Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913

Author: Various

Release Date: October 30, 2011 [EBook #37886]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3658, 5 ***




Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913

AVEC CE NUMRO
La Petite Illustration
CONTENANT
LES FLAMBEAUX
PICE EN 3 ACTES
par M. Henry BATAILLE.



[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]



Ce numro contient:
1 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Thtre n 3: LES FLAMBEAUX, de M.
Henry Bataille;
2 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.



[Illustration: L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: Un Franc._
SAMEDI 5 AVRIL 1913
_71e Anne.--N 3658._]



[Illustration: M. HENNION. M. BARTHOU. M. POINCAR.
LE PREMIER VOYAGE PRSIDENTIEL DE M. RAYMOND POINCAR
Le prsident de la Rpublique, le prsident du Conseil, le nouveau
prfet de police et les pitchounettes de Montpellier.
_Voir l'article et les autres photographies, page 309._]



NOTRE NOUVEAU SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER

Un nouveau supplment s'ajoute encore,  partir d'aujourd'hui,  nos
pages dj si varies et si nombreuses.

L'objet et le programme de _l'Illustration conomique et financire_,
qui sera dsormais encarte dans tous nos numros, sont dfinis en tte
de la premire feuille offerte sous ce titre  nos lecteurs.

L'adjonction  notre journal universel de cette rubrique, si utile
quand la documentation en est sre et quand les apprciations y sont 
la fois sincres, prudentes et judicieuses, nous avait t rclame
souvent. Mais nous ne voulions pas, pour lui faire une place, qui aurait
t parfois insuffisante, restreindre, si peu que ce ft, celle de la
documentation illustre d'actualit ou d'art. Nous sommes heureux que le
succs croissant de _l'Illustration_, qui vient de se manifester encore
par une nouvelle et importante hausse de notre tirage concidant avec
l'augmentation de notre prix d'abonnement, nous permette de donner deux
pages de plus--quatre quand ce sera ncessaire--dans chacun de nos
numros.



THTRE ET ROMAN

_La Petite Illustration_ publiera, les 12 et 26 avril, les quatrime et
cinquime parties du roman de M. MARCEL PRVOST: _Les Anges gardiens_.

Le 19 avril paratra _l'Embuscade_, de M. HENRY KISTEMAECKERS,
reprsente  la Comdie-Franaise.

Le 3 mai, _les claireuses_, de M. MAURICE DONNAY (Comdie-Marigny).
Puis, successivement: _Hlne Ardouin_, de M. ALFRED CAPUS; _l'Habit
vert_, de MM. ROBERT DE FLERS ET G.-A. DE CAILLAVET; _Servir_ et _la
Chienne du roi_, de M. HENRI LAVEDAN.

A la fin du mois de mai, nous commencerons la publication du grand roman
que M. PAUL BOURGET achve actuellement: _Le Dmon de midi_.

Enfin, parmi les autres oeuvres thtrales que _La Petite Illustration_
publiera avant la fin de cette saison, nous pouvons citer ds maintenant
_Le Secret_, de M. HENRY BERNSTEIN.



COURRIER DE PARIS

LE PROBLME DU PORTRAIT

Sous ce titre, M. Jacques-Emile Blanche publiait l'autre jour dans le
_Gaulois_ un de ces articles mordants, judicieux et fins, qui n'ont
jamais que deux dfauts: d'tre trop rares et trop courts. Mettant sur
la sellette les gens du monde, il leur faisait sans barguigner le
reproche de se lancer dans l'aventure du portrait avec une inconscience
aussi coupable que folle, en n'ayant qu'une ide et qu'un but: _tre
beau_, laisser de soi, aprs soi, une image avantageuse et fascinatrice.
A l'entendre, la plupart des femmes, et--chose inoue--la grande
majorit des hommes, que l'on aurait pu supposer  l'abri d'un pareil
ridicule, ne sont travaills, ds qu'ils songent  la reproduction de
leur admirable image, que de cet unique souci de vanit coquette. Ferms
 l'art, trangers  ses exigences et aux nobles sacrifices de
renoncement personnel qu'il impose, les personnes qui se font peindre
ne pensent qu' elles et n'y pensent qu' cet troit point de vue de
tricherie en face de la vrit. Elles n'ont pas beaucoup de got, et peu
de jugement, ne se connaissent jamais elles-mmes, ne souponnent rien,
non seulement de leur physique et du vritable caractre qui s'en
dgage, mais de leur nature morale qu'il s'agit bien pourtant aussi
d'exprimer sur la toile et  propos de laquelle, plus encore que de
leurs traits extrieurs, elles battent compltement la breloque, les
brunes voulant tre reprsentes blondes, les gaies cherchant du coude
la pose triste, les pensives rclamant une attitude d'animation, et les
tumultueuses proccupes, dans une chute soudaine, de donner l'aspect,
depuis longtemps convoit, de la mlancolie...

Enfin M. Blanche, ct peintre, faisait passer aux modles mondains,
pendant deux colonnes de journal, le plus dlicieux et mauvais quart
d'heure qu'il soit possible de traverser...

Tant et si bien qu'aprs avoir, sans restriction, partag sa faon de
voir et de badiner  ce sujet, il m'est venu des scrupules, tournant
presque au remords, et, dans une lueur, je me suis avis tout  coup que
peut-tre en se plaant de l'autre ct, dans le camp des hommes
insenss et des femmes frivoles, dans la foule de cette humanit
ordinaire, bourgeoise et mondaine, qui a la faiblesse de vouloir se
faire peindre et l'orgueil de s'adresser, dans ce but, aux matres
clbres, je me suis imagin que l'optique en ce cas pourrait bien
changer et qu'il y aurait aimablement beaucoup d'excellentes petites
choses  dire dont il ne serait pas dfendu  quelques princes du
pinceau de tirer profit.

Et d'abord, parlant du got, je ne craindrai pas d'affirmer que, sauf
exception, les gens du monde, qu'il s'agisse des nobles aussi bien que
des bourgeois, ne sont pas moins dous de cette qualit que les
artistes. Et ils sont tout  fait autoriss  leur fournir, sur
l'arrangement d'un portrait, la pose  prendre, le costume  choisir et
mille autres questions qui, sans tre en dehors de la technique et de la
facture, n'en ont pas moins une grande importance, des indications et
des conseils trs prcieux. Le peintre est, le plus souvent, un
spcialiste que l'excution matrielle de son tableau suffit seule 
occuper,  remplir,  absorber, un passionn de son art et de son
mtier, pour qui peindre est tout. Et certes, qu'il a raison! Cela est
magnifique! Et on ne va pas penser que je le blme? Je le salue et je
l'admire. Cependant, n'est-il pas, tout de mme, un peu trop enfonc
parfois dans son intransigeance bourrue? Voyez, comme il est quelquefois
touchant et limit dans sa faon de concevoir et de mettre en scne le
modle qu'il a sous la main? Il ne pche gnralement pas par excs
d'imagination. Il s'tonne des exigences, des enttements du modle qui
prtend se connatre et ne se connat pas... Mais que dira-t-on aussi,
en bonne justice, de lui, du peintre et de ses ides prconues, de son
inconsciente tyrannie? N'a-t-il pas souvent,  ct et au-dessous de sa
manire, sa _manie_? N'a-t-il pas sa pose prfre qu'il tient bien, et
qu'il vous inflige? N'a-t-il pas un ton qu'il affectionne? N'a-t-il pas
son _heure_, son clairage, son expression, sa nuance de regard favorite
par o il faut passer cote que cote? Ne voit-il pas les gens comme il
veut les voir ou comme il en a l'habitude? N'a-t-il pas ses clichs? Ne
lui arrive-t-il pas, mme avec un superbe talent, de transformer
compltement son modle, de le dnaturer, de le dsocialiser, d'en faire
tout autre chose et l'oppos radical de ce qu'il est? Ne se montre-t-il
pas alors, je vous le demande, aussi aveugle, aussi incomprhensible et
coupable, plus mme, que le brave homme qui s'illusionne sur son compte
en demandant une attitude un peu au-dessus de son niveau, ou que la dame
souhaitant une joue de quelques annes plus frache et plus lisse?

Combien sont-ils les peintres qui, devant le modle, s'appliquent
aussitt  s'oublier,  s'humilier, pour entrer tte basse dans le
personnage nouveau et inconnu dont ils ont assum l'entreprise? Combien
sont-ils cherchant  pntrer  fond cet tranger qu'ils visitent pour
la premire fois, dcids, quoi qu'il leur en cote,  sacrifier leurs
prfrences,  modifier leur palette selon l'homme, la femme, l'enfant,
le vieillard dont le sort pictural est entre leurs mains? Certes, nous
en connaissons, et beaucoup, parmi lesquels est au premier rang M.
Blanche. Mais trop souvent encore le peintre, et j'entends le bon
peintre, de conscience moyenne, et qui sait son affaire, ne s'embarrasse
pas de tant d'histoires. Devant le monsieur ou la dame  _enlever_, il
ne se ronge pas de dsespoir et de curiosit. Il s'observe d'abord
lui-mme, il se demande quel est le parti le plus avantageux qu'il peut
tirer de l'individu. Le modle veut  tout prix, dit-on, tre beau et
plaire. Et le peintre? N'a-t-il pas souvent, lui aussi, pour unique
souci d'tre magnifique, de sduire et d'empaumer? de briller 
l'occasion, et ft-ce aux dpens de celui qui n'est  ses yeux qu'un
prtexte  prouver une fois de plus son talent, sa virtuosit, et 
perptuer sa gloire? Quand il fait le portrait des autres, c'est
toujours un peu le sien que le peintre excute en pense, le portrait de
sa propre personnalit. Car il sait qu'avant de dire: Voil M. Un
Tel! ou: N'est-ce pas Mme X...? on s'criera  vingt mtres: Ah!
Voil un Casimir! un Victor! un Philippe! Et ce n'est qu'ensuite,
quelques longues minutes plus tard, que l'on aura l'ide de se demander
ce qu'il reprsente. Le nom du portraitur n'est qu'un sous-titre.

Et la question de ressemblance, qui fait couler tant d'encre et de
couleur! S'autorisant du peu d'envergure artistique de certains dignes
messieurs, et de bonnes dames dont l'ide fixe est d'tre criants sur
la toile, au point que leur petit chien lui-mme, en les regardant,
gmisse de joie et remue la queue, voil qu'on en arrive tout doucement
et sans douleur  proscrire d'un portrait la ressemblance. Elle est
l'ennemie de l'art. Esprer timidement la ressemblance, c'est avoir
l'me d'un photographe et tmoigner d'une platitude coeurante. On vous
rit au nez et vous perdez toute considration. Jamais on n'aurait cru
cela de vous! La phrase, qui a l'air d'un mot de comdie moliresque:
Un portrait n'a pas besoin d'tre ressemblant, est devenue banale et 
prsent fait loi.

Il suffit, tranchent beaucoup de gens qualifis, que le peintre fasse
avec vous un joli morceau pour que vous n'ayez rien  dire. Et si,
prs de la toile en face de laquelle vous tes nez  nez, l'on
s'extasie: C'est rudement bien! pour vous demander ensuite par acquit
de conscience: Qui est-ce? parce qu'on ne vous a pas reconnu, vous
devez vous dclarer enchant, et c'est en vous excusant que vous
rpondrez: C'est moi! mon Dieu, oui! rougissant comme si, en vous
nommant, vous faisiez honte au peintre et que vous lui en demandiez
pardon.

[Illustration: M. Andr de Fouquires  New-York: promenade au Central
Park.--_Phot. Alexandre Teneau._]

Non, le modle ne veut pas tre _beau_,  tout prix, et contre toute
justice. Il se connat plus qu'on ne le croit, et presque toujours il
se plat, mme avec un physique ingrat, et tel que Dieu et ses parents
l'ont fait. Il ne serait pas embarrass de citer maints visages
ravissants, suprieurs au sien, mais pourtant, si vous le mettiez au
pied du mur, il ne changerait pas, car, ne craignons pas de le rpter,
il s'aime tel qu'il est. Et par l, entendez tel qu'il est  son maximum
d'agrment et dans ses meilleurs jours. Il y a, en effet, nous l'avons
tous prouv mille fois avec une ivresse enfantine, des circonstances,
des heures, des minutes o nous avons le sentiment pur et certain
d'tre, par un rflexe moral, en presque parfaite beaut physique,  ce
point relatif de russite gnrale qu'il nous est permis  et l
d'atteindre. Quand nous nous regardons,  ces instants privilgis, nous
ne nous trouvons pas beaux, mais mieux. Nous nous sentons en batitude
vitale, en tat de quasi-bonheur, de reconnaissance et de bndiction.
Nous aimons, nous nous croyons aims, nous nous voyons aimables. Ne
serait-ce pas  un de ces passages-l que le peintre inspir devrait
nous saisir plutt que de s'appliquer, comme il semble en avoir si
souvent l'obstination maladive,  nous reprsenter en dpression, en
laideur, en vulgarit quotidienne...? Cette faon de comprendre ne
l'empcherait pas, me semble-t-il, de produire un chef-d'oeuvre, et voil
la vraie ressemblance, la seule qu'ait le droit et un peu aussi le
devoir d'exiger de lui le modle, sa ressemblance avec l'homme heureux,
dgag, lev, clair, rayonnant, suprieur  lui-mme et  son
ordinaire qu'il a le noble dsir d'tre toujours et qu'il a la grce de
devenir quelquefois. Que l'artiste profite de ces claircies humaines
d'idal. Et mme alors, s'il rate la ressemblance, il la donnera. Il
fera un portrait de nous-mmes qui ne sera pas uniquement celui de notre
nez, la gologie de notre peau, de nos trois plis, la miniature de notre
verrue et l'apothose de nos ongles.

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



LA SOCIT AMRICAINE D'AUJOURD'HUI ET CELLE DE DEMAIN

_M. Andr de Fouquires, auquel sa rputation de Parisien averti a
rserv aux tats-Unis le plus flatteur, le plus chaleureux accueil,
vient de revenir en France. Aprs avoir parl aux Amricains de notre
pays, et avant de nous conter, en une srie de confrences au thtre
Marigny, ses impressions d'outre-Atlantique, il en donne aujourd'hui la
primeur _ L'Illustration: _attentif  tous les spectacles de la vie
yankee, M. Andr de Fouquires a vu se dessiner, pendant son sjour 
New-York, une curieuse volution dans les moeurs, dont il dfinit ici le
caractre._

A mon dpart, plusieurs journaux m'ont dcern le titre d' ambassadeur
des Modes. Peut-tre certains ne le faisaient-ils point sans quelque
ironie, et je fus tout d'abord surpris de constater, ds mon arrive,
que les Amricains prenaient ce titre au srieux. Mais, depuis, j'ai
compris qu'un tel rle, en apparence puril, valait d'tre jou. La mode
est la seule industrie franaise qui soit prpondrante aux tats-Unis.
Et quelle source de fortune ne reprsente-t-elle pas? Nulle part, il
n'est possible de voir une telle folie de luxe, une telle mulation dans
la lutte pour l'lgance, un tel _respect_ des fantaisies de la mode.
Jamais une Amricaine ne transforme au got du jour une robe de l'autre
saison; elle n'admet et ne porte que le _neuf_. Elle observe avec
minutie les moindres transformations inventes par nos couturiers, et
l'originalit les effraie si peu que c'est  New-York que les matres
de la rue de la Paix adressent leurs plus audacieuses crations. Des
sommes formidables sont rserves chaque anne  la toilette fminine et
nombreuses sont les maisons franaises qui doivent au faste yankee
beaucoup de leur prosprit. Eh bien, tout cela menace de changer et
nous avons  craindre non seulement la concurrence trangre, mais
encore un nouvel tat d'esprit.

Parlons d'abord de la concurrence: elle est acharne et terrible. Elle
vient surtout de l'Allemagne, qui compte aux tats-Unis 400.000
reprsentants pour 30.000 Franais. Les Allemands tant sur place
prennent aisment position.  vrai dire, les modes inventes  Berlin
ou  Munich ne sont pas acceptes par l'aristocratie new-yorkaise: les
fameux Quatre-Cents dont le cercle est troitement ferm, et les
nouveaux millionnaires, les puissants industriels qui forment une
socit neuve  ct de cette lite, ont trop le souci d'imiter les
arbitres du smart set pour s'adresser  d'autres couturiers que les
ntres. Mais la petite bourgeoisie commence  se laisser persuader par
les catalogues allchants, les journaux de mode qui annoncent les
nouveauts parisiennes et sont dits par des maisons germaniques. La
vente de nos soies diminue. Nos modistes ont moins de commandes.
L'Article de Paris se fabrique meilleur compte  Boston ou 
Baltimore. Et, malheureusement, les couturiers franais semblent faire
peu d'efforts pour maintenir le prestige utile de notre lgance chez un
peuple admirateur de toutes les traditions et qui estime en nous ce
culte du bon ton et des belles manires, symbole,  ses yeux, du plus
glorieux pass.

Je suis arriv en Amrique au moment mme o la plus curieuse volution
risque de se produire. Evolution n'est pas le terme exact, car c'est en
quelque sorte un retour vers les moeurs anciennes. Deux faits d'ingale
importance sont les prodromes de ce que je nommais le nouvel tat
d'esprit: la manifestation quasi officielle des suffragettes, l'arrive
au pouvoir du prsident Wilson.

Les suffragettes?... Elles m'ont sembl, en vrit, bien diffrentes de
celles qui font entendre  Londres leurs voix si turbulentes. Elles ont
organis le 3 mars 1913,  Washington, la veille de l'entre du
prsident  White-House, la plus singulire et la plus droutante des
processions. Un magnifique programme illustr, rpandu  profusion,
publiait, en mme temps que les revendications fminines, les
photographies des plus notoires suffragettes (et il y en a de
charmantes!). Il annonait aussi l'ordre dans lequel devait se drouler
la parade. Et tout tait combin  merveille, avec cet esprit d'ordre et
de mthode qui caractrise la race. Venaient d'abord,  la suite de Mrs
Richard Coke Burleson, la Grande Marchale, les officiers de la
National American Woman suffrage Association ayant  leur tte la
prsidente, la rvrende Anna Howard Shaw, qui possde les plus hauts
grades universitaires. Ensuite dfilaient les nations o la femme a
obtenu le droit de vote, celles o elles sont bien prs de l'avoir et
enfin celles o elles ne l'ont pas encore. Aprs quoi, c'tait la grande
cavalcade reconstituant l'historique de la cause fministe et
reprsentant les diverses carrires dans lesquelles les femmes se sont
distingues, depuis les infirmires militaires jusqu'aux nourrices,
depuis les doctoresses jusqu'aux avocates, depuis les crivains et les
professeurs jusqu'aux musiciennes et aux actrices. L'actrice se nommait
miss Fola la Folette et possdait le plus dlicieux visage.

Et je vis, ce beau jour de printemps, le plus surprenant carrousel et la
plus trange mascarade.

[Illustration: La brigade monte des suffragettes, 
Washington.--_Copyright Underwood and Underwood._]

Il y avait des chars et des automobiles, de somptueux costumes, des
tendards multicolores. Et que dira de la brigade monte dirige par
miss Genevive Wimsatt, un adorable cow-boy? Les femmes amricaines
montent  cheval comme les hommes et sont d'intrpides cavalires. Les
banderoles claquaient au vent pour taler la phrase fatidique: Vote for
Women. La prsence de Mme Taft dans une tribune d'honneur donnait 
cette manifestation une apparence officielle. Mais la plupart des
spectatrices me parurent plus amuses que passionnes par l'allure
martiale des 6.000 suffragettes. M. Wilson entendra-t-il les appels des
acharnes lutteuses qui escomptent un changement de rgime pour
renverser the present political organization of Society, from which
women are excluded?

Le _New-York Times_ m'ayant demand mes impressions, je rpondis que
nous avions en France des ides diffrentes sur le rle social des
femmes, que leur faiblesse mme faisait leur charme et que les
Franaises craindraient trop de perdre certaines prrogatives en
obtenant des _droits_. Bref, j'accumulai les habituels raisonnements,
non sans laisser voir que je trouvais immoral d'imaginer qu'un homme
pouvait--par quels moyens?--supplier une femme de lui donner sa voix.
Aussi bien, au cours de la procession, les suffragettes avaient eu
besoin du concours des policemen, et les suffragettes ne remplaceront
jamais les policemen. Je donnai d'autres motifs d'ordre sentimental, et
je fus hu par quelques aimables fministes.

Tout de mme il y a quelque chose de trs srieux dans ce mouvement. Si
certaines suffragettes ne voient dans les manifestations publiques qu'un
prtexte  costumes originaux et  plaisantes cavalcades, il en est
d'autres qui travaillent avec une pre volont pour le triomphe de leurs
ides. Beaucoup, comme Mrs Belmont, la mre de la duchesse de
Marlborough, appartiennent  l'aristocratie. Et rien n'est plus tenace
qu'une Amricaine pour qui la moindre occupation n'est qu'un moyen de
prouver son indpendance. Enfin neuf tats sur trente-neuf ont accord
aux femmes le droit de vote. C'est un rsultat.

                                  *
                                 * *

Le 4 mars, j'assistai  la parade en l'honneur de M. Wilson. La voiture
qui contenait les deux prsidents passa au milieu d'une foule norme et
enthousiaste. Le caractre yankee est si prompt, si peu inquiet, que
l'assistance sembla fort peu se proccuper de dissentiments politiques.
Pour elle, le Prsident d'hier et le Prsident de demain--si
diffrents--reprsentaient la nation et elle s'associa cordialement au
geste de M. Wilson lorsqu'il salua avec noblesse le drapeau des
tats-Unis (1).

[Note 1: Mais le public se contenta d'applaudir: car en Amrique on ne
se dcouvre pas devant le drapeau.]

Le dfil des troupes eut lieu dans un ordre parfait et j'admirai
surtout les West Point Cadets dont l'allure est  la fois lgante et
martiale. J'ai remarqu que les rgiments des tats du Sud sont d'une
tenue suprieure  ceux du Centre. Cela, m'a-t-on dit, parce que les
New-Yorkais sont trop proccups par le souci des affaires pour tre
_uniquement_ des soldats. L'explication m'a paru typique. Et j'ai got
d'autant mieux les pittoresques costumes du Virginia military Institute,
des Richmond Blues et du 5e rgiment de Maryland qui rappellent les
uniformes brods et soutachs du premier Empire.

Mais ce que je ne saurais oublier, c'est la bizarre chevauche des
gouverneurs des tats, tous en redingotes et coiffs de chapeaux hauts
de forme, maintenant leurs coursiers bien en ligne, observant avec une
gravit imperturbable l'allure militaire. Derrire eux, dans le mme
ordre merveilleux, d'autres cavaliers, les dignitaires civils en
redingotes et en chapeaux hauts de forme, imitaient la dmarche svre
de leurs chefs de troupe.

[Illustration: M. Wilson et M. Taft.]

Ds que cette somptueuse parade eut pris fin, j'observai dans les
tribunes o se trouvait runie la belle socit de Washington un
changement subit d'attitudes. On parla politique et j'entendis les
dolances des rpublicains qui venaient d'assister au triomphe des
dmocrates.

C'est que l'avnement de M. Wilson a une signification particulire. Et
cette fois la belle confiance des Amricains a lieu d'tre trouble.
C'est en approchant les deux Prsidents que j'ai compris la tristesse
soudaine et l'incertitude du monde des affaires. M. Taft m'avait fait
l'honneur, deux jours avant son dpart de White-House, de m'accorder une
audience prive. Notre ambassadeur, l'aimable M. Jusserand, qui est 
Washington le doyen du corps diplomatique, et M. Chandler Hale,
secrtaire, d'tat, avaient t mes gracieux introducteurs. M. Taft
m'accueillit avec une bonhomie cordiale et me parla de Paris et de la
France. Il m'entretint avec admiration de l'oeuvre de la Croix-Bouge
dont il avait reu des dlgus quelque temps auparavant. Il me dit
enfin que nous devions tre heureux d'avoir dsormais  la tte de notre
pays un homme aussi minent que M. Raymond Poincar, dont la rputation
aux tats-Unis est immense. Ce prestige de M. Poincar, je l'avais
constat dj dans la socit new-yorkaise o on le qualifie de strong
man. Puis M. Taft me questionna sur mes impressions d'Amrique. Aprs
que je lui eus affirm mon estime pour l'nergie et la puissance d'une
nation o tout dsir ambitieux se transforme en nergie utile, j'ajoutai
que j'avais t frapp par l'antithse des caractres si pondrs, si
acharns, si prcis, lorsqu'il s'agissait du labeur quotidien, du
business imprieux et dominateur, et si jeunes pourtant, si gais, si
pris du luxe et du jeu. J'avouai que je trouvai un grand charme  ce
ct un peu franais.

--Ainsi, dis-je, je suis toujours surpris lorsque je vois des hommes
graves, des magistrats, des professeurs, des industriels clbres, se
livrer  une danse endiable,  ce pas du dindon, le turkey-trot qui
fait fureur en Amrique.

Sous la prsidence de M. Wilson on ne dansera pas le pas du dindon 
White-House.

M. Wilson parle peu. On ne sait pas ce que pense M. Wilson. Et le monde
des affaires qui apprcie la discrtion, accueillerait fort bien M.
Wilson, s'il n'avait par ses premiers actes bauch tout un programme
qui l'effraie un peu.

Avec le Prsident de demain, le ferment puritain est revenu  la surface
des mes amricaines. Tout un parti s'exalte  la pense de voir les
moeurs svres et rigoureuses d'autrefois renverser les ides actuelles.
Car ce puritanisme marque un retour vers l'esprit des premiers
conqurants du Nouveau-Monde. Le peuple, surtout, est satisfait: il
pressent sa revanche contre les brasseurs de millions. Et certains
industriels, pour la premire fois, ne quitteront pas New-York au
printemps, tellement les dcisions prsidentielles sont faites pour leur
permettre toute crainte. Songez donc! M. Wilson a refus le bal
traditionnel qui eut toujours lieu le soir de l'installation 
White-House; en outre, il proscrit le vin de sa table; il dclare qu'il
ne veut plus d'avant-scne d'honneur au thtre et que lorsqu'il va voir
une pice il entend que l'on supprime les tentures qui pourraient
distinguer sa loge des autres; il prie les orchestres de ne jamais jouer
l'hymne amricain lorsqu'il parat; il dsire n'tre qu'un simple
citoyen parmi le peuple. Et le peuple est ravi.

Mais c'est au tour des lgantes amricaines d'couter Mrs Wilson avec
stupeur. Mrs Wilson blme les femmes qui dpensent beaucoup d'argent
pour leur toilette. Un budget minime doit suffire. Mrs Wilson et ses
filles se contentent de consacrer 35 francs  un corsage et 200 francs 
une robe. Tout budget fminin qui excde 5.000 francs est exagr. Et
les femmes des secrtaires d'tat font chorus. Le gouvernement est
conome, austre et pratique. Tout est chang. Les ambassadeurs n'auront
plus  envisager les difficults d'un sjour  New-York. Le faste
devient une manire d'inconduite. L'excentricit est bannie des moeurs.
Nous ne verrons plus partir de Paris ces scintillantes bottines
mordores et les gants mauves ou roses qu'osaient, porter les jeunes
misses mancipes. On assure que la misre sera moins grande le jour o
les trusteurs cesseront d'tre prodigues. Le monde des affaires s'en
amuserait s'il n'tait inquiet. Mais voici que M. Wilson renonce au
yacht qui faisait la joie de ses prdcesseurs. Et l'on s'effare. Les
honneurs que M. Wilson repousse ne s'adressaient pas  sa personne, mais
au chef d'une nation. L'Amrique puritaine ne sera plus la patrie des
ftes ruineuses ni des folles lgances.

ANDR DE FOUQUIRES.



LES PETITES OUAILLES BLANCHES DE L'ABB POPULAIRE

Midinettes sortant de l'glise Saint-Roch aprs le sermon de midi: la
Rvolte, la Rsigne, la Bavarde, la Frivole, la Rveuse...

C'est une charmante et bienfaisante ide qu'a eue un vicaire de la
paroisse Saint-Roch, l'abb Populaire, de convier en son glise, pour
une neuvaine spciale, employe  de courts sermons familiers, les
ouvrires du quartier de l'Opra. A midi, l'atelier a entr'ouvert ses
portes et a laiss s'chapper toutes ces petites laborieuses, qui
emplissent la rue d'un joyeux tumulte... Mais la libre flnerie est
parfois mauvaise conseillre, et les gens d'exprience assurent qu'elle
ne conduit ni  la sagesse ni au bonheur. Les quelque vingt minutes
qu'elles lui consacraient, le prdicateur de Saint-Roch les a rclames,
pendant neuf jours, pour ses confrences. Vingt minutes, ce n'est gure!
Mais il n'en faut point davantage pour faire mditer ces jeunes mes, si
frivoles en apparence, et si accessibles pourtant  la claire raison, et
qui retrouvent avec tant de facile simplicit la foi de l'enfance.

La neuvaine des midinettes a commenc la semaine dernire. Dans la
salle des catchismes qui leur avait t rserve, elles se pressaient,
un peu mues sans doute, offrant par avance aux admonestations leurs
ttes brunes et blondes. Pour ses dbuts, le prtre les mit en garde
contre les dangers de l'imagination, qui est, affirma-t-il, funeste aux
jeunes filles. Aprs avoir ainsi gourmande, trs paternellement, les
Rveuses, l'abb Populaire parla tour  tour, dans les confrences qui
suivirent, des Frivoles, des Bavardes, des Rsignes, des Rvoltes et
des Dchues. Et chacune reut la petite leon qu'elle mritait.

Les voici toutes, au sortir de l'glise, celles  qui l'excellent
prdicateur vient de dire leurs vrits. Elles emportent avec elles la
bonne parole, qui sans doute les rendra meilleures. Et, quand elles
auront regagn l'atelier, les heures de travail leur paratront plus
lgres.



[Illustration: LA CONSCRATION DE LA VICTOIRE GRECQUE.--A Janina: le
Diadoque (qui allait tre, le lendemain, le nouveau roi) assiste, avec
les princes  la Doxologie clbre par les Turcs de la ville en
l'honneur de l'arme victorieuse.--_Phot. prise par M. Jean Leune,
pendant le discours du mufti._]

[Illustration: Le gnral Essad pacha. _Croquis de M. Jean Leune,  bord
au Pylaros, le 22 mars._]

[Illustration: Le consul de France  Janina, M. E. Dussap, et sa femme,
l'crivain bien connu Guy Chantepleure.]

[Illustration: Le colonel Vehib bey. _Croquis de M. Jean Leune,  bord
du Pylaros le 22 mars._]

A JANINA

Pour complter notre intressante documentation sur la prise de Janina,
nous ajoutons aujourd'hui aux notes et aux photographies de M. Jean
Leune, publies dans notre dernier numro, cette page illustre sur les
lendemains de la victoire grecque. Ce sont encore, avec deux croquis
rapides, par M. Jean Leune, des dfenseurs de Janina, le gnral Essad
pacha et le colonel Vehib bey, des photographies envoyes par notre
intrpide correspondant  l'arme d'Epire. Voici le groupe sympathique
et bien franais que forment notre consul  Janina, M. Dussap et sa
femme, connue en littrature sous le nom de Guy Chantepleure, deux
vaillants qui, par leur attitude ferme et courageuse, ont su,  certains
moments difficiles, imposer aux soldats turcs exasprs le respect de la
population grecque de la ville. Nos documents du bas de la page montrent
des pices de l'artillerie turque broyes sur la forte colline de
Bizani, et constituent une sorte de bas-relief pour ce document de
tableau d'histoire: le hros du jour, le Diadoque, assistant, sur un
trne improvis,  la crmonie rituelle que les musulmans soumis
clbrent en l'honneur de leurs nouveaux matres.

[Illustration: L'artillerie turque de Bizani: pices de 85 et de 105mm
dtruites ou gravement endommages par les obus de l'artillerie
grecque.--_Phot. Jean Leune_.]

[Illustration: Le cercueil de Georges Ier transport sur un afft de
canon.--._Phot. A. Adossids._]

DE SALONIQUE AU PIRE.

A Salonique, le transfert, sur son yacht, _l'Amphitrite_, du roi
assassin, fut, le 25 mars dernier, une crmonie trs impressionnante.
Parti de la rsidence royale, le matin  9 heures, le cortge funbre,
encadr de ces traditionnels evzones qui formaient la garde particulire
du souverain dfunt, s'achemina vers le port au milieu d'un immense
concours de population recueillie. Toute la garnison avait pris les
armes. Les drapeaux taient surmonts de croix voiles de crpe. Le
cercueil, qui reposait sur un afft de canon, tait envelopp du drapeau
national, sur lequel,  l'endroit de la tte, on avait plac la
couronne, tait suivi par la famille royale, et ce furent les princes et
le nouveau roi lui-mme qui, au port, transportrent le corps  bord de
_l'Amphitrite_. Il y eut, sur _l'Amphitrite_, un discours du mtropolite
parlant du roi tomb au champ d'honneur. Et le btiment funbre o
s'tait embarque la reine Olga, soutenue par le roi Constantin, leva
l'ancre et prit la direction du Pire, o, retard par le brouillard, il
n'arriva que le 27 mars un peu avant midi. Il tait attendu, sur le
dbarcadre, par tous les hauts dignitaires de la Cour et du royaume
qui, ds que le btiment eut jet l'ancre, montrent  bord pour
s'incliner, les premiers, devant la dpouille de leur souverain.

[Illustration: LES FUNRAILLES DU ROI GEORGES A SALONIQUE. Au
dbarcadre: les princes hellnes, fils et petits-fils du roi, enlvent
le cercueil royal de l'afft de canon pour le transporter sur
_l'Amphitrite._ A gauche de notre photographie et  droite du cercueil,
les princes Christophore, Nicolas, le nouveau diadoque Georges et le roi
Constantin;  gauche du cercueil, les princes Andr, Alexandre et
Georges.]

[Illustration: Arrive au Pire de _l'Amphitrite_ portant le corps du
roi Georges.--_Phot. A. Gaziads._]

Pendant le dbarquement du cercueil du roi Georges que continuaient de
porter les princes de la famille royale, les batteries tirrent des
salves. Le corps fut, comme  Salonique, plac sur un afft de canon.
Les deux reines et les princesses montrent dans les voitures. Le roi
suivit le cercueil que prcdait le saint-synode et que tranaient sur
son afft les marins hellnes. Derrire le nouveau souverain venaient
les princes, le ministre luthrien, les ministres, les consuls
trangers, toutes les autorits civiles et militaires.

Au dbarcadre et sur tout le trajet, on avait arbor les couleurs
funbres, blanc et mauve. Des oriflammes flottaient au vent, portant le
monogramme du roi en or, surmont de la couronne.

A la gare, un wagon mortuaire peint en blanc avec des bandes mauves
latrales reut le corps du souverain et, lorsque le train spcial
s'branla pour se diriger sur la capitale, les canons des navires
trangers ancrs au Pire tirrent, en mme temps que les batteries
grecques, les salves de salut.

A Athnes, le cortge se rendit, au milieu d'une affluence norme,  la
cathdrale tapisse de couronnes, o, aprs une crmonie religieuse, le
cercueil a t dpos dans une chapelle, en attendant le jour des
funrailles solennelles.

[Illustration: Le cercueil tran sur un afft par les marins hellnes.
_--Phot. Rhomads-Zeitz._]

[Illustration: LE RETOUR A ATHNES DE LA DPOUILLE MORTELLE DU ROI
ASSASSIN.--Le cortge funbre quittant le dbarcadre du Pire.--_Phot.
A. Gaziads._]

[Illustration: SOFIA FTE LA PRISE D'ANDRINOPLE.--Manifestation devant
la statue du tsar librateur Alexandre II.--_Phot. Karastoanof._]

LA PRISE D'ANDRINOPLE

_Les communications entre Andrinople et Sofia restent momentanment
difficiles et d'une dsesprante lenteur. Aucune des photographies ou
des correspondances dont l'envoi nous a t annonc par dpche n'a donc
pu nous parvenir encore et ne nous parviendra avant la fin de cette
semaine._

_On ignorerait tout, d'ailleurs, des conditions exactes dans lesquelles
s'est produite la chute d'Andrinople, si deux longs et importants
tlgrammes d'un correspondant franais et d'un correspondant italien
(M. Ludovic Naudeau, du_ Journal, _et M. Luigi Barzini, du_ Corriere
dlia Sera) _n'avaient complt les brefs communiqus des tats-majors
bulgare et serbe et projet un peu de lumire dans la chaos des
nouvelles contradictoires et fantaisistes provenant de Sofia ou de
Belgrade: prtendu anantissement de la ville et de ses mosques, mort
suppose de Choukri pacha, etc._

_Notre collaborateur M. Rginald Kann--que nous avions envoy, nos
lecteurs le savent, en Bulgarie, aprs la rupture de l'armistice et la
reprise des hostilits--serait arriv  Andrinople ds le 27 mars avec
MM. Naudeau et Barzini s'il n'avait t victime,  son retour de
Silistrie, d'un assez grave accident dont il se remet peu  peu, mais
qui a ncessit son retour en France._

_Quand M. Gustave Babin, parti  son tour pour la Bulgarie, a atteint
Sofia, Andrinople tait dj aux mains des allis. Il a pourtant
continu sa route, et les impressions, les descriptions que nous
attendons de lui auront un intrt d'autant plus grand qu'elles seront
illustres d'aprs nature de dessins de M. Georges Scott._

_A la nouvelle de la chute d'Andrinople, nous avons pens en effet que
le peintre des mouvantes scnes de guerre dans les Balkans, dont
plusieurs ont t reproduites ici mme il y a trois semaines, devait
aller sur les lieux complter son admirable collection de Kirk-Kiliss
et de Loule-Bourgas._

_M. Georges Scott a reu aussitt les autorisations ncessaires et, par
l'Orient-Express jusqu' Sofia, par les trains militaires ensuite, a
gagn Andrinople o il a d arriver mercredi, en compagnie de MM. les
dputs Messimy, ancien ministre de la Guerre, et Bnazet, rapporteur de
la commission de l'arme._

_En attendant ses envois et ceux de M. Gustave Babin, voici un expos
succinct de tout ce que l'on sait actuellement de l'vnement le plus
sensationnel de la guerre des Balkans:_

La chute d'Andrinople, si longtemps, si fivreusement attendue  Sofia,
peut tre clbre par les Bulgares comme une belle et glorieuse
victoire, mais elle ne met pas ncessairement fin  la guerre. Des trois
points o les armes adverses de Thrace se trouvaient face  face,
Boular, Tchataldja, Andrinople, ce dernier est le seul dont la
conservation ne semblait pas d'un intrt vital pour les Ottomans. La
perte des lignes de Tchataldja et livr Constantinople au vainqueur;
l'occupation de la pninsule de Gallipoli et permis  la flotte grecque
de pntrer dans la Marmara et de bombarder Stamboul  revers; avec
Andrinople, les Turcs ne voient disparatre qu'un gage prcieux pour les
ngociations de paix et la capitulation de Choukri pacha, quoiqu'elle
libre d'importants contingents allis, modifie moins la situation
stratgique que la situation morale au prjudice de la Turquie.

Pour les Bulgares, quel soulagement! C'est l'pine qu'on s'arrache du
pied, le cauchemar persistant qui se dissipe. De mme que la rsistance
de Port-Arthur gna, pendant toute l'anne 1904, le haut commandement
japonais sur le Chaho; de mme la prsence, sur sa ligne de
communications, de la forteresse ennemie, a entrav constamment les
oprations du gnral Savof.

L'ATTAQUE ET LA DFENSE

[Illustration: Aprs la prise d'Andrinople: la population de Sofia
acclame le ministre de Russie, M. Meklioudof. _Phot. M. Bitschef._]

Trois mthodes s'offrent  l'assigeant pour s'emparer d'un camp
retranch: l'attaque de vive force, le sige rgulier, l'investissement.
L'attaque de vive force consiste  concentrer sur un ou plusieurs points
de la ligne de dfense un feu intense,  la faveur duquel l'infanterie
se lance  l'assaut des ouvrages. Le sige rgulier permet de
s'approcher de la place lentement, par une avance constante, en
creusant une tranche profonde qui se dirige en zigzag vers la ligne de
dfense; les travailleurs y progressent peu  peu,  l'abri du canon de
la place; on parvient ainsi jusqu'aux forts qu'on peut dtruire par la
mine. Par l'investissement on se contente d'entourer la ville, de
l'isoler, et on compte sur la famine pour l'obliger  capituler; c'est
le procd le moins onreux, mais aussi le moins rapide.

[Illustration: LA CHUTE D'ANDRINOPLE.--Carte des oprations bulgares
contre les forts de l'Est, dont la prise d'assaut a entran la
reddition de la ville. _D'aprs les tlgrammes de M. Ludovic Naudeau._]

L'arme bulgare tait assez mal outille pour entreprendre un sige
rgulier. Ses troupes techniques--sapeurs, mineurs, artificiers--sont
peu nombreuses et de qualit mdiocre, s'il faut en croire certains
tmoins oculaires, notamment notre collaborateur A. de Penennrun.
D'ailleurs le terrain argileux des environs d'Andrinople se prte mal
aux terrassements; les pluies diluviennes de l'automne ne s'infiltrant
pas dans le sol, les tranches restent inondes; puis, lorsque les
geles arrivent, le travail de sape devient encore plus dur et plus
pnible. D'autre part, l'artillerie de sige de l'arme bulgare ne
compte que des pices de calibre moyen, 150 et 120mm dont un grand
nombre d'un modle archaque. Pas une pice de 20cm, pas un mortier. A
l'artillerie de campagne sont alls tous les crdits disponibles; on a
nglig le matriel lourd. Aussi la tche impose au gnral Ivanof,
charg des oprations du sige avec un personnel de pionniers
insuffisant et un matriel mdiocre, paraissait fort ingrate.

Il est vrai que le camp retranch d'Andrinople ne prsentait pas sur
tout son dveloppement des dfenses galement redoutables. Si les forts
du secteur nord-ouest rpondent  toutes les exigences de la guerre
moderne, en revanche ceux du secteur est sont plus anciens et ne
contiennent pas d'abris btonns; enfin, dans le secteur ouest et le
secteur sud, les positions naturelles trs solides n'ont t renforces
que sommairement par des redoutes de terre. L'infanterie et l'artillerie
de campagne ottomane suffisaient amplement  la dfense de toute la
ligne; quant  l'artillerie lourde de Choukri pacha, elle tait trs
suprieure  celle des assigeants.

LES PHASES SUCCESSIVES DU SIGE

Lorsque les armes bulgares envahirent la Thrace, la 8e division
descendant la Maritza, la 3e marchant du nord au sud convergrent sur
Andrinople. A cette priode des hostilits il s'agissait de masquer la
forteresse avec le moins de troupes possible afin de consacrer le
maximum des effectifs  la lutte contre l'arme de campagne ennemie.
L'investissement ne fut d'abord confi qu' deux divisions et  une
brigade de cavalerie qui suffirent  refouler les reconnaissances de
Choukri pacha sur la ligne des forts et  rejeter ensuite dans la place
une grosse colonne qui tentait de rejoindre l'aile gauche d'Abdullah
pacha, engage contre la 1re arme bulgare  Sliolou. L'arrive d'une
division nouvellement forme, puis d'units serbes, permit, vers le 12
novembre, de complter l'encerclement d'Andrinople et de la couper de
toute communication avec l'extrieur. A ce moment deux divisions serbes,
celles du Timok (1er ban) et du Danube (2e ban), tenaient les secteurs
ouest et nord-ouest; les 8e et 11e divisions bulgares, plus la brigade
de rserve de la 9e division, formaient la ligne de blocus des secteurs
est et sud.

Le gnral Ivanof n'avait pas attendu que l'investissement ft achev
pour tenter des attaques brusques sur plusieurs ouvrages de la dfense,
ceux des secteurs ouest et sud, qui sont les plus primitifs et les moins
bien arms. Le 7 novembre, la 8e division s'emparait, aprs un combat de
quelques heures, des retranchements de Kartal-Tp, au sud du faubourg
de Karagatch. Du ct ouest, il semble que les allis aient t moins
heureux et qu'aprs avoir occup la position de Papas-Tp ils en aient
t chasss par un retour offensif de la garnison d'Andrinople. Jusqu'
la conclusion de l'armistice, au commencement de dcembre, tous les
efforts tents pour reprendre Papas-Tp ou pour dboucher de
Kartal-Tp vers Karagatch chourent.

Lorsque les hostilits reprirent, dans les premiers jours de fvrier, les
allis avaient renonc, semble-t-il,  prendre Andrinople par une attaque
de vive force, comptant sur le blocus et le bombardement pour amener
Choukri pacha  capituler. La ville tant largement pourvue de vivres,
les obus n'y causant que peu de ravages, cette tactique ne pouvait
amener la reddition de la place. Le commandement bulgare s'en rendit
enfin compte et, reprenant son premier plan d'action, dcida d'enlever
Andrinople d'assaut.

Les oprations de la premire priode du sige avaient montr que les
forts du secteur nord-ouest taient trop puissants pour tre pris  la
baonnette, que dans les secteurs ouest et sud l'espace manquait pour
manoeuvrer. Restait le secteur est, le plus tendu, celui o la ceinture
des ouvrages permanents forme un angle droit, dont le saillant, le fort
d'Avas-Tabia, peut tre attaqu  la fois par le nord et l'est; c'est
le point faible de la ligne. Le gnral Ivanof rsolut de faire excuter
des attaques dans tous les secteurs pour y fixer l'ennemi et de
concentrer son principal effort sur Avas-Tabia et les forts voisins.

M. Ludovic Naudeau, envoy spcial du _Journal_, qui put parcourir le
terrain du combat quelques heures aprs l'action, nous raconte comment
deux formidables batteries, de quarante pices chacune, furent tablies
au nord et  l'est d'Avas-Tabia; 25.000 fantassins masss  proximit
attendaient  l'abri que le canon leur et fray un chemin pour courir 
la baonnette sur le fort ennemi. Pendant la nuit du 24 au 25,
l'infanterie, sortant de ses couverts, chassait les Turcs d'une position
avance, le mamelon de Maslak, situ  2 kilomtres en avant
d'Avas-Tabia. A l'aube du 26, tout tait prt pour l'attaque dcisive
contre cet ouvrage dj fortement maltrait par les projectiles des
grosses pices bulgares.

L'ASSAUT FINAL

Cependant, dit notre confrre, le moment suprme tait arriv. Le
gnral Ivanof avait donn l'ordre au 23e, au 56e, au 53e et  un
bataillon du 6e de s'lancer  l'assaut d'Avas-Tabia. Le 23e, qui
s'avanait en tte, s'effora de parvenir jusqu'au rseau des fils de
fer. Il est accueilli par une grle de balles, qui, en quelques minutes,
lui cause des pertes terribles. Il creuse htivement des tranches, il
s'abrite, il avance par bonds, il arrive jusqu'aux fils de fer, qu'il
commence  briser  coups de pioche,  coups de pelle,  coups de
crosse. Mais alors la fusillade turque est si intense que ce qui reste
du rgiment a un instant d'hsitation et commence  reculer. Il a dj
perdu 2.000 hommes. C'est alors que le colonel s'lance en tte de ses
soldats, portant lui-mme le drapeau du rgiment. En mme temps, des
batteries d'artillerie de campagne et des howitzers viennent, sous un
feu terrible, se mettre en position tout prs du 23e rgiment, qui,
reprenant courage, se rue de nouveau. Il est 5 heures du matin. Le 23e,
 l'assaut, se fraie un passage  travers les fils de fer barbels. Les
hommes lancent leurs capotes sur les ronces d'acier, puis ils passent
tant bien que mal, grce  ce bizarre expdient. Les Turcs, en face de
l'ascension obstine de ces furieux que rien n'arrte, commencent 
hsiter  leur tour et, tout  coup saisis d'effroi, ils abandonnent
leur position et ils s'enfuient vers la ville.

 Les survivants du 23e sautent dans la tranche. Ils sont dans le fort,
que ne dfend aucune force, et aussitt l'artillerie bulgare (non
seulement l'artillerie de campagne, mais un certain nombre d'obusiers)
arrive au galop dans Avas-Tabia et y prend position. Dj, on apprend
qu'Hadjholou a t enlev  3 heures, et c'est le commencement de la
fin. Toute la ligne des autres forts de l'est, dsormais tourne et
attaque par le flanc, cde sans rsistance. Aucune contre-attaque,
aucun essai de reconqurir les positions enleves par les assaillants
n'est effectuera aucun, moment. La garnison de chaque fort s'enfuit,
frappe de panique, ou bien elle se rend sans coup frir dans les autres
secteurs.

[Illustration: Le gnral bulgare Ivanof, le vainqueur
d'Andrinople._--Phot. G. Woltz._]

[Illustration: La grande mosque d'Andrinople. Cette photographie du
clbre monument, que l'on avait annonc  tort avoir t dtruit par
les Turcs eux-mmes avant l'entre des Bulgares et qui est heureusement
intact, a t prise cet hiver, pendant le sige.]

Il en est de mme partout. Les dfenseurs des forts, trouvant leur
situation intenable, abandonnent la dfense et mettent bas les armes.
Des milliers de soldats, qui ont jet leur fusil, se prcipitent,
affols, vers la ville. Ils s'efforcent de se cacher dans les maisons
des habitants et de se procurer des vtements civils. Et, pendant que se
passent ces scnes lamentables, deux rgiments bulgares entrent
tranquillement, tendards dploys, dans la ville. A 10 heures du matin,
Choukri pacha, qui venait de faire arborer le drapeau blanc sur la tour
du guet et qui avait aussi, parat-il, envoy des parlementaires dans
les divers secteurs pour demander des assigeants la cessation des
hostilits, n'a pas mme le temps de voir revenir ceux-ci. Il est pris,
purement et simplement, dans l'un des forts, l'Hadirlik, o il s'tait
rfugi.

Ainsi s'croulait, en quelques heures, la longue rsistance de la
garnison d'Andrinople.

Ce brusque anantissement laisse une impression d'tonnement, presque de
stupeur. On pouvait croire que la famine, les privations avaient
affaibli le moral des dfenseurs. Il n'en est rien. La ville contenait
encore des approvisionnements en quantit. Certaines denres, telles que
le sel et le sucre avaient atteint cent fois leur prix ordinaire; mais
le grain ne manquait pas; des troupeaux entiers de boeufs et de moutons
pturaient dans les jardins; il fallut tuer les chevaux des officiers et
des attelages d'artillerie pour ne pas les laisser tomber vivants aux
mains des Bulgares. La soudainet de l'ouragan d'obus qui s'abattit sur
eux, la fougue extraordinaire de l'attaque, paraissent avoir dconcert
les garnisons des forts et provoqu, chez ces soldats fatigus, une
panique analogue  celle qui s'empara de leurs compagnons d'armes 
Kirk-Kiliss et Loule Bourgas. C'est la lassitude, non la faim, qui a eu
raison de l'arme de Choukri pacha.

[Illustration: UN CHEF-D'OEUVRE DE L'ARCHITECTURE OTTOMANE.--La grande
mosque Slimi d'Andrinople, aux 999 fentres.]

_Quel mouvant et magnifique symbole de la conqute que cette mosque
d'Andrinople, dont les puissantes assises reposaient, depuis des
sicles, en terre ottomane, et qui, aujourd'hui, est tombe aux mains
chrtiennes! Pour ceux que la force des armes a conduits jusqu'en ce
sanctuaire de l'Islam, on ne saurait imaginer de prise plus superbe, ni
mieux faite pour exalter l'imagination populaire; et il n'en doit pas
tre aussi de plus douloureuse au coeur des musulmans. A considrer ces
votes hardies, d'o pendent les fils innombrables des lustres, ces
colonnes, ces portiques, tout ce grandiose lieu de prire, on comprend
l'obstination de la rsistance turque... La mosque du sultan Slim, la
mosque aux 999 fentres, difie de 1568  1574 par Sinan, est une
merveille de l'architecture ottomane. Formant un immense carr, agrandi,
sur l'un des cts, par l'enfoncement du mihrab, elle dresse,  une
hauteur de 35 mtres, sa coupole, qui porte sur huit arcades aux piliers
arrondis. La construction intrieure est en briques, sauf les pidroits
et les corniches qui sont en pierre dure, dit, dans son bel ouvrage sur
les Coupoles d'Orient et d'Occident, M. Alphonse Oosset; les piliers
sont recouverts en partie de marbre, et disposs par panneaux en
facettes troites; les murs sont orns de revtements de faence, puis
de peintures... Les lampes suspendues en cercle donnent l'chelle de
proportions  cet immense ensemble, o l'on ne sait ce qui est le plus 
admirer, de l'inspiration du gnie ou de l'excution. Des informations,
aujourd'hui controuves, avaient annonc la destruction de la mosque
Slimi: ce chef-d'oeuvre n'a fort heureusement souffert aucun dommage
pendant le bombardement et aprs la chute de la ville._



[Illustration: L'INAUGURATION DU THTRE DES CHAMPS-ELYSES.--La faade
illumine par le projecteur de la tour Eiffel.]

Cette partie de l'avenue Montaigne proche de la place de l'Aima, qui
tait jusqu' prsent peu passagre le soir, est maintenant devenue,
entre 8 h. 1/2 et minuit, un foyer d'animation et de lumire. Le thtre
des Champs-Elyses, o deux salles, l'une consacre  la musique,
l'autre  la comdie, s'offrent simultanment au choix du public, a
fait, cette semaine, son ouverture, et c'est,  l'arrive et au dpart
des spectateurs, un va-et-vient d'automobiles croisant les rayons de
leurs lanternes, tandis que la faade marmorenne de ce nouveau palais
resplendit, des portes jusqu'aux bas-reliefs du statuaire Bourdelle, de
la blanche clart frisante que lui dispense le projecteur de la tour
Eiffel...

L'inauguration du thtre de musique, avec _Benvenuto Cellini_--que
devait suivre, quelques jours plus tard, la premire reprsentation de
_l'Exile_ sur la scne de comdie--avait attir une foule lgante et
choisie, curieuse de voir les nouveauts promises, depuis longtemps, aux
Parisiens. La salle claire, are, ne pouvait manquer de sduire par le
confortable de son amnagement, qui permet au spectateur des commodits
inaccoutumes, et par l'excellence de son acoustique. Il est certain
qu'un heureux et considrable effort a t ralis, grce  M. Gabriel
Astruc et  ses collaborateurs, les architectes Perret, pour doter la
capitale d'un nouveau thtre o l'on puisse goter parfaitement les
oeuvres lyriques; aussi le plaisir d'entendre a-t-il t sans mlange.
La salle elle-mme, toute en marbre gris rehauss par les dorures des
colonnes, avec sa coupole orne d'importantes compositions dcoratives
du peintre Maurice Denis, est d'aspect svre, non exempt de froideur.
En ce moment o l'on s'ingnie  chercher un style indit, tout essai,
si intressant soit-il, surprend volontiers notre got. Peut-tre
regrettera-t-on seulement que celui-ci se soit trop directement inspir
de l'art mis en honneur  Munich et  Dresde: transplant  Paris, il
nous apparat d'une solennit un peu sche, dlibrment indigente, et
par l s'cartant de toute tradition franaise.

[Illustration: A la Comdie des Champs-Elyses dirige par M. Lon
Poirier: une scne de la pice d'ouverture, _l'Exile_, par M. Henry
Kistemaeckers.]

[Illustration: Angle de la salle et de la scne du Thtre lyrique,
dirig par M. Gabriel Astruc.--_Photographies Gerschel._ DEUX NOUVEAUX
THTRES DANS UN MME MONUMENT, AUX CHAMPS-ELYSES]

[Illustration: Devant les tribunes: le gnral Lyautey s'entretient avec
le consul d'Allemagne.--_Phot. Nadelar._]

[Illustration: L'automobile des ministres chrifiens qui arrivent de
Rabat pour assister au concours hippique.]

[Illustration: Le gnral Lyautey flicitant un des vainqueurs du
concours, M. de Vaugelas, dont le cheval a franchi 1 m. 70 de hauteur.
LA PREMIRE RUNION SPORTIVE ET MONDAINE AU MAROC: LE CONCOURS HIPPIQUE
DE CASABLANCA.--_Photographies de Mareschal._]

Casablanca est en voie de devenir--en attendant le port bien outill et
les chemins de fer qui assureront sa prosprit--une des villes les
mieux polices et les plus lgantes de l'Afrique du Nord. A y vivre, on
ne se douterait point qu'il faut, presque chaque jour, continuer de se
battre un peu plus loin en terre marocaine, pour conserver aux rgions
soumises et dj organises toute la scurit qu'on leur a promise.

Donc, tandis que les combats se succdent au seuil des rgions encore
impntres, des runions sportives et mondaines s'organisent 
Casablanca en pleine prosprit conomique. Un officier de chasseurs
d'Afrique soutenu par le club lgant de la ville l'Ampha Club, qui
runit les personnalits les plus distingues des colonies franaise et
anglaise, a pris l'initiative de ces runions. Et voici comment fut
organis le premier concours hippique du Maroc, qui eut lieu le 23, le
24 et le 25 mars, et dont le succs ne saurait tonner en ce pays o
tout le monde monte  cheval et o une belle monture est le premier luxe
des indignes. Le rsident gnral, qui fut un trs brillant officier de
cavalerie, et Mme Lyautey assistaient  cette runion o toutes les
notabilits trangres taient prsentes ainsi que le pacha de
Casablanca, Sr Guebbas, et les ministres chrifiens venus exprs, en
automobile, de Rabat, pour suivre les preuves que clturrent de
splendides fantasias.



[Illustration: UN JOUR DE TEMPTE A CASABLANCA.--La jete assaillie par
un raz de mare.--_Phot. A. Fouet._]

La mauvaise saison s'est fait rudement sentir, cette anne, sur les
ctes du Maroc, si peu propices aux navigateurs. Il ne s'est presque
point pass de semaine o l'on n'ait eu  signaler quelque accident
maritime, d  la tempte, si souvent dchane en ces parages, et 
l'insuffisance des abris. Les ports mmes n'y offrent point aux bateaux
de srs asiles: celui de Casablanca, que sa barre rend impraticable
par les gros temps, ne leur a donn, tout cet hiver, qu'une hospitalit
prcaire. Tout rcemment encore, le 23 mars, un raz de mare d'une
extrme violence s'est abattu sur ses quais, les envahissant de ses eaux
furieuses; mal contenues par les jetes trop basses, elles vinrent
inonder les btiments de la douane, non sans grand dommage pour les
marchandises qui y taient dposes. Le mme jour, deux voiliers
trangers se perdaient corps et biens dans 'la rade de Rabat, tandis
qu'un troisime, la _Marguerite_, battant pavillon franais, allait
s'chouer, prs de la ville, devant la caserne du tabor de police.

Quelle fut l'imptuosit du raz de mare,  Casablanca, notre
photographie le montre de saisissante manire: le petit port assailli
par les vagues, sur lequel se dressent, abandonnes, les grues
inactives, la barre qui roule, toute proche, ses flots menaants, les
navires mouills au large, composent une sinistre image... Mieux que
tout commentaire, elle fait comprendre l'urgente ncessit des travaux
d'amnagement reconnus indispensables, et dont l'adjudication, conclue
la semaine passe, permet d'esprer la ralisation prochaine.



[Illustration: DES AILES!--Une colonie d'hirondelles de mer dans un lot
de l'archipel des Philippines. _Phot. Chartes Martin._]

Cette gravure qui semble un fragment de poncif pour frise dcorative
est la reproduction sans retouche d'un instantan pris par un voyageur,
M. Charles Martin, dans un lot de l'archipel des Philippines. Elle
reprsente une envole de sternes, les unes tachetes de gris, les
autres recouvertes d'une livre noire, toutes galement blanches sous
les ailes et sous le ventre.

La forme lance de la sterne lui a valu le nom populaire d'hirondelle
de mer. Pourtant ce gracieux palmipde a des moeurs bien diffrentes de
celles du passereau qui vient nous annoncer chaque anne le retour du
printemps.

La sterne est essentiellement un oiseau de mer. Elle vit par bandes qui
creusent leurs nids sur quelque plage dserte, en plein Ocan, ou aussi
loin que possible d'une rgion habite. Ds que les petits sont en ge
de voler, elles migrent en masse vers quelque terre lointaine, et,
intrpides voyageuses, parcourent ainsi des distances inimaginables.
Nous citerons le cas d'une des trente-huit espces du genre: la sterne
arctique. Cet oiseau pond ses oeufs et lve sa petite famille dans les
parages du Ple Nord, et s'en retourne hiverner sur les rivages du
continent antarctique! Sauf le temps de la nidaison, sa vie se passe 
faire la navette entre les deux extrmits de l'axe de la terre.



[Illustration: M. Maurice Bertrand. M. Edwards. M. A. Hbrard. Dr. A. de
Rothschild. M. H. Bernstein.]

[Illustration: Cte Hallez Claparde. Cte Boni de Castellane. M.
Messager. M. Astruc. H. Sem dessinant M. Paul Robert.]

UNE FANTAISIE DCORATIVE AU THTRE DES CHAMPS-ELYSES.--Des croquis
grandeur nature crayonns par Sem sur les murs du bar.

Tandis que, dans ce thtre des Champs-Elyses dont l'inauguration a t
l'vnement parisien de la semaine, la faade s'orne d'une noble frise
due au statuaire Bourdelle, qui a galement compos. pour l'atrium
d'entre et les couloirs des loges, une suite de bas-reliefs
mythologiques, d'autres parties de ce palais o tout concourt au plaisir
des yeux ont reu une dcoration moins svre. Un lgant bar-fumoir y
accueille, pendant l'entr'acte, les spectateurs dsireux d'changer
quelques propos parmi les nues lgres des cigarettes: pour gayer ce
lieu aimable, o, les soirs de gnrale passeront tant de
contemporains notoires, quel artiste tait plus dsign que Sem, leur
dessinateur attitr? Il a croqu, avec sa verve coutumire, sur deux
panneaux appliqus aux murs, et qui ne paraissent point s'en distinguer,
quelques-unes des silhouettes sans lesquelles on n'imagine pas le
Tout-Paris de 1913. Excutes  la grandeur naturelle, elles donnent
l'impression d'avoir t jetes, d'un crayon preste, sur la pierre mme.
Ainsi vivantes et toutes proches, elles serviront de fond, si l'on peut
dire, aux causeries qui s'changeront l, entre deux actes...



[Illustration: L'Institut et le Collge franais de Madrid.]

LA FRANCE ET SES SOEURS LATINES

_A Madrid, l'inauguration de l'Institut franais,  Rome, la
constitution du comit Italia-Francia ont t,  peu de jours de
distance, deux intressantes et caractristiques manifestations en
faveur de l'amiti latine. Aussi runissons-nous sous un mme titre
d'actualit les correspondances que nous avons reues de Madrid et de
Born et qu'il comment de rapprocher._

L'INAUGURATION DE L'INSTITUT FRANAIS DE MADRID

Le 27 mars a eu lieu l'inauguration solennelle de l'Institut franais de
Madrid, sous la prsidence de M. Steeg, ancien ministre de l'Instruction
publique, dlgu spcial du gouvernement franais, et en prsence du
comte de Romanons, prsident du Conseil espagnol, des ministres d'tat,
M. Navarro Reverter, et de l'Instruction publique, M. Lopez Muoz, de
l'ambassadeur de France M. Geoffray, de MM. Collignon, membre de
l'Institut; Bayet, directeur de l'enseignement suprieur; Coullet,
directeur au ministre de l'Instruction publique; des recteurs des
Universits de Madrid, Bordeaux, Toulouse et Poitiers, de plus de
cinquante universitaires franais et autres notabilits des deux pays.
L'Institut franais de Madrid, analogue aux coles de Rome, d'Athnes,
de Florence et de Saint-Ptersbourg, runit dsormais deux oeuvres
nagure distinctes et d'ailleurs galement mritoires. C'est, d'une
part, l'cole des hautes tudes hispaniques, fonde, sur l'initiative et
sous la direction du savant archologue M. Pierre Paris, par
l'Universit de Bordeaux pour permettre  de jeunes agrgs de
poursuivre en Espagne leurs travaux, qui ont abouti dj  des thses
fort remarquables. Et c'est, d'autre part, l'Union des Etudiants
franais et espagnols cre en 1908 par le doyen de la Facult des
lettres de Toulouse, M. . Mrime, pour organiser,  Madrid au
printemps,  Burgos en t, deux sries de cours: espagnols 
l'intention des matres ou lves franais se prparant  l'enseignement
de cette langue; franais pour les auditeurs espagnols, qui, l'an
dernier, dpassaient,  Madrid, le chiffre de 150, tandis qu' Burgos se
formait une colonie scolaire de 125 Franais. De ce double courant
parallle d' changes universitaires franco-espagnols tait ne entre
les Universits de Toulouse et Bordeaux, leurs promotrices, une ardente
et cordiale mulation, selon le mot de M. Steeg.

[Illustration: Le discours de M. Steeg, reprsentant du gouvernement
franais,  l'inauguration de l'institut franais de Madrid.]

Mais toutes deux sentaient galement, en raison mme du succs de leur
entreprise, l'urgente ncessit de substituer une installation
dfinitive et personnelle  l'installation provisoire de l'cole des
tudes hispaniques en garni et de l'Union des tudiants  l'Universit
de Madrid, o le recteur, M. Condey Luque, leur offrait une affable
hospitalit. L'heureuse concidence du transfert, dans un vaste terrain
et un nouvel difice, du Collge primaire et secondaire entretenu par la
Socit franaise d'enseignement de Madrid, le dvouement du prsident
de cette Socit, M. Delvaille, le zle de nos ambassadeurs, MM. Revoil
et Geoffray, les libralits publiques et prives, ont permis d'difier
en moins d'un an auprs du Collge, dans un des meilleurs quartiers de
Madrid, bel et sobre btiment, d aux architectes MM. Galeron et Zabala,
et qui offre un asile indpendant et confortable  la fois aux boursiers
en mission d'tudes hispaniques et aux chargs de cours franais 
l'usage du public espagnol. C'est dans la grande salle de confrences
qu'a eu lieu la crmonie de l'inauguration de l'Institut, avec les
discours de MM. Lapie, recteur de l'Universit de Toulouse, Collignon,
Delvaille, du ministre de l'Instruction publique espagnol, M. Lopez
Muoz, qui eut la dlicate attention d'en prononcer une partie dans un
franais aussi correct que vibrant, et enfin de M. Steeg. Tous, aprs
avoir retrac la gense et dfini le caractre de cette institution, ont
clbr la reprise, consacre par la ratification de l'accord marocain,
des bons rapports franco-espagnols, dont l'interruption momentane
n'avait d'ailleurs point fait obstacle au succs de notre oeuvre
universitaire. Mais encore fallait-il dissiper les prventions dont
celle-ci pouvait tre l'objet de la part de certains esprits
susceptibles et enclins  regarder la cration de cette sorte de Facult
franaise  Madrid comme une mainmise intellectuelle, si l'on peut dire,
de la France sur l'Espagne. C'est  quoi s'est trs opportunment
appliqu M. Steeg en spcifiant que ce centre pdagogique et
scientifique  la fois se conformerait au principe de la mutualit. Et
l'annonce que,  la demande des universits franaises des notabilits
espagnoles comme le docteur Ramon y Cajal, titulaire du prix Nobel, et
l'minent philologue Mnendez Pidal, iraient  leur tour donner des
confrences en France, suivant l'exemple rcent de M. Altamira,
directeur de l'enseignement primaire,  la Sorbonne, en fut un gage
suffisant.

La cordialit qui n'a cess de rgner durant ces ftes,  la sance
d'inauguration comme au djeuner offert par le comte de Romanons  M.
Steeg, au dner, et  la brillante soire de l'ambassade de France,
s'est peut-tre manifeste d'une faon plus expressive encore pendant
l'excursion des dlgus franais  Tolde, o les exercices excutes
devant eux par l'cole d'infanterie et les hymnes des deux pays jous
par sa musique ont fourni l'occasion de toasts chaleureux en l'honneur
de chaque arme. Quant au roi Alphonse XIII, partisan convaincu de
l'entente franco-espagnole, si son accident de cheval a oblig de
supprimer le djeuner auquel il avait invit M. Steeg et la, rception
des universitaires franais au palais, l'audience prcdemment accorde
par lui  notre envoy officiel avait tmoign de l'intrt et de la
sympathie qu'il porte  cette belle oeuvre.

J. CAUSSE.



FRANCE-ITALIE ET ITALIA-FRANCIA

Dans la jolie villa Cavalieri s'est constitu  Rome, rcemment, le
comit Italia-Francia qui, sous la prsidence honoraire du marquis
Visconti-Venosta, travaillera de concert avec le comit France-Italie
prsid par M. Pichon,  resserrer les liens qui unissent les deux pays.

On remarquait parmi les assistants  la runion: M. Luigi Luzzatti,
ancien prsident du Conseil; le chef socialiste rformiste, le dput
Bissolati; M. Salvatore Barzilai, l'un des meilleurs orateurs du
Parlement; le leader rpublicain Eugenio Chiesa; le snateur Martini,
ancien gouverneur de l'rythre; M. Carcano, conservateur,
vice-prsident de la Chambre; le snateur Pompo Molmenti, bien connu;
le sculpteur Lonardo Bistolfi; M. Guglielmo Ferrero, l'historien si
apprci en France.

Le comit qui s'est form a dsign comme secrtaire gnral le
commandeur Enea Cavalieri.

Celui-ci, avec beaucoup d'amabilit, a bien voulu, en quelques mots, me
dire, pour _l'Illustration_, quelles taient les intentions du nouveau
comit:

En nommant comme prsident d'honneur un diplomate tel que le marquis
Visconti-Venosta, dont personne en France n'a oubli le rle  la
confrence d'Algsiras, nous avons voulu, me dit-il, montrer la
tradition de la politique italienne qui a t toujours la plus cordiale
vis--vis de la France.

 Notre comit n'a pas, nominalement, de prsident effectif, mais, comme
M. Luzzatti se trouve en tte des fondateurs du comit Italia-Francia,
c'est lui qui remplit effectivement cette charge.

 Nos statuts visent  la constitution de deux bureaux: l'un qui aura
pour objet les tudes littraires ou artistiques intressant les deux
pays, l'autre qui s'occupera des questions politiques et conomiques.

 Remarquez bien que nous ne voulons pas que notre activit conomique
devienne purement commerciale; certes, si de grandes questions touchant
nos deux pays sont en jeu, nous y donnerons toute notre attention, mais
nous ne voulons pas chercher  conclure des affaires.

 Ce que nous dsirons, c'est encourager tout ce qui se fait en Italie,
pour mieux faire connatre et apprcier la France.

 Nous organiserons des confrences, nous soutiendrons les institutions
qui s'occupent de propager en Italie la langue et la culture franaises.

 Nous esprons pouvoir bientt envoyer une forte dlgation porter au
comit France-Italie  Paris les salutations de notre comit italien.

La presse a salu avec sympathie la formation du nouveau comit et les
grands journaux romains y ont consacr leur ditorial.

A peine constitu, le comit Italia-Francia a reu de nombreuses
adhsions de toutes les parties de l'Italie et il compte actuellement
parmi ses membres la plupart des noms qui,  l'tranger, personnifient
l'Italie intellectuelle.

Il a devant lui un bel avenir pour le plus grand bien des deux nations
latines.

ROBERT VAUCHER.

[Illustration: M. Luigi Luzzatti, qui prside le comit Italia-Francia.]

[Illustration: Le commandeur Enea Cavalieri, secrtaire du comit
Italia-Francia.]

[Illustration: La voiture prsidentielle  la sortie du congrs
mutualiste.]



[Illustration: Le cortge officiel au chteau d'eau du Peyrou.]

LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE A MONTPELLIER

M. POINCAR A MONTPELLIER

Pour sa premire visite officielle aux provinces franaises, M. Raymond
Poincar a reu, dimanche dernier,  Montpellier, un accueil
inoubliable. On ne vit jamais, de mmoire de Mridional, et sous la
pluie, un pareil enthousiasme, de plus chaleureuses ni de plus unanimes
acclamations. Ajoutons aussi que rarement, un chef de l'tat eut des
gestes et des mots plus opportuns, plus heureux, et ne sut s'adresser
avec plus de tact au coeur de la foule.

M. Poincar s'tait rendu  Montpellier pour clturer le congrs
national de la mutualit franaise. Son voyage, au programme trs
charg, fut cependant trs court et l'on peut dire qu'il battit le
record de la clrit. Alors, en effet, que les rapides ordinaires
mettent une quinzaine d'heures pour couvrir les 850 kilomtres qui
sparent Paris de l'Hrault, en moins de trente-quatre heures, M.
Poincar, accompagn de M. Louis Barthou, prsident du Conseil, et de M.
Chron, ministre du Travail, a effectu le trajet d'aller et retour,
entendu vingt harangues, rpondu autant de fois, prononc deux beaux
discours, prsid une sance solennelle et un banquet, assist  une
fte champtre et visit une clinique et un hpital.

Les journaux quotidiens ont donn un compte rendu dtaill de ces ftes
et crmonies auxquelles avait voulu assister un minent ami de la
mutualit et de tout ce qui est franais, le prince de Monaco. L'une de
nos photographies donne une vision de la foule masse devant le thtre
 l'instant o le prsident de la Rpublique, qui venait de clturer le
congrs mutualiste, sortait pour se rendre au mange d'artillerie o
avait lieu le banquet de 2.500 couverts. La fte champtre eut pour
cadre la fameuse promenade du Peyrou, domine par le chteau d'eau,
d'o, lorsque le temps est clair, on aperoit la mer. Des grisettes
montpelliraines, soeurs des midinettes de Paris, rcitrent un
compliment en languedocien, et, sous des arceaux de verdure et de fleurs
entrelacs, des groupes de jeunes garons et de fillettes, de jolies
_pitchounettes_ en costume traditionnel, excutrent les danses locales
de la Treille. M. Raymond Poincar complimenta avec esprit, serra des
mains, embrassa des enfants, entendit quarante fois _la Marseillaise_
et, au bout de sa journe, salu par une dernire formidable
acclamation, reprit,  7 heures, le train de la capitale.



LA SUCCESSION DE M. LPINE

En revenant du voyage prsidentiel o il remplissait pour la dernire
fois les fonctions de directeur de la Sret gnrale, M. Hennion est
all recevoir des mains de M. Lpine le sceptre, ou, pour mieux dire, le
bton blanc de la prfecture de police.

Le successeur de M. Lpine est n dans un bourg du dpartement du Nord,
 Gommegnies, prs d'Avesnes. Il a mme aujourd'hui la satisfaction
d'tre le maire de sa commune natale.

Engag dans l'infanterie pour cinq ans, M. Hennion quitta son rgiment
en 1885, avec les galons de sergent-major, et, ds l'anne suivante, il
entrait  la Sret gnrale. Nomm, un peu plus tard, commissaire
spcial  Paris; puis envoy, sur sa demande,  Verdun, comme
commissaire de police (il y resta prs de trois ans pour tudier le
fonctionnement de la police en province), il tait rappel en 1893  la
Sret gnrale, et, depuis vingt ans, il n'a plus quitt ce service
qu'il dirigeait depuis six ans.

[Illustration: M. Hennion.--_Phot. Gerschel._]

Sa figure n'est pas encore aussi connue des Parisiens que celle de M.
Lpine. Elle l'est, en tous cas, des habitus des champs de courses, o,
pendant douze ans, M. Hennion pourchassa les parieurs _au livre_ au
grand profit du Trsor, qui du pari mutuel allait tirer les admirables
ressources que l'on sait... On a vu aussi M. Hennion en province,
puisqu'il y fut,  l'occasion de plus de cent voyages de chefs d'tat,
l'organisateur des services d'ordre.

Mais, surtout, M. Hennion est le crateur de ces _brigades mobiles_ qui
ont transform les conditions de travail du service des recherches.
Grce  lui encore, ce service se trouve aujourd'hui pourvu de tout
l'outillage moderne qui ne lui a manqu que trop longtemps: archives
criminelles centralises  Paris, ateliers de photographie constitus
dans les commissariats et aux siges des brigades mobiles, application
de plus en plus tendue de la tlphonie et de l'automobilisme aux
oprations de Sret gnrale...

Grand, robuste, la moustache courte et jeune, la dmarche aise, le
geste prompt, le nouveau prfet de police est un quinquagnaire favoris
par la nature: il a le visage d'un homme de quarante ans  peine.

M. Eugne Pujalet qui succde  M. Hennion comme directeur de la Sret
gnrale n'est g que d'une quarantaine d'annes. Il a dbut dans
l'administration, il y a dix-neuf ans, comme chef de cabinet du prfet
du Tarn. A vingt-trois ans, il tait appel  Paris connue secrtaire du
directeur de la Sret gnrale, passait de ce service  la direction du
cabinet de M. Blanc, prfet de police, et, en 1899, revenait  la Sret
gnrale avec les fonctions d'inspecteur des commissariats spciaux.
Aprs le vol de la _Joconde_, on confia  M. Pujalet, jeune, nergique,
plein d'initiative, la direction provisoire des muses nationaux o il
rorganisa si bien la surveillance et la discipline du personnel que ses
fonctions venaient, il y a quelques mois, de lui tre confirmes  titre
dfinitif... Dfinitif, on le croyait du moins, puisque voici le
directeur des muses d'hier devenu le directeur de la Sret
d'aujourd'hui.

[Illustration: M. Pujalet dans son ancien cabinet du Louvre--_Phot.
Vizsavona._]



DEUX PHOTOGRAPHIES

DU DFUNT ROI GEORGES DE GRCE

Un de nos excellents correspondants, M. Franz de Jessen, nous envoie de
Copenhague, avec ces quelques lignes de commentaire, deux documents
curieux et rares sur la jeunesse du roi Georges de Grce qui vient
d'tre si lchement assassin aprs un rgne prospre de cinquante ans:

La premire de ces photographies reprsente le roi, alors prince
Guillaume de Danemark, en uniforme des cadets de la marine danoise. Elle
date du mois de dcembre 1862, c'est--dire quelques mois avant
l'lection du prince au trne des Hellnes (30 mars 1863). Le prince
fut, en effet,  l'poque de son lection, cadet de la marine
danoise,--ni plus ni moins. Il est  faire remarquer qu' ce moment son
pre (feu le roi Christian IX), n'avait pas encore pris possession de la
couronne danoise, porte alors par le roi Frdric VII (mort en novembre
1863), tandis que le prince Christian n'tait qu'hritier prsomptif. La
nomination du prince Guillaume au grade d'officier de marine n'eut lieu
que le jour mme o le roi Frdric VII acceptait au nom du jeune prince
l'offre apporte par la dputation hellne, prside par le vieux et
fameux amiral Kanaris (audience solennelle au chteau de Krigtiansbors 
Copenhague, 6 juin 1863).

[Illustration: Le prince Guillaume de Danemark en 1862,  la veille
d'tre appel  gouverner le royaume de Grce, sous le nom de Georges
Ier.]

L'autre photographie est prise  Athnes aprs l'avnement du roi
Georges, en t 1864.

Le nouveau roi avait alors dix-huit ans. Il est entour par sa suite
_danoise_, c'est--dire les officiers danois qui l'ont accompagn en
Grce. Le roi est le jeune homme coiff d'un chapeau melon, assis au
milieu. Il a  ses cts (galement assis) le baron de Gyldenvone. A
gauche du roi (debout) le capitaine Funch, derrire le roi (debout) le
lieutenant des dragons Hannibal Leth.

[Illustration: Le roi Georges de Grce aprs son avnement, en 1864,
entour de sa suite danoise.]



LENDEMAIN DE RVOLUTION

AU MEXIQUE

Si l'ordre rgne maintenant  Mexico, aprs la violente tragdie, la
sauvage guerre de rues, qui ensanglanta la ville et qui se termina par
le meurtre du prsident Madero et du vice-prsident Suarez, des ruines
demeurent que l'on mettra peut-tre longtemps  relever.

Les obus, qui, pendant trois jours, se croisrent entre le palais o
s'tait retranch le gouvernement et l'arsenal o s'taient fortifis
les rvolutionnaires, portrent un peu partout leur oeuvre de destruction
et de mort, parmi les paisibles demeures et les monuments publics, dans
les rues et sur les places qui, en certains endroits, furent jonches de
cadavres que l'on brla sur place.

Nous publions ici deux des nombreuses photographies qui nous ont t
communiques sur les lendemains de cette convulsion politique et qui
tmoignent de la violence aveugle de ce bombardement  l'intrieur d'une
capitale.



DOCUMENTS & INFORMATIONS

LA PRODUCTION TOTALE DU DIAMANT.

Dans son _Trait de mtallognie_, M. de Launay cherche  valuer la
quantit totale de diamant extraite du sol depuis que l'on commena 
apprcier ces brillants cailloux.

Tous les anciens diamants venaient de l'Inde. Les mines de ce pays,
aujourd'hui compltement puises, auraient fourni environ 2.000 kilos.

En 1723 on dcouvrit les gisements du Brsil, qui ont donn 2.500 kilos
de diamants reprsentant une valeur brute de 500 millions, soit 40
francs le carat (1 carat = 20 centigrammes). Mais, depuis quelques
annes, la production annuelle est rduite  350 carats ou 70 grammes.

Aujourd'hui le monde entier est aliment par les mines du Cap, trouves
en 1870. La production a atteint 3.600 carats en 1887 et en 1898; depuis
lors, le syndicat des mines a limit l'extraction afin d'viter la
formation d'un stock trop considrable.

Voici la production mondiale de 1909:

Cap (Cie de Beers)..       1.860.000 carats.
Transvaal..........        1.929.492
Orange.............          656.319
Afrique allemande..          400.000
Guyane anglaise.....           5.646
Nouvelle-Galles du S.          2.205

La valeur des pierres diffre beaucoup selon la provenance; le diamant
brut du Cap vaut en moyenne 40 francs le carat, celui du Transvaal, 16
francs.

M. de Launay est amen  valuer ainsi la production totale du diamant
depuis l'origine:

                               Millions            Valeurs en millions
                               de carats.              de francs.

Inde.                             10                       426
Brsil (1723-1910).               12                       500
Afrique du Sud (1867-1910).      120                     3.900

Total.                           142                     4.826

Ces 142 millions de carats de diamant brut reprsentent 28,4 tonnes et 8
mtres cubes, avec une valeur brute de prs de 5 milliards.

En tenant compte de la taille, le volume peut tre diminu de moiti;
mais la valeur marchande, aux cours actuels, peut tre quintuple. Nous
arrivons donc  un total de 4 mtres cubes de diamants taills, valant
24 milliards et pouvant tenir dans une caisse mesurant 2 mtres de
longueur et 2 mtres de largeur sur 1 mtre de hauteur.

Devant de tels chiffres, qui font sourire les femmes et rougir le
philosophe, on se demande comment le monde peut encore absorber chaque
anne pour 140 millions de diamants bruts qui, taills, reprsentent un
achat d'environ 600 millions.



L'AMNAGEMENT DES MONTAGNES DAUPHINOISES.

L'_Association dauphinoise pour l'amnagement des montagnes_ a pour but
l'amlioration du domaine forestier et du rgime pastoral dans les
rgions montagneuses du Dauphin. Fonde  Grenoble, il y a quelques
annes, elle a dj obtenu des rsultats srieux, malgr la faiblesse
des ressources dont elle dispose.

Grce  une active propagande, plusieurs communes ont cess d'accueillir
les moutons de Provence qui venaient, chaque t, achever la dvastation
de leurs pturages, en mme temps qu'ils rendaient impossible toute
tentative de reboisement. Dans ces conditions, on a constat, au bout de
trois ou quatre ans, une vritable renaissance de la vgtation
forestire et pastorale; dans l'Oisans, notamment, des coteaux abrupts,
rongs par le ruissellement et les avalanches, se couvrent peu  peu
d'un manteau forestier protecteur. Les plantations russissent dans la
proportion d'environ 70%.

Mais cela cote cher. Beaucoup de communes ne comprennent pas encore
leur vritable intrt; d'autres ont des ressources si modiques que
l'association doit prendre  sa charge le dficit caus dans la caisse
municipale par la non-location. A ces frais et  ceux de propagande
viennent s'ajouter les dpenses pour la cration de ppinires et pour
les plantations, et encore les subventions  diverses initiatives
particulires, telles que les reboisements d'un caractre esthtique
entrepris par le Syndicat d'initiative du Monestier-de-Clermont.

L'association demande  ses adhrents une cotisation minime: 2  10
francs, au gr de chacun. Il semble donc permis d'esprer que le nombre
de ces adhrents augmentera rapidement, surtout dans les rgions
intresses  une oeuvre dont personne ne saurait discuter l'utilit.

[Illustration: Pylne d'une horloge publique ventr par les obus.]

[Illustration: Maison crible par la mitraille.--_Photographies de M.
J.-B. Moreau._]

LES RUINES DE LA GUERRE CIVILE A MEXICO



[Illustration: Vue panoramique de Vendme, montrant comment la ville est
domine par la tour de Saint-Martin.--_Phot. H. Chartier._]

LA FIN D'UN SCANDALE.

L'administration des Beaux-Arts a prononc, la semaine dernire, le
classement du clocher de Saint-Martin,  Vendme: ainsi va prendre fin,
 la satisfaction de tous les dfenseurs de nos richesses monumentales
menaces, et des Vendmois tout des premiers, le scandale qu'avait
publiquement rvl,  la tribune de la Chambre, M. Maurice Barrs.

Nous avons, dans notre numro du 22 mars, publi les deux photographies
qu'avait montres  ses collgues le dput de Paris, comme preuve des
fcheux travaux excuts dans la tour. Pour rpondre au dsir qu'on nous
a exprim de divers cts, nous reproduisons aujourd'hui une vue
d'ensemble du clocher de Saint-Martin. Son seul aspect justifie
l'motion unanimement provoque par l'acte de vandalisme dont il a t
l'objet: c'est bien l'une des parures de Vendme que l'on avait tent de
dshonorer, et que l'arrt de classement vient de sauver fort  propos.



LA DISPARITION DU CAF ANGLAIS.

Aprs Tortoni, la Maison Bore, le caf du Helder, voici que disparat
le Caf anglais. Un immeuble de rapport va remplacer la maison vieux
jeu, aux fentres troites et basses, qui, depuis longtemps, paraissait
sommeiller au coin du boulevard et de la rue de Marivaux, ddaignant
toute modernisation susceptible d'blouir les passants qu'tonnait un
pareil anachronisme  deux pas de l'Opra et de l'Opra-Comique.

Fond dans les dernires annes du dix-huitime sicle, ce restaurant
clbre connut sa plus grande prosprit sous le second Empire. Gros
financiers, artistes enrichis, littrateurs en vogue, princes de tous
pays, s'y rencontraient avec l'aristocratique jeunesse dore qui
continuait avec autant de brio que ses ans, mais peut-tre moins de
dsinvolture, la tradition des soupers de la Rgence. La finesse de la
cuisine, la supriorit de la cave taient aussi justement renommes que
la discrtion du lieu et le ton impos par une clientle ultra-select.

Aprs la guerre, les soupeurs d'antan se reposrent; ceux de la nouvelle
gnration adoptrent la brasserie, recherchant le coude  coude, la
gaiet bruyante et l'addition discrte. Un instant, le Caf anglais,
achet par une socit, connut des jours moins heureux. En 1876, il fut
acquis par le propritaire actuel, M. Burdel, qui sut ramener chez lui
une clientle hsitante et s'en faire une nouvelle. On ne soupait plus
gure au Caf anglais; mais on y djeunait et l'on y dnait. Les
boursiers, quelques hommes de lettres parmi lesquels Sardou fut le
client le plus fidle, les riches trangers, tous les gens fortuns
sachant vraiment manger, frquentaient assidment cette maison hors rang
dont la table continuait  lutter victorieusement avec celle des plus
somptueux palaces. Au passant rapide, le Caf anglais semblait vide et
abandonn; en ralit, il faisait de brillantes affaires.

Sa disparition est la consquence de la plus-value formidable dont
profitent depuis quelque temps les terrains du quartier de l'Opra.
L'immeuble, vou  la dmolition immdiate, occupe une surface de 198
mtres. Il a t vendu 1.500.000 francs, ce qui fait ressortir le prix
du terrain  7.000 francs le mtre.



LE PRIX D'UN CUIRASS EN ANGLETERRE ET EN ALLEMAGNE.

_L'Engineering_ vient de publier des renseignements intressants sur le
prix actuel des navires de guerre construits en Angleterre et en
Allemagne.

Les cuirasss allemands du type _Kaiser_, construits par les chantiers
impriaux, et ceux du type _Kaiserin_, construits par des chantiers
privs, ont les mmes caractristiques gnrales: 170 mtres de
longueur, 24.000 tonnes de dplacement, turbines de 28.000 chevaux ayant
donn aux essais une vitesse de 21 noeuds. Les premiers ont cot 59
millions et demi; les autres, 60 millions.

Les btiments anglais du type _King George V_, un peu moins gros que les
units allemandes (166 mtres de longueur et 23.000 tonnes de
dplacement), ont la mme puissance et la mme vitesse; ils ne cotent
que 50.400.000 francs. En outre, l'armement, quoique trs suprieur 
celui des cuirasss allemands correspondants, a cot environ 6.500.000
francs de moins par navire.

Le _Goeben_, croiseur de la marine germanique, mesure 184 mtres de
longueur, dplace 22.600 tonnes avec une force de 52.000 chevaux; il a
cot 55 millions. Le _Lion_, de la marine britannique, mesure 198
mtres, dplace 26.300 tonnes et utilise une puissance de 70.000
chevaux; il a cot 51.700.000 francs.

De faon gnrale, l'cart des prix de construction entre les divers
chantiers de l'Angleterre ne dpasse pas 2 %; et ces prix reprsentent
une conomie de 8  15 % sur ceux des chantiers allemands.



LA MAISON DE BALZAC.

Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts a tenu  classer
parmi les monuments historiques le petit pavillon avec jardin que Balzac
vint habiter  Paris, au numro 24 actuel de la rue Pierre-Berton,
lorsqu'il fut oblig de vendre, pour cause de dettes, son chalet des
Jardies,  Svres.

C'tait, transforme au got moderne, une aimable rsidence du
dix-huitime sicle appele la Folie-Bertin, o Bertin de Blagny,
financier artiste, avait donn plus d'une fte en l'honneur de Mlle Hus,
pensionnaire du Thtre-Franais.

Peut-tre sa situation tenta-t-elle le grand crivain du dix-neuvime
sicle, plus encore que ses souvenirs. Car elle avait deux issues:
ressource prcieuse pour fuir les cranciers importuns. L, l'auteur de
la Comdie Humaine acheva, au cours de veilles laborieuses, sa grande
histoire de la socit moderne, avec Ursule Mirouet, la cousine Bette,
Modeste Mignon, le Cousin Pons, et ce Mercadet qui fut comme un reflet
de ses luttes avec ses cranciers.

Le pavillon de la rue Berton est aujourd'hui le muse que la Socit des
Amis de Balzac a meubl de pieux souvenirs. Par la porte-fentre de la
pice, qui fut le cabinet de travail de l'crivain, on accde au jardin
o il aimait  se promener, vtu d'un froc blanc de dominicain dont il
avait fait son costume d'intrieur. Parfois mme il y faisait porter sa
baignoire, pour se reposer en plein air et dans l'eau.



NIDIFICATIONS PRCOCES.

Avec les hivers particulirement doux qui sont la rgle depuis quelques
annes, les oiseaux commencent  se sentir dsorients, et on les voit
faire leur nid et pondre en des saisons tout autres que la normale. Les
faits qui suivent et qu'a recueillis un observateur anglais, dans le
Cheshire, donnent l'impression que normalement il y a chez les oiseaux
une tendance  une seconde saison reproductrice en automne, tendance qui
se ralise quand le temps est favorable.

En 1911, l'observateur en question a trouv des oeufs de ramier le 25
octobre; des oeufs de roitelet en dcembre; de jeunes tourneaux aussi
en dcembre. En 1912, il a trouv des oeufs de linotte (janvier), de
roitelet (janvier), des jeunes d'tourneau (janvier), des oeufs de
merle, de moineau, etc., en novembre et dcembre. En 1913, il a vu des
oeufs de merle en janvier; de jeunes tourneaux aussi en janvier, et de
diverses autres espces aussi des oeufs et des jeunes, toujours en
janvier.



LE JAPON ET LA CHINE VUS PAR UN ARTISTE.

D'un rcent voyage au Japon et en Chine, o il tait all chercher des
sujets nouveaux d'inspiration, M. H. Le Riche, le peintre et dessinateur
bien connu, a rapport une ample moisson de croquis et d'tudes plus
pousses,  l'huile et  l'aquarelle, dont,  plusieurs reprises,
_L'Illustration_ a eu la primeur. Ces tudes, M. Le Riche les runit
aujourd'hui en une exposition qui vient de s'ouvrir  la Galerie Georges
Petit: elles constituent un ensemble d'un rare attrait, par lequel
s'affirme le charme vari de ces impressions d'Extrme-Orient, dont nos
lecteurs auront eu un dlicat avant-got.



UNE GRANDE LORRAINE

Une Lorraine de grand coeur, qui fut l'une des premires  honorer la
mmoire de nos soldats tus sur les champs de bataille de 1870, Mme
veuve Adolphe Bezanson, ne de Viville, belle-soeur de Paul Bezanson qui
fut maire de Metz en des temps difficiles, de 1871  1877, vient de
disparatre,  un ge trs avanc. Sa mort a t vivement ressentie dans
tout le pays annex, o elle tait entoure d'une touchante vnration.

[Illustration: Mme Adolphe Bezanson.--_Phot. Prillot._]

Bien avant que ft fonde l'Association des Dames de Metz, Mme Bezanson
s'tait donn la noble tche d'entretenir et de parer les tombes des
Franais tombs, pendant la guerre, autour de la grande ville lorraine.
Chaque anne,  la Toussaint, et quand revenaient les douloureux
anniversaires, elle se rendait secrtement au cimetire Chambire,
dissimulant sous ses vtements des fleurs et de petits outils de
jardinage, avec lesquels elle nettoyait pieusement les tertres. Plus
tard, on osa rendre ostensiblement hommage  nos morts. L'honneur lui
reste d'avoir commenc cette oeuvre du Souvenir,  laquelle les
Alsaciens-Lorrains sont rests, malgr les obstacles, si fidles.

Mme Bezanson tait titulaire de la mdaille des anciens combattants de
Gravelotte et de la mdaille en or de la Socit pour l'encouragement au
bien. Cette distinction, qui ne se dcerne qu'une fois par an, lui avait
t remise solennellement par le prsident de la Rpublique en 1908.

Metz a fait  cette grande Lorraine des obsques mouvantes.



[Illustration: Le clbre banquier amricain, John Pierpont. Morgan.]

PIERPONT MORGAN

M. Pierpont Morgan est mort  Rome, dimanche dernier. Il est mort aprs
quelques jours de maladie, tout comme le plus modeste des rentiers...
Gastrite aigu, complique de prostration nerveuse, disent les
dpches.

Il avait soixante-seize ans, tant n le 17 avril 1837,  Hartford, dans
le Connecticut. Et la premire originalit de ce milliardaire fut de
n'tre pas parti de rien. Il faut que les biographes en prennent leur
parti; ils n'auront pas, cette fois, la ressource d'exciter
l'imagination populaire, au rcit d'aventures d'enfance pathtiques, de
dbuts misrables et attendrissants. Le jeune Pierpont Morgan, avant de
devenir le roi de la finance, ne fut point le gamin qui apprend  lire
tout seul, cire les bottes et vend des journaux dans les trains.
Pierpont Morgan avait des papiers de famille et une gnalogie. Ses
aeux, migrs d'Angleterre aux tats-Unis, s'taient tablis au
Massachusetts en 1636; et voil donc plus de deux sicles et demi qu'il
existe en Amrique des parents de ce gnial manieur d'affaires. Il avait
fait,  Hartford, de bonnes tudes. Il avait t tudiant  Boston;
puis, aprs un sjour en Suisse, il avait fait un stage en Allemagne, 
l'Universit de Gottingen. En 1857,  vingt ans, il entrait dans la
maison de son pre, qui tait alors banquier  Londres.

L'apprentissage ne fut pas long. Le propre du gnie n'est pas seulement
d'apprendre vite, mais de deviner ce qu'il ignore. Il se spare, au bout
de peu de temps, de son pre, pour devenir  New-York son correspondant,
en mme temps que le directeur d'une banque qu'il y fonde,--la banque
_Dabney Morgan and Co._ Le novice est dsormais lanc. En moins de dix
ans, il est l'un des rois des chemins de fer aux tats-Unis.

On a dit de Pierpont Morgan qu'il tait un grand ami de notre pays.
C'est vrai.

On sait qu'au lendemain de la dfaite de Sedan, une maison de banque
vint la premire, sans hsiter, au secours des vaincus: celle de Julius
Spencer Morgan, qui prta 250 millions au gouvernement de la Dfense
nationale; 250 millions grce auxquels put tre continue la lutte, et
sauv l'honneur des vaincus. Nous ne devons pas oublier que, comme
correspondant de son pre aux tats-Unis, Pierpont Morgan se trouvait
naturellement associ  une opration o s'affirmait, en mme temps que
la vitalit du crdit franais, la persistance d'amitis puissantes et
qui nous sont restes fidles.

Pierpont Morgan avait alors trente-quatre ans. Il allait entrer dans la
plnitude de son influence et de son action. Action souveraine;
influence telle qu'aucun industriel, aucun financier, n'en ont jamais
connu de comparable  celle-l!

Tmoin des embarras et des catastrophes continuellement engendrs, aux
tats-Unis, par la lutte vritablement sauvage et meurtrire des
concurrences, Pierpont Morgan avait pens: Il faut substituer  cette
anarchie de l'ordre. _Il faut supprimer les concurrences_.

Il fallait donc pour cela transformer les concurrents en associs...
C'tait l'ide des trusts, dont la ralisation pouvait sembler une
chimre monstrueuse et folle, et que pourtant le gnie de Morgan
ralisa. _Trust_ des chemins de fer, _trusts_ de l'acier, de la viande,
de l'or, de la houille, des banques, de la navigation, cet homme
prodigieux les _osa_ tous! Qu'une telle audace ait eu parfois des effets
trs salutaires, et qu'on ait pu considrer,  de certaines heures,
Pierpont Morgan comme le sauveur du crdit amricain, cela ne semble
point niable  quelques-uns... mais ce n'est pas non plus l'avis de
tous, et ce sera le rle des conomistes de dterminer dans quelle
mesure fut bienfaisante et dans quelle mesure put tre prjudiciable 
la condition conomique des tats-Unis l'oeuvre de _conqute_, absolument
fantastique, poursuivie durant plus de trente annes, par cet homme
surprenant.

Elle lui avait rapport,  lui personnellement, une fortune de cinq ou
six milliards, disent les uns,--de moins d'un milliard, affirment les
autres. Il supportait avec flegme et simplicit le poids de cette
richesse.

C'tait un homme de haute taille, corpulent (105 kilos!), avec une
encolure de taureau, des mains puissantes, un nez norme sous lequel
grisonnait une moustache serre autour des lvres minces; et le plus
impressionnant regard qu'on pt imaginer: un regard gris, pntrant,
dont des sourcils pais semblaient retenir la lumire...

Il parlait peu. Il allait dans le monde le moins possible. Il tait un
homme de foyer, et un homme de travail. Jules Huret a ainsi dcrit la
maison o Pierpont; Morgan travaillait:

...La banque se trouve au coin de Wall Street. n 23, et de Brad
Street, n 3.

 Elle n'a que cinq tages uniformes. La faade est en pierre de taille.
Au-dessus de l'entre des bureaux o se dressent deux colonnes de marbre
rougetre soutenant un petit portique triangulaire, je lis: J. P.
Morgan & Co dcoup en relief dans la pierre du triangle. Sur toutes
les fentres des tages suprieurs, lous  des bureaux privs, on voit,
en lettres dores, des noms de courtiers, de socits financires, etc.
Rien d'imposant en vrit, n'tait l'ide de la puissance qu'on se fait
de l'homme qui monte tous les jours les six degrs de pierre du perron
d'o il peut voir la statue de Washington.

Le bureau du patron fait suite  ceux des employs et des grands
chefs qui ne sont spars les uns des autres que par des cloisons
basses. Le bureau de Morgan est au fond. Il n'y a mme pas d'antichambre
qui le spare des autres. Des cloisons de verre l'entourent. Quiconque
avait  parler  Morgan y pouvait entrer librement...

Ce grand travailleur aura t un grand philanthrope. Il entretenait 300
asiles de pauvres! Il fut aussi un grand amateur d'art, et sa collection
particulire est une des plus merveilleuses qui soient au monde. La
France enfin lui doit deux trs beaux dons: le don d'une splendide
collection de pierres prcieuses qui est au Musum; et celui du fameux
chef de Saint-Martin qu'il restitua simplement  l'tat franais, le
jour o, ayant pay fort cher cette relique, il apprit qu'elle tait une
proprit d'tat... qui n'tait: point  vendre.

Pierpont Morgan laisse une veuve, trois filles et un fils qui lui
succde. C'est, dans le monde, une grande figure de moins; et, pour
l'Amrique, une vritable force qui disparat.



LES THTRES

L'Athne reprsente en ce moment avec succs uns comdie qui semble
devoir passer  juste titre pour la plus originale, la plus subtile et
la plus raffine de cet crivain original, subtil et raffin qu'est M.
Abel Hermant. C'est _la Semaine folle_. La semaine folle est,  Venise,
la semaine de carnaval; c'est pendant une semaine de carnaval  Venise
que se droule l'action que M. Abel Hermant a choisie comme prtexte 
sa nouvelle tude de moeurs cosmopolites, un drame d'amour, qui ne se
termine d'ailleurs pas tragiquement. L'hrone de l'aventure a meubl 
la russe son palais du Grand Canal et il se trouve que ces deux
byzantinismes harmonisent  merveille leurs lignes hardies et leurs
colorations violentes; or ce dtail a quelque chose de naturellement
symbolique, toute la pice ayant ce caractre d'tranget forte et
sduisante. Elle est joue, tout  fait dans le ton qui convient, par
Mlle Ventura, une Slave ardente, inquitante et captivante, par M. Andr
Brl,  qui on peut suprieurement accorder, au masculin, les mmes
qualificatifs, par M. Jacques de Praudy et par MM. Guyon fils, Gallet,
Guilhne.

Le thtre lyrique des Champs-Elyses, fond et dirig par M. Gabriel
Astruc et dont nous avons montr plus haut l'effet extrieur et la
disposition intrieure, a ouvert la srie de ses spectacles par les
reprsentations d'oeuvres de choix: d'abord _Benvenuto Cellini_ de
Berlioz, cr en 1838 et dont pourtant c'tait seulement la 8e
reprsentation! Ensuite--pour succder  cet opra si romantique quant 
ses dtails extrieurs, si humain quant  son expression--une pastorale:
_le Freisehtz_, de Weber. jou, pour la premire fois peut-tre en
France depuis un demi-sicle, sous sa forme originale. La troisime
soire a t exclusivement consacre  un concert de musique franais o
voisinaient les noms de Chabrier, Lalo, Saint-Saens, Gabriel Faur,
Vincent d'Indy, Debussy, Paul Dukas, Inghelbrecht. On a vivement
apprci le soin attentif et dlicat, le got clair, intelligent et
l'art, pour tout dire, avec lequel, dans une salle approprie  cet
effet, cette nouvelle direction thtrale prpare et ralise ses
spectacles musicaux.

_La Chaste Suzanne_ est,  l'Apollo, la rapparition sous forme
d'oprette d'un vaudeville, _le Fils  papa_, de MM. Mars et
Desvallires, qui fut applaudi il y a quelques annes au Palais-Royal.
La pice qui vient, ainsi transforme, de faire son tour du monde, n'a
rien perdu de sa gaiet un peu libertine mais franche, que dcuple
l'entrain de la musique frache et mlodieuse de M. Jean Gilbert.

A la Comdie-Royale, revue de M. Robert Dieudonn, _C'est fou!_ qui
s'applique  justifier assez plaisamment son titre et qui y russit
souvent.



[Illustration: EXERCICES PHYSIQUES, par Henriot.]








End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3658, 5 ***

***** This file should be named 37886-8.txt or 37886-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/7/8/8/37886/

Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
