage les chefs chouans de la Bretagne a se soumettre, et signe la paix. Son entree a Rennes. 159-161. Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv. Il est arrete par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269. Est deporte. VIII, 51. CORPS LEGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils apres les elections de l'an V. IX, 153 et suiv. COTE DROIT. Ce que c'etait. Qui sont les hommes qui le composaient dans l'assemblee legislative. II, 10-11. Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45. COUR (La). Elle presse la convocation des etats-generaux, et fixe leur ouverture au 1er mai 1789. I. 23. Fait approcher des troupes de Paris. 82-83. Projette de conduire le roi a Metz. 159. Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv. Ses plans de contre-revolution. 206-207. COUTHON. Ses paroles a la tribune le 31 mai. IV, 182. Est nomme membre du comite de salut public. 296. Est envoye en Auvergne par la convention pour soulever les populations contre Lyon. V, 85. Sa conduite au siege de cette ville. 88 et suiv. S'unit etroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111. Defend a la tribune les actes du comite. 125. Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre de deputes. Dement a la tribune le projet qu'on leur suppose contre soixante membres de la Convention. 133-134. Ses paroles aux Jacobins. 185. Reclame et obtient l'impression du discours prononce a la tribune par Robespierre, le 8 thermidor. 194. Sa proposition aux Jacobins. 198. Est decrete d'arrestation le 9 thermidor. 210. Est mis hors la loi avec ses complices. 219. Son supplice. 227-228. CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est institue. Details a ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv. La commune modifie son arrete sur le culte. Le culte de la _Raison_ est aboli. 230. Le comite de salut public songe a l'etablissement d'une religion. Reflexions a ce sujet. VI, 17-21. Reconnaissance de l'Etre-Supreme. 29 et suiv. La restitution des eglises est accordee aux catholiques. VII, 249. CUSTINES. Nomme general de l'armee du Nord. IV, 103. Il est battu en mai 93. 220-221. Details de son proces. Il est condamne a mort et execute. V, 69-72-77-78. DAMPIERRE. Est nomme commandant en chef de l'armee du Nord apres la defection de Dumouriez. IV, 43-44. DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203. Son caractere et ses moyens d'influence sur la multitude. 204. Le 10 aout, il excite le peuple a l'insurrection. 235. Il est un des acteurs du 10 aout. 262. Est nomme ministre de la justice. 264. Exposition de ses plans apres le 10 aout. 273. Sa preponderance dans le conseil executif et son influence a Paris. 303 et suiv. Resolu d'empecher toute translation au-dela de la Loire. 304. Resolu de perir dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses ennemis. _Ibid._ Il veut faire peur aux royalistes. 309. A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait decreter que l'on sonnera le tocsin. 312-313. Il est nomme depute a la Convention. III, 9. Fait diverses motions a la convention. 32-33. Quitte le ministere sur la decision que les ministres ne seront plus pris dans le sein de la convention. 50. Propose et fait adopter une levee de 30,000 hommes a Paris. 330. Excuse Dumouriez a la Convention. IV, 21-22. Propose de former deux armees, de sans-culottes, l'une pour Paris, l'autre pour la Vendee. 99. On le croit l'auteur cache du mouvement contre les girondins. Sa conversation avec Meilhan. Reflexions sur son caractere. 143 et suiv. Ses paroles a la convention le 31 mai. 153 et suiv. Details sur son caractere politique. Il commence a perdre sa popularite; il attire les defiances sur son caractere. 284 et suiv. Refuse de faire partie du comite de salut public. V, 64-66. Retourne a Paris; soupconne par les revolutionnaires ardens. 210-211. Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv. Devient l'objet de la haine des membres du comite de salut public. 383-386. Il est arrete. Suites de son arrestation. 388-389. Debats a la convention relatifs a son arrestation. 389 et suiv. Decrete de mise en accusation. Scenes au Luxembourg avec ses amis prisonniers. 394 et suiv. Il est transfere a la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv. Details de son proces et sa mort. 394-412. DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hebertistes. V, 394-412. DAVID. Ordonnateur de la fete anniversaire du 10 aout, IV, 353-354. Il boira la cigue avec Robespierre. VI, 198. Il est arrete. VII, 235. DECRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulevent divers partis contre la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339. DELESSART. Ce ministre est accuse par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6. D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrete. Ses papiers et ses revelations a Bonaparte devoilent les projets des royalistes. IX, 182-183. DEPARTEMENS. Division de la France en departemens. I, 190. Divers departemens levent des hommes pour l'execution du decret du camp de 20,000 hommes. II, 156. Opinion de divers departemens sur la marche du gouvernement et les divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv. Plusieurs departemens levent des hommes contre les Vendeens. 95. Presque tous sont pres de prendre les armes contre la convention apres le 31 mai. 196 et suiv. Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199. Suite du meme sujet. 206 et suiv. Nouveaux details sur l'insurrection. 222-223. Plusieurs departemens se desistent de l'insurrection. Echecs des federalistes. 246-249. Ils sont presque tous soumis. 259-260. DEPUTATION. Liste des membres de la deputation de Paris a la convention. III, 9-10. DEPUTES. Les deputes decretes d'arrestation apres le 31 mai, se repandent dans les departemens. IV, 198-199. DESARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25. DESERTION. Lois sur la desertion. VIII, 45-46. DESEZE. Adjoint a la defense de Louis XVI. III, 219-220. Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv. DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87. Son influence au Palais-Royal. 144-145. Il presente une petition tres hardie. II, 31. Nomme depute a la convention par les electeurs de Paris. III, 9. Passe pour un modere. IV, 286. Censure le comite de salut public dans un pamphlet, et prend la defense du general Dillon, en disant des verites a tout le monde. 287-288. Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Societe. V, 228-229. Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308. Il presente sa defense dans ce journal. 321 et suiv. Il est accuse aux jacobins. 333 et suiv. Continue a attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv. Il est arrete. 388-389. Details de son proces. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411. D'ESPREMENIL. Son caractere. I, 15. Il denonce au parlement un projet ministeriel qui tendait a restreindre sa juridiction, 19-20. Il est arrete en plein parlement. 22. Il propose de faire decreter le tiers-etat. 70. Hue et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215. D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son caractere. Sa lettre a la reine. I, 160. DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est decrete par les conseils, apres le 18 fructidor. IX, 504-509. DILLON. Son projet de retraite. II, 341. DIMES. Discussions relatives a l'abolition des dimes. I, 130 et suiv. L'abolition est decretee. 132. DIRECTOIRE. Pouvoir executif cree par la constitution de l'an III, VII, 335. Nomination des cinq directeurs. Details a ce sujet. VIII, 7-9-11. Situation dangereuse du directoire au commencement de son administration. 12 et suiv. Prend diverses mesures pour remedier a la disette et aux malheurs financiers. 13-15 et suiv. Il est charge de la nomination aux fonctions publiques. 47-48. Maniere dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le partagent. 48 et suiv. Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv. Ses plans militaires. 123 et suiv. Il negocie avec l'Angleterre. 340 et suiv. Suite. 356 et suiv. Il envoie Clarke en mission a Vienne. 359. Rompt les negociations commencees avec le cabinet anglais. 390. Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv. Caractere des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et suiv. Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17. Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour l'an V. 150-151 et suiv. Sa lutte avec les conseils apres les elections de l'an V, d'ou resulte le coup d'etat du 18 fructidor. 158 et suiv. Il commence a redouter un vaste complot d'apres l'arrestation du comte d'Entraigues. 182-183 et suiv. Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux des conseils. 184 et suiv. Trois membres, Larevelliere, Rewbell et Barras, prennent la resolution de faire un coup d'etat. 185-188 et suiv. Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris. 188 et suiv.; dans les armees. 190. Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.; de celle du Rhin 194 et suiv.; de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv. Resistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet de la reorganisation du ministere. 200 et suiv. Son embarras sur la decision a prendre au sujet des negociations commencees avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv. Ses perils augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des mesures pour reunir a Paris la force armee. 246 et suiv. Repond d'une maniere energique aux reclamations des conseils au sujet de la marche de Hoche. 250 et suiv. Trois des directeurs font les preparatifs du coup d'etat du 18 fructidor. 270-272 et suiv. Ils se reunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le resultat de la journee. Leur plan. 273-274 et suiv. Execution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv. Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une puissance revolutionnaire. Journee du 18 fructidor. 282-285 et suiv. Reformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux directeurs sont nommes a la place des deportes. 294 et suiv. Il destitue Moreau de son commandement. 296-297. Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv. Declare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armee en Suisse. 393 et suiv. Ses dispositions pour remedier aux desordres des republiques italiennes. X, 87-88 et suiv. Il propose et fait decreter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez _Conscription._) Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et suiv. Ses dispositions pour s'opposer a la spoliation des pays allies en Italie. 126 et suiv. Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv. Generaux qu'il nomme. 138 et suiv. Accusations dont il est l'objet apres nos premiers revers en 1759. Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv. Nomination de Sieyes a la place de Rewbell. 187. Tous les partis se reunissent contre lui apres nos defaites en Italie. (An VII.) 220 et suiv. Division entre les directeurs. 223-224. Revolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire. Treilhard, Larevelliere et Merlin en sortent. 228-232-238. Formation du nouveau directoire. 239 et suiv. Ses premiers actes. 242 et suiv. Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force. 245-250. Ses plans de guerre. 251 et suiv. Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.) DISETTE. Desordre qu'elle amene le 4 octobre. I, 165-166. Apres la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures que prend la commune pour y pourvoir. Desordres. V, 344-348 et suiv. Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage manquent a Paris. VII, 51 et suiv. Suite du meme sujet. 73 et suiv. Les habitans de Paris sont mis a la ration. Violentes scenes et soulevemens populaires. 79 et suiv. DIX AOUT. II, 234 et suiv. DROITS FEODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv. Difficultes et discussion qu'entraine la proposition de leur abolition. 128-129. DROITS DE L'HOMME. Declaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv. DROUET. Reconnait le roi a Sainte-Menehould et le fait arreter a Varennes. I. 285-286. DUBOIS DE CRANCE. Il remplace Bernadotte au ministere de la guerre. X, 281. DUCHASTEL. Malade, vote dans le proces de Louis XVI, pour le bannissement. III, 254. DUCHENE (Le pere). Journal redige par Hebert. IV, 425. DUMOURIEZ. Son caractere. Ses plans militaires. Il est nomme ministre. II, 58 et suiv. Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministere. 60. Son entrevue avec la reine. 65 et suiv. Extrait de ses memoires, _Ibid._ Il devient suspect a la Gironde et est soupconne de dilapidations. 82-85. Conseille au roi de sanctionner deux decrets. 91. Sa fermete dans l'assemblee nationale. 104-105. Il donne sa demission. 105-106. Est nomme general en chef des armees du Nord et du Centre. 291. Cherche a s'opposer a l'invasion des Prussiens. 297. Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv. Commencement d'execution de son plan. Les Thermopyles de la France. 345 et suiv. Nouvelles dispositions qu'il prend apres les affaires de l'Argonne. 356 et suiv. Il ecrit a l'assemblee nationale. 359. Ses dispositions apres la retraite des Prussiens. 373 et suiv. Conjectures sur sa mollesse apres avoir sauve le territoire. 375-376. Il se rend a Paris, a la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75. Est fete par les artistes, et recoit la visite de Marat. 76-78-79. Repart pour l'armee. 81. Ses plans militaires. 109 et suiv. Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120. Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv. Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129. Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres. 134 et suiv. Suite de sa campagne en Belgique; ses succes et ses fautes. 138 et suiv. Son plan de campagne et commencement d'execution. 298 et suiv. Il fait arreter des agens du pouvoir executif. Ses menaces contre le gouvernement. 328-329. Il ecrit une lettre audacieuse a la Convention. Suite de ses actes militaires. IV, 2. Il negocie avec l'ennemi. 13. Ses projets politiques. 14-16. Son traite avec l'ennemi. 18 et suiv. Il devoile entierement ses projets politiques. 27 et suiv. Est mande a la barre de la convention. 31. Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33. Plusieurs de ses projets echouent. 33. Il fait arreter quatre deputes de la Convention. 34-35. Sa tete est mise a prix. Troubles a Paris. 36-37. Il est abandonne par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42. Considerations sur son caractere et son role politique. 42-43. DUPORT. Son caractere. I, 15. DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Designe par Lafayette. I, 251. DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.) EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263. Ses paroles sur l'echafaud. 270. EGYPTE. Projet d'une expedition en Egypte propose par Bonaparte au directoire. Preparatifs secrets. IX, 408-414-419. Etat de l'escadre destinee a porter les troupes. X, 1-3. Route de Toulon a Alexandrie. Prise de Malte. 4-8. Entree a Alexandrie. 12-13. Description de l'Egypte. Sa geographie. Ses habitans. 13-22. Route dans le desert d'Alexandrie au Caire. Mecontentement des soldats. Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de l'ennemi pres du Caire. 28-31-36. Bataille des Pyramides. 36-41. Fondation de l'Institut d'Egypte. Ses travaux. 48-50. Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57. Conquete de la Haute-Egypte par Desaix. Bataille de Sediman. 286-288. Expedition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza. 290-291 et suiv. Commencement du siege de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor. 292-297. Retour de l'armee en Egypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310. ELBEE (d'). Chef vendeen. IV, 90. Il est tue a Cholet. V, 121-124. ELECTEURS. Reunis a l'Hotel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple. I, 87. Ordonnent la convocation des districts. 88. Composent une municipalite. _Ibid._ Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89. Un electeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90. Les electeurs se partagent en divers comites. I, 108. ELECTIONS. Elles se font a Paris et dans les provinces. I, 37. Travaux de l'assemblee nationale sur les elections. 191-192. --Mouvemens a Paris et en France a l'epoque des elections de la convention. III, 8 et suiv. --Preparatifs des elections de l'an IV. Effervescence des partis. IX, 33-36. --De l'an V. 146 et suiv. --De l'an VI. 404 et suiv. --De l'an VII. X, 183. EMIGRATION. Prend une attitude inquietante. I, 263-264. Loi portee sur l'emigration. 268-269. EMIGRES. Epoque ou l'emigration commence a devenir considerable. I, 178. Ils levent des corps au nom du roi. 295. Se preparent obstinement a la guerre a Coblentz. Leur connivence avec la cour. II, 20-21 et suiv. Leurs manoeuvres sont denoncees a l'assemblee legislative. 33 et suiv. Debats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux biens des emigres. VIII, 89-90 EMPRUNT FORCE. Mesures avisees pour son recouvrement. IV, 377 et suiv. Un nouvel emprunt force est propose par le directoire et decrete. Mode de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv. Il est ferme, 401. Un nouvel emprunt force est etabli apres la revolution de prairial. X, 246. EPAULETIERS (les). Ce que c'etait. V, 318. ESPAGNE. La paix est signee avec cette puissance. VII, 318-319. Traite d'alliance offensive et defensive avec la France. VIII, 263-264. ETATS-GENERAUX. Provoques par un jeu de mots. I, 14. Renvoyes a cinq ans. 17. Convoques. 23. Leur ouverture. 44. ETRANGERS. Ils sont decretes d'arrestation. IV, 394. ETRE-SUPREME. Fete a l'Etre-Supreme, le 8 juin 1794. Description et details. VI, 115-118. ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.) EUROPE. Situation politique de l'Europe et etat des puissances etrangeres au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv. Dispositions des souverains de l'Europe a l'egard de la France, apres la fuite du roi a Varennes. 295-296. --Dispositions des souverains etrangers a l'egard de la France. II, 18-19. --Projets des puissances etrangeres a l'egard de la France apres le 10 aout. II, 292 et suiv. --Dispositions des puissances etrangeres apres le 21 janvier. III, 271 et suiv. Reflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv. --Etat de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv. --Situation des etats de l'Europe apres la campagne de 1795. VIII, 122 et suiv. --Etat de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv. --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition contre la France. X, 62 et suiv. EVECHE. Reunion de ce nom. Son but. IV, 47-48. Il s'y tient une assemblee. 138. On y nomme une commission de six membres charges de trouver des moyens de salut public. 139. On y delibere sur une insurrection. 141-142. Les commissaires des sections s'y reunissent le 30 mai. 145. Ce comite d'insurrection est denonce apres le 31 mai. 195. EXECUTIONS. Grandes executions des detenus, en juin 1794. VI, 134-138 et suiv. Commandees a Nantes par Carrier. 144-148; a Lyon, a Toulon, a Orange, a Bordeaux, a Marseille, par Freron, Barras et Maignet. 148-149; dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv. Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naitre. 153. FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425. FAVRAS (le marquis de). Il est soupconne de comploter contre l'assemblee. Il est regarde comme l'agent de Monsieur. Son proces. I, 195 et suiv. Il est condamne a etre pendu. Sa mort, 203-204. FEDERALISME. Origine de ce mot. III, 17-18. FEDERATION. Une federation generale de la France est decidee a la municipalite. I, 234. La reunion generale des federes a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv. Description de la fete. _Ibid._ Seconde fete de la federation. II, 184 et suiv. FERAUD. Ce depute est assassine au sein meme de la convention par les revoltes du 1er prairial. VII, 209-211. Son assassin est arrache au supplice par les patriotes. Suite de cet evenement. 229 et suiv. Honneurs que la convention rend a sa memoire. Seance funebre. Son eloge est prononce par Louvet. 236 et suiv. FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213. Le club des feuillans oppose aux jacobins. II, 13-14. Faiblesse de ce parti. 109 et suiv. FEVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques epiciers. IV, 313 et suiv. FINANCES. Etat malheureux des finances. I, 226 et suiv. Etat des finances en 93. Mesures prises pour remedier a leur desordre. IV, 369 et suiv. 383. Etat des finances a la fin de 93. V, 180 et suiv. Etat et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et suiv. Etat des finances apres le 9 thermidor. 270 et suiv. Detresse financiere et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par la convention pour y remedier. VII, 59-66 et suiv. Embarras des finances a l'avenement du directoire (1795). VII, 13 et suiv. Nouveaux details sur les assignats. Creation des mandats. Reflexions sur diverses questions des finances. 106 et suiv. Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv. Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du tresor public. IX, 165 et suiv. Le conseil des cinq-cents decrete diverses mesures favorable a ce projet. Les anciens les rejettent. 172-173. Mesures financieres provoquees par le directoire, apres le 18 fructidor. Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309. Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102. Moyens employes pour fournir aux depenses, prochaines de la campagne de 1799. 130-131. FLESSELLES (Le prevot). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90. Est accuse de trahison, traine au Palais-Royal et tue d'un coup de pistolet. 98-99. FLEURUS. Victoire de ce nom. Evenemens militaires avant et apres la bataille. VI, 169-175 et suiv. FOUCHE. Envoye en l'an VI a Milan par le directoire. X, 92-93. Nomme ministre de la police. 272. Se tourne du cote de Bonaparte. 354-355. Il tait la conjuration aux directeurs. 359. FOULON et BERTHIER. Ils sont tues par le peuple malgre l'opposition de Lafayette. I, 113-114. FOUQUIER-TINVILLE. Idees sanguinaires de cet accusateur public. VI, 137-138 et suiv. Il est mis en accusation. 240. FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et a l'epoque de la revolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv. Troubles et desordres en France apres le 14 juillet. 122-123. Etat alarmant de la France en aout 1789. 133 et suiv. Etat des esprits et situation politique au commencement de l'annee 1790. 192 et suiv. Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212. Situation interieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv. Etat interieur de la republique dans l'ete de 1796. VIII, 242 et suiv. Situation interieure et rapports politiques avec l'Europe, apres la retraite de nos armees d'Allemagne. 330 et suiv. Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv. Sa situation interieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv. FREDERIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216. FRUCTIDOR (18). Journee de ce nom. Principaux details des evenemens. IX, 270-287. Augereau s'empare des Tuileries. 275-278. Les conseils sont repousses du lieu de leurs seances. 280. Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les decrets que demande le directoire. Des deputes et deux directeurs sont condamnes a la deportation. 280-288. Necessite de ce coup d'etat. Ses consequences. 291 et suiv. GARAT. Il cherche a rassurer la convention sur ses craintes. Son discours IV, 130 et suiv. GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison a Versailles. Suite de cette fete. I, 162 et suiv. GARDE-MEUBLE. Il est vole. Bruits qui coururent sur ce vol et sa destination. III, 6-7. GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale, et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110. Debats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la garde nationale. IX, 276 et suiv. GENES. Paix avec cette republique. VIII, 348. GENSONNE. Son rapport a l'assemblee legislative sur les troubles de l'Ouest. II, 26-27. GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_. GERLE (dom.) Chartreux, propose de declarer la religion catholique la seule religion de l'Etat. I, 208. Il retire sa proposition. 209. GERMINAL (journee du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en sont chasses, et ensuite desarmes en execution d'un decret. VII, 106-124. GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur role dans l'assemblee legislative. II, 11-13. Ils dominent dans le ministere. 62-82. Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv. Leur position a la convention. III, 19 et suiv. Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv. Sont accuses de federalisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19. Essai de rapprochement et rupture. 21-22. Embarras et facheuse position des girondins apres le 25 fevrier. 320 et suiv. Menaces le 31 mai, se rendent tous armes a la convention. IV, 147. Se reunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172. Sont mis en etat d'arrestation. 189-190. Plusieurs sont envoyes devant le tribunal revolutionnaire, et d'autres sont mis en etat d'arrestation. V, 78-79. Circonstances de leur proces. Un decret de circonstance leur ote la parole. 152-163. Ils sont condamnes et executes. 164-167. GOHIER. Nomme directeur a la place de Treilhard. X, 232. Representant des patriotes et president du directoire. 337-338. Il complimente Bonaparte a son retour d'Egypte. 338. Sa femme est liee avec Josephine Bonaparte. 346. Il est sonde par Bonaparte, qui voudrait etre directeur, et qui n'a pas l'age necessaire. 348. Altercation avec Bonaparte. 371-372. GORSAS. Son arrestation. III, 305. GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE. Effets des lois revolutionnaires. V, 128 et suiv. GRANGENEUVE. Sa proposition a Chabot. II, 191-192. GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institue en 93. Ses avantages financiers. IV, 371 et suiv. GREGOIRE (l'abbe). Se presente aux communes. I, 55. GRENELLE. La poudriere de Grenelle prend feu. VI, 290. Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv. GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV, 109-110. Propose la destitution des autorites de Paris, et le transfert de la convention a Bourges. 112-113. Son courage a la convention le 31 mai. 157-158. GUERRE. Premieres dispositions des armees. II, 76-78. Echec du general Rochambeau. 78 et suiv. Etat des affaires militaires apres le 10 aout. 283 et suiv. Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv. Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv. Situation de nos armees sur le Rhin et aux Alpes a la fin de 1792. 142 et suiv. Evenemens militaires en Belgique. 289 et suiv. Nos armees eprouvent plusieurs revers. 324 et suiv. Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent. IV, 103 et suiv. Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv. Etat de l'armee du Nord: _ibid._; de l'armee de la Moselle: 218; du Rhin: _ibid._; d'Italie: 223-224; des Pyrenees: 226 et suiv.; de la Vendee. 229 et suiv. Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257. Siege de Mayence. 309-320. Siege de Valenciennes par les ennemis. 320-323. Le camp de Cesar est evacue par les Francais. 351-352. Mouvement des armees en aout 1793. V, 1 et suiv. Etat de l'armee du Rhin. 3-6. Commencement du siege de Lyon 6-10. Marche des troupes ennemies en aout et septembre 1793. 21 et suiv. Victoire de Hondschoote. 24-25. Revers dans le Nord. 27-29. Echec de l'armee des Pyrenees. 32 et suiv. Organisation de l'armee de l'Ouest. 68. L'armee des Alpes repousse les Sardes. 86-87. Progres de l'art de la guerre. Reflexions a ce sujet. 97 et suiv. Suite des operations militaires a a frontiere du Nord. 101-107. Victoire de Wattignies. 108-109. Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv. Jonction des armees du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont chasses des frontieres. 146-251. Siege et prise de Toulon par les republicains. 252-261. Reflexions sur cette campagne, et recapitulation des principaux faits. 292 et suiv. Preparatifs en France, de 1793 a 1794, pour la levee, l'equipement et l'armement des armees de terre et de mer. VI, 48-49. Premiers evenemens de la campagne de 1794 aux Pyrenees: 54-56: aux Alpes et vers l'Italie: 56-60; au Nord. 60-73. Victoire de Turcoing. 71 et suiv.; en Vendee: 74 et suiv.; en Bretagne contre les chouans: 75-76; aux colonies. Revoltes a Saint-Domingue. 76 et suiv. Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le Vengeur_. 78-82. Reprise des operations militaires en aout 1794. 166 et suiv. Victoire de Fleurus. Evenemens militaires avant et apres la bataille. 169-175. Reprise de Conde, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304. Mouvemens de l'armee du Nord. Bataille de l'Ourthe. 306-308. Bataille de la Roer. 309 et suiv. Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv. Mouvemens et succes des armees de la Moselle et du Haut-Rhin, commandees par Michaud. 317-318. Situation de l'armee des Alpes et des Pyrenees. 318-320. Suite de la guerre de la Vendee. 320 et suiv. Situation de l'armee en Belgique a la fin de 1794. Prise de Nimegue. VII, 1-7. Projets pour la conquete de la Hollande. 7 et suiv. Notre armee se repand en Hollande par divers points, et occupe tout le pays. 20 et suiv. Suite des operations militaires en Espagne, en Catalogue et aux Pyrenees. 27-29. Etat des armees apres les evenemens de prairial an III. 253 et suiv. Operations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kleber dans le Nord. 253-254. Situation de l'armee des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv. Position militaire en Espagne. 257. Expedition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311. Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv. Marche retrograde de l'armee de Sambre-et-Meuse. 377-378. Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19. Perte des lignes de Mayence. 20-22. Situation des armees du Rhin, des Alpes et des Pyrenees vers la fin de l'an IV. 55 et suiv. Details de la bataille de Loano. 58-61. Expedition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv. Reflexions sur la campagne de 1795. 76. Campagne de 1796. 140-241-278-326. Etat de l'armee d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141 et suiv. Conquete du Piemont. 141-161. Conquete de la Lombardie. 173 et suiv. Bataille de Lodi. 178 et suiv. Passage du Mincio. 198-200. Entree des Francais dans les Etats-Romains et en Toscane. 214-217. Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv. Passage du Rhin par Moreau, et suite des operations militaires. 226 et suiv. Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv. Etat de nos armees en Allemagne et en Italie en aout 1796. 241. Reprise des hostilites en Italie. Etat de notre armee. 272. Notre ligne sur l'Adige est forcee. 278-279. Bataille de Lonato. 283-286. Bataille de Castiglione. 288 et suiv. Operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298. L'armee de Sambre-de-Meuse est repoussee par l'archiduc. 300-301. Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307. Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315. Nouvel echec de l'armee de Sambre et Meuse a Wurtzbourg. Retraite. 316-317 et suiv. Retraite de Moreau. 321-326. Extreme danger de l'armee d'Italie. Bataille d'Arcole. 355-364-367-370-395. Expedition d'Irlande. 379. Reddition du fort de Kelb. 404. Reprise des hostilites en Italie. 405 et suiv. Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli. 411-414-423. Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425. Prise de Mantoue. 425 et suiv. Reflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv. Reprise de la campagne en l'an V. Etat de l'armee de Sambre-et-Meuse: IX, 45 et suiv.; de l'armee du Haut-Rhin. 46-47. L'armee d'Italie est renforcee. 47-48. Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67. Combat de Tarwis. 68-72. Marche sur Vienne. 86 et suiv. Passage du Rhin a Neuwied par Hoche, a Diersheim par Desaix. 103. L'armee de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont reunies en une seule, et le commandement en est donne a Hoche. 298. Expedition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398. Expedition d'Egypte. (Voy. _Egypte_). Reprise des hostilites en l'an VII. Une armee napolitaine envahit les Etats Romains. X, 109 et suiv. Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv. Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113. Conquete du royaume de Naples. 113-119. Campagne de 1799. Etat de nos forces militaires et plans de guerre. 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137. Invasion des Grisons par Massena. 144-145. Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157. Distribution de nos armees en Italie. Forces ennemies. Premieres operations de Scherer. Combats sanglans sous Verone. 157-166. Bataille de Magnano. Retraite de Scherer. 164-167. Massena reunit le commandement de l'armee du Danube et d'Helvetie, et occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv. Suite de la guerre en Italie. Arrivee de Suwarow. 193 et suiv. Moreau remplace Scherer dans le commandement. Bataille de Cassano. 195-197. Retraite de Moreau au-dela du Po et de l'Apennin. Details de cette belle operation. 197-204. Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv. Essai de jonction entre l'armee de Naples et celle de Moreau. 210 et suiv. Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv. Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218. Reprise de la campagne. Mouvemens de Massena vers les Grandes-Alpes (juillet 1799). 253-254. Suite des affaires en Italie. 254 et suiv. Joubert arrive a l'armee d'Italie pour remplacer Moreau. Etat de ses forces. Bataille de Novi. 256-265. Debarquement des Anglo-Russes en Hollande. Echec de Brune. 266-268. Nouveau plan du conseil aulique. Description du theatre de la guerre en Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330. Desastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330. Defaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331. Fin de la campagne de 1799. Ses resultats heureux. 331-332. HEBERT. Journaliste. Il est arrete. IV, 126. Ses cruautes a l'egard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv. Il est arrete avec Ronsin, Vincent et autres. 371. Son proces et sa mort. 374-377-378-379. HEBERTISTES. Lutte des hebertistes et des dantonistes. V. 301-324-379-416. Manoeuvres et caracteres de ce parti. 337-338 et suiv. Plusieurs d'entre eux sont arretes. 371 et suiv. Proces et supplice des principaux chefs. 374-379. HELVETIQUE (Republique). (Voy. _Suisse_). HENRIOT. Il est nomme commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV, 148. Fait tirer le canon d'alarme. 150. Barre le passage a la convention le 2 juin. 181-182. HERAULT-SECHELLES. Il est decrete de mise en accusation. V, 394. Son proces et sa mort. 398-412. HEREDITE. L'heredite du trone est votee. I, 150. Discussions relatives a l'heredite de la couronne. _Ibid._ et suiv. HOCHE. Est nomme general de l'armee de la Moselle. V, 97. Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249. Il est nomme commandant en chef des armees du Rhin et de la Moselle. 249. Est remplace dans son commandement par Pichegru, et jete en prison par ordre de Saint-Just. VI, 60. Est elargi. 243. Ses operations militaires et politiques en Vendee (1795). VII, 37 et suiv. Suite de ses operations en Bretagne. 149 et suiv. Il cherche a dejouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et suiv. Est nomme commandant de l'armee de l'Ouest. Ses dispositions pour s'opposer a la nouvelle expedition anglaise. VIII, 25 et suiv. Il cherche a amener la pacification definitive de la Vendee. Son plan. 68-69 et suiv. Execution de ses projets. 72 et suiv. Il est nomme commandant de l'armee dite des cotes de l'Ocean. 126. Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendee, et il continue a les executer. 126-127 et suiv. Par ses soins la Vendee et la Bretagne sont entierement soumises. 138-139. Il publie une lettre pour dementir certains bruits qu'on repandait sur lui et sur Bonaparte. 244-247. Conseille une expedition en Irlande. 265. Son expedition en Irlande. 390-395. Est nomme general de l'armee de Sambre-et-Meuse apres la demission de Jourdan. 404. Il passe le Rhin a Neuwied. IX, 103. Ses dispositions politiques favorables au directoire menace. Barras s'adresse a lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Details de ses relations avec le directoire et de ses preparatifs pour cet objet. 196 et suiv. Il est nomme ministre de la guerre en l'an V. 209. Suite de ses preparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv. Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le meme objet. 219 et suiv. Ses operations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). Sa mort. Reflexions sur sa carriere politique et militaire. 298-302. HOLLANDE. Conquete de ce pays. VII, 1-23. Esprit public en Hollande a l'arrivee des Francais. 9-13 et suiv. Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la Hollande. 24 et suiv. La paix est signee avec cette puissance. Principales conditions du traite. 130-133. Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv. Revolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable a la constitution francaise. 372-375. Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76. Debarquement des Anglo-Russes. 266-267. Les Anglo-Russes y sont defaits par Brune et evacuent le pays. 330-331. HONDSCHOOTE. Recit de cette victoire, et operations militaires qui la precederent. V. 24-26. HOTEL-DE-VILLE. Les electeurs s'y reunissent. I, 78. Confusion qui y regne dans les journees du 13 et du 14 juillet. 90. Arrivee de ceux qui avaient pris la Bastille. 98. Embarras de l'Hotel-de-Ville apres le 14 juillet. 108-109. Il est force le 4 octobre par des femmes et des hommes armes de piques. 165. HOUCHARD. Envoye au tribunal revolutionnaire. V. 96. ILE-DIEU. Expedition de ce nom. VIII, 62 et suiv. INSTITUT d'Egypte. (Voy. _Egypte_). INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les desiraient. I, 118 et suiv. INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv. Une grande insurrection est fixee pour le 10 aout. 231-232. Celle du 31 mai est arretee. Par qui. IV, 145. Principaux details sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et suiv. Evenemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv., 176-180-183-184. IRLANDE. Expedition francaise dans ce pays. Elle echoue. VIII, 390-395. Leger echec des Francais en Irlande. X, 102. ISNARD. Son discours a l'occasion d'un projet de decret relatif aux emigres. II, 34-36. Sa reponse a la petition de la section de la Fraternite. IV, 127. ITALIE. Tableau geographique et politique de cette contree, a l'epoque de la conquete par les Francais. VIII, 161-169. Coup d'oeil sur l'etat de l'opinion publique apres la conquete de la Lombardie. 209 et suiv. Negociations avec divers etats de ce pays. 268 et suiv. Insurrections revolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des Venitiens apres le depart de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85. La revolution se propage apres les preliminaires de Leoben. Soulevement a Genes. 134 et suiv. Fondation de la republique cisalpine. Affaires de la Valteline. 314-318-321. Evenemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) Fermentation des etats italiens en l'an VI. 380 et suiv. Revolution a Rome, 381-388. Conquete de Naples. (Voy. _Naples_.) Desordres des republiques italiennes alliees. Changemens operes dans la constitution cisalpine. X, 83-89-94. Envahissement des Etats romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.) Revolution du Piemont. 119 et suiv. JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213. Ils adressent a l'assemblee une petition demandant la decheance du roi. 302. Organisation du club de ce nom. II, 13. Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les projets de guerre. 47-48. Leur projet de deposer le roi de vive force. 190-191 et suiv. Leur puissance apres le 10 aout. 272-274. Grande puissance de leur club. Les riches equipages qui se pressent a la porte. Affiliations nombreuses. Marat y parait encore etrange. III, 70-73. Agitation qui y regne apres l'accusation de Robespierre, par Louvet, a la convention. 91 et suiv. Font divers projets pour remedier a la disette. 310. Vive discussion au sujet du pillage du 25 fevrier. 315-16. Une populace armee se presente a ce club. 341-342. Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv. Projets des jacobins a la suite de la chute des girondins. Mesures qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191. Leur role apres le 31 mai. 279 280. Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comite de salut public. 293-296. Seance du 7 aout 179, a laquelle assistent les commissaires des departemens. Discours de Robespierre. 348-349. Decident, sur la motion de Robespierre, que leur societe sera epuree. V, 221-222. Plusieurs membres sont exclus. 228-229. Seance du 6 prairial an II, apres la tentative d'assassinat sur Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107. Font une petition a la convention, dirigee indirectement contre les comites. 185 et suiv. Le club est ouvert de nouveau et epure apres le 9 thermidor. 363. Sont reprimes dans les provinces. 334 et suiv. Ceux de Paris tachent de se defendre apres la reaction du 9 thermidor. 335 et suiv. Rumeur au club de Paris, menace d'epuration par la convention. 348 et suiv. Mesures qu'ils prennent pour eluder le decret rendu contre les societes populaires. 258-259. Seances orageuses au club de Paris au sujet du proces de Carrier. 374-375 et suiv. Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scenes violentes dans Paris. 383 et suiv. Leurs seances sont suspendues. Reflexions sur ce club. 388 et suiv. Leur societe etant dissoute, ils se refugient au club electoral. 390-391. (Voy. _Club electoral_.) JANVIER (21). Une fete anniversaire de la mort de Louis XVI est instituee par les conseils. La premiere se celebre le 1er pluviose an IV. VIII, 92-93. JEAN DE BRY. Propose de juger a la fois Marat et Robespierre. III, 107. JEMMAPES. Bataille de ce nom. Evenemens militaires qui y ont rapport. III, 114 et suiv. JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des seances de l'assemblee nationale. Les deputes assembles dans le Jeu de Paume pretent le serment de ne pas se separer avant l'etablissement d'une constitution. I, 62-63. On fait louer la salle pour empecher une nouvelle seance. 64-65. JEUNESSE DOREE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338. JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberte des cultes. IX, 162 et suiv. JOUBERT. Est nomme par le nouveau directoire commandant de l'armee d'Italie, et remplace Moreau. X, 243. Est tue a la bataille de Novi. 260. JOUR DE L'AN. Ceremonial aboli par l'assemblee legislative a propos des hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44. JOURDAN. Est nomme general en chef de l'armee du Nord. V, 97. Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roer. VI, 309 et suiv. Manoeuvres du general pour favoriser le passage du Rhin par Moreau. VIII, 221 et suiv. Passe le Rhin. 228-238 et suiv. Est repousse sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301. Est battu a Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319. Nomme depute en l'an V. IX, 147-148. Est appele au commandement de l'armee du Danube. X, 140. Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) Propose aux cinq-cents de declarer la patrie en danger (17 fructidor an VII). Sa proposition est rejetee. 279-281. JOURNAUX. Divers journaux, representant les opinions des partis, sont publies au commencement du directoire. VIII, 54. Licence des journalistes., VIII, 396-397. JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de Necker et du duc d'Orleans. Le regiment de Royal-Allemand le disperse. I, 87. Les gardes-francaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le peuple force les barrieres, pille les greniers de Saint-Lazare, et prend des armes au Garde-Meuble. 89. Divers bruits se repandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94. Le peuple enleve les canons de l'Hotel des Invalides, et court a la Bastille. 95-96. Suites de ces journees. 98-99. JUIN (20). Evenemens de cette journee. Ses causes. II, 124-140. Suites de cette journee. 141 et suiv. KAIRE (Le). (Voy. _Egypte_.) KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404. KERSAINT. Donne sa demission a la convention nationale, pour ne pas s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259. KLEBER. Ses operations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et suiv. Bonaparte lui confie le commandement de l'armee d'Egypte. X. 312. KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes emigres, trouvee dans un fourgon du general Klinglin. IX, 194-195. LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et echoue. VI, 96-98. LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-president de l'assemblee constituante. I, 92. Il est nomme commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104. Details sur sa vie et son caractere. I, 110 et suiv. Il donne sa demission, et reprend aussitot le commandement. 114. Declaration des droits. 136 et suiv. Traite de Cromwell. 144. Arrete le peuple sur la route de Versailles. 172. Arrive a Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour contenir le peuple a Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos. 172 et suiv. Defend le chateau attaque par les brigands. Montre la reine au peuple. 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.) Traite par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orleans a quitter Paris. 179-180. Punit quelques soldats mutines pour une augmentation de paie. 194-195. Conseille au roi de s'attacher demonstrativement et sincerement au parti populaire. 199. Denonce a la tribune l'influence secrete de l'Angleterre dans les affaires de la revolution. 219-220. Comprime diverses emeutes. 267-268. Disperse les jacobins attroupes au Champ-de-Mars. 302 et suiv. Envoye a l'armee du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40. Prend le commandement de l'armee du Centre. 44. Dumouriez s'oppose a ce qu'il ait le commandement general. 77. Sa position au milieu des partis a la fin de 1792. 110 et suiv. Il ecrit une lettre a l'assemblee. 112 et suiv. Se rend a l'assemblee et y expose divers griefs. 146; et suiv. S'assied au banc des petitionnaires. Ses projets en faveur du roi echouent. Il repart pour l'armee. 149 et suiv. Il propose au roi un projet de fuite. 206. Est mis hors d'accusation par l'assemblee. 231. Il fait arreter des commissaires envoyes par l'assemblee. On demande son accusation. Ses projets. 286-287. Il est declare traitre a la patrie et decrete d'accusation. 287. Il est abandonne par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291. Son elargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traite de Campo-Formio. IX, 334. LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacree. II, 334-335. LAMETH. Les deux freres Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117. Ils s'entendent avec la cour. I. 293. LAMOURETTE. Eveque constitutionnel de Lyon et depute a l'assemblee legislative. Motion de ce depute. II, 173-174. Effet produit par cette motion. 175. LANJUINAIS. Il soutient que le decret qui casse la commission des douze est nul. Tumulte et menaces a ce sujet. IV, 155 et suiv. Son courage a la tribune le 2 juin. 178-179. LAREVELLIERE-LEPAUX. Il sort du directoire dans la revolution de prairial an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238. (Voy. _Directoire_.) LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendeen. IV, 90-91. LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.) LECOINTRE (de Versailles). Il accuse a la convention les membres des anciens comites. VI, 281 et suiv. Son accusation est declaree fausse et calomnieuse. 288 et 289. LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrete apres le 13 vendemiaire. Sa correspondance. VII, 373 378. LEOBEN. Preliminaires de paix avec l'Autriche, signes dans cette ville. Principaux articles. IX, 91-95 et suiv. LEOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40 et suiv. LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tue par un garde-du-corps. III, 265-266. LESCURE (De). Chef vendeen. IV, 91. --Il est tue dans un combat. V, 123. LETOURNEUR. Son caractere et sa conduite au directoire. IX, 5-6. Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154. LEVEE EN MASSE. Elle est decretee. IV, 362. Moyen qu'on emploie pour l'execution de cette mesure. 363 et suiv. LIDO. Massacre des Francais dans le port de ce nom a Venise. IX, 114 et suiv. LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205. LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen. L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56. Negociations entamees en cette ville entre la France et l'Angleterre, en messidor an V. IX, 235-243. Rupture de cette conference par le directoire. 310-311 et suiv. LINDET (Robert). Il fait a la convention un rapport sur l'etat de la France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv. LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets ou sont marquees les depenses de Louis XV. I, 230-231. LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61. LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv. LOMBARDIE. Conquete de ce pays. VIII. 173 et suiv. LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285. LOUIS XVI. Il monte sur le trone. Sou caractere. Ascendant de la reine. I, 6-7. Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre. 29 et suiv. Il assiste a l'ouverture des etats-generaux et prononce un discours. 44. Dans la seance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les esprits. 65-66. Ordonne a l'assemblee de se separer sur-le-champ. 66. Repond froidement a l'assemblee nationale qui demandait le renvoi des troupes. 92. Declare a la deputation de l'assemblee qu'il a ordonne l'eloignement des troupes. 95. Ses inquietudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100. Il se rend a l'assemblee nationale et y est recu avec enthousiasme. 102. Se rend a Paris, escorte de deux cents deputes, et fait un discours a l'Hotel-de-Ville. 105-106. Est proclame restaurateur de la liberte francaise. 127. Sa reponse a l'assemblee, qui lui demandait acceptation et promesse de promulgation des articles constitutionnels et de la declaration des droits. 167. Il accepte purement et simplement les articles et la declaration des droits. 171. Revient a Paris. 177. Se presente a l'assemblee le 4 fevrier 1790, et fait un discours. Est reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv. Sa liste civile est fixee a 25 millions. 231. Assiste a la fete de la federation avec la reine, et prete le serment de maintenir la constitution. 240-241. Frappe du sort de Charles Ier. 252. Ses projets de fuite. 266. Le peuple arrete sa voiture. 276-277. Ses negociations avec des princes etrangers. Projet de fuite. 277 et suiv. Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv. Circonstances de son arrestation a Varennes. 285 et suiv. Circonstances de son retour a Paris. 289 et suiv. Une sentinelle s'oppose a ses sorties. 293. Il accepte la constitution. 307. Se rend a l'assemblee legislative, et est blesse par le ceremonial. II, 17. Appose son _veto_ a un decret contre les emigres. 24. Adresse une proclamation aux emigres. 25-26. Rend compte a l'assemblee legislative de ses mesures contre l'emigration. 37 et suiv. Il songe a se lier avec la Gironde, republicaine par defiance du roi. 57. Fait a l'assemblee des propositions de guerre. 72 et suiv. Ne veut sanctionner que le decret de vingt mille hommes et non celui contre les pretres. 105. Ses hesitations. Ses contradictions. Son abattement. 106. Demande secretement le secours de l'etranger. 107 et suiv. Attaque dans les Tuileries le 20 juin. Diverses reponses qu'il fait au peuple. 135 et suiv. Fait une proclamation au peuple apres le 20 juin. 144 et suiv. Se rend a l'assemblee, qui le recoit avec enthousiasme. 175-176. Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv. Il assiste a la deuxieme fete de la federation. 186-187. Divers projets d'evasion lui sont proposes. 206 et suiv. Il se prepare a fuir et y renonce ensuite. 229.-230. Est jete avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblee. 251. Est suspendu de la royaute. 257. Est garde prisonnier aux Feuillans. 268. Est transporte au Temple avec la famille royale. 278. On commence a agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv. Details sur sa captivite au Temple. 153 et suiv. L'education de son fils. 154. Precautions de la commune. 158-159. Son proces et details qui y ont rapport. 159 et suiv. Il est conduit a la barre de la convention pour etre juge. 202 et suiv. Repond aux diverses questions qui lui sont faites. 204. Se choisit des defenseurs. 205 et suiv. Nouveaux details sur sa captivite pendant son proces. 219 et suiv. Il est declare coupable de conspiration contre la liberte. 248. Est condamne a mort. 256. Circonstances et details de son execution. 262-265-266-270. LOUVET. Redige _la Sentinelle_. II, 119. Il denonce Robespierre a la convention. III, 84 et suiv. Il court chez Petion donner l'alerte aux girondins. 342-343. LOZERE. Trente mille revoltes sont soumis dans ce departement. IV, 255-256. LYON. Un club jacobin s'y etablit. Troubles politiques en 1793. IV, 75-76. Combat sanglant dans cette ville. 196-197. Troubles en juillet 93. Riard et Chalier sont mis a mort. 323-324. Il est mis en etat de siege par Dubois-Crance, conformement au decret de la convention. V, 7 et suiv. Le siege se poursuit. 32. Principales operations militaires du siege. 81 et suiv. Les promesses de l'emigration. 84. Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer Dubois-Crance qui s'y refuse. 90-91. Suite. Prise de la ville. 91-94. Decret de la convention contre cette ville. 94-95. Le terrible decret de la convention contre cette ville est mis a execution. 131 et suiv. Demolition des plus belles rues. La mine pour detruire les edifices, la mitraille pour immoler les proscrits. 132. Cette ville est declaree n'etre plus en etat de rebellion. VI, 368. Les contre-revolutionnaires y egorgent soixante-dix prisonniers le 5 floreal an III. VII, 184. MACDONALD. Il est nomme commandant de l'armee de Naples. X, 140. Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv. MAI (1793). Troubles dans Paris a l'occasion des nouvelles de l'insurrection vendeenne les premiers jours du mois. Details sur les craintes des partis a cette epoque. IV, 100 et suiv. 107. 31 mai. Circonstances de cette journee, depuis le 30 mai jusqu'au 2 juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.) Reflexions sur cette journee et ses consequences. 184 et suiv. Comment on en parle aux Jacobins. 191-193. Distribution des pouvoirs et des influences apres cette journee. 275-281. MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit a Versailles une troupe de femmes furieuses. I, 166. Il se presente avec ces femmes devant l'assemblee, et expose le desespoir du peuple a cause de la disette, 168-169. Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.) Ses preparatifs, suivant une relation toute recente. II, 310-311. Sa presence a l'Abbaye. 317. MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et suiv. MALESHERBES. Se devoue a la defense de Louis XVI. III, 206. MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoye a Paris. Ses negociations avec le directoire. VIII, 340-344. Suite de ses negociations. 356 et suiv. Suite de sa negociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart pour l'Angleterre. 386-390. Est de nouveau charge par l'Angleterre de negocier la paix. IX, 145. Conferences de Lille. 235-245. MALTE (Ile de). Prise de cette ile par les Francais. X, 6-8. MANDAT. General en chef de la garde nationale au 10 aout. Ses preparatifs. II, 239. Il est somme de comparaitre a l'Hotel-de-Ville. 242. Tue et jete a l'eau. 243. MANDATS. Nouveau papier cree le 25 ventose an IV. VIII, 109-111. Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv. MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv. Effet qu'il produit en France. 224 et suiv. MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211. Prise de cette ville par les Francais. 425 et suiv. MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le president de la convention aux Tuileries. III, 23. MARAT. Son caractere, ses principes. II, 194-196. Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv. Il est chef du comite de surveillance de Paris. 277. Se fait rendre les presses enlevees par Lafayette. 278. Est elu depute a la convention. III, 9. Justifie sa conduite et ses ecrits dans la convention. 38 et suiv. Rappelle ses ennemis a la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il se serait tue si on l'eut decrete d'accusation. 43-44. Va trouver Dumouriez au milieu d'une fete. 78-79. Dispute qui s'eleve aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre. 209 et suiv. Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au peuple parce qu'on le marchande. 210-211. Il est defere aux tribunaux comme un des auteurs du 25 fevrier. 317. Se defend dans son journal. 318-320. Il s'eleve contre une petition de la section Poissonniere et denonce Fournier. 347. Est mis en arrestation par la convention. IV, 60. Est acquitte par le tribunal revolutionnaire. Honneurs qu'il recoit a la convention et aux Jacobins. 66-68. Somme de s'expliquer sur ses opinions sur la necessite d'une dictature. 192. Il est assassine dans son bain. 265. Honneurs qu'il recoit apres sa mort. 267-269-272-273. Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportes au Pantheon a la place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300. Ses bustes sont brises en 1795. VII, 56 et suiv. Ils sont enleves de la convention. Scenes tumultueuses a ce sujet. 59. MARCEAU. Il est nomme general en chef en Vendee. V, 287. Est tue sur le champ de bataille. VIII, 320. MARIE-ANTOINETTE. Elle est transferee a la Conciergerie, pour etre jugee par le tribunal revolutionnaire. IV, 395. Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143. Hebert et ses depositions revoltantes dans ce proces. 146-148-149. Reponse admirable a ces accusations. 149. Details de son proces. Elle est condamnee et mise a mort. 149-151. MARSEILLE. Ville devouee a la Gironde. IV, 76-77. MARTIN D'AUCH. S'oppose a la declaration du jeu de Paume. I, 63. MASSENA. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 142-143. Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71. Est nomme commandant de l'armee d'Helvetie. X, 140. Remplace Jourdan dans le commandement de l'armee du Danube. Maniere dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.) Il remporte une grande victoire a Zurich. 318-321 et suiv. MAURY. (L'abbe). Principal orateur du clerge. Caractere de son esprit. I, 117. Il tache de s'opposer a la saisie des biens du clerge. 188 et suiv. Demande que l'assemblee se separe, et qu'on procede a de nouvelles elections. 210-211. MAXIMUM. Il est etabli sur tous les grains. IV, 330-331; sur toutes les marchandises. 332-385. Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv. Effets desastreux du _maximum_. Details economiques. VI, 270 et suiv. Cette mesure subit une reforme. 364-365 et suiv. Il est aboli. VII, 244-248. MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309. Details militaires du siege de cette ville. Disette effroyable. Ignorance de la garnison sur les evenemens qui se passent en France, et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Francais l'evacuent. 312-320. Admiration des assiegeans pour la resistance des Francais. 320. MENOU. General de l'armee de l'interieur. Son role dans la journee du 12 vendemiaire. VII, 355 et suiv. MERLIN. Il est nomme ministre de la justice en l'an V. IX, 209. Est nomme directeur. 294. Sort du directoire par la revolution du 30 prairial an VII. X, 238. (Voy. _Larevelliere_ et _Directoire_.) MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son chateau qui cause une effervescence universelle. I, 124. MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182. Une revolte se manifeste apres le depart de Bonaparte. Elle est etouffee. 189-191. MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150. MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv. MINISTERE. Etat du ministere apres la retraite de Necker. Les ministres se retirent successivement. I, 250-251. Nouvelle organisation du ministere. II, 32 et suiv. Discussions parmi les membres du ministere. 53-55. Renouvellement du ministere. 62-63. La division s'y etablit. 80 et suiv. Roland, Claviere et Servan sont renvoyes. 103. Des ministres feuillans le composent. 106. Sa reorganisation apres le 10 aout. 263-264. Il est l'objet de beaucoup de plaintes apres le 31 mai. IV, 283-284. Organisation du ministere par le directoire. Cinq ministres sont nommes. VIII, 17. Changemens projetes par le directoire. Les clichyens s'y opposent. Details a ce sujet. Le directoire nomme les ministres designes par sa majorite. IX, 200-211. Changemens operes a la suite de la revolution de prairial an VII. X, 347-348. MIRABEAU. Est elu depute en Provence. I, 37-38. Propose de sommer le clerge de se reunir aux communes. 49. Il declare que l'assemblee nationale ne se separera que par la force. 67. Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84. Paroles memorables de Mirabeau a l'occasion d'une derniere deputation envoyee au roi. 101. Il reclame contre la mise en liberte de Besenval. 116. Son caractere, son influence, idee de son genie. 119-120 et suiv. Fait une proposition relative a l'heredite du trone. 150-151. Appuie une proposition d'impot faite par Necker. Ses paroles sur la banqueroute. 155-156; Soupconne d'etre un des agens du duc d'Orleans. 179 et suiv. Son entrevue avec Necker. 182. Ses communications avec la cour. Reflexions a ce sujet. 200-201. Paroles de Mirabeau a propos de la proposition relative a la religion de l'etat. 209. Il s'oppose a la reelection des representans. 211-212. Reponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la guerre. 223-224. Se justifie de l'accusation portee contre lui d'etre un des auteurs des 5 et 6 octobre. 244. Traite avec la cour. Ses plans pour defendre la cause de la monarchie. 253 et suiv. Il combat un projet de loi contre l'emigration. 269 et suiv. Sa mort. 272-275. Reflexions sur son caractere et sa carriere politique. 275-276. MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frere. I, 212, A la tete de 600 hommes dans l'eveche de Strasbourg. II, 33. MIROMENIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est destitue. I, 12. MONSIEUR (frere du roi). Sa popularite. I, 16. Le bureau qu'il preside vote pour le doublement du tiers. 28. Se rend a l'Hotel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras. 195. Fuite en Flandre. 281-282. Decret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23. MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes apres le 25 fevrier. III, 322 et suiv. Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement revolutionnaire et de montagnards sont decretes d'arrestation apres le 1er prairial. VII, 228-233 et suiv. Proces de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison. Supplice des autres. 237 et suiv. MONTAGNE (La). Nom donne a une portion de l'assemblee legislative. II, 15-16. Nom donne au cote gauche de la convention. III, 46-47. Sa situation apres le 9 thermidor. VI, 245 et suiv. MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148. MONTESQUIOU. Sur le point d'etre destitue. Son entree en Savoie. On lui continue le commandement des troupes. III, 62. Il intimide Geneve. 66. Il s'y refugie devant la menace d'un decret. 144-145. MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297. MOREAU. Il est nomme commandant de l'armee du Rhin a la place de Pichegru. VIII, 125. Passe le Rhin. 226 et suiv. Suite de ses operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298. Il entre en Baviere. 302. Sa belle retraite. 321-326. Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne trahissait point a cette epoque. IX, 194 et suiv. Ses revelations tardives. Il perd son commandement. 296-297. Prend le commandement de l'armee d'Italie, dont Scherer se demet. Ses premieres operations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.) Sa retraite au-dela du Po et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez _Guerre_.) MOREAU DE SAINT-MERY (electeur). Defend l'Hotel-de-Ville. I, 91. Il se maintient a l'Hotel-de-Ville, et signe pres de. 3,000 ordres en quelques heures. 99. Il designe Lafayette pour etre commandant de la milice. 104. MOULINS. Nomme directeur apres le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.) MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142. Il se presente au roi accompagne de quelques-unes des femmes entrainees a Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.) Donne sa demission, perd sa popularite. 185. MUNICIPALITE. Elle fait une proclamation au peuple apres le 20 juin. II, 144. MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293. NAPLES. Terreur de la cour a l'approche de Bonaparte. Un armistice est conclu. VIII, 212-213. La paix avec le royaume de Naples est signee. 347-348. Projets insenses de la cour de Naples contre la France. X, 103 et suiv. (Voy. _Guerre_.) Conquete de ce royaume par les Francais. 113-119. NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38. Organise trois armees sur la frontiere. 44 et suiv. NECKER. Caractere et talens de ce ministre, I, 8. Il est exile. 11. Rentre au ministere. 25. Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la noblesse. 52-53. Propose au roi des plans de reforme. 60. Recoit un billet du roi qui le presse de partir. 86. Part. _Ibid._ Son retour est ordonne par le roi. 106. Il retourne en France, traine en triomphe, se rend a l'Hotel-de-Ville, et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux electeurs la liberte de Besenval, qu'ils accordent. 115-116. Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv. Il demande un emprunt de 30 millions. 135. Sa plainte a l'assemblee. Il demande une contribution du quart du revenu. 155. S'abouche avec Mirabeau. 182. Nouveaux details sur son caractere. Il donne sa demission. 249-250. NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi francais d'Egypte. X, 8-9. Il bat l'escadre francaise a Aboukir. 52-57. NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv. NEUFCHATEAU (Francois de). Il est nomme directeur. IX, 294. NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un decret de la convention. VI, 8-9. Une loi sur les ci-devant nobles est rendue apres le 18 fructidor. IX, 309-310. NOBLESSE. La noblesse se refuse a la verification des pouvoirs en commun. (Voy. _Tiers-Etat_ et _Verification_.) Quarante-sept de ses membres se reunissent a l'assemblee nationale. I, 70 La majorite se reunit le 27 juin. 71-72. Elle continue a se reunir en ordre separe. 81-82. Abdique ses privileges. 125-126. Son role dans l'assemblee. 191-192. Se divise dans ses plans en deux partis. 206. NORMANDIE. Elle est contraire a la revolution, IV, 78. NOTABLES (Assemblee des). Sa convocation. I, 11. Elle est convoquee de nouveau. 27. NOVI. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 257-264. ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal revolutionnaire pour tout le Midi. VI, 148-149. ORLEANS (Le duc d'). Il est exile a Villers-Cotterets. I, 18. Accuse de cabales. 38. Son caractere. 39-40. Il se mele aux deputes du tiers, 43. Reunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose devoues. 79. Il est accuse d'etre un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors d'accusation. 243 et suiv. Refuse la regence. 300 et suiv. Est insulte au chateau. II, 49-50. Est nomme depute a la convention. III, 9. Sa position equivoque dans la convention. On delibere sur son bannissement. 214 et suiv. Il vote la mort de son parent. 253. Il est decrete d'accusation avec sa famille. IV, 38-39. Est condamne a mort et execute. V, 167-168. ORDRES. Conduite des premiers ordres a la convocation des etats generaux. I, 41-42. OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses consequences. X, 247 et suiv. PACHE. Il est nomme ministre de la guerre. Sa sobriete, sa moderation, son activite. III, 111-112. Son penchant pour les jacobins. 133. Ses bureaux. 150. Disgracie. 275. Nomme maire de Paris. 305. Il signe une petition pour exclure les girondins de l'assemblee. IV, 62. PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus grands rassemblemens populaires. I, 79. Il continue a etre le centre de reunion des agitateurs. 143-144. Fait une adresse a la commune. 145. PAQUES VERONAISES. Nom donne au massacre des Francais a Verone le 15 avril 1797. Details de cet evenement. IX, 107-114. PARLEMENT. Sa resistance a l'egale repartition des impots et a l'abolition des restes de la barbarie feodale. I, 9. Position du parlement apres l'assemblee des notables. 15. Il est mande a Versailles. 16. Exile a Troyes. _Ibid._ Rappele le 10 septembre. 17. Enregistre l'edit portant la creation de l'emprunt successif, et la convocation des etats-generaux dans cinq ans. 18. Fait, le 5 mai 1788, une declaration de quelques-unes des lois constitutives de l'etat. 20-21. PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III, 265-266. PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II, 117-118. PARTIS. Etat des partis apres le 5 octobre. I, 178 et suiv. Etat de dissidence des partis apres la seconde federation. II, 192 et suiv. Exigence des partis apres le 10 aout, 270-271. Leur etat au moment du proces de Louis XVI. III, 148 et suiv. Situation des partis apres la mort de Louis XVI. 271 et suiv. Leurs differens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv. Leur division en decembre 93. V, 241 et suiv. Leur division et situation apres le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et suiv. Lutte des deux partis qui se formerent apres la terreur. 332 et suiv. 343 et suiv. Grande agitation des partis revolutionnaire et modere apres la reaction de thermidor. VII, 55 et suiv. Lutte des patriotes et des revolutionnaires dans la reaction amenee par le 9 thermidor. 178 et suiv. Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv. Leur etat en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265. Ils se coalisent tous contre le directoire apres nos defaites en Italie (an VII). X, 220 et suiv. Leur agitation apres le retour de Bonaparte d'Egypte. Tous se reunissent a lui par des motifs divers. 338-342 et suiv. PATRIE EN DANGER. La patrie declaree en danger le 11 juillet 1792. Consequence de cette declaration. II, 180. Seances permanentes. Enrolemens volontaires. Les federes arrivent de toutes parts. 188 et suiv. On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette declaration. X, 279 et suiv. PATRIOTES. Etat de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv. Echecs qu'ils eprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96; du 12 germinal. 107 et suiv. Ils sont desarmes et renvoyes dans leurs communes. 122 et suiv. Projets de revolte et d'insurrection en floreal (1795). Ils echouent. 182 et suiv. Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur insurrection les 2, 3 et 4 du meme mois. Ils sont soumis. 204 et suiv. 231. Leur revolte a Toulon, en floreal. 232-233. Reflexions sur la ruine de ce parti par les evenemens de prairial. 249 et suiv. La convention, menacee en vendemiaire, leur donne des armes. 353. Ils se reunissent au Pantheon et forment une espece de club (1795). VIII, 52-53. Leurs plaintes et recriminations contre le directoire. 71-95 et suiv. Leur reunion au Pantheon devient un vrai club jacobin. 97-99. Leur societe est dissoute. 99. Ils se montrent mecontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle. L'insurrection echoue. 257-261-262. Ils forment l'opposition contre le directoire apres le 18 fructidor. IX, 401 et suiv. Leur dechainement apres le desastre de Novi et les evenemens de Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V, 268-269 et suiv. Le directoire fait fermer plusieurs de leurs societes. 273-275. Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv. Les deputes patriotes et leurs adversaires se reunissent pour essayer, d'une reconciliation. 277-279. PAVIE. Des paysans revoltes s'emparent de cette ville. Bonaparte la reprend. VIII, 190-192. PETION. Nomme par l'assemblee l'un des trois commissaires pour reconduire Louis XVI a Paris apres son arrestation a Varennes. I, 289. Il est nomme maire de Paris. Ses principes republicains et sa conduite. II, 122 et suiv. Sa conduite dans la journee du 20 juin. 124-127-139-140. Sa conversation avec le roi. 143. Il est suspendu de ses fonctions, 177. Est reintegre par l'assemblee. 184. La foule crie: _Vive Petion! Petion ou la mort!_ 186. Demande la decheance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris. 226-227. Tache de retarder l'insurrection du 10 aout. 223-234. Place lui-meme des sentinelles a sa porte pour etre en etat d'arrestation. 244. Rend compte a l'assemblee de l'etat de Paris. 270. Regarde par Danton comme un honnete homme inutile. 274. Tache de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334. Il est arrete. IV, 190. PHILIPPEAUX. Son ecrit contre Ronsin et les ultra-revolutionnaires. V, 306-307. Il est accuse devant les jacobins. 314 et suiv. Suite de son accusation 329 et suiv. Il est arrete. 389. Son proces et sa mort. 398-411. PICHEGRU. Commandant en chef de l'armee du Nord. VI, 60. Il passe la Meuse. 315. Envahit la Hollande; prend l'ile de Bommel. VII, 11 et suiv. Nomme general de la force armee a Paris. Apaise l'insurrection du 12 germinal. 117-119 et suiv. Commandant de l'armee du Rhin. 253. Sa trahison. Details de ses negociations avec le prince de Conde. 259 et suiv. Perd son commandement. VIII, 125. Ses relations avec les emigres. 23 et suiv. Nomme depute en l'an V par le Jura. 147. Continue ses projets de trahison. 156. Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale. 216 et suiv. Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278. Il est condamne a la deportation. 285. PIEMONT. Conquete du Piemont par Bonaparte. VIII, 141-161. Traite de paix avec ce royaume. 268. Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120 et suiv. PILNITZ. Declaration de Pilnitz. I, 296-297. PITT. Sa politique a l'egard de la France. On l'accuse de payer des troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv. Il a une entrevue avec Maret, envoye du gouvernement francais; entrevue qui n'amene rien. 283 et suiv. Est soupconne d'etre le moteur d'une conspiration etrangere, et est declare l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394. Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv. Politique de ce ministre. Il continue a soutenir la guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv. S'attire la haine des Anglais apres la campagne de 1795. Sa politique. VIII, 77-80 et suiv. Ses negociations illusoires avec la France. 120-121. Ses combinaisons. Ouverture d'une negociation avec le directoire. 336\ et suiv. POIDS ET MESURES. Le systeme en est renouvele. V, 187-188. POLICE. Elle est erigee en ministere special sur la proposition du directoire. VIII, 101. PORTE (La). Elle declare la guerre a la France. X, 61-62. PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement de la convention. Combats. Meurtre d'un depute. Details de cette journee. VII, 205-225. Journee du lendemain, 2. Les patriotes echouent de nouveau. 224 et suiv. Le 4 prairial les revoltes se retranchent dans le faubourg Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231. 30 prairial. Revolution dans le gouvernement directorial. Trois directeurs sont changes. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.) PRESSE. La liberte de la presse est etablie apres le 9 thermidor. VI, 261 et suiv. Discussion sur la liberte de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_, _Directoire_.) PRINCES. Facheuse situation des princes francais emigres en 1794 VI, 326 et suiv. PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont egorges a Versailles. III, 3 et suiv. PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects. Leur interieur a cette epoque. V, 136 et suiv. Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie francaise. 141-142. Le regime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94. PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession a Notre-Dame. I, 43. PRUSSE. Elle rompt la neutralite et marche contre la France. II, 154. Negocie pour la paix. VII, 29-30. La paix est signee avec cette puissance. Conditions du traite. 134-135. Conserve sa neutralite malgre les efforts de Pitt. VIII, 122. PRUSSIENS. Leurs premiers succes. II, 297. Leur armee se retire. 372. Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376. PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv. Suite de ses menees politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv. Suite de l'expedition de Quiberon. Details de ses operations militaires dans cette affaire. 269-275-276-312. Il se prepare de nouveau a la guerre en Bretagne apres l'affaire de Quiberon, VIII, 23 et suiv. PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv. QUIBERON. Expedition de Quiberon. Details militaires. VII, 269 et suiv. 311. Cause de non-reussite des emigres. Consequences de l'affaire de Quiberon. VII, 312 et suiv. RADSTADT. Congres de ce nom. Details des negociations qui y eurent lieu en pluviose an VI. X, 365 et suiv. Progres des negociations dans l'ete de l'an VI. 71 et suiv. Assassinat des plenipotentiaires francais. Motifs et details de cette catastrophe. 169-172. RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv. RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231. REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv. REFORMES. Changement dans les moeurs et reformes diverses en 1795. VII, 46-51. RELIGION CATHOLIQUE. Debats a l'assemblee sur la proposition de declarer la religion catholique religion de l'etat. I, 208 et suiv. REPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la republique, le 22 novembre 1792. III, 26. Dangers de la republique en aout 1793. IV, 325 et suiv. RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur emis sous ce nom par le directoire. VIII, 84. Mauvais succes de ce papier. 106. REVEIL DU PEUPLE. Air chante par la jeunesse doree (voy. ce mot). VI, 383. REVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brulee. I, 38-39. REVELLIERE-LEPADX (La). Son caractere. Sa conduite a l'egard de ses collegues du directoire. IX, 6-7 et suiv. REVOLTES. Des revoltes contre-revolutionnaires se declarent dans plusieurs departemens. IV, 19. REVOLUTION. Reflexions sur la marche des revolutions. II, 6-7. REVOLUTION FRANCAISE. Causes qui la preparerent. I, 33-35 et suiv. Elle commence a donner des inquietudes aux souverains etrangers. 215. Differemment embrassee par Paris et les provinces. V, 359 et suiv. REWBELL. Caractere de ce membre du directoire. Sa position vis-a-vis des autres directeurs. IX, 4-5. Calomnieuses accusations contre sa probite. X, 182-185. Il est exclus du directoire par le sort. 185. RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.; par Jourdan. 238; par Massena le 16 ventose an VII. X, 145-146. RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423. ROBESPIERRE. Il s'eleve contre la critique de la declaration des droits. I, 167. Combat la proposition de la loi martiale. 186. Il se prononce contre le principe de l'inviolabilite du roi. 301. Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv. Se declare contre la guerre dans les seances aux jacobins. 48-49. Buzot et Roland lui offrent un asile. 198. Entrevue avec Barbaroux. 201-202. Sa position apres le 10 aout. 273. Il adresse a l'assemblee une petition au nom de la municipalite. 281 et suiv. Il est nomme depute a la convention. III, 9. Est accuse de tyrannie a la convention. Sa defense. Debats a ce sujet. 31-32. Il est accuse de nouveau par Louvet. 84 et suiv. Se defend a la convention. 98 et suiv. Veut que Louis XVI soit condamne sans proces. 192 et suiv. Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat. 209 et suiv. Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv. --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv. --Sa popularite, ses projets, et details sur son caractere. 289 et suiv. Parle aux Jacobins en faveur du comite de salut public. 291-294 et suiv. Sa politique. 296-299. Il devient membre du comite de salut public. 591. --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre les agitateurs. 218 et suiv. Justifie Danton. 224 et suiv. Son opinion sur la nature du gouvernement revolutionnaire. 352 et suiv. Il parle contre Danton a la convention. 390 et suiv. Fait decreter la reconnaissance de l'Etre-Supreme. Son discours. VI, 22-29. On tente de l'assassiner. 100-102. Son discours aux Jacobins apres cette tentative d'assassinat. 105 et suiv. Son influence en 94. Sa politique. Details de son caractere. 107 et suiv. Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal revolutionnaire. 119-123. Commence a eprouver de la resistance dans les comites. 128-129 et suiv. Ses projets contre les comites et sa conduite politique a cette epoque. 154-158. Suite du meme sujet. 180 et suiv. Prononce le 8 thermidor un discours a la convention. Il se justifie de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des comites. Il conclut a une epuration des comites de surete generale et de salut public. 187-193. Debats a ce sujet; il est a son tour vivement accuse. 193-197. Va aux Jacobins, et fait decider une nouvelle insurrection contre la convention. 197-198. Est accuse violemment le 9 thermidor a la convention. Details de cette scene. Il est decrete d'arrestation. 205-210. Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228. ROEDERER. Engage Louis XVI a se retirer dans le sein de l'assemblee legislative. Discussion avec la reine. II, 249-250. Il rend compte a l'assemblee des preliminaires de l'insurrection. 251. ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succedent a Larevelliere et a Merlin au directoire. X, 240 et suiv. ROGER-DUCOS. Il est nomme consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384. ROLAND. Nomme ministre de l'interieur. II, 62. Il lit au roi une lettre. 92 et suiv. Communique a l'assemblee la lettre qu'il avait lue au roi. 103. Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331. Fait son rapport sur l'etat de Paris. III, 83. Son inflexibilite vis-a-vis de la commune. 150-151. Donne sa demission. 273. ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63. Haine des jacobins contre elle. III, 12-13. Elle est arretee. IV, 190-191. Est condamnee et executee. V. 168-469. ROME. Agitation des democrates dans les Etats-Romains. La legation francaise est insultee. IX, 381-383. Berthier entre a Rome, en chasse le pape. 384-386. Les Romains se constituent en republique, 385 et suiv. Etat de son gouvernement apres sa revolution. X, 86 et suiv. Entree des Napolitains dans les Etats-Romains. Ils sont repousses par Championnet. 109-113. ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI. I, 283. Il arrive a Varennes. 288. RONSIN. Il sort de prison. Son caractere. V, 338-339. Il est de nouveau arrete. 370. Son proces et sa mort. 374-379. ROSSIGNOL. Il est nomme general de l'armee des cotes de La Rochelle. IV. 389. ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307. ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327. Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv. Triomphe de ce parti apres les evenemens de prairial. 249 et suiv. Menees de ce parti dans les sections apres les journees de prairial. VII, 323 et suiv. Leur desappointement apres le 13 vendemiaire. 373 et suiv. Les agens de la royaute continuent leurs secretes menees. VIII, 114 et suiv. Etat de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues et de ses projets. IX, 18 et suiv. Complot decouvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de Presle. 28 et suiv. Leurs esperances apres les elections de l'an V. Leur joie a Paris, ou se reunissent beaucoup d'emigres et de chouans. 179-181. Leur terreur apres le 18 fructidor. 293 et suiv. ROYOU. Redacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84. SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, detenu a la Bastille. I, 444. Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltes. 144-145. SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilite du roi et sur sa mise en accusation. III, 172 et suiv. Il provoque et fait decreter l'institution du gouvernement revolutionnaire. V, 56 et suiv. Est envoye par le comite de salut public a l'armee du Rhin. Ce qu'il y fait. 245-246-249. Il fait un rapport contre les hebertistes et les dantonistes. 369 et suiv. Accuse Danton a la convention. 393 et suiv. Il est decrete d'arrestation par la convention, dans la seance du 9 thermidor. VI, 210. Son supplice. 227-228. SALLES. Propose et soutient le systeme de l'appel au peuple dans le proces de Louis XVI. III, 230 et suiv. SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118. Ses operations au 20 juin. 124-126-127-132-133. SCHERER. Il est nomme general en chef de l'armee d'Italie. X, 139. Il abandonne le commandement de l'armee d'Italie a Moreau. 195. SECTIONS. Les sections de Paris chargent Petion de demander la decheance de Louis XVI. II, 226. Fanatisme des assemblees des sections. III, 308-310. Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333. La section Poissonniere demande un acte d'accusation contre Dumouriez. Scene a la convention a ce sujet. 346 et suiv. La section de la Halle-au-Ble fait une petition contre plusieurs membres de la convention. IV, 50. Leur influence dans toute la France. 75 et suiv. La section de la _Fraternite_ denonce les projets de l'assemblee de la mairie. 121. D'autres l'imitent. 123. Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hebert. 128 et suiv. Les 48 sections se reunissent pour decider l'insurrection du 31 mai. 146. Les assemblees sectionnaires detruites par le comite de salut public. VI. 12-15. On decide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par decade. 259. Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts presentent une petition a la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels. VII, 86 et suiv. Elles sont agitees par les menees du parti royaliste. 324 et suiv. Elles se soulevent contre les decrets des 5 et 13 fructidor. Petitions. Celles de Paris rejettent ces decrets. 339-544. Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv. Elles font la journee du 15 vendemiaire (voy. _Vendemiaire_). 348-369. La section Lepelletier resiste aux troupes du general Menou le 12 vendemiaire. 354 et suiv. Les sectionnaires forment diverses societes en 1795. VIII, 53. SELZ. Lieu choisi pour les conferences entre l'Autriche et la France. Negociations qui s'y font. X, 67 et suiv. SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Details de ces journees. Massacre des prisonniers. II, 312-340. SEPTEUIL. Tresorier de la liste civile. Sommes trouvees chez lui. III, 4. On les evalue a dix millions. 94. SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138. Il est prete par l'assemblee nationale et par tous les corps constitues de Paris et de la France. 198-199. Il est prete par les federes au Champ-de-Mars. 240-241. L'assemblee etend l'obligation de ce serment au clerge. 259-260. (Voy. _Clerge_.) SERRURIER. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143. SERVAN. Ce ministre propose la reunion d'un camp de vingt mille federes. Debats a l'assemblee sur cette motion. II, 90 et suiv. SIEYES (l'abbe) publie une brochure sur le _tiers-etat_. I, 26. Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres ordres relativement a la verification des pouvoirs. Il motive la decision des communes qui se constituent assemblee nationale. 54 et suiv. Idees de Sieyes sur la constitution. 141. Il propose l'aneantissement des demarcations provinciales. 190. Il propose et fait adopter le projet d'un decret destine a proteger la convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv. Son projet de loi est vote; 93-95. Refuse d'etre directeur. VIII, 10. Il est envoye par le directoire en ambassade a Berlin. X, 156 et suiv. Il est elu directeur en remplacement de Rewbell. 187. Sa cooperation au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv. Il est nomme consul provisoire le meme jour. 383-384. SOCIETE. Peinture de la societe et des moeurs a la fin de l'an IV. VIII, 103 et suiv. SOCIETES PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblees de sections. IV, 139. SOCIETES POPULAIRES. Decret rendu contre elles apres la terreur. VI, 351-357. Diverses reunions de la jeunesse doree et le club du Pantheon sont fermes. VIII, 99. SOIXANTE-TREIZE deputes prisonniers depuis le 31 mai sont reintegres dans leurs fonctions. VI, 392. SOMBREUIL. Le devouement de sa fille. II, 325. STAEL (Mad. de). Son influence a Paris. VII, 329. Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son influence dans la societe de Paris. IX, 254-257. STOCKACH. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 148-155. STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendeenne. IV, 84-90. Il continue la guerre apres la soumission de Charette. VII, 147 et suiv. Il signe la paix a Saint-Florent. 161. Il est pris et fusille. VIII, 131-132. SUBSISTANCES. Embarras a Paris pour les subsistances en 1792. III, 182 et suiv. Les embarras augmentent. 307 et suiv. Leur deplorable etat en 93. IV. 326 et suiv. Decrets de la convention a ce sujet. Detresse des Parisiens. 331 et suiv. Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en octobre 93. V, 175-177-178 et suiv. Lois et reglemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794. VI, 84 et suiv. Nouveaux decrets sur les subsistances apres le 1er prairial. VII, 241-242. Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv. SUISSE. Elle conserve sa neutralite au milieu de la guerre generale. Ses dispositions a l'egard de la republique. VII, 137-138. Revolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud. Arrivee des Francais avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se constitue en republique. IX, 389-399. Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons. Intervention de la France. Un traite d'alliance est conclu. X, 72-82. Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et suiv. SUISSES. Massacres au 10 aout. II, 253-254. SUSPECTS. Quels ils etaient. IV, 25. Leur arrestation est decretee. 359-360. La loi des suspects est decretee. V, 60 et suiv. Comment Chaumette les designe. 134 et suiv. Details sur leur detention. 136 et suiv.-- Leur nombre augmente. On change l'administration interieure des detenus. VI, 92 et suiv. Ils sont conduits en foule a la mort en juin 1794. 136-143. Ils sont elargis. 241 et suiv. SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractere de ce general. Sa capacite. X, 193 et suiv. Il empeche la jonction de l'armee de Naples a celle de Moreau. 209 et suiv. Est battu partout en Suisse et force a la retraite. 327 et suiv. SYRIE. Expedition en Syrie. (Voy. _Egypte_ et _Bonaparte_.) TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67. TALLEYRAND (M. de). Nomme ministre des affaires etrangeres en l'an V. IX, 209. TALLIEN. Son role dans la journee du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.) Est blesse par un assassin. VI, 290. TALLIEN (Mad.). Son role dans la societe a Paris, apres la terreur. VI, 340 et suiv. TARGET. Refuse de servir de conseil a Louis XVI. III, 206. TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72. THEOPHILANTHROPE. Societe de ce nom. IX, 8. THERMIDOR (9). Evenemens de cette journee. VI, 203-228. Consequences de ce jour. Reflexions sur la marche de la revolution depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232. Consequences de cette journee. 233 et suiv. THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248. Ils demeurent les maitres apres le 1er prairial. Consequences de cette reaction. VII, 249-251. Leurs craintes sur les progres de la reaction royaliste. Ils tachent de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv. THOURET. Dernier president de la constituante. I, 308. TIERS-ETAT. Arret du Conseil, du 27 decembre 1788, ordonnant le doublement des deputes du tiers etat. I, 28 et suiv. Le tiers-etat se couvre ainsi que les autres ordres malgre l'usage etabli. 44. Lutte du tiers-etat avec les deux autres ordres au sujet du mode de leur reunion. 45 et suiv., 47 et suiv. Rapidite de sa puissance. 50-51. TOLENTINO. Traite de ce nom, signe par Bonaparte et le pape. Ses conditions, ses avantages. IX, 50-55. TOMBES ROYALES. Un decret ordonne de les detruire. IV, 393. TOSCANE. Traite de paix avec ce pays. VII, 138-139. TOULON. Les moderes l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais. V, 10 et suiv. Ils arment le petit Gibraltar. 253. Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255. Evacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259. Les forcats eteignent l'incendie. 261. Les patriotes se revoltent. VII, 232 et suiv. TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv. Ses suites. 218 et suiv. TREILHARD. Nomme directeur a la place de Francois de Neufchateau. IX, 407. Il sort du directoire en prairial an VII. 232. TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est decrete par la convention. III, 333 et suiv. On en regle les formes. 338-339. TRIBUNAL DU 17 AOUT. A quelle occasion il fut institue. II, 283. TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE. Premier essai, a l'occasion du 10 aout. II, 283. Il est installe. IV, 25-26. Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163. Proces des dantonistes, des quatres accuses de faux et autres. 398-412. Il continue a ordonner les executions. VI, 94 et suiv. Est reorganise d'apres un projet de Robespierre. 119 et suiv. Terribles executions en juin et en juillet 1794. Details sur les procedures de ce temps. 136 et suiv. Il est suspendu de ses fonctions. 235. Est remis en activite. 260. Est definitivement aboli. VII, 240. TRONCHET. Accepte la defense de Louis XVI. III, 206. TROUVE. (Voy. _Cisalpine_.) TURGOT. Appele au ministere. Son caractere. I, 7. Il echoue dans ses reformes. _Ibid._ et suiv. ULTRA-REVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux revolutionnaires exageres. V, 236. Plusieurs d'entre-eux sont arretes par decret de la convention. 238. Ils preparent une insurrection contre la convention. Ils echouent. 360-371. VALENCIENNES. Cette ville est assiegee et prise par les ennemis. IV, 320-323. VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367. VARLET. Est declare suspect par Billaud-Varennes. III, 348. La reunion Corrazza. 351. Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120. Il est arrete. 126. Arrete dans le comite d'execution le plan definitif de la seconde insurrection. 170. Il redige une petition contre les accapareurs. 243-244. VAUBLANC (de). Porte au roi le decret sur le desarmement des emigres. II, 36. VENDEE. Description de ce pays et des departemens voisins. Theatre de la guerre civile et causes de sa haine contre la revolution. IV, 79 et suiv. Insurrection des paysans vendeens a cause de la levee des 300,000 hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se mettent a la tete des insurges. 83 et suiv., 86-88. L'insurrection devient generale. 89 et suiv. Un decret ordonne que la Vendee sera ravagee. IV, 387-388 et suiv. Un decret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18. Etat de ce pays apres la premiere pacification. 263-263. Nouveaux preparatifs de guerre apres l'affaire de Quiberon. VIII, 23 et suiv. La pacification du pays commence a se faire definitivement. 71-72 et suiv. Pacification definitive des pays connus sous ce nom, en germinal an IV. 126-132-136. VENDEENS. Pourquoi ce nom fut donne et conserve aux insurges francais. IV, 88. Ils s'emparent de Thouars et brulent l'arbre de la liberte. 92-93. Suite de leurs succes. 229 et suiv. Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doue et de Saumur. 234-236. Ils sont repousses a Nantes. 252-254. Suite de leur guerre. 300 et suiv. Ils sont defaits a Lucon. V, 14-15. Divers plans sont proposes pour les reduire. 16-19. Premieres operations de Canclaux contre eux, d'apres le plan du 2 septembre. 36 et suiv. Divisions parmi les chefs. 39-40. Suite de la guerre. 40 et suiv. Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses echecs en Vendee. 46-47. Continuation de la guerre. 66 et suiv. Ils sont defaits a Cholet. 118-121. Differens combats en octobre, novembre et decembre 93. Leur grande armee est entierement detruite. 264-292. Etat de leur armee apres leur defaite a Cholet. 273 et suiv. Ils sont battus au Mans. Leur deroute complete. 287 et suiv. Ils continuent a se defendre. Leurs chefs. VI, 320-322. Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII, 32-34. Negociations diverses entre les chefs revoltes et les generaux de la republique. 40-45. Negociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142 et suiv. Quelques chefs signent la paix. 145-146. VENDEMIAIRE (Journee du 13). Evenemens preparatoires du 11 et du 12. Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la Convention. VII, 348-369. Suites de cette journee. 370 et suiv. VENISE. Inquietude du gouvernement venitien a l'approche de l'armee francaise. VIII, 196 et suiv. Invasion du territoire venitien par Bonaparte. 196 et suiv. Perfidie du gouvernement venitien apres le depart de Bonaparte. IX, 72-85. Articles des preliminaires de paix de Leoben qui concernent les etats venitiens. 94 et suiv. Suite des manoeuvres perfides des Venitiens contre les Francais. 105 et suiv. Chute de la republique de Venise. Details sur les evenemens qui l'amenent. 116-131. VENTRE. Denomination donnee a un certain parti de l'assemblee legislative. II, 12. VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11. Il accuse Delessart. Son discours. 55-56. Fragmens de son discours a l'occasion du projet de la commission des Douze. 164 et suiv. Il propose un message au roi qui l'oblige a opter entre la France et l'etranger. 470. Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv. Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246. Il repond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55 et suiv. Il fait decreter, le 31 mai, que Paris a bien merite de la patrie. 158-159. Il est arrete. 190. Son proces, sa mise a mort. V, 156-162-167. VERIFICATION. Debats dans les etats-generaux relativement a la verification des pouvoirs. I, 44 et suiv. VERMONT (l'abbe de). Il propose et fait accepter a la reine M. de Brienne pour ministre. I, 12. VERONE. Massacre des Francais dans cette ville. Elle est prise par le general Chabran. IX, 107-113. VERSAILLES. De nouvelles troupes s'etablissent, a Versailles. Consequences du sejour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et suiv. Scenes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv. Massacre de 52 prisonniers apres les journees de septembre. III, 5. VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II, 142-143-146 et suiv. Le veto suspensif est declare. 148-149. Le veto suspensif est etendu a deux legislatures. 153. VIENNE. Scenes tumultueuses a Vienne entre la legation francaise et l'empereur. X, 76-77 et suiv. VIEUX CORDELIER (Le). Journal redige par Camille Desmoulins. Morceaux cites. V, 307 et suiv. Autres morceaux cites. 322 et suiv. Autres passages, 355 et suiv. VINCENNES. Le donjon est attaque par le peuple le 28 fevrier 1790. I, 267. VINCENT. Cet ultra-revolutionnaire sort de prison. Details sur son caractere. V, 338-339. Il est de nouveau arrete. 370 et suiv. Son proces et son supplice. 374-379. VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320. WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109. WESTERMANN. A la tete d'une legion en Vendee. IV, 302-303. Ses exploits et ses revers en Vendee. 303 et suiv. ZURICH. Victoire de ce nom, remportee sur les Russes par Massena. Details sur cette bataille memorable. X, 313 et suiv. 330. FIN DE LA TABLE DES MATIERES. [Illustration: CARTE DU THEATRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE, pour servir a l'intelligence de la campagne de 1796.] End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise, Tome 10, by Adolphe Thiers *** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION *** ***** This file should be named 13607.txt or 13607.zip ***** This and all associated files of various formats will be found in: https://www.gutenberg.org/1/3/6/0/13607/ Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed Proofreading Team. This file was produced from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr Updated editions will replace the previous one--the old editions will be renamed. 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It exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from people in all walks of life. Volunteers and financial support to provide volunteers with the assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will remain freely available for generations to come. In 2001, the Project Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit 501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by U.S. federal laws and your state's laws. The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered throughout numerous locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact information can be found at the Foundation's web site and official page at https://pglaf.org For additional contact information: Dr. Gregory B. Newby Chief Executive and Director gbnewby@pglaf.org Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide spread public support and donations to carry out its mission of increasing the number of public domain and licensed works that can be freely distributed in machine readable form accessible by the widest array of equipment including outdated equipment. Many small donations ($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt status with the IRS. The Foundation is committed to complying with the laws regulating charities and charitable donations in all 50 states of the United States. Compliance requirements are not uniform and it takes a considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up with these requirements. We do not solicit donations in locations where we have not received written confirmation of compliance. 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Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be freely shared with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper edition. Most people start at our Web site which has the main PG search facility: https://www.gutenberg.org This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, including how to make donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.