The Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame lisabeth, soeur de Louis
XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne

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Title: La Vie de Madame lisabeth, soeur de Louis XVI (Volume 2 / 2)

Author: Alcide de Beauchesne

Commentator: Monseigneur Dupanloup

Illustrator: Morse et Emile Rousseau

Release Date: April 3, 2013 [EBook #42463]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***




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LA VIE

DE

MADAME LISABETH

SOEUR DE LOUIS XVI

Par M. A. de BEAUCHESNE


OUVRAGE

ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVS EN TAILLE-DOUCE

SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT

PAR MORSE ET MILE ROUSSEAU

DE FAC-SIMIL, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS


ET PRCD D'UNE

LETTRE DE Mgr DUPANLOUP

VQUE D'ORLANS.


TOME SECOND


PARIS

HENRI PLON, IMPRIMEUR-DITEUR

RUE GARANCIRE, 10

MDCCCLXIX

_Tous droits rservs._




[Illustration: _Madame lisabeth._]




MADAME LISABETH.




LIVRE HUITIME.

CAPTIVIT DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.

DEPUIS LE 13 AOT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.

     Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chanes, comme si vous
     tiez vous-mmes avec eux; et de ceux qui sont affligs, comme
     tant vous-mmes dans un corps mortel.

                    _ptre de S. PAUL aux Hbreux_, chap. XIII, v. 3.

     Coup d'oeil rtrospectif sur le 10 aot. -- Installation de la
     famille royale dans la petite tour du Temple; Madame lisabeth a
     une cuisine pour demeure. -- Mademoiselle Pauline de Tourzel
     partage sa chambre. -- Dnment de cette jeune fille; Madame
     lisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point  sa
     taille, est refaite par la Reine, par Madame lisabeth et par
     elle-mme. -- Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
     famille royale sont emmenes  la Commune. -- De l la princesse
     de Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la
     Reine, d'lisabeth et des enfants, sont conduites  la Force. --
     Emploi de la journe au Temple. -- Pnurie. -- Outrages. --
     Manire dont les nouvelles du dehors arrivent au Roi. -- Tison et
     sa femme, espions plus que serviteurs de la famille royale. --
     Hue surprend lisabeth en prire. -- Prire de la princesse. --
     Suppression des maisons religieuses. -- Napolon Bonaparte va
     rclamer sa soeur  la maison de Saint-Louis,  Saint-Cyr. --
     Difficults qu'il prouve: il russit enfin. -- Manuel, au
     Temple, rassure Louis XVI sur la vie de M. Hue. -- Registre de la
     petite Force, crou des prisonnires. -- Meurtre de madame de
     Lamballe. -- Sa tte porte au Temple. -- Tmoignages de
     sympathie donns  la famille royale, qui apprend que madame de
     Tourzel, la princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon
     ne sont pas mortes, mais en mme temps que les prisonniers de la
     haute cour d'Orlans, et parmi eux le duc de Brissac et M. de
     Lessart, ont t massacrs  Versailles. -- Hue fait des
     dmarches pour rentrer au Temple; sa visite  Chaumette. -- La
     Convention remplace l'Assemble lgislative. -- La royaut
     abolie. -- Madame lisabeth indique  Clry la manire dont il
     doit formuler la demande des objets ncessaires  la famille
     royale. -- L'armoire de fer dcouverte. -- On enlve  la famille
     royale tout moyen d'crire. -- Le Roi est spar de sa famille.
     -- Clry arrt et conduit au Palais de justice; il rentre au
     Temple. -- La Reine et Madame lisabeth installes dans la grande
     Tour. -- Description de leur nouvelle demeure. -- Point de
     changement dans les habitudes de la famille. -- Surveillance plus
     svre. -- Le docteur Leclerc, officier municipal de service  la
     tour, ayant remis  la Reine un remde pour sa fille qui avait
     une dartre sur la joue, est censur. -- Avanies. -- lisabeth
     sans nouvelles de ses amies. -- Maladie du Roi, du Dauphin, de la
     Reine, de Madame Royale, de Madame lisabeth. -- Clry soign par
     la famille royale. -- Dvouement d'lisabeth. -- Nouvelle
     municipalit; le nombre des commissaires au Temple est doubl. --
     Surveillance rigoureuse. -- Madame Clry apprend  son mari que
     le Roi sera jug; Clry l'apprend au Roi. -- _Louis Capet_. -- Le
     Roi devant la Convention. -- Paroles de Madame lisabeth 
     Clry. -- Moyen de s'entendre convenu entre eux. -- Le Roi
     choisit ses conseils. -- Commission de la Convention envoye au
     Temple. -- Testament du Roi. -- Le Roi de nouveau devant la
     Convention. -- Sa dfense. -- Le Roi dclar coupable. -- Message
      M. Edgeworth de Firmont. -- Condamnation du Roi. -- Appel  la
     nation.


Entrane par les vnements de la rvolution, dont on peut dire
qu'ils courent plutt qu'ils ne marchent, l'histoire se prcipite au
dnoment comme le drame, en laissant derrire elle les agitations
intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
traduites en faits, tous ces projets mort-ns, ces combinaisons
avortes qui font cependant partie de l'histoire, car une poque vit
par la pense comme par l'action. Maintenant que le sinistre
dnoment, prcurseur d'un dnoment plus sinistre encore, est
intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
est arriv de jeter un regard rtrospectif sur les dernires tapes de
la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'claircir une
question qui se prsente  l'esprit du lecteur comme un douloureux
problme. D'o vient que rien n'a t tent pour prvenir la
catastrophe du 10 aot? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
caractre fatal et invitable, tait-elle donc imprvue pour les
hommes de ce temps-l? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songet
 sauver la famille royale des prils qui la menaaient, en mettant,
s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?

L'historien de Madame lisabeth n'a pas le droit de laisser ces
questions derrire lui sans chercher  les rsoudre, d'autant plus que
la soeur de Louis XVI, entrane dans la catastrophe commune, se
trouva naturellement mle aux proccupations et aux agitations qui la
prcdrent. Peu  peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
la rvolution, mais sur ses dtails. Les Mmoires des principaux
personnages mls  ses diverses scnes viennent successivement
clairer les points rests dans l'ombre. C'est ainsi que les Mmoires
de Malouet, rcemment publis par son petit-fils, nous apportent des
lumires nouvelles sur les questions que nous avons  coeur
d'claircir.

Aprs la journe du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effray 
son tour de la rapidit avec laquelle la rvolution se prcipitait
vers l'anarchie, songea  se rapprocher du Roi et  sauver en mme
temps la Constitution, oeuvre de la veille, et la monarchie
traditionnelle, oeuvre des sicles. On n'a point oubli la dmarche
que fit le gnral la Fayette en quittant son arme pour venir
protester  l'Assemble contre les violences du 20 juin. Ce n'tait l
que la partie extrieure de sa dmarche; lui et les constitutionnels
auraient voulu faire plus[1]. Leur dsir et leur projet taient de
dcider le Roi  partir pour l'arme, en portant, s'il le fallait, une
division du gnral la Fayette sur Compigne pour favoriser le dpart
de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
plus fidles de la garde nationale auraient aide  sortir de Paris,
malgr l'Assemble. Ce plan, dj conu dans le mois de mai 1792, fut
repris avec plus d'insistance  la fin de juin; mais il choua, et il
devait chouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
les chefs du parti constitutionnel; le pass les sparait par des
souvenirs qui devenaient  la fois des apprhensions et des rancunes.
Au fond, ce qu'ils proposaient  Louis XVI, c'tait de se confier
d'une manire absolue  leur gnie politique,  leur nergie,  leur
fidlit, et de refaire avec le gnral la Fayette la seconde dition
de ce voyage de Varennes qui avait manqu avec un homme bien autrement
rsolu, le comte de Bouill. Or, le Roi, la Reine et Madame lisabeth
croyaient peu au gnie politique des constitutionnels, moins encore 
leur nergie dans l'action, et, si l'on en excepte quelques-uns, comme
le loyal Malouet, auquel ils accordaient une confiance mrite, ils se
mfiaient de leur fidlit. En outre, le souvenir du funeste dnoment
du voyage de Varennes planait comme une ombre nfaste sur l'esprit du
Roi, et augmentait ses rpugnances. Au moins,  l'poque de ce voyage,
Louis XVI acceptait les chances prilleuses de la fuite pour aller
rgner; en juin ou en juillet 1792, il ne les et acceptes que pour
aller abdiquer[2] son pouvoir entre les mains des constitutionnels,
parti en gnral honnte, mais peu pratique, qui ne lui prsentait ni
un homme de gouvernement ni un homme d'action.

[Note 1: M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'tat des
choses qu'au commencement de la rvolution, dit Malouet, toit de
bonne foi dans son dsir de se consacrer au salut du Roi et de la
Constitution, aprs avoir contribu  mettre l'un et l'autre fort en
pril. Il toit sr de son arme et de celle de son collgue Luckner,
si le Roi consentoit  se mettre  leur tte. Il toit venu au mois de
mai  Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
Sa Majest avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
chez madame la princesse d'Hnin, o toient madame de Poix et madame
de Simiane. (_Mmoires de Malouet_, publis par son petit-fils, t.
II, p. 143.)]

[Note 2: Il toit bien entendu, dit Malouet, que l'adhsion du Roi 
l'acte constitutionnel et  ceux qui le dfendoient seroit franche et
entire. Plus loin il ajoute: Quels que furent les voeux, les
esprances de la famille royale, rien ne peut justifier l'imprudence
du Roi de s'tre isol sans dfense au milieu de ses ennemis, de
n'avoir su ni voulu rallier  lui un parti national.

Malouet, malgr ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
qui fit tant de mal  cette poque. O tait ce parti national?
Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et aprs Varennes,
n'avait-il pas trait le Roi en ennemi?]

Voil la premire raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
du parti constitutionnel et du gnral la Fayette dans le mois qui
prcda le 10 aot, et si Madame lisabeth n'eut pas  se prononcer
directement, il est vraisemblable qu'elle donna  la dcision de son
frre une pleine adhsion[3]. Personne moins que cette princesse
n'avait de confiance dans les esprits chimriques du parti
constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
remonter  la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
contribu  la prcipiter. Il faut ajouter que la manire dont le
gnral la Fayette avait t reu  Paris, et la prcipitation avec
laquelle il avait t oblig de rejoindre son arme, n'taient pas de
nature  donner confiance dans sa force[4].

[Note 3: C'est la conviction de l'honnte Malouet: Croira-t-on,
dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
manquoit ni de lumire ni de courage; que Madame lisabeth, qui en
avoit beaucoup, se rduisissent volontairement, au milieu des plus
grands dangers,  une complte inaction?]

[Note 4: La Reine crivait le 4 juillet au comte de Mercy: Vous
connoissez dj les vnements du 20 juin, notre position devient tous
les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un ct,
foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
nationale ni sur l'arme; on ne sait s'il faut rester  Paris ou se
jeter ailleurs. La journe du 10 aot donna tristement raison  la
Reine pour la garde nationale; la ncessit o fut le gnral la
Fayette de s'enfuir et d'migrer aprs le 10 aot lui donna tristement
raison pour l'arme. Malouet dit lui-mme: Dans Paris, o la majorit
constitutionnelle toit encore plus nombreuse que dans l'Assemble, ce
fut la plus vile populace et les sclrats dont elle suivait
l'impulsion qui se montrrent les plus forts, et imprimrent  tous
les citoyens la terreur qui les a domins pendant tout le cours de la
rvolution. (Arneth, _Marie-Antoinette_, Joseph und Leopold, p.
265.)]

Le second motif qui empcha le Roi et la famille royale d'accepter le
plan des constitutionnels, au succs duquel ils ne croyaient pas,
c'est qu'ils avaient des esprances ailleurs. Malouet indique quelles
taient ces esprances. D'abord, la Reine comptait sur une dclaration
de tous les rois de l'Europe, provoque par l'Empereur son frre, qui
rendrait l'Assemble et Paris responsables de la vie du Roi et de
celle de sa famille. Je ne doute pas, dit-il, que la scurit et les
esprances de la Reine et de Madame lisabeth ne se rattachassent aux
secours des puissances trangres que le Roi n'a jamais provoqus
qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
d'carter une guerre nationale. Puis il ajoute en faisant ressortir
les inconvnients de cette combinaison, dont les scrupules
patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de russite:
Cette combinaison toit aussi inconsquente que toutes les autres.
Il n'y avoit rien de prcis, rien de complet dans son plan; les
pouvoirs secrets donns au baron de Breteuil toient ventuels, plus
vagues qu'illimits; ils n'appeloient point les armes trangres ni
les corps d'migrs rassembls au dehors; ils tendoient  une
mdiation des allis de la France.

Ces observations de Malouet sont justes, except dans leur application
 Madame lisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
famille tait difficile. Quoi qu'il ft, il y avait de graves
inconvnients  ce qu'il ferait, et la pluralit des moyens entre
lesquels on hsitait tait un inconvnient de plus, parce qu'elle
divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
de solution qui s'impost, puisqu'on tait ballott d'expdient en
expdient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
et la combinaison europenne, une troisime combinaison contre
laquelle Malouet s'lve avec beaucoup de force: Je dois le dire en
le dplorant, s'crie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
officieux entouroient la famille royale; leur zle aveugle, indiscret,
sans moyens, croit des esprances de contre-rvolution, entretenoit
au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
avec divers membres de l'Assemble. Guadet, Vergniaud, Ption,
Santerre, toient admis  cette correspondance. Nous ne fmes
instruits qu'au dernier moment de cette misrable intrigue, et nous
smes par le Roi lui-mme, quelques jours avant le 10 aot, que Ption
et Santerre avoient promis d'empcher l'insurrection moyennant sept
cent cinquante mille livres, qui servirent  la payer.

Ces dernires et curieuses rvlations achvent de caractriser la
position du Roi et de la famille royale au moment du 10 aot, et font
comprendre les hsitations prolonges de Louis XVI. Les empiriques
accouraient; chacun avait sa panace, comme il arrive pour les malades
dsesprs. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu voir, n'a
pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorit dans
l'Assemble et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris malgr
elle et de l'entourer de l'arme, dont ils taient peu srs, comme
l'vnement le prouva aprs le 10 aot, n'taient pas moins empiriques
que les autres, et leurs moyens n'taient pas moins aventureux. Une
circonstance fortifia la rpugnance presque insurmontable du Roi 
quitter Paris. Les chefs du parti extrme, y compris le _vertueux_
Ption (Louis XVI l'avait prouv), n'taient pas incorruptibles.
Sachant que leurs mes taient vnales, il crut moins  leur
fanatisme, et mprisa plus ces conducteurs de la populace qu'il ne les
craignit[5]. Louis XVI ne calcula pas assez que ces despotes de la rue
deviennent eux-mmes les esclaves des passions qu'ils ont surexcites:
ils ne conduisent pas, ils marchent devant, parce qu'ils sont pousss.

[Note 5: Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les constitutionnels
une aversion aussi prononce que la Reine et Madame lisabeth; mais il
ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir viter de s'en rapprocher. Le
parti jacobin leur inspiroit plus de mpris que de crainte..... Ils
supposoient les rvolutionnaires plus corrompus que fanatiques. (Tome
II, page 157.)]

Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
plusieurs  prendre, les suprmes journes que la monarchie eut 
parcourir avant d'aller se briser contre l'cueil qui devenait de plus
en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
distance en distance, la voix des vigies s'levait pour avertir que le
pril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
que madame de Stal prit une honorable initiative dont la postrit
doit tenir compte  sa mmoire. En 1792, dit Malouet, qui la
connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en toit, comme bien
d'autres, aux regrets et au dsir de rparer les torts qui pouvoient
tre reprochs  elle-mme ou aux siens. Elle m'crivit dans les
premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je m'y
rendis. Je la trouvai fort agite des scnes horribles qui s'toient
passes et de celles qui se prparoient, car nous tions tous
instruits du projet arrt pour une insurrection gnrale contre la
cour dans le commencement d'aot. Aprs quelques rflexions
douloureuses sur cet tat de choses, madame de Stal me dit avec la
chaleur qui lui est propre: Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
ne vient promptement  leur secours, et je m'offre pour les sauver;
oui, moi qu'ils considrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
pour leur salut, et je suis  peu prs sre d'y parvenir sans leur
faire courir aucun risque ni  moi-mme. coutez-moi; ils ont
confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'excuter dans trois
semaines en commenant dans deux jours les prliminaires: il y a une
terre  vendre prs de Dieppe[6]; je l'achterai; je mnerai  chaque
voyage un homme sr  moi, ayant  peu prs la taille et la figure du
Roi, une femme de l'ge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
qui est de l'ge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
fois, il me sera facile d'amener une troisime fois la famille royale,
car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
lisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
proposition; il n'y a pas de temps  perdre; rendez-moi ce soir ou
demain la rponse du Roi.

[Note 6: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orlans, qui
cherchait en effet  la vendre. Le parc s'tendait jusqu'au bord de la
mer.]

Aprs avoir racont sa conversation avec madame de Stal, Malouet
poursuit ainsi: Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
qui l'avoit suggr. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
intendant de la liste civile. En lui confiant ce que je venois
d'entendre, je l'engageai  me mener par un escalier drob chez le
Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
cabinet qu'on vnt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
sur la proposition de madame de Stal, ne demandaient point  me voir.
M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Stal;
qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils toient
trs-sensibles  ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
danger imminent.

M. de la Porte me confia alors, sans aucun dtail, qu'on toit en
ngociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.

Ce sont les objections plus haut exposes qui reviennent.
Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignit de ne pas
devenir les obligs des personnes qui les avaient offenss, mais ils
ne croyaient pas encore leur fortune descendue  un tel degr qu'ils
n'eussent plus qu' sauver leur vie en renonant  cette couronne,
hritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'tait bientt
migrer, c'tait abdiquer.

Malouet en convient lui-mme, comme on va le voir par la suite de son
rcit: Je fis sentir  M. de la Porte, continue-t-il, combien il
toit fou, coupable mme de compter sur de telles ressources; que les
choses en toient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
de rsistance et de salut; que la prpondrance des Jacobins  Paris,
leurs projets, leur audace et la frocit de la populace
rvolutionnaire menaoient videmment la vie du Roi et de la famille
royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur chapper si on ne les
prvenoit avant l'arrive des Marseillais, que nous savions tre
mands par le comit de la Commune. Je lui dis qu'au dfaut du projet
de madame de Stal, M. de Montmorin s'toit assur de M. de Liancourt,
qui commandoit  Rouen et qui avoit quatre rgiments  ses ordres;
qu'il seroit facile de les porter  Pontoise, o les gardes suisses
pouvoient conduire Leurs Majests. Je n'eus pas de peine  convaincre
l'honnte et bon de la Porte; nous convnmes que j'crirois au Roi,
dans le plus grand dtail, tout ce que je pensois des dangers de sa
position et des mesures  prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrang avec
l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dvou au Roi,
l'armement d'un yacht qui auroit reu la famille royale  Rouen, et
l'et porte d'abord au Havre, _et,  la dernire extrmit, en
Angleterre_. Ma lettre toit forte, pressante, trs-dtaille sur les
dangers qui menaoient la famille royale et sur les moyens qui nous
restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
laisser le soin de prparer son vasion, ainsi que la libert d'agir
auprs des royalistes runis  Paris et des gardes nationales
dvoues, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
Petits-Pres.

On prouve une douloureuse curiosit de connatre la rponse du Roi 
cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
indique en deux mots les deux objections capitales que soulve le plan
de Malouet:

Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
aprs son dner, dans le cabinet de la Reine, o il toit avec la
princesse et Madame lisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
communiquer, et il se promenoit  grands pas dans la plus vive
anxit. La Reine lui demanda de qui toit cette lettre. Sa Majest
rpondit: Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
qu'elle vous troubleroit. Il nous est dvou, mais il y a de
l'exagration dans ses inquitudes et peu de sret dans ses moyens...
Nous verrons; rien ne m'oblige encore  prendre un parti hasardeux.
L'affaire de Varennes est une leon.

Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'tait quand il
taxait d'exagration les inquitudes de Malouet sur la gravit de la
situation. Quant au reste, il avait raison; c'tait un parti bien
hasardeux: il jouait dans une bataille presque invitable sa couronne
d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
chances de son ct, combien peu de sret dans les moyens! Pour que
ce plan russt, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles  combiner sur
le papier, s'excutassent avec la mme facilit dans une ville o tous
les esprits taient en veil, o toutes les passions fermentaient, o
les comits populaires avaient une police qui surveillait le chteau,
trahi par des serviteurs infidles, o l'on souponnait des projets de
fuite, mme quand le Roi ne voulait pas fuir;--ensuite, que la garde
nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 aot, quand le Roi avait
pour lui la lgalit, la municipalit, le dpartement, et en apparence
l'Assemble, se montrt plus nombreuse, plus hardie, en prsence d'une
convocation illgale, en agissant contre la volont de l'Assemble en
dehors de l'initiative de la municipalit et du dpartement. Il
fallait enfin que les quatre rgiments de M. de Liancourt, travaills
par les progrs incessants de l'esprit rvolutionnaire, fussent plus
dvous, plus solides, plus rsolus que ne l'avaient t un an
auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouill, qui
avaient montr tant d'hsitation l o elles s'taient trouves en
contact avec la population, parlons plus exactement, qui taient
entres en dfection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
rsolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
appartenaient aux rvolutionnaires passassent tout d'un coup aux
constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait  faire,
et que ceux-l n'empchassent point ce qu'il leur tait facile
d'empcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravit de la
situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
russite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
constitutionnel.

Mais Louis XVI poussait-il la confiance,  la fin du mois de juillet,
aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du rcit de
celui-ci, dans lequel Madame lisabeth va paratre, prouve, ce semble,
le contraire: La Reine et Madame lisabeth n'ayant rien rpondu (au
Roi), dit-il, cet tat d'embarras et de silence dtermina M. de la
Porte  se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
question, sans le charger d'une rponse. Lorsqu'il nous rendit  M. de
Montmorin et  moi tout ce qui s'tait pass, celui-ci s'cria: Il
faut en prendre son parti, nous serons tous massacrs, et cela ne sera
pas long!

Quelques heures aprs cette explication,  deux heures du matin, le
baron de Gilliers arrive fort effray dans ma chambre; il avoit la
confiance de Madame lisabeth, qui l'envoya chercher  minuit et lui
dit: Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a crit au
Roi; mais il est si troubl, si agit, que nous dsirons avoir
connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
le contenu. Je remis la minute de ma lettre  M. de Gilliers, qui la
porta  Madame lisabeth. Cette princesse, aprs l'avoir lue, lui dit:
Il a raison, je pense comme lui: je prfrerois ce parti-l  tout
autre; mais nous sommes engags dans d'autres mesures: Dieu sait ce
qui arrivera!

Ainsi, Madame lisabeth, si hasardeux que ft le parti, si peu srs
que fussent les moyens, aurait prfr cette sortie arme de Paris 
toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait  la volont
de son frre, engag dans d'autres mesures.

Aprs avoir lu ces dtails, il est impossible de ne pas trouver la
conclusion de Malouet svre jusqu' la duret, jusqu' l'injustice:

Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indcision, dit-il,
qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
caractre qui le portoit  une demi-confiance pour tous ceux de ses
serviteurs qu'il estimoit, mais jamais  une confiance entire pour
aucun. Madame lisabeth, qui avoit plus de fermet et d'esprit que son
frre, participoit  ce triste dfaut, et, chose encore plus
singulire, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de dcision,
toit sur ce point  l'unisson avec le Roi et sa belle-soeur. Chacun
d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses ngociateurs, qui ne
pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
mais ce qui est tout  fait inconcevable quand on connot bien tout ce
qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
augustes personnes, c'est qu' aucune poque de la rvolution elles
n'aient demand ni accept un plan de conduite, et pas mme un plan de
dfense dans le dernier moment du pril.

Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
infatu de ses lumires et convaincu, malgr tant de fautes, de son
infaillibilit, la postrit le comprendra peut-tre. L'esprit du Roi,
de la Reine et de Madame lisabeth tait perplexe, parce que la
situation tait profondment complexe. Dans cette situation funeste
et inextricable, o l'on respirait la dmence avec l'air, il n'y avait
pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on prsentait taient
draisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame lisabeth
n'accordaient leur confiance entire et complte  personne, parce que
personne ne la mritait, je ne veux point dire au point de vue du
coeur (il y avait des coeurs nobles et dvous  cette poque), mais
au point de vue de la supriorit transcendante et de la capacit
politique. Ils hsitaient  l'embranchement de plusieurs chemins qui
pouvaient les conduire  l'abme, parce qu'ils ne voyaient pas
clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
mieux qu'eux. Quand on leur disait: Le salut est l, ils
regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
pas le salut au bout de la voie o l'on voulait les entraner. Ils
prtaient l'oreille  tous les expdients, parce que personne ne leur
apportait la solution du problme. Au fond, les fautes de tous les
partis, les passions et les prventions contraires avaient cr une
situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, dans la
position o toit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
tout  l'arme nationale, se mettre  la tte des Franois qui
vouloient le dfendre et qui pouvoient anantir une faction
criminelle, il prouve une fois de plus que les constitutionnels
prenaient les phrases pour des faits. O tait, en aot 1792, l'arme
nationale  la tte de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
Franais, je parle des Franais runis, organiss, qui voulaient le
dfendre et qui taient capables d'anantir la faction des Jacobins?
La journe du 10 aot a rpondu, la journe du 10 aot qui ne fut pas,
comme Malouet semble le croire, le rsultat des tergiversations, des
hsitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
progression rvolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
6 octobre, le second le 20 juin, le troisime le 10 aot, qui mnera
au 21 janvier. N'importe, on aime  savoir qu'il y avait  l'approche
de cette terrible preuve des coeurs gnreux qui s'inquitaient du
sort rserv  la famille royale; qui, voyant venir la mare
rvolutionnaire destine  l'emporter, s'agitaient pour trouver des
digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur poitrine au
pril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de ces hommes.
Il a racont comment, jusqu'au dernier moment, dans la petite runion
qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de plans pour sauver
la famille royale. M. de Lally, dit-il, se trouvoit frquemment de
nos runions chez M. de Montmorin, avec MM. de Malesherbes,
Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et Gouverneur-Morris,
envoy des tats-Unis, pour qui le Roi avait du got, et qui donnait 
Sa Majest, mais aussi inutilement que nous, les conseils les plus
vigoureux. C'est le 7 aot que, pour la dernire fois, nous dnmes
ensemble. Au moment de nous sparer, nous nous fmes tous un dernier
adieu. Notre confrence avait pour objet de tenter un nouvel effort
pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire 
Pontoise. Avertis fort en dtail de tous les prparatifs du 10 aot,
nous tions assembls ds le matin chez M. de Montmorin. Il avoit
crit au Roi pour lui en faire part, et lui dire qu'il n'y avoit plus
 reculer; que nous nous trouverions le lendemain avant le jour, au
nombre de soixante-dix, aux grandes curies, o l'ordre devoit tre
donn de nous livrer des chevaux de selle; que la garde nationale des
Tuileries, commande par Aclocque, aideroit  notre expdition; que
quatre des compagnies des gardes suisses partiroient  la mme heure
de Courbevoie pour venir  la rencontre du Roi; que nous
l'escorterions aux Champs-lyses, o il monteroit en voiture avec sa
famille. Le porteur de la lettre tant revenu sans rponse, M. de
Montmorin se rendit sur-le-champ chez le Roi; Madame lisabeth lui
apprit que l'insurrection n'auroit point lieu; que Santerre et Ption
s'y toient engags; qu'ils avoient reu sept cent cinquante mille
livres pour l'empcher et ramener les Marseillais dans le parti de Sa
Majest. Le Roi n'en toit pas moins inquiet, agit, mais dcid  ne
pas quitter Paris..... Il aimoit mieux s'exposer  tous les dangers
que de commencer la guerre civile.

Ce furent les dernires paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
sentait bien: quitter Paris, c'tait quitter la France. On a admir 
juste titre la trivialit patriotique d'un fougueux rvolutionnaire
rpliquant  qui lui conseillait de fuir: Est-ce qu'on emporte sa
patrie  la semelle de ses souliers? Mais si les souliers de Danton
tenaient  la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
rois franais, y tenait par toutes les fibres de son coeur. Ainsi, le
10 aot devait s'accomplir; il s'tait accompli: Louis XVI et sa
famille taient au Temple.

Avant de suivre la famille royale dans son triste sjour, arrtons un
moment nos regards sur les triomphateurs du 10 aot. Le cynisme
jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
illusion  la postrit, dbordait dans les crits et dans les
correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
directe  cette journe. Elle acqurait dans leur imagination
chauffe les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
Tyrtes du 10 aot chantaient, aux dpens de la vrit et de
l'orthographe[7], cette victoire que la longanimit de Louis XVI et sa
rsolution inbranlable de ne pas faire couler le sang franais
avaient rendue si facile.

[Note 7: Voir  la fin du volume aux pices justificatives, n I.]

La petite tour du Temple, que la rvolution assignait pour demeure 
la famille royale, formait un carr long flanqu de deux tourelles et
adoss  la grande tour, sans communication intrieure.

La porte d'entre, prcde de quatre marches extrieures, tait
troite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
l'escalier, taill en coquille de limaon. Cette porte, reconnue trop
frle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apports
des prisons du Chtelet. A gauche, en entrant, tait la loge de deux
portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chausse n'avait que deux
pices: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
qui servait d'entrept aux archives. Le premier se composait d'une
antichambre et d'une salle  manger communiquant  un cabinet pris
dans la tourelle, o se trouvait une bibliothque. Mesdames Thibaud,
Basire et Navarre couchrent dans cette salle pendant les sept jours
qu'elles restrent dans cette maison d'arrt.

Au second tage, on entrait dans une antichambre fort sombre, o
couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
fille une chambre dont la fentre avait jour sur le jardin; dans cette
chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
habituellement presque toute la journe. A droite, dans une mme
chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
Saint-Brice. On tait oblig de traverser cette pice pour entrer dans
le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe  tout ce corps
de btiment, et qui tait commun aux municipaux et aux soldats, aussi
bien qu' la famille royale.

La distribution du troisime tage tait la mme que celle du second.
L'antichambre place au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
servait de corps de garde. En face, derrire une cloison, se trouvait
un rduit troit n'ayant de jour que par un chssis  vitrage adapt
au toit. Ce fut l que s'tablirent Hue et Chamilly. A droite de
l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, claire par deux
fentres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de Louis
XVI tait plac dans une alcve  droite en entrant. La petite pice
de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.

Vis--vis de la chambre du Roi, et de l'autre ct de l'antichambre,
tait une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
appropris  sa premire destination, dnonce en outre par l'affreuse
malpropret qui y rgnait. On devine que ce fut l le logement de
Madame lisabeth, car la plus mauvaise place tait toujours la sienne.
Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel,  une vertu
d'ange une bont sans pareille, dit sur-le-champ  Pauline qu'elle
vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
sangle  ct du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
marques de bont qu'elle en reut pendant le temps qu'il nous fut
permis d'habiter avec elle ce triste sjour. Madame lisabeth tait
clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulirement
cette jeune et intressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune me.

Afin de donner au lecteur une ide plus prcise et plus dtaille de
ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisime tage de la
petite tour, avec la description de son mobilier.

[Illustration: PETITE TOUR.--TROISIME TAGE.--_LE ROI_ et _MADAME
LISABETH_.

  A. Antichambre.
  B. Chambre et lit de MM. Hue et Chamilly.
  C. Chambre du Roi.
     1. Lit du Roi  deux dossiers, avec ciel de lit de camelot
        rouge et jaune.
     2. Commode en marqueterie,  dessus de marbre blanc.
     3. Grand canap de velours cramoisi.
     4. Grande table  manger.
     5. Un buffet  quatre ventaux.
     6. Un guridon avec dessus de marbre blanc.
        Quatre fauteuils de velours d'Utrecht cramoisi.
        Six chaises de paille.
  D. Cabinet de lecture du Roi, avec banquettes circulaires
     de taffetas lilas, en draperie avec franges et glands.
  E. Cabinet de toilette.
     7. Armoire remplie d'estampes.
  F. Ancienne cuisine, chambre de Madame lisabeth.
     8. Lit de Madame lisabeth.
     9. Lit de mademoiselle Pauline de Tourzel.
    10. Table.
    11. Un cabriolet de coton rouge, lilas et blanc.
        Trois chaises.
  G. Corps de garde.]

Arrivs au Temple dans la soire du lundi 13 aot (et non du 14 comme
l'ont crit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
apprirent que, d'aprs les ordres du conseil de la Commune[8], des
travaux considrables allaient tre entrepris pour isoler et
fortifier leur prison. Dans la journe mme, le patriote Palloy,
accompagn de Sautot, son collgue, et de MM. Poyet et Paris,
architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
localits. Dj clbre pour avoir dmoli la Bastille, cette citadelle
de la tyrannie, ce maon ambitieux avait brigu la gloire de
construire la prison du tyran. L'enclos fut livr  ses ouvriers. Les
btiments qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
On masqua des fentres, on exhaussa les murs d'enceinte, on cra des
guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entranrent
des dpenses considrables[9].

[Note 8: Sance du 13 aot 1792.]

[Note 9: Voir  ce sujet les registres de la Commune et les Archives
de l'Empire.]

Presque tous les captifs taient arrivs au Temple dans un dnment
absolu. Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
avoient t pills dans notre appartement des Tuileries, et je ne
possdois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
chteau. Madame lisabeth,  qui l'on venoit d'en envoyer
quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
 ma taille, nous nous occupmes  la dcoudre pour la refaire. Tous
les jours, la Reine, Madame et Madame lisabeth avoient l'extrme
bont d'y travailler; mais nous ne pmes la finir avant de les
quitter. Cette privation du ncessaire obligeait les dtenus d'avoir
avec le dehors, tantt pour un objet, tantt pour un autre, des
relations gnes par mille entraves et devenues bientt suspectes. Les
personnes honores du privilge de suivre la famille royale dans le
malheur furent dnonces  la Commune, et celle-ci, dans sa sance du
17 aot, ordonna leur enlvement de la tour. Manuel, touch du chagrin
que cette mesure causait  la famille royale, essaya vainement de
faire revenir le conseil gnral sur son arrt.

Dans la nuit du 19 au 20 se prsentrent au Temple deux officiers
municipaux chargs d'emmener _toutes les personnes qui n'taient pas
membres de la famille Capet_. Vers minuit, dit encore mademoiselle
Pauline, nous entendmes frapper  la porte de notre chambre. Madame
lisabeth se leva sur-le-champ, m'aida mme  m'habiller, m'embrassa
et me conduisit chez la Reine. Nous trouvmes tout le monde sur
pied. La Reine prtendit que madame de Lamballe tant sa parente,
l'arrt de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses efforts
pour l'empcher de partir furent inutiles. Il n'y avoit qu' obir
dans la position o nous tions, dit madame de Tourzel. Je remis entre
les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit dans
sa chambre sans qu'il se ft rveill. Je m'abstins de le regarder,
afin de ne pas branler le courage dont nous allions avoir tant
besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre,
s'il toit possible, une place que nous quittions avec tant de regret.
La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de
Lamballe, dont elle se spara avec une vive douleur. Elle nous
tmoigna,  Pauline et  moi, la sensibilit la plus touchante, et me
dit tout bas: Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir,
soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
essentielles prenez la parole, et vitez-lui autant que possible
d'avoir  rpondre  des questions captieuses et embarrassantes.
Madame toit tout interdite et bien effraye de nous voir emmener.
Madame lisabeth arriva de son ct, et se joignit  la Reine pour
nous encourager. Nous embrassmes pour la dernire fois ces augustes
princesses, et nous nous arrachmes, la mort dans l'me, d'un lieu qui
nous rendoit si chre la pense de pouvoir leur tre de quelque
consolation....

Nous traversmes les souterrains  la lueur des flambeaux; trois
fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
Lamballe, ma fille Pauline et moi, montmes dans le premier, les
femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
dans le troisime. Un municipal toit dans chaque voiture, qui toit
escorte par des gendarmes et entoure de flambeaux. Rien ne
ressembloit plus  une pompe funbre que notre translation du Temple
 l'htel de ville.

Toutes les personnes entranes ainsi  la barre de la Commune
espraient revenir au Temple aprs leur interrogatoire, les municipaux
qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
n'y eut que M. Hue qui, dans la journe du 20 aot, fut rintgr  la
tour. A six heures de l'aprs-midi, Manuel se prsenta; il dit  Louis
XVI que non-seulement il avait chou dans ses dmarches, mais qu'il
avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
t conduits  l'htel de la Force. Madame lisabeth se mit aussitt 
prparer pour les nouvelles prisonnires de La Force les choses qui
leur taient le plus ncessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
s'tonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
une simplicit touchante et un cordial empressement.

Les pnibles nouvelles apportes par le procureur de la Commune
interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
mesdames de Tourzel, Madame lisabeth quitta son logement du troisime
tage et descendit s'tablir dans la chambre dserte du Dauphin. Le
lit de Marie-Thrse, qui jusque-l avait pass les nuits prs de sa
mre, fut transport dans la chambre de sa tante. De ce jour-l la vie
de la famille royale prit une sorte d'uniformit.

A six heures, Madame lisabeth se levait; sa nice ne tardait pas 
suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
soin de leur toilette, Madame lisabeth apprenait  la jeune fille  se
passer des mains d'autrui. Ds qu'elles entendaient les pas de M. Hue,
qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures pour
disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la Reine, de
son ct, en faisait autant, et voyait entrer chez elle avec M. Hue les
commissaires constitus  la garde du Temple par la Commune. Ces
officiers municipaux passaient la journe dans la chambre mme de
Marie-Antoinette et la nuit dans la pice prcdente, qui sparait cette
chambre du logement de Madame lisabeth. A neuf heures, celle-ci suivait
la Reine et les enfants chez le Roi pour le djeuner. Aprs les avoir
servis, Hue redescendait pour faire les chambres de la Reine et des
princesses. A dix heures, la famille se runissait chez la Reine et y
passait la journe. Louis XVI donnait  son fils des leons de langue
franaise, de langue latine, de gographie et d'histoire;
Marie-Antoinette s'occupait de l'ducation de sa fille, et Madame
lisabeth lui enseignait le calcul et le dessin. Vers une heure, si le
temps tait beau, et quand Santerre tait prsent, la famille royale,
accompagne de quatre officiers municipaux, descendait au jardin;
pendant la promenade, les enfants jouaient habituellement au palet ou au
ballon, faible distraction  laquelle assez souvent mettait obstacle
l'incertitude du temps ou l'absence du chef de la milice nationale. A
deux heures, on remontait chez le Roi; on dnait; on descendait ensuite
chez la Reine. C'tait le moment de la rcration. Les jeux des enfants
faisaient luire un rayon de gaiet sur l'horizon de la famille.
Trs-souvent aussi,  cette heure, Madame lisabeth proposait  son
frre une partie de piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher  ses
lectures et  son travail, auxquels il tait toujours press de
retourner. A sept heures, toute la famille prenait place autour d'une
table, pour couter la lecture que faisaient alternativement la Reine et
Madame lisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'tait pas rare que des
rapprochements imprvus avec leur situation vinssent rveiller des
sentiments pnibles. Ces applications se renouvelrent souvent  la
lecture de _Ccilia_ (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
dressait le souper du Dauphin dans la chambre de Madame lisabeth; la
Reine venait y prsider, et le reste de la famille suivait. Louis XVI
lui-mme, pour gayer un instant cette dernire heure de la journe, se
plaisait parfois  proposer des nigmes empruntes  quelques vieux
_Mercure de France_ qu'il avait trouvs dans la bibliothque de la tour.
L'intelligence des enfants surprenait souvent le mot cach, et le sombre
intrieur s'claircissait un instant  leur radieux sourire. Le petit
Prince faisait ensuite sa prire, et Hue le couchait. La Reine et Madame
lisabeth restaient tour  tour auprs de lui. Aprs avoir servi le
souper de la famille, Hue portait  manger  celle des deux princesses
qui tait de garde. Louis XVI, en sortant de table, revenait auprs de
son fils; aprs quelques moments, il serrait  la drobe la main de sa
femme et de sa soeur, leur adressait un muet adieu, recevait les
caresses de ses enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette
et Madame lisabeth, demeures ensemble, prenaient pendant quelques
instants leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure o le Roi
et les deux enfants reposaient pour rparer les habits de la famille.
Madame Royale se couchait, et, comme son frre, elle ne tardait pas 
s'endormir; alors, aprs un tendre bonsoir, les deux soeurs se
quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service restait
dans la pice qui sparait leurs chambres, l'autre avait suivi le Roi.
Ces commissaires taient relevs  onze heures du matin,  cinq heures
du soir et  minuit. Louis attendait pour se coucher que le nouveau
commissaire ft arriv, et s'il ne l'avait point encore vu, il priait
Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le vieux donjon du
Temple, et le sommeil des prisonniers tait souvent aussi paisible que
leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant une grande partie de
la nuit, une femme y veillait en cachette, et  l'insu de tous, except
de Hue, son complice oblig, raccommodait  la lueur d'une bougie le
seul vtement que possdaient le Roi et le Dauphin, et que le fidle
serviteur lui avait apport  minuit. Plus d'une fois les commissaires
de la Commune fouillrent un vtement qui sortait  six heures du matin
de la chambre de Madame lisabeth.

Cette pnurie n'tait pas le seul tourment de la famille royale: des
vexations et des outrages de tout genre s'y mlaient. Madame lisabeth
ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
descendaient plus au jardin sans tre insults. C'taient d'abord
Rocher et Risbey qui, la pipe  la bouche, les regardaient passer au
guichet entre deux bouffes de fume.

C'taient ensuite les gardes du service extrieur, qui, placs au bas
de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
passaient, puis de se lever et de se dcouvrir quand ils taient
passs. La multitude d'ouvriers employs dans l'enceinte du Temple 
la dmolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
l'alle des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
mais le prix auquel ce prcieux avantage tait achet pour lui par ses
parents remplissait de larmes le coeur de Madame lisabeth.

Louis XVI, malgr ses demandes ritres, n'avait pu obtenir la
lecture des journaux. Un moyen fut tent pour suppler  leur absence.
Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
sommaire des articles intressants que contenaient les gazettes qu'ils
vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
tourelle; l, se hissant  la hauteur d'une fentre aux deux tiers
bouche, il s'y cramponnait jusqu' ce qu'il et saisi le sens des
principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
Reine; Madame lisabeth au mme instant passait dans sa chambre; Hue
l'y suivait sous un prtexte quelconque et lui communiquait ce qu'il
venait d'apprendre. Rentre dans la chambre de Marie-Antoinette,
Madame lisabeth se plaait au balcon de la seule fentre du Temple
qui n'avait pas t condamne dans la majeure partie de son ouverture;
le Roi, sans que les commissaires en prissent ombrage, allait  cette
fentre comme pour respirer; sa soeur lui transmettait ce que son
valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi que l'hritier de Louis
XIV,  force de combinaisons et de subterfuges, parvenait  connatre
une parcelle des vnements qui agitaient son empire. C'est par cette
voie qu'il fut instruit de la mort de M. de Laporte, intendant de la
liste civile[10], et de celle de M. Durosoi, rdacteur de _la Gazette
de Paris_[11]. Disons aussi que parmi ces colporteurs de tristes
nouvelles se glissaient parfois des crieurs affids envoys par
quelques amis ignors. Louis XVI entendit un jour chanter dans la rue
cet air fort connu alors: Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier
dans Paris; et Madame lisabeth ne put imputer qu' une amiti du
dehors l'air du _Pauvre Jacques_ que des joueurs de vielle firent plus
d'une fois arriver  son oreille. Ce chant mlancolique, reflet d'un
affectueux souvenir, faisait battre son coeur; mais les sons
s'teignaient bientt et s'vanouissaient plus fugitifs que l'motion
qu'ils avaient fait natre.

[Note 10: On avait pendu Favras sur la place de Grve, on y avait
amen les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
rvolution ne voulut pas que le palais du peuple ft souill du sang
de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
Le 24 aot, M. de Laporte fut dcapit sur la grande place du
Carrousel, vis--vis du chteau des Tuileries. Il tait g de
quarante-neuf ans. C'tait lui qui, le 22 juin 1791, avait remis 
l'Assemble nationale la dclaration que Louis XVI avait crite avant
de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
trouble; il monta sur l'chafaud avec dignit. L, se tournant vers le
peuple, il dit avec douceur: Citoyens, soyez srs que je meurs
innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidlit  mon
Roi: puisse mon sang, que vous dsirez, vous donner plus de bonheur et
rendre la paix  ma patrie!]

[Note 11: Marchant  la mort le 25 aot, fte de saint Louis, Durosoi
s'cria: Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de
saint Louis.]

Le Roi voyant avec regret que le service  la Tour roulait entirement
sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de rpondre  son
dvouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
service un ancien commis aux barrires appel Tison, homme d'un
naturel mfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
de prventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractre doux et
compatissant. Il n'tait point facile de se tromper longtemps sur la
nature des services demands  leur zle: Madame lisabeth s'aperut
bientt que c'taient moins des domestiques que des espions qu'on
avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
concours, et n'eut qu' se louer de leur zle pendant le peu de temps
qu'il demeura encore au Temple.

Quelques jours aprs leur installation, Clry, valet de chambre
attach au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris 
continuer son service auprs de ce jeune Prince. Ption accda  ce
voeu, et le 26 aot, un officier municipal amena Clry au Temple.
Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
avec M. Hue pour ce qui nous regarde.

Le nouveau serviteur se conforma  ce programme. Pendant tout le temps
que M. Hue demeura au Temple, Clry, presque uniquement occup du
Prince royal, n'eut d'autre service auprs du Roi que le soin de le
coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
charg de pourvoir aux choses ncessaires  la famille royale.
Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait  chaque
instant  discuter leurs intrts avec les mandataires de la Commune.
A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de perscutions
mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les municipaux
levaient souvent la voix, Madame lisabeth se trouva plus d'une fois
tmoin des avanies que ce gnreux serviteur supportait sans se
plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le remercier de sa
rsignation. Le Roi, de son ct, ne lui refusait pas cet
encouragement: Vous avez eu beaucoup  souffrir aujourd'hui, lui
dit-il un soir en se couchant[12]; eh bien, pour l'amour de moi,
continuez de supporter tout, ne rpliquez rien.

[Note 12: Seul moment o il pouvait laisser tomber une parole sans
qu'elle ft ramasse par le municipal de service.]

Madame lisabeth subissait la mme contrainte. Obsde par les
geliers municipaux, elle ne pouvait qu' la drobe exprimer un dsir
 M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que,  l'heure de son
service, ce brave homme tait entr chez elle, il la trouva en prire;
son premier mouvement fut de se retirer. Restez, lui dit-elle, vaquez
 vos occupations; je n'en serai pas drange.

Voici quelle tait la prire de cette femme anglique. M. Hue obtint
la permission de la copier et nous l'a conserve:

Que m'arrivera-t-il aujourd'hui,  mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prvu de toute
ternit. Cela me suffit,  mon Dieu! pour tre tranquille. J'adore
vos desseins ternels, je m'y soumets de tout mon coeur; je veux tout,
j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice
 celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par son sacr
Coeur et par ses mrites infinis la patience dans nos maux et la
parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et
permettrez.

Sa prire acheve: C'est moins pour le Roi malheureux, dit-elle  M.
Hue, que pour son peuple gar, que j'adresse au ciel des prires.
Daigne le Seigneur se laisser flchir et jeter sur la France un regard
de misricorde!...

Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
peines que nous n'en pouvons supporter.

Il mesura celles de Madame lisabeth  son courage: c'est pour cela
qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait  son
visage une srnit telle que ceux qui l'observaient se trompaient
quelquefois sur l'tat rel de son me. En la voyant si calme et si
tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
des gens se disaient: Sans doute elle connot les efforts que
l'Europe absolutiste va tenter pour dlivrer son frre; sans doute la
correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
elle est persuade que l'heure de la dlivrance approche. Madame
lisabeth n'tait persuade que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
misricordieux et juste; et bien insenss taient ceux-l qui
prenaient sa rsignation  tout souffrir pour l'espoir de voir finir
ses souffrances[13].

[Note 13: La vertu de Madame lisabeth a produit la mme impression
sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette Anglaise qui
rgna tour  tour  la cour du prince de Galles et  celle du duc
d'Orlans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il s'agit de
dfendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette grande et
infortune princesse tait en butte, la premire pense qui lui vient
 l'esprit est celle-ci: Marie-Antoinette fut l'amie de Madame
lisabeth.--Que ses ennemis rflchissent un moment aux personnes
qui formoient la socit la plus intime de la Reine, s'crie-t-elle.
C'toit Madame lisabeth, soeur du Roi, qui toit un ange aussi pur
que la neige. L'attachement de Madame lisabeth pour la Reine dura
jusqu' ses derniers moments, ce qui est une preuve surabondante de
l'innocence de Marie-Antoinette. (_Mmoires de madame Elliot sur la
rvolution franaise_, p. 36.)]

La plupart des couvents d'hommes avaient t ferms  la fin de 1790.
Quelques communauts de religieuses taient restes debout  cause de
certaines rserves contenues dans les dcrets qui prescrivaient
l'abolition gnrale de ces sortes d'tablissements; mais dnonces
incessamment  l'Assemble nationale, ces rares maisons exceptes de
la proscription taient reprsentes comme d'absurdes reliques de
l'ancien rgime, comme des antres de conspirations d'o partaient des
excitations  la rvolte contre le rgime nouveau. Enfin, le 7 aot
1792, un dcret prescrivit l'vacuation et la vente des difices
occups par les religieuses,  la seule exception des hospices ouverts
aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr paraissait atteinte
par ce dcret, mais les Dames de Saint-Louis ne bougrent pas; elles
refusrent leur porte aux officiers municipaux, prfrant au regret
humiliant de se rendre le dangereux honneur d'attendre qu'on les
brist. Nous ne comptons nous branler, disait madame de Crcy, que
lorsque nous aurons reu l'ordre officiel. Quelques familles
s'alarmrent. Mademoiselle de Puisaye fut retire par ses parents.
Napolon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1er bataillon des
volontaires de Corse, ayant t dnonc pour avoir rprim une meute
 Ajaccio, tait venu  Paris pour se justifier prs du ministre de la
guerre. Injustement conduit, et ayant reu l'ordre d'aller reprendre
son poste en Corse, il se rendit  Saint-Cyr le 1er septembre 1792,
pour voir avant son dpart sa soeur Marie-Anne, jeune personne de
quinze ans[14], entre dans la maison de Saint-Louis le 22 juin
1784[15]. Le jeune officier avait laiss Paris en proie  l'anarchie,
et,  la veille des massacres des prisons, il avait, sur la route de
Paris et dans les rues de Versailles, rencontr des dtachements de
volontaires qui partaient pour la frontire en criant _Vive la
nation!_ Plusieurs fois il avait t arrt et oblig, malgr ses
paulettes, d'exhiber ses papiers et sa carte de civisme. A Saint-Cyr,
il trouve les mmes agitations; les cris de dsordre qu'il entend dans
le village, les symptmes de colre et de haine qu'il remarque aux
portes mmes de la maison de Saint-Louis, si tranquille encore lors de
ses deux dernires visites, l'une avant le 20 juin et l'autre au
commencement d'aot, le dterminent  prvenir des ventualits
redoutables, et  profiter de son retour au foyer paternel pour
emmener sa soeur avec lui. Madame de Crcy combat son projet.--Et
quand bien mme, ajoute-t-elle, je serois dispose  le seconder,
pourrois-je faire que la communaut ne ft point prisonnire? Votre
soeur ne peut sortir d'ici sans l'avis de la municipalit et sans
l'ordre du directoire du district. Napolon Buonaparte rdige
aussitt dans le parloir de madame de Crcy sa ptition au directoire
du district[16], et court chez Aubrun, picier par tat, maire de la
Commune par intrt, car cette dignit populaire et la belle charpe
aux trois couleurs qui en tait les insignes, avaient donn un relief
clatant  son choppe, situe dans la rue basse du village, en face
de la porte du cimetire de Saint-Louis[17]. Aubrun n'couta pas
d'abord sans quelque dfiance ce jeune homme qui rclamait une jeune
fille de quinze ans pour la conduire en Corse; mais ayant caus
quelques instants avec lui sur les affaires publiques, il ne tarda
point  subir l'autorit d'une parole nette, brve, ferme et
accentue. Quittant bientt sa boutique, il alla avec son solliciteur,
accompagn de son secrtaire-greffier, dans la maison de Saint-Louis
pour constater la prsence de mademoiselle de Buonaparte. Puis il fit
et dlivra au jeune lieutenant-colonel un acte appuyant sa demande et
dclarant ncessaire d'y faire droit[18]. Muni de ces pices,
Napolon, prompt comme l'clair, retourne  Versailles, s'adresse au
directoire du district, puis  celui du dpartement, obtient
l'autorisation qu'il rclame, repart pour Saint-Cyr avec une mauvaise
voiture de louage, et se prsente de nouveau  la maison de
Saint-Louis. Ce frre dvou, qui ce jour-l, au milieu des ruines de
la monarchie, n'tait occup que du salut de sa soeur, ne se doute
gure que, huit ans aprs, un dcret sign de lui fondera dans cette
royale demeure de Saint-Cyr le Prytane franais, et que, le 28 juin
1805, il reviendra lui-mme visiter ces lieux au bruit des cris
enthousiastes de _Vive l'Empereur!_

[Note 14: Elle tait ne  Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue sous
le nom d'lisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
dpartements de la Toscane, elle pousa, le 5 mai 1797, Flix
Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nomm en 1805
prince de Lucques et de Piombino.]

[Note 15: Son admission avait t accorde dix-sept mois plus tt:

_Brevet de place  Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte._

Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi tant  Versailles, bien inform
que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'ge et
les qualits requises pour tre admise au nombre des Demoiselles qui
doivent tre reues dans la maison royale de Saint-Louis tablie 
Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
autres preuves, conformment aux lettres patentes des mois de juin
1686 et mars 1694, Sa Majest lui a accord une des deux cent
cinquante places de ladite maison, enjoignant  la suprieure de la
recevoir sans dlai, de lui donner des instructions convenables et de
la faire jouir des mmes avantages dont jouissent les autres
Demoiselles, en vertu du prsent brevet, que Sa Majest a, pour
assurance de sa volont, sign de sa main, et fait contre-signer par
moi, ministre et secrtaire d'tat et de ses commandements et
finances.

                                                          LOUIS.
  Le baron DE BRETEUIL.

Archives de la prfecture de Versailles.]

[Note 16:

  _A Messieurs les administrateurs de Versailles._

MESSIEURS,

Buonaparte, frre et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
l'honneur de vous exposer que la loi du 7 aot, et particulirement
l'article additionnel dcrt le 16 du mme mois, supprimant la maison
de Saint-Louis, il vient rclamer l'excution de la loi, et ramener
dans sa famille ladite Demoiselle sa soeur. Des affaires
trs-pressantes et de service public l'obligeant  partir de Paris
sans dlai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
bnfice de la loi du 16, et que le trsorier du district soit
autoris  lui escompter les vingt sols par lieue jusqu' la
municipalit d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
Demoiselle, et o elle doit se rendre auprs de sa mre.

Avec respect,

                                                     BUONAPARTE.
  Le 1er septembre 1792.

J'ai l'honneur de faire observer  messieurs les administrateurs que
n'ayant jamais connu d'autre pre que mon frre, si ses affaires
l'obligeoient  partir sans qu'il ne m'amne avec lui, je me
trouverois dans une impossibilit absolue d'vacuer la maison de
Saint-Cyr.

Avec respect,

                                          Marianne BUONAPARTE.]

[Note 17: C'tait un paysan sans instruction, mais d'un sens
trs-juste; il a administr pendant trente-huit ans sa commune. Il est
mort en 1828.]

[Note 18: Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district
de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, nous tant transports en
la maison de Saint-Louis tablie en ce lieu, et nous tant fait
reprsenter les brevets et autres titres, nous avons reconnu que la
Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, ne le 3 janvier 1777, est entre le
22 juin 1784 comme lve de ladite maison de Saint-Louis, o elle est
encore dans la mme qualit. Elle nous auroit tmoign le dsir
qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour de son frre et
tuteur pour rentrer dans sa famille.--Vu les diffrentes choses que
nous venons d'noncer et l'embarras o se trouveroit ladite Demoiselle
de faire un voyage aussi long, seule, et ds lors de l'impossibilit
absolue o elle seroit d'vacuer la maison de Saint-Louis pour le 1er
octobre, en conformit de la loi du 7 aot dernier, nous n'empchons,
et croyons mme qu'il est ncessaire de faire droit  la demande
desdits sieur et demoiselle Buonaparte.

Fait et dlivr  Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1er
septembre 1792, le quatrime de la Libert et le premier de l'galit.

                   AUBRUN, maire; HOUDIN, secrtaire greffier.]

Un grand crime allait accrotre les souffrances de la famille royale.
Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
cependant le trouble du dehors n'avait point pntr au dedans; et,
comme c'tait le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
royale tait descendue aprs dner au jardin. Les commissaires
paraissaient soucieux et parlaient entre eux  voix basse: tout  coup
on entend battre la gnrale; les municipaux font rentrer les
prisonniers. Un instant aprs M. Hue est arrt et emmen dans une
voiture de place  l'htel de ville par un des commissaires (nomm
Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
pouvait reprocher  son fidle serviteur; il ne trouvait que cette
rponse: Il m'tait attach, et c'est un grand crime. Le lendemain
matin, en s'habillant, il dit  Clry, rest seul  son tour pour le
service de toute la famille: Savez-vous quelque chose des mouvements
de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M. Hue[19]?--J'ai
pendant la nuit, rpondit Clry, entendu dire vaguement  un municipal
que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien de plus. Je vais
chercher  me procurer des renseignements.--Prenez garde de vous
compromettre, reprit le Roi, car alors nous resterions seuls. Vers
onze heures, Manuel vint au Temple, informa Louis que la vie de M. Hue
n'tait pas en pril, mais que le conseil gnral avait dcid qu'il
ne rentrerait plus  la Tour, et qu'on y enverrait une autre personne
 sa place. Je vous remercie, rpondit le Prince, je me servirai du
valet de chambre de mon fils, et, si le conseil s'y refuse, je me
servirai moi-mme; j'y suis rsolu.

[Note 19: Voici ce qu'tait devenu M. Hue:

Entr dans la salle de la Commune, on le plaa auprs du prsident. A
quelques pas tait Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
coutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens  moiti
ivres dveloppaient devant lui pour arrter les armes trangres: les
uns, d'un air rus, expliquaient les roueries diffrentes de leurs
oprations stratgiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher 
l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et prs de lui
Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant trs-anim.

Dans cette salle et dans les pices voisines, le tumulte tait
extrme. Au milieu de ce dsordre, le prsident interroge l'accus.
Avant que celui-ci puisse rpondre, on crie de toutes parts: _A
l'Abbaye!  la Force!_ Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.

Le calme se rtablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
imaginaires, sont reprochs. Tu as, dit l'un des municipaux, fait
entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
tricolores et divers dguisements; c'tait pour faire vader la
famille royale.--J'ai entendu, s'crie un autre, le Roi lui dire
_quarante-cinq_ et la Reine _cinquante-deux_. Ces deux mots lui
dsignaient le prince de Poix et le tratre Bouill. Un troisime
prtend qu'il avait command une veste et une culotte couleur
savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
Sardaigne[19-A]. Un quatrime revient sur des correspondances
clandestines au moyen de caractres hiroglyphiques dont nous avons
parl. D'autres l'accusent d'avoir chant dans la tour l'air et les
paroles: _O Richard!  mon roi! l'univers t'abandonne!_ etc., ce qui
tait faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'tre attir de
la part de la famille royale un intrt qu'elle affectait de lui
tmoigner, tandis qu' peine elle parlait aux commissaires de la
Commune, ce qui tait vrai. A ce dernier reproche, l'accus reste
muet. Les clameurs se renouvellent: _A l'Abbaye!  la Force!_ Enfin,
la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
s'crie: Ce valet, renvoy au Temple une premire fois, a trahi la
confiance du peuple; il mrite une punition exemplaire.--Un municipal
se lve et dit: Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
l'envoyer  l'Abbaye ou  la Force. Quel que ft en ce moment le
motif du municipal, son observation sauva la vie  M. Hue. Il fut
dcid que l'accus serait enferm dans un des cachots de l'htel de
ville. Remis aussitt  la garde d'un guichetier, il fut conduit au
lieu de rclusion qui lui tait destin.]

[Note 19-A: M. Hue avait en effet sign et fait viser par les
commissaires de garde la demande d'un vtement semblable pour Tison.]

En reconduisant le procureur-syndic, Clry lui demanda si la
fermentation continuait: Vous vous tes charg d'une tche difficile,
rpondit-il, je vous exhorte au courage. Ces mots prononcs d'un air
fort soucieux firent craindre  Clry que le peuple ne se portt au
Temple. Manuel savait que les massacres, commencs la veille  deux
heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
doute, n'ayant pu les prvenir, il craignait qu'on ne lui attribut
une part de responsabilit dans ces horribles vnements. Nous n'en
prsenterons pas ici le tableau.

Peltier, tmoin oculaire, a trac de l'aspect de Paris, dans les
journes qui prcdrent immdiatement les massacres, une description
saisissante: Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
frappes tout  coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
du soleil, dans une des belles soires d't, n'offrant plus ni
promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne prsentant
au contraire dans toute leur tendue que l'aspect du nant. Toutes les
boutiques sont fermes; chacun, retir dans son intrieur, tremble
pour sa vie ou sa proprit; tous sont dans l'attente des vnements
d'une nuit o chaque individu ne peut pas mme esprer de ressources
de son dsespoir.

Quant aux journes de septembre elles-mmes, c'est dans les Mmoires
contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
Madame Elliot[20] surtout, qui, pendant ces journes d'pouvante et
d'horreur, sauva la vie  Champcenetz  travers d'tranges pripties
et par des prodiges de courage et de prsence d'esprit, a laiss une
relation empreinte de toutes ses motions et de toutes ses anxits.
Elle a racont cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
avait fait tendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, o
elle tait couche elle-mme, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
fivre, et  moiti mort de terreur; les propos sanglants et les
menaces des sicaires; sa double crainte de leur dcouvrir le
malheureux proscrit et d'tre tendue cte  cte avec un cadavre, car
Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
barrires, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
boulevards sillonns de patrouilles; le cours de la Seine gard; elle
rencontra mme le 3 septembre--avec quelle horreur!--un des plus
sinistres trophes de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas  entrer
dans ce rcit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
Temple, et qui lui ont t arraches le 19 aot.

[Note 20: Madame Elliot est une de ces femmes  la vie lgre du
dix-huitime sicle qui, jusque dans le dsordre, conservaient un
coeur dvou, une me forte, le sentiment de l'honneur politique et de
la foi chrtienne. B.]

Le registre de la petite Force[21] constate qu' l'poque de ces
vnements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
appartenant  l'cume de la population, amenes l par la prostitution
ou le vagabondage: malheureuses cratures, de tout ge, accuses
d'avoir vol du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10 aot, ou
dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en remarque
neuf seulement dtenues pour des faits politiques. Voici leur crou:

A la date du 19 aot:

  De l'ordre de M. Ption, maire, et MM. les commissaires des
  48 sections.

     Madame de Navarre, premire femme de chambre de Madame lisabeth,
     Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,
     Madame Thibault, premire femme de chambre de la Reine,
     Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,
     Madame Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
     Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
     Marie-Thrse-Louise de _Savoie de Bourbon-Lamballe_,

[Note 21: Conserv dans les archives de la prfecture de police.]

A la date du 30 aot:

     Anglique-Euphrasie Peignon, pouse de M. de Septeuil, native de
     Paris, ge de vingt et un ans et demi, envoye dans cette prison
     pour y tre dtenue jusqu' nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
     administrateurs du dpartement de police.

A la date du 2 septembre:

     Madame Mackau, envoye dans cette prison avec la demoiselle
     Adlade Rotin, sa femme de chambre, prisonnire volontaire
     auprs de sa matresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
     police, membres de la commission de surveillance et de salut
     public.

Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
miraculeusement mises en libert le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relches, le 3, par
le tribunal populaire qui s'tait install  la Force. Il en fut de
mme de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entres dans cette
prison la veille[22], au moment mme o l'on commenait les
massacres. Quant  madame de Lamballe, en examinant de prs son crou,
il est facile de voir qu'une destine particulire lui tait rserve:
les noms de _Savoie_ et de Bourbon-Lamballe sont crits en saillie,
avec une intention vidente; la profession n'y est point indique;
tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait. L'histoire n'a
pas dit nettement pourquoi elle a t assassine: elle n'a point nomm
d'une manire positive ses juges, je veux dire ses proscripteurs et
ses bourreaux. La main mme, la main inconnue qui, sur le registre, a
complt l'crou de cette infortune princesse, s'est borne  ajouter
 son nom ces seuls mots, qui taient un arrt de mort: Conduite le 3
septembre au grand htel de la Force.

[Note 22: Madame Marie-Anglique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau,
sous-gouvernante des Enfants de France, ne au chteau de Soucy le 16
novembre 1723, est morte  Vitry-sur-Seine le 16 fvrier 1800.

Madame lisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-soeur de
madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
France, ne  Paris le 31 octobre 1729, est morte  Vitry-sur-Seine le
21 dcembre 1813.

Adlade Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitt le service de
ses deux matresses, ne s'loigna pas d'elles aprs leur mort; grce 
une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes prs
desquelles elle esprait la sienne. Son voeu a t ralis le 5
juillet 1855. Elle tait ne  Versailles en 1768.

Nous avons visit plus d'une fois cette pauvre femme, que son
dvouement et sa mmoire rendaient fort intressante. Voici comment
elle nous a racont la manire dont elle avait chapp aux massacres
de septembre:

Ne  Versailles en 1768, j'avois consquemment vingt-quatre ans
lorsque je me constituai prisonnire  la Force, aprs le 10 aot
1792. On fit beaucoup de difficult pour m'admettre dans cette prison;
mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
avec ma matresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
couchmes sur la paille, et fmes nourries au pain et  l'eau. En face
de notre cachot toit celui de la princesse de Lamballe, entre  la
Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison toit une
trs-brave femme: elle eut grande piti de nous, et c'est  elle que
nous dmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
diffrentes nourritures pour nous soutenir.

Dans la matine du 3 septembre, une espce de tribunal s'installa  la
Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa  madame de
Mackau: Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aline, elle ne
peut vous rpondre sur rien.--Prends Dieu  tmoin qu'elle est
aline.--Oui, certes, je prends Dieu  tmoin qu'elle est aline, et
qu'il lui est impossible de rpondre.--Mais elle a des parents
migrs?--Elle n'en a aucun, m'criai-je, bien que je susse pertinemment
qu'elle en avoit deux. Mon ton assur sauva ma matresse. Immdiatement
mise en libert, elle se rfugia chez madame de Chazet, sa fille.
Retenue aprs elle  la Force, on eut la cruaut de me faire assister au
meurtre de madame de Lamballe. Ds qu'elle eut pass le guichet et mis
le pied sur le pav o avoit lieu le massacre gnral et o le sang
couloit  flots, elle fut abattue immdiatement; on la dpouilla de tous
ses vtements, on lui ouvrit le corps et on lui arracha le coeur. On
m'avoit entrane pour tre immole aussi, et c'est ainsi que je fus
tmoin de toutes ces horreurs. Je perdis connoissance, et quand je
repris mes sens j'tois toute nue moi-mme et j'avois t livre 
toutes les brutalits. Au moment o on alloit me frapper, un gendarme
prit intrt  moi; il pleuroit  chaudes larmes; il me protgea avec
son sabre, fut bless au poing, et parvint  m'envelopper de son
manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui ma dfense. Mon premier
protecteur me fit aussitt monter dans une voiture, et la populace, qui
un instant auparavant avoit demand ma mort, cria autour de cette
voiture: _Vive l'innocence reconnue!_ Les chevaux pouvoient  peine
traverser les flots de cette multitude, et l'on mit prs de deux heures
 me conduire rue des Boucheries-Saint-Honor, chez la lingre de madame
de Mackau. Tout le monde se disputa le moyen de m'apporter des secours.
Pendant que je devenois ainsi l'objet de soins et d'gards empresss,
madame de Mackau, qui avoit appris le massacre gnral des prisonniers,
ne doutoit pas que je ne fusse moi-mme au nombre des victimes, et elle
me pleuroit.

La lingre me donna tout ce qu'il me falloit pour me vtir. Le
gendarme qui m'avoit sauve me conduisit chez madame de Chazet, o se
trouvoit madame de Mackau. Obliges de quitter Paris sur-le-champ,
nous vnmes demeurer  Vitry chez madame de Soucy.

Dans ce village o s'est coule presque toute mon existence, j'ai
survcu de longues annes  mes deux respectables matresses. Ma seule
pense de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prte auprs de
la leur.

                                      _Sign_: ADLADE CAMILLE.

  A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.]

Manuel, en quittant le Temple, y avait laiss de l'inquitude. Depuis,
certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugrent 
propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
royale, qui venait de sortir de table, se tenait runie dans la
chambre de la Reine. Clry tait  dner avec Tison et sa femme;
celle-ci jette un grand cri: une tte de femme, ple et sanglante,
vient d'apparatre  la croise. Les assassins, au dehors, croient
avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
le cri d'effroi sorti de la Tour. Clry est remont prcipitamment: il
prvient  voix basse Madame lisabeth, mais son visage est tellement
atterr que le Roi et la Reine s'en aperoivent. Qu'avez-vous donc,
Clry? lui dit la Reine. Les deux commissaires de service taient 
leur poste; un troisime s'crie en entrant et en s'adressant au Roi:
Les ennemis sont  Verdun; nous prirons tous, mais vous prirez le
premier. Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
dputs par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
se montrent  la fentre.--Oh! non, non, de grce! s'crie un
municipal de service[23] en barrant le passage au Roi, n'approchez
pas! ne regardez pas! quelle horreur! Voyant l'honorable opposition
des municipaux, l'orateur de la dputation s'crie d'une voix
satanique: On veut vous cacher la tte de la Lamballe que l'on vous
apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
tyrans. Je vous conseille de paratre, si vous ne voulez pas que le
peuple monte ici. La Reine tombe vanouie. J'abrge ici le rcit de
ces horribles scnes, que le lecteur peut trouver en dtail dans
l'histoire de Louis XVII.

[Note 23: Du nom de Mennessier.]

Le moindre objet qui avait appartenu  l'infortune princesse de
Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
_memento_ et une nouvelle source de larmes. Madame lisabeth ramassa
quelques effets laisss par elle  la tour lorsqu'elle en avait t
enleve, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
favorable, les remit  Clry en lui recommandant d'en faire un paquet
et de l'adresser avec une lettre  la premire femme de chambre de
madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivrent  leur
destination.

Parmi les commissaires chargs d'inspecter les travaux et les dpenses
du Temple, le nomm Simon, cordonnier et officier municipal, s'tait
fait remarquer par sa rudesse et sa grossiret. Un jour, Madame
lisabeth, qui avait su que sa femme tait malade  l'Htel-Dieu, lui
en demanda des nouvelles. Dieu merci, elle va mieux, rpondit-il, en
ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
l'Htel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
les vissiez, elles sont aujourd'hui habilles comme ma femme, comme
vous, mesdames, ni plus ni moins[24].

[Note 24: _Mon tmoignage sur la dtention de Louis XVI et de sa
famille dans la tour du Temple_, par Ch. GORET, ancien membre de la
Commune du 10 aot 1792.--Paris, Maurille, 1825, in-8 de 71 pages.]

La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
gardes nationaux, les deux geliers de la petite tour et les maons
mme employs aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
d'outrages ces grandeurs tombes. Nous ne redirons pas ces insultes de
tous les jours que la famille royale eut  subir dans l'intrieur de
sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
d'endurer avec une inaltrable rsignation. Nous prfrons rappeler
quelques rares tmoignages de sympathie et de compassion qui lui
furent offerts.

Un commissaire, de garde pour la premire fois, entra chez le Roi
pendant que le petit prince prenait sa leon de gographie. Interrog
par son pre, qui lui demandait dans quelle partie du monde tait
situe Lunville, l'enfant rpondit: Dans l'Asie.--Comment! dans
l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
lieu o vos anctres ont rgn? La manire dont le municipal
relevait l'erreur plut au Roi et  la Reine. Marie-Antoinette entama
avec lui une conversation  voix basse: Nous supporterions plus
facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
vos collgues vous ressemblaient.

Un garde national plac en faction au bout de l'alle des marronniers
qui servait de prau, jeune homme d'une intressante figure, exprimait
par son attitude et son regard le dsir de donner quelques
renseignements  la famille royale. Madame lisabeth, dans un second
tour de promenade, s'approcha de lui assez prs pour qu'il lui parlt;
soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
brillrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
dpos  peu de distance un papier dans les dcombres. Clry, en
feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit  la
recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
devait pas approcher des sentinelles et qu'il et  se retirer. On n'a
pu deviner quelles taient les intentions de ce jeune homme.

Ce n'est pas le seul sujet d'motion que l'heure de la promenade
offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaant aux
fentres des maisons situes autour de l'enceinte du Temple, Clry,
une fois, remarqua une femme qui suivait d'un oeil trs-attentif tous
les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'cartait de ses parents, et
crut reconnatre en elle madame de Tourzel. Il prvint Madame
lisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
Quoi! dit-elle, elle vivroit encore! Clry s'tait tromp; les
renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
Tourzel tait dans une de ses terres[25]. Il apprit aussi que la
princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le 10
aot, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
Tuileries, n'avaient point t comprises dans le massacre. La
certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
avait pleures, une surprise pleine de joie et comme la rsurrection
d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hlas! elle apprit
presque aussitt le meurtre des prisonniers de la haute cour
d'Orlans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
de Brissac et M. de Lessart taient au nombre de ces serviteurs de la
royaut qui ne furent pas jugs, mais assassins  Versailles le 9
septembre 1792. La population de Versailles put voir la tte de M. de
Brissac plante au bout d'une des piques de la grille du chteau. M.
de Brissac n'avait jamais voulu s'loigner du danger. La dissolution
de son rgiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
avait pri; mais le coeur d'un sujet si dvou tait rest sourd aux
instances d'un prince si malheureux. Sire, avait rpondu M. de
Brissac, la fuite m'est dfendue. On dirait que je suis coupable et
l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
accusation; j'aime mieux mourir. Il mourut.

[Note 25: C'tait encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
Tourzel, sauves de la Force par M. Hardy, avaient t conduites par
lui dans un petit logement  Vincennes, o elles demeurrent caches
pendant plus de trois mois. B.]

Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple pier
l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer M.
Hue, qui, aprs quinze jours environ passs dans les cachots de la
Commune, avait recouvr la libert. Le seul adoucissement  ses peines
tait de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition tait de
rentrer  la Tour. Il fit  ce sujet des dmarches auprs de Ption, et
celui-ci ayant t nomm dput  la Convention, il se dtermina 
s'adresser  Chaumette, qui venait de remplacer, comme procureur de la
Commune, Manuel, devenu aussi reprsentant du peuple. Il reut de lui un
accueil poli et presque bienveillant. Chaumette l'invita  s'asseoir, et
ayant fait interdire sa porte, s'pancha confidentiellement avec lui,
lui parla de son origine obscure, de sa jeunesse besoigneuse, des
obstacles qu'il avait eu  franchir, des rigueurs qu'il avait prouves.
Puis il lui fit des rvlations importantes sur les infidlits de
quelques personnes du service du Roi qui recevaient par jour, pour prix
de leurs dlations, un ou plusieurs louis stipuls payables en or. Ces
tristes aveux confondaient la loyaut de M. Hue: il se rappela pourtant
qu'une ou deux fois Madame lisabeth s'tait tonne de rencontrer dans
un journal quelques dtails d'intrieur sur lesquels l'oeil du dehors
n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame lisabeth tait
clairvoyante, sa conscience troite et scrupuleuse se serait reproch
d'arrter un soupon infamant sur qui que ce ft. Et M. Hue, dans son
ouvrage sur les _Dernires annes du rgne et de la vie de Louis XVI_, a
gard sur ces tratres une magnanime rserve, ne devant pas, dit-il,
mettre  dcouvert leurs noms quand son vertueux matre les a voulu
taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommand  son fils
de ne songer qu' leurs malheurs.

Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
entrevoir de l'intrt pour le Dauphin. Je veux, dit-il, faire donner
quelque ducation  cet enfant; je l'loignerai de sa famille pour lui
faire perdre l'ide de son rang; quant au Roi, il prira. Le Roi vous
aime..... A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. Donnez un
libre cours  votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
instant de regretter votre matre, moi-mme je vous mpriserais.

Chaumette s'tait montr confiant, mais il demeura inflexible, et M.
Hue ne put rentrer au Temple.

L'Assemble lgislative avait accompli sa tche. N'ayant ni le courage
de la vertu ni l'nergie du crime, cette triste assemble, domine par
la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la force
rvolutionnaire, avait amen la victime au Temple. La Convention
devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
cart des comices la plus grande partie des lecteurs, et un million
cinq cent mille votes seulement avaient t constats au scrutin.
Nomme sous l'impression des massacres, conue pour ainsi dire dans le
meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
odieuse origine: ds sa premire sance, 21 septembre 1792, elle
abolit officiellement la royaut, dj supprime de fait, et semblable
 une drision couronne. A quatre heures du soir, un officier
municipal nomm Lubin se rendit au Temple, entour de gendarmes 
cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnrent, il se
fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
distinctement:

La royaut est abolie en France. Tous les actes publics seront dats
de la premire anne de la Rpublique. Le sceau de l'tat portera pour
lgende ces mots: _Rpublique de France_. Le sceau national
reprsentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant  la
main une pique surmonte du bonnet de la Libert.

Pendant cette lecture, les municipaux de service[26], assis prs de la
porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
des prisonniers les secrtes motions de leur me. Louis XVI, qui
tenait un livre  la main, continua de lire sans que la moindre
altration part sur ses traits. Madame lisabeth, occupe  sa
tapisserie, ne prit pas garde  ce qui se passait et ne quitta pas
son ouvrage; la Reine demeura calme et digne, et les deux observateurs
ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pt accrotre leur
jouissance.

[Note 26: C'taient Hbert, si connu sous le nom de Pre Duchne, et
Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.]

Dans la soire, Clry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
rideaux et de couvertures pour son lit, la temprature s'tant
trs-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
demande par crit, et il la signa. Clry s'tait servi des expressions
qu'il avait jusqu'alors toujours employes: Le Roi demande pour son
fils, etc.--Vous tes bien os, lui dit Destournelles, d'employer
encore un titre aboli par la volont du peuple, comme vous venez de
l'entendre.--J'ai entendu une proclamation, rpondit Clry, mais je
n'en sais pas l'objet.--C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
la royaut, et vous pouvez dire  _monsieur_ (en montrant Louis XVI)
de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnot plus.--Je ne
puis, dit Clry, changer ce billet qui est dj sign; Louis m'en
demanderait la cause, et ce n'est pas  moi de la lui apprendre.--Vous
ferez ce que vous voudrez, rpliqua le municipal, mais je ne
certifierai pas votre demande. Le lendemain, Madame lisabeth tira
Clry d'embarras. Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
affaire: pargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
Clry, d'crire  l'avenir pour ces sortes d'objets de la manire
suivante: Il est ncessaire pour le service de Louis XVI..., de
Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thrse..., de
Marie-lisabeth..., etc...

Les travaux du Temple, quoique pousss avec activit, taient loin
d'tre achevs; cependant le nouvel appartement destin  Louis XVI,
dans la grosse tour, tait prt  le recevoir. En mme temps, on
cherchait  grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
rvolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
fournir un nouvel aliment  la colre de la rue. Dans l'embrasure
d'une porte qui communiquait de sa chambre  celle de son fils, le
Roi, peu de temps avant le 10 aot, avait pratiqu  l'aide d'une
vrille (seul instrument qu'il pt employer sans bruit) une ouverture
de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il tait parvenu 
creuser insensiblement dans le mur, sur les mmes dimensions, un trou
de huit  neuf pouces de profondeur; chaque matin, il lui avait fallu
lever le morceau qu'il avait dtach du lambris, et le soir, le
travail termin, le rattacher avec quatre fils. L'opration acheve,
il avait de sa main scell en pltre quatre tasseaux sur lesquels il
avait pos deux rangs de tablettes en bois, et dans cette cachette, il
avait rang ses papiers les plus importants. Il avait fait venir le
serrurier Gamin pour doubler d'une feuille de tle le morceau de
lambris qui recouvrait cette ouverture. Cet ouvrier, honor de la
confiance du Roi, avait dnonc  Roland ce fait, qui tout aussitt
devint une source d'accusations. La petite cachette prit dans le
public le nom d'_armoire de fer_, et devait, dit-on, donner le fil
d'une vaste conspiration. Le 29 septembre,  dix heures du matin, six
officiers municipaux entrrent dans la chambre de la Reine, o tait
runie sa famille. L'un d'eux, nomm Charbonnier, donna lecture d'un
arrt du conseil de la Commune qui leur ordonnait d'enlever papier,
encre, plumes, crayons, et mme les papiers crits, tant sur la
personne des dtenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de
chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser
aucune arme quelconque, offensive ou dfensive; en un mot, de prendre
toutes prcautions ncessaires pour ter tout commerce de Louis le
dernier avec autres personnes que les officiers municipaux[27]. Puis
arrtant ses regards sur Louis XVI, le mme commissaire ajouta de vive
voix: Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, Clry descendra et
crira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du
Conseil. Sans faire la moindre observation, les captifs se
fouillrent, livrrent leurs papiers, crayons, ncessaires de poche,
etc. Les commissaires firent ensuite la visite des armoires, des
coffres, et enlevrent les objets dsigns dans l'arrt. Un d'eux dit
 Clry: Le ci-devant Roi sera transfr ce soir mme dans la tour.
Clry fit part de cette pnible nouvelle  Madame lisabeth, qui
trouva le moyen d'en avertir son frre. Aprs le souper, comme Louis
XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour remonter dans la
sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant, que le conseil
avait une communication  lui faire. Les six municipaux qui, le matin,
avaient mis  excution un arrt de la Commune, parurent, et
notifirent aux dtenus un nouvel arrt qu'ils venaient de recevoir
du conseil gnral.

[Note 27: Archives de l'Empire.]

       *       *       *       *       *

     Commune de Paris.--Du 29 septembre 1792, l'an IVe de la Libert
     et Ier de l'galit, Ier de la Rpublique franaise.

_Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral._

La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
eux, la responsabilit du conseil gnral de la commune lui impose
l'imprieuse loi de prvenir les abus qui peuvent faciliter l'vasion
de ces tratres; il a pris l'arrt suivant:

1 Que Louis et Antoinette seront spars;

2 Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;

3 Que le valet de chambre sera mis en tat d'arrestation;

4 Adjoint avec les cinq commissaires dj nomms, le citoyen Hbert;

5 Les autorise  mettre  excution l'arrt de ce soir
sur-le-champ, mme de leur ter l'argenterie, les accessoires pour la
bouche; en un mot, le conseil gnral donne plein pouvoir  ses
commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour
la sret de ces otages[28].

[Note 28: Archives de l'Empire.]

La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revtu une
forme aussi acerbe. Quoique prpar  cet vnement, Louis en fut
affect. Marie-Antoinette et Madame lisabeth cherchaient  lire dans
les yeux des commissaires jusqu'o devaient s'tendre les rigueurs de
leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa soeur, Louis
leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
semblait dire: Rsignons-nous. Son dpart les laissa dans de vives
inquitudes. Toutes deux pleuraient  chaudes larmes. Madame
lisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
sans bornes, et que pourtant elle voyait crotre de jour en jour et
d'heure en heure.

Leves de bonne heure le lendemain, Madame lisabeth et Marie-Thrse
vinrent frapper chez la Reine un peu plus tt que de coutume. Comme
Clry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame lisabeth
accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
trois pauvres femmes et de cet enfant lui-mme tait profond; la
suprme consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
heures, quand il leur fallut se mettre  table pour djeuner, leurs
yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du pre de
famille. Elles demandrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
de service auprs d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
instants aprs, un d'eux ayant t conduire dans l'appartement de la
grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point termin
leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au djeuner de sa
famille et qu'elle tait en bonne sant. Je vous remercie, rpondit
Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de lui dire
que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir quelques
livres que j'ai laisss dans la chambre de la Reine? Vous me feriez
plaisir de me les envoyer. Puis il indiqua les ouvrages qu'il
dsirait. Le reprsentant de la Commune fit droit  sa demande; mais
ne sachant pas lire, il proposa  Clry de l'accompagner. Heureux de
l'ignorance de cet homme, Clry s'empressa de descendre avec lui. Il
trouva Marie-Antoinette entoure de ses enfants et de sa soeur: leur
douleur, qui sembla augmenter  sa vue, s'exhala en mille questions
auxquelles il ne put rpondre qu'avec rserve; leurs plaintes, leurs
paroles touchantes murent le coeur des commissaires. Accordez-nous
du moins, s'criaient-elles, la consolation de nous runir au Roi un
moment dans la journe, ne ft-ce qu' l'heure des repas!--Eh bien,
laissons-les dner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorit un
municipal; mais comme notre conduite est subordonne aux arrts de la
Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit. A ces mots, un
sentiment qui tait presque de la joie vint soulager ces tristes mes.
Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame lisabeth
les yeux levs vers le ciel, semblaient rendre grces  Dieu de cette
faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgr eux. Simon
lui-mme tait attendri. Je crois, dit-il tout haut, que ces
b......... de femmes me feraient pleurer. Il ajouta: Quand vous
assassiniez le peuple au 10 aot, dit-il en s'adressant 
Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.--Le peuple est bien tromp
sur nos sentiments, rpondit tristement la Reine.

On servit le dner chez Louis XVI  l'heure ordinaire, et on lui amena
sa famille. Aux transports qu'elle laissa clater, on put juger des
craintes qu'elle avait prouves. La concession faite par les
commissaires de ce jour ne pouvant tre blme par eux devant les
nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrt
du 29 septembre; la famille royale se runit chaque jour aux heures
des repas ainsi qu' la promenade, et Clry la servit comme par le
pass.

La Reine et Madame lisabeth tmoignrent, aprs le dner, le dsir de
visiter l'appartement qu'on leur prparait au-dessus de celui du Roi.
Les commissaires les y conduisirent. Elles prirent les ouvriers de se
hter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
temps-l, Clry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
leurs chambres, rglant leurs dpenses et cherchant le moyen de
conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce sjour de la
famille royale dans deux tours spares et sans communication
intrieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
la rendait aussi plus inquite. La chose la plus futile et la plus
insignifiante, ds qu'elle tait relative  un membre de la famille
prisonnire au Temple, empruntait immdiatement  cette circonstance
un caractre srieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
adressait  Madame lisabeth quelques prtendus vers sans rime ni
raison, et crits dans une langue qui n'appartient ni  la prose ni 
la posie. Ce fatras, portant l'adresse de _Madame lisabeth au
Temple_, fut remis au conseil gnral de la Commune[29], qui le
transmit  la commission des vingt-quatre. (Voir aux pices
justificatives, n II.)

[Note 29: _Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral du
19 octobre 1792._

Le conseil gnral nomme le citoyen Lger, l'un de ses membres,
qu'_elle_ charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
prendre une lettre adresse  Madame lisabeth par le vicaire de
Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.

                   _Sign_: DARNAUDERIE, vice-prsident;

                   COULOMBEAU, secrtaire-greffier par intrim.

(Archives de l'Empire.)]

On tenait loigns du Temple les journaux qui racontaient les
sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adresses
directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
dans ce lazaret politique et moral o la famille royale prolongeait
sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
pntrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du prsent les
apprhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misrables feuilles, dont
le cynisme et le dvergondage taient sans bornes, on les plaait 
dessein sur une commode ou sur une chemine dans les appartements. Ni
l'ge ni la vertu n'taient pargns. Une brochure prouvait qu'il
fallait touffer _les deux petits louveteaux_, c'est ainsi qu'elle
appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage  pleins
flots sur Madame lisabeth, cherchant  dtruire l'admiration
qu'inspiraient au public son caractre anglique et son dvouement
fraternel.

Un petit conflit d'attributions lev entre Clry et Tison, leurs
prtentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
individuellement chaque dtenu de s'adresser pour un service
quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux dispos en sa faveur,
firent prendre par le conseil du Temple un arrt pour rglementer la
manire dont la famille royale prsenterait  l'avenir ses demandes au
conseil. Le municipal James, qui protgeait Tison, lui dit en lui
annonant le rsultat de la dlibration du conseil: Sois content, le
ministre est form; tu as le dpartement des femmes.

La sparation complte de la famille royale tait pressentie dans cet
arrt. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
lisabeth furent installs dans la grosse tour. Ce moment tant
souhait par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
consolations, fut marqu, de la part des municipaux, par un trait
d'hostilit contre la Reine. Le conseil du Temple, compos de Roch,
Jrosme, Cochois et Mass, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
personnel de Marie-Antoinette, prit un arrt qui, sous la forme d'une
mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
mains de sa mre et le remettait entre celles de son pre[30]. Sans
avoir pralablement notifi cette dcision  Marie-Antoinette, le soir
mme de son entre dans son nouvel appartement, on lui enleva son
fils. La Commune s'tait empresse de ratifier cet arrt[31]. Dans
cette mme journe, pendant le dner de la famille royale, un greffier
et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six gendarmes,
taient venus chercher Clry pour le conduire  l'htel de ville,
d'o, aprs six heures passes au cachot, et un long interrogatoire,
il fut reconduit,  minuit, au Temple par les quatre officiers
municipaux dsigns pour y prendre le service.

[Note 30: Commune de Paris.--Sret du Temple. L'an Ier de la
Rpublique franaise, le 27 octobre 1792.

_Extrait du registre des dlibrations du conseil de service au
Temple, en date du 26 octobre prsent._

Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
que le fils de Louis Capet tait jour et nuit sous la direction de
femmes, mre et tante, considrant que cet enfant est dans l'ge o il
doit tre sous la direction des hommes, le conseil, dlibrant sur cet
objet, a arrt et arrte qu' l'instant le fils de Louis Capet sera
retir des mains des femmes pour tre remis et rester entre celles de
son pre les jours et nuits, except qu'aprs l'heure du dner il
montera dans le logement de ses mre et tante, durant le moment o son
pre se repose, et en descendra sur les quatre  cinq heures du soir;
le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
service.

Fait au Conseil sant au Temple lesdits jour et an que dessus.

                        _Sign_: MASS, JROSME, ROCHE, COCHOIS.

  Pour extrait conforme  l'original:
               ROCH, commissaire municipal de service
                       et prsident au Temple;
               COCHOIS, _sgrtre_.

Dlivr au citoyen Clry, de service auprs de Louis et de sa
famille.]

[Note 31: Commune de Paris.

_Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral, du 26
octobre 1792._

Le conseil gnral approuve l'arrt pris par les commissaires des
travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif 
la translation des femmes dans la grosse tour, au troisime tage, et
le fils du ci-devant Roi avec son pre.

Les autorise  faire disposer ses (_sic_) guichets qu'ils croiront
ncessaires dans cette mme tour.

         _Sign_: BOUCHER-REN, prsident en l'absence du maire;
                  COULOMBEAU, secrtaire-greffier par intrim.]

Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
lecteur un tableau fidle du Temple tel qu'il existait au moment o
les travaux excuts pour la captivit de la famille royale furent
termins. Le plan que nous intercalons  cette page donnera d'abord
une ide gnrale et exacte de l'enclos du Temple  cette poque.
Essayons de faire connatre maintenant la nouvelle demeure que la
truelle de la rvolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
famille dans le vieux donjon des Templiers.

La grosse tour, dont la hauteur dpassait cent cinquante pieds et dont
les murs avaient neuf pieds d'paisseur dans leur moyenne proportion,
formait quatre tages vots et soutenus au milieu par un gros pilier
depuis le bas jusqu'au quatrime tage. L'intrieur tait d'environ
trente-quatre  trente-six pieds en carr.

Le rez-de-chausse, qui n'avait subi aucun changement, tait rest
avec ses murailles nues; mais par la svrit mme de son
architecture, par les artes de sa vote, par le ft lourd et
l'lgant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits 
colonnes torses adosss aux quatre murs de sa vaste salle, il
rappelait les temps et les choses d'autrefois.

Cette pice tait destine aux commissaires de la Commune qui
n'taient point de service  la porte du Roi et de la Reine. Ils y
prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
dlibrer. Aussi appela-t-on cette pice la _chambre du conseil_. Des
tourelles places aux quatre angles, la premire contenait l'escalier
qui allait jusqu'aux crneaux, la seconde servait d'armoire aux
municipaux, la troisime de bcher et la quatrime de garde-robe.
L'entre de chaque tage tait ferme par deux portes, la premire en
bois de chne garni de clous, la seconde en fer.

Le premier tage, demeur aussi dans son intgrit premire, tait la
rptition du rez-de-chausse, moins ses lits  colonnes. Il servait
de corps de garde, et tait, aprs celui du palais du Temple, le poste
le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
muraille, on avait tabli des planches lgrement inclines formant
avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.

Le second tage, qui ne formait primitivement, comme les autres
tages, qu'une seule pice, avait t divis en quatre chambres par
des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La premire
pice tait une antichambre qui, par trois portes diffrentes,
communiquait aux trois autres pices. En face de la porte d'entre
tait la chambre du Roi; on y plaa un lit pour son fils. De
l'antichambre on entrait galement dans la salle  manger, qui en
tait spare par une seule cloison  vitrage. La chambre de Louis XVI
avait une chemine; un grand pole ouvrant dans l'antichambre, mais
plac au centre du carr de la tour, c'est--dire  la place mme o
se trouve le pilier aux tages infrieurs, chauffait les autres
chambres. Une croise clairait chaque pice, mais les barreaux de fer
et les abat-jour, scells et poss en dehors, empchaient l'air de
circuler. Les cloisons de l'appartement taient recouvertes d'un
papier peint. Celui de l'antichambre reprsentait des pierres de
taille superposes comme on les figure au thtre pour simuler
l'intrieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placard au
milieu du mur la Dclaration des droits de l'homme, crite en
trs-gros caractres et encadre dans une large bordure tricolore. Le
papier de la chambre du Roi tait jaune glac, sem de fleurs
blanches. En entrant, on voyait la chemine en face, la fentre  main
droite, ainsi que la tourelle;  main gauche, le lit de Louis XVI, et
 ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la chemine
tait pose une pendule portant gravs sur son cadran de porcelaine
ces mots: _Lepaute, horloger du Roi_; mais ds l'installation de Louis
(le 29 septembre) dans la grosse tour, les reprsentants de la Commune
avaient coll un pain  cacheter sur le mot _Roi_. Les plaques de
fonte de la chemine portaient ces mots: _Libert_, _galit_,
_proprit_, _sret_. La tourelle servait  Louis XVI de cabinet de
lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de pltre taient revtus
d'une peinture gris de lin. On y avait plac un tout petit pole. Prs
du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant 
gauche dans la chambre de Clry, et plus loin, en inclinant  droite,
 la garde-robe place dans une seconde tourelle. Le lit de Clry,
parallle  celui de son matre, n'en tait spar que par l'paisseur
de la cloison. La troisime tourelle, donnant dans la salle  manger,
servait de bcher.

[Illustration: TROISIME TAGE.

  A. Escalier.
     1. Porte de chne.
     2. Porte de fer.
  B. Antichambre.
        Une table en noyer.
        Un lit de repos et des chaises.
  C. Chambre de la Reine.
     3. Lit de la Reine,  colonnes en damas vert avec ses housses,
        un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqre
        de Marseille.
     4. Lit de Madame Royale, couchette  deux dossiers, une paillasse,
        un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
        en coton.
     5. Commode en bois d'acajou,  dessus de marbre, surmonte d'un
        miroir de toilette.
     6. Canap garni de son carreau et de ses deux oreillers.
     7. Chemine, orne de la pendule que nous avons indique, et
        d'une glace de 45 pouces sur 36.
     8. Un paravent en bois de quatre feuilles, couleur d'acajou.
        Deux tables de nuit.
  D. Cabinet de la Reine.
  E. Chambre de Madame lisabeth.
     9. Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy double de
        taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
        un traversin et une couverture piqre de Marseille.
    10. Commode en placage,  dessus de marbre.
    11. Une table en bois de noyer.
    12. Chemine avec une glace de 45 pouces sur 32.
        Deux chaises, deux fauteuils couverts en perse.
        Flambeaux argents.
  F. Garde-robe.
  G. Chambre de Tison.
        Un lit, une commode en placage,  dessus de marbre. Un miroir
        de toilette; une pendule de Lepaute pose sur la commode,
        plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argents.
  H. Cabinet o fut enferm Tison en septembre 1793.]

Le troisime tage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
de Madame lisabeth, tait la rptition du second moins le couloir.
La chambre de la Reine tait au-dessus de celle du Roi, et son lit
plac au mme endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thrse tait
entre la chemine et la porte du couloir supprim. Le papier de la
chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
de toilette, tait entreml de zones vertes et bleues d'une nuance
extrmement tendre. La chemine tait orne d'une pendule
reprsentant la Fortune et sa roue,--singulire ironie en prsence de
la grandeur renverse! La chambre de Madame lisabeth et celle de
Tison taient tapisses d'un mme papier jaune trs-commun. Leur
ameublement tait  peu prs le mme aussi: un lit de fer, une table
en bois de noyer, une commode en placage, tels taient les principaux
meubles de Madame lisabeth. Le plan descriptif de cet tage achvera
de le faire bien connatre.

Les dtails d'ameublement que nous donnons  la suite de ce plan sont
parfaitement authentiques: ils ont t puiss dans deux inventaires,
l'un fait  la date du 25 octobre 1792, lors de l'entre de la famille
royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793[32].

[Note 32: Archives de l'Empire, carton E, n 6, 206.]

Le quatrime tage, ne devant pas tre habit, tait rest dans sa
simplicit premire. Sa vote leve, l'absence du pilier central, le
faisaient paratre plus grandiose que les autres tages. Quelques
vieux meubles de rebut et quantit de planches taient relgus dans
les bas-cts de cette vaste salle. Entre les crneaux et le toit de
la grande tour rgnait une galerie servant quelquefois de promenade.
Les entre-deux des crneaux furent garnis de planches, jalousies sans
treillis enlevant au promeneur toute possibilit de voir ou d'tre
vu[33].

[Note 33: Le lecteur trouvera  la fin du volume (Documents et pices
justificatives, n III) une esquisse de la physionomie extrieure du
Temple, un aperu du personnel commis  sa garde, et des dispositions
prises par l'autorit rpublicaine.]

Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
de sa runion dans la grosse tour. Louis XVI, en prsence d'vnements
qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
souvent ses distractions dans la lecture; plus mue que lui,
Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
matin et soir de courtes prires. Quant  Madame lisabeth, elle ne
s'inquitait plus de la mchancet des hommes. Quelquefois, dans la
journe, au milieu des jurements et des blasphmes, elle s'isolait
dans sa chambre, s'agenouillait prs de son lit avec une ferveur
anglique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
mditations avec un calme inaltrable. Souvent, aprs le dner, quand
la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
l'antichambre au siam ou au volant; Madame lisabeth assistait  leurs
jeux, assise prs d'une table et un livre  la main. Clry restait
habituellement dans cette pice, et, se conformant aux ordres de cette
princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paratre
occup de son ct. Il tait facile de voir que la division de la
famille, ainsi parque en deux chambres, contrariait et inquitait
parfois les commissaires chargs de ne laisser jamais le Roi et la
Reine seuls, et ne voulant point se sparer eux-mmes, tant ils se
mfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionns. Madame
lisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
Clry: celui-ci prtait l'oreille, et, pour ne pas tre surpris par
les municipaux, rpondait sans dtourner les yeux de sa lecture.
Marie-Thrse et son frre, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonant
l'entre des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins  se dfier
de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dnoncs par lui,
avaient aussi  redouter la surveillance.

Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
ombrageuses du plus grand nombre des reprsentants de la Commune, et
se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
Madame lisabeth remettait  Clry un petit couteau  lame d'or pour
qu'il le nettoyt; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
mains, afin d'examiner si quelque papier n'tait pas cach au fond de
la gane. Madame lisabeth avait charg Clry de renvoyer un livre de
pit  la duchesse de Srent; les municipaux s'emparrent de ce
livre, et en couprent toutes les marges, de peur qu'on n'y et crit
quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis  la
blanchisseuse tait minutieusement inspect  la sortie; au retour, il
tait dploy pice par pice et examin au grand jour. Le livre de la
blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, taient
prsents au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune criture
secrte. C'taient l les moindres avanies de la captivit.

On se ferait difficilement une ide des prcautions que le conseil de
la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
n'chappt  sa surveillance. Le docteur Leclerc avait port  la
Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
mdecine. Le conseil gnral s'alarma de cette dmarche, et dans sa
sance du 27 octobre, rclama le paquet remis  Marie-Antoinette, et
manda  sa barre M. Leclerc. La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
me parla de la ncessit de faire des remdes pour sa fille qui a une
dartre sur la joue, et me demanda quels toient ceux qu'elle devoit
employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
tre punie des fautes du pre; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
il seroit dommage que cette dartre lui restt, car c'est un
chef-d'oeuvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
prsident, qui ajouta: _La peau du serpent est aussi un chef-d'oeuvre
de la nature_; le conseil vous invite  _continuer sans digression_.)
Je lui ai ordonn, dit alors M. Leclerc, de la squine et de la
salsepareille, drogues trs-simples qui ne peuvent tre falsifies:
j'ai envoy ce remde avec l'autorisation des commissaires, et
l'ordonnance a t signe par eux.

Le conseil gnral prit l'arrt suivant: Le conseil gnral,
prvoyant les consquences dangereuses qui peuvent rsulter de pareils
procds, dclare qu'il improuve la conduite du commissaire Leclerc;
et, pour prvenir de pareils abus qui pourroient compromettre la
surveillance et la responsabilit de la Commune, dfend  toutes les
personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
soit, mdecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
ni remde de quelque nature qu'il soit,  aucun individu de la famille
ci-devant royale, sous quelque prtexte que ce puisse tre; et dans le
cas o un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
conseil dclare qu'il y sera pourvu par les matres de l'art reconnus
par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
avec ses drogues, son ordonnance et le prsent arrt, au conseil
gnral de la Commune.

Le plus grand tourment de Madame lisabeth aprs le chagrin que lui
causait la situation du Roi et de la Reine, c'tait la dsolation de
ses amies, c'tait le silence qu'elle tait condamne  garder
vis--vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'tait l'inquitude
o elle tait sur leur sort. Si elle reoit de l'une d'elles une
preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
d'un bon sentiment ne soit imput  crime. Aussi croit-elle de son
devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
dangereuses tentatives que leur inspire leur ingnieuse sollicitude
pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Srent a le courage
de dsobir, et ne cesse de lui faire parvenir des tmoignages de sa
constante attention: un de ses messages est surpris. Interroge par le
comit rvolutionnaire de sa section, madame de Srent ose rpondre
qu'elle a l'honneur d'tre dame de Madame lisabeth de France, et
qu'elle ne fait que remplir un devoir sacr en veillant  ce qui peut
lui tre ncessaire.

De longs mois s'coulrent sans qu'lisabeth ret d'au-del des
frontires des nouvelles de sa famille. Son frre, le comte d'Artois,
assidu  lui crire rgulirement, se taisait lui-mme. Une lettre
cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du Temple:
cette lettre tait crite par sa tante Adlade; elle tait date de
Rome, et relative aux vnements de juin. Ce fut Manuel qui la remit
lui-mme  la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait pas se
renouveler. L're des perquisitions commena: une surveillance
minutieuse et tracassire, une inquisition de tous les instants
rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
demeurrent fermes aussi bien que celles de la tour du Temple.

Le 14 novembre, la maladie vint ajouter  toutes les preuves de la
famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
extrmement. La Reine et Madame lisabeth demandrent qu'on ft
appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
opposa. Le conseil gnral de la Commune arrta que le conseil du
Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la sant des
prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'tait aggrave, il
nomma deux commissaires pour aller instruire la Convention de la
sant du ci-devant. La fivre tant survenue, le 22, la Commune
avertie s'alarma, permit  M. Le Monnier, ancien premier mdecin du
Roi, d'entrer  la tour, accompagn de M. Robert, chirurgien, et
rclama chaque jour un bulletin de la sant du malade. L'motion de M.
Le Monnier fut grande en revoyant son ancien matre, ainsi que Madame
lisabeth,  laquelle il avait vou la plus profonde affection. Il
vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
lui ft permis de transfrer pendant ce temps-l le lit de son fils
dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
coqueluche accompagne de fivre; sa mre et Madame lisabeth
demandrent  le veiller: Vous lui avez refus la grce de monter
auprs de nous, accordez-nous celle de descendre auprs de lui.
Prire inutile! La rvolution ne se bornait plus  perscuter la
Reine, elle perscutait la mre. Marie-Antoinette prit elle-mme le
mal qu'elle voulait gurir. La maladie se communiqua aussi  sa fille
et  Madame lisabeth, qui et regrett peut-tre d'tre exempte du
flau qui atteignait tous les siens. Les mdecins et les geliers se
rencontrrent chaque jour.

En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
Providence prenait  tche d'prouver cette grande et malheureuse
famille par tous les genres de souffrance.

Clry tomba malade  son tour. La fivre et une forte douleur au ct
l'obligrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
matre: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
lui-mme la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvr la
sant, se tint pendant une grande partie de la journe dans la chambre
de Clry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.

Dans la soire, Louis XVI profita d'un moment o il tait moins
surveill pour aller voir lui-mme son valet de chambre; il le fit
boire, et il lui dit avec bont: Je voudrois vous donner moi-mme des
soins, mais vous savez combien nous sommes observs; prenez courage,
demain vous verrez mon mdecin.

A l'heure du souper, la famille royale entra chez Clry, et Madame
lisabeth, sans que les commissaires s'en aperussent, lui remit une
fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui tait extrmement
enrhume, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
Aprs le souper, Marie-Antoinette dshabilla et coucha son fils, et
Madame lisabeth roula les cheveux de son frre.

Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saigne  Clry.
Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la famille royale allait
le visiter: Madame lisabeth lui apportait des drogues qu'elle avait
demandes comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses forces;
sa fermet s'emparant de celle dont il tait tmoin, il lutta avec
nergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
physique, qu'on peut croire que cette rsolution de gurir  tout prix
contribua autant que les remdes  lui rendre la sant.

Un soir, aprs avoir couch le petit Prince, Clry se retirait pour
faire place  la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame lisabeth, que la
surveillance des commissaires avait empche de parler  Clry,
profita de ce moment pour remettre  l'enfant une petite bote
d'ipcacuanha, en lui disant: Ceci est pour Clry, je vous prie de le
lui remettre ds qu'il reviendra. Les princesses remontrent dans
leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Clry alla souper, et
ne rentra que vers onze heures pour prparer le lit du Roi. Comme il
tait seul dans la chambre (Louis XVI tant encore dans la tourelle),
le jeune prince l'appela  voix basse. Clry, tonn qu'il ne dormt
pas  pareille heure, lui en demanda le motif: C'est que ma tante m'a
remis une petite bote pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
m'endormir sans vous l'avoir donne; il toit temps que vous vinssiez,
car mes yeux se sont ferms plusieurs fois.--Les miens se remplirent
de larmes, ajoute Clry en racontant le trait que nous venons de
rappeler. Le Dauphin s'en aperut, m'embrassa, et deux minutes aprs
il dormoit profondment.

Quoique place sur le second plan dans la hirarchie de la famille, et
quoique aimant  s'effacer elle-mme, Madame lisabeth, on le voit,
tait toujours au premier rang ds qu'il s'agissait d'tre utile ou
de consoler. C'tait un spectacle touchant que celui de cette femme
anglique rclamant avidement sa part des tortures de sa famille; puis
suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour s'occuper des
infortunes des autres, et renouvelant auprs d'un serviteur souffrant
la tradition des exemples de son aeul saint Louis, dont les mains
royales se plaisaient  servir, dans les malades et les infirmes, les
membres mmes de Jsus-Christ.

Une nouvelle municipalit avait, dans la journe du dimanche 2
dcembre, remplac la Commune du 10 aot. Un assez grand nombre des
anciens membres avaient t rlus. Il n'y avait eu jusqu' ce jour
qu'un seul commissaire auprs du Roi et un auprs de la Reine: la
nouvelle Commune dcida qu'il y en aurait deux  l'avenir.
Conformment  cet arrt, huit municipaux se trouvrent ds le 3
dcembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
surveillance prs de la famille royale, et les quatre autres se tenant
dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
moiti. On arrivait le soir  neuf heures, on soupait, et l'on tirait
au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
On passait tour  tour vingt-quatre heures auprs des dtenus,
vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
avait dsigns pour la nuit montaient aprs le souper, et restaient
prs des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Aprs le dner,
ils reprenaient leur poste jusqu' l'arrive des nouveaux municipaux.
C'est  cette poque que l'on commena au rez-de-chausse de la tour
des dispositions pour y installer quelques jours aprs le conseil, qui
se tenait dans une des salles du chteau du Temple.

Le nombre des commissaires excita entre eux une mulation de zle
rvolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
envers les prisonniers.

La surveillance devint plus active, la servitude plus troite; on
redoubla de duret envers Clry, on renouvela  Turgy,  Chrtien et 
Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens municipaux[34],
la dfense expresse de lui parler. Il restait peu d'espoir aux dtenus
de pouvoir dsormais apprendre aucune nouvelle. Frappe d'un fatal
pressentiment, Madame lisabeth piait avidement les regards et les
paroles de Clry; mais Clry ne savait plus rien, et craignait tout.
Cependant il ne dsesprait pas tout  fait d'tre inform des
vnements du dehors par sa femme, qui, sous le prtexte d'apporter du
linge et d'autres objets ncessaires, avait obtenu la permission de
venir au Temple une fois par semaine. Elle tait toujours accompagne
d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi 6 dcembre, madame
Clry arriva avec son honnte et courageuse complice. Son mari,
prvenu, descendit au conseil. Tandis que, pour dtourner les soupons
des nouveaux commissaires, elle affectait de lui parler  haute voix
et de lui donner des dtails assez oiseux sur ses affaires
domestiques: Mardi prochain, disait tout bas son amie, on conduit le
Roi  la Convention; le procs va commencer; le Roi pourra prendre un
conseil; tout cela est certain.

[Note 34: Archives de l'Empire, carton E, n 6, 206.]

Le soir, Clry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre compte
de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le projet de
le sparer de sa famille pendant le procs, et ajouta qu'il ne restait
plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de correspondance
entre le second et le troisime tage. Le lendemain, aprs le djeuner,
Louis XVI fit part  la Reine des confidences qu'il avait reues, et la
Reine les transmit  Madame lisabeth. Quelques actes semblaient dj
confirmer la triste annonce du procs. Le Roi venait de rentrer avec son
fils dans son appartement, lorsqu'un municipal,  la tte d'une
dputation de la Commune, vint lui lire, d'une voix qui trahissait son
motion, l'arrt qui ordonnait d'enlever aux dtenus du Temple, ainsi
qu' ceux qui les servent ou qui les approchent de prs, toute espce
d'instruments tranchants ou autres armes offensives et dfensives, en
gnral tout ce dont on prive les autres prisonniers prsums
criminels. Louis XVI prit lui-mme dans ses poches un couteau et un
petit ncessaire de maroquin rouge dont il tira des ciseaux et un canif,
et remit ces objets au commissaire. Les envoys de la Commune firent des
recherches dans toutes les pices du second tage; ils confisqurent les
rasoirs, le compas  rouler les cheveux, le couteau de toilette, de
petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
d'argent; puis ils montrent au troisime, o ils notifirent le mme
arrt. Si ce n'est que a, dit la Reine avec un dpit marqu, il
faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
vivement. Elle en et peut-tre dit davantage si Madame lisabeth ne
lui et fait signe du coude pour l'inviter au silence. Marie-Antoinette
et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les municipaux leur
prirent jusqu'aux petits meubles utiles  leur travail. Savez-vous
bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre de vous enlever aussi
Tison et Clry, et de goter  tous les mets que l'on vous sert?

Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas  la lettre les
ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil gnral de la
Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
dures s'ils devaient en tre les excuteurs. Quand vint l'heure du
dner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrt dont ils
avaient donn lecture, voyaient de graves inconvnients  ce que la
famille royale se servt de fourchettes et de couteaux; d'autres
consentaient  laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
l'emporta, et la majorit dcida qu'aucun changement ne serait fait,
mais qu' la fin de chaque repas couteaux et fourchettes seraient
enlevs.

La privation des petits instruments de travail retirs aux captives
leur devint d'autant plus pnible qu'elles furent obliges de renoncer
 diffrents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribu  les
distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame lisabeth
cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
rompit le fil avec ses dents. Quel contraste! lui dit le Roi, qui
fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
votre jolie maison de Montreuil.--Ah! mon frre, rpondit-elle,
puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?

Le samedi 8 dcembre vint au Temple une commission charge de vrifier
les dpenses des dtenus. Mand devant elle pour donner des
explications, Clry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
intentionn que la sparation de Louis d'avec sa famille, arrte
seulement par la Commune, n'avait point t encore prononce par la
Convention. De son ct, Turgy tait parvenu  se procurer un journal
qui contenait le dcret portant que _Louis Capet serait traduit  la
barre de la Convention_; il remit  Clry ce journal, ainsi qu'un
mmoire publi par Necker sur le procs du Roi. Le seul moyen que
trouva Clry de communiquer ces deux pices  la famille royale fut de
les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
prvenir Madame lisabeth.

La visite de ces deux commissions qui venaient de se succder  la
Tour, l'une charge _d'enlever les armes offensives et dfensives_,
l'autre de rgler les dpenses, amena un nouvel arrt du conseil
gnral qui modifia quelques mesures prises antrieurement[35]. A
dater de ce jour, le conseil du Temple fut transfr d'une salle du
palais au rez-de-chausse de la Tour, dispos pour le recevoir. Aux
aides de cuisine Turgy, Chrtien et Marchand, il fut interdit de
sortir  l'avenir du Temple; quant aux deux officiers municipaux de
garde auprs des prisonniers de chaque tage, ils avaient devanc
l'ordre formel qu'ils reurent de demeurer tous deux pendant la nuit
dans l'antichambre: depuis le 2 dcembre, ils s'taient,  cet gard,
conforms  l'invitation verbale de la Commune.

[Note 35: Le conseil gnral arrte:

  1 Que le citoyen Clry, valet de chambre des prisonniers, sera log
      et couchera dans la Tour, du ct gauche donnant dans la salle 
      manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prtexte;

  2 Que le conseil du Temple sera plac dans la Tour;

  3 Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
      Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prtexte;

  4 Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
      disposition, seront rforms immdiatement, aprs avoir t pays
      de ce qui leur est d;

  5 Que la cuisine sera place dans la Tour, et que les agents
      sous-employs ne sortiront point;

  6 Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
      prisonniers de chaque tage;

  7 Et enfin la mme cuisine servira pour les commissaires du Temple.

       *       *       *       *       *

_Nota._ L'article 1 depuis longtemps tait observ; chaque soir les
municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Clry,
donnant dans le couloir qui conduisait  la chambre du Roi, et d'en
emporter la clef. L'article 5 ne fut pas mis  excution: il y eut
impossibilit matrielle de placer la cuisine dans la Tour.]

Aux mesures de prcaution exerces dans l'intrieur du Temple
rpondaient au dehors les dispositions de police les plus svres. A
la veille du jour _o l'on allait juger les attentats ports  la
souverainet du peuple et prononcer sur leur auteur_, Roland, ministre
de l'intrieur, mandait aux administrateurs des dpartements de Paris
qu'_il tait de leur devoir d'tre en sance permanente_. Il les
prvenait que le _conseil excutif aurait sances extraordinaires tous
les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitt la rception de sa
lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une dputation,  l'effet
de concerter toutes les mesures que ncessiterait la tranquillit
publique; qu'il fallait de mme qu' l'instant ils se dclarassent
aussi en sance permanente, et que leurs bureaux fussent dans une
perptuelle activit; qu'ils devaient requrir la mme permanence de
la municipalit, et avoir avec elle et avec le commandant de la force
publique une correspondance non interrompue_.

Le mardi 11 dcembre, ds cinq heures du matin, la gnrale battait
dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants aprs la cavalerie
et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
eussent terrifi la famille royale si elle n'en avait pas connu la
cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
jours, Louis XVI et son fils montrent pour le djeuner dans
l'appartement du troisime tage. Ils restrent pendant une heure
runis en famille; mais la prsence permanente des commissaires mit
obstacle  toute confidence et  tout panchement.

A dix heures, on se spara: les regards exprimaient seuls ce que les
lvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec son
pre. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
conduire chez sa mre. Louis XVI demanda le motif de cet enlvement. Les
commissaires rpondirent qu'ils excutaient les ordres qu'ils avaient
reus. Louis embrassa son fils, et chargea Clry de l'accompagner. Un
municipal presque aussitt rentra chez le Roi pour lui annoncer que le
maire de Paris tait au conseil avec un nombreux cortge, et qu'il
allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente livr  ses
tristes penses. Le secrtaire-greffier de la Commune avait oubli
l'ampliation du dcret de la Convention, et il avait fallu envoyer
chercher cet acte, afin de pouvoir procder rgulirement. Ce ne fut
qu' une heure que Chambon se prsenta, accompagn de Chaumette,
procureur gnral de la Commune, de Coulombeau, secrtaire-greffier, de
Santerre, commandant de la garde nationale; le maire annona  Louis
qu'il venait le chercher pour le conduire  la Convention, en vertu d'un
dcret dont le secrtaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau
lut le dcret. A cette expression: _Louis Capet_ sera traduit, etc.,
_Capet_ n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes anctres l'a port,
mais ce n'est pas celui de ma famille. Puis, s'adressant  Chambon:
J'aurais dsir, monsieur, que les commissaires m'eussent laiss mon
fils pendant les deux heures que j'ai passes  vous attendre. Au reste,
ce traitement est une suite de celui que j'prouve ici depuis quatre
mois. Je vais vous suivre, non pour obir  la Convention, mais parce
que mes ennemis ont la force en main. Deux minutes aprs, on entendit
de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant une
assemble arbitrairement rige en tribunal le Prince de qui, selon les
lois traditionnelles, manait toute justice, et au nom duquel, pendant
plus de dix-huit ans, avaient t rendus tous les arrts des tribunaux
en France. On devine les angoisses des prisonnires, n'ayant autour
d'elles que des surveillants ennemis ou indiffrents, condamns au
mutisme. Elles virent bientt entrer chez elles Clry, amen par un
commissaire. Ce municipal, homme d'extrieur honnte et de manires
polies, rest seul avec Clry aprs le dpart du Roi, lui avait appris
que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris
devait encore consulter quelques membres de la Convention sur cette
sparation. Clry avait profit du bon vouloir de ce commissaire pour se
faire conduire prs du petit Prince, qui tait chez sa mre.

On servit le dner, comme de coutume, dans la salle  manger du Roi.
Le repas fut court et silencieux. Les prisonnires remontrent
aussitt chez la Reine. Un seul municipal resta prs d'elle aprs le
dner; c'tait un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la
section du Temple, et de garde  la Tour pour la premire fois. Tandis
que Marie-Antoinette liait conversation avec lui, l'interrogeant sur
son tat, ses parents, etc., Madame lisabeth passait dans sa chambre
et faisait signe  Clry de la suivre. Elle apprit par lui que la
Commune avait rsolu de sparer le Roi de sa famille; que la
Convention ne s'tait pas encore prononce  cet gard, mais que le
maire devait en faire la demande, et que probablement cette sparation
aurait lieu ds le soir mme. La Reine et moi, lui dit Madame
lisabeth, nous nous attendons  tout, et nous ne nous faisons aucune
illusion sur le sort que l'on prpare au Roi; il mourra victime de sa
bont et de son amour pour son peuple, au bonheur duquel il n'a cess
de travailler depuis son avnement au trne. Qu'il est cruellement
tromp, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la
Providence le soutiendront dans cette suprme adversit.... Enfin,
Clry, ajouta Madame lisabeth, pensant qu'elle parlait  son
confident pour la dernire fois, vous allez rester seul prs de mon
frre, redoublez, s'il est possible, de soins pour lui; ne ngligez
aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles; mais pour tout
autre objet, ne vous exposez pas, car alors nous n'aurions plus
personne  qui nous confier.

Madame lisabeth et Clry cherchrent ensemble les moyens  employer
pour entretenir une correspondance. Turgy fut nomm comme seul digne
d'tre admis dans le secret. On convint que Clry, comme de coutume,
garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
enverrait ce qui serait ncessaire  cet enfant, et profiterait de
cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. Si le Roi toit
indispos, ajouta Madame lisabeth, je tiens essentiellement  en tre
instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frre
se portera bien; s'il arrivait qu'il ft malade, vous me l'enverriez
dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de cette
manire-ci si l'indisposition est lgre, et de cette manire-l si le
mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
municipaux? demanda encore Madame lisabeth avec une sorte de terreur.
Savez-vous quel sort on lui rserve? Hlas! que peut-on lui
reprocher?--Rien, Madame, rpondit Clry; mais que peut-on reprocher
au Roi?--Oh! rien, rien, dit Madame lisabeth; mais le Roi, peut-tre
le regardent-ils comme une victime ncessaire  leurs projets,  leur
sret mme, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
sont pas un obstacle  leur ambition. Et comme Clry exprimait
l'espoir que le Roi ne serait condamn qu' la dportation: Oh! je ne
conserve aucune esprance, rpondit Madame lisabeth en touffant un
sanglot.

La crainte d'tre surpris par un commissaire mit fin  cet entretien,
le plus long et le plus libre que Madame lisabeth ait eu avec le
serviteur de son frre. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors 
Clry: Vous n'tes jamais rest si longtemps avec lisabeth; il est 
craindre que le municipal ne s'en soit aperu.--Il n'y a rien 
craindre, rpondit nonchalamment Clry; Madame lisabeth me parlait de
son neveu, lequel probablement demeurera dsormais auprs de sa mre.
Un instant aprs, Clry, rentr chez Marie-Antoinette, tait inform
par un regard de cette princesse qu'elle tait dj instruite des
arrangements concerts.

A six heures, le conseil du Temple manda Clry, et lui fit lecture
d'un arrt de la Commune lui interdisant toute communication avec la
femme, la soeur et les enfants de Capet durant le procs.

A six heures et demie, Louis XVI, escort comme  son dpart, revint 
la Tour. Il demande aussitt qu'on le conduise auprs de sa famille,
on s'y refuse. Il insiste pour que du moins on la prvienne de son
retour; on lui promet que son dsir sur ce point sera satisfait. La
Reine, instruite sur-le-champ de son arrive, demande  le voir; les
commissaires rpondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir. Elle
le fait demander au maire, qui n'a point encore quitt la salle du
Conseil; Chambon ne donne aucune rponse.

Aprs les agitations de cette journe, et malgr l'obsession des
quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement 
sa lecture. A huit heures et demie, prvenu que son souper est prt,
il dit aux commissaires: Ma famille ne descendra-t-elle pas? Point
de rponse. Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
moi, son lit et ses effets sont ici. Mme silence. En se levant de
table, Louis insiste de nouveau sur le dsir de voir sa famille; on
lui rpond qu'on attend la dcision de la Convention. Clry donne
alors ce qui est ncessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
coucha  la mme heure et avec le mme calme que de coutume.

La mme tranquillit tait loin de rgner au troisime tage: la Reine
avait donn son lit  son fils, et resta toute la nuit debout, dans
une douleur si morne que sa fille et sa soeur ne voulaient pas la
quitter; mais elle les fora de rentrer chez elles en les conjurant de
se coucher[36], ce qu'elles firent. Marie-Thrse seule s'endormit
bientt: heureux ge o le sommeil a encore plus d'empire que la
douleur!

[Note 36: Rcit de Marie-Thrse-Charlotte.]

Le lendemain 12 dcembre, la famille spare demanda encore  se
revoir. Mais on lui rpondit encore qu'on attendait les ordres de la
Convention. Dans la journe, une dputation de l'Assemble apporta au
Temple le dcret qui autorisait Louis XVI  prendre un conseil. Le
Prince dsigna Target, un des principaux rdacteurs de la
Constitution,  son dfaut Tronchet, et les deux s'il lui tait
permis de les prendre. Il ajouta qu'il serait ncessaire qu'on lui
fournt de l'encre, du papier et des plumes. Les dputs firent leur
rapport  la Convention, qui chargea immdiatement le ministre de la
justice de transmettre  Target et  Tronchet le choix que Louis avait
fait d'eux pour le dfendre, ordonna que les municipaux de service au
Temple les laisseraient communiquer librement avec l'accus, et
fourniraient  celui-ci de l'encre, des plumes et du papier. Le jeudi
13, au matin, la dputation revint  la Tour, et apprit au Roi le
refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par l'tat d'puisement
de sa sant, dans l'impossibilit d'accepter une tche qui aurait
rclam toutes ses forces[37]. Elle lui dit qu'on avait envoy
chercher M. Tronchet  sa campagne de Palaiseau, et qu'on l'attendait
dans la journe; puis elle lui donna lecture de plusieurs lettres
adresses  la Convention, et qui toutes sollicitaient l'honneur que
Target venait de refuser. Une de ces lettres tait de M. de
Malesherbes[38]. Une foule de Franais se prsentaient, sollicitant
aussi la gloire de dfendre un prince malheureux. Un grand nombre de
ptitions arrivaient de tous les points de la France.

[Note 37: Le lecteur doit connatre la lettre de cet avocat,
ex-constituant, qui avait accept la dfense du mprisable cardinal de
Rohan et qui refusait son ministre au Roi:

Depuis le dcret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
d'avoir un avis sur les faits imputs  Louis XVI. Je dois au moins
m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais g de prs
de soixante ans, fatigu de maux de nerfs, de douleurs de tte et
d'tourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
la plaidoirie en 1785, et que quatre annes de travaux ont aigris  un
point insupportable, je conserve  peine les forces suffisantes pour
remplir pendant six heures dans chaque journe les fonctions paisibles
de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en tre
dcharg par les prochaines lections. C'est dire assez qu'il m'est
impossible de me charger de la dfense de Louis XVI. Je n'ai
absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministre, et par mon
impuissance je trahirois  la fois et la confiance du client accus et
l'attente publique. C'est  l'instant mme que j'apprends cette
nomination, qu'il m'toit impossible de prvoir. Un homme libre et
rpublicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
entirement incapable.

                                         Le rpublicain TARGET.

       *       *       *       *       *

Notre impartialit nous oblige  runir toutes les pices de ce procs
sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adresse  M. de Lamartine,
le 22 mars 1847, lors de la publication de l'_Histoire des Girondins_,
M. P. Target, alors auditeur au conseil d'tat, explique ainsi la
conduite de son grand-pre: M. Target, affaibli par une longue
maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zle,
et il aima mieux dcliner l'honneur qui lui tait fait que de
prsenter une dfense incomplte. Mais s'il ne parla pas, il crivit.
Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
rues un crit sign de son nom, et dans lequel il prsentait avec
beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
l'auguste accus. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
consigns dans un loge de mon grand-pre prononc en 1807 par M.
Muraire, alors premier prsident  la Cour de cassation. Lorsque,
dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
renonant  tout ce qu'il et obtenu, se dvouait  ce qui ne lui
offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mmoire
l'impression fcheuse et injuste produite par un fait que ses
dtracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?]

[Note 38:

                                        Paris, 11 dcembre 1792.

Citoyen prsident, j'ignore si la Convention donnera  Louis XVI un
conseil pour le dfendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
cas-l, je dsire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
fonction, je suis prt  m'y dvouer. Je ne vous demande pas de faire
part  la Convention de mon offre, car je suis bien loign de me
croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
Mais j'ai t appel deux fois au conseil de celui qui fut mon matre
dans le temps que cette fonction toit ambitionne par tout le monde:
je lui dois le mme service lorsque c'est une fonction que bien des
gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
faire connotre mes dispositions, je ne prendrois pas la libert de
m'adresser  vous. J'ai pens que, dans la place que vous occupez,
vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.

Je suis avec respect, etc.

                                     LAMOIGNON DE MALESHERBES.]

Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
conseil, rpondit Louis XVI, et je vous prie de leur en tmoigner ma
reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
Tronchet ne peut me prter ses services, je me concerterai avec M. de
Malesherbes pour en choisir un autre.

Le Roi signa le procs-verbal de son acceptation, et le remit aux
dputs.

Dans la matine du 14 dcembre, Tronchet se prsenta au Temple.
Arrt, selon la consigne, dans le palais qui spare la cour du
jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnatre.
Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouill, puis il
fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
dcret. En prsence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuy sur
son droit, rclama avec force la facult de voir sa famille. N'osant
ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
rfra au conseil gnral de la Commune.

Dans la mme journe, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
subi les formalits acerbes qui n'pargnaient personne. Ah! c'est
vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
tout sera inutile!--Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
croire que celle de Votre Majest ne court aucun danger. Sa cause est
si juste et ses moyens de dfense si puissants!--Si! si! ils me feront
prir; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mmoire sans
tache. Ma soeur, continua-t-il, m'a donn le nom et la demeure d'un
prtre inserment qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
de le disposer  m'accorder ses secours. C'est une trange commission
pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
autrement que la philosophie.--Sire, cette commission n'a rien de si
press, rpondit Malesherbes.--Rien ne l'est davantage pour moi,
reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: _A monsieur Edgeworth
de Firmont, aux Rcollets,  Paris_.

Les deux dfenseurs de Louis crivirent  la Convention pour rclamer
la communication des chefs d'accusation. Ds le lendemain,
l'Assemble, sur le rapport de sa commission des vingt et un, dcrta
que quatre membres de cette commission, nomms par elle-mme, se
transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient  Louis les
copies collationnes des pices probantes de ses crimes, en
dresseraient procs-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
originaux des pices qui ne lui avaient point t prsentes  la
barre, et constateraient s'il les a reconnues.

Dans cette mme journe, la Convention s'occupa aussi de la demande
qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
fut d'abord accorde sans restriction; Tallien prtendit que la
Commune de Paris ne se prterait point  l'excution d'un tel dcret.
L'Assemble se sentit blesse par cette observation injurieuse, et
ordonna que son auteur serait censur et inscrit nominativement au
procs-verbal[39]. Cependant l'autorisation dj donne fut combattue
de nouveau; un moyen terme, qui tait un refus dguis, fut adopt, et
vers une heure, le dcret suivant fut apport  la Tour: La
Convention nationale dcrte que Louis Capet pourra voir ses enfants,
lesquels ne pourront, jusqu' jugement dfinitif, communiquer avec
leur mre ni avec leur tante. Louis XVI dit  Clry: Vous voyez dans
quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me rsoudre 
garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en prouverait; il
faut donc consentir  ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
son lit dans la chambre de sa mre.

[Note 39: Voir la sance de la Convention du 13 dcembre 1792.]

L'ordre gnreux du Roi fut excut sur-le-champ. Le jeune Prince
avait pass les trois dernires nuits couch sur un matelas. Clry
garda ses habits et son linge, et tous les deux jours il envoyait ce
qui lui tait ncessaire, selon les conventions secrtes arrtes avec
Madame lisabeth.

La dputation de la commission des vingt et un, dont nous avons parl,
arriva au Temple vers trois heures et demie de l'aprs-midi. Elle
tait compose de Borie, Dufriche-Valaz, Poulain-Grandprey et Cochon,
et accompagne de Gauthier, employ au bureau des procs-verbaux de la
Convention, nomm secrtaire de la commission; de Varennes, huissier
de la Convention, et de Devaux, marchal des logis des grenadiers de
la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des dputs. Les
municipaux vinrent vrifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nomm Priac,
fit quelques difficults pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
Le dcret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
lgalement les laisser entrer dans la Tour. Cet obstacle lev par les
autres membres de la Commune, la dputation elle-mme pntra avec son
entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet tait prs de ce
prince. Borie annona l'objet de la mission dont ses collgues et lui
taient chargs. La grande table de l'antichambre fut dresse au
milieu de la chambre du Roi; on y plaa toutes les pices du procs.
Chacun prit place  l'entour: les conventionnels d'un ct, et de
l'autre Louis XVI et son dfenseur. Les deux commissaires de service
s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux tait Mercereau, qui,
aprs avoir travaill quelque temps au Temple comme tailleur de
pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil gnral de
la Commune.

Conformment aux dispositions du dcret, copie fut remise au Roi des
pices qu'on lui avait dj communiques  la barre, ainsi qu'une
copie de l'inventaire nonciatif de ces pices. Toutes furent
successivement cotes, puis ensuite parafes par Louis XVI et par deux
membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
n'tait autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua ensuite les
originaux des pices qui ne lui avaient point t prsentes  la
barre, et qui se trouvaient comprises en un second inventaire au
nombre de cent sept; Gauthier, secrtaire de la commission, en donnait
lecture; Valaz demandait au Roi: Avez-vous connaissance, etc.?
Louis XVI rpondait ordinairement oui ou non, sans autre explication.
Borie les prsentait  sa signature, ainsi que la copie que chaque
fois Grandprey proposait de lui lire, et dont Louis le dispensait
toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numro, et le
secrtaire les enregistrait  mesure qu'elles taient remises au Roi.

Cette opration, commence avant quatre heures, ne touchait pas encore
 son terme, lorsqu' neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
sance pour demander aux dputs s'ils voulaient souper. Ils
acceptrent. Clry leur fit aussitt servir une volaille froide et
quelques fruits dans la salle  manger. Tronchet ne voulut rien
prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
beau faire: la majest du Roi survivait dans l'abaissement de
l'accus. O avait-on vu avant cela un prvenu s'occupant des
reprsentants de ses accusateurs comme un hte s'occupe de ses
invits, et veillant  ce que rien ne manqut  ceux qui s'occupaient
de prparer son arrt de mort?

Aprs le souper, l'interrogatoire du royal accus fut repris.
Quelques-unes des liasses qu'on plaait sous ses yeux (entre autres
les numros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
apostills de sa main; plusieurs autres pices (cotes 5, 6, 22, 31,
78) taient galement annotes par lui, tantt avec de l'encre, tantt
au crayon; la lettre cote 30, adresse  M. de Bouill, tait tout
entire de son criture[40]; calme et presque distrait, il recevait
toutes ces pices _comme un grand seigneur reoit les comptes de son
intendant_[41]. Minuit sonnait au moment o s'acheva cette longue et
pnible sance, en laquelle, au fantme froid et hypocrite des
procdures lgales de la Convention nationale, la royaut dchue et
accuse n'avait pu opposer que son calme et sa rsignation. La
commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
de la fatigue qu'il avait prouve, il demanda  Clry si l'on avait
retard le souper de sa famille. Sur sa rponse ngative: J'aurais
craint que ce retard n'et inquit la Reine et ma soeur, dit-il;
puis il fit sa prire, se coucha, et s'endormit.

[Note 40: Dans cette lettre, le Roi flicitait le gnral sur la
conduite qu'il avait tenue  Nancy.]

[Note 41: Sance du conseil gnral de la Commune du 27 dcembre
1792.]

Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravit, du
moins du nombre des pices d'accusation qu'il leur faudrait rfuter
une  une; ils s'effrayaient davantage en rflchissant que la
Convention avait dcrt qu'elle entendrait pour la dernire fois
l'accus le 26 dcembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument  ce
qu'ils sollicitassent aucun dlai. Malesherbes le premier, craignant
d'tre vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea 
rclamer le concours d'un jeune avocat qui s'tait fait un nom
brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sze  son collgue, et
tous deux le proposrent  Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
Sze que de rputation. Faites, dit-il en souriant: les mdecins
s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
la maladie est de la dernire gravit; je vous montrerai, moi, que je
suis bon malade. Ses conseils demandrent donc  l'Assemble que, vu
la brivet du dlai accord, M. de Sze leur ft adjoint dans la
dfense qui leur tait confie. Leur proposition fut accueillie dans
la sance du lundi 17 dcembre. Le jour mme, vers les cinq heures du
soir, les trois dfenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
jusqu'au 26 dcembre, ils virent rgulirement le Roi tous les trois.
Ce malheureux Prince se sentait encourag par leur zle et leur
dvouement; mais le fond de sa pense tait demeur le mme. Un jour,
il prit  part M. de Malesherbes, et lui rappela que, ds leur
premire entrevue, il l'avait charg d'une ngociation qui
l'intressait vivement. Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
plus tt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conform 
ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Rcollets; il a un
pied--terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
rendez-vous chez madame de Snozan, ma soeur. L, Sire, je lui ai
remis votre message, qui et t sans doute une invitation pressante
pour tout autre, mais qui tait et qui est rest un ordre pour un tel
homme. Il espre comme moi que la perversit humaine n'exigera jamais
qu'il ait  vous donner une aussi cruelle preuve de dvouement. Il m'a
charg de mettre  vos pieds tout ce que lui dictait dans une
circonstance si pnible un coeur fltri par la douleur.--Remerciez-le
de ma part, rpondit Louis XVI, et priez-le de ne pas quitter Paris
dans ce moment.

Cependant Clry avait trouv le moyen de faire arriver par Turgy des
nouvelles du Roi  Madame lisabeth. Il fut lui-mme, dans la journe
du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
serviette aprs le dner, lui avait gliss dans la main un billet
crit avec des piqres d'pingle, par lequel elle suppliait le Roi de
lui crire un mot de sa main. Clry remit au Roi  son coucher ce
billet de Madame lisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
commencement de son procs, Louis, ds le lendemain matin, crivit 
sa soeur une lettre qu'il remit dcachete  Clry. Il n'y a rien l
qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture. Le
discret serviteur se permit sur ce point de dsobir  son matre, et
remit la lettre  Turgy. Celui-ci rapporta la rponse dans un peloton
de fil qu'il fit rouler sous le lit de Clry en passant prs de la
porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inaugur ainsi,
continua. Louis remettait des billets  Clry, Clry les revtait de
fil, de coton ou de laine, et les dposait dans l'armoire o taient
les assiettes pour le service de la table; Turgy presque immdiatement
allait les prendre et les remettait  Madame lisabeth. Moins observ
que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les rponses, avait
recours  diffrents moyens; mais Clry en inventa un qui remdia 
bien des difficults et pargna bien des prils. La bougie fournie
pour le service du Roi tait livre en paquets ficels; Clry conserva
la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande quantit, il annona
 son matre qu'il pouvait  l'avenir rendre sa correspondance plus
active. La fentre de la chambre de Madame lisabeth rpondait
perpendiculairement  la fentre du petit corridor qui communiquait de
la chambre de Louis XVI  celle de Clry. En attachant les lettres 
une ficelle, Madame lisabeth pouvait donc les laisser glisser de sa
croise  celle de l'tage infrieur; l'abat-jour en forme de hotte
plac  la fentre du corridor ne permettait pas de craindre que le
message pt tomber dans le jardin; la ficelle qui descendrait la
lettre pourrait remonter la rponse; on pourrait mme, par la mme
voie, faire parvenir aux princesses un peu de papier et un peu
d'encre, ressources dont elles taient prives. La grande difficult
tait leve: Clry possdait la ficelle! Grce aux intelligences entre
lui et Turgy, Madame lisabeth fut bientt instruite du nouveau mode
de correspondance qui avait t imagin. Elle fut mise en possession
de la ficelle, et, dans la matine du 20 dcembre, elle avertit Louis
XVI qu'elle en ferait usage  huit heures du soir. C'est ainsi que le
gnie de la captivit inspirait aux membres infortuns de cette
famille auguste les moyens de triompher de la surveillance haineuse
qui croyait avoir rendu toute communication entre eux impossible.

Ce jour-l,  quatre heures et demie, la dputation de la commission
des vingt et un, qui s'tait prsente au Temple cinq jours
auparavant, fut de nouveau introduite auprs de Louis, s'installa
comme la premire fois autour d'une table, et donna lecture  ce
Prince de cinquante et une nouvelles pices qu'il signa et parafa
comme les prcdentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
commission et les dfenseurs de Louis se rencontrrent au pied de la
Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontrent avec
les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reu de sa soeur. De
son ct, Clry avait tout dispos: il avait ferm la porte de sa
chambre et celle du corridor, et s'tait mis  causer tranquillement
dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Ds que
l'aiguille marqua huit heures  la pendule de sa chemine, Louis XVI
se leva et sortit un instant: ses dfenseurs ne se doutrent point, en
le voyant reparatre trois minutes aprs, qu'il venait de recevoir des
nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-mme les expressions
de sa tendresse.

Le Roi fit monter par cette poste arienne quelques feuilles de papier
blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'tait toujours
 huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.

Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
barbe; Clry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
leur ct, les princesses demandaient qu'il leur ft prt des ciseaux
pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
statuer sur ces deux requtes, et aprs un long examen, les renvoya 
la dcision de la Commune[42]. Celle-ci prit la rsolution suivante:

Le conseil gnral, considrant que par l'vnement du dcret qui
permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
le conseil gnral n'est responsable que de l'vasion du prisonnier,
consent que les rasoirs et les ciseaux demands par les prisonniers
leur soient accords; arrte en outre que le prsent arrt ainsi que
celui pris par les commissaires du Temple seront envoys  la
Convention.

[Note 42: _Extrait du registre des dlibrations des commissaires de
la Commune de service au Temple._

              Du 22 dcembre 1792, an Ier de la Rpublique franaise.

A six heures du soir, le conseil s'est rassembl pour prendre une
dlibration sur les deux objets ci-aprs:

1 Louis Capet parot embarrass de la longueur de sa barbe; il l'a
tmoign diverses fois. On lui a propos de le faire raser. Il en a
montr de la rpugnance, et a laiss voir le dsir de se raser
lui-mme.

Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'esprance d'accder
aujourd'hui  sa demande; mais ce matin, on s'est aperu que les
rasoirs de Louis Capet n'toient pas rests au Temple: on a pris de l
occasion de discuter de nouveau la matire; elle a t amplement
controverse, et le rsultat a t l'opinion unanime de soumettre la
question au conseil gnral de la Commune, qui, dans le cas o il
jugera convenable de permettre  Louis Capet de se faire lui-mme la
barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confi un ou deux rasoirs
dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
mmes rasoirs seront aussitt rendus, et qui constateront que la
remise leur en aura t faite.

2 La femme, la soeur et la fille de Louis Capet ont demand qu'il
leur soit prt des ciseaux pour se couper les ongles.

Le conseil en ayant dlibr, a pareillement arrt  l'unanimit que
cette demande seroit soumise au conseil gnral de la Commune, qui
seroit pri, dans le cas o il y donneroit son consentement, de fixer
aussi le mode  employer  cet gard.

Arrte que la prsente dlibration sera envoye au conseil gnral
de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la rponse
soit connue ds aujourd'hui au conseil du Temple.

Et ont sign au registre:

                      MAUBERT, DEFRASNE, JON, LANDRAGIN, ROBERT,
                       MALIVOIR et DESTOURNELLES.

Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.

                      DESTOURNELLES, officier municipal.]

Par suite de cet arrt, le conseil du Temple confia deux rasoirs 
Louis,  la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitt rendus; il en
fut de mme pour les ciseaux prts aux princesses.

Nol approchait. Madame lisabeth se proccupait de la manire dont
cette grande fte serait clbre  Paris. Le lundi soir 24 dcembre,
Toulan et Lepitre se retrouvrent ensemble de service au Temple. La
veille de Nol, raconte ce dernier, Chaumette fit arrter que la messe
de minuit ne seroit point clbre; on lui reprsenta inutilement que
cette dfense pourroit donner lieu  quelque meute; que le peuple
n'toit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore 
ses anciens usages. On arrta que des officiers municipaux ou des
membres du conseil se rendroient aux diffrentes paroisses et
s'opposeraient  ce qu'on ouvrt les portes. Qu'arriva-t-il? les
membres de la Commune furent bafous et battus; la messe fut chante,
et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
ministres. Le 25 dcembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
parl de cet arrt de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
soir, nous vmes arriver Beugniau, matre maon, l'un de mes
collgues, le visage lgrement balafr. Ce fut lui qui nous raconta
de quelle manire les femmes de la halle l'avoient accueilli 
Saint-Eustache. Madame lisabeth apprit ces dtails sans tonnement
et sans chagrin. Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
qui prtendent le rendre libre ne veulent de libert ni pour sa
conscience ni pour ses prires.

Le jour de Nol, Louis, rest seul avec lui-mme, crivit son
testament. Bien que personne n'ignore ces pages de pit, de clmence
et de tendresse, nous croyons devoir en reproduire les passages qui se
rapportent plus directement  notre sujet:

Je recommande  Dieu ma femme, mes enfants, ma soeur, mes tantes, mes
frres, et tous ceux qui me sont attachs par les liens du sang ou par
quelque autre manire que ce puisse tre. Je prie Dieu particulirement
de jeter des yeux de misricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur,
qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grce
s'ils viennent  me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde
prissable.

Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse  mes
enfants, et de leur tenir lieu de mre s'ils avoient le malheur de
perdre la leur.

Je recommande bien vivement  mes enfants, aprs ce qu'ils doivent 
Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
soumis et obissants  leur mre, et reconnoissants de tous les soins
et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mmoire de moi, je les
prie de regarder ma soeur comme une seconde mre.

Le mercredi 26 dcembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, ds le lever
du jour, les commissaires de la prvenir qu'il allait tre conduit 
la barre de la Convention nationale. Il tait cinq heures quand la
voiture et son escorte rentrrent au Temple: la journe avait t
longue pour les prisonnires. Devinant leur inquitude, Louis, ds
qu'il fut rentr dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
pensa avec tristesse que les mots qu'il traait avec empressement pour
les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
fut en effet qu' huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
fil invisible, du second au troisime tage de la tour.

Le 1er janvier 1793, Clry entra avant le jour dans la chambre de son
matre, et entr'ouvrant les rideaux de son lit, lui demanda  voix
basse la permission de lui prsenter des voeux pour la fin de ses
malheurs. Je reois vos souhaits, lui dit Louis XVI en lui tendant
une main que Clry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi se leva,
poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un commissaire
d'aller s'informer de sa part de l'tat de la sant de sa famille et
de lui transmettre l'expression de ses voeux pour la nouvelle anne.
Les municipaux furent mus de l'accent avec lequel taient prononces
ces simples paroles, si poignantes dans une telle situation. Le
municipal charg de cette mission rentra bientt chez le Roi. Votre
famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous adresse les
siens.--Quel jour de nouvelle anne! dit Louis XVI.

La jeune Marie-Thrse tomba malade. Son pre fut inform par la
correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquita assez pour
ne plus songer  sa position personnelle. Dans ses panchements avec
ses dfenseurs, sa parole, ses penses revenaient sans cesse vers sa
famille. Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
Providence m'a mnag de tendres consolations; ma vie a d un grand
charme  mes enfants,  la Reine et  ma soeur. Je ne vous parlerai
point de mes enfants, dj si malheureux.....  leur ge!
continua-t-il avec motion; ni de ma soeur, dont la vie n'a t
qu'affection, dvouement et courage. L'Espagne et le Pimont avaient
paru dsirer son alliance;  la mort de Christine de Saxe, les
chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'lire abbesse; rien n'a
pu la sparer de moi; elle s'est attache  mes malheurs comme
d'autres s'taient attachs  mes prosprits! Mais je veux vous
entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon coeur; c'est de
l'injustice des Franais pour la Reine.

Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
ennemie de l'tiquette et de la contrainte, avait t juge si
svrement. Ses manires, ajouta-t-il, nouvelles  la cour, se
rapprochaient trop de mon got naturel pour que je voulusse les
contrarier..... D'abord, le public applaudissait  l'abandon des
anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement  dcrier et  noircir
la Reine que pour prparer le peuple  la voir prir. Oui, mes amis,
sa mort est rsolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
me venget. Infortune princesse! notre mariage lui promit un trne;
aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il? L'motion du Prince
avait gagn ses trois dfenseurs.

Cependant Louis XVI tait toujours proccup de la sant de sa fille.
Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'taient pas entirement
satisfaisantes. Un municipal officieusement charg par lui de
s'informer de l'tat des choses avait gard le silence. Louis
craignait que, pour lui pargner de la peine, on ne lui cacht une
partie de la vrit. Il confia son inquitude  ses dfenseurs.
Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais  huit
heures, les ayant quitts un instant, le Roi rentra, et comprimant 
regret la joie de son coeur: Messieurs, leur dit-il avant de se
sparer, j'ai rflchi sur la dmarche que vous voulez faire: je vous
prie de la remettre  demain, et mme de ne la point tenter avant de
m'avoir revu. A leur arrive, le lendemain, il leur dit: Je sais
maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
que la Reine est tranquille. Dieu soit lou! C'tait, on l'a devin,
une lettre de Madame lisabeth, qui la veille au soir, avait apport
le calme et le bonheur dans l'me de cet infortun Prince.

Le procs touchait  sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
dfenseurs arrivrent au Temple. Clry alla au-devant d'eux. Tout est
perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamn. Louis XVI tait
assis dans sa chambre, le dos tourn vers la porte, les coudes appuys
sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'tant lev pour
recevoir ses visiteurs, il leur dit: Depuis deux heures, je
rflchissais sur le pass; je recherchais dans ma mmoire si, durant
le cours de mon rgne, j'ai donn volontairement  mes sujets un sujet
de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincrit,
comme un homme qui va paratre devant Dieu, j'ai constamment voulu le
bonheur de mon peuple, et je n'ai pas form un seul voeu qui lui ft
contraire.

Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrt de mort qu'on
lui apportait, avait jet le trouble dans l'me de ses dfenseurs.
Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
et, suffoqu par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
releva et le serra dans ses bras avec effusion: Je m'attendais  ce
que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
reste. Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
espoir n'tait pas perdu: Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
nation est gare, et je suis prt  m'immoler pour elle.--Sire, en
sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entour, et m'ont
assur que de fidles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
bourreaux ou priront avec lui.--Les connaissez-vous? demanda le
Roi.--Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.--Eh bien, tchez de
les rejoindre, et dclarez-leur que je les remercie du zle qu'ils me
tmoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trne et la
vie, j'ai refus de m'en servir: voudrais-je aujourd'hui faire couler
pour moi le sang franais!--Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut
nous empcher de nous servir de tous les moyens lgaux. Nous le prions
donc d'crire de sa main et de signer la dclaration que voici.
Press par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les
lignes suivantes, que Tronchet venait de rdiger sur le coin de la
table:

Je dois  mon honneur, je dois  ma famille, de ne point souscrire 
un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
consquence, je dclare que j'interjette appel  la nation elle-mme
du jugement de ses reprsentants, et je donne par ces prsentes  mes
dfenseurs le pouvoir spcial, et je charge spcialement leur
fidlit, de faire connotre cet appel  la Convention nationale par
tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
soit fait mention dans le procs-verbal de ses sances.

Fait  la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.

Ayant trac cet crit, le Roi hsitait encore  le remettre  ses
conseils. Donnez, Sire, dit de Sze, c'est beaucoup plus dans
l'intrt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
demandons.--Non, reprit Louis XVI avec une bont souriante qu'il est
impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intrt que dans
celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
dans son intrt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
vie est si peu de chose auprs de sa gloire ou auprs de son bonheur!
Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma soeur montrent moins
de force et de rsignation que moi. Mourir est prfrable  leur
sort.

Les dfenseurs se retirrent le coeur bris, et cependant ils ne se
doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernire fois. Le reste
de la journe s'coula lentement; la soire fut encore plus triste.
Louis XVI, comme de coutume, reut des nouvelles de sa famille; mais
les consolations qui s'changeaient la nuit entre les deux tages se
tournaient en afflictions profondes: le crieur avait appris au Temple
la condamnation du Roi: femme, soeur, enfants, tout tait plong dans
le dsespoir.

Guadet appuya l'ajournement demand par de Sze, Tronchet et
Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
au nom du droit, le second par piti. C'est, dit Merlin (de Douai),
dans l'institution des jurs qu'il est question du nombre des voix
ncessaire pour la condamnation d'un accus. Mais il n'en est pas
question dans le Code pnal. C'est l l'erreur de Tronchet; il ne faut
pas accorder les honneurs de l'ajournement  une erreur aussi
grossire. La Convention, convaincue par cet argument quivoque de
l'auteur de la loi sur les suspects, dcrta qu'il n'y avait pas lieu
 dlibrer sur l'ajournement propos, et ajourna au lendemain la
question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis  l'excution du
dcret de mort contre Louis.

Tallien s'opposa  la remise de la sance au lendemain. Je motive mon
opinion, s'cria-t-il, sur une raison d'humanit; je le rpte, sur
une raison d'humanit. Louis XVI sait qu'il est condamn; il sait que
la motion a t faite de surseoir  son excution; ne prolongeons pas
les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort. Cet
homme, qui, aprs une sance de trente-six heures agite par les
passions les plus effrnes, rclamait une solution dfinitive de la
question qui tenait la France et l'Europe en moi, cet homme, qui
invoquait l'humanit avec des cris de sang, ne fut point cout: sur
la demande de la Rvellire-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
simple fut prononc. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Ds la sance du lendemain,
toute dlibration sur le sursis fut carte par eux et leurs sides.
Buzot leur dit en vain: Le dfaut de formes vous sera reproch un
jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement et son
excution; et ce reproche, qui ne vous parat rien aujourd'hui, vous
paratra terrible lorsque les passions du moment auront fait place aux
malheurs qui suivront l'excution de ce jugement rendu, d'ailleurs, 
une simple majorit de cinq voix.

Manuel, qui avait aussi donn de terribles gages  la rvolution,
s'indigna tout  coup des violences et des sductions exerces sur la
conscience des dputs. Obsd de remords et sous le coup de cette
terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrpide
Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'tonnrent
d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marqurent pour le
bourreau. Rvolt de l'acharnement de Robespierre et de ses adhrents
contre toute dlibration sur le sursis, il quitta le bureau; on
voulut s'opposer  son passage; il sortit nanmoins, et rentra
quelques minutes aprs. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
assailli par les mmes dputs, et ses jours coururent le plus grand
danger. Il ne reparut plus  l'Assemble, et donna sa dmission dans
des termes qui rachteront une partie de ses torts aux yeux de la
postrit[43].

[Note 43:

Citoyen prsident,

Reprsentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.

Un dlit a t commis en moi contre la nation: ne pas le dnoncer 
la nation, ce seroit la trahir.

Secrtaire de la Convention, aprs une sance de quarante heures, o
s'est dcid  cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
le besoin extrme d'un air plus pur, lorsqu'une bande de _juges_ tombe
sur moi, _sur le dput d'un peuple libre_! Mon premier mouvement fut
de les punir  l'instant; mais j'tois dans la Convention, c'toit 
la Convention entire  se venger.

Reprsentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre dpartements la
liste de quelques dsorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
bruit, vous tent la force de faire du bien.

La premire fois que vous vous tes laiss avilir, lgislateurs, vous
avez expos la France. Et tels que vous tes (la vrit m'chappe),
oui, tels que vous tes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
n'a plus qu' s'envelopper de son manteau.

Pour moi, citoyen prsident, qui, quand je n'espre plus, ne crains
encore rien, aprs avoir protest  la Convention que je me
prcipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
peuple ft enfin heureux, je crois devoir  ma conscience et  mes
principes de la prvenir par ma dmission, que je vous prie de
recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste o il m'a mis.

Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes crits
et par mes exemples  l'ducation de mes enfants, car il ne manque 
la rvolution que des hommes.]

Le dimanche 20 janvier,  deux heures, le conseil excutif vint
notifier au prisonnier les dcrets qui le condamnaient  la peine de
mort. La lecture de ces dcrets lui fut faite par Grouvelle,
secrtaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
altration part sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
dans lequel il plaa le dcret qu'il venait de prendre de la main de
Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce mme portefeuille, il
dit  Garat: Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
remettre sur-le-champ cette lettre  la Convention nationale. Garat
paraissant hsiter, Louis XVI ajouta: Je vais vous en faire lecture;
et il lut d'une voix ferme ce qui suit:

Je demande un dlai de trois jours pour pouvoir me prparer 
parotre devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
cette personne soit  l'abri de toute crainte et de toute inquitude
pour cet acte de charit qu'elle remplira prs de moi.

Je demande d'tre dlivr de la surveillance perptuelle que le
conseil gnral a tablie depuis quelques jours.

Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
le demanderai, et sans tmoins. Je dsirerois bien que la Convention
nationale s'occupt tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
lui permt de se retirer librement o elle le jugeroit  propos.

Je recommande  la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
m'toient attaches: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
doivent tre dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.

Fait  la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
quatre-vingt-treize.

                                                         LOUIS.

       *       *       *       *       *

Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre  la Convention.
Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
la personne que je dsire, voici son adresse. Ouvrant alors de
nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel taient
crits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n 483. Le Roi
remit cette adresse  un municipal, et fit quelques pas en arrire;
Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent[44]. Le ministre se hta
de communiquer  ses collgues les dernires demandes du Roi,
d'appeler sur elles les dcisions de la Convention, et d'envoyer
chercher le prtre que rclamait le condamn.

[Note 44: Compte rendu  la Convention par le ministre de la justice.]

Il tait quatre heures et demie lorsque Garat lui-mme rapporta au
Roi la rponse de la Convention, dont voici les termes: Il est libre
 Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera  propos, et de
voir sa famille librement et sans tmoin; la nation, toujours grande
et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille; il sera accord
aux cranciers de sa maison de justes indemnits; la Convention
nationale passe  l'ordre du jour sur le sursis de trois jours.

Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
son Crateur, qui le rappelle  lui. L'abb Edgeworth parut bientt.
Arriv  l'appartement du Roi, dont toutes les portes toient
ouvertes, a-t-il crit lui-mme, j'aperus ce Prince au milieu d'un
groupe de huit ou dix personnes: c'toit le ministre de la justice,
accompagn de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
le fatal dcret qui fixoit irrvocablement sa mort au lendemain.

Il toit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux mme; et pas un
de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assur que lui. Ds
que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
obirent; lui-mme ferma la porte aprs eux, et je restai seul dans la
chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien russi  concentrer les
diffrents mouvements qui agitoient mon me; mais  la vue de ce
Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
matre de moi-mme; mes larmes s'chapprent malgr moi, et je tombai
 ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le dcret
qu'on venoit de lui lire. Il ne rpondit d'abord  mes larmes que par
les siennes; mais bientt reprenant son courage: Pardonnez, me
dit-il, monsieur, pardonnez  ce moment de foiblesse, si toutefois on
peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes
ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiaris avec eux; mais
la vue d'un sujet fidle parle tout autrement  mon coeur; c'est un
spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutums, et il m'attendrit
malgr moi.

A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
prvint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
dissimuler son motion: Si l'on ne me permet point de monter chez
elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
chambre?--Non, rpondit l'un d'eux, nous avons arrt avec le ministre
de la justice que ce sera dans la salle  manger.--Vous avez entendu,
rpliqua Louis XVI, que le dcret de la Convention me permet de la
voir sans tmoin.--Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
les yeux sur vous.--Faites descendre ma famille. Le Roi entra dans la
salle  manger; Clry l'y suivit, et s'occupa  ranger la table de
ct et  placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: Il
faudrait apporter un peu d'eau et un verre. Sur une table se trouvait
une carafe d'eau  la glace; Clry n'apporta qu'un verre, qu'il plaa
prs de cette carafe. Si la Reine buvait de cette eau-l, lui dit le
Roi, elle pourrait en tre incommode: apportez de l'eau qui ne soit
pas  la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne ft trop
de mal  ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.

En disant ces mots, Louis XVI prtait l'oreille au bruit du dehors,
allait, venait, s'arrtait  tout moment  la porte d'entre.....
Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette parat la premire, tenant
son fils par la main; ensuite Marie-Thrse et Madame lisabeth. Des
cris de douleur se mlent seuls aux embrassements qui s'changent. La
Reine fait un mouvement comme pour entraner le Roi dans sa chambre.
Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est l seulement
que je puis vous voir. Ils entrent dans la salle  manger, dont les
commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison, est en
vitrage. On s'assied, la Reine  la gauche du Roi, Madame lisabeth 
sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit prince
entre les jambes de son pre. Pendant plus d'un quart d'heure, pas une
parole ne put se faire entendre. Ce n'taient mme pas des larmes, ce
n'taient mme pas des sanglots: c'tait un cri perant de dsespoir
qui devait tre entendu dans les cours, dans le jardin et dans les
rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur soeur, tous se
lamentaient  la fois. Enfin les larmes coulrent, et ne s'arrtrent
que lorsqu'on n'eut plus la force d'en rpandre. Alors Louis XVI parla
de son procs comme si c'tait le procs d'un autre, excusa ses juges
et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda avec instance que
toute la famille passt la nuit avec lui; il se refusa cette
consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
recueillement.

Cette scne inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
marquer la fin de manire  graver ses derniers sentiments dans le
coeur de ses enfants. Mon pre, raconte Madame Royale, au moment de
se sparer de nous pour jamais, nous fit promettre  tous de ne jamais
songer  venger sa mort. Il tait bien assur que nous regardions
comme sacr l'accomplissement de sa dernire volont; mais la grande
jeunesse de mon frre lui fit dsirer de produire sur lui une
impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
_Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
serment a encore quelque chose de plus sacr que les paroles, jurez en
levant la main que vous accomplirez la dernire volont de votre
pre_. Mon frre lui obit en fondant en larmes, et cette bont si
touchante fit encore redoubler les ntres.

A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous s'attachrent 
lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame lisabeth par le bras
gauche; Marie-Thrse, du mme ct que sa tante, mais un peu devant,
tenait son pre embrass par le milieu du corps; le Dauphin, plac
devant sa mre, la tenait d'une main et donnait l'autre  son pre.
Tous firent quelques pas vers la porte d'entre; les gmissements
redoublrent. Je vous assure, dit alors Louis XVI, que je vous verrai
demain matin  huit heures.--Vous nous le promettez?--Je vous le
promets.--Pourquoi pas  sept heures? dit Marie-Antoinette.--Eh bien,
oui, rpond le Roi,  sept heures; adieu!... A ce mot d'adieu, Madame
Royale tombe vanouie aux pieds de son pre. Madame lisabeth et Clry
la relvent et la soutiennent. Le Roi, press de mettre fin  une
telle scne, leur donne un dernier embrassement et s'arrache de leurs
bras. Les portes se ferment, mais elles n'empchent point le Roi
d'entendre les cris de dsespoir des princesses qui remontent
lentement dans leur chambre. L'exaltation de la Reine avait quelque
chose de fbrile qui agitait tout son tre. Madame lisabeth, tenant
ses genoux embrasss et pleurant  chaudes larmes, la conjura de se
calmer, en faisant  Dieu l'offrande de ses angoisses et en implorant
sa misricorde. Dans l'excs de son dsespoir, la Reine ne pouvait
prier, la Reine ne pouvait tre console. Elle essaya de dshabiller
son fils, accabl lui-mme de fatigue et de chagrin; elle esprait
qu' son ge le sommeil s'emparerait bientt de lui et lui enlverait
le sentiment de ses peines. Mais la pauvre mre prsumait trop de ses
propres forces, et peut-tre sans l'assistance de sa belle-soeur ne
serait-elle point parvenue  coucher son enfant.

Ds qu'il fut endormi, Madame lisabeth et Marie-Thrse supplirent
la Reine de se coucher. La Reine leur rsista longtemps; puis, pour
les tranquilliser, elle finit par se jeter tout habille sur son lit.
Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze heures du soir
jusqu' cinq heures du matin, sa soeur et sa fille l'entendirent
incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent elles avaient
prt l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer dans la tour:
elles n'avaient rien entendu.

Le 21, avant le jour, Madame lisabeth se leva et fit une courte
prire, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
habillrent alors les enfants. Le rappel commenait  battre dans les
sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au coeur des
prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame lisabeth, les deux
enfants, dj debout, attendaient dans une agitation indicible
l'poux, le frre, le pre qu'ils ne devaient plus revoir. A six
heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
s'informa douloureusement de ce qui se passait. Ma soeur, lui dit
Madame lisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
Roi. Un instant aprs, cette sainte princesse se mit  genoux; sa
nice s'agenouilla aussitt  peu de distance d'elle. La Reine, qui
sanglotait en embrassant son fils, se calma  l'aspect de ces deux
femmes courbes devant Dieu, et quelques minutes aprs, elle
s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les sparait, mais
sur laquelle leurs mains s'entrelaaient en se joignant. De temps en
temps, la Reine levait la tte et regardait la pendule; sa soeur et
ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'coulait ajoutait
aux tortures de cette famille infortune. Cette aiguille qui marchait
allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un pre, un frre plein de
vie, comme s'il n'tait dj plus, sans pouvoir arrter ni le cours
inflexible des heures ni la cruaut des hommes aussi implacable que
le temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et au dehors
mme du Temple. C'tait le moment du dpart. Nulle parole ne peut
rendre la scne dchirante qui se passa alors. De malheureuses femmes
en proie au dsespoir, essayant d'obtenir une piti impossible; un
enfant s'chappant de leurs bras et courant, perdu, gar, vers les
commissaires, vers les geliers, et s'criant avec des sanglots:
Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!--O veux-tu
aller?--Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon pre. Au
nom de Dieu, laissez-moi passer!

Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires taient sourds, que
les geliers taient insensibles, que le peuple tait opprim, abus
ou perverti; il ignorait qu'une minorit audacieuse et perverse
touffait tous les lans gnreux de la France!




LIVRE NEUVIME.

DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU' LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
 LA CONCIERGERIE.

21 JANVIER--2 AOT 1793.

     Ne craignez rien de ce que vous avez  souffrir... Soyez fidles
     jusqu' la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.

                                        _Apocalypse_, chap. II, v. 10.

     La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers l'chafaud.
     -- Angoisses de sa famille. -- La Reine craignant que l'motion
     et toute abstinence de nourriture ne fassent dfaillir ses
     enfants, les engage  prendre quelque nourriture. -- Entretien
     avec Clry. -- Vtements de deuil demands. -- Bruit nocturne. --
     Paroles de Madame lisabeth. -- La jeune Marie-Thrse malade. --
     Mot touchant de cette princesse. -- Les vtements de deuil sont
     apports. -- Pressentiment de la Reine. -- Exhortation de Madame
     lisabeth. -- Lepitre et Toulan de service au Temple. -- Louis
     XVII chante un couplet adress  sa tante. -- Soins de celle-ci
     prodigus aux deux enfants. -- Projet d'vasion propos  la
     Reine et  Madame lisabeth. -- L'excution est ajourne. --
     Toulan remet  la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. --
     Sur les instances de Madame lisabeth, le projet d'vasion est
     repris. -- Au moment de l'excution, la Reine refuse, ne voulant
     pas tre sauve sans ses enfants. -- Elle remercie Toulan, et lui
     rend l'anneau et le cachet du Roi, le priant de les remettre  M.
     de Jarjayes. -- Dfection de Dumouriez. -- Cration du Comit de
     salut public. -- Louis XVII proclam roi  l'tranger. --
     Acrimonie et cruaut des Tison. -- Dnonciation faite par eux 
     la Commune. -- Hbert se rend  la tour. -- Fouille  laquelle il
     prside. -- Louis XVII malade. -- Le mdecin ordinaire des
     prisons commis pour lui donner des soins. -- Lutte des Girondins
     et des Montagnards. -- La commission des douze. -- Les barrires
     fermes. -- Michonis. -- Graves paroles de Madame lisabeth et de
     la Reine. -- Le baron de Batz: complot form par lui pour
     dlivrer la famille royale. -- Insuccs fortuit que Simon
     s'approprie. -- Arrts du Comit de salut public. -- Louis XVII
     spar de sa mre et de sa tante. -- Dsespoir de la Reine;
     consolations que lui prodigue Madame lisabeth. -- Bruit rpandu
     de l'vasion du petit Capet. -- Dputation envoye au Temple pour
     s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans ce bruit. -- Rclamations
     striles adresses par Marie-Antoinette  cette dputation. --
     Manire dont Drouet rend compte de sa mission  la Convention. --
     Tison converti par les vertus de la Reine et de Madame lisabeth.
     -- La femme Tison  leurs pieds est releve par elles. -- loge
     qu'elle fait d'elles  Meusnier. -- La femme Tison folle et en
     proie aux convulsions. Elle est soigne par les princesses, puis
     conduite  l'Htel-Dieu, o une femme de police est place prs
     d'elle, charge de recueillir tout ce qu'elle pourra dire dans
     son dlire. -- Tison essaye de racheter par son dvouement le mal
     qu'il a fait aux royales prisonnires, et leur cache avec soin
     les mauvais traitements que Simon fait subir  leur enfant. -- Il
     leur apprend que presque tous les jours on le conduit au jardin
     pour y jouer, et souvent aussi sur la plate-forme de la Tour
     pour y respirer un bon air. -- Longues stations de sa mre, de sa
     tante, de sa soeur, au sommet de la Tour pour y apercevoir passer
     ce cher enfant. Elles le voient, mais pour leur malheur!


Le bruit sourd qui avait annonc la sortie du Roi de la tour du Temple
se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car 
mesure que ce bruit s'loignait, le Roi se rapprochait de l'chafaud.
Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, puiss par le manque de
nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
la force de supporter cette terrible preuve, les engagea, vers dix
heures,  prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusrent,
en recommenant  pleurer. Une demi-heure aprs, des cris de joie et
des dtonations d'armes se firent entendre. Madame lisabeth, levant
les yeux au ciel, s'cria: Les monstres! les voil contents! A cette
exclamation, Marie-Thrse jeta des cris perants; son petit frre
fondit en larmes; leur mre, le front baiss, les yeux hagards,
demeura plonge dans un dsespoir morne et immobile qui ressemblait 
la mort. Dans l'aprs-midi, la Reine et Madame lisabeth demandrent 
voir Clry: la vue de cet honnte homme rest dans la tour jusqu'au
dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
douleur: au rcit des adieux et des dernires paroles de celui qui
n'tait plus, leurs pleurs coulrent; elles rclamrent les objets
lgus par lui, objets prcieux dont Clry venait de faire la
dclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
Marie-Antoinette fit demander des vtements de deuil  ce mme
conseil, qui en rfra  la Commune.

Les angoisses de cette journe ne devaient point finir avec elle. Deux
heures du matin sonnaient, et le repos n'tait point encore venu pour
les trois captives. La jeune Marie-Thrse, par obissance, s'tait
couche, mais elle n'avait point ferm les yeux; sa mre et sa tante,
assises auprs du lit du petit Prince endormi, causaient, mlant leurs
afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant tait calme, et
semblait sourire. Il a maintenant l'ge qu'avait son frre lorsqu'il
mourut  Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont partis les
premiers! ils n'ont point assist  la ruine de notre famille.
Surprise d'entendre,  une telle heure, parler chez la Reine, la femme
Tison s'tait leve; elle frappa  la porte, s'enqurant du motif de
ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de rveiller les
commissaires de service, la suivait de prs. Madame lisabeth
entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: De grce,
laissez-nous pleurer en paix. L'inquisition s'arrta dsarme par
cette voix anglique.

Depuis quelques jours, Marie-Thrse tait indispose; elle prouvait
dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes taient enfles.
Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
compagnes n'avaient pu obtenir l'entre de M. Brunyer dans la
tour[45]. Heureusement, dit-elle avec une simplicit touchante,
heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
diversion favorable au dsespoir de ma mre. Marie-Antoinette et
lisabeth passrent les nuits  son chevet, dirigeant, appliquant
elles-mmes le traitement prescrit par le mdecin, autoris enfin 
tre admis auprs d'elles. Les habits de deuil demands furent
accords le 23[46]. Dans la journe du 27, on en apporta une partie au
Temple[47]. La Reine ne pouvait voir ses enfants vtus de noir sans
que son coeur se brist. Elle dit un jour  Madame lisabeth: Je n'ai
peut-tre pas donn dans le temps au Roi tous les conseils qui
pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur l'chafaud; oui, ma
soeur, j'y monterai aussi.--J'espre que Dieu ne permettra pas un tel
malheur, rpondit Madame lisabeth; mais soyons prtes, ma soeur, 
obir  sa volont. Il se montre aujourd'hui svre dans ses
chtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous donner la force
d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.

[Note 45: Le bruit de cette maladie transpira dans Paris. On lit dans
le _Moniteur universel_ du jeudi 24 janvier 1793:

_Commune de Paris._

Du 22.--On rpand dans les lieux publics et dans les socits
patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
est transfre de l'htel de la Force  la Conciergerie. Le conseil
gnral m'autorise  dmentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
pas malade; les personnes qu'un dcret renferme au Temple y resteront
aussi longtemps que ce dcret ne sera pas rapport.

                                      RAL, premier substitut.]

[Note 46: _Commune de Paris._--Sance du mercredi 23 janvier 1793.

Le conseil gnral entend la lecture d'un arrt du conseil du Temple
qui renvoie au conseil gnral  se prononcer sur deux demandes faites
par Antoinette.

La premire d'un habillement de deuil trs-simple pour elle, sa soeur
et ses enfants. Le conseil gnral arrte qu'il sera fait droit 
cette demande.

Sur la seconde,  ce que Clry soit plac auprs de son fils, comme
il l'tait primitivement, le conseil gnral prononce l'ajournement.]

[Note 47: Voir,  la fin du volume, les Pices justificatives, n IV.]

Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'taient
dj cr par leur zle des titres  la confiance de la famille
royale, reparurent bientt au Temple, et les pauvres recluses purent
obtenir d'eux les dtails qu'elles avaient vainement rclams de leurs
collgues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
furent lus avec cette poignante avidit de la douleur empresse 
connatre toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.

Lepitre, qui avait conu l'ide d'offrir  la Reine et  Madame
lisabeth des consolations prises  la source mme de leurs peines,
leur prsenta, le jeudi 7 fvrier, une romance qu'il avait compose
sur la mort de Louis XVI, et que madame Clry avait mise en musique.
Il se trouva de nouveau de service au Temple le 1er mars, trois
semaines aprs avoir fait hommage de son oeuvre; il en reut la plus
douce rcompense que son coeur pt ambitionner: la Reine le fit entrer
dans la chambre de Madame lisabeth; Marie-Thrse se mit au piano, et
son frre, debout auprs d'elle, chanta la romance[48], dont le
dernier couplet est adress  Madame lisabeth; le voici:

  Et toi, dont les soins, la tendresse,
  Ont adouci tant de malheurs,
  Ta rcompense est dans les coeurs
  Que tu formes  la sagesse...
  Ah! souviens-toi des derniers voeux
  Qu'en mourant exprima ton frre;
  Reste toujours prs de ma mre,
  Et ses enfants en auront deux.

[Note 48: Voici les quatre premiers couplets de cette oeuvre modeste,
qui emprunte aux circonstances un touchant intrt:

LA PIT FILIALE.

  Eh quoi! tu pleures,  ma mre!
  Dans tes regards fixs sur moi
  Se peignent l'amour et l'effroi:
  J'y vois ton me tout entire.
  Des maux que ton fils a soufferts
  Pourquoi te retracer l'image?
  Puisque ma mre les partage,
  Puis-je me plaindre de mes fers?

  Des fers!  Louis! ton courage
  Les ennoblit en les portant.
  Ton fils n'a plus, en cet instant,
  Que tes vertus pour hritage.
  Trne, palais, pouvoir, grandeur,
  Tout a fui pour moi sur la terre;
  Mais je suis auprs de ma mre,
  Je connais encor le bonheur.

  Un jour, peut-tre... l'esprance
  Doit tre permise au malheur;
  Un jour, en faisant son bonheur,
  Je me vengerai de la France.
  Un Dieu favorable  ton fils
  Bientt calmera la tempte!
  L'orage qui courbe leur tte
  Ne dtruira jamais les lis.

  Hlas! si du poids de nos chanes
  Le ciel daigne nous affranchir,
  Nos coeurs doubleront le plaisir
  Par le souvenir de nos peines.
  Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui,
  Saura, dissipant tes alarmes,
  Effacer la trace des larmes
  Qu'en ces lieux tu verses pour lui.]

La Reine tait assise  ct de son fils, suivant avec attention les
modulations mues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
racont cette scne[49]: Nos larmes coulrent, dit-il, et nous
gardmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
j'avois sous les yeux? la fille de Louis  son clavecin; sa mre,
assise auprs d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
mouills de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
enfants; Madame lisabeth, debout  ct de sa soeur, et mlant ses
soupirs aux tristes accents de son neveu.

[Note 49: _Quelques souvenirs ou notes fidles sur mon service au
Temple, depuis le 8 dcembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793._ 2e dition.
Paris, 1817.]

Madame lisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la Reine
tait uniquement occupe de ses enfants, et elle bnissait le ciel du
repos qu'il laissait  cette pauvre mre dans l'accomplissement de la
seule tche qui pouvait lui tre chre encore. Madame lisabeth l'y
secondait avec tout son dvouement: leur sombre douleur  toutes deux ne
s'clairait d'un rayon fugitif qu' cause de leur tendresse pour leurs
deux enfants, quoique cette tendresse leur rendt souvent plus poignant
le sentiment de leurs prils:--leur fille dj faite aux regrets et aux
inquitudes, mais forte, rsigne, et recueillant avec courage les
leons du malheur; prs d'elle, son petit frre, animant tout de sa
parole et de son sourire. La sollicitude de la Reine et de Madame
lisabeth  l'gard de cet enfant devait s'tendre  tous les soins, car
la prire faite par le Roi en allant au supplice de voir Clry reprendre
son service auprs du jeune Prince avait t rejete par la Commune. Les
deux institutrices essayaient, par les ressources qu'elles avaient en
elles-mmes, de suppler  l'absence des lments d'instruction
ncessaires: l'criture, la gographie, l'histoire, eurent tant bien que
mal leurs heures accoutumes. Quant  l'ducation proprement dite, il
est facile de croire que jamais enfant n'avait t plac  meilleure
cole; car dans quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus
persuasive et-il pu recevoir de plus gnreuses exhortations et de plus
magnanimes exemples? Les recommandations de son pre mourant
n'taient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa mre
et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui leurs
perscuteurs, en les reprsentant gars par le vertige des passions
rvolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur coeur?
Non-seulement elles lui prchaient le pardon des injures, mais encore,
dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui faisaient
journellement, elles avaient soin d'exalter les belles actions, les
traits de clmence ou d'hrosme qu'elles y rencontraient.

Madame lisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquitude,
le projet conu par Toulan de faire vader du Temple la Reine et ses
enfants; ne songeant jamais  sa propre personne, elle s'effrayait des
prils d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse mme, plaisait
 Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, dsira
qu'il obtnt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave dj signal
 sa confiance par le succs de quelques missions importantes. Aprs
deux longues confrences, Jarjayes et Toulan arrtrent leur plan, qui
rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisime
confrence, o celui-ci fut appel, on s'entendit sur les moyens
d'excution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
habits d'homme pour la Reine et pour Madame lisabeth, et les deux
municipaux s'engagrent  introduire ces habits dans la tour en les
cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
par-dessus leur vtement. Les deux princesses,  l'aide de ce
dguisement, rehauss de l'charpe tricolore, devaient sortir munies
de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
autorises  entrer  la tour. La ralisation de ce plan ne paraissait
point offrir de grandes difficults; mais l'vasion des deux enfants
prsentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
Le petit Prince surtout tait l'objet d'une surveillance active et
incessante qui rendait pour lui impossible toute chance de salut. Une
chance cependant, quoique presque impossible, parut susceptible d'tre
tente. Un homme du peuple, nomm Jacques, venait le matin  la tour
nettoyer les quinquets et les rverbres, et revenait le soir les
allumer. Deux enfants  peu prs de l'ge et de la taille des enfants
de la Reine l'accompagnaient ordinairement et l'aidaient, dans son
travail. Il n'et pas t prudent de mettre dans la confidence cet
employ subalterne qui ne parlait jamais ni aux municipaux ni aux
geliers, et ne connaissait au Temple que sa consigne. Mais voici ce
que Toulan imagina: Le lampiste, dit-il  ses complices, remplit son
office entre cinq et six heures; son dernier rverbre est allum et
lui-mme est dj sorti du Temple lorsque,  sept heures, les
sentinelles sont releves. Ds qu'il se sera retir et que les
factionnaires seront relevs, un homme accoutr comme le lampiste,
passant  la faveur d'une carte d'entre sous l'oeil des premiers
guichetiers, arrivera, sa bote de fer-blanc au bras,  l'appartement
de la Reine; je me trouverai l, et, le gourmandant hautement de
n'tre pas venu lui-mme arranger ses quinquets: N'avez-vous pas de
honte, lui dirai-je, d'avoir envoy vos deux enfants pour faire votre
besogne  votre place? Puis alors je lui remettrai les enfants de la
Reine, et le prtendu lampiste s'en ira avec ses deux jeunes
apprentis, et tous trois gagneront le coin des boulevards, o les
attendra M. de Jarjayes.

Ce plan, qui fut agr par Jarjayes et Lepitre, rendait ncessaire
l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce gnreux
complot et de jouer le rle du lampiste. J'ai un de mes amis,
continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
certain, sa part de cette prilleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
et est inspecteur des domaines nationaux. Je rponds de lui.--On
voit, d'aprs cet expos, que Toulan se chargeait de prsider
spcialement aux dispositions relatives  l'vasion de la tour, et
Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire franais.

Chacun se tint prt. Ricard, averti, se munit d'un costume
parfaitement semblable  celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
fils monteraient dans la premire de ces voitures, conduite par M. de
Jarjayes; Marie-Thrse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
Madame lisabeth dans la troisime, conduite par Toulan. Une fois son
office rempli, Ricard se serait dbarrass de son dguisement, et
serait rentr en son domicile sans que personne et pu souponner la
part heureuse prise par lui  un vnement qui allait occuper le
monde.

Le succs de l'entreprise semblait assur: Lepitre, prsident de la
commission des passe-ports, avait dlivr lui-mme les passe-ports en
rgle; les incidents taient calculs de manire qu'on ne pouvait se
mettre  la poursuite des prisonniers que de longues heures aprs leur
dpart. Enfin, on avait runi une somme considrable d'argent, ce nerf
de toutes les entreprises. On devait gagner les ctes de la Normandie:
Jarjayes s'tait assur des moyens de passer en Angleterre; un bateau
se tenait  sa disposition sur un point convenu, prs du Havre. Enfin,
il n'tait point impossible d'esprer que des mesures combines avec
une habilet qui n'avait rien oubli dans ses prvisions et ses
calculs, et avec tant d'intelligence et de dvouement, conjureraient
cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abme les dbris
de la maison de France. Mais il tait crit qu'en toute circonstance
la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
pas, comme au voyage de Varennes, du zle inintelligent de ses amis;
il naquit d'un grand mouvement excit le 7 mars dans Paris par la
nouvelle du succs des armes trangres[50] et par la chert des
subsistances. Le lendemain 8 avait t le jour fix pour l'vasion. On
comprend qu'au milieu des motions causes dans Paris, tout ensemble
par l'inquitude de l'invasion et l'apprhension de la famine,
l'entreprise de Toulan dut tre forcment remise. Les dbats enflamms
de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de la rue,
tenaient en veil la sollicitude du gouvernement et provoquaient son
attention.

[Note 50: Nous avions t contraints d'vacuer Aix-la-Chapelle et de
lever le sige de Mastricht.]

Or sa surveillance, aux jours d'meute, se portait toujours sur la
prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant  quelle cause
l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa dlivrance n'et
t vent, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
apprenant de lui qu'aucune ombre de soupon ne s'tait manifeste.
J'aurais t dsole, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
sjour sans en emporter quelques objets qui me sont prcieux et qui
m'ont t lgus par une main qui me fut chre et qui m'est sacre: je
veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
toujours, et qu'il avait charg Clry de me remettre avec les cheveux
de ma soeur lisabeth et de mes enfants. Toulan ne fit aucune rponse
 ce sujet; mais il n'ignorait pas que Clry, le jour o il avait t
rendu  la libert, avait, sur les ordres des municipaux, remis au
conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune l'avait
laiss dpositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi lesquels se
trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient t placs sous
les scells dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain, avant sa
sortie du Temple, Toulan remit  Marie-Antoinette les objets qu'elle
avait dsirs, et qu'il avait retirs de dessous les scells.

Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire excuter d' peu prs
semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On prouve un
sentiment qui ressemble  une consolation,  voir que la Reine de
France, dans tout l'clat de sa puissance et de sa gloire, 
Versailles, n'et point t servie avec plus de zle et d'habilet.

L'effervescence des esprits tait loin de se calmer. Le 12, la conduite
du gnral Dumouriez tait dnonce  la Convention par la section
Poissonnire de Paris; le 13, pour la premire fois, la Vende, dj
frmissante depuis quelque temps, levait ouvertement le drapeau; et
d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne pouvant se
produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout projet de
dlivrance se trouva ajourn. Madame lisabeth ne s'tait pas fait
d'illusion sur les difficults de la tentative, et cependant elle la
regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les jours
suivants amenrent encore des vnements qui ne firent que dvelopper le
systme de l'intimidation. La surveillance exerce sur l'enfant royal
devint extrme. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcs de limiter leur
entreprise aux bornes du possible, concentrrent leur pense de
dlivrance sur la Reine et sur Madame lisabeth. Mais ici se prsentait
une nouvelle difficult: comment obtenir de Marie-Antoinette et de
Madame lisabeth de se sparer de leurs enfants? Dj,  une poque
moins affreuse, la Reine avait dclar que si on voulait la sauver, il
fallait sauver ses enfants avec elle. Quant  Madame lisabeth, on sait
que cette grande me s'oubliait en toute occasion. Elle employa toute
l'loquence de son coeur  persuader  sa soeur que c'tait un devoir
imprieux pour elle de profiter des ressources qui lui restaient pour
chapper  ses ennemis. Vos jours, lui dit-elle, peuvent tre menacs,
tandis que ceux de vos enfants et les miens mmes ne sont exposs 
aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur ge, et moi par ma
nullit. Sans doute, ma soeur, les bruits odieux qui ont quelquefois
troubl votre oreille sont imprgns de l'exagration populaire; mais
cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosit publique
excite contre vous. L'garement du peuple  votre gard est tel que
vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez une grande
confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous envoie lui-mme
ses supplications les plus vives pour vous engager  vous prter 
l'excution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les dtails.
Peut-tre est-ce la main invisible de la Providence qui vous tend cette
planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en supplie: je
vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui dont la mmoire
vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de mon amour pour
vous.

La voix pntrante de Madame lisabeth se fit route au coeur de la
Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mre et la
tante taient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
soeur tait couche aussi, mais la porte de sa chambre tait ouverte,
et Marie-Thrse, occupe de l'air rveur et triste qu'elle avait vu 
sa mre toute la journe, n'avait point encore rencontr le sommeil.
Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a rptes. Cdant
au sacrifice qu'on lui avait demand, Marie-Antoinette tait donc
assise auprs du lit de son fils: Dieu veuille, dit-elle, que cet
enfant soit heureux!--Il le sera, ma soeur, rpondit Madame lisabeth
en montrant  la Reine la figure douce et fire du Dauphin.--Toute
jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec
un serrement de coeur; on en finit avec le bonheur comme avec toute
chose. Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en
disant: Et vous-mme, ma bonne soeur, quand et comment vous
reverrai-je?... C'est impossible! c'est impossible!

La jeune Marie-Thrse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
quelque temps aprs que le sens lui en fut expliqu par sa tante.
Cette exclamation de la Reine n'tait autre chose que le rejet du
moyen de salut qui lui tait offert. Son parti tait pris: l'amour de
ses enfants l'emportait sur toute autre considration, sur les prires
de sa soeur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
mme donne au dvouement de ses courageux amis. Toutefois, se
reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
honorable  ces mes gnreuses, rsolues  s'exposer pour elle; et le
lendemain, aussitt qu'elle put parler  Toulan, qui arrivait tout mu
de la grande action qu'il allait accomplir: Vous allez m'en vouloir,
lui dit-elle, mais j'ai rflchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
mort que remords. Dans le cours de la journe, elle trouva encore le
moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
souvenait cet homme intrpide en montant sur l'chafaud le 30 juin
1794: Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
gratitude[51].--Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer
mon dvouement.--D'aprs ce qui se passe, dit encore la Reine, comme
frappe d'une sinistre prvision, je puis m'attendre d'un instant 
l'autre  me voir prive de toute communication. Voici l'alliance, le
cachet et le petit paquet de cheveux que je dois  vous seul d'avoir
recouvrs. Je vous charge de les dposer entre les mains de M. de
Jarjayes, en le priant de les faire parvenir  Monsieur et au comte
d'Artois, ainsi que des lettres que ma soeur et moi avons crites 
nos frres[52].

[Note 51: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
expliquer les motifs de son refus. Elle lui crivit de sa main le
billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connatre dans sa
_Note historique sur les procs de Marie-Antoinette et de Madame
lisabeth_.

_Nous avons fait un beau rve. Voil tout. Mais nous y avons beaucoup
gagn en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
entier dvouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
trouverez toujours en moi du caractre et du courage; mais l'intrt
de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
prouv  tre hors d'ici, je ne peux consentir  me sparer de lui.
Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette ide ne me
laisse pas mme un regret._]

[Note 52: Le billet de la Reine adress  Monsieur tait ainsi conu:

Ayant un tre fidle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
pour envoyer  mon frre et ami ce dpt qui ne peut tre confi
qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
pu avoir ces prcieux gages; je me rserve de vous dire moi-mme un
jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilit o nous
avons t jusqu' prsent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
l'excs de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
cruelle sparation; puisse-t-elle n'tre pas longue! Je vous embrasse,
en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
coeur.

                                                          M. A.

Au bas de ce billet, Marie-Thrse crivit ces deux lignes:

Je suis charge pour mon frre et moi de vous embrasser de tout notre
coeur.

                                                          M. T.

Voici le billet adress par la Reine au comte d'Artois:

Ayant trouv enfin le moyen de confier  notre frre un des seuls
gages qui nous restent de l'tre que nous chrissions et pleurons
tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
vnt de lui; gardez-le en signe de l'amiti la plus tendre, avec
laquelle je vous embrasse de tout mon coeur.

                                                         M. A.]

Madame lisabeth crivait ces lignes  Monsieur:

Je jouis d'avance du plaisir que vous prouverez en recevant ce gage
de l'amiti et de la confiance; tre runie avec vous et vous voir
heureux est tout ce que je dsire: vous savez si je vous aime. Je vous
embrasse de tout mon coeur.

                                                          E. M.

Et au comte d'Artois:

Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frre, de pouvoir, aprs un
si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
souffert pour vous! Un temps viendra, j'espre, o je pourrai vous
embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus
vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espre.

                                                         E. M.

       *       *       *       *       *

Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
faire parvenir ces messages  leur destination, le cachet et le paquet
de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
XVI au comte d'Artois[53].

[Note 53: M. de Jarjayes se rendit d'abord  Turin, o le roi de
Sardaigne le retint et l'employa auprs de sa personne. C'est ce
prince qui envoya lui-mme  Monsieur, par un courrier extraordinaire,
les dpches de M. de Jarjayes. Monsieur crivit de sa main  M. de
Jarjayes une lettre date de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
lui exprime ainsi ses sentiments:

Vous m'avez procur le bien le plus prcieux que j'aie au monde, la
seule vritable consolation que j'aie prouve depuis nos malheurs.

Combien leur billet et l'autre gage de leur amiti, de leur
confiance, ont pntr mon coeur des plus doux sentiments!...

Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Pimont.
Continuez  servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
le frre que je pleurerai toute ma vie.]

Le gouvernement rvolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
sur obstacle. Le midi de la France semblait rpondre aux cris de la
Vende. Les puissances ligues contre la France, heureuses de voir les
torches de la guerre civile allumes dans nos provinces, se
partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
venait de livrer  l'Allemagne le ministre de la guerre et les
commissaires de la Convention, mettait  l'abri des lignes
autrichiennes sa tte cote  trois cent mille francs. L'annonce de
ces vnements dictait  la Commune de nouvelles mesures de
prcaution[54]; elle inspirait  la Convention de nouveaux dcrets qui
faisaient doubler la garde du Temple[55], craient un comit de salut
public et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Ces
mouvements, qui agitaient la France et l'Europe, ne troublaient pas le
morne intrieur de la tour du Temple; et le fils de Louis XVI, reconnu
Roi de France par l'tranger, proclam sous le nom de Louis XVII sur
quelques points du territoire national, n'avait pour palais qu'une
prison, pour courtisans, pour ministres et pour gardes qu'une mre
assige par toutes les angoisses, mais arme d'un caractre aussi
grand que ses malheurs; qu'une soeur plus ge que lui, assez ge,
hlas! pour partager les douleurs de sa mre et pour comprendre
l'abaissement de sa famille; qu'une tante enfin qui, portant le ciel
dans son coeur, avait le don d'apaiser les plus vives douleurs par le
baume de sa parole, et de rassrner les mes par son regard.

[Note 54: Municipalit de Paris.

_Extrait du registre des dlibrations du conseil gnral du 1er avril
1793, IIe de la Rpublique._

Sur le rquisitoire du procureur de la Commune,

Le conseil gnral arrte:

1 Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
contravention au prsent arrt, il sera sur-le-champ mis en tat
d'arrestation et amen au conseil gnral, faisant en cette partie les
fonctions de gouverneur;

2 Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
tenir aucune conversation familire avec les personnes dtenues, comme
aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;

3 Dfenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
changer ou innover aux anciens rglements pour la police de
l'intrieur du Temple;

4 Qu'aucun employ au service du Temple ne pourra entrer dans la
tour;

5 Qu'il y aura deux commissaires auprs des prisonniers;

6 Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni communiquer
avec qui que ce soit du dehors;

7 Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
lettres sans qu'elles aient t pralablement lues au conseil du
Temple;

8 Lorsque les prisonniers se promneront sur la plate-forme de la
Tour, ils seront toujours accompagns de trois commissaires et du
commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;

9 Que, conformment aux prcdents arrts, les membres du conseil
qui seront nomms pour faire le service du Temple passeront  la
censure du conseil gnral, et sur la rclamation non motive d'un
seul membre, ils ne pourront tre admis;

10 Enfin, que le dpartement des travaux publics fera excuter dans
le jour de demain les travaux mentionns dans son arrt du 26 mars
dernier.

                           _Sign_: PACHE, maire.
                                    COULOMBEAU, secrtaire greffier.

  Pour extrait conforme:
                                    COULOMBEAU, secrtaire greffier.

Copi au registre.

                                                          YON.]

[Note 55: _Dcret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an II
de la Rpublique franaise._

La Convention nationale dcrte que le conseil gnral de la Commune
de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.

  Vrifi par nous, inspecteur des bureaux des procs-verbaux,

                                                        DELEBOV.

  Collationn  l'original par nous, prsident et secrtaire de la
  Convention nationale,

                                               DELMAS, prsident.
                                             MELLINO, secrtaire.

Paris, ce 5 avril 1793, an II de la Rpublique franaise.]

Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
ils s'taient chargs. Le petit Prince, comme s'il les et pntrs,
les avait pris en horreur. Malgr les recommandations de sa mre et de
sa tante, il lui tait impossible de dguiser les sentiments qu'ils
lui inspiraient. Gourmands un jour assez vertement par Vincent,
commissaire de service, les deux Cerbres imputrent aux dnonciations
de Louis-Charles la rprimande qu'ils recevaient. Le soir, ds que
Vincent eut t remplac, ils entrrent chez la Reine, et se
rpandirent en rcriminations contre l'enfant, en lui jetant les
pithtes d'_espion_ et de _dlateur_, qu'ils auraient pu si justement
s'appliquer  eux-mmes. Marie-Antoinette leur rpondit avec dignit:
Sachez qu'aucun des ntres n'est d'un caractre  frapper les gens
dans l'ombre ni moi  le tolrer. Le mnage Tison se retira bless au
vif, vomissant des imprcations contre la Reine et des maldictions
contre son enfant. Celui-ci protestait avec nergie, avec indignation.
Ils sont en colre, lui dit avec douceur Madame lisabeth;
pardonnez-leur. Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
sur ses pas comme un furieux: Pardonnez-leur! cria-t-il; ah , o
sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
pardonner?

Tison continua avec un redoublement de zle son rle d'espionnage. Les
trames de Toulan, quoique caches avec une extrme habilet, n'avaient
point t ourdies de faon que l'ombre de chaque fil ft demeure
imperceptible  cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
modrs, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
soupon tait entr dans son esprit bien plus par instinct que par
observation. Il comprit que, pour arriver  tout savoir, il fallait
capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
inconnus, bienveillant avec les honntes, et demeura rude avec les
rbarbatifs, tout en allant jusqu' exalter devant les _sensibles_ la
gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'et
encore que de vagues soupons, il crivit, de concert avec sa femme,
le 19 avril, au conseil du Temple, que _la veuve et la soeur du
dernier tyran avaient gagn quelques officiers municipaux; qu'elles
taient instruites par eux de tous les vnements; quelles en
recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
entretenaient des correspondances_[56]. En tmoignage de ce dernier
fait, la femme Tison apporta au conseil un flambeau trouv par elle
dans la chambre de Madame lisabeth, et fit remarquer aux commissaires
une goutte de cire  cacheter qui tait tombe sur une bobche. Turgy,
en effet, raconte[57] que, le matin mme, cette princesse lui avait
remis un billet cachet en le priant de le faire parvenir  son
confesseur, l'abb Edgeworth.

[Note 56: Voici ce qui se passa au conseil gnral de la Commune 
l'occasion de cette dnonciation:

Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procs-verbal dress
au Temple en prsence du maire, du procureur de la Commune et des
commissaires de service.

Ce procs-verbal contient deux dclarations faites l'une par Tison,
faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
pouse de Tison, aussi employe au service du Temple.

Il rsulte de ces dclarations que quelques membres du conseil,
savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
btiments, et le mdecin du Temple, sont suspects d'avoir eu des
confrences secrtes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
fourni de la cire et des pains  cacheter, des crayons, du papier, et
enfin d'avoir favoris des correspondances secrtes.

Toulan et Vincent requirent qu' l'instant il soit nomm des
commissaires pour apposer les scells chez eux.

En consquence, le conseil gnral nomme Cailleux et Jrme pour se
transporter  l'instant chez le citoyen Toulan,  l'effet d'apposer
les scells sur ses papiers.

Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter  l'instant
chez le citoyen Vincent,  l'effet d'apposer les scells sur ses
papiers, en exceptant ceux qui ont rapport  la commission des blesss
du 10 aot, dont il est charg.

A la charge par ces quatre commissaires de requrir le juge de paix de
la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
leurs oprations.

Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
Brunot et le mdecin, le conseil gnral arrte que les
administrateurs de police feront  l'instant apposer les scells sur
leurs papiers.

Et sur le rquisitoire du procureur de la Commune, le conseil gnral
nomme Follope, Minier, Louvet et Benot,  l'effet de se transporter
sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
aussi de fouiller lesdits prisonniers.

Arrte en outre que ces mmes commissaires lveront les scells
apposs sur l'appartement du dfunt Louis Capet, pour y faire
galement toutes recherches ncessaires.

Hbert, substitut du procureur syndic, a t nomm avec les autres
commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
Temple.

(Sance du 20 avril 1793.)]

[Note 57: _Fragments historiques sur la captivit de la famille
royale_, par TURGY, publis par Eckard,  la suite de ses _Mmoires
historiques sur Louis XVII_, troisime dition.]

Hbert se rendit le lendemain  la tour, non pas dans le courant de la
journe, o la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
 dix heures et demie du soir, quand devait tre commence pour elle
l'heure de la quitude intrieure. Esprait-il, en arrivant 
l'improviste, les prendre en flagrant dlit de correspondance
clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
lequel quelques adresses taient crites au crayon, et chez Madame
lisabeth, le bton de cire  cacheter mentionn plus haut, et qui
tait enferm dans un papier avec de la poudre de buis. Encourags par
ces dcouvertes, les inquisiteurs se remirent  l'oeuvre. Ils
arrachrent de son lit l'enfant qui dormait profondment: sa mre le
prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillrent dans les
matelas, dans les paillasses, dans les vtements, et ne trouvrent
rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
Marie-Thrse, ils firent une dcouverte. Ils me prirent, dit Madame
Royale dans le rcit qu'elle a laiss de la captivit du Temple, ils
me prirent un Sacr-Coeur et une prire pour la France. La visite ne
se termina qu' deux heures du matin[58].

[Note 58:

     _Extrait du procs-verbal dress par les commissaires nomms 
     l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
     dtenus  la tour du Temple._

Aujourd'hui 20 avril 1793,  dix heures trois quarts du soir, en
excution de l'arrt du conseil gnral, nous, soussigns, nous
sommes transports  la tour du Temple, o,  l'heure susdite, sommes
monts  l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
sur les personnes comme il suit:

D'abord, entrs dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouill
dans les meubles, o nous n'avons trouv rien de suspect. Sur une
table de nuit seulement, avons trouv un petit livre intitul:
_Journe du chrtien_, o toit une image colorie en rouge,
reprsentant d'un ct un coeur embras, travers d'une pe et
entour d'toiles, avec cette lgende: _Cor Mari, ora pro nobis_; de
l'autre ct, une couronne d'pines et une croix au-dessus du coeur
avec cette lgende: _Cor Jesu, miserere nobis_. Avons trouv de plus
une feuille imprime, de quatre pages, intitule: _Conscration de la
France au sacr Coeur de Jsus_; elle commence par ces mots: O
Jsus-Christ! On y remarque les passages suivants: Tous les coeurs
de ce royaume, depuis le coeur de notre auguste Monarque jusqu' celui
du plus pauvre de ses sujets, nous les runissons par les dsirs de la
charit pour vous les offrir tous ensemble... Oui, Coeur de Jsus,
nous vous offrons notre patrie tout entire et les coeurs de tous vos
enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous
vous les avons remis en nous consacrant  vous comme  notre
protectrice et  notre mre; aujourd'hui, nous vous en supplions,
offrez-les au coeur de Jsus... Ah! prsents par vous, il les
recevra, il leur pardonnera, il les bnira, il les sanctifiera, il
sauvera la France tout entire, il y fera revivre la sainte religion.
Ainsi soit-il, ainsi soit-il!

Dans les poches de Marie-Antoinette toit un portefeuille en maroquin
rouge, o nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
feuillets en peau anglaise, sur lequel toit crit au crayon ce qui
suit: Brugnier, quai de l'Horloge, n 65 (et autres noms et demeures
de diffrentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
besoin). Plus, dans les mmes poches, un ncessaire roul, et dans
lequel toit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...

Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
lisabeth-Marie, soeur de feu Louis Capet, o nous n'avons rien trouv
de suspect; seulement avons dcouvert dans une cassette un bton de
cire rouge  cacheter qui avoit dj servi, avec de la poudre de buis
dans le mme papier... Et environ deux heures aprs minuit, avons clos
le prsent procs-verbal en prsence desdites dames, qui ont sign
avec nous.

  _Ainsi sign_: MARIE-ANTOINETTE, LISABETH-MARIE;
                  BENOT, etc., etc.]

Trois jours aprs, les commissaires de la Commune envoys au Temple
pour lever les scells apposs sur l'appartement de Louis XVI firent
de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnires. Ces
perquisitions demeurrent sans rsultat; on trouva seulement un
chapeau d'homme enferm dans une cassette place sous le lit de Madame
lisabeth. D'o vient ce chapeau?--C'est un chapeau qui a appartenu 
mon frre, dit Madame lisabeth.--Qui vous l'a donn?--Lui-mme, quand
nous habitions ensemble la petite tour.--Pourquoi est-il l, et  quoi
peut vous servir le chapeau de votre frre?--Je le garde pour
conserver quelque chose de lui.--Nous, nous allons le conserver dans
la salle du conseil, comme un tmoignage de vos relations avec le
dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laiss
sur les marches de la guillotine.--Je vous assure, messieurs, que ce
chapeau me vient de mon frre; c'est la seule chose que je possde de
tout ce qui lui a appartenu.--Je vous fais observer qu'il n'est gure
d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse.--Il m'est
trs-prcieux, et je vous prie instamment d'obtenir qu'il me soit
rendu.

Cependant les commissaires dnoncs par Tison avaient t suspendus de
leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'oeil
et la main sur le Temple. Toute consolation s'teignit autour des
prisonnires. Pour surcrot de tourment, le petit Prince tomba malade
dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
laisst entrer  la tour M. Brunyer, mdecin ordinaire de ses enfants.
Le conseil du Temple en rfra au conseil gnral de la Commune.
Celui-ci, dans sa sance du 10 mai, arrta que le mdecin ordinaire
des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
blesser l'galit que de lui en envoyer un autre. Du reste, M.
Thierry, mdecin des prisons, tait environn de l'estime publique. Il
se rendit avec empressement au Temple, et ayant examin le Dauphin,
rassura tout d'abord la Reine et Madame lisabeth sur sa situation. A
leur prire, il alla confrer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour 
la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger srieux,
ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
ces deux coeurs maternels attachs au chevet du jeune malade pendant
tout le temps que dura le traitement.

La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les vnements de la
Vende, les hcatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
les cent vnements qui remuaient profondment la ville, n'avaient pu
arracher la Reine et Madame lisabeth  leurs proccupations,
lorsque, le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors qu'elles
se figurrent que le quartier brlait. La gnrale, le tocsin et le
canon d'alarme branlaient la ville: au Luxembourg,  Saint-Lazare, 
l'Abbaye, dans toutes les prisons d'tat, les dtenus poussaient des
cris pitoyables, s'imaginant entendre  leur porte les massacreurs de
septembre. Madame lisabeth interroge les municipaux. Bah! lui
rpondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause tout ce
tapage. En effet, la cit rvolutionnaire tait sens dessus dessous:
une commission de douze dputs, charge de rechercher les complots
ourdis contre la libert, tait publiquement accuse d'exercer contre
les meilleurs patriotes la plus inique inquisition. C'tait l le
thme exploit avec ardeur par les sides de Robespierre, qui esprait
qu'une insurrection le pousserait  la dictature. Le dcret qui crait
cette commission, rendu le 18 mai, cass par un dcret du 27, rtabli
par un dcret du 28, tant taient rapides le flux et le reflux des
volonts et des vnements dans ces temps de crise, avait fait sortir
de dessous terre toute la population anarchique de Paris. Les
barrires furent fermes; un dcret d'accusation fut lanc contre
tous les dputs infidles au mandat qu'ils avaient reu de leurs
commettants, afin de s'emparer des tratres et de dcouvrir les
complots forms pour la perte de la Rpublique. Cette journe, qui
assurait la prminence aux Montagnards, fut fertile en dnonciations
contre les hommes souponns d'tre les agents actifs de la famille
royale ou ses partisans secrets. L'pouvante qu'elle inspirait au
dehors, la Convention la ressentit au dedans. Elle livra ses chefs
pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus. La
chute des Girondins produisit une impression de terreur dans toute la
France. Ils taient, relativement  leurs antagonistes, la dernire
expression des ides modres. On comprit que leur chute faisait
arriver les hommes et les thories extrmes, et on les regretta de
toute la crainte qu'inspiraient leurs hritiers.

Parmi les membres de la Commune que les dnonciations n'avaient point
pargns se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
d'carter par d'habiles apologies des soupons qui devenaient un arrt
de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
vnements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
les intentions des Montagnards. Monsieur Michonis, lui dit Madame
lisabeth, les hommes de la rvolution qui ont rompu avec l'ide de
Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mmes o Dieu les
mne. Et comme ce commissaire disait  Marie-Antoinette qu'elle
serait probablement rclame par l'Empereur: Que m'importe! rpondit
la Reine avec une douleur calme et froide;  Vienne, je serais ce que
je suis ici, ce que j'tais aux Tuileries; mon unique dsir est de me
runir  mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
ncessaire  mes enfants.

Les graves paroles des deux prisonnires avaient fait une profonde
impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
complot tendant  enlever de leur prison la veuve, la soeur et les
enfants de Louis XVI. Le baron de Batz tait le chef de cette
hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le rcit  notre
Histoire de Louis XVII.

Les recherches dont M. de Batz tait l'objet depuis la tentative du
21 janvier n'avaient point loign de Paris cet intrpide serviteur
d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerait en outre
sur les mes magnanimes la sduction irrsistible du pril. La lutte
opinitre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
nation est une des merveilles de ce temps. Partout prsent et toujours
invisible, aussi habile  dresser ses embches qu' esquiver celles de
l'ennemi, il avait  sa dvotion les agents les plus prudents, et 
ses gages les espions les plus actifs. Sa parole tait plus insinuante
encore que sa bourse n'tait persuasive; et, avec une admirable
adresse, il avait gagn plusieurs membres de la Commune et de la
Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui
apporter une coopration efficace, lui restrent du moins fidles par
un inviolable silence. Conspirateur acharn, ses entreprises manques,
il les recommenait avec une nouvelle ardeur, et il restait
intrpidement dans cette ville o sa tte tait mise  prix. Son nom
entranait toujours de graves mesures, des perquisitions svres.
L'insaisissable conjur avait des asiles impntrables dans Paris et
dans les environs; mais son gte le plus habituel et peut-tre le plus
sr tait chez Cortey, picier, rue de la Loi[59], recommand par sa
rputation de _civisme_ aux suffrages de ses concitoyens, qui
l'avaient nomm capitaine-commandant de la garde nationale de la
section Lepelletier. Cortey tait li aussi avec Chrtien, qui tait
jur du tribunal rvolutionnaire, et dont l'influence tait
toute-puissante dans les comits de cette section. Ce fut grce  lui
que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels tait
confie la garde du Temple, lorsqu'un dtachement de leur bataillon y
faisait partie de la force arme. A couvert sous la bonne renomme
rvolutionnaire de son hte, et cach dans le fond de sa maison, le
baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu' Michonis, et prit de
concert avec eux toutes les mesures relatives  l'excution. Aprs
cette ouverture, la premire fois que Cortey fut de garde au Temple,
Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom suppos, dans la liste
des hommes que sa compagnie fournissait  ce poste, afin qu'en
s'introduisant ainsi dans la tour, il pt se faire, au pralable, une
ide exacte des localits. L'officier se prta  son dsir: il
l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrle des hommes de service,
et le fit ainsi pntrer dans le Temple, o il monta la garde. Il
fallait aussi, pour l'excution du plan arrt, attendre que le tour
de garde de Cortey concidt avec le tour de service de Michonis. Le
concours des deux autorits tait indispensable, et plusieurs jours
s'coulrent avant que le capitaine et le commissaire civil fussent
simultanment en fonction. Batz profita de ce temps pour s'assurer,
conjointement avec son hte, d'une trentaine d'hommes de la section
dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments, apprci le
caractre ou prouv la discrtion. La bonhomie de Cortey sduisit les
uns, la parole flatteuse de Batz entrana les autres. Michonis, avec
sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne dans ce
prilleux embauchage: il se rservait, du reste, un rle aussi
courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intrieur de la tour.

[Note 59: Rue Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.]

Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
service. Cortey entre au Temple avec son dtachement, dans lequel
figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
mouvement du service de la manire la plus favorable au succs de
l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
depuis minuit jusqu' deux heures, de faction ou de patrouille; le
commissaire civil, de son ct, prend ses mesures pour tre lui-mme
de garde  la mme heure dans l'appartement de la famille royale. Les
hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endoss par-dessus
leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
vtement surabondant et en revtira les Princesses, qui, sous ce
dguisement et l'arme au bras, seront incorpores dans une patrouille
au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les sentinelles de
garde dans les cours, inities au secret, se tairont si la nuit est
peu noire ou les rverbres peu discrets. Cortey commandera en
personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la grande porte du
Temple, prrogative qui n'appartient pendant la nuit qu'au commandant
du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de sa famille est
assur: des voitures sont disposes pour une fuite rapide, rue
Charlot, o la patrouille en passant doit laisser les prisonniers
ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui comme eux ont
brl leurs vaisseaux.

La journe, qui s'tait passe sans aucun symptme d'orage, semblait
prsager une nuit heureuse. Il tait onze heures et demie. Michonis
dj depuis quelque temps tait de service dans l'appartement des
prisonniers, et ses collgues se reposaient ou jouaient dans la salle
du Conseil,  l'exception de Simon, qui depuis environ une heure tait
sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
garde  minuit taient au poste. Tout  coup Simon arrive, il entre
bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
l'appel de tous les hommes prsents: Heureusement que je te vois ici,
dit-il  Cortey, sans ta prsence je ne serois pas tranquille. M. de
Batz voit que tout est dcouvert; la pense lui vient de brler la
cervelle  Simon et de tenter immdiatement l'vasion par la force.
Matrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
d'une arme  feu, en causant une alerte gnrale, fera chouer son
entreprise et aggravera forcment le sort de la famille royale; il a
compris que, n'tant pas encore matre des postes de la tour et de
l'escalier, les hommes mmes qui l'environnent et sur lesquels il
pouvait compter pour une complicit passive, lui feront peut-tre
dfaut s'il s'agit d'une coopration active et nergique, et, aprs
tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeur impassible;
l'appel termin, Simon est mont  la tour; il exhibe un ordre du
conseil gnral qui enjoint  Michonis de lui remettre ses fonctions
et de se rendre sur-le-champ  la Commune. Michonis coute sans
surprise, obit sans hsitation; il rencontre Cortey dans la premire
cour: Que signifie tout cela? lui dit-il.--Sois tranquille, lui
rpond tout bas le capitaine, Forget est parti.

En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitt que
Simon lui eut tourn le dos pour monter  la tour, il avait, sous le
prtexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lanc au dehors une
patrouille de huit hommes qui n'taient revenus que sept. Le
sang-froid de Batz, la prsence d'esprit de Cortey avaient sauv la
vie  tous.

Simon n'tait pas rest inactif; il avait fait une perquisition dans
l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
dpendances de l'enclos; il avait interrog tous les prposs: ses
recherches taient restes sans rsultat. Rien de suspect ne lui tait
apparu dans l'enceinte du Temple; tout y tait calme comme de coutume.
Honteux de l'alarme inutile qu'il a cause, Simon fait aprs coup
doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les prcautions qu'il
prend,  accrditer l'ide d'un danger auquel il ne croit plus.

Or, voici ce qui s'tait pass d'aprs le dire de Simon. Un gendarme
d'ordonnance au Temple avait trouv le soir, vers neuf heures, gisant
sur le pav devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
sous son pli cachet ces mots: Michonis vous trahira cette nuit:
veillez! Ce papier, ouvert par le gendarme, avait t remis par lui
 Simon, le seul des six[60] commissaires du jour qu'il connt
particulirement. Simon s'tait rendu en toute hte avec ce billet au
conseil gnral, qui lui avait intim l'ordre de relever son collgue
de ses fonctions et de l'inviter  se rendre sans retard  la barre de
la Commune.

[Note 60: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
municipaux envoys au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
envoya quatre, puis huit  l'poque du procs de Louis XVI; six aprs
le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
nombre variait suivant la gravit des circonstances.

Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
aller au Temple qu'il fallait recourir  des mesures de rigueur pour
triompher de la rsistance des rcalcitrants. L'amende et la
dnonciation du citoyen peu zl  sa section ne suffirent pas
longtemps. Le conseil gnral se vit contraint de prendre la dcision
suivante,  la date du 12 septembre 1793:

Le conseil gnral arrte que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
t crit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
seront chargs de l'aller chercher pour le conduire au Temple;

Arrte en outre que le prsent sera mis sur la lettre d'invitation.

Cette mesure ne tarda pas  trouver son application: Mercredi, 18
septembre 1793, le conseil arrte  l'gard de Forestier la stricte
excution de son arrt, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
rendre au Temple, d'aprs l'invitation qui lui en aura t faite par
crit, il y sera conduit par deux gendarmes;

Arrte en consquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.

Conformment  la mme dcision, deux gendarmes allrent chercher

  Le municipal Souls, le 26 septembre 1793;
  Le municipal Mourette, le 3 novembre;
  Le municipal Gibert, le 21 novembre;
  Le municipal Follope, le 13 dcembre;
  Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.]

Docile  cet appel, Michonis eut  subir le plus minutieux
interrogatoire. Il rpondit  tout avec adresse, rfuta avec une
bonhomie pleine d'autorit cet crit anonyme forg par quelque
adversaire politique pour le compromettre, et reprsenta d'ailleurs
Simon, ce qui tait vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
ouverte et l'apparente candeur du prvenu lui avaient dj gagn
l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
ayant rendu compte du rsultat si strile de sa mission, le conseil
gnral demeura convaincu que si avec son humeur inquite Simon tait
capable de rver un complot, Michonis avec son franc caractre tait
incapable d'en former un.

A quoi tiennent les destines humaines! Sans ce mot anonyme jet dans
un ruisseau et fortuitement trouv par un gendarme, il est probable
que la famille royale chappait  ses geliers, et que la rvolution
franaise n'et point t fltrie par le meurtre juridique de deux
femmes, et par le meurtre plus lent et plus excrable encore d'un
enfant de dix ans.

Mconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un apprciateur de son
zle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reu et des
machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
dnonciations de Simon trouvaient toute crance de ce ct. Le
dominateur n'ignorait pas que la conspiration tait partout, que le
nom du fils de Louis XVI tait l'objet permanent des esprances
royalistes aussi bien que le prtexte des rcriminations
rvolutionnaires. C'tait toujours pour un enfant et contre un enfant
que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
poque; hier c'tait un projet d'vasion mdit dans l'ombre,
aujourd'hui une conspiration arme  la tte de laquelle se trouvait
le gnral Dillon. Les commrages de la rue s'emparaient de ces bruits
plus ou moins fonds. Sans chercher  connatre la vrit, le comit
de salut public arrta, le 1er juillet 1793:

Que le maire de Paris demeurerait charg de prendre toutes les
mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
complices prsums;

Qu'il serait de suite procd  l'apposition des scells sur leurs
papiers;

Que le jeune Louis, fils de Capet, serait spar de sa mre et plac
dans un appartement  part, le mieux dfendu de tout le local du
Temple[61].

[Note 61: Cet arrt est sign Cambon fils an,--L. B.
Guyton,--Jeanbon Saint-Andr, G. Couthon,--B. Barre,--Danton.
(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)]

Un autre arrt du comit de salut public, dat galement du 1er
juillet, portait que le fils de Capet, spar de sa mre, serait remis
dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil gnral de la
Commune.

Ces deux mesures, sanctionnes par la Convention, furent mises 
excution le 3 juillet.

Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couch depuis plus d'une
heure, dormait profondment. Son lit n'avait pas de rideaux; un chle
tendu par les soins de sa mre mettait seul ses paupires closes 
l'abri de la lumire. La veille devait se prolonger plus tard que de
coutume: la Reine et Madame lisabeth s'taient impos la tche de
rparer les vtements endommags de la famille. Assise entre elles
deux, Marie-Thrse tait ce soir-l leur lectrice. Aprs quelques
pages du _Dictionnaire historique_[62], la jeune fille avait ouvert
une _Semaine sainte_, et commenait  y lire des prires tires des
saintes critures. Ce livre, qui appartenait  Madame lisabeth, avait
t introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
Pques[63]. La Reine et sa soeur, tout en coutant la lecture, avaient
l'oreille et les yeux tourns vers le lit qui renfermait l'tre si
cher  leur coeur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration,
elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veille allait
ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent. Les portes tournent sur
leurs gonds, et six commissaires entrent dans la chambre. Un d'eux,
prenant la parole: Nous venons vous notifier l'ordre du comit de
salut public, portant que le fils de Capet sera spar de sa mre et
de sa famille. La Reine  ces mots se lve, et, ple, tremblante de
frayeur, elle s'crie: M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas
possible. Marie-Thrse, debout prs de sa mre, semblait repousser
avec elle un ordre si dur; Madame lisabeth, le coeur serr, regardait
muette et immobile, et, les mains tendues sur le livre saint,
paraissait prendre Dieu  tmoin de l'impossibilit d'une pareille
cruaut.

[Note 62: Demand le 14 juin, cet ouvrage avait t mis le 23  la
disposition des prisonnires.

  Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la Rpublique franaise.

Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
arrte que Baron, garde de la Bibliothque, fournira sur rcpiss

Les livres ci-aprs:

  _Dictionnaire historique_, 4 vol. in-8, rel.
  Les n{os} I, II, III et IV des _Oeuvres de Voltaire_.

                                     SILLANS, CAZENAVE, FOUCAUX.

Nous, membres du conseil gnral de la Commune, de service au Temple,
donnons le rcpiss de quatre volumes intituls: _Dictionnaire
historique_, _Oeuvres de Voltaire_, qui ont t transports  la Tour.

Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la Rpublique
franaise une et indivisible.

                          MENNESSIER, membre du conseil gnral;
                          DANG.]

[Note 63: _Fragments historiques sur la captivit de la famille
royale_, par TURGY, publis par Eckard,  la suite de ses _Mmoires
historiques sur Louis XVII_, troisime dition.]

Aprs un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
parcourait tout son tre et rendait sa voix frmissante, reprit ainsi:
La Commune, messieurs, ne peut songer  me sparer de mon fils; il
est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si ncessaires!--Le
comit a pris cet arrt, rpliqua le municipal; la Convention a
ratifi la mesure, et nous devons en assurer l'excution immdiate.
La malheureuse mre s'cria: Je ne pourrai jamais me rsigner  cette
sparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette preuve
cruelle. Et Marie-Thrse pleurait de sa douleur et de celle de sa
mre. Madame lisabeth, s'lanant vers le lit du Dauphin, s'cria:
Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
au nom de vos enfants, n'enlevez pas  cette mre le fils qu'elle
chrit. Puis les sanglots touffaient les plaintes et les
supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: Ces
criailleries ne servent  rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
votre enfant, livrez-nous-le de bon gr, ou nous saurons nous en
rendre matres. Mre, tante et soeur taient devant le lit; elles en
dfendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
brutale; violemment agit dans la lutte, le rideau factice se dtache,
et tombant sur la tte de l'enfant, le rveille. Celui-ci voit ce qui
se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mre, et s'crie:
Maman! maman! ne me quittez pas! Et sa mre le presse sur son sein,
le rassure, le dfend, se cramponne au pilier du lit. Ne nous battons
pas contre des femmes, dit un des municipaux rest muet jusqu' ce
moment; citoyens, faisons monter la garde. Et dj il s'tait
approch du guichetier, demeur debout prs de la porte. Ne faites
pas cela, s'cria Madame lisabeth; ce que vous exigez par la force,
il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grce, donnez-nous le
temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramen tous
les soirs. A ces mots, prononcs avec l'accent le plus mouvant, le
silence succda. La Reine reprit la parole: Promettez-moi, dit-elle,
qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
sera permis de le voir, ne ft-ce qu'aux heures du repas.--Nous
n'avons pas de comptes  te rendre, et il ne t'appartient pas
d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
t'enlve ton enfant, te voil bien malheureuse! Les ntres vont bien
tous les jours se faire casser la tte par les balles des ennemis que
tu attires sur nos frontires.--Mon fils est trop jeune pour pouvoir
encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espre
qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer sa vie.

Prires, supplications, larmes, furent striles, et elles devaient
l'tre. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
longue, et que de pleurs mouillrent ces vtements tourns et
retourns en tous sens, et passs de mains en mains, afin d'loigner
de quelques secondes le moment de la sparation! Madame lisabeth
mlait ses soins  ceux de la Reine, et si le coeur de cette dernire
tait bris, le sien l'tait bien cruellement aussi. Les municipaux
perdirent patience, et exigrent la remise de l'enfant. Enfin,
Marie-Antoinette ayant ramass au fond de son coeur le peu de force
qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur une
chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains sur
ses petites paules; puis calme, immobile, recueillie dans sa douleur,
sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit d'une voix
solennelle: Mon enfant, nous allons nous quitter. Souvenez-vous de
vos devoirs quand nous ne serons plus prs de vous pour vous les
rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous prouve, ni votre mre
qui vous aime, ni votre tante ni votre soeur, qui vous ont donn tant
de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et honnte, et votre pre
vous bnira du haut du Ciel. Elle dit, baise son fils au front, et le
pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi que sa soeur. Le pauvre
enfant revient encore  sa mre, et s'attache  ses genoux de toutes
ses forces; mais la Reine le regardant d'un air doux et ferme: Mon
fils, il faut obir, il le faut.--Allons, tu n'as plus, j'espre, de
doctrine  lui faire, dit un commissaire; il faut avouer que tu as
firement abus de notre patience.--Tu pouvois te dispenser de lui
faire la leon, disait un autre; et entranant violemment l'enfant,
il sortit avec lui. Le dernier qui quitta la chambre avait gard le
silence pendant cette pnible scne. Son maintien tait convenable.
Croyant sans doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit  la
Reine d'un ton qui trahissait une certaine motion: Ne vous
tourmentez pas, la nation est gnreuse, elle pourvoira  l'ducation
de votre fils[64].

[Note 64: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des registres du
conseil du Temple relatif  l'enlvement du Prince.

Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
de service, sommes entrs dans l'appartement de la veuve Capet, 
laquelle nous avons notifi l'arrt du Comit de salut public de la
Convention nationale du 1er du prsent, en l'invitant de s'y
conformer. Aprs diffrentes instances, la veuve Capet s'est enfin
dtermine  nous remettre son fils, qui a t conduit dans
l'appartement dsign par l'arrt du conseil de cejourd'hui, et mis
entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est charg. Nous observons
au surplus que la sparation s'est faite avec toute la sensibilit que
l'on devait attendre dans cette circonstance, o les magistrats du
peuple ont eu tous les gards compatibles avec la svrit de leurs
fonctions.

                         _Sign_: EUDES, GAGNANT, ARNAUD, VRON,
                                   CELLIER et DEVZE.]

A peine la porte fut-elle referme que la pauvre mre ne fut plus
matresse de son chagrin: c'taient des cris de douleur, des sanglots,
des grincements de dents. L'nergie de son caractre s'tait use dans
la lutte, et maintenant, tout entire au sentiment de son profond
malheur, elle se roulait sur la couche dserte de son enfant en
demandant  Dieu ce qu'elle avait pu faire pour tre condamne  une
telle torture. Madame lisabeth reprit son rle de consolatrice: se
plaant sur une chaise prs du lit o tait la Reine, elle laissa
passer ces premires explosions du dsespoir, et se borna  traduire
par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
larmes l'empchaient elle-mme de dire. Mais ds que la Reine fut un
peu calme: Ma soeur, lui dit-elle, j'ai admir tout  l'heure la
fermet de votre me, et j'ai remerci Dieu de ce tmoignage de sa
grce. Et certainement, vis--vis de Dieu, qui nous regarde et nous
prouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montr
vis--vis de ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il nous chtie;
il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher  sonder ses desseins,
acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hsitons pas  la porter. On
ne devient pas l'hritier de Jsus-Christ sans avoir t le compagnon
de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre ses mains et
supportons tout en pensant  lui. Ces paroles pleines d'onction
avaient pntr dans le coeur de Marie-Antoinette, qui n'y rpondit
qu'en embrassant tendrement sa soeur. Les nerfs de la pauvre mre
s'taient un peu dtendus, et ses larmes coulrent plus facilement.
Quelques instants aprs, elle se leva; elle embrassa sa fille et lui
dit de se coucher. Les larmes recommencrent en se disant bonsoir.
Puis, comme Madame lisabeth se mettait  serrer les petits vtements
de l'enfant, demeurs sur la table, et qui rclamaient encore le
travail de leurs mains, les pleurs clatrent de nouveau, et les deux
pauvres mres se jetrent dans les bras l'une de l'autre.

Les prisonnires ignorrent ce que le cher enfant tait devenu. Elles
supposaient qu'il n'avait pas quitt le Temple, mais elles ne savaient
ni dans quelles mains il avait t remis, ni comment il tait trait.
Cette incertitude o elles taient de son sort augmentait encore
l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'taient couls, lorsque
la nouvelle se rpandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
Dillon, malgr l'arrestation de ce gnral, avait eu un plein succs,
et que Louis XVII, enlev de la tour, avait t port en triomphe 
Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
une foule de monde aux abords du Temple, une dputation du comit de
sret gnrale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
dpche, afin de constater officiellement la prsence du petit Capet.
Aprs avoir ordonn de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
puisse tre vu de toute la garde montante, les deux dputs que nous
avons nomms ont un entretien  huis clos avec Simon et les municipaux
dans la chambre du conseil; puis ils se prsentent dans l'appartement
des prisonnires, o, avec l'allure qui leur est propre, ils exercent
une vritable perquisition. Nous sommes venus voir, dit Drouet, s'il
ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.--Il me manque mon
fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en sparer si
longtemps.--Votre fils ne manque pas de soins: on lui a donn un
prcepteur patriote, et vous n'avez pas plus  vous plaindre de la
manire dont on le traite que de celle dont vous tes ici traite
vous-mme.--Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est de
l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quitte. Depuis cinq jours
il m'a t arrach, il ne m'a pas t permis de le voir une seule
fois, et cependant il est encore malade[65]; il a besoin de mes soins.
Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne pas la
lgitimit de mes plaintes.

[Note 65: Nous possdons les mmoires des mdicaments fournis au Temple
pendant les mois de mai, juin et juillet, pour Marie-Antoinette, ses
enfants et sa soeur, par le citoyen Robert, apothicaire autoris par la
Commune, et par ordonnance du citoyen docteur Thierry; et nous voyons
que pendant tout le mois de juillet il y eut des remdes livrs chaque
jour pour le fils de Marie-Antoinette. (Pices justificatives, n V).]

Dans le compte qu'il rendit de cette visite  la Convention nationale,
Drouet s'exprima ainsi: Nous sommes monts  l'appartement des
femmes, et nous avons trouv Marie-Antoinette, sa fille et sa soeur,
jouissant d'une parfaite sant. On se plat encore  rpandre chez les
nations trangres qu'elles sont maltraites, et, de leur aveu, fait
en prsence des commissaires de la Commune, rien ne manque  leur
commodit.--Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait leves
Marie-Antoinette sur la cruelle squestration de son fils. La Reine et
Madame lisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
geliers; tous rpondaient qu'elles ne devaient pas s'inquiter de
l'enfant; qu'il tait en bonnes mains, et qu'il ne manquait pas de
soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il fallait qu'elles
vissent leur enfant: elles le demandaient  tous avec des prires
dchirantes; mais que pouvaient rpondre les reprsentants de la
Commune, sinon que le gouvernement avait jug la mesure ncessaire et
que force tait de s'y conformer? Les refus ou le silence que
rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour leur
anxit. Toutefois elles taient loin de souponner dans quelles mains
le Dauphin tait tomb: elles ignoraient qu'on ne le leur avait enlev
que pour anantir en lui tout  la fois et la force physique, et la
vie intellectuelle, et la beaut morale. Leurs frayeurs  cet gard
allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vrit. Lasses
d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressrent  la piti
de Tison. Tison ne fut point sourd  leurs plaintes. Gagn depuis
quelque temps par la rsignation et la bont des prisonnires, il
s'tait beaucoup amend: plac prs d'elles comme un espion,
insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
dsavouant plus tt que lui tout son pass, s'tait un jour jete aux
pieds de la Reine, en s'criant devant les commissaires et sans faire
attention  leur prsence: Madame, je demande pardon  Votre Majest,
je suis cause de votre mort et de celle de Madame lisabeth. Les
princesses s'empressrent de la relever et tchrent de la calmer;
mais la fivre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
lui apportrent. Madame lisabeth particulirement l'environna
d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour 
Meunier: Je les plains de toute mon me; c'est une famille gnreuse
que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
voir de prs, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur la terre.
Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut les avoir
vues comme moi au Temple. Les remords de cette pauvre femme avaient
troubl sa raison[66]. Elle fut en proie  d'affreuses convulsions; on
lui donna une garde[67]; transporte dans une chambre du palais, il
fallut plusieurs hommes pour la contenir[68]. Au bout de six jours,
elle fut conduite  l'Htel-Dieu[69]. Elle ne reparut plus au Temple.
On mit auprs d'elle, dit Marie-Thrse[70], une femme de la police
pour recueillir tout ce que, dans son dlire, elle pourrait laisser
chapper sur la famille royale.

[Note 66: Les commissaires du Temple crivent que la citoyenne Tison
a la tte aline, ainsi qu'il est constat par les certificats des
mdecins Thierry et Soup.

Le conseil gnral, d'aprs les observations du maire, et le
procureur de la Commune entendu, arrte:

  1 Que la citoyenne Tison sera traite dans l'enclos du Temple et
      hors de la tour;

  2 Qu'elle aura une garde particulire;

  3 Le conseil renvoie  l'administration du Temple pour dsigner le
      local. (Conseil gnral de la Commune, sance du 29 juin 1793.)

Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
relativement  la maladie de la citoyenne Tison.

Le conseil gnral en adopte les dispositions. (Sance du 1er
juillet 1793.)]

[Note 67: Municipalit de Paris.

_Extrait du registre des dlibrations du conseil du Temple._

Et le mme jour, nous nous sommes informs sur-le-champ d'une garde
pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseign la nomme
Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
l'avons accepte, lui avons demand de prter le serment de
discrtion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
a fait  l'instant, et nous a dclar ne savoir signer.

  Pour copie conforme:
                 MERCIER, DUPAUMIER, QUENET, MAC, commissaires.

     Vu et approuv par le conseil gnral de la Commune, ce 1er
     juillet 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible.

                                                DORAT-CUBIRES.

  (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)]

[Note 68: Rcit de Turgy.]

[Note 69: On donne lecture d'une lettre des commissaires de service
au Temple, accompagne d'un certificat de chirurgiens et mdecins, qui
attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est altr, a besoin
d'tre transfre dans une maison particulire destine pour le
traitement de ce genre de maladie. Le conseil gnral arrte qu'elle
sera transfre  l'Htel-Dieu et soigne aux frais de la Commune.
(Conseil gnral de la Commune, sance du 6 juillet 1793.)]

[Note 70: Rcit de la captivit du Temple.]

La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tcha de racheter ses
mfaits. Il se tint  l'afft de tout ce qui pourrait intresser la
Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
toutefois le sentiment de respectueuse piti qui tait entr dans son
me lui enseignant une dlicatesse que ses prcdents n'auraient pas
fait souponner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
que l'enfant subissait, et dont Tison lui-mme tait indign. Il parla
de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
dpeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donn au Dauphin
n'tait autre que le municipal qui avait toujours affect devant le
Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
 leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses bats au
jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
le conduisait sur la plate-forme de la tour, o il jouissait d'un air
excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la sant.
Rassures sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
initier  des dtails plus intimes de son ducation. Tison s'arrta
prudemment: craignant de dtruire dans le coeur de ces pauvres femmes
le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il venait de
leur donner, il se borna  rpondre qu'il lui tait impossible de
savoir lui-mme ce qui se passait dans l'intrieur de l'appartement.

La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit natre un espoir
auquel les prisonnires se livrrent avec bonheur. Un petit escalier
tournant pratiqu dans la garde-robe conduisait aux combles; au fate
de ce petit escalier, un jour de souffrance tait ouvert dans
l'paisseur de la muraille; de l il tait possible d'apercevoir, de
tourelle  tourelle, l'enfant au moment o il arrivait sur la
plate-forme. Rien ne ressemblait plus  une vision,  un clair, que
cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
reconnatre ainsi l'enfant. Dans un billet crit  Turgy, Madame
lisabeth fait mention de cette circonstance: Dites  _Fidle_, ma
soeur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
petit par la fentre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
vous empche pas de nous en donner des nouvelles.

Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilit d'un
bonheur plus rel. La plate-forme se trouvait partage en deux parties
par une clture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
tait assigne au prisonnier du second tage et l'autre aux
prisonnires du troisime. Les planches de sparation taient
disposes de telle manire qu'on ne pouvait se voir qu' travers les
fentes, et de loin, mais de plus prs cependant que par l'escalier de
la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Ds lors, mre, tante
et soeur n'eurent qu'une pense, se trouver sur la tour au moment de
la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
langage. Mais comment mnager cette concidence? Nous montions sur la
tour bien souvent, dit Madame Royale dans son rcit, parce que mon
frre y alloit de son ct, et que le seul plaisir de ma mre toit de
le voir passer de loin par une petite fente. Malheureusement il
arrivoit bien rarement que l'heure fixe par les commissaires pour la
promenade des prisonnires se rencontrt avec l'heure arrte par
Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement dsire
et si longtemps attendue dpendait donc d'un hasard heureux ou de la
piti complaisante des municipaux. C'est gal, comme le dit
Marie-Thrse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le petit
viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupes  saisir son
passage! Que de fois, l'oreille colle sur la cloison de planches, les
pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur coeur battre au
moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hlas! ce faible
bruit, avidement recueilli par leur inquite impatience, toit presque
toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit  la salle
du conseil, un prpos qui faisoit sa ronde, une sentinelle qu'on
relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agit trois mes
d'une ardente esprance et d'un immense regret. Puis, l'heure de la
rcration tant passe, il fallait redescendre sous les verrous.

La tentative de la veille tait reprise le lendemain: infructueuse
encore, elle tait reprise les jours suivants. L'esprance, ft-elle
toujours trompe, ne meurt pas au coeur d'une mre.

La persvrance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
couronnement d'pines, le seul qu'elle connt depuis plusieurs annes.
Le mardi 30 juillet, il lui fut donn d'entrevoir encore son enfant,
mais cette ombre de bonheur si longtemps pie, si pieusement demande
au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son pre; il avait sur
la tte le bonnet rouge; il avait prs de lui ce municipal jacobin qui
s'tait signal devant Louis XVI et devant elle-mme par son insolence
et ses outrages. Par une fatalit singulire, Simon, au moment de
monter sur la plate-forme, avait appris l'entre du duc d'York dans
Valenciennes, et sa colre s'panchait sur son lve, dont il
harcelait la marche par des jurements et des blasphmes. L'infortune
Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa soeur, tmoin
comme elle de ce spectacle, et toutes deux entranent Marie-Thrse,
qui accourait aussi  la cloison, et dont elles pargnent la jeune me
en se donnant par un regard le mutuel conseil de tout lui cacher. Il
ne passera pas, disent-elles, il est inutile d'attendre plus
longtemps. Et l'on se dirige de l'autre ct de la plate-forme. Au
bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre mre; elle se
dtourne pour les cacher... et pour revenir pier son enfant. Madame
lisabeth est demeure prs de sa nice, afin de laisser la mre
matresse de ses regards. Peu de temps aprs, en effet, le jeune
Prince repassa, mais cette fois la tte baisse, et marchant  ct de
Simon qui ne jurait plus. Le silence du matre, l'attitude de
soumission de l'enfant, firent presque autant de mal  la Reine que
les brutalits de Simon. Immobile et muette, elle resta quelques
instants  la mme place; Tison vint l'y trouver. Alors, relevant la
tte, qu'elle tenait penche entre ses mains, elle s'cria: Vous
m'avez trompe!--Non, Madame, je ne vous ai point trompe; tout ce que
je vous ai dit est vrai; seulement, par mnagement, je ne voulais pas
tout vous dire. Maintenant je vous dirai tout, puisque je n'ai plus
rien  vous cacher. Madame lisabeth s'approcha de la Reine avec
Marie-Thrse, et par un regard elle l'interrogea sur ce qu'elle
venait de voir. Un mouvement de paupire, qui traduisait toute la
douleur enferme dans son me, fut la seule rponse de la Reine.

Ainsi fut nettement connu le dplorable tat du Dauphin: Simon ne lui
parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaant, et voulait
le contraindre  chanter des couplets obscnes ou des chansons
rgicides. L'enfant rsistait, et les coups n'avaient encore rien
obtenu de lui. Ces dtails restrent entirement ignors de Madame
Royale, et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils n'arrivassent
point dans toute leur horreur  la connaissance de la Reine. Elle dit
 Tison: De grce, cachons dsormais ces atrocits  ma soeur:
dites-moi tout  moi, Tison, je saurai adoucir les scnes affligeantes
et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
recommandation, s'il est possible,  tous ceux qui donnent des
nouvelles de mon neveu. J'espre, Tison, que vous trouverez chez eux
cette piti que je rclame de vous pour cette pauvre mre.

Les longs martyres de la veuve et de la soeur de Louis XVI eurent ici
leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne pouvaient
le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En danger,
elles ne pouvaient le secourir! Son me innocente faiblissait
peut-tre, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
comparable  ce supplice?

Le soir, Madame Royale dit  sa tante: Mon Dieu! comme ma mre a t
triste aujourd'hui!--Chre enfant, lui rpondit Madame lisabeth,
votre mre est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
l'ont accable un peu plus aujourd'hui peut-tre que ces jours passs.
Il est des moments o l'motion des souvenirs domine l'me la plus
forte. Priez, chre enfant, demandez  Dieu que ces souvenirs soient
moins poignants pour votre mre.--La jeune fille fit sa prire, et
s'endormit profondment.

Sa mre et sa tante veillrent longtemps. Allant et venant, elles
parcouraient cet humble rduit o, pendant de si longs jours, elle
l'avaient vu, malgr les privations, les verrous et les injures, si
vif, si lger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
chantant et priant; elles rappelaient les penses, les paroles et les
actions de coeur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
tristes et souffrantes, il savait trouver, pour les distraire et les
gayer, quelques tincelles de sa gentille humeur d'autrefois.

Elles remontrent  la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
Elles y restrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
terrible rvlation leur avait-elle t faite? Marie-Antoinette ne
revit pas son fils ces jours-l; elle ne devait plus le revoir, et
elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
larmes, d'inquitudes et de tourments.

Le 1er aot, la Convention nationale dcrta:

Marie-Antoinette est envoye au tribunal extraordinaire; elle sera
transfre sur-le-champ  la Conciergerie.

Tous les individus de la famille Capet seront dports hors du
territoire de la Rpublique,  l'exception des deux enfants de Louis
Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
loi.

lisabeth Capet ne pourra tre dporte qu'aprs le jugement de
Marie-Antoinette.

Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
seront dports aprs le jugement, s'ils sont absous.

La dpense des deux enfants de Louis Capet sera rduite  ce qui est
ncessaire pour l'entretien et  la nourriture de deux individus.

Les tombeaux et mausoles des ci-devant rois, levs dans l'glise de
Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'tendue de
la Rpublique, seront dtruits le 10 aot prochain.

Le 2 aot,  deux heures du matin, on vint veiller les trois
prisonnires pour lire  la Reine le dcret qui ordonnait sa
translation  la Conciergerie. Marie-Thrse nous a laiss le rcit
des derniers instants passs avec sa mre: Elle entendit, dit-elle,
la lecture de ce dcret sans s'mouvoir et sans dire une seule
parole. Mais Madame lisabeth et Madame Royale se htrent de
demander  suivre la Reine, ce qui leur fut refus. Pendant tout le
temps que la Reine fit le paquet de ses vtements, les municipaux ne
la quittrent point: elle fut mme oblige de s'habiller devant eux.
On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillrent et
prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y et rien
d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
rvolutionnaire, et dirent  la Reine que ce paquet serait ouvert
devant elle au tribunal. Ils ne lui laissrent qu'un mouchoir et un
flacon. Elle partit aprs avoir embrass sa fille, en l'engageant 
conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
de sa tante et de lui obir comme  une seconde mre. Puis elle se
jeta dans les bras de sa soeur et lui recommanda ses enfants. La jeune
Princesse tait tellement saisie et son affliction tait si profonde
de se voir spare de sa mre, qu'elle n'eut pas la force de lui
rpondre. Enfin Madame lisabeth ayant adress quelques mots 
l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
sa fille, dans la crainte de perdre sa fermet. Elle fut oblige de
s'arrter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
un procs-verbal pour la dcharge de sa personne. En sortant, elle se
frappa la tte au guichet, faute de penser  se baisser; et comme on
lui demanda si elle ne s'tait pas fait de mal: Oh! non, dit-elle,
rien  prsent ne peut plus me faire de mal.--Elle monta en voiture
avec un municipal et deux gendarmes.




LIVRE DIXIME.

DEPUIS LE DPART DE LA REINE JUSQU' CELUI DE MADAME
LISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.

2 AOT 1793--9 MAI 1794.

     Le second malheur est pass, et le troisime viendra bientt.

                                _Apocalypse_, chap. XI, vers. 14.

     Correspondance secrte tablie entre la Conciergerie et le
     Temple. -- M. Hue. -- Madame Richard. -- Eau de Ville-d'Avray
     adresse  la Conciergerie comme elle l'avait t au Temple. --
     Rosalie Lamorlire. -- Paquet de linges, hardes et vtements
     arrivant du Temple  la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en
     remarquant le soin avec lequel il avait t compos,
     Marie-Antoinette s'attendrit et reconnat les attentions de sa
     soeur lisabeth. -- Aiguilles  tricoter demandes par la Reine,
     point accordes par les municipaux. -- Blasphmes et jurements de
     Simon. -- Chansons rvolutionnaires auxquelles se mle la petite
     voix de Louis XVII. -- Madame lisabeth conjure les commissaires
     de la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modration. -- Le
     municipal Barelle. -- La fille Tison. -- Hbert, accompagn de
     quatre membres du conseil de la Commune, se prsente au Temple le
     21 septembre. -- Arrts acerbes. -- Nouvelle perquisition le 24.
     -- Privations noblement supportes. -- La garde-robe de Louis XVI
     brle sur la place de Grve. -- Procs de la Reine. -- Le maire
     et le procureur de la commune au Temple. -- Odieuse dposition
     arrache au jeune Prince. -- Le lendemain, ces deux officiers de
     la Commune retournent au Temple avec David, membre de la
     Convention. -- Nouvel interrogatoire, o sont appels l'enfant
     royal, sa soeur et sa tante. -- Hue arrt; plus de nouvelles de
     la Reine. -- Madame lisabeth aperoit Louis XVII. -- Chaumette
     se plaint au conseil de la Commune des dpenses excessives que
     ncessite le maintien de trois individus dans la tour du Temple.
     -- Invention d'un nouveau document pour essayer de compromettre
     Madame lisabeth. -- Dernier crit de la Reine. -- Tison mis au
     secret. -- Mort de Marie-Antoinette. -- Fournes de victimes. --
     Terreur. -- Madame lisabeth indignement calomnie. -- L'huissier
     Monet au Temple. -- Adieux d'lisabeth et de Marie-Thrse. -- La
     Conciergerie. -- Premier interrogatoire de Madame lisabeth.


Peu de jours aprs le dpart de la Reine, Madame lisabeth et sa nice
parvinrent  se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
qui fut assez heureux pour tablir quelque communication entre la
Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
tard  rencontrer un auxiliaire dans une femme prpose  la garde
mme de Marie-Antoinette, madame Richard, dsigne sous le nom de
_Sensible_ dans la correspondance de Madame lisabeth. Cette femme
obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau de
Ville-d'Avray qui taient chaque jour envoyes au Temple pendant la
captivit de la Reine dans cette demeure lui fussent adresses aussi
chaque jour  la Conciergerie. Bien que cette attention part
contraire  l'esprit d'galit dont le peuple avait salu
l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
privilgie ne fut point refuse  la _veuve Capet_, dont l'estomac ne
pouvait supporter une autre eau.

Ce ne fut pas tout. Madame lisabeth n'ignorait pas le dnment absolu
o sa soeur se trouvait  la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas de
consoler l'orphelin, elle essaya d'tre utile  la veuve. Une
dclaration de Rosalie Lamorlire, servante  la Conciergerie durant
la captivit de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: Le
2 aot, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amen avec elle aucune espce de
hardes ni de vtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
de se compromettre, n'osoit ni lui en prter ni lui en fournir. Enfin
le municipal Michonis, qui dans le coeur toit honnte homme, se
transporta au Temple, et, le dixime jour, on apporta du donjon un
paquet que la Reine ouvrit promptement. C'toient de belles chemises
de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
filoselle noirs, un dshabill blanc pour le matin, quelques bonnets
de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur ingale. Madame
s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
Richard et moi, elle dit: A la manire soigne de tout ceci, je
reconnois les attentions et la main de ma pauvre soeur lisabeth.

Au nombre des objets rclams par la Reine figuraient ses aiguilles 
tricoter et des bas qu'elle avait commencs pour son fils[71]. Ces
choses furent remises avec empressement par Madame lisabeth; mais les
officiers municipaux prtendirent qu'il tait  craindre que la veuve
Capet ne se servt des aiguilles pour attenter  sa vie, et que par
consquent ils devaient s'abstenir de les joindre  l'envoi. La Reine
fut ainsi trompe dans son esprance de travail; mais elle avait des
nouvelles de sa fille et de sa soeur, et sa fille et sa soeur avaient
de ses nouvelles[72]: ce fut un jour de consolation pour les deux
captivits.

[Note 71: Municipalit de Paris.--Conseil du Temple.

                     Du dimanche quatre aot 1793, l'an II de la
                                    Rpublique une et indivisible.

CITOYENS COLLGUES,

Le conseil, faisant droit  votre demande de ce jour, vous envoie la
redingote et la jupe demandes, un jupon de dessous galement en
basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
et le bas  tricoter renferm dans une corbeille; le tout inclus dans
une serviette marque M, coton rouge.

Il vous plaira donner un reu desdits effets  l'ordonnance qui vous
les remettra.

Vos collgues, les commissaires composant le conseil du Temple.

                       JONQUOY, FORESTIER, SGUY, DAUBANCOURT, FARO.

Dpartement de police.--Commune de Paris.

                         Le 5 aot 1793, l'an II de la Rpublique
                                      franaise une et indivisible.

Nous, administrateurs au dpartement de la police, aprs en avoir
confr avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
tribunal rvolutionnaire, invitons nos collgues les membres du
conseil gnral de la Commune formant le conseil du Temple,  faire
porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray  la veuve
Capet, dtenue  la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.

                                              BAUDRAIS, MARINO.

  (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)]

[Note 72: Prive de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
vieille tenture, et  l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
espce de jarretire, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
recueillit avec soin, et qu'il confia  M. Hue pour en faire hommage 
Madame Royale, qui le reut avec un respect religieux. (_Dernires
annes du rgne de Louis XVI._)]

Tison, rest avec sa fille  la tour, communiquait  Madame lisabeth
les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'tat de son neveu.
Les dtails que lui transmettait Tison sur la cruaut de Simon lui
semblaient toujours exagrs; cette belle me avait de la peine 
croire que la frocit humaine pt aller si loin. Mais un jour elle
fut condamne  perdre ce reste d'illusion: Simon levait si haut la
voix que ses jurements et ses blasphmes montaient jusqu' elle, et ce
qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
blasphmes taient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
Madame lisabeth, qui avait tout cach  sa nice, ne peut plus
rvoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre soeur a
entendu les lamentations du frre, et, chose plus triste encore, elle
a distingu le son de sa voix mle  celle du mnage Simon dans les
chansons rvolutionnaires. Nous l'entendions tous les jours, dit-elle
dans le rcit de la captivit du Temple, chanter avec Simon _la
Carmagnole_ et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement ne
les a pas entendues, elle toit partie; c'est un supplice dont le Ciel
l'a prserve. Le coeur de la jeune fille, partag entre la pense de
sa mre et celle de son frre, prouvait d'inexprimables angoisses,
que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des heures o la
sainte mlancolie de la captivit s'emparait de l'une comme de l'autre
et attristait leur front. Plus d'une fois les deux prisonnires se
regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs yeux. Les yeux
de Madame lisabeth, habitus  regarder le ciel, n'avaient pas de
larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne non-seulement
par sa parole, mais par son attitude mme. La spiritualit d'lisabeth
tait solide et pratique: la prire et la victoire sur soi-mme
faisaient la base de sa doctrine. On ne dira jamais assez avec quel
dvouement, avec quelle sollicitude Madame lisabeth lui prodiguait
les trsors de sa raison et de son coeur. Rclamant pour elle tous les
sacrifices, elle usait de prcautions infinies, d'un art anglique
pour carter des lvres de ceux qui lui taient chers le calice dont
elle se rservait toutes les amertumes. Sa raison persuasive savait
adoucir les maux pour les rendre plus supportables, et sa pit,
claire par la foi, savait fconder les douleurs et les rendre
mritoires en les offrant au Ciel. C'est  cette cole sacre, svre
apprentissage d'une vie svre, que la fille de Louis XVI puisa ces
leons de foi et d'hrosme qui ont lev son me au-dessus des plus
hautes infortunes.

Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
bientt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
Reine[73]. Toute relation avait cess avec la Conciergerie. La plus
rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient enlev 
Madame lisabeth ces rares intermdiaires par lesquels elle tait plus
d'une fois parvenue  adoucir la position de la Reine en lui faisant
passer des nouvelles rassurantes sur ses enfants. Elle-mme, ds la
nuit o Marie-Antoinette avait t enleve du Temple, avait cru, dans
la crainte de la compromettre, devoir anantir des crayons et quelques
petites feuilles de papier qu'elle tenait cachs dans un coin sous le
papier qui tapissait sa chambre. Tout instrument matriel de
correspondance lui faisait donc dfaut. Mais que ne peut le gnie de
la captivit? La malheureuse Reine parvint  faire rclamer des effets
qu'elle avait laisss  la tour[74] et dont elle avait, disait-elle,
le plus pressant besoin. Par ce moyen, la prison du Temple et le
cachot de la Conciergerie changrent encore une fois quelques
paroles. Celles que Madame lisabeth envoyait  sa belle-soeur
donnaient sur le pauvre petit Prince des renseignements qui n'taient
pas exacts: il est des situations o la conscience la plus droite se
fait un devoir de taire la vrit.

[Note 73: On la traitait dj en condamne avant mme qu'elle ft
juge; voici le procs-verbal de la visite que lui firent les
administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
objets dont on ne se spare ordinairement qu'avec la vie.

Dpartement de police.--Commune de Paris.

Du 10 septembre 1793, l'an IIe de la Rpublique franaise une et
indivisible.

Nous, administrateurs au dpartement de police, en vertu de
l'injonction du comit de sret gnrale de la Convention nationale,
date d'hier, nous sommes transports  la maison de justice de la
Conciergerie, o tant parvenus  la chambre occupe par la veuve
Capet, l'avons somme, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
et joyaux, ce qu'elle a fait  l'instant, consistant en un anneau d'or
qui s'ouvre, dans lequel elle a dclar qu'il y avait des cheveux, et
sur lequel il y a diffrents chiffres; une autre  pierre et 
talisman; une autre  pivot, maille, ayant une toile d'un ct et
un T et un L de l'autre, laquelle elle a dclar renfermer aussi des
cheveux; une autre en forme de petit collier et destine pour le petit
doigt; une montre d'or  rptition et  quantime, invente par
Brguet,  Paris, n 46, quai de l'Horloge, marque R. A., ensuite A.
M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
est garnie d'une chane en acier et  une branche, avec un cachet en
or s'ouvrant, dont une partie reprsente un A et un M; un autre cachet
en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour lgende l'amour
et la fidlit, et diffrents chiffres sur les cts simulant un
almanach; un mdaillon en or appendu  une petite chane, aussi d'or,
servant de collier, ledit mdaillon renfermant des cheveux entrelacs;
un bouton  jour qui nous a paru tre d'argent.

Lecture  elle faite du prsent, a dit icelui contenir vrit,
qu'elle y persiste et a sign avec nous et les deux citoyens gendarmes
de service auprs d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussire, secrtaire du
dpartement de police, et la citoyenne Richard, pouse du citoyen
Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et aprs
ladite lecture, nous nous sommes aperus qu'il tait dit dans le
prsent que la montre tait  quantime, qu'au contraire elle est 
secondes.

  _Sign_  la minute:
                MARIE-ANTOINETTE; DES FRENNES, GILBERT, HEUSSE,
                 administrateurs; LEBLANC, LA BUSSIRE, RICHARD
                 et HAREL.

Et  l'instant, nous, administrateurs et dnomms d'autre part, nous
sommes transports au domicile du citoyen Richard, concierge, o tant
parvenus, nous avons intim l'ordre aux citoyens des Frennes et
Gilbert, gendarmes, et  la citoyenne Harel de se retirer  l'instant,
avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
occupe par la veuve Capet, o ils ont t de garde jusqu' prsent, 
quoi ils ont obi  l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
dans ladite maison de justice jusqu'aprs notre rapport fait  nos
collgues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
prendre toutes les mesures et prcautions envers ladite veuve Capet,
qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
dtenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
de la gendarmerie, appel  cet effet, de faire poser  l'instant un
factionnaire  la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
concierge et son pouse, et un autre factionnaire dans la cour, prs
les fentres de ladite chambre occupe par la veuve Capet, lequel aura
pour consigne de ne laisser approcher personne  la distance de dix
pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
prtexte que ce puisse tre, laquelle consigne a t donne 
l'instant, et les factionnaires poss suivant le rapport dudit citoyen
commandant du poste et du brigadier de service  la grande rserve,
laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire excuter
de releve en releve, et transmettre  celui par qui il sera
remplac.

Lecture  eux faite du prsent, ont dit icelui contenir vrit,
qu'ils satisferaient au contenu, et ont sign avec nous.

  _Sign_  la minute:
                     DE BUSNE, LECOMTE, LEBLANC, HAREL, GILBERT,
                     DES FRENNES, RICHARD, LA BUSSIRE et HEUSSE,
                     administrateurs.

  Pour copie conforme  l'original:
                                                  N. FROIDURE.]

[Note 74: Citoyens collgues, Marie-Antoinette me charge de lui faire
passer quatre chemises et une paire de souliers non numrots, dont
elle a un pressant besoin.

J'espre que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
prsente.

Je suis avec fraternit,

                                                       MICHONIS.

  De la Conciergerie, ce 19 aot.
  (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)

       *       *       *       *       *

Commune de Paris.

  Le 26 septembre 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible.

Citoyens, nos collgues, sur la demande qui nous a t faite par la
veuve Capet de diffrents objets relatifs  des besoins de vtements,
l'administration de police vous invite  faire des recherches dans
tout ce qui reste d'habillements au Temple  l'usage de la veuve
Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont ncessaires et
qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
cas o ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
rsultera une conomie.

Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.

                        Les administrateurs de police,
                                          MENNESSIER, CAILLEUX.

  (Archives de l'Empire, carton E, n 6206.)]

Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
doute que Madame lisabeth n'avait rien nglig pour obtenir de Simon
un peu plus de rserve dans ses paroles et de modration dans ses
gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle ft moins
communicative que la Reine, et que, en gnral, elle montrt plus de
fiert que sa belle-soeur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
avenante n'tait depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
et adress ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprs du
farouche prcepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
plaintes avaient de fond, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
injustes ou tout au moins exagres, les repoussrent avec ddain;
d'autres enfin, plus fanatiques, rpondirent  ces plaintes par
l'loge de celui-l mme contre lequel elles taient portes. Un seul
fut accessible aux prires de Madame lisabeth: ce fut Barelle, maon
de son mtier, homme simple et sans ducation, mais d'un coeur
bienveillant; il tait pre, il porta courageusement quelques
observations au dmagogue acaritre dont il avait lui-mme entendu les
jurements pendant qu'il tait de service chez les Princesses. Ces
observations, bien que revtues de formes polies et caressantes,
furent mal reues. Simon rejeta sur le caractre roide et indocile de
son lve les rigueurs dont il tait parfois oblig d'user. Je sais
ce que je fais et ce que j'ai  faire, ajouta-t-il;  ma place vous
_iriez_ peut-tre plus vite. L'intervention de Barelle n'eut d'autre
effet que de rendre plus dure la captivit du jeune Louis.

Le 26 aot, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, demanda
 voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa dmarche un dsir
personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgr la premire
influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans motion, ou
faut-il y trouver une suggestion de Madame lisabeth, dans l'espoir
d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
cette dmarche n'eut d'autre rsultat que de faire passer  l'examen
le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
qu'elle portait  sa mre  l'Htel-Dieu[75].

[Note 75: Municipalit de Paris.

Nous recommandons aux citoyens commandants de la force arme de
laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
lesquels nous avons vrifis au Temple, ce 26 aot 1793.

              N. GURIN, ARNAUD, LUBIN, PAQUOTE, commissaires.]

Le 21 septembre, Hbert, substitut du procureur de la Commune,
accompagn de Jonquoy, Lelivre, Camus et Grenard, officiers
municipaux, se prsente  la tour. Marie-Thrse, assise prs de sa
tante, tenait en main un almanach rpublicain qu'elle s'empressa de
refermer. Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hbert, vous y
trouverez nos ftes nationales. Nous aurons demain une crmonie
civique en l'honneur de l'anniversaire de la Rpublique. Le peuple
sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

Il leur dclare alors qu'il est porteur d'un arrt de la Commune qui
ordonne de resserrer plus troitement encore les deux prisonnires, et
de leur retirer la personne qui les sert. Dans toutes les maisons de
dtention, leur dit-il, les dtenus n'ont personne pour les servir;
l'exception faite pour vous offense la justice et la moralit
publiques, l'galit devant rgner dans les prisons comme partout
ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le
droit d'entrer ici[76].

[Note 76: Voici le compte rendu de ce qui s'tait pass dans la
journe au conseil gnral de la Commune.

Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
sret et conforme  l'galit, que demain toute la cuisine du Temple
soit supprime et tous les domestiques et valets renvoys, et que les
prisonniers qui y sont renferms ne soient pas traits diffremment
que tous les dtenus dans les autres maisons d'arrt, et que, ds ce
soir, il sera nomm une commission pour aller faire excuter cet
arrt au Temple. Son rquisitoire est adopt  l'unanimit.

Les membres nomms pour cette commission sont: Grenard, Lelivre,
Camus et Jonquoy.

Les mmes mesures sont prises relativement  la veuve Capet; le
conseil arrte que la nourriture de ladite Capet sera rduite au
simple ncessaire; que, par respect pour l'galit, elle sera traite
comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
arrt sera aussi signifi au concierge de la Conciergerie. (Archives
de l'htel de ville.)]

Le substitut du procureur est obi. Tison, disgraci, est refoul dans
la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
dur encore le rgime de leur prison. Les deux arrts suivants sont
pris le lendemain par la Commission du Temple:

  _Du 22 septembre 1793, l'an II de la Rpublique une et indivisible._

_Le conseil, considrant que la plus grande conomie doit rgner et
tre observe, arrte ce qui suit_:

  1 _Qu' compter de ce jour, l'usage de la ptisserie et de la
     volaille, pour toute table, sera supprim_;

  2 _Que les dtenues n'auront  leur djeuner qu'une sorte
     d'aliment_;

  3 _Qu' leur dner, il ne leur sera donn qu'un potage, un
     bouilli et un plat quelconque. Il leur sera dlivr en outre une
     demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles;_

  4 _Au souper, elles auront deux plats._

Le second arrt porte:

  1 _Qu' compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
     dans l'intrieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
     clairs qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brl de bougie
     qu'au bureau du conseil;_

  2 _Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
     ne servira plus que des couverts d'tain et de la faence
     commune._

                      Les commissaires de service au Temple,

                               VIALLARD, ROBIN, TONNELIER, VRON.

       *       *       *       *       *

Une perquisition plus rigoureuse que les prcdentes tait faite, le
24 septembre, chez Madame lisabeth[77]. L'inauguration du nouveau
rgime prescrit par les arrts que nous venons de transcrire avait
t faite avec un zle irrprochable. Non-seulement toute dlicatesse
tait supprime dans la nourriture, mais des draps d'curie en toile
jaune taient substitus aux draps blancs, la faence  la porcelaine,
l'tain  l'argenterie, la chandelle  la bougie. Madame lisabeth
supportait les privations aussi bien que les outrages avec un calme
impassible et religieux qui tonnait ses gardiens. Elle ne redoutait
la perscution que pour sa nice, objet de ses soins et de sa
tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le changement apport
 ses aliments. Les jours d'abstinence, elle conserva tant qu'elle le
put l'habitude du maigre, ne mangeant que du pain lorsque la
nourriture qu'on lui prsentait n'tait pas conforme aux prescriptions
de l'glise. On cessa de lui fournir de l'eau de Ville-d'Avray, 
laquelle elle tait accoutume depuis son jeune ge. Ce fut pour elle
une privation relle; mais sa pit reut comme une mortification le
refus qu'on lui en fit.

[Note 77: Un des commissaires nomms par le conseil gnral pour
faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
les objets de luxe, rend compte de sa mission.

Il dit que les commissaires ont retir et fait mettre sous les
scells les porcelaines qu'ils ont trouves.

Il a ajout qu'ils ont trouv dans une commode appartenant 
lisabeth deux rouleaux chacun de quarante pices d'or de la valeur de
vingt-quatre livres, que ladite lisabeth a dclar lui avoir t
donns en dpt par la veuve Lamballe  l'poque du 10 aot 1792, et
que ces mmes pices avaient t confies  la veuve Lamballe par une
autre personne.

Le conseil arrte le dpt au trsor national des pices d'or
ci-dessus mentionnes, ainsi que des mille cus trouvs lors de la
mort de Capet, ainsi que des diffrentes dcorations qu'il portait de
son vivant; et a nomm pour commissaires  cet effet les commissaires
dj nomms.

Sur le rquisitoire du procureur de la Commune, le conseil gnral
arrte que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
vtement de Capet sera, dimanche prochain, brl en place de Grve;
les commissaires nomms  cet effet sont Grenard, Lelivre, etc.

                                          LUBIN, vice-prsident.
                                          DORAT-CUBIRES.

(Sance du mardi 24 septembre 1793.)]

Au premier repas qui suivit l'arrt dont nous avons le texte plus
haut, Madame lisabeth dit  sa jeune compagne: C'est le pain du
pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortuns en ont moins
encore!

Madame lisabeth ignorait que cette recrudescence de colre ne
s'arrtait pas aux vivants: elle s'attaquait  celui qui n'tait plus.
La Commune faisait brler sur un bcher, en place de Grve, la
garde-robe de Louis XVI, place jusque-l sous les scells[78].

[Note 78:

_Conseil gnral de la Commune de Paris._

                             (Sance du lundi 30 septembre 1793.)

Le secrtaire greffier rend compte du brlement de la garde-robe de
Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du prsent.

Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la Rpublique franaise, le
citoyen Camus, commissaire nomm  cet effet par le conseil gnral,
ayant fait transporter au dpt du secrtariat de la maison commune la
garde-robe de feu Capet, j'ai trouv qu'elle tait enveloppe dans une
toile cousue et cachete en six endroits; aprs avoir reconnu les
cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
trouv les effets suivants, savoir:

Un chapeau, une bote d'caille casse, un petit paquet de lisires
et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
blanches, une camisole de satin ouate, cinq pantalons, dix-neuf
vestes blanches.

Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grve par les
garons de bureau, aprs les avoir pralablement fait vrifier par les
citoyens Pierre-Jacques Legrand et tienne-Antoine Souard,
commissaires, qui se sont transports avec moi en ladite place, o
j'ai trouv un bcher prpar, sur lequel tous les effets ont t
rangs, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont t rduits en
cendres, au dsir de l'arrt du conseil gnral.

                 _Sign_  la minute:
                         LEGRAND, SOUARD, membres de la Commune;
                         COULOMBEAU, secrtaire greffier.]

Madame lisabeth avait eu, ds ses premiers ans, de petites
incommodits qui n'affectaient point le fond de son temprament. Les
chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
cautre au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
mais elle ne put jamais obtenir pour sa nice le jus d'herbes dont
cette Princesse faisait usage[79].

[Note 79: _Vie de Madame lisabeth de France_. Paris, Vauquelin, 1814,
in-24 de 105 pages.]

La Convention tait presse de voir s'instruire le procs de
Marie-Antoinette; elle sentait derrire elle les impatiences de la
Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
la proposition d'un de ses membres, elle dcrta que le tribunal
rvolutionnaire s'occuperoit sans dlai et sans interruption du
jugement de la veuve Capet. Fouquier, dont la conscience n'tait
cependant pas, comme on sait, trs-scrupuleuse, rpondit au prsident
de la Convention qu'il lui tait impossible de s'occuper de ce
procs, n'en ayant point les pices lmentaires[80]. Hbert, de
concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
conu le projet de fournir  ce procs une pice devant laquelle
devaient plir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matine du
13 vendmiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prvenu par Simon
que le petit Capet se trouve dispos  rpondre  toutes les questions
qu'on aurait  lui faire dans l'intrt de la justice. Le maire et le
procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
surlendemain, et le conseil gnral dsigne deux de ses membres pour
les accompagner[81].

[Note 80:

        _Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la Rpublique une
          et indivisible._

CITOYEN PRSIDENT,

_J'ai l'honneur d'informer la Convention que le dcret par elle rendu
le 3 de ce mois, portant que le tribunal rvolutionnaire s'occupera
sans dlai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a t
transmis hier soir. Mais jusqu' ce jour, il ne m'a t transmis
aucunes pices relatives  MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
dsir que le tribunal ait d'excuter les dcrets de la Convention, il
se trouve dans l'impossibilit d'excuter ce dcret tant qu'il n'aura
pas ces pices._]

[Note 81: Le conseil gnral nomme Laurent et Friry, qui s'adjoindront
au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux commissaires dj
nomms pour aller au Temple. (Sance du 4 octobre 1793.)]

En effet, le 15 vendmiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
deux municipaux arrivent  la tour. Leur entre dans la chambre de
Simon impose  l'enfant, dont l'ivresse, prpare avant l'heure,
commenait  se dissiper. Heusse, administrateur de police, donne
lecture d'un interrogatoire crit d'avance, et, si l'on en croit une
tradition contemporaine, rdig par Daujon. Dans ce _factum_, produit
d'une imagination perverse, le petit Prince rpond comme on voulait
qu'il rpondt, et  cette heure on vient lui demander de signer comme
on voulait qu'il signt. Encourag, poursuivi, harcel, fatigu par
ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremble avec laquelle
on esprait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit, nous
voulons dire qui ont gar la main de l'enfant. L'acte, sign aussi de
Pache, Chaumette et Hbert; de Friry et Laurent, commissaires du
conseil gnral; de Sguy, commissaire de service au Temple; de
Heusse, administrateur de police, et de Simon, est emport comme un
trsor au comit de sret gnrale.

Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
calomnie plac sur les lvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
mre, et s'il ne convient pas d'appuyer de tmoignages srieux la
dposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
veut. Ds le lendemain 16 vendmiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comit de
sret gnrale, demande  les accompagner; il en est de mme de
Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parl, venait de recevoir au
sein du comit quelques flicitations au sujet de la pice dont il
tait le rdacteur. Peut-tre esprent-ils,  l'aide de leurs
questions captieuses, surprendre  la fille et  la soeur de Louis XVI
quelques mots qui, interprts avec adresse, pourront appuyer
l'chafaudage des calomnies entasses contre la Reine. Pache,
Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
Capet. Frappes de stupeur et d'effroi, les deux prisonnires
demandent instamment qu'on ne les spare point. La jeune orpheline,
force d'obir, descend. Pour la premire fois depuis qu'elle est
enferme dans le Temple, Madame lisabeth se trouve seule. Le tendre
et dernier objet de ses affections lui est-il enlev sans retour?
Jusqu' prsent ceux qui sont descendus ne sont pas remonts. Le pre
a rencontr en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
le fils y a trouv Simon. L'esprit de Madame lisabeth est livr aux
conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes, elle
taxerait de mensonge l'cho de la tour, s'il lui apportait en ce
moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-mme pourra-t-elle
le croire quand elle sera condamne  l'entendre?

Marie-Thrse, arrive au bas de l'escalier, avait rencontr son
frre, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
L'enfant sortait de la salle o David avait demand  revoir le fils
du tyran et  l'entendre dclarer qu'il reconnaissait comme exact et
vrai ce qu'il avait dit et sign la veille. L'enfant dconcert avait
fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son matre, avait
rpondu: Oui.

Sa soeur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
sur les intelligences de ses parents avec les princes trangers,
intelligences qu'elle doit avoir connues. Les rponses de
Marie-Thrse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
jugent pas  propos de pousser plus loin cette banale imputation.
Chaumette aborde alors les questions qui taient l'objet srieux de
l'interrogatoire. La jeune fille coute d'abord sans rien comprendre,
puis tout  coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulvent de
mpris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrtien et de sang
filial dans cette anglique enfant. Chaumette, dit-elle dans sa
relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
mre et ma tante. Je fus atterre par une telle horreur, et si
indigne que, malgr toute la peur que j'prouvois, je ne pus
m'empcher de dire que c'toit une infamie; malgr mes larmes, ils
insistrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
mais ce que je comprenois toit si horrible que je pleurois
d'indignation.

Les cyniques accusateurs ne s'arrtrent pas devant le cri de la
nature insulte. Ils rappelrent le jeune Louis rampant sous la
domination de son matre; ils tablirent entre ces deux tmoins la
confrontation la plus pnible, la contradiction la plus cruelle, et
firent ainsi, pendant trois heures, en prsence d'un frre de huit
ans, subir  l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
sert d'emblme  sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procs-verbal de
cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
trace d'une main vacillante; elle est prcde de celle de
Marie-Thrse et suivie de celle de leurs interrogateurs.

Madame Royale demanda alors  tre runie  sa mre. Cela est
impossible, lui rpondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien 
votre tante, que nous allons faire descendre.

Marie-Thrse se jetait  peine dans les bras de Madame lisabeth que
celle-ci lui est enleve, sans savoir ce qui s'est pass, sans savoir
ce qu'elle doit esprer ou craindre. Descendue  la salle du Conseil,
Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle rpondait  leurs
questions avec une sorte de dignit fire, Chaumette s'en offensa au
point de lui dire: Baissez un peu le ton; vous tes devant vos
magistrats: laissez l vos arrogances de cour. Madame lisabeth ne
rpond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
plus d'une occasion  Versailles, o son titre de premier peintre du
Roi lui donnait ses entres, et lui voyant sa tabatire  la main:
Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bont qui lui
tait familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
bien enrhume du cerveau. Et en mme temps elle faisait un geste
comme pour la prendre. Apprenez, lui rpond David, que vous n'tes
pas faite pour mettre vos doigts dans ma tabatire. Puis il versa un
peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit  Madame
lisabeth, qui lui tourna le dos. Aprs ce lche outrage fait, je ne
dirai pas  une princesse, mais  une femme,  une femme prisonnire
et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il n'avait d'abord
touch qu'aux choses de la politique, et maintenant il droule sous
les yeux de Madame lisabeth ce long tissu d'infamies dont on a charg
la Reine et elle-mme. Ses perfides questionneurs voient bientt
qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une phrase ambigu dont
il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois, avant de mettre fin
 leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec Madame lisabeth, afin
de faire rougir devant lui la vertu de sa tante, comme ils avaient
fait rougir l'innocence de sa soeur. Cet interrogatoire est sign de
Madame lisabeth, de Louis-Charles, de David, de Pache, de Chaumette,
de Daujon, de Sguy, de Laurent et de Heusse, administrateur de
police. Nous donnons ici le _fac-simile_ de ces signatures.

L'odieuse preuve est termine. Remonte dans sa chambre: Oh! mon
enfant! s'crie Madame lisabeth en tendant les bras  sa nice. Le
silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
prouvent galement. Leurs larmes coulent; pour la premire fois leurs
regards s'vitent. Un instant elles demeurent troitement embrasses,
puis elles se mettent  genoux, offrant leur humiliation et leur
douleur au Dieu des humbles et des affligs.

Leurs rponses nettes et exemptes de toute quivoque avaient
dconcert les combinaisons des pervers, rduits  s'en tenir au
procs-verbal attribu  Daujon et adopt par Hbert. La visite des
commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans rsultat: les images
dont on avait souill l'imagination des pauvres prisonnires
laissaient un grand trouble dans leur me; puis la captivit devint
plus morne et plus dure. Turgy, qui, employ au service intrieur de
la tour, tait le seul qui ne leur ft pas indiffrent ou hostile, fut
expuls avec un certain nombre de personnes juges inutiles ou
devenues suspectes[82]. Voici le dernier billet que Madame lisabeth
lui crivit:

[Note 82: Dj, depuis un mois, la Commune avait pris un arrt qui
expulsait du Temple Turgy, Chrtien, Marchand, et en gnral toutes
les personnes suspectes d'incivisme.

Lecture faite d'un arrt du conseil du Temple, qui demande le
remplacement de plusieurs individus occups maintenant dans cette
maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;

Le conseil gnral en confirme les dispositions; arrte en
consquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrtien, Marchand et
Turgy, garons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
quatre personnes, ci-devant garon d'argenterie, seront expulss.]

                     Le 11 octobre 1793,  deux heures un quart.

Je suis bien afflige. Mnagez-vous pour le temps o nous serons plus
heureux et o nous pourrons vous rcompenser. Emportez la consolation
d'avoir servi de bons et malheureux matres.

Recommandez  Fidle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
dites-lui de nos nouvelles, et que je pense  elle.

Adieu, honnte homme et fidle sujet: que le Dieu auquel vous tes
fidle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez 
souffrir!

Le 13 octobre, M. Hue fut arrt. De ce moment, Madame lisabeth ne
put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
Reine. Nous n'avons point  regretter pour elle cette privation.
Marie-Antoinette, dont le procs commenait le 14, montait le 16 sur
l'chafaud. L'ignorance de toute chose o vit Madame lisabeth peut
accrotre ses inquitudes, mais elle lui pargne une plus grande
douleur. Il est  remarquer que les municipaux de service, les
gardiens, tous les employs, et Simon lui-mme, gardrent en cette
circonstance une charitable discrtion.

Quelques jours aprs, vers le soir, Madame lisabeth entendit un bruit
de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
que cette rude voix, qui lui tait bien connue, ne s'adresst  la
victime accoutume. Cette pense l'occupa la nuit et le lendemain et
le surlendemain; n'entendant plus rien et prive de toute nouvelle,
elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
et s'tablit en observation  la petite fentre que nous avons
indique. Le second jour, elle fut paye de ses peines: le matre et
l'lve se montrrent sur la plate-forme; ils s'arrtrent mme un
instant, de manire  tre vus de la patiente spectatrice, si bien
qu'elle ne put savoir si elle n'avait point t aperue elle-mme ou
si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu' leur passage
l'un et l'autre avaient dirig de son ct.

Madame lisabeth et Marie-Thrse, qui avaient t confrontes avec
l'enfant dans la scne du 7 octobre, avaient pu se convaincre par leurs
yeux qu'il tait extrmement chang; mais l'altration de ses traits
n'tait rien auprs de la rvolution qui s'tait opre dans ses ides
et son langage, et c'tait ce changement moral qui sans doute avait le
plus pniblement affect sa tante. Jamais, on doit le croire, elle ne
sentit plus vivement la profonde infortune de sa famille. Cependant,
courbe sous la main de Dieu, qui semblait chaque jour s'appesantir
davantage, elle s'abandonnait avec rsignation  sa volont, et le
remerciait des consolations qu'il daignait encore lui permettre; car
cette prison du Temple, o elle pouvait pleurer tranquillement avec sa
nice, pouvait d'un jour  l'autre lui tre enleve!--Chaumette, en
effet, avait plus d'une fois reprsent cette maison d'arrt comme un
asile spcial, exceptionnel, aristocratique, contraire au principe
d'galit proclam par la Rpublique. Dans le courant du mois de
novembre, il reprit cette question au point de vue de l'conomie, et
fit sentir au conseil gnral de la Commune le ridicule de conserver
dans la tour du Temple trois individus qui ncessitaient une surcharge
de service et des dpenses excessives[83]. Faisant droit au
rquisitoire de son procureur, la Commune arrta qu'elle se porterait en
masse  la Convention pour demander la translation des prisonniers du
Temple dans les prisons ordinaires, et leur assujettissement au
traitement uniforme de tous les dtenus. Plus circonspect que le conseil
gnral, le Comit de salut public reut avec rserve la proposition de
cette mesure: il manda Chaumette, couta ses raisons, les discuta, et
finit par maintenir dans ses privilges cette dure prison que la Commune
rvolutionnaire chicanait aux enfants des rois mancipateurs des
communes.

[Note 83: Le procureur de la Commune se rcrie sur les dpenses
normes que ncessite la garde des individus dtenus dans la Tour. Il
requiert, et le conseil arrte que, le dcadi prochain, il se
transportera en masse  la Convention pour lui demander que les
prisonniers du Temple soient renvoys dans les prisons ordinaires et
traits comme les dtenus ordinaires, et que ces individus soient
jugs dans le plus court dlai. (Conseil gnral de la Commune; sance
du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)

Cette rsolution fut renouvele cinq jours aprs:

Le conseil gnral arrte que, le quintidi prochain, il se
transportera en masse  la Convention pour lui demander  tre
dcharg de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
dtenus soient transfrs dans les prisons ordinaires, et charge
Legrand de faire une ptition  cet gard. (Sance de la Commune du
1er frimaire an II, 21 novembre 1793.)]

Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
dignit. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
1793: Madame lisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
maintenant force, parce qu'il faut qu'elle se baisse pour passer sous
le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lche une bouffe  son
passage. La municipalit de Paris ne se tint pas pour battue: elle
essaya de se venger de l'chec qu'elle venait d'prouver, et renouvela
dans les appartements du Temple de rigoureuses perquisitions, avec
l'espoir d'y dcouvrir des papiers ou indices quelconques capables de
compromettre Madame lisabeth. Elle ne fut pas plus heureuse sur ce
terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui pussent l'empcher
d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle emprunta de nouveau
la main du pauvre petit orphelin du Temple pour frapper la seconde
mre qu'elle avait rsolu de lui enlever. Simon, dans la fabrication
de cette nouvelle oeuvre, ne fut second ni par les conseils d'Hbert
ni par la rdaction de Daujon. Aussi le procs-verbal que, seul, il
fit dresser aux municipaux, se ressent-il de l'absence de complices
aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.


COMMUNE DE PARIS.

Le cinquime jour du deuxime mois de l'an second de la Rpublique
une et indivisible,  huit heures du soir;

Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
mre. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au pralable le
conseil et reu lui-mme la dclaration du petit, alors le conseil a
nomm les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
ces deux membres sont de suite monts dans sa chambre, o tant, et en
prsence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
sur diffrentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
la Commune, il a dit:

Qu'un jour Simon tant de service au Temple auprs de sa mre avec
Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-l deux billets sans que
Simon fut (_sic_) aperu; que cette espiglerie avoit fait rire
beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient tromp la vigilance
de Simon, mais que lui dclarant n'avoit point vu les billets,
seulement que ces dames le lui avoient dit.

Les commissaires dnomms descendus au conseil ont donn lecture de
la prsente dclaration; alors Simon a dit qu'elle toit conforme 
celle que le petit Capet lui avoit fait (_sic_) verbalement.

Lecture faite au petit Capet de la prsente dclaration, a dit
qu'elle contient vrit, y persiste et a sign.

Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mre craignoit sa
tante, et que sa tante toit celle qui excutoit mieux les complots.

[Illustration: Fac-simil d'criture.]

Ce document, qui nous semble plus absurde encore que rvoltant, ne
satisfit pas la Commune; elle demanda des dclarations de faits plus
explicites et plus graves. Un nouveau procs-verbal fut fabriqu, mais
n'offrant gure plus de garanties et de preuves que le prcdent.

Voici ce procs-verbal:

Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la Rpublique une et indivisible,
nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
l'avertissement  nous donn par le citoyen Simon, que Charles Capet
avoit  dnoncer des faits qu'il nous importoit de connotre pour le
salut de la Rpublique, nous nous sommes transports, quatre heures de
releve, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a dclar ce
qui suit:

Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
dtenues frapper tous les jours conscutifs, entre six heures et neuf
heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
et a dur plus longtemps que tous les jours prcdents; que ce bruit
parot partir de l'endroit correspondant au bcher; que, de plus, il
connot,  la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
temps, les dtenues quittent la place du bcher par lui indique pour
se transporter dans l'embrasure de la fentre de leur chambre 
coucher, ce qui fait prsumer qu'elles cachent quelques objets dans
ces embrasures; il pense que ce pourroit tre de faux assignats, mais
qu'il n'en est pas sr, et qu'elles pourroient les passer par la
fentre pour les communiquer  quelqu'un.

Ledit Charles nous a galement dclar que, dans le temps qu'il toit
avec les dtenues, il a vu un morceau de bois garni d'une pingle
crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les dtenues
ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.

Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a t dit que,
s'il descendoit avec son pre, il lui fit ressouvenir de passer tous
les jours,  huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
 la tourelle, o se trouve une fentre de l'appartement des dtenues.

Charles Capet nous a dclar de plus qu'il toit fortement persuad
que les dtenues avoient quelques intelligences ou correspondances
avec quelqu'un.

De plus, nous a dclar qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
Clry avoit propos  feu Capet le moyen de correspondance prsum par
lui dclarant; que Capet avoit rpondu  Clry que cela ne pouvoit se
pratiquer, et que cette rponse n'avoit t faite  Clry qu' la fin
qu'il ne se doutt pas de ladite correspondance.

Dclare qu'il a vu les dtenues fort inquites, parce qu'une de leurs
lettres toit tombe dans la cour.

Ayant demand au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
ci-dessus nonc, il a rpondu qu'ayant l'oue un peu dure, il n'avoit
rien entendu; mais la citoyenne Simon, son pouse, a confirm les
dires dudit Charles Capet relativement au bruit.

Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
Charles Capet se tourmentoit pour faire sa dclaration aux membres du
conseil.

Lecture faite auxdits dclarants, ont reconnu contenir vrit et ont
sign ledit jour et an que dessus.

                _Sign_: Charles CAPET, SIMON, femme SIMON,
                          REMY, SGUY, ROBIN, SILLANS.]

       *       *       *       *       *

Un dtail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer 
sa femme et  son lve dans la premire dposition que contient cette
pice, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
prisonnires. Dans le prtexte qu'il allgue de sa surdit pour
n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas dispos 
voir plutt de sa part un calcul raisonn pour donner plus de crdit 
ses autres allgations, notamment  celle-ci, que, _depuis environ
huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa dclaration aux
membres du conseil_.

Je ne crois pas que dans la longue suite des mfaits rvolutionnaires
il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue tnbreuse, ourdie
pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant qui, vaincu par les
mauvais traitements, tmoigne contre la mmoire de son pre, concourt
 la mort de sa mre, dj sur les marches de l'chafaud, et contribue
 pousser vers le mme but sa seconde mre, l'anglique lisabeth.
Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un plaisir de dmon?

La Commune de Paris recula devant l'impossibilit d'asseoir une
accusation capitale sur de pareils motifs; mais le rcit d'un enfant
_dnonant lui-mme les petites intrigues de sa tante et de sa mre ne
pouvait que plaire  la moralit du conseil gnral_[84]. On sait
combien Marie-Antoinette, jusqu' ses derniers moments, fut proccupe
de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
fils ne tombassent sur le coeur meurtri de Madame lisabeth, ou ne
fussent mme diriges contre elle comme un moyen de calomnie. J'ai 
vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
laisse en montant  l'chafaud, et que Madame lisabeth n'a jamais
lue, j'ai  vous parler d'une chose bien pnible  mon coeur: je sais
combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma
chre soeur; pensez  l'ge qu'il a, et combien il est facile de faire
dire  un enfant ce qu'on veut, et mme ce qu'il ne comprend pas.

[Note 84: Expression d'un membre du conseil gnral.]

Madame lisabeth n'avait point  pardonner: elle n'ignorait pas plus
que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
elle n'a song  en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
ressentiment.

Tison, enferm, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
septembre, supportait en silence la captivit comme une expiation de
sa conduite passe. Cependant, inquiet de sa femme et de sa fille,
dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se dcida, le 10 dcembre, 
solliciter sa libert. Sa demande fut combattue par Hbert, jaloux de
conserver sous sa main un tmoin capable de fournir d'utiles
renseignements sur la soeur du tyran. Le Comit de salut public
ordonna qu'avant de statuer sur la ptition, on interrogerait
soigneusement le ptitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amen aucune
charge contre Madame lisabeth, le Comit, loin d'accorder une grce
qui n'tait point achete par une dlation, arrta que Tison serait
mis au secret et rduit au plus strict ncessaire.

A dater de cette poque, Madame lisabeth entra dans une phase
d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de dcrire:
misre monotone, sombre, terne, prive de cet clat qui rayonne
d'ordinaire  l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
plaignait pas: elle n'avait de piti que pour sa petite compagne, qui
tait dans un ge o le malheur est comme une surprise faite  la
nature. Madame lisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
puise aux sources d'eaux vives de la foi, de l'esprance et de
l'amour, qui transfigurent l'me et lui font trouver partout son
Thabor. Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
proportion avec la gloire future qu'elles nous font mriter.
Jsus-Christ n'a-t-il pas march devant nous charg de la croix?
Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre pre vous adressait
la veille du jour o, pour la premire fois, vous alliez recevoir le
sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
et notre soutien dans l'adversit; ne croyez pas que vous en soyez 
l'abri: vous ne savez pas, ma fille,  quoi la Providence vous
destine...

Les paroles prononces par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
leur cho dans une prison qui donnait  leurs accents quelque chose de
prophtique, et devenait pour sa fille le meilleur des enseignements.

Un jour, Madame lisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frre et de la Reine
Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
de sa destine prochaine?), Madame lisabeth, dis-je, coupa une tresse
de ses propres cheveux, la plaa avec les deux autres mches dans le
mme paquet, et le remettant  sa nice:

Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
hritage que puissent vous transmettre votre pre, votre mre, qui
vous ont tant aim, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
enlev plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous lguer par crit;
du moins, ma chre enfant, retenez bien les consolations que je vous
ai donnes: elles suppleront aux livres qui vous manquent. levez
votre me  Dieu; il nous prouve parce qu'il nous aime: il nous
apprend le nant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
grand[85].

[Note 85: _Les derniers rgicides, ou Madame lisabeth de France et
Louis XVII_, par M. le Cher de M.... (Brochure in-8 de 109 pages,
publie  Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)]

Retranches, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
passaient leurs jours, occupes l'une de l'autre, s'entretenant de
leurs souvenirs, de leurs craintes mles de bien peu d'esprances,
mais d'une soumission entire  la volont de Dieu. Elles n'apprirent
plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorrent
l'chafaud dress par Robespierre et Danton pour immoler Hbert et
les hbertistes[86]; l'chafaud dress douze jours aprs par
Robespierre pour abattre Danton[87]; puis, huit jours plus tard, pour
abattre Chaumette[88]. La terreur rgnait sur la France. Du haut des
guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorit commandait.
Devant elle se taisait la nation, la libert s'agenouillait,
l'humanit se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'pouvante
et la mort. La famine dsolait le pays; les passions rvolutionnaires
s'agitaient dans les clubs et par les rues, htant l'action mortelle
de la misre. Au front de chaque maison pend un criteau proclamant la
libert ou la mort. Sur chaque porte est affiche la liste des
habitants de la maison, moyen de contrle si l'on veut savoir, table
de proscription si l'on veut tuer[89]. Onze mille quatre cents
aristocrates sont entasss dans les palais et les couvents de Paris,
transforms en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans les
rues, on vite de se reconnatre, ou si on s'aborde, on change deux
mots  voix basse; on marche vite,  moins qu'un crieur proclamant
l'arrt des condamns, on ne s'arrte pour couter le nom d'un parent,
d'un ami, peut-tre son propre nom. La nuit est aussi trouble que le
jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des domestiques ont
dnonc leurs matres  leurs sections, tandis que d'autres servent
sans gages des matres rests sans ressources. Comme si le temps ne
suffisait pas aux juges pour condamner, on adopte le systme des
jugements en masse. La guillotine en permanence abat les ttes sans
les compter[90]. Le sang qui coule  flots, loin d'tancher la soif
des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus de rois  jeter en
holocauste au sphinx de la rvolution, et la nation pouvante se
trouve face  face avec la sombre nigme de son existence. Tout est
tumulte, dsordre, vertige et rage: la civilisation et la barbarie se
cherchent dans les tnbres pour s'arracher leur secret; duel
horrible, pareil  celui de ces deux hommes enferms dans une cave
avec des poignards, et qui ne se voyaient qu'aux clairs de leurs
yeux. La patience des opprims apparat dans ces jours horribles comme
un phnomne aussi inexplicable que la perversit des oppresseurs.
L'intelligence politique s'tait retire dans quelques mes
mditatives qui rflchissaient  l'cart, ou dans quelques cerveaux
astucieux qui remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de
confiance en soi-mme, et laissait faire, comme courb sous la main de
Dieu: tremblant et rsign, tout un peuple attendait dans une muette
pouvante, pareil  ces Indiens qui, lorsque le tigre apparat, se
prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu' ce que la
bte rugissante ait choisi sa proie.

[Note 86: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), _fourne_ de dix-neuf
personnes, parmi lesquelles le gnral Ronsin (ci-devant homme de
lettres), gnral de l'arme rvolutionnaire; Momoro, imprimeur-libraire
et administrateur du dpartement de Paris, et Anacharsis Clootz,
l'orateur du genre humain.]

[Note 87: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), _fourne_ de quinze,
parmi lesquels figurent Fabre d'glantine, Franois Chabot, Camille
Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hrault de Schelles, les deux frres
Frey et le gnral Westermann.]

[Note 88: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), _fourne_ de vingt et
un. On y remarque le gnral Arthur Dillon, Gobel, ci-devant vque de
Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.]

[Note 89: Voici comment, ds le 6 avril 1793, la Commune de Paris
avait prescrit l'excution de cette mesure:

Le conseil gnral, considrant la ngligence que les citoyens
apportent  l'excution de la loi concernant l'affiche,  l'extrieur
des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;

Arrte que l'instruction suivante sera imprime, affiche, et que les
commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
responsabilit, de faire mettre ladite loi  excution.

_Instruction relative au tableau qui doit tre fait de tous les
citoyens habitants de Paris, et plac  l'extrieur de chaque maison,
aux termes du dcret du 29 mars dernier._

  1 Indiquer en tte le nom du propritaire, s'il habite la
      maison, ou  son dfaut le principal locataire, s'il y en a un,
      ou du rgisseur.

  2 Diviser par tages de la manire suivante:

        REZ-DE-CHAUSSE.
        N. N.
        ENTRE-SOL.
        PREMIER TAGE, ETC.

L'tat doit prsenter sans interruption toutes les personnes qui
logent au mme tage, et mme toutes celles qui composent un mnage.

Exemple:

  _A tel tage: Le citoyen tel, son pouse, tant d'enfants de tel sexe;
                  ensuite les domestiques._

Il est ncessaire de mettre les prnoms ou noms de baptme et les
surnoms, le sexe et l'ge de chacun. Le nom principal  dsigner est
celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
gnralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
qu'on lui donne dans le public.

On ne peut se dispenser de faire connatre l'tat de chaque individu
ou de dclarer qu'il est sans tat, car le titre de _citoyen_ ou de
_citoyenne_ est une dsignation trop vague ou plutt n'en est pas une.

L'affiche doit tre crite lisiblement, place au lieu le plus
apparent  l'extrieur, et de manire que tout le monde puisse
aisment la parcourir des yeux tout entire sans en perdre un seul
nom.

Il ne doit tre omis aucune personne; une seule omission enfreint la
loi et expose  des peines svres.

Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitt la
maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
mmes qui ne logent que momentanment.

Toutes les contraventions seront imputes aux propritaires ou
principaux locataires, ou rgisseurs, et seront punies avec svrit;
car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
excution ou soit lude et tourne en drision.

Le conseil gnral arrte que le double des tableaux d'inscription
sera vis par les comits des sections;

Que les commissaires de police vrifieront l'exactitude desdits
tableaux et prendront les mesures ncessaires pour empcher qu'ils ne
soient enlevs ou dtriors. (Sance du conseil gnral de la
Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)]

[Note 90: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
physionomie tait devenue une trahison et la gaiet un devoir. Dans la
sance du 23 ventse an II (15 mars 1794), Barre disait:

Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnatrez les
aristocrates  leur mine allonge...

Oui, ajoutait Couthon, en temps de rvolution, tous les bons citoyens
doivent tre physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
reconnatrez un conspirateur, le complice des tratres mis sous la loi
de la justice; ces hommes ont l'oeil hagard, l'air constern, des
mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces tratres et
arrtez-les! (Vifs applaudissements.)--(_Moniteur_ du 26 ventse an
II, 16 mars 1794.)]

Madame lisabeth se prosternait aussi, mais c'tait les yeux levs
vers le ciel. Retenue autrefois  la cour par son dvouement pour son
frre, elle n'y avait vcu que pour prendre sa part des tribulations
et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intrt a de plus tendre, la
religion de plus sublime, l'amiti de plus consolateur, elle le met en
oeuvre pour former l'esprit et le coeur de sa royale nice. Sans
dsirer la bienvenue de ce grand librateur qu'on appelle la mort,
elle se met en mesure de le recevoir dignement; mais sa belle me,
quoique impatiente peut-tre d'entrer dans les secrets de Dieu, tient
 ce monde par le malheur qu'elle y partage, par les chagrins qu'elle
y adoucit. L'tat d'incertitude o elle se trouve du sort du Dauphin
vient accrotre l'anxit que lui cause l'absence de toute nouvelle de
la Reine. Depuis plusieurs mois, elle n'a entendu ni chansons ni
jurements retentir dans l'appartement du second tage. Elle est monte
mainte et mainte fois aux combles par l'escalier de la garde-robe, et
jamais, depuis la fin de janvier, elle n'a aperu l'enfant. A-t-il t
dlivr? Habite-t-il une autre partie du Temple? De grands changements
se prparent-ils?

Oui, un grand changement se prparait. Dj, ds le quintidi frimaire
de l'an II (25 novembre 1793), la municipalit de Paris avait adress
 la Convention nationale la ptition suivante:

LGISLATEURS,

Vous avez dcrt l'galit source du bonheur public; elle s'tablit
sur des bases dsormais inbranlables; et cependant elle est viole,
cette galit, et de la manire la plus rvoltante, dans les vils
restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
encore, ces restes abominables, tre compts pour quelque chose dans
les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intrt
que la patrie auroit d'empcher qu'ils ne dchirassent son sein et ne
renouvelassent les atrocits commises par les deux monstres qui leur
ont donn le jour. Si donc tel est  leur gard le seul et unique
intrt de la Rpublique, c'est sous sa surveillance entire qu'ils
doivent tre placs, et ils ne sont plus ces temps horribles o une
faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit
choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle
abhorroit, une responsabilit qui outrageoit toutes les lois et qui
pse depuis plus de quinze mois sur la tte de chacun des membres de
la Commune de Paris.

La raison, la justice, l'galit vous crient, lgislateurs, de faire
cesser cette responsabilit.

Et comme il est plus que temps de rendre  leurs travaux deux cent
cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour  la
garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
sagesse:

1 Que vous enverrez au plus tt l'infme lisabeth au tribunal
rvolutionnaire;

2 Qu' l'gard de la postrit du tyran, vous prendrez des mesures
promptes pour la faire transfrer dans telle prison que vous aurez
choisie, pour y tre renferme avec les prcautions convenables, 
l'effet d'y tre traite dans le systme de l'galit et de la mme
manire que les autres dtenus dont la Rpublique a eu besoin de
s'assurer.

                              DUNOUY, RENARD, LE CLERC,
                              LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.

       *       *       *       *       *

Envoye  sa date au Comit de sret gnrale, cette adresse y avait
sommeill six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point
t mis en oubli dans la rgion la plus ardente de la rvolution.

Ce n'est pas la premire fois que cette pense m'est venue en crivant
ce triste rcit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
et si immrites, il n'y a pas de malheureux qui ne se rconcilit
avec son malheur, pas de misrable accabl par sa destine qui ne
bnt Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de
la mchancet des hommes pensent  Madame lisabeth, et ils cesseront
de se laisser abattre par le dcouragement.

Il n'est pas, crivait le Pre Lenfant ds le mois d'avril 1791, il
n'est pas jusqu' la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
universellement reconnue, qui ne soit indignement outrage. Madame
lisabeth est dchire par les plus sanglantes et les plus absurdes
calomnies[91].

[Note 91: _Mmoires et correspondance secrte du Pre Lenfant_. Paris,
1834, t. I, p. 343.]

Ces outrages s'taient accrus avec le besoin qu'prouvaient les
niveleurs de trouver criminelles toutes les supriorits sociales; ces
calomnies s'taient propages avec l'intrt qu'avaient les pervers 
lgitimer les tortures exerces contre les personnes de sang royal. La
moralit de Madame lisabeth fut insulte dans ce rcit immonde que la
Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
compromettre sa mre et sa tante et les envoyer  l'chafaud. La mort
mme ne dsarmera point les perscuteurs. Trois ans aprs l'immolation
de Madame lisabeth, sa mmoire sera outrage dans un ouvrage qui aura
la prtention de donner les _portraits des personnages clbres de la
Rvolution_[92].

[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui
commence ainsi:

Huitime et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de
Louis XV, et de Marie-Josphe _de Saxe_, sa seconde femme,
lisabeth-Philippine-Marie-Hlne, dite _de France_, eut bien peu de
temps  se fliciter du hasard qui avoit plac son berceau  ct du
trne... Je n'infligerai pas cet odieux _factum_  mes lecteurs. Il est
d'autant plus infme qu'il est hypocrite. Bonneville procde par
insinuation et par rticence, et il n'a pas mme le triste courage de
ses ineptes calomnies. Il affecte mme quelquefois de prendre la dfense
de Madame lisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit.
Il a de la peine, dit-il,  croire qu'elles soient vraies... C'est une
vipre qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent
venimeuse.]

Laissez les annes se succder, un temps viendra o les calomnies se
tairont, o la vrit apparatra dans tout son jour.

Madame lisabeth arrive au terme que Dieu lui a assign dans ses
rigueurs comme dans ses misricordes. Elle avait exprim la rsolution
de partager les chagrins et les prils de sa famille: elle a tenu
toutes ses promesses;  Versailles, dans les troubles du 6 octobre; 
Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
dans la nfaste journe du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 aot,
dans la loge du Logographe, tmoin des affronts et des menaces; dans
la tour du Temple, tmoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
toutes les promesses qu'elle avait faites  Dieu: Dieu  cette heure
va tenir les siennes.

Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
des hommes apparat la justice de Dieu qui rcompense, et quand c'est
la vertu qui meurt, l'chafaud n'est qu'un degr qui rapproche du
ciel.

Le 20 floral an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagn des citoyens
Fontaine, adjudant gnral d'artillerie de l'arme parisienne, et
Saraille, aide de camp du gnral Hanriot; il prsenta aux membres du
conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
accusateur public prs le tribunal rvolutionnaire, portant invitation
de remettre entre les mains desdits susnomms la soeur de Louis
Capet_[93].

[Note 93: Procs-verbal de la translation d'lisabeth-Marie Capet  la
Conciergerie.]

Les prliminaires d'usage s'taient prolongs dans la salle du
Conseil, et pendant la conversation engage entre les commissaires et
leurs sinistres visiteurs, l'heure s'tait coule: dj Madame
lisabeth et Marie-Thrse se disposaient  se coucher, lorsqu'elles
entendirent ouvrir les verrous. Elles se htent de passer leur robe,
qu'elles venaient d'ter. Citoyenne, dit un des commissaires en
ouvrant la porte de Madame lisabeth, descends tout de suite, on a
besoin de toi.--Ma nice reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on
s'en occupera aprs.

Madame lisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
inquitudes, lui dit: Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne
remonteras pas, rpond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et
descends. Elle obit, relve l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
bras, et lui dit: Allons, ayez du courage et de la fermet, esprez
toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
parents vous ont donns, et soyez fidle aux dernires recommandations
de votre pre et de votre mre. La tante et la nice demeurent un
instant embrasses; puis s'arrachant brusquement  cette treinte,
Madame lisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extrieure en
disant encore: Pensez  Dieu, mon enfant!

[Note 94: Guillotin le 11 thermidor an II.]

Madame lisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
L, pendant que l'on rdige le procs-verbal de dcharge des geliers,
on visite ses poches. Les envoys de Fouquier signent sur le registre
du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnire. Ils la font
traverser, sous une pluie battante, le jardin et la premire cour; l,
ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent  la
Conciergerie, o elle est dpose dans le greffe. Il tait en ce
moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
salle du conseil du tribunal rvolutionnaire. L, par-devant Gabriel
Delige, juge, assist de Ducray, commis greffier, et en prsence de
Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.


PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME LISABETH.

_Cejourd'hui, vingt floral de l'an deux de la Rpublique franaise,
une et indivisible, nous_, Gabriel Delige, _juge prsident du
tribunal rvolutionnaire tabli  Paris par la loi du 10 mars 1793,
sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
pouvoirs dlgus au tribunal par la loi du 5 avril de la mme anne,
assist de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des
salles de l'auditoire au palais, et en prsence d'_Antoine-Quentin
Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la
Conciergerie la cy-aprs nomme, _auquel avons demand ses noms, ge,
profession, pays et demeure_;

_A rpondu se nommer_ lisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet,
ge de trente ans, native de Versailles, dpartement de
Seine-et-Oise.

Avez-vous, avec le dernier tyran, conspir contre la sret et la
libert du peuple franois?

J'ignore  qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais dsir que le
bonheur des Franois.

Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
ennemis intrieurs et extrieurs de la Rpublique, notamment avec les
frres de Capet et les vtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
secours en argent?

Je n'ai jamais connu que des amis des Franois; jamais je n'ai fourni
des secours  mes frres, et, depuis le mois d'aot 1792, je n'ai reu
de leurs nouvelles ni ne leur ai donn des miennes.

Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?

Non.

Je vous observe que votre rponse n'est point exacte sur l'article des
diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
diamants en Hollande et autres pays trangers, et que vous en avez
fait passer le prix en provenant, par vos agents,  vos frres, pour
les aider  soutenir leur rbellion contre le peuple franois.

Je dnie le fait, parce qu'il est faux.

Je vous observe que dans le procs qui eut lieu en novembre 1792,
relativement au prtendu vol des diamants fait au ci-devant
Garde-meuble, il a t tabli et prouv aux dbats qu'il avoit t
distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
qu'il a pareillement t prouv que le prix en avoit t transmis 
vos frres par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
catgoriquement sur ces faits.

J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'tois  cette poque
au Temple, et je persiste au surplus dans ma prcdente dngation.

N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage dtermin par votre
frre Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud,  l'poque du 18
avril 1791, n'avoit t imagin que pour saisir l'occasion favorable
de sortir de France?

Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
frre de prendre l'air, attendu qu'il n'toit pas bien portant.

Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a t
arrt que par suite des conseils des diffrentes personnes qui se
rendoient alors habituellement au ci-devant chteau des Thuileries,
notamment de Bonnal, ex-vque de Clermont, et autres prlats et
vques; et vous-mme, n'avez-vous pas sollicit le dpart de votre
frre?

Je n'ai point sollicit le dpart de mon frre, qui n'a t dcid que
d'aprs l'avis des mdecins.

N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et  celle de
Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frre, a fui de
Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?

J'ai appris dans la journe du 20 que nous devions tous partir dans la
nuit suivante, et je me suis conforme  cet gard aux ordres de mon
frre.

Le motif de ce voyage n'toit-il pas de sortir de France et de vous
runir aux migrs et aux ennemis du peuple franois?

Jamais mon frre ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.

Je vous observe que cette rponse ne parot pas exacte, car il est
notoire que Bouill avoit donn les ordres  diffrents corps de
troupes de se trouver au point convenu pour protger cette vasion, de
manire de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frre et autres,
du territoire franois, et que mme tout toit prpar  l'abbaye
d'Orval, situe sur le territoire du despote autrichien, pour vous
recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposs et
votre frre ne permettent pas de douter de vos intentions.

Mon frre devoit aller  Montmdy, et je ne lui connoissois point
d'autres intentions.

Avez-vous connoissance qu'il ait t tenu des conciliabules secrets
chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comits
autrichiens.

J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.

Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu' trois heures du
matin, et que mme ceux qui y toient admis passoient par la pice que
l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.

Je n'en ai aucune connoissance.

N'tiez-vous pas aux Thuileries le 28 fvrier 1791, 20 juin et 10 aot
1792?

J'tois au chteau les trois jours, et notamment le 10 aot 1792,
jusqu'au moment o je me suis rendu avec mon frre  l'Assemble
nationale.

Ledit jour 28 fvrier, n'avez-vous pas eu connoissance que le
rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, arms de
sabres et de pistolets, toit encore pour favoriser une nouvelle
vasion de votre frre et de toute la famille, et que l'affaire de
Vincennes arrive le mme jour n'a t imagine que pour faire
diversion?

Je n'en ai aucune connoissance.

Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 aot?

Je suis reste dans la chambre de mon frre, et nous avons veill.

Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il parot trange
que vous vous soyez runis dans celui de votre frre, et sans doute
cette runion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.

Je n'avois d'autre motif que celui de me runir toujours chez mon
frre lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.

Cette mme nuit, n'avez-vous pas t avec Marie-Antoinette dans une
salle o toient les Suisses occups  faire des cartouches, et
notamment n'y avez-vous pas t de neuf heures et demie  dix heures
du soir?

Je n'y ai pas t, et n'ai nulle connoissance de cette salle.

Je vous observe que cette rponse n'est point exacte, car il est
encore tabli dans diffrents procs qui ont eu lieu au tribunal du 17
aot 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez t plusieurs fois dans
la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
les aviez engags  confectionner la fabrication des cartouches, dont
Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.

Cela n'a pas exist, et je n'en ai aucune connoissance.

Je vous reprsente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
rappeler les diffrentes circonstances relatives  ceux par vous
dnis, et pour ne pas savoir le motif qui avoit dtermin le
rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouves runies
cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
dclarer si vous persistez dans vos prcdentes dngations, et  nier
les motifs de ce rassemblement.

Je persiste dans mes prcdentes dngations, et j'ajoute que je ne
connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
je l'ai dj dit, que les corps constitus pour la sret de Paris
toient venus avertir mon frre qu'il y avoit du mouvement dans les
faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
pour sa sret, comme la constitution le prescrivoit.

Lors de l'vasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmen les
enfants?

Non, je suis sortie seule.

Avez-vous un dfenseur ou voulez-vous en nommer un?

Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nomm le citoyen Chauveau
pour conseil.

Lecture du prsent interrogatoire, a persist et a sign avec nous et
notre greffier.

[Illustration: Signatures.]

Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame lisabeth est ici
telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
interrogateurs n'exigrent point d'elle,  ce qu'il parat, d'y
ajouter ce nom de Capet que la Rvolution avoit invent pour les
Bourbons, s'imaginant que c'toit le nom du chef de leur race.

Aprs avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet
interrogatoire, lisabeth-Marie fut ramene dans sa prison. Elle ne se
faisait aucune illusion sur le sort qui lui tait rserv, et elle ne
songea plus qu' paratre, non pas devant ses juges de la terre, car
elle n'avait rien  attendre de ceux-l que la fin de ses tourments,
mais devant le Juge tout-puissant dont elle esprait sa rcompense.
Elle savait qu'elle et en vain rclam l'assistance d'un prtre
catholique non asserment, et elle ne voulut point perdre quelques
minutes  implorer une faveur qui avait t accorde au Roi son frre,
mais qui depuis un an et t regarde comme un crime. Elle se
rsigna, offrit directement au Seigneur misricordieux le sacrifice de
sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
l'accomplir dignement.




LIVRE ONZIME.

MEURTRE DE MADAME LISABETH.

     Le ciel est mon trne, et la terre est mon marchepied.

                          _Actes des Aptres_, chap. VIII, v. 49.

     La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle tait au mois
     de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la
     prison du collge du Plessis. -- Paroles de Fouquier. --
     Chauveau-Lagarde demande  voir Madame lisabeth: refus de
     l'accusateur public, sous le prtexte qu'elle ne sera pas juge
     de sitt. -- Pouss par une anxit instinctive, Chauveau-Lagarde
     entre le lendemain dans la salle des assises, et aperoit Madame
     lisabeth au premier rang des accuss. -- Leur interrogatoire. --
     Le _Moniteur_ n'a point dit qu'lisabeth fut dfendue; elle le
     fut pourtant, bien qu'elle ne l'et pas demand et qu'elle
     s'inquitt peu de l'tre. -- Rsum des dbats; questions poses
     par le prsident; verdict des jurs; arrt de mort. -- Parmi les
     vingt-cinq condamns, on signale une femme enceinte; Madame
     lisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de
     Fouquier au prsident; rponse de Dumas. -- Les condamns sont
     conduits dans la salle des apprts suprmes. -- Influence
     qu'exerce sur eux Madame lisabeth; consolations qu'elle leur
     prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Snozan. --
     MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de
     la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame
     lisabeth. -- Dsespoir de madame de Montmorin, puis sa
     rsignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande
     satisfaction de Madame lisabeth: tous ses compagnons d'infortune
     font rsolment  Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier
     appel. -- Madame lisabeth assise sur la charrette  ct de
     mesdames de Snozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf,
     le mouchoir qui couvre la tte de Madame lisabeth tombe aux
     pieds du bourreau. -- Arriv  la place de la Rvolution,
     celui-ci lui tend la main comme pour l'aider  descendre;
     lisabeth dtourne la tte. -- Devant l'chafaud, nul ne
     dfaillit. -- Madame de Crussol appele la premire. -- Comment,
     dans ce dernier moment, lisabeth apprend que la Reine n'existe
     plus. -- Madame lisabeth immole la dernire. -- Son corps est
     jet dans un panier avec les autres cadavres, et sa tte avec les
     autres ttes dans un second panier. -- La charrette se met en
     marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrire de Monceaux,
     _Clos du Christ_. -- Fournes prcdentes d'Hbert et des
     hbertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
     gnreux ami Robespierre lui avait donns, _de la conspiration
     des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le
     cadavre de Madame lisabeth et les vingt-trois autres sont mis 
     nu et inhums ensemble dans une fosse de douze  quinze pieds de
     largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe
     le meurtre de Madame lisabeth, et particulirement  Turin et au
     chteau de Wartegg, prs Rorschach, o vivait retire la famille
     de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
     condolances  la jeune Marie-Thrse; rponse de celle-ci. --
     Lettre du comte de Provence  madame des Montiers. -- La commune
     rvolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison lisabeth,
     Jacques et Marie, mis en prison, y sont oublis. -- Leur misre
     veille la piti des magistrats; leur dtention est dclare une
     injustice, mais aucune indemnit ne leur est attribue. --
     Retirs  Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'annes.
     -- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de
     Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succs.


On se ferait difficilement une ide de ce qu'taient les prisons de
Paris pendant la rvolution. Dj, dans un _Rapport au ministre de
l'intrieur sur l'tat des prisons de la Conciergerie_,  la date du
17 mars 1793, le citoyen Grandpr s'exprimait ainsi:

Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
L'impression horrible que j'ai prouve  la vue des malheureux
amoncels dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
concevoir encore la barbarie des officiers de police chargs de la
surveiller et l'insouciance des tribunaux  absoudre ou condamner les
accuss. Toutes les prisons ont t vides  l'poque  jamais
excrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320  l'htel de la Force, 44 
Sainte-Plagie, 206  Bictre, et 380  la Conciergerie. Cette
dernire prison, qui, par sa position prs du tribunal criminel, a
toujours t destine pour les criminels, et qui ne devroit tre
considre, d'aprs la nouvelle organisation, que comme maison de
justice, sert cependant tout  la fois de maison d'arrt, de maison de
justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
dvouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers prouvs
tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
jour des vnements sans nombre et des vasions multiplies, comme
cela arrive journellement dans presque tous les dpartements. J'y ai
vu une trentaine d'hommes et femmes condamns  mort, qui tous se sont
pourvus en cassation, dont les procs languissent, et qui emploient
tout le temps qu'on leur laisse  faire toutes sortes de tentatives
soit pour attenter  leur vie, soit pour oprer un soulvement au
dehors ou mme au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur
montrant leur force, fait craindre  tout moment que leurs projets ne
russissent. Ce qui contribue plus  les dsesprer et  leur faire
tout entreprendre, c'est l'inhumanit avec laquelle on les entasse
dans la mme chambre et les tourments incalculables qu'ils prouvent
pendant la nuit. Je les ai visites  l'ouverture, et je ne connois
point d'expression assez forte pour peindre le sentiment d'horreur que
j'ai prouv en voyant dans une seule pice 26 hommes rassembls,
couchs sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect, et couverts
de lambeaux  moiti pourris; dans une autre, 45 hommes entasss sur
10 grabats; dans une troisime, 38 moribonds presss sur 9 couchettes;
dans une quatrime, trs-petite, 14 hommes ne pouvant trouver de place
dans 4 cases; enfin, dans une cinquime, sixime et septime pice, 85
malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'tendre sur
16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant tous trouver le moyen
de poser leur tte. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'pouvante,
et je frissonne encore en voulant en donner une ide. Les femmes sont
traites de la mme manire. 54 d'entre elles sont forces de se
coucher sur 19 paillasses ou de se relayer alternativement pour rester
debout et ne pas touffer en se mettant les unes sur les autres. Il y
a dans cette maison 47 hommes et 12 femmes qui ont le privilge d'tre
 la pension et de coucher dans des lits spars. Cette distinction
m'a paru barbare, injuste et injurieuse  l'humanit. La loi qui
distribue le pain galement entre chaque dtenu ne peut avoir eu
l'intention de donner  l'homme ais un asile commode et de mettre
l'indigent dans un tombeau. Toute ingalit doit disparotre devant
elle. De quelque tat ou condition qu'ils soient, elle voit les
accuss du mme oeil, et leur promet  tous le mme traitement
jusqu' l'instant de leur jugement. Mais la justice semble endormie;
ses oracles ne se rendent plus, ou le peu qui lui chappent sont sans
effet, au moyen du tribunal de cassation, o l'appel en est port, et
o les affaires restent en suspens. Cependant les prisons s'engorgent
chaque jour: presque aucun prisonnier n'en sort; un grand nombre y
arrive sans cesse; au milieu de cette effroyable quantit, le jur
d'accusation se tait, ou ne se livre que ngligemment  des fonctions
dont le terme trop loign l'effarouche; il choisit les individus dont
il veut s'occuper de prfrence, et des malheureux arrts depuis
plusieurs mois ont la douleur de n'avoir pas encore t interrogs: il
y en a dans ce cas 34, dont j'indique les noms et la date de
l'arrestation dans un tableau joint au prsent rapport.

Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
grand nombre de malheureux chapps au carnage du mois de septembre,
et rintgrs depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
arbitraires et sans cause. La crise perptuelle o se trouve la
Rpublique, les mouvemens intrieurs et frquents qui en sont la
suite, les bruits qu'on ne cesse de rpandre d'un nouveau massacre,
l'image toujours prsente de celui qui s'est effectu sous leurs yeux,
jettent la terreur dans l'me de ces infortuns; ils souffrent mille
morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauv la vie
que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
l'preuve  laquelle ils ont t soumis aux journes de septembre et
la libert qui leur a t accorde? C'est une question que le ministre
Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de dlit qui
ne doive tre effac pour des gens qui ont t plusieurs jours sous le
couteau, et la situation pnible o ils se retrouvent en ce moment,
et dans laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans doute
dans le cas de l'indulgence.

  Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la Rpublique franaise.
                                                      GRANDPR.

       *       *       *       *       *

Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'tait
plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
lire. Les inquitudes de l'attente taient pargnes au suspect et les
longues terreurs au condamn. Les prisons se remplissaient chaque
jour, mais chaque jour elles taient vides par le bourreau.

Un prisonnier de 1794 nous a laiss la description de la Conciergerie
telle qu'elle tait  cette poque:

La premire entre, dit-il, est ferme de deux guichets[95]. Ces deux
guichets sont  peu prs  trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
indistinctement  l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'oeil plus subtil. Il faut,
disent-ils, avoir de la tte pour de pareilles fonctions. Aussi les
postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet plac
au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
coiffer ce jour-l par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignit et qu'il n'est
pas au-dessous du choix dont on l'a honor. Le soir, les flots de vin
redoublent et terminent un si beau jour.

[Note 95: On appelle guichet une petite porte haute d'environ trois
pieds et demi, pratique dans une porte plus grande. Lorsqu'on entre,
il faut en mme temps hausser le pied et baisser considrablement la
tte, de manire que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on
court risque de se fendre le crne contre la pice de traverse de la
grande porte, ce qui est arriv plus d'une fois. On appelle aussi
guichet la premire pice d'entre.]

Dans la premire pice, appele guichet, au bout d'une grande table,
sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, ou bien la respectable
moiti de lui-mme, ou bien le plus ancien des porte-clefs, qui les
reprsente en ce cas. Ces gouverneurs-l sont devenus, par le temps o
nous sommes, des personnages trs-considrables. Les parents, amis ou
amies des prisonniers, font ordinairement une cour trs-assidue au
concierge Richard pour se faire entr'ouvrir un guichet. On le salue
profondment; quand il est de bonne humeur, il sourit; quand au
contraire il est morose, il fronce le sourcil; c'est Jupiter qui fait
trembler l'Olympe d'un coup d'oeil. Aussi les prisonniers ont-ils
toujours l'attention d'pier ses bons moments, et alors on s'vertue 
prsenter humblement le placet.

C'est de ce fauteuil qu'manent les ordres pour la police de la
maison. C'est  ce fauteuil que sont voques les querelles des
guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est 
ce fauteuil que les malheureux dtenus portent leurs humbles
rclamations quand ils obtiennent la faveur d'y tre admis. C'est de
ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
et souvent un coup d'oeil qui foudroie. Du reste, la femme Richard
tient sa maison d'une manire tonnante: on n'a ni plus de mmoire, ni
plus de prsence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des dtails
les plus minutieux.

Outre le concierge ou son reprsentant, il y a dans le guichet un
ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
_Allumez le miston!_ (_Allumez_, mot d'argot qui veut dire regarde
sous le nez, _miston_, de l'individu.) Le guichetier les rpte  ses
camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
prisonnier, on recommande aux guichetiers d'_allumer le miston_, afin
qu'il soit gnralement connu et ne puisse se donner pour tranger.

A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette pice
est partage en deux par des barreaux. Une moiti est destine aux
critures, l'autre moiti est le lieu o l'on dpose les condamns;
c'est l qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures le moment
fatal o l'excuteur des jugements criminels (que les guichetiers
appellent dans leur langage _tle_) leur fait subir les redoutables
apprts de leur supplice[96].

[Note 96: Nous reproduisons ici la continuation de ce rcit,  la fin
duquel on verra dans quel tat tombaient les mes qui n'taient point
soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
dissolvaient pour ainsi dire sous l'excs de la souffrance, et le
sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y teignait.

Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'normes
portes, dans des cachots appels _la Souricire_. Il faudroit plutt
les nommer _la Ratire_. Un citoyen nomm _Beauregard_, homme aussi
honnte qu'aimable, acquitt par le tribunal rvolutionnaire, fut mis
 son arrive dans ce cachot. Les rats lui mangrent en diffrents
endroits sa culotte, sans respect pour son derrire; nombre de
prisonniers ont vu les trous, et il fut oblig de se couvrir toute la
nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.

Le jour pntre  peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
la litire des prisonniers, bientt corrompues par le dfaut d'air et
par la puanteur des seaux (en terme de prison _griaches_) o les
prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
le greffe mme on est empoisonn lorsqu'on ouvre les portes.

En face de la porte d'entre est le guichet qui conduit  la cour des
femmes,  l'infirmerie, et en gnral ce qu'on appelle, je ne sais
pourquoi, _le ct des douze_. Nous y reviendrons.

A droite, sur deux angles, sont des fentres qui clairent fort
imparfaitement deux cabinets o couchent les guichetiers de garde
pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dpose les femmes
qui ont t condamnes  mort. Entre ces deux angles est un troisime
guichet qui conduit au _prau_; c'est le ct le plus recommandable de
cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse  gauche la
chapelle et la chambre du conseil, deux pices galement remplies de
lits dans ces derniers temps; la seconde toit occupe par la veuve de
Capet.

Je n'entreprendrai point de dcrire tous les lieux de cette vaste et
dgotante enceinte. Je remarquerai seulement qu' droite en entrant
dans la cour,  l'extrmit d'une espce de galerie, est une double
porte, dont l'une entirement de fer; que ces portes ferment le cachot
surnomm _de la Bche nationale_ depuis le massacre du mois de
septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
drob et verrouill dans deux ou trois endroits diffrents. Les
prisonniers sont  la pistole, ou  la paille, ou dans les cachots.
Ces prisonniers ont un rgime diffrent. Les cachots ne s'ouvrent que
pour donner la nourriture, faire les visites et vider les _griaches_.
Les chambres de la paille ne diffrent des cachots qu'en ce que leurs
malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
couch. Pendant la journe, les portes de leurs cachots sont fermes,
et ils sont obligs de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, o ils sont infects de
l'odeur des urines, etc. Du reste, mmes incommodits dans ces
hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.

Entasss jusqu' cinquante dans un mme trou, le nez sur leurs
ordures, ils se communiquent les maladies, les malproprets dont ils
sont accabls. Allez visiter les cachots qui sont pratiqus dans les
grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
_le grand Csar, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air_, etc., et dites si la
mort n'est pas prfrable  un pareil sjour.

Ne croyez pas que les incommodits du logement soient les seules que
les prisonniers aient  supporter; il faudroit pour juger jusqu'
quelle humiliation, jusqu' quelle dgradation on peut rduire des
hommes, il faudroit assister  la fermeture des portes et  l'appel
nominal qui la prcde. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrt, tenant en main une
liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
personne ne se reconnot; ils jurent, temptent, menacent; ils
appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin 
comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
troupeau, ils se trompent; alors, avec une colre toujours croissante,
ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
ce n'est quelquefois qu'aprs trois ou quatre preuves que leur vue
brouille parvient enfin  s'assurer que le nombre est complet.

Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
de sa sagesse? La premire lueur d'esprance, l'approche d'un plaisir
dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
inquitudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du prau un ternel
bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir t
faites exprs. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
si vous pouvez y chapper pour revenir au principal guichet.

Aprs avoir franchi la premire grille, j'ai dj dit qu'il y en a
quatre, vous vous trouvez dans une enceinte forme toute de barreaux
de fer. Lorsque les communications avec l'extrieur subsistoient,
c'est l que les prisonniers de ce ct voyoient leurs connoissances.
Les femmes, dont la sensibilit, le courage plus rsolu, l'me plus
compatissante, plus porte  secourir,  partager le malheur, les
femmes toient presque les seules qui osassent y pntrer....

Le guichet d'entre, occup de mme par les prisonniers du ct des
douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
plus singulier pour l'oeil de l'observateur? des femmes et leurs
maris, des matresses et leurs amants rangs sur des bancs contre les
murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamns
 mort, quelquefois chantent. Par une fentre de ces cabinets, on
aperoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veille par un
gendarme, et qui attend, la pleur sur le front, l'instant de son
supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
des prisonniers, dont on dlie les mains, et que l'on prcipite dans
un cachot; ceux-l demandent d'autres prisonniers pour les transfrer,
les lient et les emmnent, tandis qu'un huissier,  l'oeil hagard, 
la voix insolente, donne des ordres, se fche, et se croit un hros
parce qu'il insulte impunment  des malheureux qui ne peuvent lui
rpondre par des coups de bton.

Il n'y a rien d'exagr dans ce que je viens de dire, et plusieurs
personnes qui sont venues ou ont vcu dans les prisons se rappelleront
d'avoir vu tout cela dans le mme moment.

J'ai dit que les chiens jouoient un grand rle dans ces prisons;
cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
fidlit n'est pas  toute preuve. Parmi ces chiens, il en est un
distingu par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbre se
nomme _Ravage_. Il toit charg pendant la nuit de la garde de la cour
du prau. Des prisonniers avoient, pour s'chapper, fait un trou (en
argot, un _housard_); rien ne s'opposoit plus  leur dessein, sinon la
vigilance de _Ravage_ et le bruit qu'il pourroit faire. _Ravage_ se
tait; mais le lendemain matin, on s'aperut qu'on lui avoit attach 
la queue un assignat de cent sous avec un petit billet o toient
crits ces mots: _On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
sous et un paquet de pieds de mouton_. Ravage promenant et publiant
ainsi son infamie, fut un peu dcontenanc par les attroupements qui
se formrent autour de lui et les clats de rire qui partoient de tous
cts. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
quelques heures de cachot.

Revenons au ct _des douze_. Ce ct a aussi une cour qu'occupent
les femmes. La partie occupe par les hommes n'a d'autre promenade
qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le rverbre
allum, et un petit vestibule spar de la cour des femmes par une
grille. Les hommes peuvent parler aux femmes  travers cette grille,
et plus d'une fois les tendres panchements de l'amour y ont fait
oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.

Les chambres des femmes sont aussi divises en chambres  la pistole
et en chambres  la paille. Les pistoles occupent le premier, les
chambres des _pailleuses_[96-A] sont au rez-de-chausse, derrire une
arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a t force de les
habiter. Il faudroit aussi un rgime qui ne tendt pas  dgrader les
tres qui y sont soumis.

Il n'y a de ce ct pour les hommes que des chambres a la pistole,
c'est--dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
sous les mois suivans. On a rduit ce loyer  15 livres par mois. Le
mme lit a souvent rapport plusieurs loyers en un mois[96-B]; aussi
la Conciergerie est-elle le premier htel garni de Paris quant au
produit.

L'un des grands inconvnients de ce ct toit le voisinage de
l'infirmerie; on y a longtemps vcu au milieu des fivres les plus
dangereuses. Les malades, entasss deux  deux sur de mchants
grabats, toient bien ce que la misre humaine peut offrir de plus
dplorable: les mdecins daignoient  peine les examiner; il sembloit
qu'il y et des coeurs faits pour s'endurcir  l'approche du malheur.
Ils avoient une ou deux _ptisannes_ qui toient, comme on dit, des
selles  tous chevaux, et qu'ils appliquoient  toutes maladies,
encore toient-elles administres avec une ngligence vraiment
impardonnable. C'toit une chose curieuse de voir avec quel ddain et
quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le docteur en
chef s'approche d'un lit et tte le pouls du malade. Ah! dit-il, il
est mieux qu'hier.--Oui, citoyen docteur, rpond l'infirmier, il est
beaucoup mieux, mais ce n'est pas le mme; le malade d'hier est mort,
et celui-ci a pris sa place.--Ah! c'est diffrent; eh bien, qu'on
fasse la _ptisanne_.

Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu  peu prs dans le
mme temps. On se souvient peut-tre d'un individu qui se faisoit
appeler _Marat-Mauger_, commissaire du pouvoir excutif  Nancy et
dans le dpartement de la Meurthe, dnonc comme ayant us envers les
citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
plus terrible de la manire dont un coquin peut tre tourment par les
remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
en lui un modle. Attaqu d'une fivre trs-violente, il se levoit sur
son lit, et l, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
voix pouvante, il s'crioit: _Voyez-vous dans les ombres de ces
votes la main de mon frre? Il crit en lettres de sang: Tu as mrit
la mort!_ Il prit en effet au milieu des transports de cette
frnsie[96-C].

Il rgnoit parmi les prisonniers de ce ct un genre de courage et de
gaiet vraiment remarquable; on ne se fera jamais une ide juste d'une
existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dpeindre; je
me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
ces prisonniers  un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:

....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment o je perdrois
la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle  chaque
instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
l'arrt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
tribunal; quelques heures aprs nous apprenons leur condamnation; ils
nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mlange
d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaiet en quelque sorte
froce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
effrayants, au point que nous dmontrions tous les jours  un nouvel
arriv de quelle manire cela se fait, par le moyen d'une chaise  qui
nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
chante:

  Quand ils m'auront guillotin,
  Je n'aurai plus besoin de n.

Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamne vient de me faire
appeler: _La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
m'en est pas chapp une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
et je vois avec indiffrence le moment de ma mort._

Cette femme est madame _Lariolette de Tournay_: elle dit avoir
dpens des sommes normes pour la cause de la libert; commissaires
nationaux, gnraux, officiers des armes franoises, ont t
accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zle. Elle
attribue ses malheurs  son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
la main appuye sur une tte de mort; elle a d lui envoyer ce
portrait. L'allgorie est cruelle si le motif en est vrai!...

Les hommes sont trop mchants, trop inutilement atroces, et je ne
regretterois pas une existence aussi pnible et qui ne me prsente
qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!

Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprcie les choses ce qu'elles
valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
parles dans une de tes lettres), me parot  moi une corve fort
incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
aveugle, pouvoit pargner  des tres qui n'ont pas mme assez de
raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
les hommes, que je ne serois pas fch de les quitter. J'ai dj,
comme je t'ai dit, essay l'preuve; c'est le moment de vritable
calme que j'aie got depuis que je suis ici, etc...

C'toit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prvenus
de dlits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
sa libert.]

[Note 96-A: On appelle _pailleux_ et _pailleuses_ ceux et celles qui,
n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligs de
coucher sur la paille.]

[Note 96-B: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
lorsque le tribunal envoyait les victimes  la mort par charretes,
quarante ou cinquante lits taient occups tous les jours par de
nouveaux htes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
donnait par mois un produit de dix-huit  vingt-deux mille livres.]

[Note 96-C: On honore sa mmoire de cette pitaphe:

  Dans un corps sale et pourri
  Gisait une me pouvantable.
  Depuis ce matin, Dieu merci,
  Et l'me et le corps sont au diable.]

C'est dans cette pice que Madame lisabeth avait pass les deux
heures qui avaient prcd son interrogatoire.

Peut-tre sera-t-on dispos  croire qu'entre cet interrogatoire et
le jugement il y eut l'intervalle de temps ncessaire pour que
l'accuse pt runir ses moyens de dfense. Ce serait mal connatre
l'poque rvolutionnaire que de cder  une pareille illusion. Madame
de la Fayette[97], si admirable par le caractre aussi nergique que
gnreux qu'elle dploya au milieu de ces scnes d'horreur, raconte
qu'ayant t transfre de la Force au collge du Plessis, Haly,
concierge de cette dernire prison, lui dit un jour: Je sors de chez
Fouquier-Tinville; je l'ai trouv tendu sur le tapis, ple, ananti;
ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
rpondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
lendemain: Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel mtier! Puis,
comme par instinct, il ajouta: Voyez mon secrtaire; il m'en faut
soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse[98].

[Note 97: Madame de la Fayette, ne Noailles, tait un modle de
bienveillance, de pit et de dvouement conjugal. La journe du 15
octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-l, elle
obtint la faveur de se constituer prisonnire avec ses deux filles
dans les cachots d'Olmutz, auprs de son mari, dont elle partagea la
captivit pendant deux ans.

Elle mourut  Paris dans la nuit de Nol (25 dcembre) 1807, et fut,
selon son dsir, inhume  Picpus, funbre asile qu'elle avait fond
avec sa soeur, la marquise de Montaigu. B.]

[Note 98: _Les prisons en 1793_, par madame la comtesse DE BOHME, ne
de Girardin, 1 vol. in-8, p. 130.]

On le voit, c'est irrgulirement et au hasard que l'on tuait dans ce
temps-l. Aussi l'interrogatoire que nous avons donn plus haut n'est
qu'une comdie drisoire qui ne prsente aucune garantie 
l'innocence.

On n'impute mme  l'accuse aucun grief qui lui soit personnel. Elle
est la soeur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voil ses
crimes. Si le tribunal est d'avance rsolu  tuer la prvenue, la
prvenue sait elle-mme,  n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
 attendre du tribunal.

Cependant quelqu'un, se disant autoris par Madame lisabeth, reste
en ralit trangre  cette dmarche, tait all avertir M.
Chauveau-Lagarde qu'il tait dsign pour la dfendre. Il se prsenta
aussitt  la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il rclama prs de
Fouquier-Tinville, qui lui rpondit: Vous ne pouvez la voir
aujourd'hui; rien ne presse: elle ne sera pas juge de sitt.
Cependant, malgr la fausse assertion de Fouquier, le procs de madame
lisabeth allait bientt commencer. Je ne sais quel vague
pressentiment, quelle apprhension et quelle anxit douloureuse
poussrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperut Madame lisabeth,
vtue de blanc, environne d'un grand nombre d'accuss, assise sur le
haut des gradins, o on l'avait place la premire pour la mettre plus
en vidence! Toute confrence avec elle lui tait ncessairement
interdite. Elle ignore mme sans doute qu'un homme, dans cette
enceinte, se lvera pour la dfendre. Parmi les personnes qu'on lui a
associes, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontres  la cour: la
marquise de Snozan, soeur de Malesherbes; madame de Crussol
d'Amboise; M. de Lomnie, ancien ministre de la guerre, et madame de
Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires trangres massacr
 l'Abbaye le 2 septembre 1792. La soeur de Louis XVI tait inconnue
de presque tous les autres accuss. Cependant, ds le matin,
quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononc le
nom d'lisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au prau,
avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
prisonniers s'tait porte sur elle. La soeur de Louis XVI n'en fut
pas trouble: toujours matresse d'elle-mme, elle avait tant de
srnit et de sang-froid qu'elle en communiquait aux mes les plus
troubles: elle ne songeait qu' donner des consolations, la paix du
coeur et la grce de Dieu  ces infortunes sans espoir, pour
lesquelles toutes portes taient fermes, except celle qui ouvrait du
ct du ciel.

Cependant Ren-Franois Dumas, prsident du tribunal, a ouvert
l'audience; Gabriel Delige et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
 ses cts.

Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rdige le
procs-verbal.

Les jurs, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyre,
Prieur, Besnard, Five, Sambat et Desboisseaux.

Le prsident Dumas, s'adressant  Madame lisabeth:

Quel est votre nom?

_R._ lisabeth-Marie.

       *       *       *       *       *

Le _Moniteur_ ne dit pas, mais un grand nombre de personnes prsentes
ont racont qu' cette premire question Madame lisabeth rpondit:
Je me nomme lisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de
Louis XVII, votre Roi. J'ai connu moi-mme une personne digne de foi
qui m'a assur avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
qu'elles ont t prononces.

       *       *       *       *       *

_D._ Votre ge?

_R._ Trente ans.

_D._ O tes-vous ne?

_R._ A Versailles.

_D._ O rsidez-vous?

_R._ A Paris.

[Illustration: ACTE D'ACCUSATION.

Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
Rvolutionnaire, tabli  Paris par dcret de la Convention nationale
du 10 mars 1793, l'an deuxime de la Rpublique, sans aucun recours au
Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir  lui donn par l'article
deux d'un autre dcret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autoris  faire arrter,
poursuivre et juger sur la dnonciation des autorits constitues ou
des citoyens.

Expose,]

Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
suit[99]:

[Note 99: Nous intercalons  cette page le commencement de ce factum,
reproduisant en _fac-simile_ la pice imprime et remplie par
l'criture autographe de l'accusateur public.]

ANTOINE-QUENTIN FOUQUIER,

Accusateur public du Tribunal Rvolutionnaire tabli  Paris par
dcret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l'an deuxime de
la Rpublique, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
du pouvoir  lui donn par l'article deux d'un autre dcret de la
Convention du 5 avril suivant, portant que l'Accusateur public dudit
Tribunal est autoris  faire arrter, poursuivre et juger, sur la
dnonciation des autorits constitues ou des citoyens;

Expose que, par diffrents arrts du comit de sret gnrale de la
Convention, des comits rvolutionnaires de diffrentes sections de
Paris, du dpartement de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrt
dcerns par l'accusateur public, ont t traduits au Tribunal:

   1 Marie lisabeth Capet, soeur de Louis Capet, le dernier des
     tirans des Franais, ge de trente ans, ne  Versailles;

   2 Anne _Duwaes, veuve de L'aigle_, cy devant marquise, ne 
     Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant  Montagne
     belair, cy devant Saint Germain en Laye, dpartement de Seine et
     Oise, ge de cinquante cinq ans;

   3 Louis Bernardin Leneuf _Sourdeval_, g de soixante neuf ans,
     n  Caen, ex comte, demeurant actuellement  Chatou, dpartement
     de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
     dpartement du Calvados;

   4 Anne Nicole _Lamoignon_, veuve du cy devant marquis de
     _Senozan_, ge de soixante seize ans, n  Paris, y demeurant;

   5 Claude Louise Anglique _Bersin_, femme spare de corps et de
     biens, depuis huit ans, de _Crussol d'Amboise_, ge de soixante
     et quatre ans, cy devant marquise, ne  Paris, y demeurant;

   6 Georges _Folloppe_, g de soixante quatre ans, officier
     municipal de la Commune de Paris et pharmacien, n  cales Alix,
     prs d'Yvetot, demeurant  Paris, rue et porte Honor;

   7 Denise _Buard_, fille, ge de cinquante deux ans, vivant de
     son bien, ne  Paris, y demeurant, rue Florentin, n 674;

   8 Louis Pierre Marcel _Letellier_, dit _Bullier_, g de 21 ans
     et demi, cy devant employ  l'habillement, n  Paris, y
     demeurant, rue Florentin, n 674;

   9 Charles _Cressy Champmilon_, g de trente trois ans, cy
     devant noble, ayant servi en qualit de sous lieutenant dans le
     cy devant rgiment de vieille marine, natif de Courlon, prs
     Sens, dpartement de l'Yonne, depuis s'annonant avoir fait le
     commerce;

  10 Thodore _Hall_, g de vingt six ans, manufacturier et
     ngotiant, natif de Sens, y demeurant, dpartement de l'Yonne;

  11 Alexandre Franois _Lomenie_, g de _trente_ six ans, n 
     Marseille, y demeurant, cy devant colonel du rgiment des
     chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitt en mil sept cent
     quatre vingt dix, ex comte, domicilie  Brienne, et arrt  Sens
     en visite;

  12 Louis Marie Athanase _Lomenie_, g de soixante quatre ans,
     n  Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la rvolution
     maire de Brienne[100];

[Note 100: Nous possdons quelques pages crites par lui  la hte
pour sa dfense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
le tribunal. Voir aux Pices justificatives, n VI.]

  13 Antoine Hugues Calixte _Montmorin_, g de vingt deux ans, n
      Versailles, sous lieutenant dans le cinquime rgiment de
     chasseurs  cheval, grade dont il a donn sa dmission le cinq
     septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant  Passy,
     dpartement de l'Yonne;

  14 Jean Baptiste _Lhoste_, g de quarante sept ans, n 
     Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
     toit le domestique, demeurant  Paris;

  15 Martial _Lomenie_, ex coadjuteur de l'vch du dpartement
     de l'Yonne, g de trente ans, n  Marseille, demeurant  Sens,
     ex noble;

  16 Antoine Jean Franois _Megret de Serilly_, g de quarante
     huit ans, n  Paris, cy devant trsorier gnral de la guerre
     jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
     mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant  Passy, district de
     Sens, dpartement (_sic_);

  17 Antoine Jean Marie _Megret Dtigny_, g de quarante six ans,
     n  Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
     franaises, qu'il a quitt en mil sept cent quatre vingt sept, ex
     noble, demeurant  Sens, dpartement de Lyonne;

  18 Charles _Lomenie_, g de trente trois ans, n  Marseille,
     cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domicilie
      Brienne, dpartement de Laube.

  19 Franoise Gabrielle _Taneffe_, veuve _Montmorin_, ex ministre
     des affaires trangres, ne  Chadrin, en Auvergne, dpartement
     du Puy de Dme, ge de cinquante sept ans, demeurante, lors de
     son arrestation,  Passy, dpartement de Lyonne, chez la nomme
     Serilly;

  20 Anne Marie Charlotte _Lomenie_, divorce de l'migr Canizy,
     ge de vingt neuf ans, ne  Paris, domicilie  Sens,
     dpartement de Lyonne, et  Paris, rue Georges, section du
     Mont-Blanc, n 18;

  21. Marie Anne Catherine _Rosset_, ge de quarante quatre ans,
     ne  Rochefort, dpartement de la Charente, femme de Charles
     Christophe Rossel-Cercy, officier de marine migr, demeurant,
     lors de son arrestation,  Sens;

  22. lisabeth Jacqueline _Lhermitte_, femme de Rosset, ge de
     soixante cinq ans, ne  Paris, demeurant  Sens. Son mari cy
     devant lieutenant colonel des carabiniers, marchal de camp, ex
     noble, migr;

  23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, g de soixante ans,
     n  Sens, y demeurant, prtre et ex chanoine de la cy devant
     cathdrale de Sens, ex noble;

  24. Anne Marie Louise _Thomas, f{e} Serilly_, ge de trente un
     ans, ne  Paris, demeurant  Passy, dpartement de Lyonne;

  25. Et Jean Baptiste _Dubois_, g de quarante un ans, n 
     Merfy, district de Reims, dpartement de la Marne, domestique
     d'tigny, qui demeurait chez sa mre, vieille rue du Temple;

Que c'est  la famille des Capets que le peuple franais doit tous
les maux sous le poids desquels il a gmi pendant tant de sicles.

C'est au moment o l'excs de l'oppression a forc le peuple de
briser ses chanes, que toute cette famille s'est runie pour le
plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncels de Capet, de
la Messaline Antoinette, des deux frres Capet et d'lisabeth, sont
trop connus pour qu'il soit ncessaire d'en retracer ici l'horrible
tableau. Ils sont crits en caractres de sang dans les annalles de la
rvolution, et les atrocits inouies exerces par les barbares migrs
ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
les plus froces, qu'ils commettent sur le territoire franais, sont
encore commands par cette dtestable famille, et pour livrer de
nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
individus.

lisabeth a partag tous ses crimes: elle a coopr  toutes les
trames,  tous les complots forms par ses infmes frres, par la
scleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
conspirateurs qui s'toient runis autour d'eux; elle est associe 
tous leurs projets; elle encourage les assassins de la patrie, les
complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la conjuration du
six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy, et d'autres
qui viennent d'tre frapps du glaive de la loi, toient les agents;
enfin toute cette chane non interrompue de conspirations, pendant
quatre ans entiers, ont t suivis et seconds de tous les moyens qui
toient au pouvoir d'lisabeth. C'est elle qui, au mois de juin mil
sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui toient une
proprit nationale, a l'infme d'Artois, son frre, pour le mettre en
tat d'excuter les projets concerts avec lui, et soudoyer des
assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient avec son autre
frre, devenu aujourdhuy l'objet de la drision, du mpris des
despotes coaliss chez lesquels il est all dposer son imbcille et
lourde nullit, la correspondance la plus active; c'est elle qui
vouloit, par l'orgueil et le ddain le plus insultant, avilir et
humilier les hommes libres qui consacroient leur temps  garder leur
tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins envoys
aux Champs lises par le despote provoquer les braves Marseillois, et
pansoit les blessures qu'ils avoient reues dans leur fuite
prcipite.

lisabeth avoit mdit avec Capet et Antoinette le massacre des
citoyens de Paris dans l'immortelle journe du dix aoust. Elle
veilloit dans l'espoir d'tre tmoin de ce carnage nocturne. Elle
aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
ses discours des jeunes personnes que des prtres fanatiques avoient
conduites au chteau pour cette horrible occupation. Enfin, trompe
dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
les citoyens se prsenteroient pendant la nuit pour renverser la
tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
dans le temple de la souverainet nationale que la horde d'esclaves
soudoys et dvous aux forfaits de cette cour parricide aye noy dans
le sang des citoyens la libert, et lui aye fourni les moyens
d'gorger ensuite ces reprsentants, au milieu desquels ils avoient
t chercher un asile.

Enfin on l'a vu, depuis le supplice mrit du plus coupable des
tyrans qui ait dshonor la nature humaine, provoquer le
rtablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
Capet les hommages de la royaut et les prtendus honneurs du
throne[101].

[Note 101: Voir, p. 205, la liste des coaccuss de Madame lisabeth.]

       *       *       *       *       *

En vrit, on se demande si l'on rve quand on lit ce libelle de
Fouquier, o les arguments sont des sophismes, o les pithtes sont
des injures, o les faits relats sont des mensonges. Mais on se
souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
tribunal tait digne de les entendre, Madame lisabeth aussi tait
capable de les pardonner.

       *       *       *       *       *

     _Procs-verbal de la sance du tribunal rvolutionnaire, tabli
     par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
     la mme anne, sant  Paris, au palais de justice._

Du vingt et un floral de l'an second de la Rpublique franoise, dix
heures du matin.

L'audience ouverte au public, le tribunal, compos des citoyens
Ren-Franois Dumas, prsident; Gabriel Delige et Antoine-Marie
Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
Charles-Adrien Legris, commis greffier.

Sont entrs:

Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, Prieur, Besnard, Five, Sambatz et
Desboisseaux, jurs de jugement; ensuite ont t introduits  la
barre, libres et sans fers, et placs de manire qu'ils toient vus et
entendus du tribunal et des auditeurs: lisabeth Capet; Anne Duwaes,
veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval; Anne-Nicole
Lamoignon, veuve Snozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-aprs nomms,
accuss; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
Duchteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et dfenseurs officieux,
qui ont prt le serment de n'employer que la vrit dans la dfense
des accuss, et de se comporter avec dcence et modration; ensuite
les tmoins de l'accusateur public ont t pareillement introduits.

Le prsident, en prsence de tout l'auditoire, compos comme
ci-dessus, a fait prter auxdits jurs,  chacun individuellement, le
serment suivant: Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
l'attention la plus scrupuleuse les charges portes contre les
dnomms, accuss prsents devant vous (ci-devant nomms), de ne
communiquer avec personne jusqu'aprs votre dclaration; de n'couter
ni la haine ou la mchancet, ni la crainte ou l'affection; de vous
dcider d'aprs les charges et moyens de dfense, et suivant votre
confiance et votre intime conviction, avec l'impartialit et la
fermet qui conviennent  un homme libre. Aprs avoir prt ledit
serment, lesdits jurs se sont placs sur leurs siges dans
l'intrieur de l'auditoire, en face des accuss et des tmoins.

Le prsident a dit aux accuss qu'ils pouvoient s'asseoir; aprs quoi
il leur a demand leurs nom, ge, profession, demeure, et le lieu de
leur naissance.

A quoi ils ont rpondu se nommer lisabeth Capet, soeur de Louis
Capet, dernier tyran des Franois, demeurant  Paris.

2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, ge de
cinquante-cinq ans, ne  Keisnith, en Allemagne, demeurant  la
montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, dpartement de
Seine-et-Oise.

3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, g de soixante-neuf ans, etc.

[Suit la liste, voir page 205.]

Le prsident a averti les accuss d'tre attentifs  ce qu'ils
alloient entendre, et il a ordonn au greffier de lire l'acte
d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
relative aux faux tmoins,  haute et intelligible voix. Le prsident
a dit aux accuss: Voil de quoi vous tes accuss; vous allez
entendre les charges qui vont tre produites contre vous.

Le tmoin prsent par l'accusateur public et assign  sa requte a
t introduit en l'audience, et aprs avoir entendu la lecture faite
par le greffier, s'est retir.

Le prsident a ensuite fait appeler le tmoin pour faire sa
dclaration, et avant de la faire il lui a fait prter le serment
suivant: Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
dire la vrit, toute la vrit, rien que la vrit; ensuite il lui a
demand s'il est parent, ami, alli, serviteur ou domestique des
accuss ou de l'accusateur public; si c'est des accuss prsents
devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
connoissoit avant le fait qui a donn lieu  l'accusation,  quoi il a
rpondu de la manire et ainsi qu'il suit:

La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, ge de trente-trois ans,
ne  la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
domestique, demeurant audit lieu, connot l'accuse veuve de l'Aigle;
n'est parente, dpose, etc.

Le prsident fait les questions suivantes  Madame lisabeth:

O tiez-vous dans les journes des 12, 13 et 14 juillet 1789,
c'est--dire aux poques des premiers complots de la cour contre le
peuple?

J'tois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
dont vous me parlez; ce sont des vnements que j'tois loin de
prvoir et de seconder.

Lors de la fuite du tyran, votre frre,  Varennes, ne l'avez-vous pas
accompagn?

Tout m'ordonnoit de suivre mon frre, et je m'en suis fait un devoir
dans cette occasion comme dans toute autre.

N'avez-vous pas figur dans l'orgie infme et scandaleuse des gardes
du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
Marie-Antoinette pour faire rpter  chacun des convives le serment
affreux d'exterminer les patriotes pour touffer la libert dans sa
naissance et rtablir le trne chancelant?

J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
dclare n'en avoir t aucunement instruite.

Vous ne dites pas la vrit, et votre dngation ne peut vous tre
d'aucune utilit, lorsqu'elle est dmentie d'une part par la notorit
publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade  tout homme
sens qu'une femme aussi intimement lie que vous l'tiez avec
Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amiti la
plus troite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
avoir eu communication et de les avoir favorises de tout son pouvoir;
vous avez ncessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqu le
serment abominable prt par les satellites de la cour, d'assassiner
et anantir la libert dans son principe; vous avez galement provoqu
les outrages sanglants faits au signe prcieux de la libert, la
cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
complices?

J'ai dj dclar que tous ces laits m'toient trangers, je n'y dois
point d'autre rponse.

O tiez-vous dans la journe du 10 aot 1792?

J'tois au chteau, ma rsidence ordinaire et naturelle depuis quelque
temps.

N'avez-vous pas pass la nuit du 9 au 10 aot dans la chambre de votre
frre, et n'avez-vous pas eu avec lui des confrences secrtes qui
vous ont expliqu le but, le motif de tous les mouvements et
prparatifs qui se faisoient sous vos yeux?

J'ai pass chez mon frre la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
l'ai quitt; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
n'ai rien remarqu dans sa conduite ni dans ses discours qui pt
m'annoncer ce qui s'est pass depuis.

Mais votre rponse blesse  la fois la vrit et la vraisemblance, et
une femme comme vous, qui a manifest dans tout le cours de la
rvolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
ne peut tre crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
cause des rassemblements de toute espce qui se faisoient au chteau
la veille du 10 aot. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empche
de vous coucher la nuit du 9 au 10 aot?

Je ne me suis pas couche parce que les corps constitus toient venus
faire part  mon frre de l'agitation, de la fermentation des
habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en rsulter.

Vous dissimulez en vain, surtout d'aprs les diffrents aveux de la
femme Capet, qui vous a dsigne comme ayant assist  l'orgie des
gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
alarmes du 10 aot sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
l'intresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
active que vous avez prise  l'action qui s'est engage entre les
patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre zle et votre
ardeur  servir les ennemis du peuple,  leur fournir des balles que
vous preniez la peine de mcher, comme devant tre diriges contre les
patriotes, comme destines  les moissonner. Ce sont les voeux bien
publics que vous faisiez pour que la victoire demeurt au pouvoir des
partisans de votre frre, les encouragements en tout genre que vous
donniez aux assassins de la patrie: que rpondez-vous  ces derniers
faits?

Tous ces faits qui me sont imputs sont autant d'indignits dont je
suis bien loin de m'tre souille.

Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait prcder l'vasion
honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
appartenant alors  la nation, et ne les avez-vous pas envoys 
d'Artois?

Ces diamants n'ont pas t envoys  d'Artois; je me suis borne  les
dposer entre les mains d'une personne de confiance.

Voudriez-vous dsigner le dpositaire de ces diamants, nous le nommer?

M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dpt.

Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confis  Choiseul?

J'ignore absolument quel a pu tre le sort de ces diamants, n'ayant
pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
d'inquitude et je ne m'en suis nullement occupe.

Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
sont faites, et singulirement sur le fait des diamants; car un
procs-verbal du 12 septembre 1792, bien rdig en connoissance de
cause par les reprsentants du peuple lors de l'affaire relative au
vol de ces diamants, constate d'une manire sans rplique que ces
diamants ont t envoys  d'Artois. N'avez-vous pas entretenu des
correspondances avec votre frre, le ci-devant Monsieur?

Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
sont prohibes.

N'avez-vous pas donn des soins en pansant vous-mme les blessures des
assassins envoys aux Champs-lyses par votre frre contre les braves
Marseillois?

Je n'ai jamais su que mon frre et envoy des assassins contre qui
que ce soit; s'il m'est arriv de donner des secours  quelques
blesss, l'humanit seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
mrite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!

Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanit dont vous vous
parez avec cette joie cruelle que vous avez montre en voyant couler
des flots de sang dans la journe du 10 aot. Tout nous autorise 
croire que vous n'tes humaine que pour les assassins du peuple, et
que vous avez toute la frocit des animaux les plus sanguinaires pour
les dfenseurs de la libert; loin de secourir ces derniers, vous
provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de dsarmer
les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez  pleines mains les
instruments de la mort  l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
vos complices, de rtablir le despotisme et la tyrannie. Voil
l'humanit des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifi
des millions d'hommes  leurs caprices,  leur ambition et  leur
cupidit! L'accuse lisabeth, dont le plan de dfense est de nier
tout ce qui est  sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
qu'elle a berc le petit Capet dans l'espoir de succder au trne de
son pre, et qu'elle a ainsi provoqu la royaut?

Je causois familirement avec cet infortun, qui m'toit cher  plus
d'un titre, et je lui administrois en consquence les consolations qui
me paroissoient capables de le ddommager de la perte de ceux qui lui
avoient donn le jour.

C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
des projets de vengeance que vous et les vtres n'avez cess de former
contre la libert, et que vous vous flattiez de relever les dbris
d'un trne bris en l'inondant du sang des patriotes!

       *       *       *       *       *

Le prsident procde ensuite  l'interrogatoire des autres accuss,
interrogatoire qui se borne  quelques questions insignifiantes. Le
_Moniteur_, et aprs lui les historiens, ne font aucune mention des
paroles du dfenseur de Madame lisabeth; et ce silence semblerait
annoncer que Madame lisabeth ne fut pas dfendue. Cependant si le
dbat fut rapide, si tout rapport entre l'accuse et son dfenseur a
t matriellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
leva aprs l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
dont il nous a donn lui-mme la substance:

Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procs qu'un protocole
banal d'accusation, sans pices, sans interrogatoire, sans tmoins, et
que par consquent, l o il n'existoit aucun lment lgal de
conviction, il ne sauroit y avoir de conviction lgale.

J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer  l'auguste accuse que ses
rponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'toit dans
ces rponses elles seules que tous les dbats consistoient; mais que
ces rponses elles-mmes, loin de la condamner, devoient au contraire
l'honorer  tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
que la bont de son coeur et l'hrosme de son amiti.

Puis, aprs avoir dvelopp ces premires ides, je finis en disant
qu'au lieu d'une dfense je n'aurois plus  prsenter pour Madame
lisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance o j'tois
d'en trouver une qui ft digne d'elle, il ne me restoit plus qu'une
seule observation  faire: c'est que la Princesse qui avoit t  la
cour de France le plus parfait modle de toutes les vertus ne pouvoit
pas tre l'ennemie des Franois.

Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu _l'audace de parler_ de ce
qu'il appeloit _les prtendues vertus de l'accuse, et d'avoir ainsi
corrompu la morale publique_. Il fut ais de s'apercevoir que Madame
lisabeth, qui jusqu'alors toit reste calme et comme insensible 
ses propres dangers, fut mue de ceux auxquels je venois de
m'exposer.

Aprs que l'accusateur public et les dfenseurs ont t entendus, le
prsident dclare les dbats ferms; il fait le rsum du procs, je
dois dire des diffrents procs, car il y en avait autant que
d'accuss; puis il remet au prsident du jury l'crit suivant, servant
de prambule  une question qui est uniformment la mme pour chacun
des accuss:

Il a exist des complots et conspirations forms par Capet, sa femme,
sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
provocations  la guerre extrieure de la part des tyrans coaliss, 
la guerre civile dans l'intrieur, ont t formes, des secours en
hommes et en argent ont t fournis aux ennemis, des troupes ont t
rassembles, des dispositions ont t faites, des chefs nomms pour
assassiner le peuple, anantir la libert et rtablir le despotisme.

Anne-lisabeth Capet est-elle complice de ces complots?

Les jurs, aprs quelques minutes de dlibration, rentrent  la salle
d'audience, et donnent une dclaration affirmative contre Madame
lisabeth et les autres accuss.

Vu par le tribunal rvolutionnaire l'acte d'accusation dress par
l'accusateur public prs icelui,

1. Contre lisabeth Capet, soeur de Louis Capet, dernier tyran des
Franois, ne  Paris, y demeurant;

2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, ge de
cinquante-cinq ans, ne  Keisnith, en Allemagne, demeurant  la
montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, dpartement de
Seine-et-Oise.

3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....

[Suit la liste des 25 accuss prcdemment donne.] et dont la teneur
suit:

Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.

[Rptition de l'acte d'accusation.]

L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
contre lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
Leneuf Sourdeval, etc....

[Suit la liste des 25 accuss.]

Le procs-verbal d'crou et remise de leurs personnes en la maison de
justice de la Conciergerie, aussi du mme jour; et la dclaration du
jur du jugement faite individuellement et  haute et intelligible
voix en l'audience publique du tribunal, portant qu'il a exist des
complots et conspirations forms par Capet, etc.

[Ici rptition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
tribunal.]

Qu'il est constant que

lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
Sourdeval, etc.,

[Liste des 25.]

sont convaincus d'tre complices de ces complots;

Le tribunal, aprs avoir entendu l'accusateur public sur l'application
de la loi, condamne lisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve _de l'Aigle_;
Louis-Bernard _Leneuf Sourdeval_, Anne-Nicole _Lamoignon, veuve
Snozan_; Claude-Louise-Anglique _Bersin, femme Crussol d'Amboise_;
Georges _Foloppe_, Denise _Buard_, Louis-Pierre-Marcel _Letellier,
dit Bullier_; Charles _Cressy-Champmilon_, Thodore _Hall_,
Alexandre-Franois _Lomnie_, Louis-Marie-Athanase _Lomnie_,
Antoine-Hugues-Calixte _Montmorin_, Jean-Baptiste _l'Hoste_, Martial
_Lomnie_, Antoine-Jean-Franois _Mgret-Srilly_, Antoine-Jean-Marie
_Mgret-d'tigny_, Charles _Lomnie_, Franoise-Gabrielle _Taneff,
veuve Montmorin_; Anne-Marie-Charlotte _Lomnie, femme divorce de
l'migr Canilly_; Marie-Anne-Catherine _Rosset, femme Rosset-Cercy_;
lisabeth Jacqueline _l'Hermite, femme Rosset_; Louis-Claude
_l'Hermite-Chambertrand_; Anne-Marie-Louise _Thomas, femme
Mgret-Srilly_, et Jean-Baptiste _Dubois_,  LA PEINE DE MORT,
conformment  l'article quatre de la premire section du titre
premier de la deuxime partie du Code pnal, dont a t fait lecture,
et lequel est ainsi conu: Toute manoeuvre, toute intelligence avec
les ennemis de la France tendant soit  faciliter leur entre dans les
dpendances de l'empire franois, soit  leur livrer des villes,
forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant  la
France, soit  leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
munitions, soit  favoriser d'une manire quelconque le progrs de
leurs armes sur le territoire franois ou contre nos forces de terre
ou de mer, soit  branler la fidlit des officiers, soldats et des
autres citoyens envers la nation franoise, seront punis de mort, et
encore en conformit de l'article deux de la seconde section du titre
premier de la seconde partie du Code pnal, dont a t pareillement
fait lecture, et lequel est ainsi conu: Toutes conspirations et
complots tendant  troubler l'tat par une guerre civile en armant les
citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorit
lgitime, seront punis de mort;

Dclare les biens desdits lisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
Sourdeval, etc.,

[Suit la liste.]

acquis  la Rpublique. En consquence de l'article deux du titre
deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize (vieux
style), dont a t aussi fait lecture, et lequel est ainsi conu: Les
biens de ceux qui seront condamns  la peine de mort seront acquis 
la Rpublique, sauf  pourvoir  la subsistance des veuves, enfants,
s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs,

Ordonne qu' la diligence de l'accusateur public le prsent jugement
sera excut dans les vingt-quatre heures sur la place de la
Rvolution de cette ville, et qu'il sera imprim, lu, publi et
affich dans toute l'tendue de la Rpublique.

Fait et prononc en l'audience publique du tribunal le vingt et unime
jour de floral, l'an deuxime de la Rpublique franoise une et
indivisible, par les citoyens Ren-Franois Dumas, prsident; Gabriel
Delige et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont sign le prsent
jugement avec le greffier.

[Illustration: Signatures.]

En consquence, ils sont tous condamns  mort. Comme nos lecteurs ont
pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans l'acte
d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refus de se
soustraire, par sa dclaration, au sort commun. Madame lisabeth fait
avertir les juges, et la sauve[102].

[Note 102: Cejourdhuy vingt un floral, l'an deuxime de la
Rpublique, sur l'avis  nous donn par l'accusateur public qu'une des
condamnes par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
dclarations  faire, nous Pierre Andr Coffinhal, juge du tribunal,
en prsence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
l'accusateur public, et assist de Anne Ducray, commis greffier, nous
sommes transport au greffe de la maison d'arrt de la Conciergerie,
o nous avons mand et fait venir par devant nous la nomme Anne Marie
Louise Thomas, femme Serilly, ge de trente un ans, condamne  la
peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
dclar quelle toit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
dclaration lui avons donn acte; en consquence et ouy l'accusateur
public, disons quelle sera vue et visite  l'instant par les
officiers de sant asserments prs le tribunal, pour, aprs leur
rapport sur l'tat deladitte f{e} Serilly, tre par l'accusateur
public requis et par le tribunal ordonn ce qu'il appartiendra.

De ce que dessus avons dress le prsent procs verbal, que nous avons
sign avec laditte f{e} Serilly, l'accusateur public et le commis
greffier.

             GRIBAUVAL, subst. DUCRAY. THOMAS SERILLY. COFFINHAL.

       *       *       *       *       *

Nous, officiers de sant asserments au tribunal criminel
rvolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
tribunal;

Sur la rquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
la nom Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condann  mort
cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater ltat de
grossesse de six semaine, conformment  sa dclaration.

Aprs la visite la plus scrupuleuse tant des parties intrieures
questerieure, nous avons trouve le col de la matrice trs bas et dure
et gonfl, le ventre tendue et gonfl, les seins douloureux et peu
lev; nous ayant rpondue sur les difrentes questions que nous lui
avons faite sur son tat, quel avoit prouv quelque uns des simptomes
et accident qu'prouvent ordinairements les femmes dans le
commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
signes annonoient bien un commencement de grossesse, que depuis prs
de deux mois elle n'avoit pas ses rgles. Mais comme tout ces signes
et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
un jugement dfinitif, nous renvoyons a un termes plus loign, qui
est le cinquime mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
en imposer. A Paris, ce vingt un floral de l'an deux de la Rpublique
franoise une et indivisible.

                                    PAQUIN, veuve PRIOUX. BAVARD.

       *       *       *       *       *

_Tribunal rvolutionnaire._

Vu par le tribunal rvolutionnaire tabli par la loi du 10 mars 1793,
sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
dlgus au tribunal par la loi du cinq avril de la mme anne, sant
au Palais de justice,  Paris, la dclaration faite par Anne Marie
Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floral prsent mois,
l'ordonnance du tribunal tant ensuite; ensemble le rapport des
officiers de sant et matrone asserments; ensemble le rquisitoire de
l'accusateur public; tout considr,

Le tribunal assembl en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
sur l'tat actuel de la femme Serilly, rsultant du rapport des
officiers de sant du tribunal, ordonne qu'il sera surcis 
l'excution du jugement dujourdhuy  l'gard de la femme Serilly,
jusqu' ce qu'il en ait t autrement ordonn.

Fait et jug en la chambre du conseil, le vingt deux floral l'an
deuxime de la Rpublique, par les citoyens Subleyrac, vice prsident,
Denizot, Ardouin, Delige et Maire, juges, qui ont sign le prsent
jugement avec le commis greffier.

                                                  SUBLEYRAC.
                          DENIZOT.   A. M. MAIRE.   ARDOUIN.
                                     DELIGE.

_Nota_. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transfre
 l'vch, d'o elle fut mise en libert aprs le 9 thermidor. B.]

Les mots de _peine de mort_ et d'_excution dans les vingt-quatre
heures_ avaient produit un lger mouvement sur les bancs o sont assis
les accuss. Mais ces mots, Madame lisabeth les a entendus sans
changer de visage. Oublieuse d'elle-mme, sa pense, qui est toute en
Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associs  sa condamnation, et avec
lesquels elle est ramene pour quelques instants  la Conciergerie.

Au moment o elle sortait du tribunal, Fouquier dit au prsident: Il
faut avouer cependant qu'elle n'a pas pouss une plainte.--De quoi se
plaindroit-elle donc, lisabeth de France[103]? rpondit Dumas avec
une gaiet ironique. Ne lui avons-nous pas form aujourd'hui une cour
d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empchera de se croire
encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au pied de
la sainte guillotine, entoure de toute cette fidle noblesse[104].

[Note 103: Cette expression ironique _lisabeth de France_ dans la
bouche de Dumas, en rappelant la rponse qu'elle lui a faite elle-mme
quand il lui a demand son nom, apporte, ce me semble, une grande
force  l'opinion que j'ai mise plus haut. B.]

[Note 104: Ces dtails ont t affirms par des membres du jury et par
des spectateurs prsents au jugement; M. Georges Duval, qui les tenait
d'eux, les rapporte dans ses _Souvenirs thermidoriens_.]

Ces vingt-quatre personnes marques pour l'chafaud, dfilant
lentement sous de longues votes au milieu des spectateurs, qui, pour
les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidit,
sont conduites dans la salle des condamns  mort pour y attendre le
bourreau. Cette salle, longue, troite, obscure, n'est spare du
greffe que par une porte et une cloison vitres, et n'a pour tout
mobilier que des bancs de bois adosss  la muraille.

Runie  ces infortuns, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
doivent l'accompagner au Ciel, Madame lisabeth a bientt pris au
milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
par la srnit de son regard, par la tranquillit de son maintien,
par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue  Versailles, 
Montreuil, au milieu de ses amies dvoues qui faisaient le charme de
sa vie, s'oubliant pour ne songer qu' elles, prenant intrt  tout
ce qui les intressait, et ne laissant jamais chapper l'occasion de
jeter dans leur me une de ces semences vangliques que rcolte le
divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernires heures
 la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner 
l'chafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
dj rayonnant de l'aurole de son martyre.

Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les preuves
supportes avec courage, les sacrifices saintement accomplis. Sous
cette parole pntrante, Madame de Snozan, la plus ge des
vingt-cinq victimes, se rassure, et offre  Dieu le peu qui lui reste
de vie avec la mme facilit que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
ouvertes devant eux dans le temps. M. de Lomnie, ancien ministre de
la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
rclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
une sorte d'exaltation, non pas d'tre condamn, mais de se voir
imputer  crime, par Fouquier, les tmoignages d'affection et de
gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui  son
dpartement. Madame lisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
douceur: S'il est beau de mriter l'estime de ses concitoyens, croyez
qu'il est encore plus beau de mriter la clmence de Dieu. Vous avez
montr  vos compatriotes  faire le bien: vous leur montrerez comment
on meurt quand on a la conscience en paix[105].

[Note 105: Nous devons ces dtails au sieur Ferry, garon de bureau
(en 1825) au dpartement des beaux-arts, qui les tenait du sieur
Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrt de la
Folie-Renaud, lequel se trouvait  cette heure  la Conciergerie, o
il venait, selon l'usage, faire le dpt de la dfroque des
supplicis.]

Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a t mise  mort
par la rvolution, ne peut se faire  l'ide de l'immolation de son
fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
dvouement filial. Le sacrifice exig semble impossible  cette mre
dsespre: Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
puis le voir mourir.--Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
lisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
trouver les flicits du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
terre, o il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs! Sous
l'impression de ces paroles, le coeur de madame de Montmorin s'ouvre 
un rayon d'extase; ses fibres se dtendent, ses larmes coulent, et
serrant avec transport son enfant dans ses bras: Viens, viens,
s'crie-t-elle, nous monterons ensemble[106].

[Note 106: Une sainte fille du nom de _Marguerite_, au service de M.
le marquis de Fenouil, et qui avait t jete  la Conciergerie pour
n'avoir point voulu dposer contre son matre, fut tmoin de cette
scne. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son pre infirme
avait reu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que Marguerite
tait au service de M. le marquis de la Suze, grand marchal des logis
du Roi, je demandai  la voir, et elle me raconta ces dtails, que je
suis heureux de consigner ici. B.]

Les tres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
de la vie bravent hroquement la mort quand un grand sentiment les
anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
deux de ses femmes dans sa chambre: une araigne lui faisait peur;
l'ide d'un pril mme imaginaire la remplissait d'pouvante.
L'exemple de Madame lisabeth la transforme tout  coup: elle est
calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.

L'motion s'est communique  tous les condamns. Madame lisabeth
leur apparat,  cette heure terrible, illumine du triple reflet du
divin Matre; car devant ces coeurs briss qui l'entouraient, elle
manifeste la vrit qui claire, la douceur qui attire, la saintet
qui difie.

On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
misrable vie: faisons  Dieu ce faible sacrifice avec rsignation.
Rien de plus propre  remuer profondment les mes que ce souffle
ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
ferme et vivifiante esprance, dont l'glise a fait une vertu, jamais
la charit, jamais le courage, n'ont inspir des paroles plus tendres
et plus hroques. Quelle paupire ne se mouillerait au cri de cette
belle me qui console et qui relve tant d'mes dchires ou abattues!
lisabeth ne cherche point  combattre et  ne pas mourir, elle ne
proteste pas contre l'iniquit des hommes, elle n'a pas un mot de
regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entrane ses
compagnons, et leur montre les bras misricordieux qui leur sont
ouverts.

Cette femme anglique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
grand sujet de joie: elle avait ranim des mes endolories ou inertes;
elle avait fait pntrer la vigueur de la foi dans les dfaillances de
la nature. Elle avait fait de cette dernire heure d'agonie l'preuve
prparatoire du sacrifice; elle avait mouss l'aiguillon de la mort,
et fait poindre  des yeux dj ferms au monde les lueurs anticipes
de la dlivrance.

Le dernier appel se fait bientt entendre. La toilette funbre
s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
bourreau, que Barre appelait les _bires des vivants_, reoivent les
condamns. Madame lisabeth se trouve assise sur la mme charrette que
mesdames de Snozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
elles pendant le trajet de la Conciergerie  la place Louis XV. Aux
plaintes qui chappent  quelques-uns des condamns, elle rpond par
de touchantes exhortations.  la descente du pont Neuf, rapporte un
tmoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tte de la Princesse
se dtache et tombe aux pieds de l'excuteur, qui le ramasse. Ds ce
moment, Madame lisabeth, demeure seule, tte nue, au milieu de ses
compagnons d'infortune, attire par cela mme tous les regards; et
c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
l'eussent peut-tre point remarque, ont pu rendre tmoignage du calme
et de la srnit de ses traits. On arrive  la place de la
Rvolution: Madame descend la premire. Le bourreau, comme pour
l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de ct, et ne
s'appuie pas sur cette main qui s'offre  elle. Les victimes avaient
trouv au pied de l'chafaud une banquette sur laquelle on les fit
asseoir. On prsume que cette attention inaccoutume tait due  un
calcul de prudence: le gouvernement rvolutionnaire avait craint,
a-t-on dit, que la fourne tant considrable, il ne se trouvt
quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
mort et fait dfaillir. Aucun ne dfaillit[107]. Encourag par la
prsence et le regard de la soeur de Louis XVI, chaque condamn s'est
promis de se lever bravement  l'appel de son nom, et d'accomplir sa
tache avec fermet. Le premier nom prononc par l'excuteur est celui
de madame de Crussol. Madame de Crussol se lve aussitt, va
s'incliner devant Madame lisabeth, et tmoignant hautement le respect
et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la
permission de l'embrasser. Bien volontiers, et de tout mon coeur,
lui dit Madame lisabeth avec cette expression d'affabilit qui lui
tait si naturelle; et la royale victime avanant son visage, lui
donne le baiser d'adieu, de supplice et de gloire[108]. Toutes les
femmes qui suivirent obtinrent le mme tmoignage d'affection. Elles
montrent ainsi  l'chafaud, sacres par cet anglique baiser, qui
rappelle les actes des martyrs, pour la bienheureuse immortalit. Les
hommes s'honorrent aussi de leur respect pour Madame lisabeth, en
allant, chacun  son tour, courber devant elle la tte qui, une minute
aprs, tombait sous le couperet de la guillotine. Dj plusieurs ttes
taient tombes, lorsqu'un homme de la lie du peuple, curieux de
savoir quelle tait la personne qu'on saluait ainsi, parvint 
apercevoir sa figure, et reconnut Madame lisabeth. On a beau lui
faire des salamalecs, dit-il avec une expression cynique, la voil
f..... comme l'Autrichienne. Cet homme tait assez prs du banc pour
que sa parole y ft entendue. Madame lisabeth, qui n'avait que de
vagues soupons sur le meurtre de la Reine, bnit le Ciel en apprenant
qu'elle avait cess de souffrir et qu'elle allait la retrouver au sein
de Dieu. Pendant tout le temps que dura le sacrifice, la sainte femme
qui semblait y prsider ne cessa de dire le _De profundis_. Celle qui
allait mourir priait pour les morts. Elle tait rserve  prir la
dernire. Les matres de la guillotine ne pouvant la tuer qu'une fois,
voulurent du moins qu'elle se sentt mourir autant de fois qu'elle
verrait de victimes immoles sous ses yeux. Quand la vingt-troisime
vint s'incliner devant elle, elle lui dit: Courage et foi dans la
misricorde de Dieu; puis elle se lve elle-mme pour se tenir prte
 l'appel de l'excuteur. Elle monte d'un pas ferme les marches de
l'chafaud; ici encore le bourreau lui tend la main; mais l'attitude
de la victime lui fait comprendre qu'elle est assez forte pour y
monter sans secours, et, regardant le ciel, elle se livre 
l'excuteur. Son fichu tombant  terre au moment o on l'attache  la
planche fatale, laisse apercevoir une mdaille d'argent reprsentant
une Immacule Conception de la Vierge, qui tait, ainsi qu'une petite
clef de portefeuille, attache  son cou par un menu cordon de
soie[109]. L'aide du bourreau se mettant en devoir de lui enlever ce
signe de pit, elle lui dit: Au nom de votre mre, monsieur,
couvrez-moi. Ce fut le dernier mot de Madame lisabeth. Jusqu'alors,
 aucune excution on n'avait remarqu autant d'motion autour de la
guillotine. Il n'y eut pas de cris de Vive la Rpublique! Chacun s'en
alla triste de son ct. Le tmoin oculaire dont je tiens ces dtails
ajouta: Au moment o j'aperus la charrette sur laquelle on plaait
les cadavres et les ttes des victimes, je suis partie comme le
vent[110].

[Note 107: S'il tait vrai, comme on l'a prtendu, que Fouquier et
_fait la proposition de saigner les condamns pour affaiblir le
courage qui les accompagnait jusqu' la mort_, on serait dispos 
croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
pu tre faite  la fourne du 10 mai 1794.

Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
prouv  mes yeux, et voici mes raisons:--Les questions rsolues
affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
compris celui-l[107-A]; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
le compte rendu, lequel s'arrte  l'audience du 2 floral. Il est
permis de supposer que la proposition de _la saigne_ fut tablie sur
les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
en effet, comment le jury aurait sans preuve dclar constant ce fait
si trange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
d'videntes dmonstrations.

(_La Justice rvolutionnaire  Paris_, Cosse et Marchal, place
Dauphine, 1861.)]

[Note 107-A: Jugement rendu contre Fouquier, in-4, page 1  5.
Bibliothque du Louvre.]

[Note 108: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, g de
soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemble constituante, n 
Aurillac, dpartement du Cantal, domicili  Paris, fut condamn 
mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
le tribunal rvolutionnaire de Paris.]

[Note 109: Extrait du registre des dpts au greffe du tribunal
rvolutionnaire,  la date du 22 floral.

Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'excuteur des jugemens
criminels, lequel a dpos un mdaillon en verre  cercles d'or
renfermant un crucifix de mme mtal;

Un cachet d'or en trois parties reprsentant l'un les armes de France
et de Navarre de l'ancien rgime, l'autre une colombe, et le dernier
une tte d'homme;

Une chane de col en or,  laquelle est attach un coeur renfermant
des cheveux et une petite croix d'or;

Une mdaille d'argent reprsentant une Immacule Conception de la
ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il dclare
appartenir  lisabeth Capet, condamne  mort, et qu'il a trouve sur
elle en la conduisant au supplice, et a sign avec moi greffier
soussign.

                                              DESMOREST, WOLFF.

Cette dclaration du commis de l'excuteur est prcde (sur le
registre des dpts faits au greffe du tribunal rvolutionnaire) de la
dclaration faite par le concierge de la maison d'arrt de la
Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant 
_lisabeth Capet et  ses complices_. Voir aux Documents, n VII.]

[Note 110: Le tmoin dont il est ici question est madame Marie
Valienne, femme Herv, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
Devillas, rue du Regard.]

[Illustration: Procs-verbal d'excution de mort.

L'an {quatre} de la Rpublique Franaise, le {vingt un floral}  la
requte du citoyen Accusateur-public prs le Tribunal Rvolutionnaire,
tabli au Palais,  Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
recours au Tribunal de cassation, lequel fait lection au Greffe dudit
Tribunal sant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
audit Tribunal, soussign, transport en la maison-de-Justice audit
Tribunal, pour l'excution du Jugement rendu par le Tribunal
{Cejourd'huy} contre {Marie lizabeth Capet} qui {la} condamne  la
peine de mort, pour les causes nonces audit jugement, et de suite je
l'{ai} remis{e}  l'excuteur des jugemens criminels, et  la
Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la rvolution} o,
sur un chaffaud dress sur ladite place, {laquelle a}, en notre
prsence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
rdig le prsent procs-verbal, pour servir et valoir ce que de
raison, dont acte.

{signature}

Enregistr {gratis},  Paris, le {23 floral} l'an {quatre} de la
Rpublique une et indivisible.

{signature}]

Toutes les relations et tous les mmoires de ce temps s'accordent 
dire qu' l'instant o Madame lisabeth reut le coup mortel, une
odeur de rose se rpandit sur toute la place Louis XV[111].

[Note 111: _Mmoires de madame de Genlis_. Paris, Ladvocat, 1825, t.
VI, p. 117.

Madame de Genlis ajoute en note: On voit dans la _Vie des saints_ que
ce miracle d'une odeur suave se rpandant tout  coup est arriv plus
d'une fois au moment de la mort de saints personnages.

On trouve dans l'ouvrage de Grres intitul: _la Mystique divine_, le
rcit d'une multitude de phnomnes identiques. En voici un extrait:

Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de saintet, cette
expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fonde sur
l'exprience. La chambre de la bienheureuse Liduine tait, au
tmoignage de Thomas  Kempis, remplie d'un parfum dlicieux
qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire  tous ceux qui
entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.

Lorsque saint Mnard fut assassin dans sa solitude, il sortit de son
cadavre une odeur trs-agrable qui se rpandit jusque dans la fort
environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
l'avaient enseveli. Aprs la mort de saint Gandolphe, son corps
rpandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
jours. Ce mme phnomne se reproduisit chez le frre Robert, de
Naples, chez Jeanne de la Croix, chez Franois de Sainte-Marie et chez
Franois de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
ont coutume d'tre accompagnes de mauvaises odeurs. Il faut que ce
parfum de saintet soit bien pntrant, puisque les actes de saint
Trvre rapportent qu'on le sentait  un mille  la ronde lorsqu'on
ouvrit son tombeau. (_La Mystique divine, naturelle et diabolique_,
par GRRES, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. IV, p. 292 et 295.)]

A deux pas de la guillotine stationnait une charrette[112] attele de
deux chevaux, et contenant deux grands paniers destins  recevoir
l'un les corps, l'autre les ttes des supplicis. L'horreur
qu'prouveront ceux qui liront ces dtails, je l'prouve avant eux en
les crivant. Lorsque les bourreaux eurent jet au panier la
vingt-quatrime tte, qui tait celle de Madame lisabeth, ils
tendirent son corps, couvert de ses vtements, sur le monceau de
cadavres entasss dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vtements
taient  peine ensanglants, tandis que ceux placs au fond du panier
semblaient avoir t baigns dans le sang.

[Note 112: Les charrettes qui devaient transporter les condamns 
l'chafaud taient commandes d'avance en nombre suffisant; les places
des victimes taient comptes; ces charrettes arrivaient  la porte de
la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
fois l'audience de la salle de l'_galit_ (aujourd'hui la chambre
civile de la Cour de cassation) ayant t termine par la condamnation
de cinq ou six accuss seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
l'ordre pour l'excuteur, que lui prsentait  signer le greffier:
L'excuteur fera amener six ou sept charrettes, ce qui annonait
l'espoir que les accuss alors en jugement dans la salle de la
_Libert_, au nombre de trente, plus ou moins, seraient galement
condamns. (Note emprunte au livre de M. Berriat Saint-Prix, _la
Justice rvolutionnaire_.)]

[Illustration: PLAN DU CIMETIRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
CLOS DU CHRIST.

  PLAN DU CIMETIRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE CLOS DU CHRIST.

  A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.
  B. Maison du Christ.
  C. Porte condamne.
  D. Porte cochre.
  E. Porte de la cour au jardin.
  F. Porte cochre par o entraient les charrettes.
  G. Endroit o l'on croyait que les restes de Madame lisabeth
     taient enfouis.
  H. Fosse commune o reposent les victimes du 10 mai 1794.
  I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.
  K. Lieu o M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orlans tait
     inhum.
  L. et M. Grande fosse commune o ont t ensevelies les victimes
     de la raction thermidorienne.
  N. Cour.
  O. Jardin.
  P. Parc de Monceaux.
  Q. Maison de l'octroi.
  R. Chemin de la barrire de Monceaux  celle de Clichy.
  S. Barrire de Monceaux.]

La charrette se met en marche, escorte par la gendarmerie. La foule
s'ouvre devant elle. Quelques cris de _Vive la Rpublique!_ pousss au
dpart par un reste d'agents de la police municipale, s'teignent
bientt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
Champs-lyses, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrte pour le voir passer: de
rares fentres lgrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
de quelques personnes muettes et immobiles, peut-tre agenouilles. Le
cortge gravit trs-lentement la rue du Rocher, et s'arrte un instant
(sans doute pour laisser souffler les chevaux)  l'endroit o finit la
monte et o cette voie quittait,  cette poque, le nom de rue du
Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
qu'au trac et conduisant  la barrire de Monceaux. A cent pas en
de de cette barrire, le convoi passe entre la seule maison qui
s'levait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face 
droite, servant nagure de pidestal  un calvaire abattu par la
rvolution. Il arrive  la barrire, il la franchit; puis, prenant 
gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
une porte charretire pratique dans le mur d'enceinte de la ville et
marqu par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
qui, depuis deux mois environ, servait de cimetire aux supplicis du
tribunal rvolutionnaire. Le cimetire de la Madeleine, doublement
peupl par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
guillotine, n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
trpasss. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
quartier s'taient plaints des miasmes ftides qui s'exhalaient de ce
cimetire[113].

[Note 113: Dj,  l'poque des grandes chaleurs de l't prcdent,
les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprim des plaintes
 ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la sance de sa
section, le 17 juillet 1793, avait propos d'adresser  cet gard une
rclamation au conseil de la Commune. Les exigences hyginiques
avaient enfin dtermin l'ouverture d'un nouveau cimetire.

_Sance de la section du Roule du 17 juillet 1793._

Un membre monte  la tribune, et lit un mmoire sign d'un grand
nombre de citoyens, tendant  inviter la Commune  donner un autre
emplacement au cimetire de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
cadavreuse et putrfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse  la ville de Paris.

La section arrte que cette demande sera transmise  la Commune.

_Sance du 18._

 propos de la lecture du procs-verbal, un membre fait observer que
l'arrt pris dans la sance prcdente est dangereux, impolitique et
capable d'accrditer les bruits faux que les ennemis du bien public
font courir en disant que la peste rgne dans Paris.

L'assemble, considrant qu'il n'est rien que la malveillance
n'emploie pour loigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
arrt.]

Ds que la charrette est entre dans le nouvel enclos, la porte se
referme immdiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.

Ce terrain, qui, comme on le voit, s'largissait en s'tendant vers le
parc de Monceaux avec lequel il tait contigu, tait nagure consacr
 la culture: une moiti tait encore en plates-bandes, et l'autre
conservait la trace de sillons interrompus  et l par des tranches
ouvertes et dont quelques-unes avaient t remplies dans les jours
prcdents, ainsi que l'attestait la terre tout rcemment remue et
fort mal nivele en certains endroits, car on tait press, et le
triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
fossoyeur. Ce champ de repos avait t inaugur le 4 germinal an II
(24 mars 1794) par cette fourne de victimes que Robespierre et
Danton, malgr leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
marques pour l'chafaud, le jour o ils s'taient aperus qu'Hbert
et ses partisans cherchaient  lever la puissance de la Commune
au-dessus de celle de la Convention[114].

[Note 114: Le lecteur trouvera  la fin de l'Appendice les listes des
fournes de victimes qui ont prcd, accompagn ou suivi dans
l'enclos du Christ la dpouille de Madame lisabeth.]

Danton n'avait pas tard  rejoindre dans ce lieu les adversaires
qu'il y avait envoys, et son cadavre y avait t apport avec ceux
des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donns.

Huit jours aprs, une large tranche y avait reu encore une bande de
vingt et un supplicis pour lesquels on avait invent un nouveau
crime, la _conspiration des prisons_, conspiration dans laquelle
Chaumette se trouvait tre le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours  peine taient couls,
et de la guillotine tait arrive encore en cet enclos une nouvelle
colonie funbre,  la tte de laquelle figurait le vertueux
Malesherbes, appuy sur deux gnrations de ses enfants.

Et maintenant voici que sous cette terre o sont dj ensevelis
quelques-uns des juges de son frre, la fille des Rois Trs-Chrtiens
vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
Au bord de la fosse indique dans le plan par la lettre H, la
charrette s'arrte. Cette fosse, d'aprs les apprciations du
fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a t creuse
sur une largeur de douze  quinze pieds et autant de longueur, 
quelques pas du petit mur qui spare l'enclos du jardin. On procde au
dchargement de la voiture sanglante. D'aprs la dclaration du
tmoin oculaire que nous venons de citer, le corps de Madame
lisabeth, reconnu par les charretiers  ses vtements et  la place
qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est pos le premier ou
des premiers sur le bord de la fosse, o il est aussitt mis  nu, car
les barbares de ce temps-l ne respectaient ni la vie ni la mort.

Tous les corps sont successivement dpouills de leurs habits avant
d'tre prcipits dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
divers, qui doivent tre ensuite remis  l'Htel-Dieu. De temps 
autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entasss: ils placent
alternativement un corps, le tronc tourn du ct du mur, et un autre,
le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par consquent, dans
sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
mnager l'emplacement, on tend sur ce premier rang horizontal
d'autres couches de cadavres, placs comme les premiers, c'est--dire
le haut du corps et les pieds en sens opposs; chaque couche de corps
est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie suprieure.
Le corps de Madame lisabeth, toujours d'aprs le tmoignage du
fossoyeur, doit tre couch sur le ventre, dans le fond de la fosse,
du ct le plus rapproch du mur.

Les ttes ayant t places indistinctement dans les vides, le
fossoyeur n'a pu indiquer o pouvait tre enfouie celle de Madame
lisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons  la fin du
volume, avant les Pices justificatives, la correspondance  laquelle
ont donn lieu les recherches qui ont t faites en 1817 pour
retrouver les dpouilles de Madame lisabeth: ces pices
administratives peuvent seules donner une ide des horribles dtails
d'une telle inhumation.

La nouvelle du meurtre de Madame lisabeth avait mu l'Europe; mais
chez aucun peuple, dans aucune famille, la douleur n'avait t plus
profonde qu' la cour de Turin. Le prince et la princesse de Pimont
espraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France avait
assouvi la colre de la rvolution, et malgr les pouvantes
qu'inspirait la tyrannie de la dmagogie, ils s'taient persuad que
Madame lisabeth n'en serait pas victime. S'il tait en France une
personne que l'affection de Clotilde distingut de toutes les autres,
c'tait assurment sa soeur, sa premire amie, qu'elle avait leve
par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
souvenirs de l'enfance, la communaut de la foi, les dceptions de la
vie, les terreurs et les deuils des dernires annes, tout avait
concouru  resserrer pour elles les liens du sang, et  les attacher
plus troitement l'une  l'autre.

Le prince de Pimont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
lisabeth. Ce prince, qui partageait la pit et tous les sentiments
de famille de sa compagne, se prsente devant elle, le front inclin,
les yeux humides et le crucifix  la main, et lui dit ces simples
paroles: Il faut faire un grand sacrifice.

Clotilde avait compris. Les dchirements de son coeur lui avaient dit
que sa soeur n'tait plus.

Clotilde triomphant aussitt d'elle-mme, rapporte l'historien de sa
vie[115], leva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
incomprhensibles dcrets, rpondit sans diffrer, avec une prsence
d'esprit admirable: Le sacrifice en est fait. Il est vrai qu'elle
eut  peine prononc ces difiantes paroles qu'elle s'vanouit, et cet
vanouissement, dont elle ne fut pas la matresse, nous parat tre
une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
sensibilit, il attestait aussi la violence qu'elle avait d se faire
pour touffer la voix du sang et les plaintes de la nature. Au reste,
revenue  elle, elle reprit son premier calme, et quelques moments
aprs, appele comme  l'ordinaire pour se mettre  table avec la
famille royale, elle y alla avec courage et matrisa son trouble,
cacha sous son front serein la tristesse dont elle tait pntre.
Tous ceux qui taient prsents en furent attendris et difis.

[Note 115: LUDOVICO BOTTIGLIA. Traduction de J. B. Idt, professeur au
collge royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8, p. 79  82.]

Une procession publique de pnitence avait dj t annonce pour ce
jour-l: on voulait la renvoyer, ou du moins empcher la princesse d'y
assister; mais elle ne cda rien, et persista  vouloir la suivre avec
les autres. La douleur de son me tait peinte sur son visage, et elle
n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
de compassion, tandis que n'accordant rien  l'humanit, elle ne
versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prires. Une de
ses femmes de chambre marchait derrire elle pour tre plus  porte
de la secourir si elle se trouvait incommode, comme on avait lieu de
le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
arrive  l'glise des Pres Philippins, elle leur annona elle-mme
la fin dplorable de sa soeur, et d'un oeil sec, leur demanda pour
elle l'assistance de leurs prires.

Il est cependant un degr au-dessus duquel ne put s'lever la vertu:
Clotilde avait combattu et triomph; mais ce combat intrieur avait
t si violent, il lui en avait tant cot pour remporter la victoire,
que le tour de la procession termin, elle se trouva dans un
puisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentre
dans son appartement, elle fut oblige de se mettre au lit.

Ds ce moment elle ne parla plus de Madame lisabeth que pour
rappeler les belles qualits dont elle tait orne et faire l'loge de
ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
voyant dans ce tragique vnement un de ces coups que la Providence
divine frappe quelquefois pour purifier les mes; et tant d'ailleurs
persuade que l'esprit humain ne peut sonder les dcrets ternels, et
que souvent ce qui nous fait le plus de peine est prcisment ce qui
doit le plus contribuer  notre bien spirituel. Elle voulut avoir une
copie de la prire que l'illustre victime avait compose elle-mme,
rcite tous les jours de sa longue captivit, et rpte encore au
pied de l'horrible chafaud[116].

[Note 116: L'anne 1796 devait la soumettre  de nouvelles preuves.
La mort du roi Victor-Amde appelait son poux au trne de Sardaigne,
branl depuis quatre ans par la rvolution franaise. La nouvelle
reine se servit de son autorit pour honorer la religion, protger les
arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit gure que deux ans de
cette consolation. Le 6 dcembre 1798, le Directoire dclara la guerre
 Charles-Emmanuel IV, et le fora de quitter Turin. La Reine le
suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui  Livourne. Arrivs en
Sardaigne, ils y passrent sept mois. Ayant un moment espr que
quelques avantages remports par les Russes pourraient leur ouvrir la
route de leurs tats, ils revinrent sur le continent: la fortune se
tourna de nouveau contre eux, et les rduisit  changer souvent de
sjour. Ils habitrent tour  tour Florence, Rome et Naples. Dans ces
diffrentes demeures, les habitudes de la Reine restaient les mmes:
elle prodiguait  son mari, souffrant fort souvent d'une nvralgie,
les soins les plus assidus comme les plus affectueux; et le temps
qu'elle avait de libre aprs l'accomplissement de ses devoirs, elle le
consacrait aux pratiques de la religion, au soulagement de la
souffrance et de la misre, auxquelles elle donnait elle-mme
l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilit.

Ayant appris que le souverain Pontife avait t enlev de Rome, et se
trouvait momentanment dans la Chartreuse, prs de Florence, le Roi et
la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
s'empressrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le dcrit
ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
qui runissait des exemples si clatants de la fragilit des grandeurs
humaines. En s'inclinant devant le chef suprme de l'glise,
Charles-Emmanuel lui dit: J'oublie dans des moments si doux toutes
mes disgrces; je ne regrette point le trne que j'ai perdu: je
retrouve tout  vos pieds.--Hlas! cher Prince, rpondit le
Saint-Pre, tout n'est que vanit; nous en sommes, vous et moi, la
triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est l que nous
attendent des trnes qui ne priront jamais. Le Roi et la Reine, qui
se disposaient  retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
de les accompagner. Venez, venez avec nous, Saint-Pre, disait la
soeur de Madame lisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mrite un si
tendre pre.--Je ne puis accepter vos offres gnreuses, rpondit le
Pape, mon grand ge ne le permet pas, mes infirmits le refusent, et
la crainte d'veiller le soupon de nos ennemis le dfend. Leurs
adieux furent dchirants: c'tait la sparation d'amis qui ne doivent
plus se revoir.

Marie-Clotilde mourut  Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
qu'elle avait habits, la rputation de sa saintet s'tait rpandue.
Le pape Pie VII, qui avait t tmoin de ses vertus, la dclara
vnrable par un dcret du 10 avril 1808.]

La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien des
larmes, mais nulle part peut-tre plus qu'au chteau de Wartegg, prs
de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse[117], o vivait
retire la famille de Bombelles. Sans tre parfaitement rassure sur
le sort de la princesse, elle s'tait attache avec ardeur  cette
pense que la perversit humaine s'arrterait devant un crime
non-seulement si odieux, mais si inutile.

[Note 117: Le prince Bda, abb de Saint-Gall, tait propritaire du
chteau de Wartegg.

Il avait donn  bail ce manoir  la famille de la Tour-Valsassina,
qui, au moment de l'migration franaise, le loua au marquis de
Bombelles.

Dans son journal manuscrit, conserv aux archives de Saint-Gall, t.
284, nous voyons que la famille de Bombelles tait installe  Wartegg
en dcembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
toute sa famille  Saint-Gall faire visite au prince abb et dner
avec lui.]

Le journal qui en contient le rcit arrive un matin au chteau, et 
l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
son appartement; ses larmes et le nom de Madame lisabeth qu'il
prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
mais le choc terrible que lui a imprim la fatale nouvelle a pour
ainsi dire fauss chez elle les ressorts de la nature, et un rire
effrayant clate sur ses lvres plisses et tordues par la douleur. A
l'aspect de cet accs de dmence, une sorte d'intuition venue du coeur
inspire  M. de Bombelles le seul moyen peut-tre qui pt rappeler la
nature  elle-mme. Ses enfants! s'crie-t-il, vite ses
enfants!--Ses enfants, qui savent dj que le bourreau vient de leur
prendre une mre, accourent et se prcipitent sur le lit de celle
qu'ils sont menacs de perdre encore. Leur effroi, leurs cris, leurs
larmes, le nom d'lisabeth prononc au milieu des sanglots, cette
scne dchirante o la tendresse et le dsespoir mlent et confondent
leurs plus douces motions et leurs plus terribles angoisses,
finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai de son
inconsolable douleur.

Le chteau de Wartegg prit le deuil: pre, mre, enfants, ne pouvaient
se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame lisabeth
devint l'entretien incessant de cette famille plore. Prive de sa
fortune par la rvolution, elle vivait  l'tranger des libralits de
la maison royale de Naples, que le malheur fora bientt  se rduire
elle-mme. Les vnements qui suivirent obligrent madame de Bombelles
 quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
environs de Brnn, en Moravie, et peu de temps aprs dans la ville
mme de Brnn. Les annes s'coulrent sans adoucir ses regrets, la
mmoire de sa royale amie remplissait toutes ses penses et inspirait
toutes ses actions. Elle avait  peine le ncessaire, et elle trouvait
le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes oeuvres dont
Madame lisabeth lui avait donn le secret. A la suite d'une couche
malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800,  l'ge de
trente-huit ans, dans cette ville de Brnn, tmoin de ses vertus et de
sa charit, et o sa mmoire est demeure en vnration[118].

[Note 118: _Traduction d'un article de la Gazette de Brnn du mercredi
1er octobre 1800._

Le vrai mrite est sans ostentation; il n'appartient qu' la justice
de l'histoire de lui riger un autel incorruptible dans le coeur de
tout homme de bien. La vertu la plus pure, la pit sans hypocrisie,
la tendresse conjugale et maternelle porte au plus haut degr, le
courage et la grandeur d'me dans les plus grands malheurs, la bont
du coeur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gne, un
esprit cultiv, une amiti noble et constante, toutes ces qualits se
trouvoient runies dans une femme: toutes ces qualits firent vnrer
madame de Bombelles, qu'une mort prmature arracha des bras de six
orphelins,  la suite d'une couche malheureuse, dans la
trente-neuvime anne de son ge, et conduisit dans un monde o elle
reoit la rcompense due  ses souffrances et  ses vertus. Tous ceux
qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et leve dans le malheur, qui
l'ont admire sous les titres respectables de mre, d'pouse et
d'amie, ne pourront refuser des larmes  sa mmoire, et  ses mnes le
souhait d'une paix sainte et inaltrable.

_Traduction d'un autre article de la mme gazette, du samedi 4 octobre
1800._

Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
groupe le plus intressant; car il n'est aucune vertu, si leve
qu'elle soit,  laquelle le cleste sentiment de la reconnoissance ne
mrite de servir de pendant. Nous fmes tmoin, lundi dernier, d'une
scne des plus touchantes, des plus sublimes, prs du cercueil de la
dfunte madame de Bombelles. La gratitude y clbra une fte digne du
Ciel, et offrit un laurier  la vertu dans le tombeau. Les habitants
de Menowitz (village non loin de Brnn, o la dfunte habita quelque
temps) apprirent la mort de cette vnrable femme, et plusieurs
d'entre eux se htrent d'arriver  la ville et dans la maison du
deuil. C'toit le jour des funrailles, et le cercueil toit dj
ferm. Les bonnes gens en demandrent l'ouverture avec des cris
dchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mre,
pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
et ces cratures reconnoissantes, ples et plonges dans une douleur
muette, les yeux baigns de larmes, entourrent le corps de leur
bienfaitrice. Ce spectacle toit digne de compassion, et en mme temps
de l'enthousiasme des mes sensibles qui savent apprcier le mrite de
la vertu. Enfin ce chagrin muet clata en plaintes amres: alors sa
main glace fut couverte de baisers brlants; alors les vtements de
la dfunte furent arross des larmes du sentiment, de ces larmes que
tous les trsors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
peindre aux assistants, avec tout le feu renferm dans ses veines, les
bienfaits qu'il en avoit reus: _Au lit de ma femme malade, elle
veilloit jour et nuit.--Elle ferma les yeux de ma mre.--Elle me donna
des drogues de sa propre main et me soigna.--Elle pansa mes plaies, et
me mit en tat de soutenir mes vieux parents._ Ainsi s'crioient
ensemble ces coeurs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
voeux au Ciel pour qu'il accordt la paix ternelle  sa belle me,
pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetes
avec de l'or auprs d'un tel loge funbre! Oh! celui qui, au rcit de
pareilles scnes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son coeur
aux malheureux, qui ne rpandroit pas des trsors, souvent mal acquis,
dans le sein des infortuns; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
la vertu, d'opprimer le mrite, qu'il descende un jour au tombeau sans
tre aim, sans tre pleur! c'est la plus grande punition, et dont
il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'tendue.]

On comprend la profonde affliction que durent ressentir les autres
amies de Madame lisabeth, et en particulier madame de Raigecourt et
madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut devoir envoyer ses
respectueuses condolances  Madame Royale, sortie sept mois aprs de
la prison du Temple, reut d'elle la lettre suivante, date de Vienne:

                                                   12 mars 1796.

     Madame, votre visage ni votre nom assurment ne me sont
     inconnus; on a du plaisir  se rappeler les personnes fidles, et
     vous tes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
     pour ma vertueuse tante lisabeth; elle vous aimait beaucoup
     aussi, et m'a souvent parl de vous et du chagrin qu'elle avait
     d'tre spare de vous. Je vous remercie de la joie que vous
     tmoignez de ma dlivrance, c'est un miracle que le ciel
     rservait  l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
     Je sais que vous n'tes sortie que par l'ordre de ma tante; je
     partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurment
     je prendrai toujours le plus grand intrt  tout ce qui vous
     arrive comme  l'amie de ma chre tante lisabeth. Vous me dites
     que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
     que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
     je vous prie de l'envoyer srement  l'vque de Nancy, qui est
     charg de mes affaires ici.

                                       MARIE-THRSE de France.

       *       *       *       *       *

De son ct madame des Montiers avait crit au comte de Provence pour
lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait  ses douleurs
fraternelles. Le prince lui rpondit de sa main:

                                       A Vrone, ce 30 mai 1794.

Si je puis prouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partage par les
personnes qui veulent bien avoir quelque bont pour moi. Personne ne
sait mieux que moi combien ma pauvre soeur avoit d'amiti pour vous,
ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
ressens moi-mme. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
vous me connoissez pour vous, vous tre de quelque consolation! Soyez
au moins bien persuade que c'en sera une pour moi, dans des temps
plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
et irrparable perte que nous venons de faire.

Adieu, Madame, recevez avec votre bont ordinaire l'assurance des
tendres et respectueux sentiments que je vous ai vous, et qui
dureront autant que ma vie.

                                        LOUIS-STANISLAS-XAVIER.

       *       *       *       *       *

Les regrets exprims ici par un frre de Madame lisabeth ne font pas
oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
conservrent jusqu' leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
cess, tant qu'ils l'avaient pu, d'tre fidles  l'ordre tabli 
Montreuil par leur royale matresse; mais, aprs le 10 aot, la
famille royale ayant t conduite au Temple, la Commune
rvolutionnaire de Versailles ne tarda point  s'emparer de cette
demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
comme la maison nourricire de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvtique
tait un crime aux yeux des rvolutionnaires, furent arrts et mis en
prison, o ils furent longtemps oublis. Ils en sortirent au mois de
ventse an II, et sollicitrent la bienfaisance des directeurs du
district de Versailles[119]. Leur extrme misre veilla la piti des
magistrats de ce temps, qui dclarrent que leur dtention avait t
une injustice et qu'ils avaient droit  des indemnits. Malgr nos
persvrantes recherches, il nous a t impossible de trouver la
preuve qu'un secours quelconque leur ait t accord, et nous ne
pouvons dire comment ils parvinrent  traverser la France et 
regagner, avec leur enfant, l'heureuse contre o ils avaient chang
leurs premires paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu  Madame
lisabeth les environna de l'estime et de l'intrt de tous les
habitants de Bulle. La rvolution, qu'ils avaient cru fuir, vint les
trouver dans leur pays natal[120]; mais leur union tranquille n'en fut
pas trouble. Jacques et Marie ne cessrent point de pleurer leur
bienfaitrice, sur laquelle chaque jour on se plaisait  les
interroger. Ils apprirent  leurs enfants  prier pour elle et  bnir
sa mmoire. Dieu ne voulut pas que ces deux tres, qui avaient tant
souffert ici-bas de leur premire sparation, fussent spars
longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la premire; elle
mourut le 5 janvier 1835[121]; Jacques alla la rejoindre le 2
septembre de l'anne suivante[122].

[Note 119: _Liste civile._--Bosson et sa femme, ci-devant attachs au
service d'lisabeth Capet, rclament de la justice des magistrats
administrateurs du directoire du district les six derniers mois 1793
de leurs gages, et jusqu' l'vacuation de leur logement, pour
laquelle ils ont obis  l'instant mme que les ordres leur a t
signifis, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.

Ils sont sans place et sans pain;--se recommandent  votre
bienfaisance.

                                                        BOSSON.

Soit communiqu au directeur de l'agence nationale de
l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
son avis le plus promptement possible, attendu l'extrme misre o les
requrants ont t rduits par l'effet d'une dtention non mrite.
Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
Rpublique.

                                       GAUTHIER. MAC BAIGNEUX.

_Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement._--V la
ptition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante  obtenir de
l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
1793, comme attachs  la maison du Grand-Montreuil, squestre sur
lisabeth Capet.

Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
Bosson et sa femme, qui n'ont justifi ny de leur qualit ny de leurs
droits, toient l'un vacher et la femme laitire dans la maison
d'lisabeth Capet;

Que les vaches ayant t vendues en octobre 1792, le vacher et la
laitire sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
personnes qui toient attaches  lisabeth Capet;

Qu'ainsi Bosson et sa femme ont d se regarder comme supprims 
compter du 31 dcembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnits ou
pensions promises par le dcret du 27 aot 1793, et qu'ils doivent
tre renvoys devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
cy-devant liste civile.

A Versailles, 11 germinal de l'an II de la Rpublique franoise, une
et indivisible.

                                                    DESCHESNE.]

[Note 120: Nous en avons trouv des traces dans le registre des
archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:

                                                           1798.

Cette anne mmorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
prcde par des dmonstrations qui furent trs-vives dans le pays de
Vaux dj ds le commencement du mois de dcembre. Le lendemain de la
foire du mois de janvier 1798 fut le jour o l'arbre de la libert fut
arbor sur le Tilleul,  Bulle. Ds lors Bulle se constitua en comit
central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comit central
s'tablit  Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de rcuprer les droits
de l'ancienne patrie de Vaux.

Parmi les actes de dvouement pour la cause de la libert, on peut
citer celui des frres Gex, qui fabriqurent un canon de bois cercl
en fer, et qui figura au camp de Russille, prs d'Avry-devant-Pont.

Les dtails de cette rvolution se trouveront dans un autre ouvrage.
L'heure toit venue o la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
mars les Franois entrrent  Fribourg; combat meurtrier  la Singine;
Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
disparoissent; la Suisse se constitue en une rpublique une et
indivisible; un directoire, un snat, un grand conseil, sigent
d'abord  Arau, ensuite  Lucerne, enfin  Berne, o, aprs plusieurs
changements dans ces premires autorits et dans sa forme, le
gouvernement unitaire fut culbut par la troupe du gnral Bachman et
de son collgue Aufdermour, qui forcrent le gouvernement unitaire 
se rfugier  Lausanne, o le gnral Rapp se trouva et fit connotre
aux Suisses la volont de Napolon, premier consul de France, d'tre
le mdiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
armes; le gouvernement unitaire fut rtabli  Berne, et une consulte
fut envoye  Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
mdiation, qui fut mis en activit par M. le comte Louis d'Affry, en
sa qualit de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
ce rgime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
concitoyens.

Sous le gouvernement de l'acte de mdiation tout comme sous
l'unitaire, Bulle conserva une prfecture et un tribunal de premire
instance.

       *       *       *       *       *

L'acte de mdiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
districts du canton de Fribourg.--Il donna un membre au conseil d'tat
dans la personne de M. Nicolas-Andr de Castella, dernier banneret de
Bulle. (Extrait d'un registre intitul: _Annalise des Archives de la
noble bourgeoisie et ville de Bulle_.)]

[Note 121: Voir, aux Pices justificatives, n VIII, son acte de
dcs.]

[Note 122: Voir son acte de dcs, au n IX des Pices
justificatives.]

Montreuil avait perdu la maison hospitalire o tous les enfants
taient assurs de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
n'ignorant pas le regret et la gne que causait  tant de familles le
tarissement de cette source de secours toujours ouverte  leurs
besoins, crut devoir prendre un arrt qui convertissait en hospice la
maison lisabeth. C'tait rendre un hommage involontaire  la bont de
cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
que continuer ses traditions en la transformant en Htel-Dieu. Mais
cette mesure, fort belle sur le papier, ne reut aucune excution;
l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'me de la charit tait
absente.

Dans la maison lisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
l'appeler) restrent installs les anciens serviteurs de la princesse,
ainsi que les gardiens des scells que la rvolution y avait envoys.

En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
qu'une horlogerie automatique serait sans dlai forme  Versailles,
Charles Delacroix, reprsentant du peuple, en mission dans le
dpartement de Seine-et-Oise, _arrta, le 29 brumaire an IV_ (20
novembre 1795), _que la maison dite lisabeth, l'orangerie et la
vacherie qui en dpendent, les cours et terrains situs entre lesdits
btiments, seraient affects_  cet tablissement, plac sous la
direction des citoyens Lemaire et Glaesner[123].

[Note 123: Voir Pices justificatives, n X.]

Malgr la jouissance gratuite de ces btiments et terrains concds
pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
chaque anne cent lves, ne prospra point; elle fut supprime par un
arrt du Premier Consul, dat du 17 ventse an IX[124] (8 mars 1801),
et mise  la disposition de la rgie du domaine national et de
l'enregistrement.

[Note 124: Voir Pices justificatives, n X.]

L'architecte du palais national de Versailles ayant dclar que la
maison lisabeth _toit tellement endommage qu'il faudroit employer
une somme de 25,000 francs pour sa rparation, et la rgie, de son
ct, ayant observ que, vu le grand nombre des btiments inoccups
dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
et d'un foible produit_, on en conclut qu'il tait plus avantageux de
la vendre dans l'tat o elle se trouvait que de la rparer[125].
Cette proposition fut agre par l'autorit suprieure; la vente aux
enchres fut annonce pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
juillet 1802), et la maison lisabeth, avec ses dpendances, fut
adjuge _moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant  Paris, rue de
l'Universit, n 269_[126].

[Note 125: Voir Pices justificatives, n X.]

[Note 126: Voir Pices justificatives, n X.]

Avant son alination dfinitive, la demeure de Madame lisabeth avait
t condamne  la strilit. Ds le mois d'octobre 1792, ses vaches
nourricires avaient t vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
jardins, avaient t enleves et disperses[127]. Sa maison, d'abord
mais inutilement dsigne pour devenir un hospice, puis consacre 
une institution industrielle, avait subi des dgradations dplorables,
sans servir  des travaux utiles.

[Note 127: Voir Pices justificatives, n XI.]

Un triste et invincible attrait nous ramne  ce cimetire o gisent
les restes vnrables de Madame lisabeth, et qui, pendant la priode
rvolutionnaire, tait plus connu du charretier du bourreau que du
conducteur des pompes funbres. Les inhumations des victimes tombes
sur l'chafaud de la place du 21 janvier s'y succdent chaque jour.
Ennuy de tuer en dtail, le tribunal rvolutionnaire, le 29 prairial
an II (17 juin 1794), avait livr  la guillotine, _par amalgame et en
masse_, selon l'expression de Fouquier-Tinville, cinquante-quatre
victimes, diffrentes de rang et d'opinion, et trangres les unes aux
autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ funbre les principaux
chefs du parti qui venait de succomber, les deux Robespierre,
Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon dont le nom odieux
est li  jamais  celui d'un hroque enfant. Mais cette _fourne_
n'tait que de vingt-deux hommes.

Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fourne bien autrement
considrable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
dsignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
Commune qui avaient longtemps prvalu contre la Convention.
L'excution de soixante et onze condamns envoys  l'chafaud par
leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place o Madame
lisabeth avait t frappe.

Il ne faut pas croire que la guillotine chmt aprs ces satisfactions
terribles donnes aux exigences de la raction: la recomposition du
tribunal rvolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
dpanthonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
publique. Le sang appelle le sang. Parmi les supplicis, on ne compta
pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
n'taient gure moins pervers que les vaincus. Ce fut ainsi que la
raction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
dsapprenaient pas encore le chemin de l'chafaud.

Ce champ de repos o arrivaient concurremment les cercueils ferms par
une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutils par le
bourreau, ne tarda point  se remplir.

Disons aussi qu' partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
l'chafaud fut transport de la place de la Rvolution  la porte
Saint-Antoine; puis, deux jours aprs,  la barrire du _Trne
renvers_, o il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.

Deux ans aprs, par un arrt de l'administration centrale du
dpartement de la Seine, le cimetire de Montmartre fut ouvert[128],
et celui de Monceaux ne servit plus aux spultures. La grande porte,
pratique dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accs dans le
champ du Christ, demeura ferme. Les orphelins qu'avait faits la
rvolution n'avaient point assist aux funrailles de leurs pres; ils
ignoraient mme, pour la plupart, le lieu o elle avait enfoui leurs
restes. Longtemps la strile curiosit d'un public domin par la
terreur s'inquita beaucoup plus des prisons que des cimetires,
beaucoup plus de la guillotine que de la spulture. La plupart de ceux
qui avaient connu le champ du Christ en oublirent la route. Le
silence se fit  l'entour comme au dedans. Les annes s'coulrent,
emportant avec elles les traditions du pass, abattant quelques
pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
effaant tout vestige de tombes.

[Note 128: Ce cimetire qui porta d'abord la dnomination de _Champ de
Repos_, fut cr par un arrt de l'administration centrale du
dpartement de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans un
terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mtres
cinquante-sept centimtres, situ au-dessus du boulevard de la
barrire Blanche, cd  la ville par le citoyen Aym pour la somme de
quatre mille huit cents francs. Par cet arrt, le cimetire Roch fut
dfinitivement ferm.

Le _Champ de Repos_ se trouva bientt trop petit.

Par un dcret, dat du camp imprial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
conseiller d'tat, prfet du dpartement de la Seine, fut autoris 
acqurir, pour cause d'utilit publique, au nom de la ville de Paris,
un terrain de quinze hectares, situ  l'entre de la plaine de
Clichy, pour servir  l'tablissement d'un nouveau lieu de spulture,
destin  remplacer le cimetire Montmartre.

Un autre dcret imprial, du 13 aot 1811, modifiant ce dcret,
ordonna que le cimetire existant au bas de Montmartre serait agrandi
dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris 
faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
du cimetire, en le prolongeant  travers le chemin des Batignolles,
qui sera dplac.

Enfin, un arrt prfectoral du 10 fvrier 1818 fit procder
immdiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
l'acquisition est ordonne par le dcret susrelat. B.]

[Illustration:

PLAN DE L'ANCIEN CIMETIRE DE LA MADELEINE

Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honor, n
48,

DANS LEQUEL ONT T DPOSS

LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.

_Maison et Jardin de M. Descloseaux._

    I. Fosse dans laquelle ont t inhums, le 6 juin 1770, cent
     trente-trois corps des personnes qui ont pri sur la place Louis
     XV, dans la rue Royale ou  la porte Saint-Honor,  la suite des
     ftes clbres pour le mariage de M. le Dauphin.

   II. Premire fosse, situe prs du mur mitoyen du jardin
     Descloseaux, dans laquelle ont t mis les corps de quatre
     prtres et d'environ cinq cents Suisses, tus aux Tuileries le 10
     aot 1792.

  III. Deuxime fosse, dans laquelle ont t enterrs cinq cents
     autres Suisses, galement tus aux Tuileries le 10 aot 1792.

   IV. Tombeau de Louis XVI, inhum le 21 janvier 1793,  dix heures
     et demie du matin. On fit une fosse de huit pieds de profondeur,
     dans laquelle on mit beaucoup de chaux. Le 16 octobre de la mme
     anne, le corps de la Reine fut enterr  ct de celui du Roi.

    V. Fosse de Charlotte Corday.

   VI. Grande fosse ouverte peu de temps aprs la mort du Roi et
     comble en dcembre 1794. Le corps de M. le duc d'Orlans y fut
     dpos, ainsi qu'un trs-grand nombre d'autres victimes.

  VII. Grande fosse qui a d recevoir prs de mille victimes.]

En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
dpendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
jardin, et en fit un cimetire; plus tard, ce mme enclos fut lou 
un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
taient inhumes se trouvaient les restes de Madame lisabeth. Il fit
entourer d'un treillage l'endroit indiqu dans notre plan[129] par la
lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle taient
crits ces deux mots: _Madame lisabeth_. Mais les dclarations de
Joly, fossoyeur du cimetire  l'poque du 21 floral an II (10 mai
1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
la spulture de cette princesse. Son erreur tait encore plus grave au
sujet de la dpouille mortelle du duc d'Orlans, qu'il prtendait tre
ensevelie  l'endroit dsign par la lettre K. Les restes de ce prince
n'avaient point t amens dans ce cimetire, qui ne fut ouvert que
cinq mois aprs sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
en un coin diamtralement oppos  l'angle o se trouvaient les
tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Les deux
branches de la maison de Bourbon demeurrent spares dans la mort,
comme elles l'avaient t dans la vie. Nous ne croyons pas nous
carter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetire
de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-tre pas
sans intrt pour le lecteur.

[Note 129: Voir page 232 de ce volume.]

M. Viger, aprs avoir fait dans sa proprit de l'enclos du Christ les
deux rserves dont nous avons parl, rendit le reste du champ  la
culture. La porte charretire pratique dans le mur d'enceinte et par
o entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
qu' de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernires annes[130], me
racontait que son pre l'envoyait souvent travailler dans le _champ du
Christ_, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqus
par une claire-voie.

[Note 130: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnires,
Batignolles-Paris.]

Les choses en taient l, lorsque s'accomplirent les graves vnements
de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts aprs la
grande bataille de la rvolution. Il tait naturel qu'en rentrant sur
le sol de la patrie elle s'occupt de ce soin pieux. D'ailleurs, le
retour des exils, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
absents ternels, ensevelis avec trop peu de larmes, _paucioribus
lacrymis_, comme l'a crit le grand historien de Rome; et depuis que
les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
o l'on avait fauch une gnration humaine, un bruit de gmissements
et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
elle-mme la pense publique sur les royales victimes de la
Rvolution.

La loi qui avait consacr un deuil gnral en expiation du crime
commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait lev
au fils et  la soeur de Louis XVI. Nous avons, dans un ouvrage
relatif _ la vie,  l'agonie et  la mort de Louis XVII_, expos les
motifs qui rendirent striles, relativement  ce jeune prince, les
dispositions de cette loi. Les difficults qui s'tait prsentes pour
retrouver les restes de l'orphelin du Temple devenaient plus grandes
encore pour rechercher ceux de Madame lisabeth, enfouis dans une
fosse commune avec les dpouilles des vingt-trois autres personnes
frappes avec elle sur l'chafaud du 21 floral. Le gouvernement de la
Restauration n'avait recueilli que des renseignements inexacts sur la
spulture des victimes rvolutionnaires.

Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propritaire rue d'Anjou
d'une maison contigu au cimetire de la Madeleine, avait t tmoin
oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
Marie-Antoinette dans ce cimetire, et s'tait persuad que tous les
supplicis de la place de la Rvolution y avaient t galement
ensevelis. Sa dclaration, formule dans ce sens et signe par lui, le
4 juin 1814, avait accrdit une erreur que lui-mme, mieux inform
plus tard, s'empressa de rparer par un acte authentique  la date du
22 mai 1816[131].

[Note 131:

  _Dclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
  du 22 mai 1816, devant Me Deguingand, notaire  Monceaux_.

Je soussign, Pierre-Louis OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de l'Ordre
du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honor,
n 62, premier arrondissement, dclare erron le certificat que j'ai
sign le quatre juin mil huit cent quatorze, tant  la suite d'une
liste imprime par Lottin, dans le courant de la mme anne, ayant
pour titre: _Liste des personnes qui ont pri par jugement du
tribunal rvolutionnaire, depuis le vingt-six aot dix-sept
cent quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
contient les noms de treize cent quarante-trois victimes._

Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
propritaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetire de la
Madeleine a t ferm antrieurement au vingt-quatre mars dix-sept
cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
il a t ouvert prs de la barrire de Monceaux (vulgairement
Mousseaux) un autre cimetire, dans lequel a t port HBERT, dit le
_Pre Duchesne_, indiqu sous le n 496 de ladite liste, d'o il
rsulte la preuve, d'aprs la liste imprime par Lottin, que huit cent
quarante-huit victimes ont t portes au cimetire de Monceaux, et
non  celui de la rue d'Anjou; en consquence je dclare, moi
Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
sign de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
au nombre de treize cent quarante-trois, ont t inhumes dans le
cimetire de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
celles qui ont t reues au cimetire de Monceaux, indiques sous les
huit cent quarante-huit derniers numros. Cette erreur provient de ce
que j'ai considr la dsignation du cimetire de la Madeleine comme
tant commune aux deux cimetires de la rue d'Anjou et Monceaux,
attendu qu'ils avaient successivement servi au mme usage.

De ce qui vient d'tre dit, il reste constant que les tristes restes
de MADAME LISABETH, soeur de Sa Majest Louis XVI, et de M. de
MALESHERBES, sont dposs dans le cimetire de Monceaux. (Voir les
n{os} 679 et 901.)

En foi de quoi j'ai sign le prsent certificat pour rendre hommage 
la vrit, consentant qu'il soit dpos par-devant notaire, et qu'il
en soit dlivr toutes copies ncessaires  qui de droit et  mes
frais.

A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.

Approuv le contenu au certificat ci-dessus crit de la main de M.
d'Anjou, mon gendre. _Sign_ OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de
l'Ordre du Roi.

En marge est crit: Enregistr  Neuilly, le vingt-un mai mil huit
cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reu deux francs vingt
centimes. _Sign_ MAUROY.

Il est ainsi en ladite dclaration, duement certifie vritable,
signe, paraphe et annexe  un acte de dpt pass devant Me lie
DEGUINGAND, notaire  Monceaux, boulevard extrieur de Paris,
soussign, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistr; le tout
tant en la possession dudit Me DEGUINGAND. Dlivr ces prsentes le
trente juin mil huit cent seize.

                                                     DEGUINGAND.]

L'anne suivante, dans les derniers jours du mois de mars, fut dress
un acte notari tablissant la notorit du cimetire de
Monceaux[132].

[Note 132:

  _Acte de notorit concernant le cimetire de Monceaux,
  du 30 et 31 mars 1817, devant Me Deguingand, notaire._

Par-devant Me lie DEGUINGAND, notaire royal  la rsidence de
Monceaux, boulevard extrieur de Paris, en prsence des tmoins
ci-aprs nomms, soussigns,

SONT COMPARUS:

  1 M. Philippe CARDINET, marchand de vin traiteur;
  2 M. Louis-Auguste POITEVIN, propritaire et cultivateur;
  3 M. Franois CUREL, propritaire et marchand picier;
  4 M. tienne DESGRAIS, propritaire et cultivateur;
  5 M. Franois CHARLES, propritaire et cultivateur;
  6 M. tienne-Franois FAUCONNIER, propritaire et cultivateur;
  7 M. Pierre GILLET, propritaire et cultivateur;
  8 M. Claude LEBERT, cultivateur et propritaire;
  9 Et M. Jacques-Louis CHARLES, propritaire et paveur;

Tous demeurant  Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, dpartement
de la Seine;

Lesquels ont attest pour notorit constante, et comme tant  leur
parfaite connaissance, les faits ci-aprs rapports;

SAVOIR:

  1 Que, lors de la fermeture du cimetire de la Madeleine de
     Paris, c'est--dire au mois de mars dix-sept cent
     quatre-vingt-quatorze, le Gouvernement, existant  cette poque
     s'est empar pour le mme usage d'un terrain dpendant de la
     maison dite _du Christ_, situe  la barrire de Monceaux
     (vulgairement _Mousseaux_).

  2 Que pour l'entre de ce dernier cimetire on a dmoli une
     partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqu sur le boulevard
     extrieur, vis--vis le btiment de la barrire, une ouverture,
     depuis ferme par une grande porte qui existe encore
     actuellement.

  3 Et que c'est dans ce lieu qu'ont t ports, le dix mai
     dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
     LISABETH, soeur de Sa Majest Louis XVIII, roi de France.

Trois jours aprs, l'ancien concierge du cimetire de Monceaux faisait
devant le mme officier public la dclaration suivante:

Par-devant Me lie DEGUINGAND, notaire royal,  la rsidence de
Monceaux, boulevard extrieur de Paris, en prsence des tmoins
ci-aprs nomms, soussigns,

EST COMPARU,

tienne-Pierre JOLY, ancien concierge du cimetire de Monceaux, et
actuellement concierge du cimetire de Montmartre, demeurant aux
Batignolles, n 42, commune de Clichy.

Lequel a attest pour notorit constante, et comme tant  sa
parfaite connaissance, les faits ci-aprs rapports;

SAVOIR:

  1 Que, lors de la fermeture du cimetire de la Madeleine de
     Paris, c'est--dire au mois de mars mil sept cent
     quatre-vingt-quatorze, le gouvernement existant  cette poque
     s'est empar, pour le mme usage, d'un terrain actuellement
     dpendant de la maison dite du _Christ_, situ  la barrire de
     Monceaux (vulgairement Mousseaux);

  2 Que pour l'entre de ce dernier cimetire on a dmoli une
     partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqu sur le boulevard
     extrieur de Paris, vis--vis le btiment de la barrire, une
     ouverture, depuis ferme par une grande porte qui existe encore
     actuellement;

  3 Que c'est dans ce lieu qu'ont t ports, le dix mai mil sept
     cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
     LISABETH, soeur de S. M. LOUIS XVIII, ROI de France;

  4 Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi t apports tous
     les corps des personnes qui ont t condamnes par le tribunal
     rvolutionnaire, et excutes sur la place LOUIS XV, depuis le
     quatre germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
     quatre-vingt-quatorze) jusqu' la fermeture dudit cimetire.

Desquelles dclarations il a t dress le prsent acte pour servir et
valoir ce que de raison.

Fait et pass  Monceaux, en l'tude, l'an mil huit cent dix-sept, le
trois avril, en prsence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand picier, demeurant tous deux
audit Monceaux, tmoins instrumentaires requis conformment  la loi,
et a le comparant sign avec lesdits tmoins et ledit Me DEGUINGAND,
notaire soussign, aprs lecture faite de la minute des prsentes,
demeure  Me DEGUINGAND, notaire soussign.

En marge de ladite minute est crit:

Enregistr  Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
167 recto, case 7. Reu deux francs vingt centimes. _Sign_ MAUROY.

Dlivr ces prsentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.

                                                     DEGUINGAND.]

Ds le 11 janvier 1817, M. Blanger, dessinateur ordinaire du cabinet
et de la chambre du Roi, avait adress le rapport suivant  M. de
Pradel, charg du portefeuille de la maison de Sa Majest:

MONSIEUR LE COMTE,

Le corps de Madame lisabeth de France a t port dans une fosse
commune, prs la barrire de Mousseaux, dans un terrain (_intra
muros_) qui appartient  M. Viger, ancien directeur des fermes. Ce
domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe deux
maisons d'habitation spares l'une de l'autre.

Dans la mme fosse qui contient les restes de cette auguste et
infortune princesse, se trouvent runis ceux des personnes qui ont
partag la gloire de son martyre.

Toute espce de translation tant impossible, on peut, ainsi que vous
l'avez sagement propos, faire de ce local, sans beaucoup de dpense,
un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
d'aprs les dtails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
offriraient l'aspect austre d'une enceinte religieuse, o quelque
petit monument attesterait aux sicles  venir jusqu' quel excs de
draison et de dlire peut se porter un peuple quand il brise ses
institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
morale et de la religion.

J'ai rdig le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
dispositions d'conomie. Une enceinte ferme, plante de cyprs et
autres arbres convenables  un champ de repos, une pyramide leve sur
la fosse, des cyprs mmoratifs avec quelque inscription, une chapelle
spulcrale simple dans ses dcors, qui offrirait aux habitants de
Mousseaux, qui n'ont plus d'glise pour la clbration de la messe,
les jours de ftes et dimanches, un lieu de recueillement.

Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
d'habitation, l'une convenable pour l'ecclsiastique qui desservirait
la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.

J'estime toute cette dpense, y compris l'acquisition des sept
arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
plantations et de la construction de la chapelle,  trois cent mille
francs.

Des dtails plus prcis donneraient peut-tre des rsultats plus
conomiques.

Je m'estimerai heureux si, tmoin de tant de profanations politiques
et sacres, je pouvais avoir contribu  la dcision qui sera
prononce  cet gard.

J'ai l'honneur d'tre avec respect, Monsieur le comte, votre
trs-humble et trs-obissant serviteur,

                                                      BLANGER.

  Paris, le 11 janvier 1817.

       *       *       *       *       *

De son ct, M. Viger de Jolival avait, le 25 du mme mois, tent prs
des vicaires gnraux du diocse de Paris une dmarche ayant pour but
de les intresser  la cession qu'il tait dispos  faire de sa
proprit au gouvernement du Roi, et, le 4 fvrier, il crivait au
prfet de la Seine relativement au monument  lever  la mmoire de
Madame lisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requte analogue 
M. le vicomte de Montmorency[133]. Ni les propositions de M. Blanger
ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
dans l'Appendice que nous inscrirons  la fin de ce volume, avant les
Pices justificatives, les difficults, pour ainsi dire
insurmontables, que rencontrrent les recherches qui furent tentes
pour arriver  la dcouverte certaine des restes de Madame lisabeth.
M. Lain, ministre de l'intrieur, sous l'autorit duquel le prfet de
police avait dirig ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les dtails. Louis
XVIII, assez peu crdule de sa nature, et pour qui les reliques de
Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgr les actes publics qui en
tablissaient l'authenticit, paraissaient  peine offrir une garantie
suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
lorsqu'elles ne sont pas motives par des indications certaines,
ressemblent  une profanation: or celles-ci ne pouvaient avoir pour
rsultat qu'une dcouverte d'ossements douteux. On renona donc 
toute pense d'exhumation.

[Note 133: Se dclarant _propritaire et gardien depuis vingt-sept ans
de l'enceinte o repose la dpouille mortelle de Madame lisabeth,
clos inaccessible au public, rest inculte et vierge depuis le 10 mai
1792_, et ayant pour objet _la possibilit de l'rection d'un monument
 la mmoire de cette princesse_. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)]

On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
convenance conseillait d'acqurir ce cimetire et d'y riger un
monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
cder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
d'lisabeth, de Malesherbes, des fermiers gnraux, des prsidents du
Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considrables.

Peut-tre l'empressement du propritaire du terrain  en tirer parti
diminua-t-il la disposition du gouvernement  l'acqurir, parce que
celui-ci ne vit qu'une spculation dans une affaire o il y avait des
considrations d'un ordre suprieur  envisager. Cependant, si
l'enqute, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
d'indications prcises sur les moyens de discerner les reliques de la
soeur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
points hors de doute: la prsence des dpouilles mortelles de la
princesse dans l'_enclos du Christ_, et l'indication de la fosse o
elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
rvolution, et  quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
de cette poque nfaste, couchs dans la paix du mme tombeau. Cela
suffisait pour que l'enclos marqu de tels souvenirs ft conserv
comme une de ces pages d'histoire qui, respectes au milieu de tous
les changements, parlent du pass  l'avenir.

Le temps a march. Peu  peu la spculation s'est empare de ces
terrains. Quelques chtives maisons s'y sont assises, quelques hangars
s'y sont levs; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
se doutent pas de ce qui s'est pass dans ces lieux. La population,
qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrires qu'au
centre mme de la cit, ignore tellement  quel usage ces terrains ont
servi, qu'un terrassier ayant trouv, il y a quelques annes, des
ossements humains en creusant les fondations d'un btiment, mille
conjectures tranges ont occup l'imagination des habitants de ce
quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux ossements,
appartenant  des individus des deux sexes, et remontant, d'aprs les
examens de la science,  soixante-dix ou soixante-quinze ans, sont
apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occups  des
fouilles au boulevard de Monceaux. Ces dbris, remplissant plusieurs
tombereaux, ont t transports aux Catacombes[134].

[Note 134: C'est par erreur qu'un article du _Droit_ du mois de
juillet 1865, et aprs lui plusieurs autres journaux, ont prtendu que
cet emplacement faisait autrefois partie du cimetire de la Madeleine
de la Ville-l'vque, o avaient t dposs les corps de Louis XVI et
de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur. Il y
avait loin du cimetire de la Madeleine au cimetire de Monceaux. B.]

Ainsi donc, si Madame lisabeth avait mis tous ses soins  fuir
l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui mnager jusque dans la
mort l'obscurit qu'elle avait aime.

       *       *       *       *       *

Madame, aprs avoir prch l'humilit devant l'chafaud, vous vous y
tes humblement offerte. Vos dpouilles ont t, avec les dpouilles
de tous vos compagnons funbres, enfouies ple-mle dans la terre, et
pas une pierre n'en marquera mme la place!

Mais les haines qui vous ont perscute sont teintes: les calomnies
qui s'taient dresses contre vous se sont dissipes comme ces nues
qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en dtruisant
l'obstacle passager qui empchait la terre de jouir de la lumire du
soleil, dont l'clat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
pas cess de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
vertu mconnue un jour sur la terre, toujours connue du regard de
Dieu.

Vous aviez mu et attendri le monde par l'onction de votre parole.
Aujourd'hui vous le tiendrez et plus mu et plus attendri encore par
la douceur de votre souvenir; car vous avez parl plus haut dans votre
mort que dans votre vie.

Cdant  une inspiration venue de notre coeur, et soutenu dans notre
tche par le culte que nous vous avions vou, nous avons consacr de
longues journes  rassembler quelques nouveaux dtails sur votre
personne; nous les avons enregistrs dans ce livre avec conscience,
avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
vue et arrter notre plume, en vous surprenant si svre pour
vous-mme, si soumise aux volonts de Dieu, qui devenaient les vtres,
si misricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
gnreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal 
l'admiration de l'anglique srnit de votre grande me; j'ai t 
la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
je me reprocherais ma douleur comme une impit, ne voulant plus voir
dans votre mort que votre triomphe ternel.

Par une rencontre o nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
qu'un concours de circonstances tout fortuit, la rvolution sembla
excuter, aprs votre mort, les ordres que vous-mme eussiez donns,
si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir tre obie. Les
vtements dont vous tiez couverte  votre dernire heure furent
ports dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aime, garda le
nom de maison lisabeth et fut destine  devenir un htel-Dieu;
enfin, le champ du Christ reut votre corps, tandis que votre me
montait au ciel.

Mais ce n'est point  nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
Sans chercher  devancer le cours des ges, il nous est permis de
prvoir qu'un hommage bien autrement clatant sera rendu un jour 
votre mmoire: il est une autorit sacre, qui, comme Dieu, n'oublie
pas les mes qui sortent victorieuses du sicle, par la simplicit
dans le courage, par l'humilit dans la vertu, par la candeur dans
l'hrosme. Un jour viendra, nous le croyons, o, d'aprs les
souvenirs et les tmoignages des vnements et des hommes, l'glise
inscrira le nom d'lisabeth dans ces imprissables lgendes o les
gnrations chrtiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
modles.




APPENDICE.

DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES

QUI ONT T FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI

POUR RETROUVER ET CONSTATER

LES RESTES DE MADAME LISABETH.


Le 22 mars, le ministre de l'intrieur (M. Lain), en adressant au
prfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
l'inhumation de Madame lisabeth.

Cette lettre et cette note furent transmises par le prfet de la
Seine, en ces termes, au prfet de police:

M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
 son collgue M. le comte Angls une note accompagne d'une lettre 
la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
l'intrieur, et  laquelle M. le comte Angls a sans doute plus de
moyens que lui de rpondre d'une manire positive; il le prie de
vouloir bien runir tous les renseignements qui peuvent rpondre aux
vues du ministre.

Il le prie d'agrer l'assurance de sa haute considration.

  Paris, le 24 mars 1817.

       *       *       *       *       *

Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. tait-il
dans les convenances que le prfet de police ft mis en action par le
prfet de la Seine pour une opration dont ce dernier avait t
charg confidentiellement par le ministre?

Interrog sur cette question, un chef de bureau de la prfecture de
police rpondait  M. le comte Angls:

                                                   25 mars 1817.

En proposant  Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
ministre de l'intrieur, au sujet des communications de M. le prfet
du dpartement (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
_Madame lisabeth_), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
naturel: le ministre de l'intrieur sera-t-il ou non dans le cas de se
formaliser d'une communication faite par M. le prfet de la Seine de
pices qui lui avaient t adresses  lui seul, et de voir, hors des
convenances peut-tre, M. le prfet de police mis en action par M. le
prfet de la Seine pour une opration dont ce dernier avait t charg
directement et particulirement par le ministre?

Le ministre n'a rien transmis, rien demand  M. le prfet de police;
ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le prfet du
dpartement laisse  M. le prfet de police  suivre une opration
dont il a recueilli et transmis les premiers lments  S. Exc. le
ministre de l'intrieur, qui ne les avait demands qu' lui, prfet du
dpartement, et confidentiellement.

M. le prfet de police n'a-t-il pas  craindre de commettre M. le
prfet du dpartement avec le ministre par une lettre qui n'est point
provoque?

A considrer la dmarcation naturelle des attributions des autorits,
il semble qu'il y a inconvnient et irrgularit dans la marche
actuelle de cette affaire; peut-tre, pour la suite qu'elle doit avoir
conformment aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
claire plutt des instructions que Son Excellence prendrait
directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
peut tre ou mcontent ou surpris.

                                                       BOUCHER.

       *       *       *       *       *

La lettre suivante, formule par M. Boucher, fut adopte et adresse
par le ministre d'tat, prfet de police,  M. le ministre de
l'intrieur.

                                                   25 mars 1817.

MONSEIGNEUR,

M. le prfet du dpartement de la Seine m'a transmis
confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a crite le 22
de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
procurer sur l'poque et le lieu de l'inhumation des restes de _Madame
lisabeth_.

Je vois par une note transmise  M. le prfet du dpartement par
Votre Excellence, et dont il me donne galement communication, que M.
le prfet lui avait adress dj des renseignements qu'il avait
obtenus du sieur Viger de Jolival, propritaire du terrain o
l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
proprit avec un aperu du monument; mais que ces documents ne
satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
celle de l'authenticit.

M. le prfet du dpartement fonde la communication qu'il me fait par
une note en date d'hier sur la prsomption que j'aurais plus de moyens
que lui de rpondre aux vues de Votre Excellence.

Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a t fait  cet gard
dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
le prfet du dpartement sont entre les mains de Son Excellence, je ne
puis que la prier de vouloir bien me faire connatre si son intention
serait que je fisse des recherches et une enqute pour obtenir des
informations plus positives.

Dans ce cas, il me serait ncessaire d'avoir toutes les notions
antrieures qui sont parvenues  Votre Excellence et  M. le prfet du
dpartement.

J'ai l'honneur, etc., etc.

       *       *       *       *       *

M. le vicomte Lain rpondit:

                                          Paris, le 31 mars 1817.

Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propritaire de la maison
dite du Christ, barrire de Mousseaux, et d'un terrain en dpendant, a
dclar que S. A. R. Madame lisabeth avait t inhume dans ce
terrain.

Le Roi m'a ordonn de faire  ce sujet toutes les recherches
convenables.

Je vous serai oblig de me communiquer tous les renseignements que
vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manire
indubitable et pour faire reconnatre les cendres de Madame lisabeth,
que l'on dit avoir t ensevelie en mme temps que plusieurs autres
personnes. Ce doit tre l le but des recherches, afin que la
translation  Saint-Denis puisse tre opre, suivant le degr de
certitude qui aura t acquis.

J'ai l'honneur d'tre, etc.

  _Le ministre secrtaire d'tat au dpartement de l'intrieur,_

                                                         LAIN.

       *       *       *       *       *

Cette lettre tant demeure sans rponse, le ministre de l'intrieur
en fit le rappel au prfet de police le 18 avril, en ajoutant: Je
vous prie de me rpondre sur cette demande le plus tt possible.

De son ct, M. de Giry, administrateur des affaires ecclsiastiques
au ministre de l'intrieur, avait, ds le 1er avril, crit
officieusement  M. Angls:

                                     Paris, le [1er avril] 1817.

Voici ce qui est arriv au sujet des recherches  faire pour
constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
lisabeth.

Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
Viger de Jolival, propritaire d'une maison dite du Christ et jardin
en dpendant, barrire de Mousseaux, avait fourni  _M. le prfet de
la Seine_ et  MM. les vicaires gnraux des renseignements et un
projet sur un monument  lever en l'honneur de Madame lisabeth sur
le terrain mme, aprs acquisition faite (par la ville de Paris).

Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me remettant la
note, qui m'tait alors inconnue, n'ajouta que ces mots: Voyez tout
ce que l'on peut faire.

Averti par la lecture qu'il y avait des antcdents, je me les fis
remettre. Ils taient dj parvenus, avec envoi de M. le prfet, dans
un bureau qui avait trait sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isol, et puis
un service journalier, etc.? J'entrevis _quatre  cinq cent mille
francs_ de dpense.

J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires gnraux
pour avoir tout ce qui leur avait t communiqu; l'autre est celle
que M. le comte de Chabrol a renvoye  M. le comte Angls. L'avis
joint tait de ma faon, parce que je craignais que M. le prfet ne
suivt la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
qu'on ne pouvait trop appuyer sur la ncessit de _constater_ les
cendres, de les distinguer et de les transfrer alors  Saint-Denis,
plutt que de s'arrter  tout autre plan d'excution imparfaite et
dispendieuse.

Je ne songeai pas dans le moment au prfet de police; le ministre n'y
songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avis, il a crit 
M. le prfet de police. La lettre, soumise aux formalits du dpart,
se sera croise.

Il parat que l'ide de translation  Saint-Denis, dans le cas o
l'on russirait  distinguer les cendres de Madame lisabeth, est
conforme  l'intention du Roi.

Il parat encore que l'intrt du propritaire, dj berc de l'ide
de vendre, pourra rendre la vrification plus difficile. Ce n'est pas
le cas de parler d'adresse et d'habilet au ministre prfet qui veille
sur Paris.

Au surplus, j'ai parl ce matin  M. Lain de la question que vous
m'avez adresse, mon trs-honor et trs-cher ministre, et je lui en
ai parl comme je devais le faire, et de manire  remplir votre
commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'nonc de la
note Jolival, portant que le prfet de la Seine et les vicaires
gnraux de Paris avaient ses premiers renseignements, a t (sans
autre rflexion) la cause que l'on s'est adress  cet administrateur
et  MM. les vicaires gnraux.

Quant aux antcdents, ils sont uniquement relatifs  la dpense 
mettre  la charge de la ville de Paris. Ils s'taient passs entre M.
le prfet et M. le sous-secrtaire d'tat en dernier lieu.

Enfin M. Lain se dfend mme d'avoir coopr  ce qui regarde les
restes de Molire et de la Fontaine. Il m'a rpondu qu'au surplus cela
avait d tre trait comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?

Je n'ai pas voulu insister.

Mais, j'ose vous le rpter, quoique sans doute la chose soit
superflue, s'il est reconnu qu'acheter et btir serait intempestif,
que transfrer  Saint-Denis serait dans les voeux du Roi, il y aura
des prcautions  prendre pour luder l'intrt du propritaire.

J'cris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
dans la journe. Pardon de la prolixit, mais les enfants et les
grands me dtournent galement. Demain j'aurai l'honneur de vous
envoyer le dossier entier.

Veuillez agrer mon respectueux et profond dvouement,

                                                       DE GIRY.

       *       *       *       *       *

Le prfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la premire
division,  prendre lui-mme dans l'enclos du Christ des
renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
lisabeth.

                                           Paris, 18 avril 1817.

Le ministre d'tat, prfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
chef de la premire division des bureaux de notre prfecture,  se
transporter  la barrire de Mousseaux, o est situe la maison dite
du Christ, appartenant  M. Viger de Jolival, et  visiter l'enclos de
ladite maison,  l'effet de reconnatre les lieux et d'y prendre des
renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
lisabeth, soeur du Roi, et d'y recevoir en forme la dclaration du
sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui concierge du
cimetire Montmartre, qui sera invit  s'y rendre pour le mme
objet.--Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
ncessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
observations demandes et y recevoir toutes les dclarations qui
pourraient fournir d'utiles renseignements.

  _Le ministre d'tat, prfet de police,_

                                                  Comte ANGLS.

       *       *       *       *       *

Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau  la prfecture de police,
soumettait  son chef le rapport suivant:

                                                  21 avril 1817.

On a l'honneur de rendre compte  Son Excellence du rsultat des
premires dmarches qui ont t faites pour parvenir  des
renseignements positifs sur la spulture _distincte_ des restes de Son
Altesse Royale Madame lisabeth, soeur du Roi Louis XVI.

M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclsiastiques
au ministre de l'intrieur, avait expliqu dans une lettre
particulire  Son Excellence la raison pour laquelle les premires
communications avaient t faites au dpartement de la Seine. L'enclos
connu sous le nom de la _maison du Christ_, barrire de Mousseaux,
dans lequel les dpouilles mortelles de Madame lisabeth ont t
dposes avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
rvolutionnaires, est une proprit  M. Viger de Jolival, qui offrait
de la vendre.

M. de Giry avait annonc  Son Excellence l'envoi prochain de pices
essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
aujourd'hui. Ces pices et les renseignements que j'ai recueillis
conduiront-ils au but dsir, la connaissance positive de la spulture
de Madame lisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
de la _constater_? On le dit  regret  Son Excellence, on ne le croit
pas. M. Viger de Jolival le faisait dj bien entrevoir dans une
lettre qu'il crivait  MM. les vicaires gnraux au mois de fvrier
dernier; la phrase est prcise: C'est donc  vous, Messieurs, leur
dit-il, qu'il appartient de faire connatre publiquement le lieu o
reposent (mls, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes moins
illustres, mais non moins innocentes) les restes infortuns de la
soeur du bon Roi Louis XVI.

D'aprs les intentions de S. Exc. le ministre de l'intrieur, MM. les
vicaires gnraux s'taient empresss de recueillir des renseignements
de M. Desclozeaux et de M. Blanger, architecte, indpendamment de
ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.

Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connatre autre chose sinon
que les restes de Madame lisabeth ont bien t dposs dans l'enclos
du Christ,  Mousseaux, et non au cimetire de la rue d'Anjou, comme
aurait pu le faire croire une liste imprime des victimes du tribunal
rvolutionnaire.

Une lettre adresse par M. Blanger  MM. les vicaires gnraux fait
galement prsumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
restes de Madame lisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
affreux ont t confondues dans une mme fosse.

M. Blanger ne parle que _du lieu o gt la fosse_ et du monument
expiatoire qu'on pourrait lever au-dessus, en forme de pyramide, dont
il donna le dessin.

Enfin MM. les vicaires gnraux, dans une lettre qu'ils crivirent au
ministre de l'intrieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
pices avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficult qu'il
y aurait de parvenir  sparer les cendres de Madame lisabeth, qui
ont t confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimul
qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le voeu de MM. les
vicaires gnraux se bornait-il  l'rection d'un monument et d'une
chapelle expiatoire[135]. M. de Giry m'avait conseill une dmarche
auprs de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui tait plus sans doute
revenue  la mmoire; mais je n'en ai pas moins recueilli de mesdames
Desclozeaux des dtails dont elles avaient t informes comme leur
pre. Il en rsulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour o prit
Madame lisabeth, c'est--dire depuis la fin de mars, nombre de
victimes avaient dj t prcipites dans une grande fosse, o l'on
entassait les corps sans mnagement comme sans distinction; que le 10
mai les vingt-cinq victimes avaient t transportes dans un mme
panier; que depuis ce jour jusqu' la fin de juin, et sans
discontinuit dans ce laps de temps, d'autres victimes ont t
entasses par douzaines dans ce mme endroit; que la gaiet
sanguinaire, la frocit, la monstruosit des tres qui recevaient les
corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
expression, au point qu'il aurait t fort dangereux d'annoncer
quelque sensibilit  leurs yeux et de vouloir se livrer  quelque
devoir d'humanit ou de piti.

En un mot, d'aprs tout ce que les dames Desclozeaux ont su de leur
pre, le projet de parvenir  distinguer les restes de Madame
lisabeth dans le mlange de tant de restes ne pourrait jamais
conduire  un rsultat; en un mot, il serait impossible d'en venir 
_constater_, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
Majest.

Nanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donn le nom de
fosse  un endroit spacieux jusqu' un certain point, s'il faut s'en
rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donn de sa
proprit. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
_quarres_, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
terrain deviendrait donc absolument ncessaire pour qu'on put mettre
une dernire opinion.

On ne pouvait se permettre de se prsenter sans mission et sans
instructions ni auprs de M. de Jolival ni dans sa proprit. M. de
Giry a fait entendre  Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
pour une communication  ce propritaire, qui avait calcul d'avance
le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
un monument distingu, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
de Sa Majest pour qu'il soit fait un transport  Saint-Denis des
restes de Madame lisabeth, dispositions, on le sent, qui drangent
tous les calculs du propritaire.

Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
ne seraient pas donns, qui puisse faciliter l'accs dans le terrain;
peut-tre est-ce au propritaire lui-mme qu'il faudrait ensuite
l'exhiber,  moins que Son Excellence ne penst que, vu l'urgence, il
pt tre seulement exhib au concierge ou portier de la maison. Ce
dernier passe pour connatre assez bien la disposition des lieux.

L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors ncessaire
pour qu'il pt verbaliser au besoin? C'est une question que Son
Excellence est prie de rsoudre; mais, au surplus, peut-tre ne
serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
accompagne d'un architecte.

A moins que Son Excellence ne prfre une autre mesure, qui serait
d'obtenir tous les documents prliminaires par voie secrte et par une
entremise mnage auprs du concierge.

Son Excellence crirait au ministre de l'intrieur pour lui faire
connatre que les dmarches ont t faites pour obtenir les premiers
rsultats sans lesquels il serait impossible que les intentions de Sa
Majest fussent remplies, mais que ce qu'on a pu recueillir de
renseignements jusqu' ce moment ne laisse malheureusement entrevoir
aucun succs; qu'aussitt qu'on en aura compltement acquis la
certitude, on s'empressera de l'en informer.

                                                       BOUCHER.

[Note 135: MM. les vicaires gnraux ont cherch  connatre et 
retrouver ceux d'entre les ecclsiastiques qui, par piti comme par
humanit, suivaient discrtement, encourageaient, consolaient,
exhortaient des yeux les victimes qu'on tranait  la mort par
vingtaine et trentaine  la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
prtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumires  donner sur la
spulture de Madame lisabeth. M. de Sambucy est jusqu' prsent le
seul qu'ils aient pu dcouvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
victimes ce jour-l que jusqu' la place o elles ont t frappes; il
se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
de Madame lisabeth, qui fut rserve pour la dernire et avait d
voir prir consquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assur les dames
Desclozeaux[135-A]. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
gnraux doivent voir encore deux ecclsiastiques, et donner
connaissance demain au ministre de l'intrieur de ce qu'ils auraient
pu apprendre.]

[Note 135-A: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur deux
points: 1 Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'taient dans le
vrai: la fourne du 21 floral an II (10 mai 1794) se composait de
vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent condamnes 
mort. Madame Mgret de Srilly, quoiqu'elle se crt enceinte, ne
rclama point. Madame lisabeth, nous l'avons dit plus haut, avertie
de l'tat de cette malheureuse femme, le dnona au tribunal, qui fit
suspendre pour elle l'excution du jugement. Donc le nombre exact des
victimes de cette journe tait de vingt-quatre. 2 Je m'tonne que
MM. les vicaires gnraux n'aient point cit le nom du respectable
Pre Carrichon  ct de celui de M. de Sambucy. Le lecteur trouvera,
au n XII des documents mis  la fin de ce volume, un tmoignage
clatant du dvouement de ce digne prtre.]

       *       *       *       *       *

Sur les donnes de ce rapport, approuv par le comte Angls, la lettre
suivante fut rdige et envoye au ministre:

                                                  22 avril 1817.

MONSEIGNEUR,

Votre Excellence, sur la dclaration de M. Viger de Jolival,
propritaire d'une maison dite du Christ, prs la barrire de
Mousseaux, que S. A. R. Madame lisabeth, soeur du Roi Louis XVI,
avait t inhume dans ce terrain, m'a charg de faire les recherches
ncessaires pour parvenir  constater le fait d'une manire
indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent tre
transfres  Saint-Denis suivant les intentions du Roi.

J'ai fait prendre  cet gard tous les renseignements sur
l'exactitude desquels on dt compter. Ils s'accordent bien sur la
notorit de l'inhumation de Madame lisabeth au terrain dont il
s'agit; mais, d'aprs tous les dtails que j'ai recueillis jusqu' ce
moment, j'entrevois les plus grands obstacles  faire reconnatre les
cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
celles du grand nombre de victimes dposes dans le temps en ce mme
lieu sans aucune distinction. Je crains en consquence, Monseigneur,
qu'il me soit impossible d'en venir  _constater_ d'abord le lieu
positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identit des
cendres, deux points galement importants. Il me parat que MM. les
vicaires gnraux, dans les indications qu'ils cherchent  se procurer
de leur ct, ne conoivent pas plus d'esprance que moi, et ils se
proposent d'crire  ce sujet  Votre Excellence.

Cependant je fais continuer les dmarches et les recherches avec le
plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
leur rsultat.

J'ai l'honneur, etc.

                                     _Le ministre d'tat_, etc.

       *       *       *       *       *

Pendant que les premiers magistrats de la cit runissaient leurs
efforts pour dcouvrir le lieu de la spulture d'lisabeth,
l'archiviste Peuchet, occup du mme objet, confessait de son ct son
impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitt d'une pieuse
consolation. Si ses restes nous chappent, dit-il dans un billet 
cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait  suivre
de pit, de grandeur et de rsignation sublime.

Deux jours aprs, l'officier de paix Burger adressait  la prfecture
de police le rsultat de sa visite au cimetire de Monceaux.

                                               Ce 24 avril 1817.

_Rapport particulier sur la spulture de Madame lisabeth._

Je me suis transport hier matin  la barrire de Mousseaux, prs de
laquelle est situe la maison dite du Christ, appartenant  M. Viger
de Jolival. Dans l'enclos de cette proprit se trouve un terrain de
la forme d'un triangle quilatral d'une petite dimension; c'est dans
ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
quantit d'autres victimes.

Le concierge de cette maison s'est d'abord refus d'acquiescer  la
demande que je lui fis de visiter le cimetire, sous prtexte que son
matre a recommand de ne laisser pntrer en ces lieux d'autres
personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
l'offre d'une rcompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
promener.

J'entrai par la porte D et traversai la cour; de l le concierge me
conduisit directement au cimetire par la porte I, la seule qui
communique maintenant avec ce lieu funbre. Ce terrain est inculte et
sauvage; il n'a point t travaill depuis l'poque fatale o il
servit de spulture; seulement une seule fois le concierge
d'aujourd'hui, en fouillant prs de la porte C, trouva un squelette
qu'il enterra aussitt.

Non loin de l'entre du jardin,  l'endroit indiqu H, le terrain
s'est affaiss d'environ deux pieds; toutes les annes il baisse
davantage: c'est l que, d'aprs le dire de tout le monde, repose
l'infortune princesse, avec une quantit d'autres victimes. Cette
fosse, puisque c'en tait une, avait  sa base comme  la superficie
une tendue de trois toises carres dans tous les sens et dix-huit 
vingt pieds de profondeur.

Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
une pierre avec cette inscription: _Madame lisabeth_; je lui demandai
s'il tait bien sr que ce ft effectivement l'endroit o avait t
dpose la princesse; que j'avais lu qu'elle avait t malheureusement
confondue avec les autres victimes de la journe du 10 mai. Le
fossoyeur, qui existe encore, rpliqua-t-il, a eu soin de distinguer
ces restes prcieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps tre fait 
Saint-Denis. Je vis bien que mon conducteur tait peu inform, et je
le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la mme croyance qu' la
fosse H tait enterr M. le duc d'Orlans. Je lui demandai encore
depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
le quittai aprs lui avoir pralablement fait donner l'adresse du
fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetire de
Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
rencontrer. Cet homme reut d'abord mes ouvertures avec dfiance et
retenue; je m'efforai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
savoir si l'on pouvait esprer un rsultat satisfaisant, qui avait
ordonn une enqute. M. Joly m'annona que c'est lui qui, au pril de
sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
exerait le mme emploi au cimetire de la Madeleine; que, transfr
de l  Mousseaux, il a enterr, le 10 mai 1794, Madame lisabeth
avec vingt  vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles
ont toutes t enfermes dans la mme fosse (H). Je lui demandai s'il
n'y avait pas d'autres tmoins de l'enterrement; il dit que hors le
charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore
le sort, personne autre n'tait prsent. Je questionnai M. Joly sur
diverses circonstances qui ont accompagn cette inhumation et les
indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les dtails
suivants: le 10 mai dans l'aprs-midi, une charrette conduisit par la
porte F les corps de vingt  vingt-cinq malheureux, les ttes toutes
ensemble dans un panier et les corps ple-mle dans un autre. M. Joly
apprit du charretier que Madame lisabeth tait du nombre des
victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
aucun cadavre), on dpouilla les corps de leurs vtements, bijoux ou
autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
n'est pas permis d'esprer qu'un signe quelconque puisse aider 
dcouvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
entire confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
tait bien difficile, il ne dtruit pas l'espoir de trouver le corps.
Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zle et de dvouement 
conserver les restes prcieux du Roi martyr, il ait rang le corps de
Madame lisabeth de manire  le retrouver lorsque le temps et les
circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
et nous aider, s'il est possible, pour le succs de cette pieuse
entreprise.

                                                        BURGER.

       *       *       *       *       *

Ce rcit de Burger, suivi de prs d'une nouvelle lettre du ministre
de l'intrieur, chauffa le zle prfectoral.

                                        Paris, le 26 avril 1817.

Monsieur le comte, en me prvenant que vos premires dmarches pour
constater l'identit des cendres de S. A. R. Madame lisabeth, soeur
du Roi, vous laissent peu d'espoir de russir, vous m'annoncez que
vous avez ordonn de nouvelles recherches dont vous me communiquerez
le rsultat.

Cet objet tient aux affections les plus chres de Sa Majest et
appartient  l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
des tmoignages irrcusables que rien n'a t nglig pour arriver au
plus haut degr de certitude.

Je vous serai oblig, en consquence, lorsque vous croirez avoir
puis tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
circonstanci des informations prises et des tmoignages recueillis.

J'ai l'honneur, etc.

_Le ministre secrtaire d'tat au dpartement de l'intrieur,_

                                                         LAIN.

       *       *       *       *       *

Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la dclaration du sieur Joly
et de donner suite  son projet de visiter ce terrain.

                                        (_Note de M. Angls._) B.

       *       *       *       *       *

Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilit,
mais la possibilit du succs;  cette lettre du ministre, qui au nom
du Roi lui-mme encourageait l'entreprise, se joignirent les
dpositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
concevoir quelque esprance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
charg par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
prfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:

_Rapport particulier._

J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme parat sage et de
trs-bonne foi; il est assur que le corps de Madame lisabeth de
France est dans le lieu qu'il indique. Il sait mme comment le corps a
t plac et dans quelle direction; mais il est  une grande
profondeur, et une quantit de corps ont t rangs par couches dans
cette mme fosse, que le sieur Joly estime avoir t creuse sur une
largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudit absolue de
tous les corps te tout espoir de retrouver des signes qui puissent
les faire reconnatre.

La seule indication de M. Joly qui pt conduire  un rsultat, c'est
qu'il assure que dans la couche o a t plac le corps de Son Altesse
Royale, il n'y a eu de placs _que des corps masculins_. Si cela tait
bien certain, il se prsenterait sans doute de grandes difficults
pour parvenir  cette couche; mais enfin ce succs ne semblerait pas
impossible en y employant du temps, des soins, des prcautions et peu
de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assist d'un
commissaire spcialement dsign.

Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas  propos de faire
cette recherche difficile, soit qu'on se borne  vouloir faire
reconnatre l'emplacement exact de la fosse o cette prcieuse victime
a t place, il semble qu'il serait convenable de constater la
dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
vivant et dispos  donner tous les renseignements que sa mmoire lui
fournit.

Il est mme probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
dtails qui, s'ils n'taient pas utiles pour retrouver les restes de
l'auguste princesse, seraient du moins prcieux comme renseignements
certains sur le lieu o ils sont placs. Il s'est souvenu qu'au moment
de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait  quelle
distance du mur la fosse a t ouverte, etc.

Dans cet tat de choses, sans avoir plus que M. le prfet l'espoir
d'un rsultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
m'autoriser  y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propritaire de
laisser examiner les lieux.

Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
circonstanci, n'y et-il d'autre rsultat pour Votre Excellence que
de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propritaire
indique d'ailleurs d'une manire errone. Ce serait n'avoir perdu ni
son temps ni sa peine.

Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connatre ses
intentions.

                                                         D. CH.

       *       *       *       *       *

M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'tat, prfet de
police, la dclaration et les rponses du sieur Joly, ainsi qu'un
rapport circonstanci, et de la visite qu'il avait faite sur les
lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
documents:

                                        Paris, le 29 avril 1817.

J'ai l'honneur de transmettre  M. le prfet la dclaration et les
rponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstanci de la
visite que j'ai faite hier sur les lieux.

Votre Excellence jugera peut-tre convenable, pour viter toutes les
indiscrtions, d'en parler elle-mme au ministre et de lui communiquer
confidentiellement ces pices.

                                                            CH.


I.

_Dclaration._

L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril,  onze heures du
matin, se sont prsents  mon domicile, prs et hors la barrire de
Clichy, n 42, les sieurs de Chanay, chef de la premire division de
la prfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
dclar que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'tat, prfet
de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargs de visiter le clos
de la maison du Christ, sis prs et en dedans la barrire de
Mousseaux, afin de recueillir les plus petits dtails comme les
moindres circonstances qui pourraient aider  connatre le lieu de la
spulture de S. A. R. Madame lisabeth, dpose par moi dans ledit
enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes supplicies le
mme jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invit  les accompagner
dans l'enclos dit du Christ, ce  quoi j'ai dfr sur l'heure.

En sortant de mon domicile, nous descendmes le boulevard extrieur
de la barrire de Clichy  celle de Mousseaux, et rentrmes dans Paris
par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face 
droite, et frappmes  l'entre principale, situe rue de Valois. Le
concierge, aprs quelques difficults, nous laissa pntrer dans
l'enceinte intrieure; de l nous entrmes dans le jardin, obliquant 
droite pour nous porter vers le mur de sparation du jardin d'avec
l'enclos autrefois destin aux spultures. Non loin de la porte de
communication, j'indiquai  M. Burger, qui se trouvait prs de moi,
l'endroit o doit se trouver la fosse o repose la princesse, et lui
ajoutai que s'il existait deux fosses, c'tait dans celle longeant
paralllement le mur de sparation le plus proche de la porte cochre
donnant sur l'extrieur, par o entraient les victimes, que la
princesse avait t inhume.

En effet, aprs avoir franchi le terrain qui nous sparait encore de
ce lieu funbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
pour la seconde fois depuis l'poque fatale de la rvolution. A quatre
pieds en avant de la porte, nous obliqumes lgrement  droite, et
nous distingumes facilement l'emplacement d'une fosse par
l'affaissement des terres; c'est l que M. Viger de Jolival fit lever
une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carre sur laquelle
on lit _Madame lisabeth_. Aprs m'tre recueilli, je vis clairement
que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait tre
situe non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
cochre place au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine 
reconnatre l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
beaucoup plus sensible que dans la premire, laissait aisment
distinguer un espace de douze  quinze pieds carrs, auquel il
manquait  peu prs un pied et demi pour tre au niveau du terrain.
Cette dimension est  quelque chose prs la surface de toutes les
fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
indiqu d'avance et la disposition de la fosse o se trouve la
princesse, sa grandeur, et distingu la vritable d'entre celles qui
sont en ce lieu. Une circonstance particulire avait aid ma mmoire:
je me rappelai que ma mre, morte environ trois ans aprs l'inhumation
de la princesse, je la plaai dans la mme direction de la fosse et
contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je
distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont
reconnu avec moi.

Ces dtails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
spulture, je me plaai sur le ct nord-ouest de la fosse, dans la
mme position o j'tais au moment o la charrette arrivant sur les
bords, dchargea les cadavres; ma mmoire me confirma alors l'ide,
que j'avais annonce d'avance, qu' l'heure de six et sept heures du
soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tourne du ct du
mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
charretiers furent les seuls individus prsents  l'inhumation; 
l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
n'existe plus d'autre tmoin oculaire. Nous dpouillmes les corps et
les jetmes sans aucun vtement dans la fosse; je reconnus Madame
lisabeth au dire des charretiers et  ses habits; elle a t
pareillement dpouille et jete sans distinction dans la fosse; mais
je me rappelle qu'aprs que tous les cadavres furent descendus, nous
nous plames dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
lisabeth se trouve au milieu de la premire ou de la seconde couche,
le tronc perpendiculairement pos du ct du mur, et les pieds vers le
ct nord-ouest de la fosse; je me rappelle galement que son corps se
trouve avec plusieurs corps masculins rangs ainsi que je vais
l'indiquer, c'est--dire que, pour mnager les places, nous placions
alternativement un tronc et les pieds, de manire qu'une couche de
cadavres se trouvait serre sans aucun intervalle de terre. Aprs
avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
six pouces de terre.

La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
lisabeth est la moins profonde du mme ct: elle peut avoir de douze
 quinze pieds de profondeur; ainsi Madame lisabeth, couche sur le
ventre entre plusieurs hommes de la manire que je l'indique, doit se
trouver au fond ou  quatorze pouces du sol.

D'aprs cette dclaration, qui est conforme  l'exacte vrit,
j'estime que la recherche du corps, quoique pnible et difficile, peut
tre tente avec quelque apparence de succs. Pour y parvenir, il
faudrait avec soin ouvrir une tranche perpendiculairement au mur du
jardin, au ct nord-est de la fosse, afin de dterminer la profondeur
et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour dterminer d'une
manire certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus prs de la
porte que celle dont il est question, il serait ncessaire d'ouvrir un
boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur,  partir de la
fosse et longeant paralllement le mur du jardin.

Le soussign dclare en outre qu'il a t nomm en 1789 concierge du
cimetire de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
cimetire, il a t appel  Mousseaux, o il est rest jusqu' la
fermeture en l'an V; qu'ensuite, nomm  celui de Saint-Roch, il y est
pareillement rest jusqu' sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
maintenant la mme place  Montmartre depuis cette poque.

De tout quoi j'ai fait la prsente dclaration les jour, mois et an
que dessus.

                             DE CHANAY, chef de la 1re division.
                             JOLY.
                             BURGER.


II.

NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES
A FAIRE.

               RPONSES AUX QUESTIONS.

1 Pouvez-vous vous rappeler quelle tait la
profondeur de la fosse quand vous y descendtes le
10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une
chelle sans doute?

              1 M. Joly ne se rappelle prcisment ni la profondeur
              de la fosse  cette poque ni la hauteur de l'chelle
              dont on se servait pour y descendre.

2 La terre du fond semblait-elle dure comme une
terre o il n'y a pas eu de prcdente et plus
profonde inhumation?

              2 M. Joly ne s'en souvient pas.

3 Quand on dchargeait les corps de la charrette,
les prcipitait-on l'un aprs l'autre aprs leur
dpouillement, ou les dpouillait-on tous avant de
les prcipiter?

              3 Quand la charrette tait arrive sur le bord de la
              fosse, on procdait au dpouillement des vtements. (Un
              registre tait tenu de ces effets divers, qui taient
              ensuite remis  l'Htel-Dieu.) De temps  autre les
              fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les
              corps afin qu'ils ne fussent pas trop entasss.

4 Puisque vous assurez que le corps de la
princesse est plac le tronc du ct du mur, il
faut ou que vous l'ayez reconnu et distingu dans
la fosse, ou qu'il y ait t prcipit le dernier
ou des derniers, aprs avoir remarqu par vous et
votre camarade sur le bord de la fosse.

              4 Rponse affirmative sur tous les points de la
              question. A ajout que le conducteur de la voiture avait
              dit: Que c'tait son corps, qu'il tait le dernier ou
              des derniers placs sur la charrette, par consquent
              au-dessus des autres, et les vtements taient aussi peu
              ensanglants.

              Tous les autres l'taient beaucoup.

5 Comment ont t places les ttes des corps?

              5 Les ttes ont t places indistinctivement dans les
              vides.

6 De quelle paisseur de terre environ taient
recouvertes les couches de corps?

              6 Il est difficile d'estimer mme approximativement le
              nombre des corps de chaque couche: 1 parce que, outre
              les supplicis, il arrivait des corps envoys par l'tat
              civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place;
              2 parce qu'il y avait des enfants; 3 parce qu'une mme
              couche tant compose de deux rangs, elle n'tait pas
              faite le mme jour. A l'gard de 10 mai, le sieur Joly
              se rappelle trs-bien que les supplicis furent placs
              dans la partie de la fosse la plus rapproche du mur;
              que le mme jour la partie antrieure de la fosse ne fut
              point  remplie, et enfin _que le corps de la princesse
              a t plac vers le milieu de la fosse dans le rang
              suprieur de la couche et la face antrieure du corps
              tourne sur le rang infrieur._

7 Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de
corps par chaque couche sur toute la surface
carre de la fosse?

8 La fosse a-t-elle t remplie jusqu'au niveau
de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous
qu'on trouve les restes des derniers corps
inhums?

              7 et 8 Les couches des corps taient chacune
              recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses
              recouvertes dans la partie suprieure d'environ trois
              pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les
              premiers vestiges qu'on en trouverait devraient tre 
              trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut
              cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitt
              l'enclos il y avait quelques lvations ou tertres qui
              ont disparu, soit qu'on ait enlev des terres restant
              des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait
              nivel toutes les ingalits. Ces renseignements ne
              peuvent tre justement donns que par le propritaire.

Nous avons sign et paraf les questions et rponses ci-dessus _ne
varientur_.

  Paris, 29 avril 1817,  la prfecture de police,

                                                  DE CHANAY,
                                         Chef de la 1re division.

                JOLY.


III.

     _Rapport particulier  S. E. le ministre d'tat, prfet de
     police, sur le rsultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
     Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
     Madame lisabeth, soeur du Roi._

Ce matin, 28 avril 1817,  midi, conformment aux ordres de Votre
Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intrieur, et donner
toute la suite convenable aux indications prcdemment recueillies, je
me suis rendu  la barrire de Clichy et au cimetire Montmartre,
accompagn de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premires
informations et obtenu les premiers documents du nomm Joly,
anciennement employ aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
Christ prs Mousseaux. L j'ai invit ledit Joly, aujourd'hui
concierge du cimetire Montmartre,  me suivre dans l'enclos du sieur
Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitt avec empressement.

Arrivs  la grande porte d'entre de ladite maison, le jardinier
nous l'a ouverte; j'ai demand la libert d'entrer dans le jardin et
de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
consenti  nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne ft pour lui un
sujet de reproche.

Aprs lui avoir promis de n'y rester que le temps ncessaire pour de
simples vrifications, nous avons travers la cour et une partie du
jardin, nous dirigeant  l'ouest vers le mur qui spare le jardin du
petit enclos de l'inhumation. Le jardinier tait en avant avec le
sieur Burger; j'tais  dessein rest en arrire avec le sieur Joly.
Arrivs  environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
dont nous tions encore spars par le mur, je me suis arrt et j'ai
demand au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
disposition du local; aussitt, me montrant de la main une partie du
mur  droite de la petite porte qui en peut tre loigne de douze ou
quinze pas: C'est l derrire, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je
fais remarquer cette circonstance  Son Excellence, parce qu'elle
prouve que le sieur Joly connat bien l'emplacement et parce que cette
indication donne sans voir le terrain prouve qu'il en avait un
souvenir exact. En effet, tant entr dans l'enclos par la petite
porte et ayant aussitt regard  droite vers le point indiqu, j'ai
vu un terrain couvert de gazon en partie affaiss sur une surface
carre de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annonc.

Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a videmment eu
deux larges fosses, et que le propritaire mme du terrain ayant
nglig ou cru inutile de consulter le nomm Joly[136] (seul tmoin, 
ce qu'il parat, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
cru que Madame lisabeth a t inhume dans la grande fosse qui est
presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutt
cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaiss de cette fosse
plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
gazon il a fait poser une pierre grise polie o on lit ces mots:
_Madame lisabeth_. Ces plantations, cette espce de monument
provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
Tout porte  faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
point l, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
indique par le sieur Joly avant d'tre dans l'enclos et indique avec
prcision.

[Note 136: Le sieur Joly n'a point t consult par le propritaire
avant qu'il et dsign par une pierre le lieu o il supposait que
reposent les cendres de Madame lisabeth, mais depuis il fut appel
par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain et
l'affaissement qu'il avait dsigns comme recouvrant les restes de la
princesse, le concierge Joly lui dit: Vous vous trompez, elle n'est
pas l. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit o elle
est rellement.

Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
qui, tant dj cultiv, avait bien chang d'aspect.]

Quelque pnibles que soient ces dtails, il est ncessaire que je les
rapporte pendant qu'ils sont bien prsents  mon esprit, parce qu'ils
donnent dans leur ensemble la preuve de la vracit des indications
du nomm Joly.

Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant, il
m'avait rpondu entre autres circonstances que le 10 mai,  l'heure de
l'inhumation, quand ils taient en face de la fosse, ils tournaient le
dos au soleil couchant; cette position nous a paru  peu prs exacte.
La fosse rapproche du mur par le ct de l'est ne pouvait tre
aborde que par le ct ouest ou sud-ouest, et les cts nord et sud
devaient tre occups par la terre sortie de la fosse.

Une autre observation doit tre place ici, quoique peu importante,
c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mre de son mari a
t inhume contre le mur et que cette fosse tait trs-prs de la
fosse o ont t placs les restes de Son Altesse Royale et des autres
victimes inhumes le mme jour que la princesse. Or le lieu de cette
fosse particulire est indiqu par le sieur Joly et sa femme entre la
fosse la plus rapproche du mur et la partie de l'enclos qui la spare
de la grande porte par o l'on amenait les corps sur des charrettes.

Le sieur Joly a constamment assur qu'il devait y avoir deux fosses,
visibles par l'affaissement du terrain et situes  gauche en entrant
par la grande porte de l'enclos: l'une plus prs du mur et plus prs
de la grande porte, dont la dimension pouvait tre de douze  quinze
pieds carrs; l'autre plus loigne de la grande porte et plus au
milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
propritaire a prsum qu'taient placs les restes de la princesse.
C'est dans la premire que le sieur Joly assure et a la conviction
entire que Son Altesse Royale a t inhume.

Il faut encore avoir le courage d'crire des dtails plus minutieux
et plus affligeants.

Le sieur Joly s'est rappel la position qu'il occupait alors sur ce
mme terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait  cette
cruelle poque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il tait fossoyeur;
ils taient deux, l'autre est mort, le charretier galement. Nul autre
individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation[137]. Des
gendarmes ou des soldats fermaient la porte quand la charrette tait
entre, et de peur que des curieux ne vissent  travers la porte, on
bouchait avec une planche ou une pierre les trous qui se trouvaient
dans la porte.

[Note 137: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
les supplicis on ne faisait pas de procs-verbal d'inhumation, que
l'on se contentait de tenir note de leurs dpouilles.]

Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne parat point douteux
que la fosse indique par lui ne soit bien celle o ont t placs les
corps des victimes immoles le 10 mai 1794.

Mais voici des dtails affreux et plus positifs encore  l'gard de
l'auguste princesse.

La soeur de nos rois fut assassine la dernire parmi les victimes de
ce jour; sa tte, spare du corps, fut montre au peuple et mise avec
les ttes des autres victimes dans un seul et mme panier; mais le corps
de la princesse, recouvert de ses vtements, fut plac le dernier sur la
charrette. Arrive dans l'enclos de l'inhumation, la charrette fut
dcharge, le corps de la princesse fut pos le premier ou des premiers
sur le bord de la fosse; l son corps fut reconnu, dit le sieur Joly,
dsign et dpouill de tout vtement: c'tait l'usage ou l'ordre de ces
barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort. Tous les corps
taient ainsi dpouills avant d'tre prcipits dans la fosse; ainsi,
dans ces remuements successifs, le corps de la princesse devait avoir
t prcipit le dernier ou l'un des derniers. C'est ce qui explique
comment il se trouve, suivant le tmoignage du fossoyeur, plac dans le
fond de la fosse et du cot le plus rapproch du mur, celui par o les
fossoyeurs, quand ils taient descendus, arrangeaient les corps de
manire  ce qu'ils occupassent le moins d'espace possible, et en outre,
deux rangs de corps taient placs immdiatement les uns sur les autres,
mais horizontalement et recouverts d'une couche de terre, paisse
d'environ un demi-pied. Les fossoyeurs plaaient alternativement un
corps le tronc du ct du mur et un autre le tronc vers le milieu de la
fosse, et dans sa largeur il y avait par consquent deux rangs de corps
par couche horizontale[138]. Il serait inutile de faire le douloureux
calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture en
carr. Le fossoyeur Joly n'est pas sr du nombre qu'elle a reu, et il
n'est que trop probable qu'elle a t remplie, puisque plus tard on en a
rempli une seconde.

[Note 138: Une plus ample explication et des questions ritres
faites au sieur Joly font connatre qu'outre le premier rang
horizontal on plaait immdiatement un second rang horizontal sur le
premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
sens oppos, ainsi que les faces, afin de mnager l'emplacement. Cette
observation fait prvoir les plus grandes difficults  obtenir un
rsultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
et comme elles sont.]

Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux dtails, c'est que
les indications du fossoyeur Joly prsentent de grandes probabilits,
et que les renseignements qu'il donne sont trs-vraisemblables.

Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
et  l'intrieur de la fosse et dans l'enclos, dit:

1 Je suis assur que le corps de la princesse est l dans cette
fosse et non ailleurs.

2 Je suis assur que le corps de la princesse est l'un des premiers
rangs dans la fosse ce jour-l, et par consquent il est dans la
partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
le milieu de la couche.

3 Il assure que ce corps a t rang le tronc du ct du mur et les
pieds vers le milieu de la fosse.

4 Il croit tre assur que les corps placs auprs sont des corps de
sexe masculin.

Voil ce qu'il a constamment rpt, comme en ayant la conviction.

Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
de la fosse  l'poque du 10 mai (il croit qu'elle tait d'environ
dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse tait
nouvellement creuse ou si elle tait plus ancienne et s'il y avait
eu dj des inhumations.

Il croit aussi que dans la suite on y a plac des corps enferms dans
des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps qu'elle aurait
pu contenir.

Rsulte-t-il de ces dtails et de ces indications des renseignements
suffisants et assez srs pour que l'on puisse et doive entreprendre
des recherches et en attendre des rsultats certains, ou se
bornera-t-on  regarder comme certaine l'existence des cendres de
l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le tmoignage du fossoyeur
Joly, qui dans ses indications parat sage, raisonnable, vridique et
sr de son fait, qui parat d'ailleurs tre le seul tmoin vivant de
ces tristes vnements, se bornera-t-on  projeter un monument digne
des vertus de la soeur de nos Rois, pour l'lever sur ce terrain
consacr par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
Gouvernement de dcider.

Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
douloureuse et cependant si intressante que vous m'avez confie, je
crois avoir donn une preuve nouvelle et irrcusable de mon zle et de
mon dvouement sans bornes  notre auguste Souverain. Sans la pense
qu'un sujet fidle et dvou pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
intrt qui peuvent approcher du succs que vous dsiriez obtenir, je
n'aurais point eu le courage et la prsence d'esprit ncessaires pour
ces recherches.

S'il m'tait permis  la suite de ce rapport de vous exprimer mon
opinion particulire, je dirais  Votre Excellence avec plus
d'assurance  prsent:

1 Qu'un succs complet me semble toujours difficile, mais non
impossible;

2 Que pour arriver  un rsultat, dans le cas o il serait jug
possible et mme probable, il me semblerait convenable de faire cette
recherche sans clat, en silence, discrtement, avec trs-peu
d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de prcautions, et
aprs avoir combin tous les prparatifs de ce travail et les moyens
de le poursuivre; aprs avoir consult quelques personnes habiles et
pris les arrangements convenables avec le propritaire du terrain.

Si Votre Excellence, aprs avoir rendu ce nouveau compte de nos
dmarches au Ministre de l'intrieur, en recevait l'autorisation de
faire procder  une fouille pour vrifier la justesse des indications
contenues dans la dclaration du sieur Joly, il me semblerait aussi
prudent de mettre le moins possible de personnes dans le secret de
cette recherche incertaine[139].

[Note 139: Cependant, afin d'carter toute possibilit et mme tout
soupon de fraude et de supercherie, il serait convenable de nommer
plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse prsent au
travail et en dresserait chaque jour une espce de rapport ou
procs-verbal.

Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise ft faite, que la fosse
ft garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
ne dranget point le travail et ne nuist point aux oprations.]

Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
discrets et intelligents, suffiraient pour cette preuve. Nous nous
chargerions avec zle du soin de dcouvrir des ouvriers capables de ce
travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.

Il faudrait faire une enceinte ferme par des planches dans l'enclos
mme, pour viter les regards des curieux, empcher les journaux
indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
justifies, alors seulement on appellerait  les reconnatre les
tmoins ou plutt les juges du succs. Si au contraire les indications
ne se ralisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
bornerait  croire le tmoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
les restes de la princesse ont t placs l, mais sans pouvoir les
reconnatre parmi ceux des autres victimes.

                                                     DE CHANAY.

       *       *       *       *       *

Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
zle que de persvrance, un service solennel tait clbr pour
Madame lisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
anniversaire de sa mort.

Le 11 mai, le ministre d'tat, prfet de police, mettait sous les yeux
du ministre de l'intrieur les dtails qu'il tait parvenu 
recueillir sur l'inhumation de la princesse:

                                           Paris, le 11 mai 1817.

MONSEIGNEUR,

La lettre que j'ai eu l'honneur d'crire  Votre Excellence le 22
avril dernier, en l'informant que les dmarches faites jusqu'alors
pour constater l'identit des cendres de S. A. R. Madame lisabeth me
laissaient peu d'espoir de russir, annonait que de nouvelles
recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
conformment  la lettre du 26 du mme mois, le dtail des
informations et des tmoignages que je suis parvenu jusqu' prsent 
recueillir.

Je m'tais assur qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
Joly, anciennement employ aux inhumations de l'enclos de la maison
dite du Christ prs Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetire
Montmartre, qui pt donner, comme tmoin oculaire, les indications
dsires. Le sieur Joly avait assist  la spulture de Madame
lisabeth; ses souvenirs, sa prsence dans l'enclos o la spulture
avait t faite, ses remarques, devaient tre constats avec la plus
scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient tre suggres
par ses observations sur le lieu mme, et il fallait s'y prsenter
avec beaucoup de prcautions, autant  cause du secret que la nature
des recherches rendait ncessaire que par rapport au propritaire, qui
s'tait flatt d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
lequel on avait propos d'riger un monument  la mmoire de l'auguste
victime: je jugeai donc convenable de remettre  M. de Chanay, chef de
la premire division des bureaux de ma prfecture, le soin de visiter
l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
paix, le sieur Burger, qui dj avait t charg de prendre auprs du
sieur Joly les premiers documents.

Le 28 avril,  midi, cette visite eut lieu. Aprs avoir travers la
cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirig 
l'ouest vers le mur qui spare le jardin du petit enclos de
l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
et avant d'arriver au mur de sparation, Joly, interrog s'il se
remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local, montra
aussitt de la main une partie de ce mur  droite de la petite porte
et qui peut en tre loigne de douze  quinze pas, en disant: _C'est
l derrire qu'est la fosse!_ Cette indication, donne de loin et sans
hsiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de la
spulture, et d'autant plus qu'tant entr dans l'enclos par la petite
porte et ayant aussitt regard  droite vers le point indiqu, on a
vu un terrain en partie couvert de gazon et affaiss sur une surface
carre de quatorze  quinze pieds, comme Joly l'avait annonc.

L'indication donne par ce dernier est encore d'autant plus
essentielle qu'elle a fait reconnatre que ce n'est point dans la
grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont d avoir t dposs les
restes de S. A. R. Madame lisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'tait
videmment tromp en faisant placer sur le terrain affaiss de la
premire fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
_Madame lisabeth_.

Le sieur Joly a constamment assur qu'il devait y avoir deux fosses
visibles par l'affaissement du terrain et situes  gauche en entrant
par la grande porte de l'enclos, l'une plus prs du mur et de la
grande porte, et dont la dimension pouvait tre de douze  quinze
pieds carrs, l'autre plus loigne de la grande porte et plus au
milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la premire de ces fosses
que le sieur Joly assure, d'aprs son entire conviction, que Son
Altesse Royale a t inhume.

On a vrifi une circonstance particulire prcdemment nonce par
le sieur Joly dans ses interrogatoires  ma prfecture: il avait dit
que le 10 mai,  l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
personnes qui s'y trouvaient taient en face de la fosse, ils
tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru  peu prs
exacte, la fosse, rapproche du mur par le ct de l'est, ne pouvant
tre aborde que par le ct ouest ou sud-ouest, parce que les cts
nord et sud devaient tre occups par les terres extraites de la
fosse.

Le local ainsi reconnu d'aprs les indications du sieur Joly, il
restait  remplir une tche bien douloureuse, celle de constater les
dtails qui pouvaient aider  identifier les cendres de l'illustre
martyre. Quelque affligeants que soient ces dtails, il est cependant
indispensable de les retracer ici.

Madame lisabeth fut la dernire des victimes qui prirent le 10 mai
1794. Cette tte auguste fut mise avec les autres dans un seul et mme
panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vtements, fut
plac le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrive dans
l'enclos, fut dcharge, le corps de la princesse fut pos le premier,
ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. L, son corps fut
reconnu, a dit le sieur Joly, dpouill de tout vtement avant d'tre
prcipit dans la fosse, o il l'a t probablement le dernier ou l'un
des derniers,  cause des remuements successifs des autres corps
dpouills de mme. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
(suivant le tmoignage du fossoyeur, le sieur Joly) plac dans le fond
de la fosse et du ct le plus rapproch du mur.

Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a t rang le
ventre tourn vers la terre, de manire que le tronc se trouve du ct
du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus tre
assur que les corps placs de l'un et de l'autre ct auprs de celui
de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour mnager
l'espace, les corps taient placs immdiatement les uns sur les
autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
tronc du ct du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
consquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
opposition, de mme que les faces, afin de mnager le terrain.

Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
fosse  l'poque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle tait d'environ
dix-huit pieds de profondeur sur douze  quinze d'ouverture en carr,
et qu'il y a t fait aussi des inhumations ordinaires de corps
enferms dans des cercueils.

En rsultat, les indications du sieur Joly semblent prsenter des
probabilits; qu'il soit aujourd'hui le seul tmoin oculaire encore
existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilit des
recherches qui ont t faites pour en dcouvrir d'autres que lui, et
des dtails qu'il a donns sur ce qui se passait  l'poque cruelle
des excutions rvolutionnaires. Il n'y avait  Mousseaux que deux
fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
charrette taient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survcu. Aucun
agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire,  l'inhumation
des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
 cette poque[140], n'entrait dans l'enclos que pour constater des
inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
rvolutionnaires, il n'tait jamais dress de procs-verbal de leur
inhumation (toujours suivant les dpositions du sieur Joly), et
seulement on prenait la note de leurs dpouilles. Des gendarmes ou des
soldats fermaient la porte de l'enclos ds que la charrette y tait
entre, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
faisait dans l'intrieur, et mme les trous qui se trouvaient dans la
porte taient bouchs avec une pierre.

[Note 140: Dans sa dclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
contraire. B.]

La dclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
la matire des dtails dont j'ai l'honneur de rendre compte  Votre
Excellence.

Je joins ici une copie de la dclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
plan qui mettra Votre Excellence plus  porte d'en suivre les dtails
topographiques.

Je regrette vivement de ne pouvoir donner  Votre Excellence, au lieu
de certitudes, que des probabilits pour le succs des recherches et
des travaux qui tendraient  faire reconnatre les restes de l'auguste
princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
Excellence pourra juger de ce qui resterait  faire, et dcider si les
informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les rsultats
prsentent assez d'espoir de succs pour donner lieu  des recherches
ultrieures, et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me faire
connatre ses intentions.

J'ai l'honneur, etc.

                                    LE MINISTRE D'TAT, PRFET.

       *       *       *       *       *

L s'arrtent les documents relatifs  la spulture de Madame
lisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manire
certaine, ses prcieux restes. Oblig de renoncer  se dfaire d'une
faon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha  se
ddommager de cet chec.

La lettre suivante initie le lecteur  une dmarche que M. Viger tenta
prs du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
tout ce que cette dmarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
la fit connatre en ces termes au prfet de police:

                                           Paris, ce 20 mai 1817.

MONSIEUR LE COMTE,

M. Viger de Jolival, propritaire d'une maison rue de Valois, n 15,
devenu acqureur d'un terrain qui servit de spulture  dix-sept cent
quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
les restes de Madame lisabeth, m'a propos, comme moyen d'viter
l'assujettissement de donner l'entre de son jardin aux personnes qui
se prsentent assez souvent par curiosit pour visiter ce lieu, de
l'autoriser  placer sur le mur extrieur, en face de l'endroit o
l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a t inhum, une
inscription indicative  ce sujet.

Avant de soumettre sa demande  Votre Excellence et afin d'tre plus
 mme de vous la prsenter, j'ai visit le terrain accompagn de son
jardinier: il rsulte de cet examen que deux fosses larges et
profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont t
ouvertes; que celle  droite cache le plus grand nombre de ces
victimes; que sur la seconde il a t lev un petit tertre en verdure
et plac une pierre funraire portant pour inscription: _Ici repose
Madame lisabeth._

Prs du mur de clture de Paris, il existe un autre surbaissement
petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier qui parat
dj ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui semble avoir t
faite avec un corps quelconque et  dessein.

Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
manier la terre lui aura suggre, et d'aprs laquelle cette princesse
et les vingt-quatre personnes qui partagrent son martyre pourraient
avoir t dposes: c'est en face de ce mme endroit et contre le mur
extrieur que M. Viger dsirerait tre autoris  placer l'inscription
qu'il a projete; je lui ferai connatre la rponse de Votre
Excellence.

Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.

  _Le commissaire de police du quartier du Roule,_

                                                      BRUZELIN.

       *       *       *       *       *

Une note, conserve aux archives de la prfecture de police, est ainsi
conue: Le 29 mai 1817, crit  M. le commissaire de police du
quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
d'tat, prfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
que M. Viger de Jolival parat avoir l'intention de lui faire.

M. Boucher a sign la lettre adresse  M. le commissaire de police.

       *       *       *       *       *

Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le rsultat
final n'tait malheureusement que trop prvu. Aux regrets du Roi et de
la famille royale s'associrent tous les coeurs gnreux et
compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'tonna d'apprendre que
dans ce coin de terre obscur et cach  l'extrmit de sa ville la
petite-fille et la soeur des Rois et t enterre sans linceul et
sans bire. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
dont le dnoment s'est accompli en cette troite enceinte,
aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici _in
extenso_ les _fournes_ de supplicis dont les restes ont t enfouis
dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une rvlation que nous
croyons apporter  nos concitoyens. Il est  regretter que l'dilit
parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est d aux
convenances morales avec les justes exigences des amliorations
utiles, n'ait pas t avertie  temps, de manire  pouvoir tenir
compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
obscur de la grande cit, et que, le premier, j'ai mis en lumire.
Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maon ont
march plus vite que l'enqute du chercheur des choses d'autrefois et
la plume de l'crivain.

Le 4 germinal an II, le cimetire de la Madeleine fut ferm; celui de
Monceaux fut ouvert, et reut ce jour-l les restes mortels d'Hbert
et des hbertistes. Voici la liste des excutions et des dcs:

Le Tribunal rvolutionnaire tabli  Paris par dcret de la Convention
nationale du 10 mars 1793, l'an deuxime de la Rpublique, sans aucun
recours au Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir  lui donn par
l'article deux d'un autre dcret de la Convention du 5 avril suivant,
portant que l'Accusateur public dudit Tribunal est autoris  faire
arrter, poursuivre et juger, sur la dnonciation des autorits
constitues ou des citoyens: (le mme prambule se retrouve en tte
de chaque jugement).

Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:

     1. Jacques-Ren Hbert, substitut de l'agent national de la
     Commune de Paris, g de 35 ans, natif d'Alenon, dpartement de
     l'Orne, domicili  Paris, rue Neuve-de-galit.

     2. Charles-Philippe Ronsin, avant la rvolution homme de lettres,
     puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
     guerre, gnral de l'arme rvolutionnaire, g de 42 ans, natif
     de Soissons, dpartement de l'Aisne, domicili  Paris, boulevard
     Montmartre, n 27.

     3. Antoine-Franois Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
     du dpartement de Paris, g de 38 ans, natif de Besanon,
     dpartement du Doubs, domicili  Paris, rue de la Harpe, n 71.

     4. Franois-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
     membre de la Commune, et actuellement secrtaire gnral du
     dpartement de la guerre, g de 27 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scvola.

     5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
     colonel d'infanterie au 6e rgiment de l'arme du Nord, et
     gnral de brigade, g de 63 ans, natif de Paris, y domicili,
     rue Croix-des-Petits-Champs, n 42.

     6. Jean-Conrad Kock, banquier, g de 38 ans, natif d'Ulm, en
     Hollande, habitant en France depuis 1787, demeurant  Passy,
     prs Paris, et encore  Paris, rue Neuve-de-l'galit, n 314.

     7. Pierre-Jean Proly, ngociant, puis rdacteur de journal, g
     de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant 
     Paris, rue Vivienne, n 7.

     8. Franois Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, g de 39 ans,
     natif de Bordeaux, domicili  Paris, rue des
     Filles-Saint-Thomas, n 20.

     9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
     dput  la Convention nationale, g de 38 ans, natif de Clves,
     dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant 
     Paris, rue de Mesnard, n 563.

     10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, g de 51 ans, natif
     de Bayonne, dpartement des Basses-Pyrnes, demeurant  Paris,
     rue Saint-Denis, n 413, section Bon-Conseil.

     11. Marie-Anne-Catherine Latreille, ge de 34 ans, native de
     Montreuil-Belley, dpartement de Rhne-et-Loire, demeurant 
     Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.

     12. Jean-Antoine-Florent Armand, lve en chirurgie, g de 26
     ans, natif de Chaylac, dpartement de l'Ardche, domicili 
     Paris depuis un an, rue et maison Bussy.

     13. Jean-Baptiste Aucard, employ au comit des recherches du
     dpartement de Paris, g de 52 ans, natif de Grenoble,
     dpartement de l'Isre, domicili  Paris, rue des
     Mauvais-Garons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
     journalier.

     14. Frdric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
     parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, g de 31
     ans, natif d'Amiens, dpartement de la Somme, demeurant  Paris,
     rue du Paon, n 2, section de Marat.

     15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
     guerre, g de 44 ans, natif de Cany, dpartement de la
     Seine-Infrieure, domicili  Paris, rue Grange-Batelire, n 10,
     et ancien archiviste du ci-devant vch de Beauvais.

     16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employ dans les
     bureaux de la guerre, et commandant de la force arme de sa
     section, g de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
     Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scvola.

     17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et aprs
     aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
     de la cavalerie rvolutionnaire, commandant temporaire de la
     Ville-Affranchie, g de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.

     18. Antoine Descomble, ancien garon picier, g de 29 ans,
     natif de Besanon, dpartement du Doubs, domicili  Paris, rue
     Sainte-Croix de la Bretonnerie, n 21, section des
     Droits-de-l'Homme.

     19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nomm  diffrentes
     poques commissaire du pouvoir excutif, g de 48 ans, natif de
     Laval, dpartement de la Mayenne, domicili  Paris, rue
     Saint-Honor, n 1447;

Avoir t condamns  la peine de mort;--et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, ledit jugement tant sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Tirard et Napier, huissiers du tribunal
rvolutionnaire, appert avoir t constat que le jugement ci-dessus a
t excut sur la place publique de la Rvolution de cette ville, o
les ci-dessus nomms ont t mis  mort.

Pour extrait conforme, _Sign_: WOLF, commis greffier.

La mme clause se retrouve  la fin de chaque jugement. Nous nous
bornerons, dans tous ceux qui vont suivre,  donner le nom de
l'huissier du tribunal rvolutionnaire qui a t tmoin de l'excution
 mort des victimes, et le nom du greffier qui en a certifi l'extrait
conforme.

Le _Moniteur_ du 5 germinal an II dit que la femme Questineau s'tant
dclare enceinte, a obtenu un sursis. Nous voyons pourtant le nom de
cette femme parmi ceux des victimes. Le _Moniteur_ ajoute:

Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des accuss
qui ait t acquitt.

C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau tait un mdecin qui fit
plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu dans la prison
sur les accuss. En 1790, il avait publi un journal sous ce titre:
_l'Avocat du peuple._

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 5 germinal an II (25 mars
1794), appert:

     1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, g de 63 ans, y demeurant,
     dpartement de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
     anglaises, demeurant  Vichy, dpartement de l'Allier;

     2. Jean Rouganne-Desbaradines, g de 52 ans, n  Cuny, y
     demeurant, dpartement de l'Allier, ci-devant garde du dernier
     tyran;

     3. Et Pierre Rouganne-Belbat, g de 31 ans, natif d'Aigueperse,
     dpartement du Puy-de-Dme, y demeurant, vivant de son revenu;

     Avoir t condamns  la peine de mort, etc. Procs-verbal
     d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 6 germinal an II (26 mars
1794), appert:

     1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, g de 74 ans, de la commune
     de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
     lieutenant gnral.

     2. Et Franois-Auguste la Cour-Balleroy, son frre, g de 67
     ans, n de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
     marchal de camp;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jean-Louis Gouttes, g de 54 ans, n de Tulles, dpartement de
     la Corrze, ci-devant vque du dpartement de Seine-et-Loire,
     demeurant  Autun, chef-lieu du dpartement;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     tienne Thiry, g de 24 ans, n  Sedan, marchal des logis au
     8e rgiment de hussards, demeurant  Paris, place des
     Victoires-Nationales;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Denis Loisel, g de 42 ans, n de Mondtour, garde des bois
     nationaux, demeurant  Boississe-le-Bertrand, district de Melun;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
1794), appert:

     Marie-Catherine Chamboran, ne  Confolent, dpartement de la
     Haute-Vienne, ge de 59 ans, ci-devant religieuse carmlite 
     Saint-Denis (Franciade), y demeurant.

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, ge de 41 ans,
     vivant de son bien, ne  Montluon, demeurant  Paris;

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Henri Moreau, g de 67 ans, n  Montpellier, dpartement de
     l'Hrault, ci-devant accusateur public, prs le point central de
     l'arme du Nord;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
1794), appert:

     Jacques Pernet, g de 56 ans, n  Bar-sur-Aube, ci-devant
     chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
     cultivateur, demeurant  Tranault, dpartement de l'Aube;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, n  Acqs,
     dpartement de la Haute-Sane, demeurant  Gray, mme
     dpartement;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:

     Jean-Baptiste Colignon, g de 61 ans, n de Metz, y demeurant,
     imprimeur;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Louis-Franois Poir, g de 36 ans, huissier  la Convention
     nationale, n d'Autribois, demeurant  Paris, rue
     Saint-Dominique, section Grenelle;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, WOLFF, huissier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jean-Valery-Marie Harelle, g de 30 ans, n de l'Aigle, y
     demeurant, ngociant;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:

     1. Jacques-Nicolas Adam, g de 36 ans, ex-religieux bndictin,
     n  Paris, y demeurant,  Saint-Martin-des-Champs;

     2. Jean-Baptiste Courtin, g de 79 ans, n  Rouen, ex-religieux
     bndictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;

     3. Et Joseph-Antoine Meffre, g de 57 ans, n  Aubignan,
     district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:

     Jean-Franois Hollet, g de 34 ans, bijoutier, natif de
     Luciennes, dpartement de Seine-et-Oise, demeurant  Paris, aux
     Trois-Bouteilles, march Saint-Martin;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Louis-Franois Lavergne-Chanlorier, g de 50 ans passs, n 
     Angoulme, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
     Longwy;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Philippe-Barthlemy-Simon Gaillard, g de 26 ans, n  Cormille,
     dpartement de Seine-et-Oise, garon papetier  Paris, y
     demeurant;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:

     Victoire Regnier, femme Lavergne, ge d'environ 26 ans, ne 
     Angoulme, demeurant  Paris, rue Traversire, faubourg Germain;

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Joseph Ngre, g de 61 ans, n  Lavergne, dpartement du
     Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant  Julliac;

     2. Et Joseph-Claire Barbotan, g de 75 ans, ex-comte et
     ex-constituant, n et demeurant  Borner, district de Nogard,
     dpartement du Gard;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 12 germinal an II (1er avril 1794), appert:

     Louis-Simon Collivet, g de 25 ans, natif de Lagny, dpartement
     de l'Orne, demeurant  Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
     Delorme, marchand picier;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Euloge Schneider, g de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant 
     Strasbourg, dpartement du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
     prs le tribunal criminel dudit dpartement;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Charles-Victoire-Franois Sallabery, g de 62 ans, n  Paris,
     ci-devant noble et prsident de la chambre des comptes de Paris,
     juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la mme
     ville, y demeurant;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Antoine Brochet, dit Saint-Prest, g de 25 ans, ex-noble et
     garde de Capet, n  Paris, demeurant  Gray, district de la
     Fert-Bernard, dpartement de la Sarthe;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:

     Jean Marquet, g de 27 ans, n  Cyray, dpartement de la
     Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:

     1. Philippe-Franois-Nazaire Fabre Dglantine, ci-devant homme de
     lettres et dput  la Convention nationale, g de 39 ans, natif
     de Carcassonne, domicili  Paris, rue Ville-l'vque.

     2. Joseph Launay, homme de loi et dput  la Convention
     nationale, g de 39 ans, natif d'Angers, domicili ordinairement
      Anvers, et  Paris, boulevard Montmartre, n 5.

     3. Franois Chabot, ci-devant capucin et reprsentant du peuple,
     g de 37 ans, natif de Saint-Geniest, dpartement de l'Aveyron,
     domicili  Paris, rue d'Anjou, n 19.

     4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
     g de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicili 
     Paris, place du Thtre-Franais.

     5. Jean-Franois Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
     de loi et ex-dput  la Convention nationale, g de 40 ans,
     natif de Pont-Audemer, dpartement de l'Eure, domicili  Paris,
     rue Lazare, n 6.

     6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et dput  la Convention
     nationale, g de 35 ans, natif de Ferrire, dpartement de
     l'Oise, domicili  Paris, rue de l'chelle, n 3.

     7. Claude Bazire, commis aux Archives des tats de la Bourgogne,
     commandant de la garde et dput  la Convention nationale, g
     de 29 ans, natif de Dijon, dpartement de la Cte-d'Or, domicili
      Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.

     8. Marie-Jean Hrault de Schelles, dput  la Convention
     nationale, g de 34 ans, natif de Paris, y domicili, rue
     Basse-du-Rempart, n 14.

     9. Georges-Jacques Danton, dput  la Convention nationale, g
     de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, dpartement de l'Aube,
     domicili  Paris, rue et section de Marat.

     10. Marc-Ren Sahuguet Despagnac, ci-devant abb et employ aux
     fournitures des haras, g de 41 ans, natif de Brie, dpartement
     de la Corrze, domicili  Paris, rue de l'Universit, prs
     l'ancienne barrire.

     11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur  l'arme, g de 35
     ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicili  Paris, rue d'Anjou
     Saint-Honor, n 19.

     12. Andr-Marie Gusman, g de 41 ans, natif de Grenade, en
     Espagne, naturalis Franais en 1751.

     13. Emmanuel Frey, g de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
     domicili  Paris, rue d'Anjou Saint-Honor, n 19.

     14. Jean-Frdric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
     Danemark, g de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
     en Danemark, domicili  Paris, rue des Petits-Augustins.

     15. Franois-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de
     Dumouriez, depuis gnral de division, g de 38 ans, natif de
     Motzheim, dpartement du Bas-Rhin.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:

     Louis Hannapier des Ormes, g de 45 ans, n  Orlans, rsidant
     dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
     d'Orlans, dpartement du Loiret, cultivateur et ci-devant matre
     particulier des eaux et forts  Beaugency, mme dpartement;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Pierre Reignier, g de 38 ans, n et demeurant  Pontoise,
     dpartement de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Philippe Barron de Channois, ex-noble, g de 66 ans, n 
     Chtillon-sur-Indre, dpartement de l'Indre, propritaire,
     demeurant en la commune de Genille, dpartement d'Indre-et-Loire;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:

     1. Jean-Franois Jullien, g de 60 ans, n  Loris, dpartement
     du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
     demeurant, et chirurgien;

     2. Marie-Joseph-Hippolyte Pel-Varenues, g de 57 ans passs, n
      Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
     du district de Montargis, y demeurant;

     3. Franois-Joseph Bizot, g de 50 ans, n  Besanon, ex-maire
     de la commune de Montargis, y demeurant;

     4. Et Charles-Lonard Lavillette, g de 45 ans, natif de
     Clamecy, ci-devant prsident de l'lection de Montargis, juge du
     district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
     district de Montargis, y demeurant;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
     marchal de camp, g de 45 ans, n  Paris, demeurant rue
     Saint-Louis, n 87, section de l'Indivisibilit;

     2. Et lisabeth-Thrse Pacore, ge de 69 ans passs, veuve de
     Pericard, ex-matre des comptes, belle-mre de d'Apchon, ne 
     Paris, mme demeure que dessus;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Jean-Joseph Mouzin, g de 28 ans, notaire  Dijon,
     dpartement de la Cte-d'Or, n et demeurant audit Dijon;

     2. Et Bernard Perruchot, g de 35 ans 1/2, demeurant  Montant,
     district de Saint-Jean-de-Losne, dpartement de la Cte-d'Or,
     ci-devant notaire.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'exc. dress par Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:

     1. Franois-Pierre Lamotte-Senonnes, g de 36 ans, ci-devant
     noble, n  Senonnes, dpartement de la Mayenne, demeurant 
     Bonneuil, district de Bourg-l'galit;

     2. Et Susanne Drouillard, ge de 33 ans, ne  Saint-Domingue,
     pouse dudit Senonnes;

     Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
     Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:

     1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, g de 40 ans passs, ex-noble,
     cultivateur, officier public et municipal de la commune de
     Montreuil, prs Paris, y demeurant;

     2. Pierre-Saturnin Lardin, g de 31 ans, n  Nogent-sur-Marne,
     demeurant  Montreuil, prs Paris, vigneron;

     3. Et Louise-Adlade Danquechin, ge de 27 ans, femme de Pierre
     Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
     Chenely, ge de 47 ans, ne  Dijon, dpartement de la
     Cte-d'Or, demeurant  Paris, rue de la Harpe;

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Joseph-Louis Gaudron, g de 27 ans et 1/2, n  Limeray,
     district d'Amboise, dpartement d'Indre-et-Loire, ex-cur
     constitutionnel de Ngron, y demeurant, mme dpartement;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Guillaume Gemptel, g de 26 ans, n  Bousie, dans la ci-devant
     Normandie, cuisinier, demeurant  Paris, maison ci-devant appele
     des Anglais;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Anglique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, ge de 50 ans,
     ne  Douay, dpartement du Nord, femme de chambre de la femme
     d'Hervilly, ex-noble, demeurant  Daignecourt, dpartement de la
     Somme;

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:

     Claude Chouchon, dit Chanson, g de 66 ans, n et demeurant 
     Montlimart, dpartement de la Drme, ex-gnral de brigade de
     l'arme des Pyrnes-Orientales;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:

     Louis-Guillaume-Andr Brossard, g de 39 ans passs, n 
     Terrasson, dpartement de la Dordogne, secrtaire du comit
     rvolutionnaire de la ville de Prigueux, y demeurant;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, excution du 24 germinal an II (13 avril 1794):

     1. Philibert Simon, dput  la Convention nationale, natif de
     Rumilly (Mont-Blanc), domicili  Paris, rue Traversire-Honor.

     2. Arthur Dillon, ci-devant gnral divisionnaire, g de 43 ans,
     natif de Braywick, en Angleterre, domicili  Paris, rue Jacob,
     n 38.

     3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant vque de Paris, g de 67 ans,
     natif de Thann, dpartement du Haut-Rhin, domicili  Paris, le
     de la Fraternit, quai de l'galit, n 13.

     4. Jean-Michel Beysser, gnral de brigade dans l'arme de
     l'Ouest, g de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
     dpartement du Haut-Rhin, domicili ordinairement  Lorient.

     5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
     ci-devant procureur de ladite Commune, g de 31 ans, natif de
     Nevers (Nivre), domicili  Paris, rue de l'Observatoire, aux
     Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.

     6. Marie-Marguerite-Franoise Goupil, ge de 38 ans, native de
     Paris, y domicilie, rue Neuve-de-l'galit, cour des Forges,
     veuve de..... Hbert.

     7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'pinois), commandant de la
     garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, g de 43 ans, natif
     d'Amiens, dpartement de la Somme, domicili 
     Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, dpartement de
     Seine-et-Oise.

     8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
     de Toulouse, g de 30 ans, natif de Toulouse, dpartement de la
     Haute-Garonne, y domicili.

     9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, g de 33 ans,
     natif de Cajac (Lot), domicili  Paris, maison garnie des
     Franais, rue de Thionville, n 30, section de Marat.

     10. Jean-Maurice-Franois Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
     prs les tribunaux, g de 31 ans, natif de Rennes, dpartement
     de l'Ille-et-Vilaine, domicili  Paris, rue Jacques, n 27.

     11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, ge de 23 ans,
     native de Paris, y domicilie, rue du Thtre-Franais, veuve de
     Lucie-Simplice-Camille-Benot Desmoulins.

     12. Antoine Duret, adjudant gnral de l'arme des Alpes, g de
     44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicili  Montbrissey,
     dpartement de la Loire, lors de son arrestation  Feure.

     13. Guillaume Lassalle, officier de marine, g de 24 ans, natif
     de Boulogne-sur-Mer, dpartement du Pas-de-Calais, domicili 
     Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'galit.

     14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
     rvolutionnaire, et avant employ au bureau de la guerre, g de
     19 ans, natif de Limoges, dpartement de la Haute-Vienne,
     domicili  Paris, passage des Petits-Pres, n 3, section de
     Guillaume-Tell.

     15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du thtre Montansier,
     ensuite adjudant gnral de l'arme rvolutionnaire, g de 42
     ans, natif de La Rochelle (Charente-Infrieure), domicili 
     Paris, passage des Petits-Pres, section de Guillaume-Tell.

     16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission rvolutionnaire de
     Feure, g de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
     dpartement de Sane-et-Loire, domicili ordinairement  Nardor,
     dpartement de Rhne-et-Loire.

     17. Jean-Franois Lambert, porte-clefs de la maison d'arrt du
     Luxembourg, g de 25 ans, natif de Boysne, dpartement du
     Loiret, domicili  Paris, rue de la Convention.

     18. Marie-Sbastien Brumeau-Lacroix, membre du comit
     rvolutionnaire de la section de l'Unit, g de 26 ans,
     domicili  Paris, rue du Colombier.

     19. Edme Rameau, prtre, g de 41 ans, natif d'Auxerre,
     dpartement de l'Yonne, domicili  Paris, rue Sauveur.

     20. Louis-Guillaume-Andr Brossard, secrtaire du comit
     rvolutionnaire de la ville de Prigueux, g de 32 ans, natif de
     Terrasson, dpartement de la Dordogne, demeurant  Prigueux.

     21. tienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux, commandant
     du bataillon de la section de la Rpublique, et inspecteur dans
     les charrois des armes, g de 46 ans, natif de Paris, demeurant
      Capy, prs Pronne, dpartement de la Somme.

Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel rvolutionnaire et du
procs-verbal d'excution dress par (le nom en blanc), en date du 24
germinal (13 avril).

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:

     Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, g de 60 ans, ex-noble,
     ci-devant capitaine dans les gardes franaises, et ci-devant
     seigneur de Villers-Vermont, n  Paris, y demeurant, rue des
     Francs-Bourgeois, au Marais;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Franois-Charles Gattey, g de 38 ans, n  Autun, libraire,
     demeurant  Paris, maison galit, n 14;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirart.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Henri Morisset, g de 39 ans, n  Pereuse, dpartement de
     l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, dpartement
     du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
     Chteau-Renard;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirart.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:

     1. Aim Courandin, g de 31 ans, n  Angers, dpartement de
     Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au prsidial
     d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
     demeurant;

     2. Louis-tienne Brevet, dit Beaujour, g de 30 ans, n 
     Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au prsidial d'Angers,
     ensuite commissaire national prs le tribunal du district
     d'Angers, y demeurant;

     3. Jean-Baptiste la Rveillire, g de 41 ans, n  Montaigu,
     dpartement de la Vende, ci-devant conseiller au prsidial
     d'Angers, et ensuite prsident du tribunal criminel du
     dpartement de Maine-et-Loire, demeurant  Angers;

     4. Bieusie Louis Dieusie, g de 45 ans, n  Msange, district
     d'Ancenis, dpartement de la Loire-Infrieure, ex-noble et dput
      l'Assemble constituante, cultivateur, et prsident du
     dpartement de Maine-et-Loire, demeurant  Angers;

     5. Et Joseph-Franois-Alexandre Teissier Duclozeau, g de 40
     ans, n aux Rosiers, district de Saumur, physicien, ci-devant
     membre du conseil gnral du dpartement de Maine-et-Loire, et
     ensuite volontaire dans le 3e bataillon du mme dpartement,
     demeurant  Vannes;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Victoire Lescale, femme Roger, ge de 40 ans, sans tat, ne 
     Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, dpartement de
     la Meuse;

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Chateau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Marie-Claudine Gattey, ge de 39 ans, ne  Autun, dpartement
     de la Cte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
      Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, n 14;

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Gaspard Roger, g de 38 ans, n et demeurant 
     Neuville-sur-Ornain, dpartement de la Meuse, salptrier;

     2. Marie-Jeanne Lescale, ge de 52 ans, fille vivant de son
     industrie, ne  Villot, mme dpartement, demeurant audit
     Neuville;

     3. Charles-Mathias d'Alenon, g de 67 ans, ex-noble et comte,
     n  Bar, demeurant audit Neuville;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:

     Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, g de 37 ans, natif de
     Tonnerre, dpartement de l'Yonne, employ dans les subsistances
     militaires en qualit de sous-directeur,  Arras;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Jean Huet, g de 32 ans, n  Orlans, dpartement du Loiret,
     perruquier, demeurant  Paris, rue Nicaise;

     2. Pierre Laville, g de 31 ans, n  Monpont, district de
     Mussidan, dpartement de la Dordogne, cordonnier, demeurant 
     Paris, rue Rohan, n 33; membre du comit rvolutionnaire de la
     section des Tuileries;

     3. Et Pierre Lapeyre, g de 30 ans, n  Lachaud, district de
     Prigueux, dpartement de la Dordogne, chirurgien, demeurant 
     Paris, rue de Rohan, n 62, et membre du comit rvolutionnaire
     de la section des Tuileries;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Franois-Clment Cassegrain, g de 76 ans, n  Paris, demeurant
      Pithiviers-le-Vieil, dpartement (en blanc), cur de
     Pithiviers;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Nicolas Lutterot, g de 33 ans, n  Sens, dpartement de
     l'Yonne, charpentier, demeurant  Sens.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire le 28 germinal an II
(17 avril 1794), etc., appert:

     1. Charles Acot, dit Thibault, g de 23 ans, n  Autigny,
     dpartement de l'Yonne, marchand de vin, demeurant  Paris, rue
     de la Vannerie, n 49;

     2. Hyacinthe Mermin, g de 30 ans, frotteur, n  Avanay,
     dpartement du Mont-Blanc, demeurant  Paris, rue Saint-Landry,
     en la Cit, n 8;

     3. Pierre-Louis Henry, g de 33 ans, marchand de toiles et
     d'indiennes, n  Mry, dpartement de la Marne, demeurant 
     Paris, rue de la Vannerie, n 49;

     4. Hyacinthe Simille, g de 29 ans, frotteur, n  Avanay,
     dpartement du Mont-Blanc, demeurant  Paris, rue Andr des Arts;

     5. Et Jean-Louis Pautone, g de 31 ans, n  Buri, dpartement
     de Seine-et-Oise, garon ptissier traiteur, demeurant  Paris,
     rue Jean Fleury.

     Avoir t condamns  la peine de mort et ordonn que l'excution
     dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution
     de cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Degaigue, etc., appert que lesdits
Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry, Hyacinthe
Simille, et Jean-Louis Pautone, ont t mis  mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Joseph Baudot, g de 44 ans, n  Besanon, dpartement du
     Doubs, ci-devant bndictin, principal du collge de Toul, et
     desservant de Tremblecourt, y demeurant, dpartement de la
     Meurthe.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jean-Pierre Challot, g de 28 ans, n  Chteau-Rou,
     dpartement de la Meurthe, ci-devant desservant de la cure de
     Marsal, mme dpartement, y demeurant.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jean Decous, g de 70 ans, n  Treignat, dpartement de la
     Corrze, ci-devant cur de la commune de Neuvy, demeurant 
     Limoges.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:

     Brice Prvt, g de 28 ans, n  Saint-Front, dpartement de
     l'Orne, demeurant  Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Franois Magny, g de 24 ans, tailleur d'habits, n  Limoges, y
     demeurant, soldat au 6e rgiment de Hussards-Cavalerie.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
etc. (18 avril 1794), appert:

     1. Antoine-Grgoire Genest, g de 27 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue des Moineaux, banquier;

     2. Pierre Hariage de Guiberville, g de 72 ans, n  Paris, y
     demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant prsident au
     Parlement;

     3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, ge de 45 ans,
     ex-noble, ne  Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;

     4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorce de Louis-Franois
     le Peletier, ci-devant officier dans le rgiment de Capet, ge
     de 21 ans, ne  Paris, y demeurant;

     5. Marie la Laurencie-Charras, ge de 42 ans, native de Charras,
     dpartement de la Charente, demeurant  Asnires;

     6. Didier-Ren-Franois Mesnard de Chousy, g de 64 ans, attach
      la maison Capet, demeurant  Paris, rue de Clichy;

     7. Jean-Didier-Ren Mesnard de Chousy, fils, g de 35 ans, natif
     de Versailles, demeurant  Paris, rue Lazare, section du
     Mont-Blanc;

     8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, ge de 49 ans, native
     de Paris, y demeurant, rue de Clichy, n 14;

     9. Adlade-Marguerite Demerle, femme divorce de Duchilleur,
     ge de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
     Faubourg-Montmartre;

     10. Louis-Georges Gougenot, g de 36 ans, natif de Paris,
     ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
     rue le Peletier;

     11. Anglique-Michel Destat Bellecourt, g de 33 ans, natif de
     Paris, ci-devant officier au service de la Russie, demeurant rue
     Basse-du-Rempart;

     12. Jeanne-Marie Nogu, veuve de Robin Divry, femme
     d'Anglique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, ge
     de 30 ans, demeurant  Paris, rue Basse-du-Rempart, n 9;

     13. Sbastien Rollat, ex-noble, g de 52 ans, natif de Brujac,
     dpartement de l'Allier, demeurant  Paris, rue des
     Filles-Saint-Thomas;

     14. Ren Rollat, fils dudit Rollat, n  Paris, g de 39 ans,
     ancien officier  la suite du ci-devant rgiment Colonel gnral
     dragons, demeurant  Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;

     15. Jean Robin, g de 43 ans, officier de maison chez le nomm
     Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant  Paris,
     cul-de-sac Taitbout;

     16. Franois-Michel Paymal, g de 29 ans, natif de Versailles,
     dpartement de Seine-et-Oise, domestique de la nomme Hariage,
     demeurant  Paris, rue Neuve-des-Capucines;

     17. Et Jean-Joseph Laborde, g de 70 ans, n  Juca en Espagne,
     ci-devant banquier du gouvernement, demeurant  Mireville,
     dpartement de Seine-et-Marne;

Avoir t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, etc. Par procs-verbal d'excution, sign par Auvray,
appert les ci-dessus nomms avoir t mis  mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, sant  Paris, au palais,
le 1er floral an II (20 avril 1794), appert:

     1. Louis le Peletier Rozambo, g de 46 ans, ex-noble, ci-devant
     prsident  mortier au ci-devant parlement de Paris, n  Paris,
     demeurant  Malesherbes, dpartement du Loiret;

     2. Urbain-lisabeth Segla, g de 37 ans, ex-noble, ci-devant
     conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n  Toulouse,
     dpartement de la Haute-Garonne, y demeurant;

     3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, g de 67 ans, ex-noble,
     ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n 
     Toulouse, y demeurant;

     4. Jean-Jacques Balsac Firmi, g de 60 ans, ex-noble, ci-devant
     conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
     n  Senergues, dpartement de l'Aveyron, demeurant  Toulouse;

     5. Jean-Franois Montaigu, g de 64 ans, ex-noble, ci-devant
     conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
     n  Toulouse, y demeurant;

     6. Anne-Joseph Lafont, g de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
     conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
     demeurant  Toulouse;

     7. Joseph-Julien-Honor Rigaut, g de 45 ans, ex-noble,
     ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, n 
     Castres, dpartement du Tarn, demeurant  Toulouse;

     8. Nicolas-tienne le Noir, g de 38 ans, ex-noble, ci-devant
     conseiller au ci-devant parlement de Paris, premire chambre des
     requtes, n  Paris, y demeurant, rue Apolline;

     9. Franois-Matthieu du Port, g de 76 ans, ex-noble, ci-devant
     conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n 
     Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;

     10. Louis-Jean-Npomucne-Marie-Franois Camus Laguibourgre, g
     de 46 ans, n  Rennes, dpartement d'Ille-et-Vilaine, demeurant
      Paris, rue Jacques, vis--vis des Mathurins;

     11. Henry-Louis Fredy, g de 74 ans, ex-noble, conseiller de
     grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n  Paris, y
     demeurant, rue Antoine;

     12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Mare, g de 61 ans, ex-noble,
     ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
     Paris, n  Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;

     13. Lonard-Louis Saguier de Mardeuil, g de 59 ans, ex-noble,
     conseiller au ci-devant parlement de Paris, n  Chlons,
     dpartement de la Marne, demeurant  Paris, rue de la Fraternit;

     14. tienne Pasquier, g de 58 ans, ex-noble, ci-devant
     conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, n 
     Paris, y demeurant, rue Madeleine, n 8;

     15. Pierre-Daniel Bourre Corberon, g de 77 ans, ex-noble,
     ci-devant prsident de la premire chambre des enqutes du
     ci-devant parlement de Paris, n  Paris, demeurant  Toulouse;

     16. Barthlemy-Gabriel Rolland, g de 64 ans, ex-noble,
     ci-devant prsident des requtes du ci-devant parlement de Paris,
     n  Paris, demeurant  Chambaudouin, dpartement du Loiret;

     17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, g de 47 ans, ci-devant
     noble et conseiller des requtes du palais du ci-devant parlement
     de Paris, n  Paris, demeurant rue Boucherat;

     18. Jean-Franois-Manie Rouhette, g de 27 ans, ex-noble,
     ci-devant conseiller des requtes du parlement de Paris, n 
     Paris, y demeurant, rue Paul;

     19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, g de 55 ans, ex-noble,
     ci-devant premier prsident de la cy-devant cour des aides 
     Paris, n  Paris, y demeurant;

     20. Nicolas-Agns-Franois Nort, g de 68 ans, ex-noble et
     ci-devant comte colonel d'infanterie, n  Rennes, dpartement
     d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;

     21. Armand-Guillaume-Franois de Gourgues, g de 57 ans,
     ex-noble, ci-devant prsident  mortier au ci-devant parlement de
     Paris, n  Paris, demeurant  Poissy, dpartement de
     Seine-et-Oise;

     22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, g de 64 ans, ex-noble,
     ci-devant premier prsident du parlement de Paris, n  Paris, y
     demeurant, rue de l'Universit;

     23. douard-Franois-Matthieu Mol-Champlatreux, g de 34 ans,
     ex-noble, ci-devant prsident au ci-devant parlement de Paris, n
      Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;

     24. Henri-Guy Sallier, g de 60 ans, ex-noble, ci-devant
     prsident de la ci-devant cour des aides de Paris, n 
     Rochembray, demeurant  Paris, rue du Grand-Chantier;

     25. Anne-Louis-Franois-de-Paule le Fvre d'Ormesson, g de 42
     ans, ex-noble, ci-devant prsident du parlement de Paris, n 
     Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
     ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
     ex-bibliothcaire;

Avoir t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Auvray, l'un des huissiers du tribunal
rvolutionnaire, en date du 1er floral, appert avoir t constat que
le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
Rvolution de cette ville, o lesdits ci-dessus nomms ont t mis 
mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, etc., le 1er floral an II
(20 avril 1794), appert:

     1. Nicolas Saint-Blin, g de 40 ans, n  Paris, ci-devant noble
     et comte, demeurant  Villeberny, district de Semur, dpartement
     de la Cte-d'Or;

     2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, g de 63 ans, n
      Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
     conseiller au parlement de Dijon;

     3. Pierre Guillemin, g de 29 ans, n  Dijon et y demeurant,
     clerc de notaire avant la rvolution, et depuis commis aux
     ponts-et-chausses;

     4. Pierre-Jacques-Barthlemy Gunichot, ex-noble, g de 27 ans,
     n  Dijon, demeurant  Nogent, district de Semur, dpartement de
     la Cte-d'Or;

     5. Charles-Joseph-Jullien, g de 49 ans, n  Joinville,
     dpartement de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et cur
     d'Autricourt, y demeurant;

     6. Et Thophile Berlier, g de 60 ans, n  Chtillon, ci-devant
     garde-manteau de la ci-devant matrise des eaux et forts de
     Chtillon-sur-Seine, y demeurant, dpartement de la Ferre;

Avoir t condamns  la peine de mort et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier, etc.
Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 2 floral an II
(21 avril 1794), appert:

     Franois-Philippe de Caux, g de 54 ans, natif de
     Rouge-Moutiers, district de Pont-Audemer, dpartement de l'Eure,
     demeurant  Bretot, mme district, prtre et ci-devant titulaire
     de la chapelle de Bretot;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Alexandre Beaugrand, g de 50 ans, n  Sens, dpartement de
     l'Yonne, demeurant  Orbeaux, district de Pithiviers, dpartement
     du Loiret;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Pierre Lafargue, g de 55 ans, n  Cognac, district de
     Cognac, dpartement de la Charente, agent de commerce et fermier,
     demeurant  Paris, rue Neuve de l'galit, n 304;

     2. Marie-Marguerite-Genevive-Victoire Lemesle, femme Boulani,
     ge de 50 ans, ne..., demeurant  Dieppe, dpartement de la
     Seine-Infrieure;

     3. Andr-Guillaume Bellepacaume, g de 51 ans, n et demeurant 
     Paris, place des Trois-Maries, n 36, section du Musum,
     ci-devant marchand mercier, actuellement sans tat;

     4. Jean-Franois-Joseph Descamps, g de 28 ans, natif d'Aire,
     district de Saint-Omer, dpartement du Pas-de-Calais, imprimeur,
     demeurant  Douai;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 3 floral an II (22 avril
1794), appert:

     1. Jacques Duval Desprmnil, ex-constituant, g de 48 ans,
     natif de Pondichry, domicili  Mriffou, commune de La Remue,
     dpartement de la Seine-Infrieure.

     2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-prsident du
     tribunal de cassation, g de 48 ans, natif de Pont-l'vque,
     dpartement du Calvados, domicili  Paris, rue des
     Petits-Augustins, n 21.

     3. Isaac-Ren-Gui Lechappelier, ex-constituant, g de 39 ans,
     natif de Rennes, dpartement de l'Ille-et-Vilaine, y domicili,
     et ayant un domicile  Paris, rue Montmartre.

     4. Franois Hell, ci-devant procureur gnral syndic des tats
     d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
     dpartement du Haut-Rhin, g de 63 ans, natif de Keseinhem,
     susdit dpartement, domicili  Paris, rue Helvtius.

     5. Chrtien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
     ex-ministre du tyran, g de 72 ans, natif de Paris, domicili 
     Malesherbes, dpartement du Loiret.

     6. Antoinette-Marguerite-Thrse Lamoignon Malesherbes, native de
     Paris, domicilie  Malesherbes, dpartement du Loiret, veuve
     de..... Lepelletier Rozambo.

     7. Aline-Thrse Lepelletier Rozambo, ge de 23 ans, native de
     Paris, domicilie  Malesherbes, dpartement du Loiret, marie
     ..... Chteaubriand.

     8. Jean-Baptiste-Auguste Chteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
     de cavalerie, g de 34 ans, natif de Saint-Malo, dpartement de
     l'Ille-et-Vilaine, domicili  Malesherbes, dpartement du
     Loiret.

     9. Diane-Adlade Rochechouart, ex-noble, ge de 64 ans, native
     de Paris, y domicilie, rue Grange-Batelire, veuve de.....
     Duchatelet.

     10. Batrix Choiseul, ex-noble, ge de 64 ans, native de
     Lunville, domicilie  Paris, rue Grange-Batelire, marie
     ..... Grammont.

     11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, ge de 49 ans,
     native de Paris, y domicilie, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
     Pontville.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de
     la Commune de Donnery, g de 42 ans, natif de Saint-Marceau
     d'Orlans, dpartement du Loiret, domicili audit Donnery.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 4 floral (23 avril 1794),
appert:

     Franois-Abraham Reclesne, g de 61 ans, ci-devant noble, n 
     Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, dpartement de
     l'Allier, y demeurant.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Louis-Benjamin Calmer, g de 44 ans,  la Haye en Hollande,
     naturalis Franais depuis 1769, ci-devant marchand d'toffes et
     ensuite courtier de change, demeurant  Paris, rue Choiseul, n
     13, section le Pelletier;

     2. Franois Gallay, g de 50 ans, n  Martigny en Suisse,
     frotteur domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue
     Dominique-Germain;

     3. Marguerite Horiout, femme Farizol, ge de 50 ans, ne 
     Baugon, dpartement de l'Orne, ouvrire, demeurant  Paris, rue
     de Grenelle, au Gros-Caillou;

     4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-glise, ge de 36 ans, ne
      Rennes, chef dans les filatures nationales tablies maison des
     ci-devant Jacobins, rue Jacques;

     5. Louis Roux, g de 50 ans, n  Bourgoing, dpartement de
     l'Isre, tabletier, demeurant  Paris, rue des Arcis, n 205;

     6. Jean Chemin, g de 50 ans, n  Logny, dpartement de l'Orne,
     domestique chez le citoyen Cardinal, demeurant  Paris, rue de
     Malte, section du Temple.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour 4 floral an II (23 avril 1794), appert:

     1. Jeanne-lisabeth Bertaux, ge de 48 ans, fille, sage-femme
     ne  Pithiviers, dpartement du Loiret, demeurant  Paris, rue
     de Bivre;

     2. Franois Bonin, g de 47 ans, imprimeur, n  Sonchamp,
     dpartement de l'Eure, demeurant  Paris, rue Zacharie;

     3. Matthieu Schwerger, g de 40 ans, cordonnier, n  Menzenger
     en Brisgau, demeurant  Paris, rue de la Harpe;

     4. Jean Pommeraye, g de 40 ans, n  Orlans, ci-devant
     perruquier et canonnier de la section de la Runion, caserne 
     Popincourt;

     5. Jean-Franois Nol, g de 34 ans, n  Verneuil, district de
     Beauvais, demeurant  Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Antoine Barthlemy, g de 40 ans, homme de loi, commissaire du
     pouvoir excutif prs le tribunal du district de Gannat,
     dpartement de l'Allier, n  Riom, dpartement du Puy-de-Dme,
     ci-devant procureur de la commune de Gannat, y demeurant.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne,

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

_Fourne des habitants de Verdun, immols le 5 floral an II_ (24
avril 1794).

L'ge des _Vierges de Verdun_, accuses d'avoir offert des drages au
roi de Prusse, a t l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
les a vieillies, suivant qu'on a interrog  ce sujet le _Moniteur_ ou
le bulletin du tribunal rvolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
vrifications sur la minute mme de leur jugement, je puis offrir 
mes lecteurs des renseignements authentiques:

     1. Henri-Franois Croyer, g de 52 ans, ci-devant capitaine
     d'ouvriers d'artillerie, n  Laon (Aisne), demeurant  Verdun;

     2. Jean-Baptiste Pellegrin, g de 52 ans, capitaine de
     gendarmerie, natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant  Verdun;

     3. Michel Joulin, g de 31 ans, gendarme, n  Cornet, en Anjou,
     demeurant  Verdun;

     4. Nicolas Milly, g de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;

     5. Badillon-Leclerc, g de 42 ans, gendarme, n  Thionville,
     demeurant  Verdun;

     6. Grard Desprez, g de 50 ans, n  Givet de Saint-Hilaire,
     Ardennes, demeurant  Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;

     7. Pierre Thuilleur, g de 61 ans, n  Verdun, y demeurant;

     8. Henri-Barthlemy Grimoard, g de 70 ans, colonel d'un
     rgiment provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y
     demeurant;

     9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, g de 50 ans, droguiste, n
     et demeurant  Verdun;

     10. Alexandre-Joseph Neyon, g de 57 ans, lieutenant-colonel du
     2e bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant  Driencourt,
     mme dpartement;

     11. Jean-Baptiste Barthe, g de 60 ans 1/2, receveur de la
     commune et juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, n 
     Thierville, Meuse;

     12. Nicolas Lamele, g de 47 ans, avou, n  Morge-Moulin,
     district d'tain, demeurant  Verdun;

     13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, g de 75 ans, ci-devant major
     de la citadelle de Verdun, et y demeurant, n  Aubermesnil, prs
     Dieppe;

     14. Anne Grandfvre, femme Tabouillot, ge de 46 ans, ne 
     Verdun, vivant de son revenu, demeurant  Verdun;

     15. Thrse Pierson, femme Bestel, cordonnire, ge de 41 ans,
     demeurant  Verdun;

     16. Marie-Franoise Henry, femme Lalance, g de 69 ans, ne 
     Verdun, y demeurant;

     17. Franoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
     tyran en la ci-devant matrise des eaux et forts, ge de 55
     ans, ne prs Bar-le-Duc, demeurant  Verdun;

     18. Susanne Henry, fille de Henry, prsident du ci-devant
     bailliage de Verdun, ge de 26 ans, ne et demeurant  Verdun;

     19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, ge de 25 ans, ne
     et demeurant  Verdun;

     20. Marguerite-Anglique Lagirouzire, fille de Lagirouzire,
     prvt de campagne, ge de 48 ans, demeurant  Verdun;

     21. Genevive-lisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
     grenadiers de France, ge de 56 ans, demeurant  Verdun;

     22. Anne Vatrin, fille de dfunt Vatrin, ci-devant militaire,
     ge de 25 ans, ne  tain, demeurant  Verdun;

     23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, ge de 23 ans, ne 
     tain, demeurant  Verdun;

     24. Hlne Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, ne  tain, ge de
     22 ans, demeurant  Verdun;

     25. Jean Gossin, g de 69 ans, ci-devant chanoine de la
     Madeleine de Verdun, n  Fresne en Lorraine;

     26. Jean-Michel Colloz, g de 72 ans, ci-devant bndictin,
     prieur de Saint-Thierry, archiviste et bibliothcaire de Verdun,
     natif du duch de Bouillon, demeurant  Verdun;

     27. Guillain Lefebvre, g de 62 ans, ci-devant bndictin, natif
     de Cartigny, prs Pronne (Somme), demeurant  Verdun;

     28. Claude-lisabeth Lacordire, g de 59 ans 1/2, doyen du
     chapitre de la cathdrale de Verdun, y demeurant;

     29. Christophe Herbillon, g de 76 ans, ci-devant cur de
     Saint-Mdard de Verdun, n  Boureuil, prs Varennes (Meurthe),
     demeurant  Bar-sur-Ornain;

     30. Marguerite Croutte, ge de 48 ans, ne  Verdun, horlogre;

     31. Franois Chotain fils, g de 31 ans, n  Verdun, y
     demeurant, perruquier;

     32. Franois Fortain, g de 43 ans, marchand cirier, demeurant 
     Verdun.

     33. Jacques Petit, g de 50 ans, n et demeurant  Verdun.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

L'ge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
sur la liste des accuss, leur fit trouver grce prs de leurs juges,
qui _se bornrent_  les condamner  vingt ans de dtention et  six
heures d'exposition sur l'chafaud!

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 6 floral an II (23 avril
1794), appert:

     Jean-Nicolas Lallemand, g de 41 ans 1/2, n  Dieuze,
     dpartement de la Meurthe, ex-cur de la ci-devant paroisse de
     Houdelmont, mme dpartement, y demeurant.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. tienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, g de 44 ans, n
      Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
     l'Imprimerie nationale;

     2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, g de 68 ans, n 
     Banon, district de Rethel, dpartement des Ardennes, cultivateur,
     demeurant  Corbeil;

     3. Franois Gourou, g de 35 ans, n  Tours, fabricant de
     papiers, demeurant  Paris, rue Nicaise;

     4. Jean-Claude Jacquet, g de 59 ans, n  Lons-le-Saulnier,
     homme de loi, demeurant  Paris, rue Feydeau, n 38;

     5. Jean-Baptiste le Bault, g de 30 ans, n  Paris, receveur
     des proprits d'Anisson du Perron, ci-devant secrtaire du
     district de Corbeil, demeurant  Ris.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 7 floral an II (26 avril
1794), appert:

     Franois-Albert Mangin, g de 34 ans, n  Genicourt,
     dpartement de la Meuse, demeurant  Paris, faubourg
     Poissonnire, n 11, ci-devant cocher de place et de particulier.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Armande-Amde-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise,
     ge de 18 ans rvolus, ne  Paris, y demeurant, rue Thorigny,
     et  la Motte, district de Cusset, dpartement de l'Allier,
     ex-noble.

Avoir t condamne, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Gabriel Trinquelague, demeurant  Uzs, dpartement du Gard,
     ci-devant capitaine au 34e rgiment d'infanterie.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour 7 floral an II (26 avril 1794), appert:

     1. Jean-Joseph Duc, g de 32 ans, n  Caman, district de Cluse,
     dpartement du Mont-Blanc, notaire;

     2. Joseph-Philibert Curton, g de 44 ans, n  Samoen, mme
     district, habitant de la commune de Tanninge, mme dpartement;

     3. Jean-Baptiste Bojonet, g de 43 ans, n  Tanninge,
     dpartement du Mont-Blanc, y demeurant;

     4. Et Claude-Franois Pralon, g de 58 ans, n  Tanninge,
     dpartement du Mont-Blanc, y demeurant;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Tirard.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 8 floral an II (27 avril 1794), appert:

     1. Jean-Pierre Lambert, g de 28 ans, n  Guyenne, dpartement
     de Seine-et-Marne, garon boucher;

     2. Franois-Germain Savoye, g de 42 ans, n  Bezet-Germain,
     district de Chteau-Thierry, dpartement de l'Ain, y demeurant,
     postillon et charretier d'artillerie;

     3. Pierre Guniot, vigneron, n  Sulpice de Favires,
     dpartement de Seine-et-Oise, demeurant  Jon-la-Montagne;

     4. Et Claude-Toussaint Leclerc, g de 60 ans, vigneron et
     cultivateur  Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant,
     dpartement de Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 9 floral an II (28 avril 1794), appert:

     1. Pierre-Jean Jean, g de 20 ans, n  Colmey, dpartement de
     la Moselle, y demeurant, tisserand;

     2. Et Jean-Nicolas Nicolas, g de 52 ans, n  Archicourt,
     dpartement de la Moselle, cordonnier, demeurant  Colmey.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 9 floral an II (28 avril 1794), appert que:

     1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy[141], g
     de 63 ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant
     Bourbon, n 552, ci-devant duc et pair et capitaine de la
     premire compagnie franaise des gardes du dernier tyran;

[Note 141: Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes et le
plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects; ses
domestiques l'accompagnrent et ne le quittrent que quand les verrous
furent tirs sur lui. Personne n'avait fait plus de dons  la nation.
Sommes immenses, chevaux, quipages, il avait tout offert  son pays.
Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire exactement leur
service dans la garde nationale;  ces conditions, ils taient par lui
nourris, logs et vtus; il tait riche, il faisait le bien, il fut 
l'chafaud. (_Mmoires sur les prisons_, t. II, _la Mairie_, _la
Force_ et _le Plessis_, p. 238.)

Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur dtention 
la Conciergerie, refusrent un jour de faire une partie de piquet,
parce qu'on leur prsentait des cartes qui n'taient pas
rpublicaines. (RIOUFFE, _Mmoires d'un dtenu_, p. 85.)

(Dtails reproduits dans le _Tribunal rvolutionnaire de Paris_, de E.
CAMPARDON, in-8, t. I, p. 311.)]

     2. Louis Thiroux Crosne, g de 57 ans, n  Paris, ci-devant
     lieutenant de police et conseiller d'tat, demeurant  Paris, rue
     de Bracque, au Marais;

     3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet,
     g de 72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis
     et lieutenant gnral des armes, demeurant  Auteuil lors de son
     arrestation;

     4. Jean-Frdric la Tour-du-Pin, g de 67 ans, n  Grenoble,
     dpartement de l'Isre, ancien lieutenant gnral des armes, et
     ci-devant ministre de la guerre, qualifi comte, demeurant, lors
     de son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent,
      Auteuil;

     5. Claude Lemelletier, g de 37 ans, n  Commune-Affranchie,
     dpartement de Rhne-et-Loire, chirurgien, demeurant  Trvoux,
     dpartement de l'Ain;

     6. Jean-Marie-Anglique Gabet, g de 34 ans, n 
     Commune-Affranchie, ci-devant membre du tribunal de Trvoux, y
     demeurant, et lors de son arrestation,  Paris, maison de
     Varsovie, rue des Bons-Enfants;

     7. Catherine-Louise Lamoignon, ge de 78 ans, ne  Paris, y
     demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
     marquise;

     8. Denis-Franois Angrand Dalleray, g de 78 ans, n  Paris,
     demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Arm, ci-devant
     lieutenant civil;

     9. Charles-Grangier la Ferrire, g de 56 ans, n 
     Pont-Chteau, dpartement de la Loire-Infrieure, gnral de
     brigade, arrt  Mende;

     10. Charles-Pierre-Csar-Prosper Mergot-Moutagon, g de 50 ans,
     natif de Prcign, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;

     11. Nicolas-Franois-Olivier Despalires, ex-noble, g de 61
     ans, natif de Moulins, dpartement de l'Allier, demeurant 
     Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;

     12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun,
     ge de 69 ans, ne  Paris, y demeurant, rue Avoye, n 5,
     ex-noble;

     13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, g de 50 ans, n 
     Boujac, prs Riom, en Auvergne, demeurant  Busset, district de
     Cusset, dpartement de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;

     14. Marie-Nicole Brangelogne, ge de 67 ans, ne  Paris, y
     demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;

     15. Madeleine Thouret, ge de 31 ans, n  Moulins, dpartement
     de l'Allier, y demeurant;

     16. Thomas Gouff, g de 50 ans, natif d'tiolles, dpartement
     de Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant  Paris;

     17. Charles-Hyacinthe Humbert, g de 28 ans, n  Connois,
     dpartement de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47e
     rgiment ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son
     revenu;

     18. Franois-Joseph Feydeau, g de 50 ans, n  Metz, ci-devant
     capitaine dans le rgiment infanterie ci-devant Dauphin,
     demeurant  Paris, rue Neuve-Eustache, n 4;

     19. Franois-Jean Pichard du Page, g de 44 ans, n 
     Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur gnral
     syndic du dpartement de la Vende, en 1791, actuellement de la
     commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;

     20. Jean Chopinet dit Chevalier, g de 23 ans, n  Moulins,
     dpartement de l'Allier, marchal des logis du 7e rgiment de
     hussards, demeurant  Paris, rue des Hommes-Libres;

     21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, g de 54 ans, n 
     Chtillon-les-Nonce, dpartement de l'Ain, demeurant  Garneray;

     22. Charles-Marc-Antoine Jardin, g de 71 ans, ci-devant
     greffier en chef au Chtelet;

     23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, g de 42 ans, marchand de
     toiles et de tabac, natif de Saint-Longys, dpartement de la
     Sarthe, demeurant  Paris, rue des Hommes-Libres;

     24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, g de 50 ans,
     natif de Cambray, district de Cambray, dpartement du Nord,
     demeurant audit lieu, ex-noble;

     25. Pierre Martin, g de 55 ans, n  Orlans, y demeurant,
     dpartement du Loiret;

     26. Armand-Louis-Franois-Edme Bthune-Charost, g de 23 ans,
     natif de Paris, demeurant  Calais, mme dpartement, ci-devant
     duc;

     27. Aymar-Charles-Franois-Nicola, g de 57 ans, n  Paris,
     rue des Enfants-Rouges, ci-devant premier prsident du grand
     conseil;

     28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallire, ne  Paris,
     y demeurant, rue du Grand-Chantier, n 11;

     29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, ge de 68 ans, ne 
     Montpellier, ci-devant comtesse, arrte  Chartres, demeurant 
     Paris, rue du Grand-Chantier, n 11.

     30. Antoine-Jean Terray, g de 44 ans, ci-devant intendant de
     Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, n  Paris,
     demeurant  Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
     dpartement de l'Aube;

     31. Joseph-Fidle Ginot, g de 28 ans, n  Poitiers,
     dpartement de la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris,
     demeurant rue du Grand-Chantier;

     32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, ge de 43 ans, ne 
     Dijon, dpartement de la Cte-d'Or, demeurant audit lieu de
     Lamotte;

     33. Charles-Henri Estaing, g de 65 ans, natif de Ravel,
     dpartement du Puy-de-Dme, ancien amiral et lieutenant gnral,
     demeurant  Paris, rue Helvtius, n 52, section le Peletier;

Ont t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution dudit
jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de cette
ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Degaigne, un des huissiers du tribunal
rvolutionnaire, en date du 9 floral de l'an II de la Rpublique
franaise, une et indivisible, appert avoir t constat que le
jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis  mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 12 floral (1er mai 1794), appert:

     1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, g de 50 ans, n 
     Paris, y demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au
     ci-devant parlement de Paris;

     2. Adlade-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse,
     ge de 43 ans, ne  Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son
     mari;

     3. Auguste-Louis Langlois de Gurard, g de 46 ans, n  Paris,
     y demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au bl,
     ci-devant officier aux gardes;

     4. tienne Vigni, g de 40 ans, n  Rigueux, dpartement de
     Seine-et-Marne, demeurant  Pommeuse, prtre et chapelain du
     nomm Langlois de Pommeuse;

     5. Claude-Louis Deligny, g de 44 ans, n  Boutigny, demeurant
      Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;

     6. Et Gervais Seurre, g de 44 ans, n  Migneville, demeurant 
     Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 12 floral (1er mai 1794), appert:

     1. Pierre Landois, g de 30 ans, n  Saint-Nicolas, dpartement
     de l'Eure, demeurant  Evreux, huissier;

     2. Et Jean Glutron, g de 39 ans, n  Brovelle, demeurant 
     vreux, entrepreneur de convois militaires, aubergiste;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Nappier.

Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Louis-Ignace Chalmeton, g de 40 ans, n  Chambonas,
     dpartement de l'Ardche, demeurant  Uzs, dpartement du Gard,
     avocat procureur syndic du district d'Uzs;

     2. Claude Ancme Bernard, g de 32 ans, n  Besanon,
     dpartement du Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de
     la commune, juge au tribunal de commerce, commandant en second de
     la garde nationale;

     3. Jean-Antoine Poulet, g de 60 ans, n  Besanon, y
     demeurant, notable et commissaire de section, agent de
     Beaufremont;

     4. Guillaume Nogaret, g de 46 ans, n  Dijon, dpartement de
     la Cte-d'Or, demeurant  Besanon, commis marchand;

     5. Franois-Joseph Monthon, g de 35 ans, n  Turin en Savoye
     (sic), demeurant  Burginien, dpartement du Mont-Blanc, garde du
     tyran, Sarde et lieutenant de gendarmerie;

     6. Et Jacques Rabaut, g de 56 ans, n  Jason, dpartement (en
     blanc), demeurant  Marseille, ngociant armateur;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Nappier.

Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 13 floral an II (2 mai 1798), appert:

     1. Denis Carbillet, g de 52 ans, n  Langres, dpartement de
     la Haute-Marne, demeurant  Paris, rue des Petites-curies,
     ci-devant menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du
     ci-devant bataillon dit Saint-Lazare, section Poissonnire;

     2. Pierre Diacon, g de 50 ans, n  Colombines, prs Neufchtel
     en Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre,
     actuellement inspecteur des armes  feu  l'Arsenal,  Paris, y
     demeurant;

     3. Et Laurent Ptra, g de 55 ans, n  la Fre en Tardenois,
     dpartement de l'Aisne, ci-devant cur de la commune de Lvemont,
     dpartement de l'Oise, et y demeurant;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 14 floral (3 mai 1794), appert:

     Denis Repoux Chevagny, g de 72 ans, n  Lazy, dpartement de
     la Nivre, ci-devant auditeur des comptes de Dle, demeurant 
     Lazy;

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, tabli par la loi du
10 mars 1793, l'an II de la Rpublique, sant  Paris, au palais, le
14 floral (3 mai 1794), appert:

     1. Gabriel Tassin, dit de l'tang, g de 50 ans, n et demeurant
      Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et
     commandant des Filles Saint-Thomas;

     2. Louis-Daniel Tassin, g de 52 ans, n et demeurant  Paris,
     rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, lecteur, dput
     supplant  l'Assemble constituante, officier municipal et
     administrateur des vivres  Paris;

     3. Jean-Philippe Wenmaring, n  Malchem, dpartement du
     Bas-Rhin, demeurant  Paris, rue de Gramont, ci-devant commis
     banquier et capitaine des grenadiers du bataillon des
     Filles-Saint-Thomas;

     4. Simon Picquet, g de 39 ans, n  Strasbourg, demeurant 
     Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur,
     ci-devant aide de camp de Crillon le cadet  l'arme des
     Ardennes;

     5. Pierre-tienne Engibeau, g de 37 ans et demeurant  Paris,
     rue Vivienne, n 63, traiteur et ci-devant grenadier des
     Filles-Saint-Thomas;

     6. Franois Parizeau, g de 50 ans, n  Ville-Affranchie,
     demeurant  Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la
     comptabilit, grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp
     de Lafayette;

     7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, g de 51 ans,
     n  Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant 
     Paris, rue Colbert, employ aux droits d'enregistrement en
     qualit de sous-chef;

     8. Joseph-Louis Maulguet, g de 46 ans, n  Paris, demeurant 
     Villers-Cotterets, dpartement de l'Aisne, ci-devant architecte;

     9. Thomas-Simon Brard, g de 53 ans, n  Commune-Affranchie,
     demeurant  Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
     ngociant armateur, ex-capitaine de la 3e compagnie du bataillon
     des Filles-Saint-Thomas;

     10. Pierre-Jacques Perret, g de 36 ans, n  Manteville,
     dpartement du Calvados, demeurant  vreux, dpartement de
     l'Eure, ayant un autre domicile  Paris, rue Dominique, ci-devant
     agent de change et commandant du bataillon des Petits-Pres;

     11. Louis-Gabriel d'Hangest, g de 48 ans, n  Rumilly,
     dpartement des Ardennes, demeurant  Paris, rue Chabannais,
     ci-devant mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et
     actuellement papetier, grenadier des Filles-Saint-Thomas;

     12. Franois-Henri Laurent, g de 28 ans, vitrier, n et
     demeurant  Paris, rue Feydeau;

     13. Et tienne-Jacques-Armand Rougemont, n  Coursemont,
     dpartement de la Sarthe, directeur de la comptabilit des
     loteries;

Avoir t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Degaigne, l'un des huissiers du tribunal
rvolutionnaire, en date du 14 floral, appert avoir t constat que
le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis  mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 15 floral an II (4 mai 1794), appert:

     1. Franois Lacroix, g de 52 ans, natif de Nancy, dpartement
     de la Meurthe, ci-devant employ  la loterie nationale,
     demeurant  Paris;

     2. Auguste-Joseph Saintenoy, g de 18 ans 1/2, confiseur, n 
     Orchies, demeurant  Paris;

     3. Jean-Franois Durand, g de 24 ans, natif de Neufchteau,
     gendarme  pied  la 32e division stationnaire  l'arme du Nord;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 15 floral (4 mai 1794), appert:

     1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, g de 61 ans, n  Nancy,
     dpartement de la Meurthe, ex-marquis, demeurant  Paris, rue
     Crutti, n 2;

     2. Antoine Dutailly, g de 52 ans, n  Besanon, dpartement du
     Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;

     3. Claude-Philippe Moniotte, g de 76 ans, n  Besanon, y
     demeurant, ex-conseiller au prsidial et juge du tribunal du
     district de Besanon;

     4. Jacques-Louis le Bgue Oyseville, g de 58 ans, n 
     Pithiviers, y demeurant, dpartement du Loiret, ex-noble, maire
     et prsident du district de Pithiviers, y demeurant;

     5. Julien-Franois Boire, g de 68 ans, n  Paris, y demeurant,
     quai des Tournelles, n 6, ex-avocat au parlement de Paris;

     6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, g de 59 ans, n  Coutances,
     dpartement de la Manche, demeurant  Saint-L, mme dpartement;

     7. Georges le Bienlais de Wiesval, g de 76 ans, n au Rocher,
     district d'Avranches, dpartement de la Manche, demeurant 
     Paris, rue du Four-Germain, n 52, ex-noble, et
     lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis;

     8. Marc-Antoine Levis, g de 55 ans, n  Lugny, dpartement de
     Sane-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et
     ex-dput  l'Assemble constituante, demeurant  Paris, rue
     Helvtius, n 53;

     9. Thodore-Joseph Boissard, g de 56 ans, n  Pontarlier,
     dpartement du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic
     du district de Pontarlier;

     10. Et Charles-Jrme, g de 37 ans, n  Paris, y demeurant,
     rue de Seine, n 1064, notaire;

Avoir t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, le jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Degaigne, l'un des huissiers du
tribunal, en date du 15 floral, appert avoir t constat que le
jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis  mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 16 floral an II (5 mai 1794), appert:

     1. Jacques-Jean la Bussire, g de 53 ans, n de la commune de
     Dampierre, demeurant  Angelier, dpartement de la Nivre,
     ancien capitaine du rgiment d'Auvergne, ex-noble;

     2. Marie-Caconne-Josphine Thomassine Duverne, ge de 36 ans,
     native de Mingot, demeurant  Cosne, dpartement de la Nivre;

     3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, ge de 62 ans, native de
     Sauvigny, dpartement de l'Allier, demeurant  Cosne;

     4. Et Marie-Florence Valori, veuve de Franois-tienne Mazin,
     noble, ge de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant  Dampierre,
     dpartement de la Nivre;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 16 floral (5 mai 1794), appert:

     1. Claude-Franoise Loisellier, ge de 47 ans, de Paris, y
     demeurant, ci-devant faiseuse de modes;

     2. Flicit-Mlanie Lunouf, ge de 21 ans, ne  Paris,
     demeurant rue Montmartre, ouvrire en robes;

     3. Marie-Madeleine Virolle, ge de 25 ans, ne  Angoulme,
     coiffeuse, demeurant  Paris, rue Coquillire;

     4. Jacques Duchesne, g de 60 ans, n  Verdun, demeurant 
     Chaillot, facteur militaire de la section des Champs-lyses;

     5. Et Jean Sauvage, g de 34 ans, armurier et canonnier du
     Panthon franais;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire, etc., le 17 floral an II
(6 mai 1794), appert:

     1. Henri-Jacques Poulet, g de 56 ans, natif de Metz,
     dpartement de la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au
     parlement de Metz, et procureur syndic du dpartement de la
     Moselle;

     2. Matthieu Sequer, g de 65 ans, n  Daillange, district de
     Briey, dpartement de la Moselle, homme de loi, membre du
     directoire du dpartement de la Moselle, demeurant  Briey;

     3. Jean-Christophe Thibault, g de 60 ans, n  Isminy, district
     de Dieuze, dpartement de la Meurthe, employ dans les salines,
     ex-administrateur du dpartement de la Moselle, demeurant  Metz;

     4. Martin Baulaire, g de 38 ans, n  Rodemack, district de
     Thionville, dpartement de la Moselle, demeurant  Metz;

     5. Jean-Claude Gant, g de 41 ans, natif de Ravil, district de
     Boulay, dpartement de la Moselle, maire et aubergiste 
     Pont--Chaussy, ex-administrateur du dpartement de la Moselle;

     6. Franois Collin, g de 54 ans, n  Metz, dpartement de la
     Moselle, ex-administrateur dudit dpartement;

     7. Michel Wagner, g de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur
     du dpartement de la Moselle, n  Sarre-Libre;

     8. Jacques Libre Briand, g de 34 ans, n  Paris, demeurant 
     Buchy, district de Morhange, dpartement de la Moselle, et agent
     national prs le mme district;

     9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, g de 36 ans, n 
     Boulay, dpartement de la Moselle, matre de poste et
     entrepreneur des tapes, membre du directoire du dpartement de
     la Moselle, demeurant  Boullay;

     10. Jacques-Libre Pierron, g de 32 ans, natif de
     Villers-la-Montague, district de Longwy, dpartement de la
     Moselle, juge au tribunal de Briey, y demeurant;

     11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, g de 33 ans, natif de
     Longuyon, district de Longwy, dpartement de la Moselle,
     supplant au tribunal du district et ex-administrateur du
     dpartement de la Moselle;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 17 floral an II (6 mai 1794), appert:

     1. Charles-Joseph Lejollivet, g de 67 ans, ingnieur vtran
     des ponts-et-chausses et architecte du ci-devant Roi, n 
     Orlans, demeurant  Dijon;

     2. Denis Lamugnire, g de 65 ans, n  Poiseul-les-Saulx,
     dpartement de la Cte-d'Or, greffier de la ci-devant matrise
     des eaux et forts de Dijon, y demeurant;

     3. tienne Guelaud, g de 60 ans, n  Dijon, dpartement de la
     Cte-d'or, avou au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;

     4. Joseph Galleton, g de 50 ans, perruquier, n  Dijon,
     dpartement de la Cte-d'Or, y demeurant;

     5. Jean-Baptiste Thierry, g de 29 ans, perruquier, n  Dijon,
     y demeurant;

     6. Claude Joudrier, g de 36 ans, perruquier, n  Dijon, y
     demeurant;

     7. Jacques Testard, g de 49 ans, n  Saulieu, dpartement de
     la Cte-d'Or, ci-devant procureur  Dijon, y demeurant;

     8. Franois Bille, g de 26 ans, perruquier, n  Dijon, y
     demeurant;

     9. Jean-Baptiste Sallez, g de 42 ans, n  Mcon, limonadier,
     demeurant  Saulieu (Cte-d'Or);

     10. Jean-Baptiste Guenot, g de 46 ans, n  Autun, dpartement
     de la Haute-Sane, commis dans la rgie des cuirs  Dle avant la
     rvolution, et depuis pour l'approvisionnement des armes,
     demeurant  Saint-Jean de Losne;

     11. Claude Chaussier, g de 51 ans, marchand de bois pour le
     service de la marine, n  Dijon, y demeurant;

     12. Alexandre Jaucourt, g de 56 ans, n  Cernay, dpartement
     du Loiret, ex-marquis, demeurant  Arcomey;

     13. Et Charlotte-Aime Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble,
     ge de 67 ans, ne  Vizerny, dpartement de la Cte-d'Or,
     demeurant  Dijon;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par l'un
des huissiers du tribunal rvolutionnaire.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 18 floral (7 mai 1794), appert:

     1. Jean-Franois Rameau, g de 57 ans, ex-dput supplant 
     l'Assemble constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
     demeurant;

     2. Jean-Louis-Rameau, g de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du
     juge de paix de Cosne, y demeurant;

     3. Et Jean-Franois Guillaumot, g de 27 ans, n  Clamecy,
     dpartement de la Nivre, demeurant  Cosne, ci-devant clerc de
     notaire;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Franois Petit-Jean, g de 48 ans, n  Toul, y demeurant,
     dpartement de la Meurthe, ci-devant trsorier des dpenses de la
     guerre;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Franois-Ren-Louis Chevandier, g de 32 ans, n  Valdrme,
     y demeurant, dpartement de la Drme, lieutenant dans la
     gendarmerie nationale;

     2. Vincent Ferrier, g de 33 ans, n  Rieux, dpartement de la
     Haute-Garonne, demeurant au Buis;

     3. Joseph Sulpice, g de 23 ans, n au Mans, dpartement de la
     Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant
     commune de ce nom, dpartement de la Drme;

     4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, g de 30 ans environ,
     matelassier, demeurant  Vezon, ci-devant Comtat, dpartement de
     la Drme;

     5. Jean-Joseph Fity, g de 30 ans, n  Nevers, dpartement de
     la Nivre, menuisier, demeurant au Buis;

     6. Et Franois Paschal, g de 30 ans, n  Lecan, dpartement
     des Basses-Alpes, demeurant au Buis, dpartement de la Drme;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 19 floral an II (8 mai 1794), appert:

     1. Clment de Laage pre, g de 70 ans, ci-devant fermier
     gnral, demeurant  Paris, rue Neuve-Grange-Batelire, n 
     Saintes, dpartement de la Charente-Infrieure;

     2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, g de 55 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier gnral;

     3. Jacques Paulze, g de 71 ans, n  Montbrison, dpartement de
     Seine-et-Oise, demeurant  Paris, rue des Piques, ci-devant
     fermier gnral;

     4. Antoine-Laurent Lavoisier, g de 50 ans, n  Paris, y
     demeurant, boulevard de la Madeleine, section des Piques,
     ci-devant fermier gnral.

     5. Franois Puissant, g de 59 ans, n au Port de l'galit,
     dpartement du Morbihan, demeurant  Paris, rue Mesnard,
     ci-devant fermier gnral;

     6. Alexandre-Victor Saint-Amand, g de 74 ans, n  Marseille,
     ci-devant fermier gnral, demeurant  Paris, rue
     Neuve-des-Petits-Champs, vis--vis celle d'Antin;

     7. Gilbert-Georges Monteloup, g de 68 ans, n  Montaigne,
     dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant fermier gnral, demeurant
      Paris, rue Honor, n 88;

     8. Adam-Franois-Paul Saint-Christau, g de 44 ans, n  Rennes,
     dpartement d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier gnral,
     demeurant  Paris rue Thvenot, et,  la campagne,  la
     Fert-sous-Reuilly, dpartement de l'Indre, district d'Issoudun;

     9. Jean-Baptiste Boullongne, g de 45 ans, n  Paris, y
     demeurant, place de la Rvolution, ci-devant fermier gnral;

     10. Louis-Marie le Bas Courmon, g de 52 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue Crutti, ci-devant fermier gnral, et depuis
     rgisseur gnral;

     11. Charles-Ren Perceval Frileuse, g de 35 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue Thrse, section de la Montagne, et actuellement 
     Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier gnral;

     12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, g de 64 ans, n 
     Chlons, dpartement de la Marne, district de ce nom, ci-devant
     fermier gnral, demeurant  Paris, rue Madeleine-Honor;

     13. Jean-Germain Maubert Neuilly, g de 64 ans, n  Paris,
     ci-devant fermier gnral, demeurant  Noisy-le-Grand;

     14. Jacques-Joseph Brac la Perrire, g de 68 ans, n 
     Ville-Affranchie, dpartement de Rhne-et-Loire, ci-devant
     fermier gnral, demeurant  Mantes-sur-Seine, dpartement de
     Seine-et-Oise;

     15. Claude-Franois Rougeot, g de 76 ans, natif de Dijon,
     dpartement de la Cte-d'Or, ci-devant fermier gnral, demeurant
      Paris, rue de la Rvolution, n 23, ayant un domicile 
     Fontainebleau;

     16. Franois-Jean Vente, g de 68 ans, n  Dieppe, dpartement
     de la Seine-Infrieure, ci-devant fermier gnral, demeurant 
     Paris, rue de Gramont;

     17. Denis-Henri Fabure, g de 47 ans, n  Paris, ci devant
     fermier gnral, demeurant  Caen, dpartement du Calvados;

     18. Nicolas Deveile, g de 44 ans, natif de Lagrele, dpartement
     de Rhne-et-Loire, ex-fermier gnral, demeurant  Paris, place
     des Piques, section du mme nom;

     19. Clment Cugnat l'pinay, g de 55 ans, n  Paris,
     ex-fermier gnral, y demeurant, rue de la Jussienne, section du
     Contrat-Social;

     20. Jean-Louis Loiseau Branger, g de 62 ans, n  Paris,
     ex-fermier gnral, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;

     21. Louis-Adrien Prvost d'Arlincourt, g de 50 ans, natif
     d'vreux, dpartement d'Eure-et-Loir, ex-fermier gnral,
     demeurant  Migny-le-Hameau, district de Versailles, dpartement
     de Seine-et-Oise;

     22. Jrme-Franois-Hector Saleur de Grizian, g de 64 ans, n 
     Paris, ci-devant fermier gnral, demeurant  Paris, rue des
     Moulins, section de la Montagne, n 496;

     23. tienne-Marc de Haye, g de 36 ans, natif de Paris,
     ci-devant fermier gnral, demeurant  Paris, place de la
     Rvolution, n 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de
     Senlis, dpartement de l'Oise;

     24. Franois-Marie Mnage Pressigny, g de 60 ans, natif de
     Bordeaux, ex-fermier gnral, demeurant  Paris, rue des
     Jeneurs, n 25, section de Brutus;

     25. Guillaume Couturier, g de 60 ans, natif d'Orlans,
     ci-devant fermier gnral, demeurant  Paris, rue de Clry,
     section de Brutus;

     26. Louis-Philippe Durancel, g de 40 ans, natif de Paris,
     ex-fermier gnral, demeurant  Paris, rue Cadet, n 8, section
     du Faubourg-Montmartre;

     27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, g de 36 ans, n 
     Paris, ex-fermier gnral, demeurant  Grainville, district de
     Caen, dpartement du Calvados;

     28. Jean-Franois Didelot, g de 59 ans, n  Chlons-sur-Marne,
     ex-fermier gnral et rgisseur, demeurant  Paris, rue de
     Buffaut, section du Faubourg-Montmartre;

Avoir t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Leclerc, huissier du tribunal
rvolutionnaire, en date du 19 floral, appert avoir t constat que
le jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
Rvolution de cette ville, o les susnomms ont t mis  mort.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 21 floral an II (10 mai 1794), appert:

     1. lisabeth-Marie-Hlne Capet, soeur de Louis Capet, ge de 30
     ans, native de Versailles, dpartement de Seine-et-Oise,
     domicilie  Paris;

     2. Anne Duwaes, ge de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
     domicilie  la Montagne-du-Bon-Air, dpartement de
     Seine-et-Oise, veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;

     3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, g de 69 ans,
     natif de Caen, dpartement du Calvados, domicili  Chatou,
     dpartement de Seine-et-Oise;

     4. Anne-Nicole Lamoignon, ge de 76 ans, native de Paris, y
     domicilie, veuve du ci-devant marquis de Senozan;

     5. Claude-Louise-Anglique Bersin, ex-marquise, ge de 64 ans,
     native de Paris, y domicilie, femme spare de corps et de biens
     de Crussol d'Amboise;

     6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la
     Commune, g de 64 ans, natif de calalix, prs Yvetot, domicili
      Paris, rue et porte Honor;

     7. Denise Buard, ge de 52 ans, native de Paris, y domicilie,
     rue Florentin, n 674;

     8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employ
      l'habillement des troupes, g de 21 ans et demi, natif de
     Paris, y domicili, rue Florentin, n 674;

     9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
     marine, g de 33 ans, natif de Courton, prs Sens, dpartement
     de l'Yonne, y domicili;

     10. Thodore Hall, manufacturier et ngociant, g de 26 ans,
     natif de Seuzy, dpartement de l'Yonne, y domicili;

     11. Alexandre-Franois Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
     rgiment des chasseurs dit Champagne, g de 36 ans, natif de
     Marseille, domicili  Brienne, dpartement de l'Aube;

     12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et
     maire de Brienne, g de 64 ans, natif de Paris, domicili 
     Brienne, dpartement de l'Aube;

     13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5e
     rgiment des chasseurs  cheval, g de 22 ans, natif de
     Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, domicili  Passy;

     14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de
     Srilly, g de 47 ans, natif de Forgre, domicili  Paris;

     15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'vch du
     dpartement de l'Yonne, g de 30 ans, natif de Marseille,
     domicili  Sens;

     16. Antoine-Jean-Franois Megret de Srilly, ci-devant trsorier
     gnral de la guerre, et depuis cultivateur, g de 48 ans, natif
     de Paris, domicili  Passy, prs Sens;

     17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
     sous-aide-major du rgiment des ci-devant gardes franaises, g
     de 46 ans, natif de Paris, domicili  Sens;

     18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
     Saint-Louis et de Cincinnatus, g de 33 ans, natif de Marseille,
     domicili  Brienne, dpartement de l'Aube;

     19. Franoise-Gabrielle Tanneffe, ge de 50 ans, native de
     Chadieu, dpartement du Puy-de-Dme, domicilie chez Megret
     Srilly,  Passy, dpartement de l'Yonne, veuve de Montmorin,
     ministre des affaires trangres;

     20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, ge de 29 ans, native de
     Paris, domicilie  Sens et  Paris, rue Georges, section du
     Mont-Blanc, n 18, divorce de l'migr Canizy;

     21. Marie-Anne-Catherine Rosset, ge de 44 ans, native de
     Rochefort, dpartement de la Charente, domicilie  Sens, marie
      Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine,
     migr;

     22. lisabeth-Jacqueline Lhermitte, ge de 65 ans, marie au
     ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel
     des carabiniers, et marchal de camp, migr;

     23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la
     ci-devant cathdrale de Sens, ex-noble, g de 60 ans, natif de
     Sens;

     24. Anne-Marie-Louise Thomas, ge de 31 ans, native de Paris,
     domicilie  Passy, dpartement de l'Yonne, marie  Megret
     Srilly;

     25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, g de 41
     ans, natif de Merfit, district de Reims, dpartement de la Marne,
     domicili chez ledit Megret Detigny.

Avoir t condamns, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
rvolutionnaire et du procs-verbal d'excution dress par Chteau, en
date du 21 floral.

_Sign_: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 22 floral an II (11 mai 1794), appert:

     1. Anglique Des Marais, ge de 59 ans, ne  Paris, y
     demeurant, rue Saint-tienne, ci-devant religieuse des Filles
     Saint-Thomas;

     2. Genevive-Barbe Guoyon, ge de 77 ans, ne  Paris, demeurant
     rue Saint-tienne, couturire;

     3. Anne-Catherine Aubert, ge de 39 ans, ex-religieuse,
     demeurant rue Saint-tienne;

     4. Antoine-Louis Desmonceaux, g de 37 ans, n  Paris,
     ci-devant vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des
     Receveurs de la Ville, demeurant  Paris;

     5. Et Louis-Paul-Franois Lecointre, g de 73 ans, n 
     Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant  Paris, rue du
     Paon.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, g de 66 ans, ci-devant
     fermier gnral, n  Valence, dpartement de la Drme, demeurant
      Fontainebleau;

     2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, ge de 71 ans, ne
      Roinville, prs Dourdan, demeurant  Paris, cul-de-sac
     Saint-Pharon;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 23 floral an II (12 mai 1794), appert:

     1. Hugues Lastic, g de 74 ans, ex-comte et noble, n 
     Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, dpartement du
     Cantal, demeurant  Lescure, prs Saint-Flour;

     2. Pierre Raclet, g de 70 ans, n  Dijon, ex-directeur de la
     Rgie gnrale, demeurant  Sommevoire, dpartement de la
     Haute-Marne;

     3. Nicolas-Franois Bocquenet, g de 52 ans, n  Coiffy,
     dpartement de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant 
     Chaumont, susdit dpartement;

     4. Alexandre Thomassin, g de 44 ans, n  Saint-Dizier,
     dpartement de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant 
     Saint-Dizier;

     5. Alexandre-Claudine-Flicit Mandat, femme Thomassin, ge de
     26 ans, ne  Neuilly, dpartement de la Haute-Marne, demeurant 
     Saint-Dizier;

     6. Et Jean Fougeret, g de 60 ans, n  Paris, y demeurant, rue
     du Grand-Chantier, ex-receveur gnral des finances.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Joseph-Didier Vailleraut, g de 62 ans, n  Langres,
     dpartement de la Haute-Marne, ci-devant cur de Montargis, y
     demeurant;

     2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, g de 23 ans, n  Dieppe,
     dpartement de la Seine-Infrieure, surnumraire au bureau de
     l'enregistrement  Dieppe, y demeurant.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 24 floral an II (13 mai 1794), appert:

     1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-prsident
     du ci-devant prsidial de la ci-devant snchausse de Riom, n 
     Riom, dpartement du Puy-de-Dme, g de 68 ans;

     2. Adrienne-Franoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, ge de
     59 ans, ex-noble, ne  la Chtre, dpartement de l'Indre,
     demeurant  Riom;

     3. Andr Louher, g de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal
     dudit Rollet-Davaux, n  Billy, dpartement de l'Allier,
     demeurant  Puyredan;

     4. Jean-Baptiste Vlebeski, g de 48 ans, ci-devant contrleur
     des vingtimes, n  Longueville-en-Caux, dpartement de la
     Seine-Infrieure, actuellement visiteur des rles, demeurant 
     Dieppe, mme dpartement;

     5. Et Anne-Joseph Lauloup, g de 65 ans, ex-noble et mdecin 
     Saint-Loup, dpartement des Ctes-du-Nord, y demeurant.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Gilles Joen, marchal des logis du rgiment ci-devant dragons
     Conty, demeurant  Pacy, dpartement de l'Eure;

     2. Et tienne Mauger, g de 40 ans, n  Rouen, ex-bndictin et
     cur constitutionnel de Wy, prs de Rouen, y demeurant.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour copie conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 25 floral an II (14 mai 1794), appert:

     1. Charles-Adrien Prvt d'Arlincourt, g de 73 ans, ci-devant
     secrtaire de Capet et fermier gnral, natif de Doullens,
     dpartement de la Somme, demeurant au Mont-Valrien;

     2. Louis Mercier, g de 78 ans, n  Paris, y demeurant, rue
     Bergre, ci-devant fermier gnral;

     3. Jean-Claude-Doet, g de 73 ans, n  Ville-Affranchie,
     dpartement de Rhne-et-Loire, ci-devant fermier gnral,
     demeurant  Paris, rue Bergre;

     4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doet, ge de 60 ans,
     ne  Strasbourg, dpartement du Bas-Rhin, demeurant  Paris, rue
     Bergre.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 25 floral an II (14 mai 1794), appert:

     1. Franois Dominique Mory, g de 56 ans, ex-noble, n  Nancy,
     dpartement de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;

     2. Lopold-Remi-Franois Mori, g de 18 ans et demi, n 
     Boudonville, prs Nancy, pharmacien  l'hospice de Nancy, y
     demeurant;

     3. Pierre-Agricole Sagny, g de 28 ans, n  Troly-aux-Bois,
     prs Soissons, dpartement de l'Aisne, hussard au 6e rgiment, en
     garnison  Chauny;

     4. Et Benot Pinteux-Gournay, g de 24 ans, n  Limoges,
     dpartement de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant  Borny,
     dpartement de l'Eure.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Jacques Yel, g de 47 ans, natif d'Arnouville, dpartement du
     Cher, ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris,
     demeurant  La Motte, dpartement du Cher.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par Nappier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 26 floral an II (15 mai 1794), appert:

     1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, g de 38 ans, n  Arles,
     dpartement des Bouches-du-Rhne, y demeurant, ex-noble et
     capitaine au ci-devant rgiment Dauphin infanterie;

     2. Antoine-Barthlemy Fassin, g de 41 ans, mdecin, n  Arles,
     dpartement des Bouches-du-Rhne, y demeurant;

     3. tienne Meynier, g de 65 ans, n  Nmes, dpartement du
     Gard, y demeurant, ex-noble et ex-constituant;

     4. Alexandre Fnard, g de 44 ans, n  Bitche, dpartement de
     la Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
     demeurant;

     5. Pierre Henry, g de 56 ans, n  Sarreguemines, dpartement
     de la Moselle, demeurant  Bouquenom, greffier du tribunal de
     Neuf-Savardin, dpartement du Bas-Rhin, membre du district de
     Bitche;

     6. Dominique Knoepffler, g de 37 ans, n  Bitche, y demeurant,
     administrateur du district de Bitche;

     7. Et Matthieu Blass, g de 44 ans, n  Schwatzenhotz,
     cultivateur, demeurant  Bouquenom, administrateur du district de
     Bitche.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     Franois Bertrand, n  Saint-Fleury en Auvergne, dpartement du
     Puy-de-Dme, ferblantier, demeurant  Seurre, dpartement de la
     Cte-d'Or.

Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 27 floral an II (16 mai 1794), appert:

     1. Jean-Pierre Gravier, g de 56 ans, n  Colmars, dpartement
     des Basses-Alpes, demeurant  Mons, district de Loudun,
     dpartement de la Vienne, ci-devant secrtaire du tyran;

     2. Antoine-Louis Lartigue, g de 60 ans, n  Toulouse,
     dpartement de la Haute-Garonne, demeurant  Fontenay-aux-Roses,
     cur de ladite commune;

     3. Jean-Baptiste Aubisso, g de 39 ans, n  Bergerac,
     dpartement de la Dordogne, y demeurant, et  Paris, rue
     Helvtius, n 673, commissaire  Tirier;

     4. Charles Bezard, g de 49 ans, n  Montpellier, demeurant 
     Paris, rue Neuve-des-Capucines, ngociant, ex-administrateur de
     la caisse d'escompte;

     5. Thodore Moreau, g de 28 ans, n  Paris, demeurant 
     Versailles, professeur de mathmatiques, adjoint aux adjudants
     gnraux de l'arme du Nord;

     6. Et Pierre-Louis Rousselet, g de 52 ans, n  Beaugency,
     dpartement du Loiret, ci-devant bndictin, et cur
     constitutionnel de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y
     demeurant;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Jean-Baptiste Toulon, g de 36 ans, n  Saint-Martignan,
     district de Luon, dpartement de l'Allier, garde des bois
     nationaux, demeurant  Lonbeau, commune d'Archignac, mme
     dpartement;

     2. Franois Toulon, g de 33 ans, aussi garde des bois
     nationaux, n audit Martignan, demeurant  Nocy, dpartement de
     l'Allier;

     3. Et Jean-Baptiste Baret, g de 33 ans, n  Vicq-sur-Hautbois,
     district de la Chtre, dpartement de l'Indre, y demeurant,
     cultivateur, et ci-devant huissier;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour copie conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 28 floral an II (17 mai 1794), appert:

     1. Antoine Labattu, g de 48 ans, n  Valence-d'Agen,
     dpartement de Lot-et-Garonne, demeurant  Paris, rue
     Bourg-l'Abb, n 57, cordonnier soumissionnaire et fournisseur de
     souliers pour les armes de la Rpublique;

     2. Bertrand Dora, g de 38 ans, n  Savignac, demeurant 
     Orlans, tailleur d'habits, membre du comit militaire de la
     commune d'Orlans, surveillant d'un atelier d'habillements pour
     les dfenseurs de la Rpublique;

     3. Franois Ledet, g de 28 ans, n  Ganville-d'Aumale,
     dpartement de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la
     Rpublique;

     4. Franois Le Roy, g de 41 ans, n  Orlans, dpartement du
     Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la
     Rpublique;

     5. Et Timothe Deligny, g de 55 ans, n  Paris, rsidant 
     Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, colleur de papiers.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Claude Rougaune, g de 70 ans, ci-devant cur 
     Clermont-Ferrand, natif d'cure, dpartement de l'Allier,
     demeurant au Mont-Valrien, prs Paris;

     2. Guillaume-Jrme Rom, ex-noble, g de 46 ans, n  Fcamp,
     dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant  Paris, rue de la
     Loi;

     3. Jean-Franois-Sixte Isnard, g de 29 ans, n  Cygalire,
     district de Tarascon, dpartement des Bouches-du-Rhne, ex-noble,
     se disant cultivateur, demeurant  Cygalire;

     4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, g de 61 ans, n 
     Brioude, demeurant  Boursat, dpartement du Puy-de-Dme;

     5. Louis Millange, g de 45 ans, n  Valroque dans les
     Cvennes, district du Vigan, dpartement du Gard,
     quartier-matre-trsorier du premier corps des hussards de la
     Libert;

     6. Et Franois Prillat, n  Grand-Bouvion, dpartement du
     Mont-Blanc, demeurant  la Suze, mme district.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 29 floral an II (18 mai 1794), appert:

     1. Andr Sabatery, g de 33 ans, n  Valras, dpartement de
     Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valras;

     2. Antoine Mathieu, g de 30 ans, n  Saint-Martin de
     Chichilienne, dpartement de l'Isre, emballeur aux effets de
     campement de Franciade, dpartement de Paris, y demeurant;

     3. Jean Porta, g de 24 ans, maon, n  Bansia, dans les tats
     de Venise, demeurant  Paris, caserne Popincourt, canonnier;

     4. Et Claude Czeron, g de 26 ans, n  Paris, commis de
     receveur des rentes, demeurant  Paris, rue de l'chiquier,
     section Poissonnire.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Philibert-Pierre-Catherine Bourre-Corberon, g de 47 ans, n
      Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes
     franaises, demeurant  Beauvais;

     2. Jean-Flix Blanquet, g de 59 ans, n  Dieppe, dpartement
     de la Seine-Infrieure, y demeurant, picier armateur;

     3. Jean-Louis Dipse, g de 56 ans, n district de Dieppe, y
     demeurant, vivant de son revenu;

     4. Claude-Franois Colliez, g de 42 ans, n  Paris, agent de
     Bourre de Corberon, demeurant  Troissereux, district de
     Beauvais;

     5. Denis-Joseph Clerc, g de 56 ans, natif de Lacheux, district
     de Pontarlier, dpartement du Doubs, y demeurant, fileur de
     laine;

     6. Pierre-Andr Teyssert, g de 53 ans, n  Marseille,
     demeurant  Mcon, dpartement de Sane-et-Loire, teneur de
     livres de commerce;

     7. Et Louis Pacot, g de 34 ans, n  Couvin, pays de Lige,
     ex-prtre, demeurant  Guymene, dans ledit pays.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Monet.

Pour extrait conforme, NEYROT, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 1er prairial (20 mai 1794), appert:

     1. Jean-Antoine Teyssier, g de 50 ans, n  Nmes, dpartement
     du Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nmes,
     demeurant  Lagny-sur-Marne;

     2. Jacques-Marie Boyer-Brun, g de 39 ans, n  Nmes, homme de
     lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nmes,
     demeurant  Paris, rue des Fosss-Montmartre, n 7;

     3. Jacques-Franois Descombiers, g de 66 ans, n  Nmes,
     ex-noble, ancien lieutenant au ci-devant rgiment royal
     d'infanterie, demeurant  Nmes;

     4. Jean Filsac, g de 36 ans, n  Cahors, dpartement du Lot, y
     demeurant, homme de loi, et secrtaire gnral du dpartement du
     Lot;

     5. Pierre-Constant La Barthe, g de 74 ans, n  Cessac,
     dpartement du Lot, ci-devant ngociant, demeurant  Pradines,
     prs Cahors;

     6. Jean-Nicolas Burgre, g de 41 ans, n  Cahors, y demeurant,
     ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;

     7. Charlotte-Genevive Saisseval, veuve Dutillet, ge de 49 ans,
     ne  Paris, demeurant  Provins, dpartement de Seine-et-Marne;

     8. Et Marie-Thrse Clerse, femme Rolland, ge de 48 ans, ne 
     Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant 
     Provins;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, 1er prairial (20 mars 1794), appert:

     1. Franois-Alexandre Suremain, g de 38 ans, ex-noble, vivant
     de ses revenus, natif d'Ossone, dpartement de la Cte-d'Or;

     2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, ge de 47
     ans, native de Paris, libraire, demeurant  Paris, rue du Roule,
     n 11;

     3. Michel Webert, g de 25 ans, n  Saverne, dpartement du
     Bas-Rhin, libraire  Paris, y demeurant, passage du
     Clotre-Honor;

     4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, ge de 27 ans, ne 
     Saint-Domingue, demeurant  Paris, rue Merry;

     5. Gabriel-Charles Doyen, g de 31 ans, n  Versailles,
     dpartement de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du
     tyran, demeurant  Paris, rue Nicaise, n 506;

     6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, g de 21 ans, n  Amiens,
     dpartement de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
     gnral de l'arme rvolutionnaire, demeurant  Paris, maison de
     Molire, rue aux Ours;

     7. Matthieu Marbey, g de 27 ans, n  Commune-Affranchie,
     bonnetier, demeurant  Paris, rue Franaise;

     8. Antoine Brezillon, g de 40 ans, n  Grandpr, district du
     mme nom, brigadier de gendarmerie nationale,  la rsidence de
     la Chapelle-galit, district de Nemours, dpartement de
     Seine-et-Marne.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:

     1. Claude Simard, g de 68 ans, n  Libreval, dpartement du
     Cher, ex-prtre, demeurant  Bourges;

     2. Agate-lisabeth Ragot, ex-religieuse, ge de 54 ans, ne 
     Libreval, dpartement du Cher, demeurant  Bourges;

     3. Et Louis-Franois Vassal, g de 35 ans, ex-noble, n 
     Fraicenet, dpartement du Lot, demeurant  Paris, rue Thionville.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tirrard.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Franois Tournacos, g de 37 ans, n  Metz, se disant baron
     allemand, demeurant  Luxembourg, en Allemagne;

     2. Pierre-Franois Nicolas, n  Longehaut, district d'Ornans,
     dpartement du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant 
     Paris, rue Michodire, section Le Pelletier;

     3. Caprot Brunel, g de 44 ans, n  Capronne, dpartement de la
     Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant  Paris, rue
     Taitbout, section du Mont-Blanc;

     4. Gabriel Delignon, g de 42 ans, n  Villaine, dpartement de
     la Cte-d'Or, y demeurant, matre d'criture;

     5. Et Dominique Lafillard, g de 63 ans, ci-devant caissier de
     la maison d'Artois, argentier de la maison d'Angoulme, et
     depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant 
     Paris, rue des Fontaines.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tirrard.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:

     1. Claude-Alexandre Leflot, g de 43 ans, n  Nevers,
     dpartement de la Nivre, demeurant  Trigsus, capitaine gnral
     des douanes de la Rpublique;

     2. Flix Royer, g de 28 ans, n  Bagnols, dpartement du Gard,
     chasseur dans la lgion des Alpes;

     3. Pierre-Gervais Namys, g de 47 ans, n  Paris, y demeurant,
     rue Pagevin, employ aux Fermes, ci-devant capitaine de la
     section des Petits-Pres;

     4. Et Louis-Philippe Bourgeois, g de 32 ans, n  Uzs,
     dpartement du Gard, demeurant  Paris, perruquier.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:

     1. Cyr Vasseur, g de 42 ans, n  Harly-Pontlieu, dpartement
     de la Somme, ci-devant caporal dans l'arme rvolutionnaire,
     demeurant  Paris, rue Verneuil;

     2. Jean-Baptiste Keutschen, g de 36 ans, n  Deynieux, dans la
     Fort-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant  Paris, rue
     Croix, chausse d'Antin, n 9;

     3. Jean Jaroufflet, g de 51 ans, n  Moulins, dpartement de
     l'Allier, y demeurant, notaire public;

     4. Jean Coursin, g de 41 ans, n  Carnay, district
     d'Avranches, dpartement de la Manche, brocanteur, demeurant 
     Paris, rue de la Licorne;

     5. Louis Carr, g de 31 ans, n  Brienne, dpartement de
     l'Aube, picier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle
     au Beurre;

     6. Maria-Nicolas Gaidon, g de 34 ans, n  Mjuive, dpartement
     du Mont-Blanc, fruitier, demeurant  Paris, rue d'Hauteville,
     section Poissonnire;

     7. Pierre Paul, g de 40 ans, n  Paris, y demeurant, rue de la
     Mortellerie, marchand de cannes;

     8. Et Jean Juery, g de 30 ans, n  Perrel, dpartement du
     Cantal, brocanteur, demeurant  Paris, rue Honor, en face des
     Jacobins.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:

     1. Joseph-Antoine Barrme, g de 31 ans, n  Tarascon,
     ex-noble, ex-hussard du premier rgiment;

     2. Joseph-Henri Barrme, g de 35 ans, n  Tarascon, ex-noble,
     hussard et brigadier du premier rgiment;

     3. Joseph-Auguste Barrme, g de 32 ans, n  Tarascon,
     ex-noble, et hussard du premier rgiment;

     4. Anne Ferry, veuve Dupr, ge de 52 ans, garde-malade, ne 
     Malo, dpartement de la Cte-d'Or, demeurant  Paris, quai de
     Gvres, n 7;

     5. Jean-Baptiste Lanoue, g de 37 ans, peintre en btiment, n 
     Paris, y demeurant, rue Quincampoix, n 33;

     6. Nicolas Aubry, g de 72 ans, n  Divry, ci-devant Normandie,
     demeurant  Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dpt des
     huiles;

     7. Et Pierre-Louis Didier, g de 35 ans, commis papetier 
     Paris, y demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, n 7.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Jean Canolle pre, g de 50 ans, n  Benac, en Prigord,
     minralogiste, demeurant  Paris, au Gros-Caillou;

     2. Avoye Paville Costard, fille ge de 25 ans, travaillant au
     Journal des Spectacles, ne  Paris, y demeurant, rue des
     Fosss-Montmartre;

     3. Alexandre Provenchre, g de 58 ans, n  Saint-Eubille,
     dpartement de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement
     des troupes de la Rpublique, demeurant  Paris, place du
     Chevalier du Guet;

     4. Andr Dorly, g de 60 ans, n  Versailles, commissaire des
     guerres jusqu'au 1er juillet 1793, domicili  Paris, rue Neuve
     des Petits-Champs, section de la Montagne;

     5. Gabriel-Joseph Fortin, g de 44 ans, n  Paris, y demeurant,
     rue des Mauvaises-Paroles, ci-devant employ  l'habillement des
     troupes, et commis chez le nomm Leroux, ngociant;

     6. Antoine-Martin Barth, g de 33 ans, n  Paris, y demeurant,
     rue Denis, et fournisseur de la Rpublique;

     7. Jean-Franois Lemarcant, g de 69 ans, n ... (_en blanc_),
     ouvrier en gutres et fournisseur, demeurant  Paris.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Herv.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:

     1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, g de 30 ans, n 
     Paris, ex-noble, ancien capitaine au 5e rgiment de cavalerie,
     demeurant  Vernasal, dpartement de la Haute-Loire;

     2. Simon Tisserand, g de 40 ans, n  Vesoul, dpartement de la
     Haute-Sane, ci-devant postillon chez Duchtelet, demeurant 
     Paris, rue Grenelle-Saint-Germain;

     3. Et Jean-Baptiste Gauthier, g de 50 ans, n 
     Chteau-Porcien, dpartement des Ardennes, concierge de la
     chambre d'arrt de la mairie, demeurant  Paris, rue Martin.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Jean-Baptiste-Charles Durand, g de.... (_en blanc_) ans, n
      Paris, employ au magasin des troupes,  Franciade, y
     demeurant;

     2. Jean-Antoine Pascal, g de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
     nationale, attach  la force publique de l'arme du Rhin, n 
     Commune-Affranchie, demeurant  Paris;

     3. Et Franois Paulin, g de 35 ans, professeur de gographie et
     de grammaire, n  la Chapelle, dpartement de la Haute-Marne,
     demeurant  Paris, rue Montmartre, n 226.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:

     1. Franois Joly, g de 56 ans, ci-devant inspecteur gnral des
     rles du dpartement de la Cte-d'Or, n  Pontarlier-sur-Sane,
     mme dpartement, demeurant  Dijon;

     2. Pierre Mauclair, g de 39 ans, brocanteur et ci-devant
     marchand de serre-tte, n  Troyes, dpartement de l'Aube,
     demeurant  Paris, rue des Grands-Degrs, n 16;

     3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, g de 26 ans,
     ci-devant officier des gardes franaises, ex-noble et ex-comte,
     n  Paris, y demeurant, rue Basse-du-Rempart.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, g de 58 ans, n 
     Lille-Don, dpartement du Loiret, ex-noble, et cultivateur,
     demeurant  Villemandier, district de Montargis, mme
     dpartement;

     2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, g de 42 ans, ci-devant
     architecte, et depuis cultivateur et membre du comit
     rvolutionnaire de la commune de Vanves, y demeurant, n  Paris;

     3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hbert, ge de 50 ans,
     ne  Notre-Dame de Guem, prs Auxerre, dpartement de l'Yonne,
     demeurant  Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;

     4. Catherine Prard, ge de 39 ans, ne  Giss en Bourgogne,
     prs Flavigny, demeurant  Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;

     5. Pierre Prudhomme, g de 48 ans, n  Paris, y demeurant, rue
     et section de la Cit, marchand de poisson.

     6. Et Franoise Lambert, femme Prudhomme, ne  Toul, dpartement
     d'Indre-et-Loire, ge de soixante ans, marchande de poisson,
     demeurant  Paris.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:

     1. Claude-Michel-Louis Milscent, crole, g de 54 ans, n 
     Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et
     se disant homme de lettres et auteur du journal appel _le
     Crole_, demeurant  Paris, rue Honor, n 120;

     2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, g de 51 ans, receveur de la
     rgie des sels, n  Guiscard, dpartement de l'Oise, et receveur
     du district de Noyon, y demeurant.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tirrard.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 8 prral [_sic_] (27 mai 1794), appert:

     1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lvis-Mirepoix, g de 41 ans,
     n  Saint-Martin d'Estraux, demeurant  Paris, rue de Verneuil,
     n 432, ex-noble, ex-constituant et ex-marchal de camp;

     2. Matthieu-Jouze Jourdan, g de 45 ans, n  Saint-Jean,
     dpartement de la Haute-Loire, demeurant  Avignon, ci-devant
     ngociant, depuis gnral de l'arme d'Avignon, et  prsent chef
     d'escadron de la gendarmerie;

     3. Jean Donnadieu, g de 50 ans, n  Arles, dpartement des
     Bouches-du-Rhne, gnral de brigade,  l'arme du Bas-Rhin;

     4. Antoine-Louis-Michel Judde, g de 46 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue Franois, au Marais, ex-conseiller au ci-devant
     Chtelet de Paris;

     5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, ge de 41 ans, ne 
     Nancy, y demeurant;

     6. Susanne Vigneron, ge de 23 ans, ne  Nancy, y demeurant;

     7. Pierre-Flix Primeau, g de 42 ans, n  Vaussais,
     dpartement des Deux-Svres, sous-lieutenant au 17e rgiment de
     cavalerie;

     8. Nicolas-Jacques Beauregard, g de 42 ans, n  Versailles,
     sous-lieutenant au 17e rgiment de cavalerie;

     9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, g de 44 ans, n 
     Salins, dpartement du Jura, chef d'escadron du 17e rgiment de
     cavalerie;

     10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, g de 19 ans, n  Chinon,
     dpartement d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17e rgiment de
     cavalerie;

     11. tienne Lecandre, g de 27 ans, n  Saintes, dpartement de
     la Charente-Infrieure, capitaine au 17e rgiment de cavalerie;

     12. Jean-Franois Bugnolot, g de 25 ans, n au Petit-Bay,
     dpartement de la Haute-Sane, chirurgien-major du 17e rgiment
     de cavalerie;

     13. Joseph Mollet, g de 48 ans, n  Saint-Michel, dpartement
     des Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17e rgiment de cavalerie;

     14. Claude Juy, g de 26 ans, n  Langres, dpartement de la
     Haute-Marne, sous-lieutenant au 17e rgiment de cavalerie;

     15. Pierre-Claude-Marie Prih, g de 46 ans, n  Nevers, chef
     de brigade au 17e rgiment;

     16. tienne-Philippe Vrillot, g de 26 ans, n  Langres,
     sous-lieutenant au 17e rgiment;

     17. tienne Jourdeuil, g de 29 ans, n  Bussire,
     sous-lieutenant au 17e rgiment;

     18. Jean Arnaud, g de 44 ans, n  Limoges, sous-lieutenant au
     17e rgiment;

     19. Claude Bonnot, g de 27 ans, n  Genets, adjudant au 17e
     rgiment;

     20. Et Franois Poisson, n  pinal, g de 37 ans,
     sous-lieutenant au 17e rgiment.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:

     1. Augustin Binet, g de 28 ans, n  Amiens, dpartement de la
     Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8e bataillon
     de la Somme;

     2. Jean-Baptiste Avenet, g de 36 ans, n et demeurant 
     Saint-Germain-la-Campagne, dpartement de l'Eure, dentiste;

     3. Et tienne Hourry, g de 50 ans, n  Pez-le-Robert,
     terrassier.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:

     1. Claude-Joseph Villemin, g de 26 ans, journalier, n  Guyans
     en Venne, dpartement du Doubs, y demeurant;

     2. Sylvain Dumazet, g de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
     colporteur  Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, n 
     Argenton, dpartement de l'Indre;

     3. Firmin Baillot, g de 37 ans, n  Lironville, dpartement de
     la Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
     Gravilliers, enrl pour la Vende, rpeur de tabac, demeurant 
     Paris, rue de Crussol, marais du Temple;

     4. Franoise Chevalier, ge de 28 ans, ne  Besanon,
     dpartement du Doubs, y demeurant;

     5. Flix Simon, g de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
     Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de
     Besanon, n  Rosureux, dpartement du Doubs, y demeurant.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Pierre-Franois Fnaux, g de 40 ans, n  Dalincourt,
     dpartement d'vreux, charretier chez Claude Lger, demeurant 
     Rosay, dpartement de Seine-et-Oise;

     2. Claude Lger, g de 49 ans, n  Villemur, dpartement de
     (_en blanc_), demeurant  Rosay;

     3. Martin Olivier, n  Saint-Martin des Champs, dpartement de
     Seine-et-Oise, g de 58 ans, vigneron et maire de la commune
     dudit Saint-Martin des Champs, y demeurant;

     4. loy Duhamel, g de 54 ans, n  Aix, dpartement de
     Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de
     Saint-Martin des Champs, y demeurant;

     5. Nicolas Letellier, g de 35 ans, n  Septeuil, dpartement
     de Seine-et-Oise, vigneron et membre du comit de surveillance de
     la commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;

     6. Andr Rageot, g de 36 ans, tailleur d'habits, membre du
     comit de surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs,
     n  Guerville;

     7. Jean Petit, g de 49 ans, n  Aulnay, dpartement de
     Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y
     demeurant;

     8. Guillaume Frron, g de 45 ans, n  Arnouville, dpartement
     de Seine-et-Oise, journalier, demeurant  Saint-Martin des
     Champs;

     9. Et Marie-Anne Frron, femme Rageot, ge de 40 ans, ne 
     Arnouville, dpartement de Seine-et-Oise, couturire, demeurant 
     Saint-Martin des Champs;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:

     1. Augustin-Franois Csar-Dauphin-Leval, g de 49 ans, n 
     Montferrand, dpartement du Puy-de-Dme, ci-devant brevet du
     grade de colonel, et capitaine en second des grenadiers des
     gardes franaises, demeurant  Moncel-Gelat, mme dpartement;

     2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, g de 64 ans, n  Sinwit,
     dpartement de la Corrze, demeurant  la Rode, dpartement du
     Puy-de-Dme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble,
     ex-comte et ex-colonel  la suite de la cavalerie, demeurant 
     Paris, rue Traversire;

     3. Claire Nantia, ge de 41 ans, ne  Nantia, dpartement de la
     Haute-Vienne, ex-noble, demeurant  Rouel, dpartement de la
     Haute-Vienne;

     4. Louis-Jacques Ferruyant, g de 37 ans, n et demeurant  La
     Motte Terray, dpartement des Deux-Svres, ci-devant trsorier de
     France;

     5. Jean Dut, g de 24 ans, n  Morillac, dpartement du Cantal,
     marchand forain, sans domicile fixe;

     6. Pierre Morillon Dubellay, g de 77 ans, marchand de draps et
     soies, n et demeurant  Poitiers, dpartement de la Vienne;

     7. Jean-Antoine Guybora, g de 24 ans, vigneron, journalier, n
     et demeurant  Saint-Gerionne, dpartement de la Marne, soldat du
     11e rgiment de hussards;

     8. Nicolas-Marie Compin, g de 64 ans, n  Malta, dpartement
     de Sane-et-Loire, cultivateur et agent national de la commune
     d'Avrai;

     9. Et Nicolas dit Montpansin, g de 65 ans, n  Saint-Pourain,
     dpartement de l'Allier, demeurant  Souitte, mme dpartement,
     ex-bailli des lazaristes et ex-subdlgu.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:

     1. Louis Csar Bgu, g de 40 ans, n  Tours, dpartement
     d'Indre-et-Loire, ci-devant ....... chef du premier bataillon
     dudit dpartement, demeurant  Tours;

     2. Claude Lacroix, g de 38 ans, n  Chaource, dpartement de
     l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;

     3. Pierre-Joseph Lecocq, g de 60 ans, n  Querqueville, prs
     Cherbourg, dpartement de la Manche, ex-cur de la commune de
     Cottenon, district de Provins, dpartement de Seine-et-Marne;

     4. Et Louis-Julien Moret, g de 46 ans, n  Arcis-sur-Aube,
     dpartement de l'Aube, ex-cur, demeurant  Premier-Fait, mme
     dpartement.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:

     1. douard-Marie Marguerie, g de 38 ans, ex-noble, major en
     second dans le 42e rgiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
     constitutionnelle du tyran, n  Bayeux, dpartement du Calvados,
     rsidant  Agy, prs Bayeux;

     2. Louis Duvivier, g de 60 ans, n  Paris, y demeurant, rue
     des Juifs, n 17, section des Droits de l'homme, employ 
     l'extraordinaire des guerres;

     3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, g de 66 ans, n  Chteauneuf,
     dpartement d'Eure-et-Loir, demeurant  Paris, rue des Martyrs,
     n 59, section du Mont-Blanc;

     4. Amable Chantemerle, g de 37 ans, instituteur et homme de
     lettres, ex-prtre, n  Thiers, dpartement du Puy-de-Dme,
     demeurant  Paris, rue du Mont-Blanc, n 384;

     5. Jean Pierson, g de 33 ans, n  Beffroy, district de
     Commercy, dpartement de la Meuse, employ aux bureaux des
     migrs, secrtaire de dfunt Malesherbes, demeurant  Paris, rue
     des Martyrs;

     6. Et Claude-Franois-Marie Simonet, g de 42 ans, n  Dijon,
     dpartement de la Cte-d'Or, ex-fermier gnral, demeurant 
     Dijon.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Joseph Pont, g de 51 ans, n  Tournus, dpartement de
     Sane-et-Loire, ci-devant cur de Courteneau, y demeurant, mme
     dpartement;

     2. Pierre Saint-Saulieu, g de 44 ans, n  Monteau, dpartement
     de l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant  l'abbaye de Cormeil;

     3. Thomas Casimir Hry, g de 25 ans, n  Orlans, dpartement
     du Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25e rgiment,
     demeurant commune de Fleury, mme dpartement;

     4. Thrse-Franoise Lamarre, ge de 60 ans, ne 
     Bar-sur-Ornain, ci-devant noble, demeurant audit Bar;

     5. Jean-Hyacinthe Caron, g de 36 ans, n  Arviny, district de
     Bar-sur-Ornain, ci-devant cur, demeurant  Moulins, mme
     district;

     6. Philippe Huguet, g de 30 ans, n  Bruxelles, faiseur de
     bas, demeurant  Paris, rue Pot-de-Fer;

     7. Sylvain Hugault, g de 59 ans, n  Bourges, ci-devant cur
     d'Issoudun, demeurant  Issoudun, dpartement d'Indre-et-Loire.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 13 prairial (1er juin 1794), appert:

     1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, g de 52 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-matre des comptes;

     2. Louis-Joseph Germain, g de 38 ans, n  Paris, y demeurant,
     rue des Bourdonnais, marchand d'toffes de soie;

     3. Thomas-Augustin Bellet, g de 37 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des
     comptes;

     4. Franois-Martin Chauvereau, g de 37 ans, n  Tours,
     dpartement d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain,
     demeurant  Paris, rue Cloche-Perche;

     5. Antoine-Charles Lherbette, g de 34 ans, n 
     Sainte-Menehould, dpartement de la Haute-Marne, ci-devant agent
     de change, demeurant  Paris, rue des Blancs-Manteaux;

     6. Louis Bois-Mari, g de 23 ans, n  Longny, district de
     Mortagne, dpartement de l'Orne, demeurant  Paris, rue
     Jean-Fleury;

     7. Jrme-Robert Millin du Perreux, g de 62 ans, n  Nevers,
     dpartement de la Nivre, demeurant au Perreux, district de
     l'galit, dpartement de Paris, administrateur des loteries;

     8. Jean Auger, g de 23 ans, n  Paris, brigadier-fourrier au
     8e rgiment de hussards, demeurant  Chaillot;

     9. Et Jacques-Adrien Mgard, g de 26 ans, n  Ratville,
     dpartement de la Seine-Infrieure, agent de Thorelli,
     Napolitain, demeurant  Paris, grande rue du faubourg Antoine.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Louis Martin-Brille, g de 30 ans, n  Limay, dpartement de
     Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant  Paris, rue des
     Lavandires, n 191;

     2. tienne Berthier, g de 43 ans, n  Besanon, dpartement du
     Doubs, fondeur et doreur, demeurant  Dijon;

     3. Jean Levasseur, g de 38 ans, n  Krienne, dpartement de la
     Seine-Infrieure, ex-cur de la commune de Laumont-la-Poterie,
     mme dpartement;

     4. Et Jacques Serigny, g de 53 ans, n  Bouillant, dpartement
     de la Cte-d'Or, ex-cur de la commune de Lumigny, mme
     dpartement, y demeurant.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:

     1. Bonaventure Ferrey, g de 32 ans, n  Gray, dpartement de
     la Haute-Sane, demeurant  Saint-Denis-sur-Sarton, dpartement
     de l'Orne, prtre chapelain de l'glise de Coutances, puis cur
     audit Saint-Denis;

     2. Jean-Baptiste Barr, g de 68 ans, n et demeurant  Paris,
     rue Coq-Hron, n 424, ci-devant procureur au Chtelet et avou;

     3. Philippe Perrin, g de 26 ans, n  Cognac, dpartement de la
     Charente, y demeurant, ngociant en eaux-de-vie;

     4. Andr-Jacques-Salomon Daniau, g de 26 ans, n  Cognac,
     demeurant  Ecoigneux, district de Saintes, mme dpartement,
     agriculteur;

     5. Valrie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, ge de 40 ans,
     ne  la Rochefoucauld, dpartement de la Haute-Charente, y
     demeurant, et  Perusel, campagne prs la Rochefoucauld; son mari
     garde du tyran;

     6. Louis-Auguste-Franois Bongard-d'Aspremont, g de 68 ans, n
     au Val d'Arnois, district de Dieppe, dpartement de la
     Seine-Infrieure, demeurant  Jaucourt, district des Andelys,
     dpartement de l'Eure, vivant de son bien, ex-noble et
     ex-marquis;

     7. Louis Armand, g de 61 ans, n  Lainville, dpartement de
     Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mriot, dpartement de
     Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et
     ensuite vigneron;

     8. Jean-Franois-Clestin Lecocq, g de 30 ans, n  Lille,
     dpartement du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
     depuis boulanger;

     9. Jean-Pierre Maindouze, g de 53 ans, n  Toulouse,
     dpartement de la Haute-Garonne, demeurant  Paris, rue du
     Thtre-Franais, commis en chef au bureau des affaires
     trangres;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Bernard-Louis Cassaigne, g de 41 ans, n  Bziers,
     dpartement de l'Hrault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
     Saint-Nicolas des Champs, ensuite desservant de la commune de
     Luneray, prs Dieppe, dpartement de la Seine-Infrieure, y
     demeurant;

     2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, g de 33 ans, n  Saint-Valery,
     dpartement de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
     Saint-Andr des Arts,  Paris, rue du Cimetire-Andr;

     3. Et Jean-Baptiste Dupain, g de 21 ans, marchand de bois, n
     et demeurant  Paris, rue des Fosss-Saint-Bernard.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:

     1. Claude Lefranc, g de 54 ans, chirurgien appoint dans le 7e
     rgiment de hussards, n  Ivry, prs Paris, dpartement de
     Seine-et-Marne, demeurant  Paris, rue du Battoir;

     2. Philippe Martin, g de 65 ans, n  Delu, dpartement de la
     Meuse, y demeurant, et cordonnier;

     3. Alexandre Cordelois, g de 36 ans, n  Cambray, chirurgien,
     ci-devant adjudant gnral de la garde nationale du Quesnoy,
     demeurant  Wettingue, dpartement du Nord;

     4. Armand Quidet, g de 64 ans, n  Nourval, dpartement des
     Ardennes, soldat invalide, demeurant  Vouziers;

     5. Et Jean-Joseph de Flandres, g de 58 ans, brigadier de la
     deuxime division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, dpartement
     de l'Oise, demeurant  Bouchain, dpartement du Nord.

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:

     1. Louis-George Desrousseaux, g de 42 ans, n  Sedan,
     dpartement des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps,
     cultivateur, ex-maire de la commune de Sedan;

     2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, g de 52 ans, n  Sedan, y
     demeurant, fabricant, membre de la municipalit de Sedan;

     3. Franois-Pierre Le Gardeur, g de 60 ans, n  Verdun,
     dpartement de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant
     notable de la commune de Sedan, prsident du tribunal de commerce
     et du bureau de paix de la mme commune, y demeurant;

     4. Nicolas Rollin-Hussin pre, g de 63 ans, n  Sedan, y
     demeurant, fabricant de draps et officier municipal de la mme
     commune;

     5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, g de 55 ans, n aux
     Aussieux, dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant  Sedan,
     vivant de son revenu, ci-devant officier municipal de la commune
     de Sedan;

     6. Pierre-Charles Fournier, g de 42 ans, n  Sedan, y
     demeurant, officier municipal de ladite commune et picier;

     7. Jean-Baptiste Petit, fils, g de 50 ans, n  Mzires,
     dpartement des Ardennes, mdecin, officier municipal de la
     commune de Sedan, y demeurant;

     8. Louis-Franois Gigoux Saint-Simon, g de 61 ans, avant la
     rvolution aide-major de la place de Sedan, n  Mesle,
     dpartement des Deux-Svres, officier municipal de la commune de
     Sedan, y demeurant;

     9. Jean-Louis Lenoir Peyre, g de 39 ans, n  Sedan,
     teinturier, et ci-devant procureur de la commune de Sedan, y
     demeurant;

     10. Nicolas Waroguier, g de 62 ans, n  Givet, district de
     Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
     demeurant;

     11. Augustin Grosselin pre, g de 66 ans, marchand picier,
     ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;

     12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, g de 31 ans, n 
     Brillangois, district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la
     commune de Sedan, et actuellement administrateur du district de
     Sedan, y demeurant;

     13. Henri Mesmer, g de 52 ans, n  Sedan, brasseur, ex-notable
     de la commune de Sedan, y demeurant;

     14. tienne Henneci, g de 46 ans, n  Sedan, libraire,
     ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;

     15. Louis Edet-Jeames, g de 46 ans, n  Sedan, y demeurant,
     charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;

     16. tienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, g de 41 ans, n 
     Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de
     Sedan;

     17. Pierre Gibon-Vermon, g de 44 ans, n  Sedan, y demeurant,
     brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;

     18. Simon-Jacques Delatre, g de 44 ans, n  Sedan, y
     demeurant, ex-notable de Sedan;

     19. Louis Edet, g de 64 ans, n  Sedan, y demeurant,
     menuisier, ex-notable de la commune de Sedan;

     20. Jean-Baptiste Ludet pre, g de 64 ans, chef armurier, et
     ex-notable de la commune de Sedan;

     21. Antoine-Charles Rousseau, g de 56 ans, n  Paris,
     manufacturier de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y
     demeurant;

     22. Pierre Dalch pre, g de 63 ans, n  Sedan, y demeurant,
     orfvre, ex-notable de la commune de Sedan;

     23. Herms Servais, g de 66 ans, n  Francquemont,
     manufacturier de poles, ex-notable de la commune de Sedan, y
     demeurant;

     24. Michel Nol, dit Laurent, g de 63 ans, n  Sedan, y
     demeurant, confiseur, et officier municipal de la commune de
     Sedan;

     25. Louis-Joseph Bchet, g de 60 ans, n  Sedan,
     manufacturier, ex-officier municipal de la commune de Sedan,
     demeurant  Philippeville;

     26. Paul-Stanislas-douard Bchet, g de 38 ans, n  Sedan,
     fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hpital de la
     mme commune, et ci-devant officier municipal, demeurant  Sedan;

     27. Et Claude Faussois, g de 65 ans, n  Montfaucon, district
     de Chteau-Thierry, dpartement de la Marne, traiteur, ex-notable
     de la commune de Sedan, demeurant  Lagny-Baugny, dpartement
     des Ardennes.

Avoir t condamns  la peine de mort, et ordonn que l'excution
dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Rvolution de
cette ville, ledit jugement sign du prsident et du greffier.

Par procs-verbal dress par Chasteau, huissier du tribunal
rvolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir t constat que le
jugement ci-dessus a t excut sur la place publique de la
Rvolution de cette ville, o lesdits susnomms ont t mis  mort.

Pour extrait conforme: LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:

     Le tribunal criminel du dpartement de Paris a condamn  la
     peine de mort Charles Le Brun, g de 40 ans, natif de Chelles,
     dpartement de Seine-et-Marne, sans tat, demeurant rue
     Bourtibourg, n 15, convaincu de complicit de fabrication et
     mission de faux assignats.

Il a t excut le mme jour,  8 heures 25 minutes du soir, sur la
_place de la Maison commune_, en prsence de Heurtin, l'un des
huissiers du tribunal, qui en a dress procs-verbal.

Certifi vritable et dlivr par moi, Le Bois, accusateur public
du tribunal criminel du dpartement de Paris,

                                                         LE BOIS.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. Franois-Dauphin Goursac, g de 61 ans, n  Chassenuit,
     district de la Rochefoucauld, dpartement de la Charente,
     ex-noble, ci-devant chevau-lger, retir lieutenant de cavalerie,
     demeurant  la Rochefoucauld;

     2. Thrse Thomas, veuve de Franois Goursac, aussi ex-noble,
     ge de 80 ans, ne  Augoulme, demeurant  Goursac;

     3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille ge de 54 ans, ne 
     Chasseneuil, demeurant  Goursac, ex-noble;

     4. Jacquette Gonin, femme divorce de Pasquier Larevenchre, ge
     de 43 ans, ne  Chasseneuil, demeurant  la Rochefoucauld;

     5. Jacques Clment, g de 41 ans, n  Derac, district
     d'Angoulme, ci-devant cur de Vervant, district de la
     Rochefoucauld, y demeurant;

     6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, g de 53 ans, n 
     Roussine, district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant 
     Breuil;

     7. Et Marie-Louise Dufour, fille ge de 66 ans, ne  Limoges,
     femme de compagnie de Goursac, demeurant  Chasseneuil.

Avoir t condamns  la peine de mort, etc. Procs-verbal d'excution
dress par Auvray, huissier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, appert:

     1. tienne-Michel Le Duc Bieville, g de 69 ans, ex-noble,
     ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme
     de la chambre du tyran, n  Rouen, dpartement de Seine-et-Oise
     (_sic_), demeurant  Paris, rue Grange-Batelire;

     2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, g de 27 ans, ex-noble et
     lieutenant dans le ci-devant rgiment de chasseurs des Vosges, n
      Paris, demeurant  Belleville, prs Paris;

     3. Jean-Franois Du Fouleur, g de 38 ans, n  Paris, demeurant
     rue Montmartre, notaire;

     4. Jean-Jacques Meynard, g de 46 ans, commis  la comptabilit,
     n  Alby, dpartement du Tarn, demeurant  Paris, rue
     Montmartre;

     5. Alexis Moreuil, g de 49 ans, ex-matre d'htel du ci-devant
     duc de la Marck, employ  la liquidation des dettes de la
     Commune de Paris, n  Ferrires, dpartement de la Somme,
     demeurant  Paris, rue Faubourg-Honor;

     6. Nicolas-Toussaint Leteneur, g de 64 ans, ex-noble et
     ex-chevalier du ci-devant ordre Saint-Louis, n  Breteuil,
     dpartement de l'Oise, demeurant  Versailles;

     7. Bernard Sauriel, g de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie
     de volontaires du 4e bataillon de la Meurthe,  Laronne,
     dpartement de la Meurthe, demeurant au dpt,  Nancy;

     8. Jean-Franois Thirial, g de 40 ans, ex-constituant, mdecin,
     n  Compigne, dpartement de l'Oise, demeurant  Versailles;

     9. Grgoire-Philippe Lorenzo, g de 29 ans, homme de lettres,
     fonctionnaire public  Bruxelles comme commissaire, n 
     Dunkerque, dpartement du Nord;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:

     1. lisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit _Nonac_,
     ex-noble et ex-secrtaire du tyran, ge de 45 ans, ne 
     Chteauneuf, dpartement d'Eure-et-Loir, demeurant 
     Choisy-sur-Seine;

     2. Jean-Antoine Mraud, n  l'cluse, dpartement du
     Puy-de-Dme, demeurant  la Meilleraye, dpartement de la Sarthe,
     ex-cur constitutionnel dudit lieu;

     3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, g de 59 ans, n  Marseille,
     dpartement des Bouches-du-Rhne, ex-noble et ex-colonel du
     ci-devant rgiment de Roussillon infanterie, demeurant  Paris,
     rue Vivienne, n 4.

     4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, g
     de 32 ans, n  Pacy, dpartement du Mont-Blanc, demeurant 
     Paris, rue Martin, section des Amis de la patrie;

     5. Paul Mezeray, g de 45 ans, n  Montargis, dpartement du
     Loiret, demeurant  Paris, rue Roqupine, employ aux domaines
     nationaux;

     6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, ge de
     57 ans, ne  Villiers, dpartement de l'Orne, demeurant 
     Vincennes, dpartement de Paris;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Auvray.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:

     1. Charles-Franois Mercier d'Aubeville, g de 69 ans, ci-devant
     prsident de l'lection de Pithiviers, juge du tribunal du
     district de Pithiviers, demeurant audit lieu;

     2. Thomas Roustat, g de 57 ans, cultivateur, garde-bois du
     ci-devant Terray, n  Quincy, dpartement de l'Aube, demeurant 
     Lamotte, mme dpartement;

     3. Jean Rolland, g de 40 ans, n  Lamotte, dpartement de
     l'Aube, y demeurant;

     4. Jean Vaudier-Dock, g de 25 ans, serrurier, n  Bruges,
     Flandre, y demeurant; dserteur autrichien;

     5. Jacques Dauphin-Chadebeau, g de 43 ans, manouvrier, natif de
     la Paque, dpartement de la Charente, demeurant  Goursac, mme
     dpartement;

     6. Anglique Jacquemont, veuve Padel, ge de 49 ans, travaillant
     en linge, ne  Saint-Brie, dpartement de l'Yonne, demeurant
     Pointe-Eustache;

     7. Nicolas Vial, g de 71 ans, n  Commune-Affranchie,
     dpartement de Rhne-et-Loire, demeurant  Charenton, prs Paris,
     ancien ngociant;

     8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, ge de 34 ans, ne 
     Compigne, demeurant  Vitry-sur-Marne, dpartement de la Marne;

     9. Et Denise-lisabeth Marchais, femme Vial, ge de 53 ans, ne
      Paris, demeurant  Charenton;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chteau.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du mme jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:

     1. Franois-Joseph-lisabeth Thomas Lavalette, g de 39 ans, n
      Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant rgiment des gardes
     franaises en qualit de lieutenant en second, demeurant  Paris,
     section Le Pelletier, n 171;

     2. Joseph Aboulin, g de 39 ans, n  Cassade, district de
     Montauban, dpartement du Lot, lieutenant au 18e rgiment de
     dragons, y demeurant ordinairement;

     3. Joseph Fournier, g de 31 ans, n  Burillier, district de
     Montagnac, dpartement de la Dordogne, y demeurant, ex-cur
     constitutionnel et instituteur;

     4. Thomas Delainey, g de 17 ans, Irlandais, dserteur du 9e
     rgiment, domicili  Paris;

     5. Patrice Roden, g de 28 ans, tisserand, n en Irlande, soldat
     dserteur dans le rgiment de Berne;

     6. Pierre-Jacques Soubry, g de 33 ans, laboureur, n dans la
     Flandre autrichienne;

     7. Albert Calvert, g de 28 ans, n  Bruges, en Flandre, y
     demeurant, charpentier;

     8. Joseph Forrest, g de 27 ans, n  Bruges, y demeurant,
     crivain;

     9. Jacques Mordolk, g de 20 ans, perruquier, n en cosse,
     valet de chambre du comte de Notriock;

     10. Guillaume-Jacques Cousin, g de 45 ans, n  Rouen,
     dpartement de la Seine-Infrieure, demeurant  Paris, rue de la
     Loi, n 206;

     11. William Newton, g de 33 ans, n en Angleterre, colonel de
     cavalerie  l'cole militaire, demeurant  Paris, rue de la Loi;

     12. Et lisabeth-Franoise Forceville, ge de 42 ans, ne 
     Forceville, district d'Amiens, dpartement de la Somme, ex-noble,
     demeurant  Paris, rue de l'Observatoire;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Chasteau.

Pour extrait conforme: NEIROT, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:

     1. Pierre Lecointre, g de 18 ans et demi, volontaire dans le
     10e rgiment d'artillerie lgre, n  Saint-Jouy, dpartement de
     la Seine-Infrieure, y demeurant;

     2. Guillaume Thezut, g de 38 ans, ex-noble, n  Aumont,
     dpartement de Sane-et-Loire, y demeurant;

     3. Louis Le Coq, g de 30 ans, n  Balancourt, dpartement de
     Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de
     Roland, ex-ministre, demeurant  Paris, rue de la Tannerie;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tavernier.

NEIROT, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Du mme jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:

     1. Charles-Franois, dit Cadet, g de 37 ans, n 
     Boissy-sur-Marne, dpartement de Seine-et-Marne, cultivateur,
     demeurant  Champoget, mme dpartement;

     2. Antoine Rayer, g de 34 ans, n aux Granges, commune dudit
     Boissy, y demeurant, cultivateur;

     3. Pierre-Louis Bachelier, g de 44 ans, n  Doux, dpartement
     de Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;

     4. Remy Lecinque, g de 50 ans, n  Nancy, dpartement de la
     Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant  Paris, rue de
     Touraine, n 3;

     5. Pierre-Nicolas Domont, g de 36 ans, n  Louvancourt,
     dpartement de la Somme, employ  l'administration des domaines
     nationaux;

     6. Joseph-Simon Larget, g de 31 ans, n  Ongelat, dpartement
     du Jura, employ  l'administration des domaines nationaux,
     demeurant  Paris, rue Chabannais;

     7. Nicolas-Pierre Boucher, g de 45 ans, n  Bar-sur-Bugency, y
     demeurant, notaire et ex-administrateur du dpartement des
     Ardennes;

     8. Jacques Chauzy, g de 63 ans, n  Vaud, dpartement des
     Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
     dpartement;

     9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, g de 34 ans, n  Mzires,
     dpartement de la Meurthe, y demeurant, administrateur du
     dpartement des Ardennes;

     10. Jean-Sulpice Gromaire, g de 56 ans, n  Chomery,
     dpartement des Ardennes, y demeurant, notaire et
     ex-administrateur du dpartement des Ardennes;

     11. tienne Deshayes, g de 43 ans, n  Rethel, dpartement des
     Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur gnral syndic du
     dpartement des Ardennes;

     12. Henry Dessaulty, g de 43 ans, n  Bierne, dpartement des
     Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil gnral dudit
     dpartement, demeurant  Montlaurent;

     13. Pierre Namur, g de 60 ans, n  Lugny (?), dpartement des
     Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit
     dpartement;

     14. Jean Legrand, g de 45 ans, n  Gouvellemont, dpartement
     des Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit dpartement,
     cultivateur;

     15. Jean-Jacques Le Maire, g de 66 ans, n  Sainte-Menehould,
     dpartement des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
     dpartement, demeurant  Champigneul;

     16. Jean-Baptiste Blay, g de 29 ans, n  Wernencourt,
     dpartement des Ardennes, y demeurant, laboureur,
     ex-administrateur dudit dpartement;

     17. Claude-Jean-Baptiste Grard, g de 49 ans, n  Mouzon,
     dpartement des Ardennes, ex-administrateur dudit dpartement,
     demeurant  Sedan;

     18. Marie-Claude-Gabriel Grard, g de 34 ans, n audit Mouzon,
     district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
     ex-administrateur du dpartement des Ardennes;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Tavernier.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:

     1. tienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, g de 54 ans, n 
     Cusset, dpartement de l'Allier, ex-subdlgu, ex-procureur du
     tyran, et depuis son commissaire prs le tribunal dudit Cusset;

     2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, ge de 52 ans,
     demeurant  Cusset;

     3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, g de 26 ans,
     sans tat, n et demeurant  Cusset;

     4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, g de 24 ans, sans tat, n et
     demeurant  Cusset;

     5. Denis Courtin, g de 58 ans, n  Saint-James, dpartement du
     Cher, brigadier de la 32e division de gendarmerie, demeurant 
     Paris, rue du Thtre-Franais, n 7;

     6. Nicolas Jaunin, g de 72 ans, n  Dijon, dpartement de la
     Cte-d'Or, gagne-denier, demeurant  Paris, rue Montorgueil;

     7. Bon-Jacques-Ren Hbert, g de 23 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue des Tournelles, n 38, entrepreneur des bois de
     chauffage pour l'arme;

     8. Lambert Lamandin, g de 38 ans, n  Consart, district
     d'Avesnes, dpartement du Nord, marchand de chevaux et de bois,
     fournisseur pour l'arme;

     9. Saint-Clair Rouillon, g de 19 ans, prpos au bois de
     chauffage, n  Alenon, y demeurant;

     10. Gabriel Gurin-Lucas, g de 41 ans, n  Chteauroux,
     actuellement _Indreville_, y demeurant, fournisseur
     soumissionnaire pour l'quipement des volontaires d'Indreville;

     11. Et Pierre Robert, g de 37 ans, n  Saint-Georges-sur-Cher,
     demeurant  Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, n 91;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Degaigne.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:

     1. Henry Admiral, g de 50 ans, natif de Auzolet, dpartement du
     Puy-de-Dme, domicili  Paris, rue Favart, n 4, ci-devant
     domestique, ensuite attach  la loterie ci-devant royale en
     qualit de garon de bureau;

     2. Franois Cardinal, instituteur et matre de pension, g de 40
     ans, natif de Bussire, dpartement de la Haute-Marne, domicili
      Paris, rue de Tracy, n 7;

     3. Pierre-Balthasard Roussel, g de 26 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue Helvtius, n 70;

     4. Marie-Susanne Chevalier, ge de 34 ans, native de
     Saint-Sauvan, dpartement de la Vienne, domicilie  Paris, rue
     Chabannais, n 47, femme spare depuis trois ans de......
     Lamartinire;

     5. Claude Paindavoine, g de 53 ans, natif de Lpine,
     dpartement de la Marne, domicili  Paris, rue
     Neuve-des-Petits-Champs, n 19, concierge de la maison des
     ci-devant loteries;

     6. Aime-Ccile Renault, ge de 20 ans, native de Paris, y
     domicilie, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et
     de......;

     7. Antoine Renault, papetier et cartier, g de 92 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue de la Lanterne, section de la Cit;

     8. Antoine-Jacques Renault, papetier, g de 31 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue de la Lanterne.....;

     9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, ge de 60 ans, native de
     Paris, y domicilie, rue Babylone, n 698;

     10. Jean-Baptiste Porteboeuf, g de 43 ans, natif de Thoir,
     dpartement de la Seine-Infrieure, domicili  Paris, rue
     Honor, n 510;

     11. Andr Saintanac, lve en chirurgie et employ  l'hpital
     militaire de Choisy-sur-Seine, g de 22 ans, natif de Bordeaux,
     dpartement de Bec d'Ambs, domicili audit Choisy, et
     prcdemment  Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant
     dite de la Couronne;

     12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, ge de 52 ans, native de
     Clermont, dpartement de l'Oise, domicilie  Paris, rue Honor,
     n 510; marie  Alexandre Lemoine Crcy;

     13. Franois Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris,
     g de 44 ans, natif de Versailles, dpartement de
     Seine-et-Oise, domicili  Paris, rue du Faubourg-du-Temple, n
     32;

     14. Jean-Louis-Michel Devaux, employ, g de 29 ans, natif de
     Doullens, dpartement de la Somme, domicili  Paris, rue Barbe,
     section de Bonne-Nouvelle;

     15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), g de 44 ans, natif
     de Lille, dpartement du Nord, domicili  Paris, rue Favart,
     imprimeur et membre du comit rvolutionnaire de la section
     Lepelletier;

     16. Franois-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des
     Invalides, g de 74 ans, natif de Insishain (_sic_), dpartement
     du Haut-Rhin, domicili  la maison nationale des Invalides;

     17. Stanislas Virot Sombreuil, g de 26 ans, natif de
     Lechoisier, dpartement de la Haute-Vienne, domicili  Poissy,
     ex-capitaine de hussards et ex-capitaine de la garde nationale de
     Poissy;

     18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicili 
     Rochefort, dpartement de la Charente-Infrieure;

     19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, g de 25 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue du Bac;

     20. tienne Jardin, g de 48 ans, natif de Versailles,
     dpartement de Seine-et-Oise, domicili  Paris, rue Cadet,
     directeur des transports militaires depuis la rvolution, et
     avant piqueur du tyran;

     21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-matre des requtes, g de
     34 ans, natif de Paris, y domicili, rue Vivienne, fils de.....;

     22. Barthlemy Constant, gendarme, g de 42 ans, natif de
     Grasse, dpartement du Var, domicili  Paris, rue du
     Faubourg-Martin, n 185;

     23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, g de 39 ans,
     natif de Saullier, dpartement du Var, domicili  Paris, rue du
     Faubourg-Martin, n 64;

     24. Louis-Marie-Franois Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
     ancien militaire, g de 38 ans, natif de Paris, y domicili,
     faubourg Honor, n 49;

     25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, g de 46 ans, natif
     d'Antibes, dpartement du Var, domicili  Paris, rue
     Poissonnire, n 16;

     26. Achille Viart, ci-devant militaire, g de 51 ans, natif
     de....., en Amrique, domicili  Mariac, dpartement de Bec
     d'Ambs;

     27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison,
     g de 35 ans, natif de Paris, y domicili, rue de Mesnard;

     28. Thodore-Jauge, banquier, g de 47 ans, natif de Bordeaux,
     dpartement de Bec d'Ambs, domicili  Paris, rue du Mont-Blanc;

     29. Catherine-Susanne Vincent, ge de 45 ans, native de Paris, y
     domicilie, rue de Mesnard, marie ..... Gryois;

     30. Franoise-Augustine Santuare, ge de 40 ans, native de l'le
     Bourbon, en Afrique, domicilie  Marefosse, dpartement de la
     Seine-Infrieure, marie ..... Desprmenil;

     31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, g de 49 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue Notre-Dame-des-Champs;

     32. Joseph-Victor Cortey, picier, g de 37 ans, natif de
     Symphorien, dpartement de la Loire, domicili  Paris, rue de la
     Loi;

     33. Franois Paumier, ci-devant marchand de bois, g de 39 ans,
     natif de Aunay, dpartement de la Nivre;

     34. Jean-Franois Deshayes, g de 68 ans, natif de Herserange,
     dpartement de la Moselle, domicili  Luon, marchand et membre
     du comit de surveillance dudit lieu;

     35. Franois-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, g de 40 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue de la Vieille-Monnaie;

     36. Charles-Franois-Ren Duhardaz Dauteville, ex-noble, g de
     23 ans, natif du Mans, dpartement de la Sarthe, domicili 
     Paris, rue Basse-du-Rempart, n 20;

     37. Louis Comte, ngociant, g de 49 ans, natif de Varennes,
     dpartement de Sane-et-Loire, domicili  Paris, rue Thomas du
     Louvre, grande maison de France;

     38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de
     police, g de 59 ans, natif de Paris, y domicili;

     39. Philippe-Charles-lyse Baussancourt, sous-lieutenant de
     carabiniers, g de 27 ans, natif de Vitry-le-Franais;

     40. Louis Karadec, agent de change, g de 45 ans, natif de
     Lisieux, dpartement du Calvados, domicili  Paris, rue du
     Faubourg-du-Temple;

     41. Thodore Marsan, g de 27 ans, natif de Toulouse,
     dpartement de la Haute-Garonne, domicili  Paris, rue de Clry,
     n 95;

     42. Nicolas-Joseph Egre, brasseur, g de 40 ans, natif de
     Cateau-Cambrsis, dpartement du Nord, domicili  Suresnes,
     dpartement de Paris;

     43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, g de
     53 ans, natif de Buley, dpartement de la Nivre, domicili 
     Vigneux, dpartement de Seine-et-Oise;

     44. Jeanne-Franoise-Louise Demier Sainte-Amarante, ge de 42
     ans, native de Saintes, dpartement de la Charente, domicilie 
     Cercy, dpartement de Seine-et-Oise;

     45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, ge de 19 ans, native de
     Paris, domicilie  Cercy, dpartement de la Nivre, marie 
     Sartine;

     46. Louis Sainte-Amarante, g de 17 ans, natif de Paris,
     domicili  Cercy;

     47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prtre, g de 56 ans, natif
     de Montier-sur-Faulx, dpartement du Mont-Blanc, domicili 
     Arcueil, et auparavant  Paris, rue Helvtius;

     48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
     Italiens, ge de 27 ans, native de Blois, dpartement de
     Loir-et-Cher, domicilie  Paris, rue Mesnard, n 7;

     49. Marie-Nicole Bouchard, ge de 18 ans, native de Paris, y
     domicilie, rue Mesnard, n 7;

     50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur
     de police, g de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
     l'galit, domicili  Paris, rue Helvtius;

     51. Nicolas-Andr-Marie Froidure, ex-administrateur de police,
     g de 29 ans, natif de Tours, dpartement d'Indre-et-Loire,
     domicili  Paris, rue Honor, n 91;

     52. Antoine-Prosper Souls, ex-administrateur de police et
     officier municipal, g de 31 ans, natif de Avize, dpartement de
     la Marne, domicili  Paris, rue Taranne, n 38.

     53. Franois Dang, ex-administrateur de police, g de 47 ans,
     natif de Chesey, dpartement de Cher-et-Loir, domicili  Paris,
     rue de la Roquette, n 36;

     54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de
     Fleury[142], g de 23 ans, domicili  Paris.

[Note 142: Le jeune comte de Fleury avait t, en 1793, envoy comme
suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique dtenu,
toute la gaiet, tous les gots de son ge, et jouait pendant une
bonne partie de la journe  la balle et aux barres dans la cour du
Luxembourg. Ayant vu prir presque toute sa famille, il crivit au
prsident du tribunal rvolutionnaire le billet suivant, que deux ou
trois feuilles du temps ont publi: Homme de sang, gorgeur,
cannibale, monstre, sclrat, tu as fait prir ma famille; tu vas
envoyer  l'chafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
tribunal; tu peux me faire subir le mme sort, car je te dclare que
je partage leurs sentiments. Dumas dit  Fouquier en lui prsentant
le petit papier: Voil le billet doux qu'on m'crit; je t'invite  en
prendre lecture; que faut-il rpondre  celui qui me l'adresse?--Ce
monsieur me parat press, rpond l'accusateur public; eh bien, nous
allons le satisfaire. Des gendarmes tout aussitt furent chercher ce
jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
personnes accuses d'tre les assassins ou les complices des assassins
de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit  l'chafaud
en chemise rouge.]

Avoir t condamns  la peine de mort, etc. Procs-verbal
d'excution, en date du 29 prairial.

                                    _Sign_: LCRIVAIN, greffier.
                        CLAUDE-ANTOINE DELTROIT, officier public.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:

     1. Thomas-Thrse Vanyer, g de 61 ans, n  Paris, ex-chanoine
     de Saint-Quentin, dpartement des Ardennes, y demeurant;

     2. Pierre-Alexandre Lhuillier, g de 33 ans, n et demeurant 
     Paris, rue de Vendme, receveur des rentes;

     3. Remy Carra, g de 26 ans, chapelier, n  Saint-Chamond,
     dpartement de Loire, demeurant  Paris, rue Marguerite,
     ex-marchal des logis de la 3e compagnie de la lgion allobroge;

     4. Jean-Baptiste Calmar, g de 20 ans, marchand de rubans, n 
     Bonnet-la-Montagne, dpartement de Loire, demeurant commune
     d'Armes, ci-devant Saint-tienne;

     5. Jean Blanc, g de 57 ans, quincaillier, n  la Montagne,
     dpartement de l'Aveyron, y demeurant;

     6. Jean-Antoine Tricot, g de 55 ans, n  Paris, y demeurant,
     rue Jacob, ex-prtre, chanoine de Saint-Quentin, dpartement des
     Ardennes;

     7. Et Franois-Ren Cucu d'Hrouville, g de 69 ans, n et
     demeurant  Paris, section des Droits de l'Homme, contrleur des
     rentes et receveur de l'Htel-Dieu;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par
Leclerc.

Pour extrait conforme, LCRIVAIN, greffier en chef.

       *       *       *       *       *

Le passage quotidien des charrettes du tribunal rvolutionnaire par la
longue rue Saint-Honor, jusqu' la rue Royale, fatiguait depuis
longtemps ces quartiers populeux, saisis de dgot et d'horreur, et,
chaque jour, obligs de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
habitants,  la fin, avaient t coutes. Le 21 prairial (9 juin
1794), les bires vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
qui conduisaient les condamns  la mort) avaient t diriges sur la
place Antoine, o la guillotine s'tait installe, sur le terrain de
la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
le temps d'y recevoir sept fournes; puis, sur les rclamations des
citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'loigner encore
jusqu' cette porte de Paris qu'on appela,  cette poque, tour  tour
la barrire du ci-devant Trne, ou du Trne renvers, ou place de la
Dchance, et enfin barrire de Vincennes. Il y eut une seule
exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
l'chafaud sur l'ancienne place Louis XV.

On comprend que les solennelles immolations de la grande journe du 10
thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
scne plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
ngligrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.

_Excution du 10 thermidor an II_ (28 juillet 1794).

     1. Maximilien Robespierre, g de 35 ans, natif d'Arras,
     domicili  Paris, rue Honor, section des Piques;

     2. Georges Couthon, g de 38 ans, natif d'Orzay, dpartement du
     Puy-de-Dme, domicili  Paris, cour du Mange;

     3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, g de 40 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue Honor, n 320;

     4. Franois Hauriot, g de 35 ans, natif de Nanterre, prs
     Paris, domicili  Paris, rue de la Clef;

     5. Ren-Franois Dumas, g de 37 ans, natif de Jussey,
     dpartement de la Haute-Sane, domicili  Paris, rue de
     Seine-Germain, maison de convenance;

     6. Antoine Saint-Just, g de 26 ans, natif de Lis, dpartement
     de la Nivre, domicili  Paris, rue Caumartin, n 3;

     7. Claude-Franois Payan, g de 27 ans, natif de
     Saul-les-Fontaines, dpartement de la Drme, domicili  Paris,
     rue de la Libert, section de Marat;

     8. Jacques-Claude Bernard, g de 34 ans, domicili  Paris, rue
     Bernard, section de Montreuil;

     9. Adrien-Nicolas Gobeau, g de 26 ans, natif de Vincennes,
     dpartement de Paris, domicili  Paris, rue de la Chaise, n
     530, section de la Croix-Rouge;

     10. Antoine Gency, profession de tonnelier, g de 23 ans, natif
     de Reims, dpartement de la Marne, domicili  Paris, rue de
     Lourcine, faubourg Marcel;

     11. Nicolas-Joseph Vivier, g de 50 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue Germain-Musum;

     12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, g
     de 43 ans, natif de Bruxelles, domicili  Paris,  la mairie;

     13. Antoine Simon, cordonnier, g de 58 ans, natif de Troyes,
     dpartement de l'Aube, domicili  Paris, rue Marat, n 32;

     14. Denis-tienne Laurent, g de 32 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue Gt-le-Coeur, n 13;

     15. Jacques-Louis-Frdric Wouarne, g de 29 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue de l'Hirondelle, n 10;

     16. Jean-tienne Forestier, profession fondeur, g de 47 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue du Pltre-Avoye;

     17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicili 
     Paris, rue Florentin;

     18. Nicolas Gurin, profession receveur  la ville, g de 52
     ans, natif de Beaumont-sur-Orne, dpartement du Calvados,
     domicili  Paris, rue du Faubourg-Montmartre, n 50;

     19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, g de
     36 ans, natif de Paris, y domicili, rue Honor, n 101, section
     des Gardes-Franaises;

     20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
     dpartement de Seine-et-Oise, domicili  Paris, rue Merry, n
     413;

     21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, g de 57 ans, natif de
     Trouville, dpartement du Calvados, domicili  Paris, rue
     Lazare, n 64, section du Mont-Blanc;

     22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
     Commune-Affranchie, domicili  Paris, rue de la Mortellerie, n
     78;

     Avoir t condamns  la peine de mort, etc. Procs-verbal
     d'excution dress par Neirot, commis greffier.

Pour extrait conforme, TRIAL, officier public.

       *       *       *       *       *

_Excution du 11 thermidor an II_ (29 juillet 1794).

Le lendemain, la fourne fut plus considrable: les vainqueurs, qui
avaient d'abord frapp leurs ennemis les plus redouts, avaient eu le
temps de faire des dsignations plus nombreuses, et d'atteindre la
plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prvalu contre
la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
plusieurs commissaires du Temple.

     1. Bertrand Arnaud, secrtaire et membre du conseil gnral de la
     Commune, g de 55 ans, natif de Tigne, dpartement du
     Mont-Blanc, domicili  Paris, rue Favart, n 4;

     2. Jean-Baptiste Crpin Taillebot, profession maon, g de 58
     ans, natif de Jouy-le-Peuple, dpartement de Seine-et-Oise,
     domicili  Paris, rue du Faubourg-du-Temple;

     3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, g de 38
     ans, natif de Lige, domicili  Paris, rue Honor, n 59;

     4. Prosper Sijas, profession commis, g de 35 ans, natif de
     Vire, dpartement du Calvados, domicili  Paris, rue
     Grange-Batelire, n 21;

     5. Pierre Remy, profession tabletier, g de 45 ans, natif de
     Chaumont, dpartement de la Haute-Marne, domicili  Paris, rue
     Louis, n 595, section de l'Indivisibilit;

     6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, g de 43 ans,
     natif de Pontoise, dpartement de Seine-et-Oise, domicili 
     Paris, quai de la Mgisserie, n 21;

     7. Jean-Guillaume-Franois Vaucanu, profession mercier, g de 37
     ans, natif de Germain-de-Montgommery, dpartement du Calvados,
     domicili  Paris, rue du Monceau;

     8. Claude Bigant, profession peintre, g de 40 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue des Boulangers-Victor, n 5, section des
     Sans-Culottes;

     9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, g de 48 ans,
     natif de Rosay, dpartement de Seine-et-Marne, domicili  Paris,
     quai de l'Union, section de la Fraternit;

     10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, g de 62 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue de la Monnaie, n 515, section du Musum;

     11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, g
     de 26 ans, natif de Paris, y domicili, rue de Clry, n 92;

     12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, g de 37 ans,
     natif de Beauvais, dpartement de l'Oise, domicili  Paris, rue
     Neuve-Eustache, section de Brutus;

     13. Augustin-Germain Jobert, profession ngociant, g de 50 ans,
     natif de Montigny-sur-Aube, dpartement de la Cte-d'Or,
     domicili  Paris, rue des Prcheurs;

     14. Pierre-Louis Paris, g de 35 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue des Carmes, n 27, section du Panthon;

     15. Claude Jonquoy, profession tabletier, g 44 ans, natif de
     Massiac, dpartement du Cantal, domicili  Paris, rue
     Jean-Robert, n 15, section des Gravilliers;

     16. Ren-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, g de 53
     ans, natif de Paris, y domicili, rue des Petits-Champs, n 23,
     section de la Halle aux bls;

     17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de btiments,
     g de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, dpartement de la
     Cte-d'Or, domicili  Paris, rue de Clry, section de
     Bonne-Nouvelle;

     18. Martin Wichterich, profession cordonnier, g de 45 ans,
     natif de Cologne, domicili  Paris, rue de Lappe, section de
     Popincourt;

     19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, g de 48 ans,
     natif de Riz, dpartement du Var, domicili  Paris, rue Antoine,
     section de l'Indivisibilit;

     20. Jean Cazenave, profession commis marchand, g de 38 ans,
     natif de Belleville, prs Paris, domicili  Paris, rue
     d'Orlans, section de l'Homme-Arm;

     21. Jean-Louis Gibert, profession de ptissier, g de 43 ans,
     natif de Luzancy-la-Marne, dpartement de Seine-et-Marne,
     domicili  Paris, faubourg Denis, n 25, section du Nord;

     22. Pierre Girod, profession mercier, g de 27 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue des Deux-Ponts, n 10, section de la
     Fraternit, mari  Antoinette-Adlade Rominira;

     23. Franois Pelletier, profession marchand de vins, g de 33
     ans, natif de Cheminon, dpartement de la Marne, domicili 
     Paris, rue du Faubourg-Denis;

     24. Nicolas Jrosme, profession tourneur, g de 44 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue Jacques-la-Boucherie, n 213;

     25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, g de 53
     ans, natif de Paris, y domicili, rue de l'galit;

     26. Jean-Lonard Sarrot, profession peintre, g de 31 ans, natif
     de Paris, y domicili, rue du Faubourg-Franciade, n 45;

     27. Ren Grenard, profession fabricant de papier, g de 45 ans,
     natif de la Garenne, dpartement de Seine-et-Oise, domicili 
     Paris, rue et section des Piques;

     28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, g de 52 ans,
     natif de Bezoir-Lafrire, dpartement de Seine-et-Marne,
     domicili  Paris, rue du Four-Germain, n 286;

     29. Marc-Martial-Andr Mercier, profession libraire, g de 43
     ans, natif de Paris, y domicili, rue Neuve-des-Capucines, n
     188, mari  Anne de By;

     30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, g de 38
     ans, natif de la Chalade, dpartement de la Meuse, domicili 
     Paris, rue Germain-Musum;

     31. tienne-Antoine Souars, g de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
     dit les Vertus, district de Franciade, domicili  Paris, rue des
     Vieux-Augustins, n 32;

     32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, g de 45 ans,
     natif de Nancy, dpartement de la Meurthe, domicili  Paris, 
     la maison commune;

     35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, g de 40 ans,
     natif de Sacy-le-Grand, dpartement de l'Oise, domicili  Paris,
     rue des Trois-Pistolets, n 14, section de l'Arsenal;

     34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, g de 45 ans,
     natif de Dartois, dpartement des Bouches-du-Rhne, domicili 
     Paris, rue du Faubourg-Honor, n 19;

     35. Antoine Jametel, g de 54 ans, natif de Moissy, dpartement
     de Seine-et-Marne, domicili  Paris, rue de la
     Grande-Truanderie, n 18; mari  Louise-Pauline Noiseux;

     36. Ponce Tanchou, profession graveur, g de 32 ans, natif de
     Bourges, dpartement du Cher, domicili  Paris, clotre
     Notre-Dame, n 42; mari  Jeanne-Louise Beliaz;

     37. Marc-Louis Desvieux, g de 44 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue Montorgueil;

     38. Franois-Auguste Paff, profession bonnetier, g de 41 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue de la Joaillerie, section des
     Arcis, mari  Catherine-Franoise Bourgain;

     39. Jacques-Mathurin Lelivre, profession graveur, g de 40 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue Martin, n 252;

     40. Louis-Franois Dorigny, profession de charpentier, g de 36
     ans, natif de Bruyre, dpartement de l'Aisne, domicili  Paris,
     rue Popincourt, n 17;

     41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, g de 33 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue des Blancs-Manteaux, n 52;
     mari  Franoise Lid;

     42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, g de 29 ans, natif
     de Paris, y domicili, rue de la Rvolution, n 24;

     43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, g de 63 ans,
     natif de Noc, dpartement de l'Orne, domicili  Paris, rue
     Antoine, n 229;

     44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, g de 30 ans,
     natif de Reims, dpartement de la Marne, domicili  Paris, rue
     Claude, n 371;

     45. Jean-Baptiste Bergot, profession employ aux cuirs, g de 56
     ans, natif de Paris, y domicili, rue Franaise, n 11;

     46. Jacques-Nicolas Lumire, profession musicien, g de 45 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue Thibautod, n 4;

     47. Jean Paquotte, profession ciseleur, g de 48 ans, natif de
     Troyes, dpartement de l'Aube, domicili  Paris,  la ci-devant
     abbaye Germain, n 1114;

     48. Jacques-Nicolas Blin, crivain expert, g de 63 ans, natif
     d'Aubanton, dpartement de l'Aisne, domicili  Paris, rue Paul,
     n 37;

     49. Marie-Franois Langlois, profession papetier, g de 37 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue Jacques, n 196;

     50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, g de 49 ans,
     natif de Rouen, dpartement de la Seine-Infrieure, domicili 
     Paris, rue Georges, n 38;

     51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, g de 39
     ans, natif de Commune-Affranchie, domicili  Paris, vieille rue
     du Temple, n 78;

     52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, g de 55 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue du Faubourg-Montmartre, n 42;

     53. Charles Huant Desboisseaux, g de 39 ans, natif de Paris, y
     domicili, rue de la Fraternit;

     54. Andr Marcel, profession maon, g de 53 ans, natif de
     Rosny, dpartement de Seine-et-Oise, domicili  Paris, faubourg
     Martin;

     55. Martial Gamory, profession coiffeur, g de 46 ans, natif de
     Guret, dpartement de la Creuse, domicili  Paris, rue du
     Coq-Honor;

     56. Pierre Haener, profession imprimeur, g de 52 ans, natif de
     Nancy, dpartement de la Meurthe, domicili  Paris, rue Martin,
     n 34;

     57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, g de
     51 ans, natif de Paris, y domicili, rue d'Enfer, en la Cit, n
     5;

     58. Pierre-Lon Lamiral, profession fruitier, g de 38 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue Beauregard, section de
     Bonne-Nouvelle, poux de Marie Grain;

     59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, g de 31
     ans, natif de Paris, y domicili, rue des Juifs, n 38;

     60. Edme-Marguerite Lauvin, g de 60 ans, natif de Vezelay,
     dpartement de l'Yonne, domicili  Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
     n 23;

     61. Pierre Dumez, profession ingnieur, g de 37 ans, natif de
     la Fert-sur-Ourcq, dpartement de l'Aisne, domicili  Paris,
     rue de la Harpe, n 26;

     62. Denys Dumontier, profession tailleur, g de 51 ans, natif de
     Paris, y domicili, rue de la Poterie;

     63. Jean-Claude Girardin, profession ventailliste, g de 48
     ans, natif de Paris, y domicili, rue Transnonain, n 38;

     64. Jacques-Louis Cresson, profession bniste, g de 49 ans,
     natif de Paris, y domicili, rue des Deux-cus, n 38;

     65. Franois-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
     g de 43 ans, natif de Nancy, dpartement de la Meurthe,
     domicili  Paris, rue Quincampoix, n 98;

     66. Joseph Alavoine, profession tailleur, g de 63 ans, natif de
     la Verrire, dpartement de l'Oise, domicili  Paris, Grands
     Piliers de la Tonnellerie;

     67. Pierre-Franois Deraux, profession jardinier, g de 53 ans,
     natif de Goupillre, dpartement du Calvados, domicili  Paris,
     rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; mari  lisabeth-Charlotte
     Dive;

     68. Claude Benard, g de 28 ans, natif de Paris, y domicili,
     rue Boucher;

     69. Jacques Morel, profession crivain, g de 55 ans, natif de
     Vandoeuvre, dpartement de l'Aube, domicili  Paris, rue de
     March-aux-Poires, n 559;

     70. Nicolas Naudin, profession menuisier, g de 35 ans, natif de
     Ville-sur-Iron, dpartement de la Moselle, domicili  Paris, rue
     Charlot, n 5;

     71. Joseph Ravel, profession chirurgien, g de 48 ans, natif de
     Tarascon, dpartement des Bouches-du-Rhne, domicili  Paris,
     rue Antoine, n 36;

Avoir t condamns  la peine de mort, etc. Procs-verbal d'excution,
en date du 11 de ce mois.

           _Sign_: NEIROT, commis greffier
                          (jusqu' Jametel, le 35e sur la liste).
                    DUCRAY, commis greffier
                        (depuis Tanchou, le 36e, jusqu' la fin).

       *       *       *       *       *

On le voit, ce jour-l, soixante et onze individus, dclars complices
de la Commune rebelle, montrent sur l'chafaud de l'homme dont ils
s'taient faits les sides. Parmi eux, le lecteur aura remarqu Sijas,
le prsident du conseil gnral dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, clbres par
leur cruaut envers les dtenus; puis Boulanger, ce commandant de la
garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
condamns, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
Lumire, la terreur de leurs sections.

Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernire sance. Douze
dmagogues, la plupart membres de la Commune, portrent leurs ttes
sur l'chafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
Camille Desmoulins l'avait flagell dans son _Vieux Cordelier_; le
second, plus horriblement clbre encore, pour avoir dvor, au 10
aot, le coeur d'un soldat suisse assassin par lui.

Enfin, par un dcret conventionnel du 14 thermidor (1er aot 1794),
l'excrable loi du 22 prairial fut rapporte.

       *       *       *       *       *

Par jugement rendu au tribunal rvolutionnaire tabli par la loi du
10 mars 1793, an deuxime de la Rpublique franaise (_sic_), sant 
Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert:

     1. Charles-Nicolas Leleu, g de 40 ans, n  Vitry-sur-Marne,
     perruquier et membre du conseil gnral de la Commune, demeurant
      Paris, rue Dominique, faubourg Germain, n 335;

     2. Lopold Nicolas, imprimeur et jur du tribunal
     rvolutionnaire, g de 37 ans, n  Mirecourt, dpartement des
     Vosges, demeurant  Paris, rue Honor, n 355;

     3. Jean-Franois Lechenard, g de 37 ans, n  Rans, district de
     Dle, dpartement du Jura, tailleur et jur au tribunal du 17
     aot, membre du conseil gnral de la Commune, demeurant  Paris,
     rue Montorgueil, n 59;

     4. Franois Tortot, horloger et administrateur de police, g de
     31 ans, n  Paris, y demeurant, rue Bernard, n 10, faubourg
     Antoine;

     5. Pierre-Franois Guniard, bniste, membre du conseil gnral
     de la Commune, n  Paris, y demeurant, rue de la Roquette, n
     68;

     6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, g de 41 ans,
     n  Trafuil, en Lombardie, demeurant  Paris, rue de Montreuil,
     n 51;

     7. Jean-tienne Lahure, g de 38 ans, n  Montreuil,
     dpartement de Paris, bijoutier, commandant en second de la
     section de Popincourt, demeurant  Paris, rue de Popincourt;

     8. Franois-Henri Camus, n  Paris, g de 47 ans, ngociant
     avant la rvolution, membre de la Commune de Paris, demeurant 
     Paris, rue Montmartre, 84;

     9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, g de 41 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue de Bourgogne, n 1465, ex-membre du conseil
     gnral de la Commune;

     10. Antoine Frery, n  Nancy, dpartement de la Meurthe,
     demeurant  Paris, rue des Vieux-Augustins, g de 62 ans, membre
     du conseil gnral de la Commune;

     11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
     Commune, g de 33 ans, n  Paris, y demeurant, rue des Piques;

     12. Jean-Baptiste Grillet, g de 67 ans, n  Paris, y
     demeurant, rue Bertin-Poire, n 16, peintre de portraits et
     membre de la Commune;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Leclerc.

Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 1er fructidor (18 aot 1794), appert:

     1. Antoine-Paul Lavaur, g de 31 ans, natif de Montfaucon,
     dpartement du Lot, homme de loi, y demeurant;

     2. Et Jean Saumont, dit Labran, g de 54 ans, cultivateur, natif
     de Roussinet, dpartement de la Dordogne, demeurant  Busserole,
     mme dpartement;

Avoir t condamns, etc. Procs-verbal d'excution dress par Leclerc.

Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 5 fructidor (22 aot 1794), appert:

     1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, g de 29 ans, natif d'Aix,
     dpartement des Bouches-du-Rhne, volontaire au premier bataillon
     des Phocens, demeurant  Marseille;

     2. Et Franois Deschamps, g de 29 ans, natif de Crvis,
     dpartement de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
     de camp de Hanriot, demeurant  Paris, rue des Petits-Augustins,
     n 15;

Avoir t condamns et excuts sur la place publique de la Grve et
de la _Rvolution_ (_sic_). Procs-verbal d'excution dress par
Auvray.

Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 aot 1794), appert:

     Pierre-Andr Coffinhal (n'a dit son ge ni le lieu de sa
     naissance), ex-prsident du tribunal rvolutionnaire et membre de
     la Commune de Paris, y demeurant rue Regratire, section de la
     Fraternit;

     Mis hors la loi par dcret des 9 et 18 thermidor, a t livr 
     l'excuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
     date dudit jour 18 thermidor, et excut le mme jour sur la
     place de la Rvolution,  six heures quinze minutes du soir, en
     prsence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dress
     procs-verbal.

       *       *       *       *       *

Par jugement du tribunal rvolutionnaire du 15 fructidor an II
(1er septembre 1794), appert:

     Julien-Joseph Lemonnier, g de 38 ans, n  Paris, y demeurant
     rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
     comit civil et capitaine de la garde nationale;

     Avoir t condamn, etc. Procs-verbal d'excution dress par
     Leclerc.

Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.

       *       *       *       *       *

Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Htel de
ville, fut la dernire victime immole sur la place de la Rvolution,
et, partant, probablement la dernire dont les restes furent inhums
dans l'enclos du Christ.

Les condamns qui vinrent aprs, et dont le nombre diminua
insensiblement, furent tous guillotins en place de Grve. Leurs
dpouilles furent vraisemblablement inhumes pour la plupart dans les
cimetires de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
privilgis furent seulement ports dans l'enclos funbre de Picpus.




LETTRES

DE

MADAME LISABETH.


Je crois devoir faire suivre la vie de Madame lisabeth d'un certain
nombre de ses lettres, choisies de manire  faire connatre la
princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publi rcemment la
correspondance complte de Madame lisabeth, beau monument lev, par
une main habile,  la gloire de cette princesse, et il a enrichi le
texte de notes explicatives d'un grand intrt. Les lettres que je
vais donner, et dont je n'avais pu citer  et l, dans le cours de
mon rcit, que quelques fragments dtachs, seront les meilleures
pices justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
au dbut de sa belle jeunesse, avec la vivacit d'un esprit pntrant
et l'indpendance d'un caractre inclinant  l'espiglerie. Puis on
assistera aux progrs de son jugement; on verra se lever dans cette
belle me toutes les qualits et toutes les vertus, toutes les nobles
aspirations, et l'on s'tonnera de cette sagesse prcoce qui fit de
Madame lisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
tait la plus dvoue et la plus courageuse des soeurs.

Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
nobles dames si dignes de l'affection que leur tmoignait la
princesse, met dans une vive lumire l'lvation de l'esprit, la
droiture de la raison, la bont et l'ouverture de coeur de la soeur de
Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intrts, de la scurit, du
bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres
convenances, du bonheur qu'elle aurait  les avoir auprs d'elle. Elle
les aime mieux loignes et tranquilles qu'en France exposes et
menaces.

Ses lettres  madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
autres amies, et dont elle apprciait l'esprit charmant, l'heureux
naturel, en apprhendant un peu les saillies de son imagination, ont
un autre caractre. La tendresse est la mme, mais elle prend un
accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger _son
dmon_, comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
situations difficiles o elle se trouve. Ce que Madame lisabeth aime
par-dessus tout dans ses amies, c'est leur me. Leur dignit et leur
honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
autrement que leur flicit passagre, quoiqu'elle fasse tout pour y
contribuer. Elle a pour elles une amiti vraiment chrtienne, et l'on
voit qu'elle veut continuer ternellement dans le ciel les affections
commences ici-bas. Ces lettres  madame la marquise des Montiers sont
compltement indites. J'en dois la communication  l'obligeance de M.
le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
contribuer  tout ce qui peut servir  mettre en relief la gloire de
Madame lisabeth.

Ses lettres  madame Marie de Causans, qui se destinait  la vie
religieuse, ont un autre caractre. Elles sont pleines d'une haute
spiritualit, tempre par cette prudence et ce bon sens qui forment
comme le fond de la nature de Madame lisabeth. Personne ne parle
mieux de la soumission  la volont de Dieu et de la rsignation que
cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu' l'hrosme.
En mme temps elle prmunit la fille de sa vnrable amie, madame de
Causans, contre les entranements de l'imagination qui font
quelquefois embrasser la vie religieuse  des personnes qui n'ont pas
les dons ncessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
vocation relle et durable un dgot passager du monde ou un chagrin
que le temps emportera avec tout le reste. Madame lisabeth, si svre
pour elle-mme, condamne le scrupule. Sa religion est sincre,
profonde, pleine d'onction, mais claire, et elle s'tonne quand
l'abb de Lubersac lui donne des dtails sur les superstitions que la
population italienne mle au catholicisme.

Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres
plus remarquables que celles qui sont adresses  cet abb de Lubersac,
aumnier de Madame Victoire, qui avait migr  Rome avec Mesdames de
France, et qui, rentr  Paris dans le mois d'aot 1792, prit dans les
massacres de septembre. L'abb de Lubersac tranait  l'tranger un noir
chagrin;--taient-ce les malheurs qu'il laissait derrire lui,
taient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui
plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame lisabeth,
dont l'me tait plus fortement trempe, le soutenait par des conseils
qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rles
s'taient peu  peu intervertis sans que les deux correspondants s'en
aperussent. La princesse soutenait le prtre et l'aidait  porter sa
croix, faisant ainsi l'apprentissage du rle sublime qu'elle remplit
plus tard auprs des compagnons de son funbre itinraire de la
Conciergerie  l'chafaud.

Dans cette correspondance, qui remonte jusqu' l'ancien rgime, et 
une poque (1778) o la rvolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
frappait pas encore  l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
10 aot 1792, journe nfaste aprs laquelle la famille royale
prisonnire entra au Temple, on retrouve,  mesure que les vnements
se succdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame lisabeth, et
l'apprciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La
convocation des tats gnraux, le serment du Jeu de paume, le 15
juillet et la prise de la Bastille, les journes des 5 et 6 octobre,
avec le lamentable retour  Paris de la famille royale prisonnire, la
constitution civile du clerg, le fatal voyage  Varennes, la journe
du 20 juin, cette prface du 10 aot, viennent tour  tour jeter un
sinistre reflet dans les lettres de Madame lisabeth  ses amies, 
l'abb de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables
lettres est adresse  ce prince, pour lequel elle avait la plus vive
tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que
les soeurs srieuses ont pour celui de leurs frres dont l'imptueuse
ardeur a besoin d'tre dirige et retenue. Chose remarquable, Madame
lisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque
toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse
devant une rvolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession,
ni une minute, contribue  tout perdre. Elle le rpte souvent dans
ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti
royaliste et dans la famille royale, voil ce que recommande Madame
lisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la
manire la plus forte et la plus raisonnable sur la ncessit de ne
pas contrarier  Coblentz la politique de Louis XVI.

A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
journe du 10 aot, la faible lueur d'esprance qui jetait  et l
quelques reflets lumineux, plit et s'teint. La princesse voit venir
la catastrophe, mais elle sait o est pour elle le poste du devoir, de
l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et anglique mission que
la Providence lui a donne. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus
frquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne
regarde plus, elle n'espre plus que du ct du ciel.

       *       *       *       *       *

I.

A MADAME DE BOMBELLES.

Vous croyez peut-tre que je suis console, point du tout; d'autant
plus que moi, qui dteste les explications, je viens d'en avoir une
avec ma tante. La Reine y a t ce matin pour lui demander ce qu'elle
avoit hier, et elle lui a dit qu'elle toit fort mcontente de moi,
parce que je ne lui avois pas crit avant mon inoculation, et qu'elle
devoit m'en parler. J'y ai donc t ce soir: je suis arrive chez ma
tante Victoire, qui m'a parl avec beaucoup d'amiti, et qui m'a dit
que j'avois eu tort de ne leur pas crire, ce dont je suis convenue,
et lui ai demand pardon. De l, j'ai t chez ma tante Adlade, qui,
le plus aigrement possible, m'a dit: J'ai parl  la Reine de vous ce
matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
vous inoculer?--Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
fait?--Vous ne nous avez pas seulement remercies. Et elle reprit, de
ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
n'avons pas entendu parler de vous.--Je lui reprsentai qu'entre ses
deux voyages j'tois venue chez elle et que je l'avois remercie;
qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
cette rponse, elle s'est un peu embarrasse, et m'a dit entre ses
dents:--Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
crit.--Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
demandois pardon; que pour la Muette et Meudon, je n'y avois aucune
part et point de tort.--Elle m'a dit qu'elle ne me parloit point de
cela; et sur ce elle a chang de conversation, tant toujours
embarrasse. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
j'esprois qu'elle me pardonnoit; elle m'a rpondu que ce n'toit que
la crainte qu'elle avoit eue d'tre oublie de moi qui l'avoit fche,
m'aimant beaucoup, et qu'elle esproit que cela ne seroit jamais.--Je
lui ai dit que je tcherois de mriter son amiti, et que je lui
demandois de me conserver toujours la sienne. De l je suis revenue et
ai mand cela  la Reine, et puis  mon petit ange. Je ne puis te
celer que je n'ai que la moiti des torts dont je suis convenue; mais
il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-l il
faudroit au moins M. Le Chat pour l'tablir bien solidement.

A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
ton portrait de la grandeur de ceux des mdaillons, et coiffe et
habille comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
Mande-moi de ses nouvelles, et fais dpcher Campana. La baronne doit
revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
 madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi 
la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
j'espre, sera bientt. En vrit, madame Anglique, vous devez tre
bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
assez serres; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
trs-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
belle-soeur pendant le mariage, et toutes les btises qu'elle aura
dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuye si tu les as coutes,
et qui m'amuseront beaucoup en les lisant. Adieu, ma petite soeur
Saint-Ange; il me parot qu'il y a mille ans que je ne t'ai vue. Je
t'embrasse de tout mon coeur, et suis de Votre Altesse

  La trs-humble et trs-obissante servante et sujette.

                                        LISABETH DE FRANCE,
                                                   dite la Folle.

  Ce 27 novembre 1779.

       *       *       *       *       *

II.

A LA MARQUISE DE CAUSANS.

                                             Du 3 septembre 1784.

Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
exact de ma journe de lundi[143]. Nous sommes parties  dix heures du
matin: il faisait une pluie  verse; mais, malgr cela, tout le monde
toit de bonne humeur. Nous sommes arrives, et avons t sur-le-champ
 l'glise; madame de Brbent y est entre ensuite. La crmonie a
commenc, et tout s'est pass comme  celle de madame de Fontanges,
except qu'elle a communi avec la mme hostie sur laquelle elle avoit
prononc ses voeux; puis on l'a habille, et elle a t sous le drap
mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
bon coeur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous connoissions
pas, qu'il est impossible de ne pas tre attendrie; mais je n'ai
pourtant pas pleur: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles, elle
toit en sanglots, ce qui a t cause de grandes railleries, qu'elle a
soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi. Plusieurs
de ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous n'eussiez pas t
embarrasse, malgr les assistants. J'ai t fort heureuse, et voil
tout. Mais, le mercredi, j'avois oubli mon bonheur. Celui que je
gote ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup depuis huit jours que
j'y suis; j'cris des lettres innombrables: cela ne me plat gure;
mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la journe sans voir autre
chose que son chien, ma chre, on n'est pas fch d'avoir ce genre
d'occupation. Je vous prie de croire que sans cela j'en aurois
beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a trois jours que je
crie aprs M. B.[144] et qu'il ne vient pas: je meurs de peur qu'il ne
soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis trois jours, il faut
compter que c'est depuis hier. Je vais commencer un petit dessin pour
les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai pas dit  [Bombelles]
que c'toit pour elles, car je crois que cela l'auroit mise de
mauvaise humeur.

[Note 143: Madame lisabeth assistait volontiers aux professions
religieuses, y trouvant une sorte d'dification.]

[Note 144: M. van Blarenberghe, matre de dessin de Madame lisabeth
et des princes, fils du comte d'Artois.]

J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
ne doute pas qu'ils n'aient t reus  merveille; mais je voudrois
bien qu'il me ft permis de croire  la gurison de votre jambe: je ne
dsire rien tant. Enfin, mon coeur, je juge d'aprs toutes les
souffrances que vous prouvez, que vous faites votre purgatoire dans
ce monde; car, malgr vos douleurs, votre caractre est toujours le
mme: toujours la mme amabilit, la mme confiance en Dieu, enfin la
mme rsignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
rsignation. Comment pouvez-vous, malgr toutes vos douleurs de corps
et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grce bien
particulire de Dieu. Je l'en bnis, et de ce qu'il m'a choisie pour
en tre l'instrument. Soyez sre, mon coeur, que rien ne me peut
faire plus de plaisir que de penser que j'ai pu adoucir un peu
l'amertume de vos maux. Que vous tes bonne de m'associer  vos
prires! Oui, mon coeur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
puis vous en rpondre. J'oubliois de vous dire que, malgr le monde,
j'avois pass quelque temps avec mon dpt dans la chambre du conseil,
et une grande partie du reste avec D.[145] et plusieurs autres dames.

[Note 145: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
lisabeth.]

Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
son trsor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
lui en faire peur.

       *       *       *       *       *

III.

A MADAME MARIE DE CAUSANS.

                                                 8 dcembre 1785.

Je suis mue et afflige au dernier point, mon coeur, de l'tat de
votre mre: l'arrt de Sguy[146] me fait frmir. J'crirai  madame
de Lastic[147] pour que l'on trouve des prtextes pour faire rester
votre soeur  Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aiss que,
quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en tat d'tre
transporte. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mre, dites-lui
combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
que je suis bien afflige de ne pouvoir lui rendre les soins que la
tendre amiti que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en cote bien,
depuis trois semaines, d'tre princesse: c'est une terrible charge
souvent, mais jamais elle n'est plus dsagrable que lorsqu'elle
empche le coeur d'agir.

[Note 146: Mdecin du Roi, n'ayant quartier.]

[Note 147: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait pris
dans la rvolution un parti dont sa famille tait fort afflige.]

Vous avez sous vos yeux, mon coeur, le triomphe de la religion: je ne
doute pas que vous n'prouviez, dans l'occasion, qu'elle seule peut
nous faire supporter le malheur, et, s'il toit possible, le rendre
lger. Croyez que vous aurez la grce d'une rsignation parfaite  la
volont de Dieu. Il ne faut qu'un vritable dsir pour l'obtenir, et
vous sentez trop combien elle vous est ncessaire pour ne pas la
dsirer vivement. Esprez tout de ce Pre qui vous aime si tendrement;
il vous soutiendra, il partagera votre peine et la rendra moins
pesante. Pardon, mon coeur, de ce petit morceau de sermon, quoiqu'il
soit mdiocre: dans la position o vous tes, l'on est toujours bien
aise d'entendre un peu parler de Dieu. C'est ce qui m'a encourage 
cette insolence.

Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
mre, et elles le feront de tout leur coeur, car elles aiment beaucoup
votre mre. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour elle.
J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne ft fche, parce
que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient bien
mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.

Madame de Choiseul[148] n'aura votre lettre que demain, parce que ces
vilains pots[149] sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
arrive que trs-tard: le courrier tait parti. Adieu, mon coeur;
j'espre que vous avez un peu d'amiti pour moi: cela me feroit bien
plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon coeur.

[Note 148: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
l'ambassadeur du Roi  Constantinople.]

[Note 149: Voitures du temps qui taient encore en usage sous la
Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles taient
alors connues sous le nom de coucous.]

       *       *       *       *       *

IV.

A MADAME MARIE DE CAUSANS.

                                                14 dcembre 1785.

Votre lettre m'a touche, mon coeur,  un point que je ne puis rendre
que foiblement: la rsignation et le courage de votre mre, son dsir
de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la tranquillit,
l'tat o vous tes, tout ce que vous me dites, m'a mue  un point
extrme. J'ai t bien attendrie de son souvenir, je vous l'ai dj
dit, mon coeur; mais je ne puis trop le rpter: c'est une vraie peine
pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas craint de
l'mouvoir, j'aurois au moins t la voir; mais je me suis refus
cette consolation. Mais, mon coeur, si elle marquoit le moindre dsir
que j'y allasse, j'espre que vous me le manderiez, et que vous
n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi touchant:
il ne pourroit que m'difier. Cependant, ne faites point natre ce
dsir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.

Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
le moment o vous tes; mais votre rsignation vous en attirera; et si
vous voulez bien vous examiner, mon coeur, le calme que vous
ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-tre mme de la
lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
dans le moment, mais qui a grav dans votre coeur les vrits qu'elle
contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en douter?
Croyez que Dieu a beau avoir l'air svre, il est toujours plein de
misricorde pour ceux qui le servent fidlement. Ne recherchez point
des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le moyen d'en
obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites,  lui offrir
 tous moments vos peines et le sacrifice qu'il exige peut-tre de
vous. Regardez en mme temps tout ce qui peut tre un sujet de
consolation: jugez votre malheur d'aprs celui des autres, et vous
verrez encore que vous tes moins  plaindre que vos soeurs. Vous
jouissez au moins des derniers moments o vous pouvez voir, entendre
votre mre, et lui rendre tous les soins que votre coeur vous dicte;
au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir celui de ne
l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette ide vous fasse
supporter votre peine, sans vous pntrer de celle  venir des autres.
Raigecourt ne saura pas de sitt nos inquitudes; je prierai madame de
Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour que vous y
envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mand qu'elle ft inquite et
agite, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on la
distrayoit de cette ide. Je n'en suis pas fche; cela prouve qu'elle
recouvre toutes ses facults. Le pauvre cur qui a eu la btise de lui
dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien aise pour
votre mre, et pour vous surtout, que l'abb Lenfant[150] soit venu;
il vous aura fait du bien par sa morale et sa douceur, qui prche
aussi bien que lui.

[Note 150: N  Lyon le 6 septembre 1726, l'abb Lenfant, jsuite,
avait t prdicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
Joseph II. Rentr en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
confesseur, lorsque l'abb Poupart, cur de Saint-Eustache, eut prt
serment  la constitution civile du clerg. Conduit  l'Abbaye aprs
la catastrophe du 10 aot, il y fut massacr dans la matine du 3
septembre.

Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Mard,  dix heures du matin,
l'abb Lenfant et l'abb de Rastignac parurent dans la tribune de la
chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncrent que notre
dernire heure approchoit, et nous invitrent  nous recueillir pour
recevoir leur bndiction. Un mouvement lectrique impossible 
dfinir nous prcipita tous  genoux, et, les mains jointes, nous la
remes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
nous ayons prouvs. A la veille de parotre devant l'tre suprme,
agenouills devant deux de ses ministres, nous prsentions un
spectacle indfinissable. L'ge avanc de ces deux vieillards (l'abb
Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
mort planant sur nos ttes et nous environnant de toutes parts, tout
rpandoit sur cette crmonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
rapprochoit de la Divinit; elle nous rendoit le courage; tout
raisonnement toit suspendu, et le plus froid, le plus incrdule en
reut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
demi-heure aprs, ces deux prtres furent massacrs, et nous
entendmes leurs cris. (_Agonie de trente-huit heures._)]

J'espre, mon coeur, que vous serez convaincue que dans tous les temps
vous trouverez en moi une amie prte  vous rendre tous les services
que cette mme amiti exigera, et que je n'oublierai jamais celle que
votre mre veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-tre digne par
le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye. Je vous
embrasse mille fois de tout mon coeur. J'espre que vous ne montrez
mes lettres  personne: elles ne sont bonnes que pour vous, qui voulez
bien les souffrir.

       *       *       *       *       *

V.

A MADAME MARIE DE CAUSANS.

     [Cette lettre est crite au commencement de l'anne 1786, aprs
     la rception de celle qui annonait la mort de madame de Causans,
     arrive le 5 janvier 1786.]

Votre lettre m'a pntre, mon coeur, et d'admiration et de douleur.
Oui, certainement, votre mre jouissoit dj du bonheur qui lui est
rserv: il est impossible de n'tre pas consol de la voir pntre
de l'amour de Dieu et du dsir de le possder  jamais. Vous tes bien
heureuse, mon coeur, d'avoir aussi bien profit des exemples d'un
aussi bon modle. Dieu vous en rcompensera, en vous accordant les
grces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
lui, mon coeur: il n'abandonnera ni votre soeur ni vous, et lui
donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frre mandera  madame
de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
attendre, pour commencer  lui dire que votre mre est malade, qu'elle
soit retourne et l'amener  Versailles, sans lui rien dire de plus,
pour viter qu'elle retombe malade l-bas. Lorsqu'elle le saura, il me
semble que rien ne peut vous empcher de venir la voir. Cependant je
vous prie de ne pas le faire sans que les mdecins aient dcid qu'il
n'y a pas d'inconvnients. Et soyez sre que nous hterons ce moment
le plus que nous pourrons pour la consolation des deux, car je ne
doute pas qu'elle ne le dsire beaucoup.

Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sre,
mon coeur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
ces foiblesses qui vous ont effraye: il faut mettre,  son exemple,
nos craintes et nos dsirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
apprendre  supporter les preuves auxquelles le Ciel nous destine.
C'est l le livre des livres, mon coeur: lui seul lve et console
l'me afflige. Dieu toit innocent, et il a souffert plus que nous ne
pourrons jamais souffrir et dans notre coeur et dans notre corps: ne
devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'tre aussi intimement unies
 Celui qui a tout fait pour nous? Que cette ide nous encourage, mon
coeur, nous fortifie! Il y a de cruels moments  passer dans la vie;
mais c'est pour arriver  un bien prcieux pour quiconque est un peu
pntr d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientt, 
cet instant redout de tant de personnes, et si dsir de votre mre!
Tchons de mriter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.

Quoique je vous exhorte, mon coeur,  la rsignation, je puis vous
assurer que je suis bien loin de l'tre et pntre des grandes
vrits dont je vous parle.

Je n'ai point envoy Loustonneau  Fontainebleau; c'est lui qui, par
amiti pour votre soeur, y a t: il reviendra demain, l'aprs-midi.
Adieu, mon coeur; j'espre que vous tes convaincue de l'amiti que
j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous l'assurer davantage.

Si vous allez  Suzy, vous continuerez  m'crire, lorsque vous en
aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
de tout mon coeur.

       *       *       *       *       *

VI.

A MADAME MARIE DE CAUSANS.

                                                Ce 10 avril 1786.

Enfin, mon coeur, cette lettre vous trouvera  Paris. Je suis une bien
ingrate crature: vous tes si gnreuse dans vos sacrifices, qu'il
est indigne  moi de vous parler du bonheur que j'prouve de sentir
votre soeur plus prs de moi. Je voudrois bien tre dj au mardi de
Pques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien bonne,
bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur qui a
tant de penchant  se refroidir. Vous serez peut-tre afflige de vous
retrouver  Paris, et vous le serez surtout d'entrer  Bellechasse:
cela est parfaitement simple; mais, mon coeur, vous tes destine  y
vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela il faut vous faire
un plan de vie tout occupe, o le monde n'entre pour rien, dont rien
ne vous drange, que vous suiviez du moment mme o vous aurez mis le
pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien svre; mais, mon
coeur, l'homme est si foible, que ncessairement il se relche
toujours dans ses bonnes rsolutions; et vous seriez bien tonne si,
ne vous ayant pas force dans le commencement, malgr tout ce que vous
vous tes promis, de dcouvrir, au bout de deux mois, que vous n'avez
pas suivi votre plan, et que vous avez une peine presque insurmontable
 vous y remettre! Je vous en parle par exprience: j'ai t
trs-dissipe cette anne; le voyage de Saint-Cloud, et mme l't,
m'avoient absolument t le got de la vie presque solitaire que je
mne. Je m'ennuyois, je me dplaisois chez moi; et enfin, si une grce
particulire ne ft venue m'aider, j'aurois peut-tre fini par har
parfaitement la vie tranquille et douce, loin du tumulte de ce monde,
qui n'a que trop de charmes pour un coeur qui craint de rentrer en
lui-mme et de se voir tel qu'il est. Vous tes, Dieu merci, loin de
cet tat; mais vous avouez vous-mme que vous aimeriez le monde, le
spectacle: vous n'y tes pas destine; votre tat, votre ge, vos
principes, les ordres de votre mre. Il faut donc viter tout ce qui
peut vous faire sentir ce vide, cet abandon, ce besoin que votre coeur
a d'attachements, toutes armes dont le dmon se sert et dont il se
servira avec bien plus de force et de malice dans le moment o vous
quitterez votre soeur. Il faut user de votre courage, mon coeur, de
votre religion. Vous avez le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous
pouvez avoir toute confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en:
ouvrez-lui votre coeur sans aucune rserve; la plus petite vous
priveroit peut-tre de bien des grces; et quel soulagement
n'prouve-t-on pas de pouvoir verser toutes ses peines dans le sein
d'un ami sincre, clair, qui vous prsentera toujours le vritable
remde, qui vous entendra parfaitement lorsque vous lui parlerez de
votre mre, de vos regrets, des lumires que vous trouviez en elle et
qui vous manquent maintenant; qui vous rappellera les grands exemples
qu'elle vous a donns toute sa vie!

J'ai fait mes pques ce matin; je me suis remis  la mmoire une
certaine semaine sainte que j'ai passe avec votre mre. Que nous
tions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
promis que je persvrerois; elle en sera la cause: ses exemples
pendant sa vie, cette dernire parole, la lettre qu'elle m'a crite,
tout me donne de la confiance. Vous lui avez dit de me regarder au
nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de coeur, car je l'aimois
bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous rappelant un
souvenir aussi touchant que pnible pour votre coeur. Je me suis
laisse aller au dsir du mien en parlant d'un objet aussi intressant
pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas  votre soeur; sa sant
exige plus de mnagement. Pardon aussi de mon sermon.

       *       *       *       *       *

VII.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                      Samedi [vraisemblablement de l'anne 1786].

Je possde au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
Cela est trop pnible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
Si vous ne revenez pas, j'irai  Saint-Cyr sans vous, et je me
vengerai encore en mariant notre protge sans vous. Mon coeur est
plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
n'tes pas l! J'ai visit deux autres familles pauvres sans vous!
J'ai pri Dieu sans vous! Mais j'ai pri pour vous, car vous avez
besoin de sa grce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
cependant toujours tendrement.

                                                 LISABETH-MARIE.

       *       *       *       *       *

VIII.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                             Ce 27 novembre 1786.

Tu vois que je t'obis, mon enfant, car me voil encore. Tu me gtes;
tu m'cris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
que tu ne te fasses mal  la tte. Il faut te mnager. Je prche
contre mon intrt, car je suis bien heureuse lorsque je reconnois ton
criture; mais je t'aime, et j'aime mieux la sant que tout. Je suis
bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de patience. Tu dis
que Fontainebleau ne m'a pas gte, j'aime  le croire. Tu trouveras
peut-tre cette phrase un peu orgueilleuse; mais je t'assure, mon
coeur, que je suis pourtant loin de croire que je puisse en rester l.
Je sens que j'ai encore bien du chemin  faire pour tre bien selon
Dieu. Le monde juge bien lgrement, et sur peu de chose il vous
tablit une bonne ou mauvaise rputation. Il n'en est pas ainsi de
Dieu: il ne vous juge que sur l'intrieur; et plus l'on en impose au
dehors, plus il sera svre pour le dedans. Je lisois l'autre jour un
discours de l'abb Asselin[151], sur la ncessit de se sanctifier,
chacun dans l'tat o le Ciel l'a plac; je vous assure, mon coeur,
qu'il fait frmir pour ceux qui disent: Je veux tre bien, mais je
n'ai pas la prtention d'tre saint. Il relve cela avec une force
qui en prouve le ridicule d'une manire o il n'y a rien  rpliquer.
En tout, ce livre est superbe. Je suis fche de ne l'avoir pas connu
avant ton dpart, car je suis sre qu'il t'auroit fait plaisir. Je ne
sais si je t'ai dit que tu m'avois redonn du zle pour l'abb Nollet.
Je vais le reprendre avec un peu plus de suite. J'aimerai  m'occuper
de ta science favorite[152]; mais je n'espre pas y russir comme
toi:--Souvent mon esprit est ailleurs.

[Note 151: Ce docteur de Sorbonne, principal du collge d'Harcourt,
tait n  Vire en 1682, et avait pris le got de la posie dans la
compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un caractre
religieux, furent couronns aux Jeux floraux, voire  l'Acadmie
franaise; ce qui ne l'empcha pas de mourir presque ignor dans sa
retraite,  Issy, le 11 octobre 1767.]

[Note 152: La physique, dont l'abb Nollet avait fait une tude
particulire, et dont il avait rpandu le got en France. Ce savant,
n en 1700 au village de Pimpr, prs de Noyon, mourut entre les bras
de ses lves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, o le Roi lui
avait accord un logement.]

Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succs: tu es faite
pour en avoir. Si en France on a le mauvais got de ne pas admirer ta
grce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on t'aime pour de
meilleures raisons. Je ne serois pas fche que la ncessit de faire
des frais et de te rendre aimable te donne un peu plus d'habitude du
monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y tre bien, et qu'en effet
tu y sois trs-joliment. Un peu plus d'habitude ne te fera pas de mal.
Je suis bien insolente ou bien mondaine, n'est-il pas vrai, mon coeur?
Tu me pardonnes, j'espre, le premier, et tu ne crois pas au second.
Ne va pourtant pas prendre les manires portugaises. Elles peuvent
tre parfaites, mais j'aime que tu ne te formes pas sur elles. Tu es
bien bte d'avoir eu peur  tes audiences, puisque ton compliment
toit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant de parler que lorsque
l'on ne s'est pas fait un discours. toit-il de toi? J'ai bien ri de
ton _molto obligato_: cela tient beaucoup de l'_effecticement_ de ton
cher cousin.

J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il toit ici et
que tu t'avisasses d'tre inquite, je me moquerois bien de toi. Aussi
ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
sain pour toi.

Je suis  Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
me suis promene avec R...[153] pendant une heure presque trois
quarts. Lastic est reste avec Amde, qui est grandie et embellie que
c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dner chez moi, ce
qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; aprs
avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accept.
Je trouve que c'est compltement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
pour finir par se soumettre  la volont du Roi, qui ne veut pas la
titrer, car voil ce qui lui tenoit au coeur. On est malheureux
d'tre ambitieux. Cela fait faire souvent de grandes btises. Ton
collgue me fait frmir, et je suis bien aise que M. de Bombelles ne
soit pas tent de le prendre pour modle. A propos de lui, la duchesse
de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un bijou), est
un peu fche contre ton mari. Il lui avoit promis des instructions
pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui envoyer de
Brest; mais il en a t comme de mon voyage, il est parti sans les lui
donner. Elle m'en a parl d'une manire qui t'auroit touche, sans
aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux en pensant
que c'toit un moyen de moins pour prserver son fils des dangers
auxquels il va tre expos. Que ton mari rpare bien vite avec toute
la grce dont il est capable. Tu as bien raison, mon coeur, de
t'appliquer dans les commencements  te vaincre; sans madame de
Travanet, tu serois perdue si tu cdois une fois, et deux ans sont
bien longs  passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
autre moment. Je me dpche trop pour avoir le sens commun, et je
griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur coeur, et
moi aussi. Que n'est-ce vrai!

[Note 153: Madame de Raigecourt.]

       *       *       *       *       *

IX.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                                 Ce 9 avril 1787.

                           (_Lisez Mathieu Loensberg_[154].)

[Note 154: Ces trois mots, placs en tte de la lettre, sont de la
main de Madame lisabeth.]

M. de Calonne est renvoy d'hier; sa malversation est si prouve, que
le Roi s'y est dcid, et que je ne crains pas de te mander la joie
excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
de rester  Versailles jusqu'au moment o son successeur sera nomm,
pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de me
mander que c'toit M. de Fourqueux qui le remplace. On me mande aussi
que M. le Garde des sceaux est renvoy, et M. de La Moignon a sa
place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des voies si peu au
fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernires. Mais pour M. de
Calonne, j'en suis bien sre. Une de mes amies disoit, il y a quelque
temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je changerois. Je ne
sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu qu'il ft bien des
choses pour me faire changer sur son compte. Il doit tre un peu
inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une trs-bonne
contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils sont loin
d'tre satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donn son audience
de cong. J'espre que le baron de Breteuil n'aura pas voulu s'en
charger; cela lui feroit honneur[155]. L'Assemble continuera comme
auparavant et sur les mmes plans. Les Notables parleront avec plus de
libert, quoiqu'ils ne s'en gnassent gure, et j'espre qu'il en
rsultera du bien. Mon frre a de si bonnes intentions, il dsire tant
le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conserv si pur,
qu'il est impossible que Dieu ne bnisse pas toutes ses bonnes
qualits par de grands succs. Il a fait ses pques aujourd'hui. Dieu
l'aura encourag, lui aura fait connotre la bonne voie: j'espre
beaucoup. Dans son compliment, le prdicateur l'a infiniment encourag
 prendre conseil de son coeur. Il avoit bien raison, car il est bien
bon et bien suprieur  toute la Cour runie. J'ai l'air d'une vraie
campagnarde; je te dis que l'on m'a mand tout cela, c'est que je suis
 Montreuil depuis midi. J'ai t  vpres  la paroisse. Elles sont
aussi longues que l'anne passe, et ton cher vicaire chante l'_O
filii_ d'une manire aussi agrable. Des Es. a pens clater, et moi
de mme.

[Note 155: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du Roi et
du dpartement de Paris, avait t reprsentant du Roi prs l'lecteur
de Cologne, prs Catherine II, prs le roi de Sude, puis avait
remplac le cardinal Louis de Rohan prs l'empereur d'Autriche. Dans
les phases diverses de sa carrire, il avait conquis l'estime de tous
les gens de bien.]

Je suis au dsespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
affreuse de ces animaux et seroit fche peut-tre que j'en eusse un.
Ainsi, mon coeur, malgr toutes ses grces et la main dont il me
vient, il faudra s'en dtacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
j'en ferai prsent  M. de Gumne. J'en suis au dsespoir, je sens
que c'est trs-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
suis d'autant plus fche. Ce qui me console, c'est qu' cause de tes
enfants tu serois peut-tre oblige de t'en dfaire, parce que cela
pourroit tre dangereux.

Flicie devient trs-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espre
qu'elle ne parotra pas du tout. Avant ton arrive, quoique je sois
charme du dpart de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
affecte pour son pre, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
mme un protecteur.

Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon coeur; tu en seras plus
heureuse, et tu sais si je dsire de te le savoir. Je ne comprends pas
trop pourquoi tu dis que M. de C.[156] est mauvais politique; il me
semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
choses, et que M. de Sgur vient de faire la btise la plus pomme que
l'on puisse voir en accompagnant l'Impratrice sur la route de
Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me dplat
beaucoup: je suis partisante du repos. En consquence, ce que je t'ai
mand pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'toit pas un homme
assez bien n. Pour l'autre, mon coeur, je crois qu'il faut attendre
comme nous avons dj fait. Il y a bien des choses  voir et pour elle
et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prtent; il
faut voir comment on rendra, et si l'on ne se mettra pas dans
l'impossibilit de faire d'autre chose ncessaire et pour le moins
aussi juste. Tout cela, mon coeur, il sera temps d'y penser quand
j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-l.....

[Note 156: Le marchal de Castries.]

       *       *       *       *       *

X.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                          Ce 8 fvrier 1788[157].

[Note 157: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
jusqu' ce jour indites, est interdite.]

Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
inquitude o tu tois de la pauvre Flicie. Tu auras su, bientt
aprs, sa mort, et le courage de sa mre; elle va bien  prsent:
l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
surtout nourrissant. Elle t'aura srement mand que tous les avis de
ce pays toient contre, et que c'est un mdecin de Stuttgard qui l'a
dcide; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout  fait raison. Cependant
comme elle mnera une vie plus calme qu' sa premire nourriture,
l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
eusses le temps de la voir un peu avant son dpart. Je ne t'avois
point parl de la maladie de Flicie, parce que ta mre toit  Paris,
et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
ne t'ai pas crit aussi la premire poste aprs sa mort.

J'ai montr  ta mre ce que tu me marques pour ton logement; je
voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
pas,  ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
qu'il va  cinq mille livres; mais il a l'agrment d'tre le plus prs
de la pice du Dragon, quoiqu'il y ait une trs-petite rue  passer;
enfin, ta mre, ton frre, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien loge, ce
sera faute de s'entendre, plutt que manque de s'en occuper.

Mon neveu[158] est toujours dans un tat trs-inquitant, l'on ne s'en
doute pas, ce qui me fait esprer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
souviens, cela lui a port bonheur dans le temps o il a t  la
Muette. Cette tranquillit vite bien des peines, mais aussi le coup
est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir dj
dit tout cela, mais c'est que j'en suis pntre.

[Note 158: Le premier Dauphin.]

Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
pour tout de bon: elle a pass l'poque de sa seconde fausse couche et
se mnage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
qu'elle ait jusqu' ce moment, ce sont des maux de coeur affreux et
une peur pas mal grande, qu'elle a dissimule le plus qu'elle peut,
mais qui, malgr cela, est trs-visible. Si par hasard tu lui cris,
ne lui en parle pas.

Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
cachet. Tout cela est du rabchage pour ce moment-ci. Je voudrois
qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
qui, hier, toit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empche pourtant pas de
sortir. En consquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huv[159],
et donner des ordres. Je suis tout tonne de penser que, l'anne
prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
parotra tout drle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
mon coeur.

[Note 159: Architecte des btiments royaux, restaurait en ce moment la
maison de la princesse.]

J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drle d'homme de
s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
trs-sagement de traner cette affaire en longueur, car je ne crois
pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
sera rompue tout  fait. Si tu tois encore en colre lorsque tu auras
reu ma lettre, tu l'auras tourne contre moi d'aprs ce que je te
mandois, et cette ide m'affecte considrablement. Mon seul espoir est
que ta fureur n'aura pas t longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.

       *       *       *       *       *

XI.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                 Sans date, mais vers 1788 ou 89.

J'en suis  dsirer que ton pauvre frre soit dlivr de tous ses
maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dpens de tout ce qu'il
souffre au physique et au moral. Je suis dsespre de ne pouvoir
partager les soins, et pense avec bien de la peine  l'tat
d'affliction o tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
baron[160]. J'y ai men Bombon, qu'il a beaucoup caress. J'ai t
fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
promettre de parler  la Reine et  la duchesse de Polignac. La seule
chose qui m'ait dplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
C.....[161]  M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi  la Reine,
mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prtendant
qu'il ne faut lui prsenter aucunes difficults qui demandent
rflexion, et je me suis promis, malgr cela, en me gardant bien de le
lui dire, que je la prierois de dclarer qu'elle ne vouloit pas que tu
fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis contente. Je te
ferai plus de dtails quand je te verrai. Quoique ma lettre ennuie
beaucoup les personnes qui me la voient crire, il faut encore que je
te dise que Rayneval, chez qui j'ai t avec madame Duval, m'a dit que
le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit beaucoup parl de
toi. J'ai pens que mon audience du matin n'y avoit rien gt. Il faut
encore que je te dise que j'ai fait un grand loge au baron de ta
raison, du froid et de la rsignation avec lesquels tu soutenois
toutes les perscutions que tu avois prouves; il est convenu de tout
cela, et m'a dit qu'il avoit t parfaitement content de la manire
dont tu lui avois parl au sujet de tes affaires. Adieu, mon enfant,
donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta soeur de ce
qu'elle a bien voulu m'crire, et dis  madame de Bombelles tout ce
que j'prouve pour elle dans ce moment-ci.

[Note 160: M. de Breteuil.]

[Note 161: Constantinople. Cette ambassade, dont les moluments
taient considrables, tait l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
qui n'avait point de fortune, avait dj plusieurs enfants, et tait,
par sa position officielle, oblig  une grande reprsentation. B.]

       *       *       *       *       *

XII.

A MADAME DE BOMBELLES.

Je suis dans l'enchantement de l'norme gratification qu'on vous a
donne; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libralits-l. Si
j'tois de ton mari, malgr la modestie de cette somme, je la
laisserois  M. d'Harvelay, pour prouver  M. de Vergennes que vous
demandez davantage, parce que vous en avez vritablement besoin, et
pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
vous donnez un si petit -compte, quand vous en aurez davantage, vous
l'emploierez au mme usage. J'espre bien que l'anne prochaine il
vous en donnera un peu plus. J'ai commenc par la lettre de M. de
Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
voir des choses superbes, et j'ai t un peu tonne. Au reste, aprs
avoir bien rflchi, je ne crois pas que cela soit mauvaise volont de
sa part; mais comme on a t oblig de donner des gratifications pour
les ftes, elles ont pu gner et diminuer celle-l.

Adieu, mon coeur, j'espre que votre mdecine vous fera du bien;
tchez de vous calmer.

       *       *       *       *       *

XIII.

A MADAME MARIE DE CAUSANS.

                                [Dans les premiers mois de 1789.]

Oui, certes, mon coeur, je vous crirai avant que vous soyez au
noviciat; mais j'espre bien qu'il ne vous sera pas dfendu de
recevoir des lettres aprs. Il est vrai que nous serons plus gnes
par l'inspection de la matresse; mais cela ne m'empchera pas de vous
dire tout ce que je pense. Vous serez peut-tre tonne, mon coeur,
que, d'aprs toutes les rflexions, consultations et preuves que vous
avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidit et
de la ralit de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
pas rflchi comme il faut. Premirement, mon coeur, on ne peut
connotre si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
avec le dsir de suivre sa volont, l'on s'est pourtant permis de
combattre de bonne foi le penchant qui porte  se consacrer  lui;
sans cela, l'on court le risque de se mprendre, et de suivre une
ferveur passagre qui tient souvent au besoin du coeur, qui, n'ayant
pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant  Dieu. Ce motif est
louable, mais il ne suffit pas; il tient  la passion, il tient au
dsir et au besoin que le coeur a de former un lien qui le remplisse,
dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon coeur, Dieu
peut-il approuver cette offrande? peut-il tre touch du sacrifice
d'une me qui ne se donne  lui que pour se dbarrasser d'elle-mme?
Vous savez que, pour faire un voeu quelconque, il faut une volont
libre, rflchie, dnue de toute espce de passion; il en est de mme
pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont encore plus
essentielles. Le monde vous toit odieux; mais toit-ce dgot ou
regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre vocation
soit naturelle et vraie. Non, mon coeur, le Ciel vous envoyoit une
tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre rsolution de
vous consacrer  lui que lorsqu'elle auroit t passe.

Deuximement, mon coeur, il faut avoir l'esprit bien mortifi pour
prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voil l'essentiel, la
vritable vocation. Tout ce qui tient au corps cote peu, l'on s'y
accoutume; mais il n'en est pas de mme de ce qui tient  l'esprit et
au coeur.

Vous tes tranquille sur le compte de d'Ampurie[162] parce que vous
avez consult l'archevque; je rends hommage  ses vertus avec
plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
connoissent le plus, il est impossible d'tre moins capable de
conduire une me. Je ne vous en parle pas seulement d'aprs les
autres, mon coeur, c'est d'aprs ce que j'ai vu. J'ai t dans le cas
de connotre un prtre que l'archevque avoit laiss prt  se livrer
au plus grand dsespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni de conseils
ni de tout ce qui pouvoit contribuer  sa consolation. Cependant, mon
coeur, ce n'toit l que son strict devoir. Or, comment voulez-vous,
d'aprs cela, que je sois tranquille sur le conseil qu'il vous a donn
sur un simple aperu, sans avoir caus avec vous, sans tre entr dans
des dtails o il est impossible d'entrer par lettre, que je m'en
rapporte au conseil du directeur du couvent, qui, tout honnte homme
qu'il puisse tre, ne peut pas tre juge impartial dans cette affaire?

[Note 162: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:

L'ane, mademoiselle de Causans, avait pous M. de Sade;

La seconde, Caroline de Causans, titre comtesse de Vincens, fut
marie au marquis de Raigecourt;

La troisime, Marie de Causans, comtesse de Maulon, aprs avoir perdu
sa mre, tait entre comme novice au Saint-Spulcre,  Bellechasse.
Les troubles de la Rvolution mirent forcment obstacle  la
ralisation de son projet d'entrer en religion.

Elle en prouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
sa jeune soeur, Franoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il est
ici question, et qui plus tard fut marie au comte de Schulenburg.]

Si d'Ampurie n'est pas marie dans trois ans, et qu'elle soit oblige
d'aller  son Chapitre, vous en rapporterez-vous  ses dix-huit ans,
pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesure, qu'elle
n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une soeur qui lui servoit
de mre, pour qui elle seroit parvenue  en avoir tous les sentiments?
qu'en l'abandonnant  elle-mme, vous remplirez le devoir le plus
sacr que vous ayez jamais  remplir, celui d'une mre mourante qui
s'en est rapporte  vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
le plus la remplacer avec succs; d'une mre qui n'auroit certes pas
abandonn ses enfants  toute la sduction du monde pour se livrer 
un got de retraite et de dvotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
rgle? Non, mon coeur, il me sera toujours impossible de croire que
vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volont de Dieu
en vous consacrant  lui dans ce moment. Au nom de ce mme Dieu que
vous voulez servir d'une manire plus parfaite, consultez encore, mon
coeur, mais consultez des gens plus clairs, des gens qui n'aient
aucun intrt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
seriez aussi coupable en exagrant votre dsir comme en le
dissimulant. Et, mon coeur, si, pendant votre noviciat, vous prouvez
la moindre peine, je vous le demande en grce, consultez les mmes
personnes, ne vous en rapportez pas  ceux qui vous diroient que ce ne
sont que des tentations; il faut les connotre, il faut les peser,
voir si, lorsque vous serez engage, elles ne feront pas le malheur de
votre vie. Enfin, mon coeur, j'ose vous demander, au nom de l'amiti
que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus cher en ce
monde, au nom de votre respectable mre, de ne ngliger aucune des
prcautions que ceux qui vous sont attachs et qui ont des droits sur
votre amiti pourront vous suggrer, pour vous assurer de plus en plus
de la vrit de votre vocation. Ce sera peut-tre une croix pour vous,
mais elle vous attirera plus de grces par la suite.

Travaillez  me rassurer, mon coeur, en me parlant des preuves
auxquelles vous vous tes livre. Je ne vous parle pas de celles du
corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
tiennent qu' l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacit que vous vous livriez 
Dieu. Si votre esprit est mortifi, si vous ne vous faites pas un
tableau parfait du couvent o vous entrez, si vous comptez y trouver
des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de _scandale_[163];
car ne croyez pas, mon coeur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
les autres les mmes sentiments, et vous ne serez pas  l'abri de
cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
une ralit par un excs d'amour de Dieu. Il est bien peu de couvents
o la charit rgne assez pour ne pas connotre ce dfaut.

[Note 163: Les petits dfauts qui sont  peine remarqus dans le monde
deviennent un objet de _scandale_ au couvent, o l'on doit vivre de la
vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la pense
de Madame lisabeth.]

Enfin, mon coeur, dans quelque position que vous vous trouviez,
comptez assez sur mon amiti et sur un vif intrt de ma part, pour me
parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
mriter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
intrt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
tendre mre. Je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.

Je vous demande en grce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
lettre.

       *       *       *       *       *

XIV.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                  Versailles, le 15 juillet 1789.

Que tu es aimable, mon coeur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
n'avoient pu parvenir  me faire pleurer; mais la lecture de ta
lettre, en portant de la consolation dans mon coeur par l'amiti que
tu me tmoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
de Versailles. Je ferois ce que tu dsires, s'il en toit question. Je
ne sais pas ce que je dsire sur cela. Dieu sait le meilleur parti 
prendre. Nous avons un homme pieux  la tte du Conseil[164],
peut-tre l'clairera-t-il! Priez beaucoup, mon coeur; mnagez-vous
bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
convaincue qu'il en cote  mon coeur. Je t'aime, ma petite, mieux que
je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
penserai de mme. J'espre que le mal n'est pas aussi grand que l'on
se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles.
Il n'toit pas bien sr, hier, que M. de Launey ft pendu: on avoit
pris, dans la journe, un autre homme pour lui. Je m'attacherai, comme
tu me le conseilles, au char de _Monsieur_, mais je crois que les
roues n'en valent rien. Adieu, mon coeur, je vous embrasse aussi
tendrement que je vous aime.

[Note 164: M. le baron de Breteuil.]

       *       *       *       *       *

XV.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                      Versailles, le 5 aot 1789.

La joie de vous savoir en bonne sant a t trs-grande dans ce
monde-ci. Les premires nouvelles que nous aurons seront encore mieux
reues, et par-dessus tout les quatrimes. Dans toutes autres
occasions, il seroit gnreux de partager la joie de la petite
baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas mme nous en savoir bon
gr. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas t fche de
vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de l, mais je me
sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
Oui, je vous le rpte, et vous le rpterai et vous le dirai sans
cesse, je suis charme que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
o l'air est plus chaud et par consquent plus propre  l'ducation
que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
petite; animez-vous l'une l'autre  tout ce qu'il est dans votre me
de chercher, pour fortifier votre moral, qui, tant loign d'un lieu
qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
Rjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nomms et paroissent
approuvs par le public. L'archevque de Bordeaux[165] a les sceaux,
celui de Vienne[166] la feuille des bnfices, M. de la Tour du
Pin-Paulin[167] la guerre, et le marchal de Beauvau[168] au Conseil.
Secondement, la nuit de mardi  mercredi, l'Assemble a dur jusqu'
deux heures. La noblesse, avec un enthousiasme digne du coeur
franois, a renonc  tous ses droits fodaux et au droit de chasse.
La pche y sera, je crois, comprise. Le clerg a de mme renonc aux
dmes, aux casuels et  la possibilit d'avoir plusieurs bnfices.
Cet arrt a t envoy dans toutes les provinces. J'espre que cela
fera finir la brlure des chteaux. Ils se montent  soixante-dix.
C'toit  qui feroit le plus de sacrifices: tout le monde toit
magntis.

[Note 165: M. Champion de Cic. Ce prlat, dput de la snchausse
de Bordeaux aux tats gnraux, passa un des premiers  la chambre du
tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comit de constitution, un
long rapport sur les droits de l'homme et sur la forme  donner au
Corps lgislatif. La popularit que ces actes lui acquirent le porta 
la place de garde des sceaux. Il contre-signa  ce titre le dcret de
la constitution civile du clerg. Il donna sa dmission en novembre
1790, poque  laquelle on dclara que les ministres avaient perdu la
confiance de la nation. Il passa  l'tranger, revint en France le 18
brumaire an VIII (9 novembre 1799), fut pourvu en 1802, par le premier
consul, de l'archevch d'Aix. N  Rennes en 1735, il est mort en
1810. Mademoiselle Champion de Cic, sa soeur, avait t compromise
dans le complot du 3 nivse an IX (24 dcembre 1800) (pour avoir donn
asile  Carbon, dit le petit Franois, qui conduisait la charrette de
la machine infernale); mais elle fut acquitte par le tribunal
criminel de la Seine.]

[Note 166: N en 1715, ce frre de l'auteur de _Didon_, fort
recommandable par ses lumires et ses moeurs, tant premier aumnier
de Louis XV, rpondit  ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
dire le _Benedicite_: Non, Sire, prs de Votre Majest, je ne sais
que rendre grce. D'abord vque du Puy, puis archevque de Vienne,
il combattit les philosophes et les idologues. Entr au conseil et
charg de la feuille des bnfices, le Pape s'adressa  lui pour
l'engager  combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
clerg. Vous tes, lui disait-il, mieux  mme que tout autre de
rendre le service minent que je vous demande. Vous avez dj plus
d'une fois prouv votre zle  sauvegarder la saine doctrine. Le temps
presse; il n'y a pas un moment  perdre pour sauver la religion, le
Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majest 
refuser cette funeste sanction. La rsistance ft-elle pleine de
dangers, il n'est jamais permis de parotre un instant abandonner la
foi catholique, mme avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
circonstances auront chang. L'archevque tait affaibli par l'ge,
et n'avait plus assez de caractre pour faire une telle dmarche. Sa
sant priclitant de jour en jour, il s'teignit le 29 dcembre 1790,
dans sa soixante-quinzime anne.]

[Note 167: La Tour du Pin (Jean-Frdric, comte de), lieutenant
gnral des armes du Roi, fut dput de la noblesse de Saintes aux
tats gnraux, se rangea du ct de la minorit de son ordre, et fut
bientt aprs appel au ministre de la guerre. Le 4 aot, il informa
l'Assemble de sa nomination, protesta de son attachement  ses
dcrets, et prsenta un plan pour l'organisation de l'arme. Il donna
sa dmission avec les autres ministres ds qu'ils furent dclars
avoir perdu la confiance nationale. Appel en tmoignage dans le
procs de la Reine, il rendit  cette auguste princesse la justice
qu'elle mritait et l'entoura des respects qui lui taient dus.
Traduit quelques jours aprs elle, il monta  son tour sur le mme
chafaud. N  Grenoble en 1728, il prit le 28 avril 1794.]

[Note 168: Si le marchal Charles-Just de Beauvau et prcd Bayard,
on lui et probablement donn le surnom de cet incomparable chevalier.
Nomm gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans ses nouvelles
fonctions par la chaleur de son zle  secourir les tristes victimes
de la rvocation de l'dit de Nantes, et par une persvrance que la
crainte mme d'une disgrce ne put branler. Des femmes protestantes
qui gmissaient dans les cachots durent  l'humanit du marchal un
adoucissement  leurs maux. Le chevalier de Boufflers, qui a fait son
loge, raconte la belle rponse faite par M. de Beauvau  quelqu'un
qui lui adressait une observation  ce sujet: Le Roi, monsieur, est
matre de m'ter le commandement qu'il m'a donn, mais non de
m'empcher de remplir mes devoirs selon ma conscience et mon
honneur.--N  Lunville le 10 septembre 1720, le marchal de Beauvau
mourut  Paris le 21 mai 1793.]

Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un _Te
Deum_  la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
libert franoise. On a aussi parl d'abolir les engagements
perptuels, et la noblesse a renonc aux places, pensions, etc. Cet
article n'est pourtant pas totalement pass. Je crois, mon coeur, que
vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous apprends.
Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours aussi
intressantes.

Votre mre, que je quitte dans l'instant....

       *       *       *       *       *

XVI.

A L'ABB R. DE LUBERSAC.

                                                 16 octobre 1789.

Je ne puis rsister, Monsieur, au dsir de vous donner moi-mme de
mes nouvelles. Je sais l'intrt que vous voulez bien y prendre; je ne
doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au milieu du trouble et
de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien pens  vous,  la peine
que vous prouviez, et que j'ai eu une grande consolation en voyant
votre criture. Ah! Monsieur, quelles journes que celles du lundi et
du mardi[169]! Elles ont fini pourtant beaucoup mieux que les cruauts
qui s'toient passes dans la nuit ne pouvoient le faire croire. Une
fois entrs dans Paris, nous avons pu nous livrer  l'esprance,
malgr les cris dsagrables que nous entendions autour de la voiture:
ceux de _Vive le Roi! vive la Nation!_ toient les plus forts. Une
fois  l'htel de ville, ceux de _Vive le Roi!_ furent les seuls qui
se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre voiture
toient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
incroyable, commence  tre mieux vue par le peuple. J'espre qu'avec
le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
Parisiens, qui n'ont t que tromps. Mais les gens de Versailles,
Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
crois que le Ciel, dans sa colre, a peupl cette ville de monstres
sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
torts! Et si j'tois roi, qu'il m'en faudroit pour croire  leur
repentir! Que d'ingrats pour un honnte homme! Croiriez-vous bien,
Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener  Dieu, me donnent
un vritable dgot pour tout ce qui est prire. Demandez au Ciel pour
moi la grce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grce;
et prchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
rentrer en eux-mmes ceux qui pourroient peut-tre y avoir contribu
par leur irrligion. Adieu, Monsieur, croyez  toute l'estime que j'ai
pour vous, et au regret que j'ai d'en tre loigne.

[Note 169: 5 et 6 octobre.]

La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la rponse.

       *       *       *       *       *

XVII.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                              Ce 8 dcembre 1789.

Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reu ma
lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais trs-mauvais
gr d'avoir t si longtemps en chemin. La vtre a t beaucoup plus
aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une ide du bruit qu'il y a eu
aujourd'hui  l'Assemble. Nous entendions les cris en passant sur la
terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
un dcret qui avoit pass samedi, non-seulement par assis et lev,
mais encore par l'appel nominal. La mme chose est arrive ce matin,
et il faut esprer que l'on ne reviendra plus sur ce dcret, qui me
parot fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.

Je ne mets point du tout de courage  ne point parler de Montreuil.
Vous voulez, mon coeur, juger trop avantageusement de moi. Mais c'est
qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai crit. J'en ai
souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
crme. Flury[170], Coupry[171], Marie[172] et madame Du Coudray
viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
maintenant  la maison. Le salon se meubloit lorsque je l'ai quitt.
Il toit dispos  tre fort agrable. Jacques est dans son nouveau
logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le sont
aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de natre. Pour les
poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
dlaisses. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
meubl. Il est bien joli. Ma bibliothque est presque finie. Pour la
chapelle, Corille est tout seul  y travailler; tu juges si cela va
vite. C'est mme par charit pour lui que j'ai permis qu'il continut
 y mettre un peu de pltre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
pas tre compt comme une dpense. Je suis fche de ne pas y aller,
tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
pense le moins possible; mais je sens qu' mesure que mon sang se
calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
lorsque je pourrai satisfaire mon got. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
est bien malheureux! J'ai reu hier une lettre charmante de
Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y crire.
Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
soeur? Eh bien, il est aujourd'hui attach  mes pas en qualit de
capitaine. Je dis _attach_, parce que l'on ne nous quitte pas plus
que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
Comme mes courses ne sont pas varies, cela m'est bien gal. Au reste,
je me promne tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
j'ai march pendant une grande heure.

[Note 170: Concierge de la maison lisabeth.]

[Note 171: Matre jardinier, mort le 8 nivse an II (28 dcembre
1793).]

[Note 172: Marie Magnin, femme de Jacques Bosson.]

Minette et sa mre toient  Chartres depuis longtemps. Elles y sont
toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
parce qu'elle y est plus distraite qu' Versailles. Elle m'crit assez
souvent. Elle m'a mand hier qu'elle avoit t  confesse, et que cela
l'avoit tout soulage, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
que cela soit vrai. As-tu dj fait une nouvelle connoissance, et
comment t'en trouves-tu? Ton cur n'est point content de ce que nous
avons quitt Versailles. Adieu, ma chre petite; je t'aime et
t'embrasse de tout mon coeur. Tu es bien gentille d'aimer beaucoup la
Princesse, qui te le rend bien!

       *       *       *       *       *

XVIII.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                       Paris, ce 20 fvrier 1890.

Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai t avertie trop
tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tte et le coeur si
pleins de la journe d'hier, que je n'ai pas trop la possibilit de
penser  autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-tre
connu l'affaire par les journaux, a t pendu hier. Je souhaite que
son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne ( l'exception du
peuple et de cette classe d'tres auxquels on ne peut pas donner le
nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanit) ne comprend pourquoi
il a t condamn. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
voil son crime. J'espre que cette injuste excution fera l'effet des
perscutions, et que de ses cendres il renatra des gens qui aimeront
encore leur patrie et qui la vengeront des tratres qui la trompent.
J'espre aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a tmoign
pendant quatre heures qu'il a t  l'htel de ville avant son
excution, lui aura pardonn ses pchs. Priez Dieu pour lui, mon
coeur: vous ne pourrez pas faire une plus belle oeuvre. Du reste,
l'Assemble est toujours la mme: les monstres en sont les matres.
Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
excutrice ncessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire une loi pour
apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper d'autres
choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des hommes. Enfin,
Dieu rcompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux qui trompent
le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de leur
caractre, ne peuvent pas se rsoudre  voir le mal tel qu'il est.

Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
pour l'amour de ta Princesse, et esprons en un temps plus heureux.
Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
coeur.

Tu sais le rglement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
rien  personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
couvents, et mme de religieuses. J'espre que la maison de Saint-Cyr
n'prouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore dcid.

Ta mre se porte bien.

       *       *       *       *       *

XIX.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                          Paris, ce 1er mai 1790.

Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains _la guerre civile_; moi,
je t'avoue que je la regarde comme ncessaire: premirement, je crois
qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divis en
deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
qu'en se laissant dpouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
rpandu. Voil mon principe. Il peut tre faux; cependant, si j'tois
roi, il seroit mon guide, et peut-tre viteroit-il de grands
malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
me contente, tout en approuvant les projets de mon frre, de lui dire
sans cesse qu'il ne sauroit tre trop prudent et qu'il ne faut rien
hasarder.

Je ne suis pas tonne que la dmarche que le Roi a faite le 4 fvrier
lui ait fait un grand tort dans l'esprit des trangers. J'espre
pourtant qu'elle n'a pas dcourag nos allis, et qu'ils auront enfin
piti de nous. Notre sjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
voudrois pour tout au monde en tre dehors, mais c'est bien difficile.
Cependant, j'espre que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
avions bien fait de venir  Paris, depuis longtemps j'ai chang
d'avis; mais, mon coeur, si nous avions su profiter du moment, croyez
que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir de la
fermet; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
fchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
en serions sortis vainqueurs.

       *       *       *       *       *

XX.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                           Paris, ce 18 mai 1790.

Tu auras vu par les papiers publics, ma chre enfant, qu'il avoit t
question de ton mari  l'Assemble, mais tu auras su en mme temps que
l'on n'avoit pas seulement cout M. de Lameth. Ainsi, mon coeur, cela
ne doit pas t'inquiter. Il y avoit quelqu'un qui,  propos du
discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
mari ne rendt Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
restt. J'ai trouv ce propos charmant. Ta mre, qui assurment n'est
pas froide sur tes intrts, n'est point agite de ce qui s'est pass.
Ainsi, mon coeur, laisse gronder l'orage sans te troubler.

Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans peu. Tu me
manderas comment tu l'auras trouve. Je te vois d'ici te changeant
toutes les deux en fontaines. Dis  sa nice bien des choses de ma
part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle beaucoup,
avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il soit
possible de l'tre dans ce moment-ci. Pour moi, j'prouve une vraie
jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les galeries.

Nous sommes enfin sortis de notre tanire. Le Roi va, je crois, monter
 cheval pour la troisime fois, et moi j'y ai dj mont une. Je n'ai
pas t trs-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
matin  Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
vais pour cela. Pendant ce temps-l, l'Assemble s'occupera d'ter au
Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientt, je pense qu'on
lui tera le droit de porter sa couronne, car c'est  peu prs tout ce
qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphin et dans
les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
Qu'est-ce qu'il toit au mari de ta nice? Adieu, ma petite, je
t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Comment va ton petit monstre
d'Henri?

J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis difie,
touche et enchante. Je voudrois savoir ta rforme faite, parce que
c'est toujours un moment dsagrable.

       *       *       *       *       *

XXI.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                                 Ce 27 juin 1790.

Il y a longtemps que je ne vous ai crit, ma petite Bombelinette.
Aussi je prends ce soir les avances, afin de n'tre pas prise au
dpourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a assez de
got pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous les
dcrets que l'on rend  la journe, et surtout de celui d'un certain
samedi dont je ne sais plus le quantime. Il afflige peu des personnes
qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont rendu, car
il est devenu le sujet de la dissipation des socits. Pour moi,
j'espre bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert, car
je ne crois pas que je puisse prendre le vritable, celui de France.
Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre que de
ces dcrets-l, je joindrois l'amour au profond respect dont je suis
pntre pour eux. Tu trouveras mon style un peu lger, vu la
circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-rvolution, tu
me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous rjouir dans
quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour clbrer les
fameuses journes du 14 et du 15 juillet, dont peut-tre tu as entendu
parler. On apprte le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
mes. J'espre, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
chaud qu'il a fait la semaine passe; car je crois que la messe que
nous entendrons en ce moment pourroit tre mal entendue, vu que, pour
ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
crverois. Sans cela, j'espre bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafrachir de
quelque temps; mais au contraire j'espre bien le ramener tout comme
il y aura t. Pardonne-moi toutes ces btises; mais j'ai tant touff
la semaine passe, et  la revue de la milice, et dans mon petit
appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.

J'achve ma lettre  Saint-Cloud. Me voil rtablie dans le jardin,
mon critoire ou mon livre  la main; et l je prends patience et des
forces pour le reste de ce que j'ai  faire. Ta mre, que je viens de
quitter, se porte trs-joliment. Adieu, je t'aime et t'embrasse de
tout mon coeur. As-tu sevr ton petit monstre, et comment t'en
trouves-tu?

       *       *       *       *       *

XXII.

A LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                              Ce 10 juillet 1790.

J'ai reu ta lettre par ce Monsieur qui est retourn  Venise, mais
trop tard pour y pouvoir rpondre, en ayant une autre  crire plus
presse. Nous touchons, ma chre enfant, comme le dit la chanson, au
moment de la crise de la Fdration. Elle aura lieu mercredi; je suis
bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de trs-fcheux. M. le duc
d'Orlans n'est pas encore ici, peut-tre y sera-t-il ce soir ou
demain; peut-tre ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est 
peu prs indiffrent. Il est tomb dans un tel mpris que sa prsence
sera cause de peu de mouvement. L'Assemble parot dcidment spare
en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
d'Orlans, autrement appel celui des Lameth. Je dis cela parce que le
public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
ensemble qu'ils veulent le parotre. Que cela soit ou que cela ne soit
pas, il parot que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
considrable, et cela doit tre un bien, parce qu'il est moins
sanguinaire, et parot vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
immortel dont Target[173] accoucha le 4 fvrier de l'an 90.

[Note 173: Target passait avec raison pour le membre le plus actif du
comit de la constitution. Aussi dans le monde n'tait-il question que
des couches de Me Target. On publia _cinq bulletins des couches de Me
Target, pre et mre de la constitution des ci-devant Franois, conue
aux Menus, prsente au Jeu de paume et ne au Mange._]

Toutes les rflexions que tu fais sur le sjour du [Roi] sont
trs-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
suivent sont bonnes  suivre, sont mme ncessaires. Mais de tout cela
il n'en sera rien,  moins que le Ciel ne s'en mle. Prie-le bien fort
pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
que l'on ne puisse rsister au dsir de s'amuser un peu, et d'une
manire qui peut tre ou fort utile ou fort malheureuse pour
l'ternit. Le choix est difficile  faire dans deux choses aussi
rapproches que celles-l, quoiqu'au premier coup d'oeil elles
paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
la peine de le dmontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
convenir que tu seras bien indulgente.

L'Assemble a dcrt hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
Fdration, le prsident  sa droite; le reste de sa famille sera, je
crois, aux fentres de l'cole militaire. Le Roi avoit dsir d'en
tre entour; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux dsirs
de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui dlgue. Tu
sais que j'ai le bonheur de connotre beaucoup un des membres de cette
auguste famille du sicle pass; eh bien, je vous fais part que tout
cela lui est bien gal: elle n'en est afflige que par rapport  la
Reine, pour qui c'est un soufflet donn  tour de bras, et d'autant
mieux appliqu qu'il a t mnag de loin, et que jusqu'au dernier
moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.

Je suis fche de penser que tu n'es plus  la campagne, parce que
cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien difie de ta
rsignation et de ton amour pour tes devoirs. J'espre que tes enfants
te ressembleront et serviront Dieu et leur matre comme de bons
chrtiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant de si
bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fche que ma
phrase t'ait dplu, ce n'toit pas mon intention, comme tu peux bien
l'imaginer. Je n'ai pens qu'au temps qu'il y avoit que ton mari ne
s'toit occup de ce mtier qui demande un peu de pratique, surtout
s'il le suivoit dans la position o il est[174]. Mais je te fais
rparation, et te dirai que je suis convaincue que le zle que
certainement il y mettroit pourroit suppler  ce qui lui manqueroit
de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
dissimuler que, malgr la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
point du tout que ton mari soit appel. J'ajouterai que je ne crois
pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fix et qu'il
ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volont ou de force.
Pse encore cette rflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
jamais eu le dsir de te faire de la peine, notre amiti est trop
vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
t'embrasse de tout mon coeur; je suis bien fche de ce que tu me
mandes de Font. J'espre que tu te trompes; si cela toit, que nous
serions ou btes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y rflchis, ainsi
qu' ses propos, et moins je le crois.

[Note 174: Il toit question de m'employer militairement  la suite
de M. le comte d'Artois, et Madame lisabeth le voyoit avec peine.
(_Note du marquis de Bombelles._)]

M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
souffert un sjour plus long, mais c'est toujours fort bien  lui de
l'avoir senti. S'il pouvoit de mme se persuader de rester toujours o
il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.

       *       *       *       *       *

XXIII.

LA MARQUISE DE BOMBELLES.

                                                 Ce 16 aot 1790.

Eh bien, ma Bombe, tu es en colre contre moi; tu aurois raison si
j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
Monsieur qui t'a apport une lettre de ta mre en a, je crois, une de
moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
pas lui, tu en recevras une du mme temps; du moins il me semble
qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voil la raison pour laquelle
je ne lui en ai pas donn. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
crit du tout, c'est srement la faute du temps qui me manquoit; car
tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
 mon aise avec toi, et que celui-ci tant encore plus intressant, je
ne le laisserai pas chapper. Au reste, pour obtenir tout  fait mon
pardon, je te promets de t'crire par la premire occasion, si
pourtant j'ai quelque chose  te mander; car je ne crois pas que vous
dsiriez que je vous fasse des contes.

Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reu ton lixir, car
Raigecourt te l'a envoy il y a dj quelque temps. Elle est  la
campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
qu'ils ont achete. Elle est agrable; mais ne pouvant en jouir pour
Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquitude. La description que tu
me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
ne vous occupez point d'ides qui puissent rendre nul le bonheur que
la nature vous offre. Joignez-y le vritable, celui d'une conscience
bien pure, d'un coeur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te vanter
d'tre philosophe, et philosophe chrtien, bien loin des principes de
tes anciens amis, que l'exprience doit te faire juger avec des yeux
moins indulgents.

La mre Bastide vient de terminer sa longue carrire avec le calme
qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'toit
pas du tout change. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, 
moins que cela ne ft la mre Beaugeard[175].

[Note 175: Mre de M. Beaugeard, secrtaire des commandements de la
Reine _pour les annes paires_.]

Nous sommes toujours  Saint-Cloud, toujours dans la mme position,
attendant avec rsignation ce que le Ciel nous rserve. Bonsoir, ma
chre Bombe; je t'embrasse de tout mon coeur, je t'aime beaucoup, et
je voudrois bien tre avec toi dans un petit coin de ta campagne.
Bitche pense-t-il toujours  moi?

       *       *       *       *       *

XXIV.

A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[176].

[Note 176: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
interdite.]

                                                 Ce 29 aot 1790.

J'ai reu votre lettre, mon coeur; elle m'a bien touche; je n'ai
jamais dout de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit t infiniment agrable
de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
je consens trs-fort au projet qu'il a form de passer l'hiver en pays
tranger. Je vous avoue mme que votre position me le fait dsirer: ce
pays-ci est tranquille, mais d'un moment  l'autre il peut ne l'tre
plus. Vous tes trop vive pour vous exposer  faire vos couches dans
un lieu o l'on peut craindre chaque jour quelque mouvement; votre
sant n'y rsisteroit pas; de plus, avec cette disposition-l, les
suites de vos couches seroient beaucoup plus fcheuses. Faites toutes
ces rflexions pour vous aider, mon coeur,  faire le sacrifice que la
fortune de votre mari et sa position vis--vis de sa mre vous
obligent de faire. Si de vous dire que je l'approuve peut en effet
vous le faire un peu mieux supporter, je vous le rpterai sans cesse;
mais, mon coeur, ce que je ne saurois trop vous rpter, et que je
voudrois que vous eussiez grav dans le coeur et dans l'esprit, c'est
que ce moment-ci doit tre dcisif pour votre bonheur et votre
rputation. Vous allez tre livre  vous-mme, dans un pays tranger,
ne pouvant recevoir de conseil que de vous-mme. Peut-tre y
rencontrerez-vous des Parisiens dont la rputation ne soit pas
trs-bonne: il est bien difficile dans un autre pays de ne pas voir
ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une telle prudence, rglez
tellement vos dmarches sur la raison, que nul ne puisse tenir un
propos sur vous. Surtout, mon coeur, cherchez  plaire  votre mari;
quoique vous ne m'ayez jamais parl de lui, je le connois assez pour
savoir qu'il a de bonnes qualits, mais qu'il peut en avoir qui ne
vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne jamais vous arrter
sur celles-l, et surtout de ne jamais permettre que l'on vous en
parle; vous le lui devez, vous vous le devez  vous-mme. Cherchez 
fixer son coeur: si vous le possdez bien, vous serez toujours
heureuse. Rendez-lui sa maison agrable, qu'il y retrouve toujours une
femme empresse  lui plaire, occupe de ses devoirs, de ses enfants,
et vous gagnerez par l sa confiance; et si une fois vous l'avez bien,
vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous a donn, et un peu
d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma chre enfant, songez
avant tout  sanctifier toutes vos bonnes qualits par un grand amour
pour Dieu; pratiquez votre religion, vous y trouverez une force, des
ressources dans toutes vos peines, des consolations qu'elle seule peut
faire goter. Ah! y a-t-il un bonheur plus grand que celui d'tre
toujours bien avec sa conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous
verrez que les tourments de la vie sont bien peu de chose compars
avec les tourments qu'prouvent les gens livrs  toutes les passions.
Que la dvotion de votre belle-mre ne vous en dgote pas: il est des
gens  qui le Ciel n'accorde pas la grce de la connotre sous son
vrai jour; il faut prier que le Ciel l'claire. Je suis bien aise que
votre mari connoisse ses dfauts, mais je serois fche que par des
plaisanteries ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon
coeur, de tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous
dire tout ce que je crois utile  votre bonheur. Vous me dites, avec
toute l'amabilit dont vous tes capable, que si vous valez quelque
chose vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager  vous
ennuyer encore.

Mandez-moi si vous avez reu une lettre de moi, que je vous ai crite
peu de jours aprs la Fdration; il y en avoit une pour votre
belle-mre: comme c'est une occasion, elle a t longtemps en chemin.
Adieu, mon coeur, crivez-moi tant que vous en aurez le dsir. Si vous
avez besoin d'ouvrir votre coeur, ouvrez-le-moi, et croyez que vous ne
pouvez pas vous adresser  quelqu'un qui vous aime plus tendrement que
moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous rpondre pour
M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien faire pour
lui dans ce moment, je dsire que vous priiez la personne qui vous en
a parl, s'il se trouvoit dans une position plus critique, qu'il est
toujours  craindre que les circonstances amnent, de vous le mander;
pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela seroit plus
naturel que de leur envoyer de but en blanc, je craindrois que leur
amour-propre n'en ft choqu. Dites  votre mari de ma part que
j'espre que votre conomie, et la sienne, fera qu'au printemps je
pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui aussi de me
donner de vos nouvelles ds que vous serez accouche. J'embrasse vous
et votre fils de tout mon coeur.

Dites bien des choses  votre belle-mre; je lui crirai dans peu.
Bombe se porte bien. Je suis bien fche que le mariage de Pauline ne
se fasse pas.

       *       *       *       *       *

XXV.

A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS.

                                            Ce 27 septembre 1790.

Te voil donc  Genve, mon coeur, te voil  seize lieues de tes
parents, et ne pouvant pas y aller; je conois la peine que cela te
fait, mais je suis enchante du courage que tu y as mis. Qu'il est
bien fait d'viter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
souvent de l'humeur, dans le mnage: une femme doit tout sacrifier
pour que la paix y rgne, et voil ce que Dmon commence  sentir;
cela me fait un plaisir extrme, car j'aime Dmon de tout mon coeur;
je dsire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
rflchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
pour lors je serai assure de son bonheur, parce qu'il consiste,
par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
les peines et les contrarits dont ce monde est sem. Je ne vous
gronderai pas, mon petit Dmon, d'avoir le coeur serr, il est des
occasions o il est difficile de lui faire violence, mais j'esprerai
toujours qu'un courage chrtien vous mettra dans le cas de ne pas le
montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les volonts de
votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais vis--vis de lui
d'autres armes que celles de la persuasion.

Non, mon coeur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
attachement, j'aime  croire que vous ne changerez jamais, et me fais
un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
pour moi d'tre oblige de changer; mais, mon coeur, si vous mettez
quelque prix  mon amiti, songez que c'est  votre bonne conduite que
vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
avez eu quelques torts de vivacit, ayez la bonne foi de me les
avouer, et mandez-moi un peu comment vous tes avec votre mari. Si je
vous fais des questions indiscrtes, pardonnez-les, mon coeur, 
l'intrt que je prends  tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
mnagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagrez
en rien l'ducation physique que vous lui donnerez, suivez les
conseils des gens sages et clairs, et surtout apprenez  tenir un
enfant, car au premier jour vous l'toufferez si vous n'avez pas plus
de talent que vous n'en aviez pour Stani[177]. Il est bien gentil de
penser  moi; j'espre que ta petite m'aimera un peu,  l'exemple de
son frre.

[Note 177: Stanislas, l'an de ses enfants, filleul de _Monsieur_ et
de Madame lisabeth.]

Que vous faites bien, mon coeur, de ne chercher  vous lier qu'avec
des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux pour une jeune
personne que des femmes qui n'ont pas de trs-bons principes, rien ne
les perd plus vite. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien
tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.

A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est trs-svre pour la
femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
mauvais, mais je crois sa conduite intrieure intacte; elle est
inconsquente, voil ce qui la perdra de rputation, mais je crois
pouvoir rpondre que son coeur est pur et droit.

       *       *       *       *       *

XXVI.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                              Ce 2 dcembre 1790.

Je profite, ma Bombe, du dpart de l'ambassadeur[178] pour causer un
petit moment avec toi, pour gmir sur les malheurs de ma patrie et sur
le peu de remde qui se prsente. La religion plus attaque que jamais
me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
dit que les provinces souffrent avec peine l'excution des dcrets sur
la cessation du service divin dans les cathdrales, mais avec cela
elles sont fermes. Il en est ainsi de tout: on gmit, mais le mal ne
s'en opre pas moins. De temps en temps la Providence nous mnage
quelques rayons d'espoir, mais leur lumire est bien vite efface.
Mais ne nous livrons pas  des ides si tristes, parlons de l'oncle de
la petite-fille de Vitry[179] que tu connois. Sa position est toujours
critique; il parot que son commerce se remettroit si ses parents
vouloient l'aider, mais il a affaire  des gens peu confiants, et ce
dfaut-l est tellement dans leur caractre, qu'ils ne confieroient
pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles pour la
faire valoir. J'en ai encore la triste exprience sous mes yeux, et
cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je m'intresse 
eux. Et puis, je sens que l'oncle doit tre fatigu et ennuy 
l'excs de voir sa maison de banque ruine. Il pouvoit chercher
d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme la plus
grande partie de l'hritage qu'il attend vient d'eux, il seroit ruin
 pure perte. Tout cela est affligeant. De tout ct, l'on voit des
familles dans la dsolation, pour les affaires publiques et
particulires. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait natre!
Moi qui, il y a quelques annes, me rjouissois de n'tre pas ne dans
le sicle pass! Grand Dieu! que les lumires des hommes sont bornes,
mme dans les choses qui paroissent les plus simples!

[Note 178: M. de Bombelles retournait  son poste.]

[Note 179: L'Empereur. (_Note de M. de Bombelles._)]

Je n'ai pas t inquite, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
courus mon frre; tu sais qu'en gnral je ne crois au mal que
lorsqu'il est fait. J'ai conserv ce caractre, quoiqu'une triste
exprience et d me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
grce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a prserv ma
famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
prsent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
soit conserve dans ce royaume, et qu'il loigne de nous les schismes
qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon coeur, et suis par
consquent charme de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
rvolution.

Dites  la comtesse D.[180], en cas que cette lettre arrive avant
celle que je lui crirai lundi, qu'elle va tre paye de ses
appointements, mais qu'il faudroit qu'elle charget quelqu'un de sr
de recevoir pour elle, de manire que ses cranciers ne puissent pas
s'emparer de cet argent.

[Note 180: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame lisabeth.
(_Note de M. de Bombelles._)]

       *       *       *       *       *

XXVII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                                30 dcembre 1790.

Je vois d'ici _ta perfection_ tant dans une douleur mortelle de
l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous rservoit ce coup:
qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
s'tablisse. Voil tout ce que je demande. La rponse du Pape n'est
point arrive, je crois; elle est bien intressante. Au reste, mon
coeur, cette acceptation a t donne le jour de saint tienne.
Apparemment que ce bienheureux martyr doit tre maintenant notre
modle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curs de Paris qui
ont prt le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
considrable. Tout cela fait un trs-mauvais effet dans mon me; car,
loin de me rendre dvote, cela m'te tout espoir que la colre de Dieu
s'apaise. Tu sens bien que ton cur est bien dcid  suivre la loi de
l'vangile, et non celle que l'on veut tablir. On dit qu'un membre de
la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
que l'estime que l'on avoit pour lui, la prpondrance qu'il avoit
dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entranant les
esprits. Le cur lui a rpondu: Monsieur, c'est par toutes les
raisons que vous venez de me donner que je ne prterai pas le serment,
et que je n'agirai pas contre ma conscience. Une chose que ceci m'a
fait dcouvrir et qui fait horreur, c'est combien les curs de
campagne sont peu instruits.

Je suis confondue de ce que tu m'as mand de la part de ton mari.
Tche de me dire que tu lui as donn cet ordre. Ses affaires ne vont
pas bien. La personne qui lui a fait connotre celui qui devoit lui
faire faire cette acquisition lui a envoy trois paquets avec prire
d'en accuser rception. Il n'en a pas entendu parler. Demande-lui si
c'est qu'il ne les a pas reus, et rponds-moi, parce que je le dirai
 la personne intresse.

Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur et vous aime de mme.

       *       *       *       *       *

XXVIII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                               Ce 7 janvier 1791.

Des gens plus diligents que moi vous auront srement mand ce qui
s'est pass  l'Assemble mardi: enfin, mon coeur, la Religion s'est
rendue matresse de la peur. Dieu a parl au coeur des vques et des
curs. Ils ont senti tout ce que leur caractre leur inspiroit de
devoirs, ils ont dclar qu'ils ne prteroient pas le serment. Pour le
moins vingt du ct de gauche se sont rtracts; on n'a pas voulu les
couter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonn une erreur cause
par toutes les voies de sduction dont il est possible de se servir.
Un cur du ct gauche a mis beaucoup de fermet pour ne pas le
prter. On dit que cette journe dsappointe bien des gens: tant pis
pour eux; ils n'ont que ce qu'ils mritent; mais ce qu'il y a de
triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
nous abandonne pas tout  fait, voil  quoi nous devons borner nos
voeux. Je n'ai point de got pour les martyres; mais je sens que je
serois trs-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutt que
d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espre que si j'y suis
destine, Dieu m'en donnera la force. Il est si bon, si bon! C'est un
pre si occup du vritable bonheur de ses enfants, que nous devons
avoir toute confiance en lui. As-tu t touche, le jour des Rois, de
la bont de Dieu qui appela les gentils  lui dans ce moment? Ces
gentils, c'toit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidles  notre
foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et
sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment
filiale.

J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien relle, que tu partageras sans
doute: cette pauvre madame de Cimery[181] qui, comme tu sais, avoit
mal au sein depuis cinq semaines, toit presque alite; dans la nuit
du dimanche au lundi, son me, aprs avoir reu le matin son Crateur,
a t prendre sa place dans le ciel; car j'espre bien qu'elle est
heureuse, et qu'elle a reu la rcompense d'une vie entire de vertu
et de malheur.

[Note 181: Premire femme de chambre de la princesse; elle tait de
son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.]

Je la regrette vivement: elle toit d'une grande ressource pour moi;
et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualits que je
puis dsirer dans une premire femme, mais dans celles qui convenoient
 mon coeur,  mon esprit et  mes sentiments. Je la regrette comme
mon amie, mais je la crois heureuse, et cette ide me console.

       *       *       *       *       *

XXIX.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                              Ce 24 janvier 1791.

Enfin, ma Bombe, nous voil arrives  l'instant o il faut que je te
dise ma faon de penser sur la conduite de ton mari. La dlicatesse
de ma conscience m'a empche jusqu' ce moment de t'en parler. Tes
parents, comme tu sais, dsiroient vivement que ton mari se soumt 
l'ordre de l'Assemble et du Roi. L'tat des affaires de ton mari
pouvoit tre d'un si grand poids, qu'il me paroissoit possible qu'il
pt l'emporter sur les considrations qui ont dcid ton mari.
D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les attend est
cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que la
conscience, l'opinion, l'attachement  ses matres dment, je ne
trouve pas que leur infortune doive empcher de le refuser. Il n'y a
donc que ses dettes qui eussent pu l'engager  le prter. Par elles,
il se voyoit forc; et comme il ne juroit que ce que le Roi a jur
lui-mme, et doit jurer de nouveau  la fin de la Constitution, il
auroit t possible que ton mari imitt son matre, et suivt le sort
qui entrane les malheureux Franois. Des thologiens ont cette
opinion. Je crois donc que cela et t possible. Mais je t'avoue que
si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
pas balanc  lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
ce que je te mande que je ne suis pas bien dcide sur ce que j'aurois
fait  sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
chevaleresque qui ne mourra jamais dans les coeurs franois, me font
estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer 
ses cranciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
pouvoir ce que dans le fond de l'me on maudit journellement, tout
cela se combat si vivement dans mon me, qu'il ne me reste que la
possibilit de partager les peines que tu vas prouver, et d'tre
occupe de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
s'habitueront-ils au mal-tre, aprs avoir t levs dans l'aisance?
et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon coeur
me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
position, et sois sre que je ferai tous les sacrifices possibles pour
te la rendre moins dsagrable. Je ne te promets pas de donner  ta
pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sre que je la secourrai
le plus que je pourrai. J'espre que ton mari et toi conserverez la
paix, la rsignation et la douceur chrtiennes qui seules peuvent
faire soutenir le malheur prsent et ceux que l'on craint. Mon frre
me dit un bien extrme de toi et de ton mari. Il est gentil, mon
frre; il m'a crit en arrivant; cela m'a fait bien plaisir. Mais je
suis dsole de la longueur que les lettres mettent  arriver. Comme
cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu un peu de bruit
aujourd'hui  la barrire de la Villette. Il y a eu un combat entre
des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes de tus, et 
peu prs douze blesss. On prtend que le peuple ne veut plus de
barrires; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser l'Assemble sur le
chapitre des impts. Adieu, ma petite. Je t'embrasse de tout mon coeur
et t'aime de mme. Je laisse  ta mre  te rendre compte de sa
conversation avec ton ministre.

Envoie cette lettre  mon frre, s'il n'est plus avec toi.

       *       *       *       *       *

XXX.

A MADAME DES MONTIERS[182].

[Note 182: La reproduction de cette lettre est interdite.]

                                              Ce 11 fvrier 1791.

Vous tes bien aimable, mon Dmon, de m'avoir donn de vos nouvelles
le plus tt que vous avez pu. Je suis charme que votre couche ait t
aussi heureuse, et qu' a prs d'un peu de mal  la poitrine, vous
soyez contente de votre sant. Je ne suis pas fche que vous n'ayez
pas nourri, peut-tre cette entreprise et-elle t trop forte pour
vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous souvent,
vous sentez-vous dj de la tendresse pour lui? Stani n'en est-il pas
jaloux? Je sens, mon coeur, la peine trs-relle que vous avez
prouve de n'avoir pas votre mre  vos couches; je la partage par
toute l'amiti que j'ai pour vous, mais je vous flicite en mme temps
d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et quoique
vous en disiez, j'espre que ce sacrifice vous vaudra quelque grce du
Ciel. Vous tes faite pour tre bonne chrtienne, mon coeur; les
malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous dterminer 
prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous l'avoir dj
mand, votre mari vous aime, mais il est jaloux des sentiments que
vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous rendre heureuse,
que de faire vos efforts pour le convaincre que ces sentiments ne
nuisent nullement  ceux que vous avez pour lui. Vous avez de
l'esprit, employez-le  cela, et je vous rponds qu'aprs quelque
temps d'preuve vous finirez par tre beaucoup plus heureuse que vous
ne pouvez vous en flatter  prsent. Que votre mre s'y prte en
oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne peut
tre ramen que par la douceur et un oubli total des torts que son
amour-propre lui reproche, et dont ce mme amour-propre l'empche de
convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
sentiment en lui, et le mettant  son aise avec vous, l'amneront sans
qu'il s'en doute  avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
rflchie vous aura mrite. Je voudrois pouvoir hter ce moment; mes
voeux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime  tre convaincue
que vous serez heureuse un jour comme vous le mriterez.

Est-il vrai que madame de Stal a demand publiquement pardon  sa
mre,  un prche, de s'tre marie contre son gr? Avez-vous du monde
qui vous convienne  Genve? Mandez-moi un peu avec qui vous tes
lie, et si la vie que vous menez est un peu plus agrable. Votre
belle-mre me marque que vous allez faire fondre cette grosseur que
vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, mnagez-vous pendant
longtemps, mon coeur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
coeur, croyez  la vrit de mon amiti pour vous, au dsir que j'ai
de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment o
j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon coeur.

       *       *       *       *       *

XXXI.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                              Ce 12 fvrier 1791.

Je ne t'cris qu'un petit mot aujourd'hui: 1 l'heure de la poste me
presse; 2 je vais monter  cheval avec la Reine et Lastic  ce triste
bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le rendra
peut-tre un peu plus gai. Je crois l'hiver tout  fait pass, et je
m'en rjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps dans le
chteau des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit, malgr
toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des Jacobins
tabli  Svres. On dit qu'elles seront arrtes et fouilles en
chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que cela a
t beaucoup dit pour les effrayer et les empcher de partir; mais
heureusement on n'en est pas venu  bout. Je ne sais si je t'ai mand
que l'abb Madier alloit avec elles: il partira huit jours aprs
elles. Pense un peu, mon coeur, aux angoisses o je serai, la premire
fois que je m'adresserai  un autre prtre, moi qui ai toujours t 
l'abb Madier depuis l'ge de neuf ou dix ans. Je suis  peu prs
dcide: je crois que je prendrai le confesseur de madame
Doudeauville: on en dit beaucoup de bien, et j'espre qu'il n'est ni
trop doux ni trop svre. Je te manderai ce qui en est lorsque j'y
aurai t. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans le fond de
l'me de ce que je ne pense pas  ton cur, et tu vas croire que c'est
parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout simplement parce
que je ne crois pas qu'il me convnt; et puis, dans ce moment, j'aime
mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et que je puisse
esprer de garder. Au reste, je sens que je vais trler mon me de
confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me dplaire,
quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette nigme. Sur
ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon coeur. Je ne
sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.

Dis bien des choses au marchal de Broglie de ma part, et assure-le de
l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi  ta princesse.

       *       *       *       *       *

XXXII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                              Ce 15 fvrier 1791.

J'ai reu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
rpondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
pas crit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton cur;
mais, par tourderie, je me suis persuade que la poste partoit le
dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses  faire
dans la matine; l'heure de la poste s'est passe, et je n'ai plus eu
la possibilit que de me livrer  des regrets. Aussi, aujourd'hui je
m'y prends  sept heures du matin, pour tre bien sre de n'y pas
manquer. Lundi, je t'crirai aussi; mais je puis te dire d'avance
qu'il ne se passera rien de fcheux. Ton cur dira la messe de bonne
heure, et ne fera pas le prne. Les gros bonnets de la paroisse n'y
seront pas non plus. Il y a un moine qui prche dans la paroisse, qui
a propos au cur de faire le prne, pour empcher les prtres de
courir des risques. Il disoit au cur que si on le tuoit, il n'y
auroit pas grand mal  cela. C'est un des jeunes prtres de la
paroisse qui prchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oubli.

Toute la communaut a t parfaite pour le cur, et ne l'a pas quitt
tant qu'il a t dans l'glise et la sacristie.

Je suis dsole, mon coeur, de la peur indigne que vous a faite M. Le
Blond[183]. Nous sommes loin encore de toutes les ides qu'il t'a fait
venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas ressenti. Si
tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas venir M.
Piron? C'est une dpense, il est vrai; mais pour ta sant et celle de
ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis bien
fche d'tre si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de causer
comme je le voudrois pour toi; mais, mon coeur, calme-toi. Je conois
que cette proposition paroisse difficile, mais cela est ncessaire. Tu
te brles le sang, tu te rends plus malheureuse encore que tu ne
devrois: tout cela, mon coeur, n'est pas dans l'ordre de la
Providence. Il faut se soumettre  ses dcrets; il faut que cette
soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
lvres et non dans notre coeur.

[Note 183: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
ouvrage comme donnant des leons d'histoire et de gographie  Madame
lisabeth.]

Lorsque Jsus-Christ fut trahi, abandonn, il n'y eut que son coeur
qui souffrit de tant d'outrages; son extrieur toit calme, et
prouvoit que Dieu toit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
doit tre en nous. Ainsi, mon coeur, calmez-vous, soumettez-vous, et
adorez en paix les dcrets de la Providence, sans vous permettre de
porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit
qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'tes pas dans ce
cas-l; et Dieu vous a trop comble de grces pour que vous ne mettiez
pas votre vertu  attendre patiemment la fin de sa colre.

Quant  moi, mon coeur, je suis loin d'tre dans votre position. Je ne
dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus  porte des
consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquitudes, je suis
calme, et j'espre une ternit heureuse. Ne me crois ni folle ni
gourmande. J'aime  bien dner, mais j'aime pourtant encore autre
chose. Quant  ce que tu me marques sur moi, crois, mon coeur, que je
ne manquerai jamais  l'honneur, et que je saurai toujours remplir les
obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma rputation;
et j'espre que Dieu me donnera la lumire ncessaire pour me conduire
toujours sagement, et ne pas m'carter de la voie qu'il m'a trace.
Mais pour juger de tout cela, mon coeur, il faudroit tre prs de moi.
De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de prs, il n'est souvent
qu'un mouvement de dpit ou de quelque autre sentiment qui ne vaut pas
mieux aux yeux des gens sages.

J'ai donn  madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
cote beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu' ce moment, il
me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle runissoit
tout. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
souhaite calme, patience, rsignation, courage et confiance. C'est une
tourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forc de prendre le
parti qu'il a pris.

Quant aux deux tres que vous et d'autres redoutez tant, on a tort de
les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera jamais; mais
j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux[184].

[Note 184: Deux dputs du ct gauche, que l'excs du mal ramenait 
de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
confrences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
Madame lisabeth repousse les ides que la mchancet voulait attacher
 ces entretiens. (_Note de M. Ferrand._)

Ces deux dputs taient Danton et Guadet. (Voir _Louis XVII_, tome
1er, livre V, p. 227, 6e dition, in-8.--Henri Plon.)]

On n'a pas demand d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
avoir donn lieu  ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
toujours un page et un cuyer avec moi; je trouve que cela doit tre;
mais cela ne convenoit pas aux gens de l'curie, ce dont je me moque,
trouvant indcent d'tre avec des piqueurs dans ce moment-ci.

       *       *       *       *       *

XXXIII.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                              Ce 28 fvrier 1791.

Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
qu'elles ont t arrtes  Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
_Monsieur_ a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
Saint-Honor et de leur socit, qui l'ont pri de ne pas sortir du
royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour o l'on a appris que mes
tantes toient arrtes, l'Assemble a rendu un dcret qui disoit que
Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir excutif seroit suppli
de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
sais sans doute que les chefs des Jacobins n'tant pas de cet avis, et
voulant que le prsident engaget le Roi  les faire revenir, une
foule de badauds s'est porte sous les fentres du Roi, parmi laquelle
il y avoit peut-tre une centaine de femmes qui se sont gosilles
pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la mme demande
que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde ayant fait
une trs-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a eu la
permission de la municipalit de repousser la force par la force, que
le peuple cdt. A peine le tambour a-t-il paru sur la terrasse, que
tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la garde se sont
conduits parfaitement bien. Le chteau toit comble de gens qui
toient pleins de bonne volont. Le Roi a parl avec force  M.
Bailly. Enfin tout s'est pass le mieux du monde. Aussi hier n'y
a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
avoit longtemps que nous tions un peu seules au jeu; mais, hier, il
toit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai prouv. Ah!
mon coeur, le sang franois est toujours le mme: on lui a donn une
dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqu le fond de leur
coeur. Il n'est point glac, et l'on aura beau faire, il ne changera
jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
mille fois davantage.

Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
peut parvenir  se dbarrasser de l'empirique qui donne de si
mauvaises drogues[185], cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
j'ai reues de ses amis loigns me font craindre qu'il ne le puisse
pas. Le printemps avance beaucoup; sa sant pourroit bien s'en
ressentir. A cette poque, les humeurs sont toujours bien plus en
mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
pour lui de meilleur remde; mais lorsque l'on a t lev  Paris,
il semble que l'on soit destin  ne faire jamais usage de ses jambes.
Je sens mme que, sans y tre lev, pour peu que l'on l'habite, on
perd le got de la promenade, ou, pour mieux dire, l'usage.

[Note 185: C'est de M. de Calonne que Madame lisabeth entend parler
ici.]

Voil ta petite belle-soeur dbarrasse d'une partie de sa nombreuse
compagnie. M. le prince de C.[186] est  Worms, et sa fille doit le
joindre ds qu'elle sera gurie.

[Note 186: Le prince de Cond.]

Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
critique. On vend leur bien. Ta mre y a t la semaine passe; moi,
je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
cotera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
consolation  prsenter  des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
embrasse, ma chre Bombe, et vous aime du plus tendre de mon coeur.

Vous ai-je dit que l'abb Madier alloit  Rome? La semaine prochaine
je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
plaisir.

Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne  son
ami avant que celui-ci ait fait les premires avances. Il seroit
pourtant bien avantageux qu'il pt venir le voir venir: tout le monde
le dsire; et moi, l'intrt que j'y prends me le fait souhaiter pour
son bonheur.

                                                          Ce 1er.

Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volont,  force d'en
avoir, ont trouv le moyen de dplaire  la garde, qui toit
parfaitement dispose pour le Roi. On a voulu dtruire Vincennes; mais
la garde est arrive  temps pour l'empcher. Tout est calme ce matin.
Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empche d'entrer
dans tous les dtails que tu pourrois dsirer; mais sois tranquille,
tout est bien.

       *       *       *       *       *

XXXIV.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                                    11 mars 1791.

J'ai reu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
nouvelles dtailles, et ce n'toit qu' force d'esprit que j'tois au
courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
entrer un peu en dtails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
avec toi, qu'il crive sous ta dicte, parce que cela te fatigue.
Est-ce que tu n'as pas reu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
jours: la scne de lundi y a bien contribu[187]. Il va mieux. Adieu,
je t'embrasse de tout mon coeur.

[Note 187: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
dirig, le lundi 28 fvrier, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
consquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
dtruire celle-l aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
portait avec la troupe  la dfense du donjon, un flot de peuple
envahissait le chteau des Tuileries, d'o l'on tentait, criaient-ils,
d'enlever le Roi pour le conduire  Metz. De leur ct, environ quatre
cents jeunes gens arms s'taient donn rendez-vous au chteau,
croyant le Roi en danger. Cette chauffoure reut le nom de _Journe
des poignards_.]

       *       *       *       *       *

XXXV.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                                 Ce 3 avril 1791.

Je t'cris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
Dieu et en son glise. Les curs intrus sont tablis ce matin. J'ai
entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
contente de moi. J'aurois d me piquer de dvotion aujourd'hui, pour
au moins rparer un peu tout ce que l'on fait contre Dieu: ne
v'l-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai t pis qu'une bche! Je ne sais
pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y prte
gure. Le cur de Saint-Roch a dit sa messe  cinq heures et demie; il
y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau discours, o il
a parl de la perscution. Les gens qui communioient toient fort
touchs. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit saint? Cela me
fait plaisir; c'est l le fruit de la charit qu'il a toute sa vie
exerce. Sais-tu que M. de Bonnay va  confesse au cur, et qu'il est
dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir. Tout ceci fait
rentrer bien des gens en eux-mmes. Je vois tout ce qui est rpandu
dans la bonne compagnie penser  merveille. J'ai caus, l'autre jour,
avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus parfaitement
contente. Madame de Mirepoix est devenue trs-pieuse. La petite de
Maill va  merveille; mais malheureusement le peuple et le bourgeois
ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligs, mais ce qui
parot, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevque vient de
donner une ordonnance superbe, mais svre, sur notre position. Dieu
veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit l'autre jour, dit,
aprs l'avoir acheve: Si je perdois trois cent mille livres de
rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant ce que l'on
appelle un honnte homme.

Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-l est vraiment
distingu. Mademoiselle Bnard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
sans frmir  la quinzaine de Pques. Je voudrois bien ne la point
passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon coeur, vous avez beau
grogner, votre grossesse vous a procur un grand bonheur en vous
loignant du schisme et de la division la plus affreuse.

Je suis bien fche que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
besoin d'tre saigne? tu ne l'as pas t, je crois, depuis que tu es
grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
prendre cette prcaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
si _Monsieur_ le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hlne. Si
tu voulois accoucher le 3 de mai,  une heure du matin[188], cela
seroit trs-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'tats gnraux
ni de schisme.

[Note 188: Jour et heure de la naissance de Madame lisabeth. Comme
toutes ces petites recherches de l'amiti sont bonnes, simples,
touchantes! Il n'y a ni tude ni contrainte; c'est un coeur plein qui
a besoin de s'pancher. (_Note de M. Ferrand._) Voir aux Pices
justificatives, n XIII,  la fin de ce volume, et autres documents
concernant Madame lisabeth.]

Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
rvolution y toit approuve. Bon Dieu! quel rveil que le sien! On
dit qu'il a vu une heure son cur. Il est mort avec tranquillit, se
croyant empoisonn: il n'en avoit pourtant point les symptmes; au
reste, il doit tre ouvert aujourd'hui. On l'a montr au peuple aprs
sa mort. Beaucoup en sont fchs; les aristocrates le regrettent
beaucoup. Depuis trois mois, il s'toit montr pour le bon parti: on
esproit en ses talents. Pour moi, quoique trs-aristocrate, je ne
puis m'empcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
principes et sans moeurs que Dieu veuille nous sauver. Je garde cette
opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime mieux
celles qui sont religieuses. Je suis sre que tu seras de mon avis.

Le pauvre Lastic va encore prouver un chagrin: son frre est nomm 
Dresde et va partir dans trois mois avec femme et enfants. Cela mettra
un grand vide dans son intrieur, et quand il est aussi triste par
lui-mme, c'est un vrai malheur.

M. d'Albignac[189] vient passer quelques jours ici. Je le verrai
aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.

[Note 189: Officier des gardes du corps, fort dvou  la famille
royale, migr en 1790; rentr en France aprs le 18 brumaire, il
vcut dans la retraite jusqu' la Restauration. Louis XVIII le nomma
major gnral de ses gardes du corps.]

J'ai reu par une voie sre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
aussi mal qu'elle le croit avec  et son ami [V=][190]. Il croit avoir
le crdit du bon sens; cela seroit bien heureux; mais, mon coeur, sur
cela comme sur tout le reste, abandonnons-nous  la Providence.

[Note 190: Dans la _Correspondance de Madame lisabeth_, page 245, M.
Feuillet de Conches nous apprend que le signe  veut dire le comte
d'Artois, et le signe [V=] M. de Calonne.]

Hlas! si nous avions la confiance ncessaire, nous serions sauvs;
notre me ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
l'air de Trves n'est pas plus port  la gaiet que celui-ci.
Rsignons-nous, mon coeur, cela seul peut flchir la colre de Dieu;
et demandons pour nos matres les dons du Saint-Esprit. De bonnes mes
se runissent au nombre de sept, d'ici  Pques, pour demander chacune
un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou  la messe.
Si tu pouvois tablir cette dvotion dans les bonnes mes qui habitent
Trves, tu ferois bien.

J'aurai, d'ici  quelques jours, des nouvelles dtailles de ce qui
nous intresse. Si je peux, je t'en ferai part.

Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. Le petit de Chamissot est-il
arriv  bon port?

Je viens d'apprendre que M. d'Andr ayant fait une motion pour que
l'on s'occupt de l'lection des membres de la nouvelle lgislature,
cela a t dcrt tout d'une voix. Je ne le conois pas.

       *       *       *       *       *

XXXVI.

A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,

A L'HTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.

                                                Ce 21 avril 1791.

Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
pour ne t'avoir pas crit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
de dtails de la journe de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller 
Saint-Cloud, qu'il s'est camp dans sa voiture o il est rest deux
heures, que la garde et le peuple ont ferm le passage, et qu'il a t
oblig de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
j'imagine que ce sera jusqu'aprs Pques. Nous nous portons tous bien;
je t'cris  la hte, parce que je fais ma toilette pour aller 
l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien  me reprocher vis--vis
de Dieu et des hommes.

Je ne te parle pas de la joie que m'a fait prouver la bont de la
Reine de Naples[191]; mais tu me connois assez pour suppler  tout ce
que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon coeur sent si
bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.

[Note 191: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
pension de douze mille livres  M. de Bombelles. (Voir la page 240 de
ce volume.)]

       *       *       *       *       *

XXXVII.

A L'ABB DE LUBERSAC.

                                                     23 mai 1791.

J'ai reu votre lettre, Monsieur: les dtails que vous me faites de
votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
avez courus m'ont fait frmir; mais les regrets continuels que vous
prouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
jusqu' vous en rendre matre: vous le devez pour ce Dieu  qui vous
avez tout sacrifi; vous le devez au soin de votre sant. Songez
combien votre existence est ncessaire  toute votre famille; et
prenez sur vous de soutenir sans trop de dcouragement la nouvelle
preuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
Dieu vous dtacht tout  fait des biens de ce monde, mme des plus
simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
pour supporter les maux de ce monde; tchez donc de ne vous y point
laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
mnagez-vous, mais distrayez-vous par les beauts dont la ville que
vous habitez est remplie. Aprs avoir admir la main sublime qui forma
ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pens vous entraner
dans leurs abmes, admirez l'industrie que Dieu a donne  l'homme, et
comment il peut, grce  cette industrie, tirer des chefs-d'oeuvre des
choses les plus brutes. Mais je m'aperois que je me mle de ce que je
n'ai que faire; car je ne fais que rabcher ce que vous me dites sans
cesse. Pardonnez, Monsieur, au dsir que j'ai de vous voir un peu
sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous voudrois
le calme de l'abb Madier; mais il n'est pas donn  tout le monde:
c'est une grce spciale. Je suis fche que vous soyez encore priv
de sa socit; cela et t une ressource pour vous: j'espre qu'il se
rtablira parfaitement de sa maladie. D'aprs l'intrt que vous
voulez bien prendre  moi, je vous dirai que le Ciel m'a fait la grce
de faire un choix pour le remplacer, qui, sous tous les rapports, me
convient parfaitement. Il entend ce que je lui dis, et me prsente
toujours un remde efficace aux maux dont je lui fais l'aveu. Il a de
l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une grande connoissance du
coeur humain et un grand amour pour Dieu. Remerciez ce Dieu pour moi
de la grce qu'il m'a faite de m'adresser  lui. Je prierai pour vous,
puisque vous le dsirez, ds demain. Je m'en humilierai; car je vous
avoue que rien n'y porte tant  l'humilit que d'invoquer le Ciel pour
des personnes de qui l'on est si loign d'approcher pour la vertu. Je
compte recevoir demain ce Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis
indigne, et que je suis loin de m'en rendre digne! Cependant j'ai
bonne envie de me sauver; car au moins faut-il ne pas perdre le fruit
des preuves que le Ciel vous envoie: elles sont bien fortes; elles le
seroient encore plus pour des gens moins lgers, et qui les
sentiroient plus profondment. Mais, de quelque manire qu'elles
soient senties, il faut qu'elles sauvent; et voil pourquoi je me
recommande instamment  vos prires. Je vous quitte  regret; mais il
est tard, et il faut que ce soit  vous que j'crive, pour n'avoir pas
dj quitt mon critoire: mais lorsque je cause avec vous, j'prouve
une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne doutez pas de mes
sentiments et du plaisir que me font vos lettres; aussi, tant que vos
yeux n'en seront point fatigus, crivez-moi, je vous en prie. Nous
sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18 avril[192].

[Note 192: Ce jour-l, le Roi avait form le projet d'aller 
Saint-Cloud pour faire ses pques. On rpandit dans le public que ce
voyage n'tait qu'un prtexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
soupons sur le dpart des vques de Senlis et de Metz, les premiers
aumniers de Louis XVI. Une masse de peuple pntra dans les cours du
palais. Malgr les cris d'opposition qui s'levaient, le Roi parut et
monta en voiture. M. de La Fayette voulut protger la volont du Roi,
la troupe refusa de lui obir. Plus d'une heure se passe entre la
volont du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
veut obir et l'autre qui refuse. Ennuy d'une scne aussi
scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
palais. Il se rendit au sein de l'Assemble, et lui fit part de son
mcontentement avec d'autant plus de raison qu'il et dsir prouver
 l'Europe _qu'il tait libre dans Paris_.]

       *       *       *       *       *

XXXVIII.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                              Ce 10 juillet 1791.

J'ai reu votre petite lettre, ma chre Bombe; j'y rponds de mme.
Quoique nous diffrions d'opinions, les marques d'amiti que vous m'y
donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en gnral j'y suis
sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amiti
ne devient pas mille fois plus prcieuse. Tu as une mauvaise tte;
mnage-la, mon coeur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intresse se
porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
plaisir. J'espre qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
toujours dans la mme position: le premier tranquille, et le second
gard  vue ainsi que la Reine. Mme, hier, on a tabli une espce de
camp sous leurs fentres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
qui est hermtiquement ferm, et qui est rempli de sentinelles, entre
autres deux ou trois sous ces mmes fentres. Adieu, mon coeur, je
vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
Roi sera rapporte bientt et qu'aprs il aura sa libert. La loi pour
les migrants est trs-svre; ils payeront les trois cinquimes de
leurs biens.

     La fin de la lettre est crite en encre sympathique.

Non, mon coeur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce n'est
pas assurment que je ne fusse charme de vous voir, mais c'est parce
que je suis convaincue que tu ne serois pas en sret ici.
Conserve-toi pour des moments plus heureux, o nous pourrons peut-tre
jouir en paix de l'amiti qui nous unit. J'ai t bien malheureuse; je
le suis moins. Si je voyois un terme  tout ceci, je supporterois plus
facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
entirement entre les mains de Dieu, chose en vrit  faire par le
comte d'Artois. Nous devons mme lui crire pour l'y engager. Nos
matres le veulent. Je ne crois pas que cela le dcide. Notre voyage
avec Barnave et Ption s'est pass le plus ridiculement. Vous croyez
sans doute que nous tions au supplice; point du tout. Ils ont t
bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
froce comme on le dit. J'ai commenc par leur montrer franchement mon
opinion sur leurs oprations, et nous avons, aprs, caus le reste du
voyage, comme si nous tions trangers  la chose. Barnave a sauv les
gardes du corps qui toient avec nous, que la garde nationale vouloit
massacrer en arrivant. On dit qu'... [L s'arrte le rcit.]

       *       *       *       *       *

XXXIX.

A L'ABB R. DE LUBERSAC.

                                                 29 juillet 1791.

J'ai reu votre lettre ces jours-ci. J'espre, Monsieur, que vous ne
doutez pas de l'intrt avec lequel je l'ai lue. Votre sant me parot
moins mauvaise; mais je crains que les dernires nouvelles que vous
avez reues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un coeur sensible est
un don cruel. Heureux celui qui pourroit tre indiffrent aux maux de
sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai prouv combien
cet tat toit  dsirer pour ce monde, et je vis dans l'espoir que le
contraire peut tre utile pour l'autre. Cependant, je vous l'avouerai,
je suis bien loin de la rsignation que je dsirerois avoir. L'abandon
 la volont de Dieu n'est encore que dans la superficie de mon
esprit. Cependant, aprs avoir t pendant prs d'un mois dans un tat
violent, je commence  reprendre un peu mon assiette; les vnements
qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un
peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous ne pouvez imaginer combien
les mes ferventes redoublent de zle; le Ciel ne peut pas tre sourd
 tant de voeux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C'est du
coeur de Jsus que l'on semble attendre toutes les grces dont on a
besoin; la ferveur de cette dvotion semble redoubler: plus nos maux
augmentent, plus on y adresse des voeux. Toutes les communauts font
de ferventes prires; mais il faudroit que tout le monde s'unt pour
flchir le Ciel; et voil ce qu'il faut commencer par obtenir, et ne
s'occuper que du bien de la religion. Mais malheureusement il est
trs-ais de fort bien parler sur tout cela, beaucoup plus que
d'excuter; voil ce que j'prouve sans cesse, et ce qui m'impatiente,
au lieu de m'humilier.

Je suis fche pour vous que votre frre vous ait quitt; ce devoit
tre pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
demeurer avec...? au moins vous auriez une socit agrable; car vous
me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
 votre sant.

Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez form. Si vous
voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
plus, il me seroit impossible de vous donner des renseignements sur
cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si vous avez le dsir
d'crire, tout sujet de morale chrtienne sera bien trait par vous;
et si vous voulez que je vous dise encore mon avis sur cela, je vous
dirai que je choisirois plutt un sujet fort de raisonnement que de
sentiment; cela conviendroit mieux  la situation o se trouve votre
me. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu que je vous dise ce
que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de la parfaite estime
que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos lettres.

       *       *       *       *       *

XL.

A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[193].

[Note 193: La reproduction de cette lettre est interdite.]

                                                 Ce 30 aot 1791.

Je ne puis vous dissimuler, mon cher Dmon, que votre silence
m'tonnoit et m'affligeoit, mme la jalousie s'emparoit de moi, car je
savois que vous aviez trouv le temps d'crire  Coblentz; mais enfin
votre lettre, que j'ai reue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reu
vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son dpart. Je voudrois
pouvoir me flatter, mon coeur, que votre retour sera aussi prompt que
je le dsire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse me
donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de confiance
qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours aimable,
bonne, et conservant de l'amiti pour moi. Je voudrois pouvoir ajouter
que deux ans auront mis du calme et de la bonne rflexion dans la tte
de ce Dmon que j'aime et embrasse de tout mon coeur.

       *       *       *       *       *

XLI.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                             Ce 8 septembre 1791.

Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
nouvelles: ta mre m'a donn une adresse qui ne me parot pas du tout
devoir mener  ton chteau; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
il faut bien me soumettre  la croire. Je suis charme que tu aies
trouv un peu de socit, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
ides, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
toujours la mme chose: la Rvolution, ses suites, l'entre des
migrs, voil sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
de Paris. Tu sais srement que la Constitution est entre les mains du
Roi depuis samedi, et qu'il rflchit sur la rponse qu'il fera. Le
temps nous apprendra ce qu'il aura dcid dans sa sagesse. Il faut
demander  l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant 
te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
que le pain qui commence  renchrir ici, en rappelant un temps fort
triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemble
elle-mme en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
vrai que la force que donne l'amour de la libert rassure beaucoup; et
le patriotisme remplacera aisment l'ordre et la subordination des
troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.

       *       *       *       *       *

XLII.

A MADAME DE BOMBELLES,

SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.

A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.

                                            Ce 22 septembre 1791.

Je suis charme, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
socit, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fche du chagrin
que tu as prouv par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
consolation pour son frre d'tre avec toi; mais je crains que cela
n'attriste la solitude. Oui, mon coeur, je voudrois pouvoir m'y
transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
place o je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
parotroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
dernire lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgr toutes
les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
zle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut 
chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
l'ternit devroit soutenir tous et particulirement ceux qui sont
combls de ses grces. Sois tranquille pour ta mre, ma petite, elle
se porte bien; je ne crois mme pas que tu la trouves change, si tu
la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
l'on a  souffrir dans ce moment, les secousses tant frquentes. Nous
en avons prouv de bien douces, en revoyant des tres qui ont couru
de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous en bonne
sant. La Providence a bien veill sur eux; non, elle n'abandonne
jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi vive! Ton
mari est donc all faire une course lgre, et tu es reste dans ta
solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pense. En voil bien
assez pour toi.

Nous sommes toujours tranquilles ici. Il parot une lettre des
Princes[194], et une dclaration de l'Empereur et du roi de
Prusse[195]. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
moi, qui ne suis pas si crdule, je lve les mains au Ciel, et lui
demande de nous prserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
tout autant.

[Note 194: Voir aux Pices justificatives, n XIV.]

[Note 195: Runis au chteau de Pilnitz, en Saxe, o s'tait rendu le
comte d'Artois, l'empereur Lopold II, Frdric-Guillaume II, roi de
Prusse, et Frdric-Auguste, lecteur de Saxe, signrent la clbre
dclaration dans laquelle ils signalaient  toutes les cours de
l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
les ttes couronnes. Ce chteau royal, dtruit en 1818, a t rebti
depuis.]

La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientt. Sais-tu
que l'on nous a mens  l'Opra mardi, et que lundi nous allons aux
Franois! Nous faisons notre coeurs de spectacle. Lorsqu'il sera fini,
j'en serai charme.

Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.

       *       *       *       *       *

XLIII.

A MADAME DE BOMBELLES.

                                               Ce 6 octobre 1791.

Il y a aujourd'hui deux ans, ma chre Bombe, que nous tions encore
dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette heure-ci qu'il a t
dcid que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car jamais
l'on ne verra une habitation plus agrable pour moi. Tu me demandes si
je vais  M.[196] Non, mon coeur, et certes je n'irai pas que la ville
dans laquelle il est n'ait avou ses torts. J'en enrage; mais je crois
le devoir. Quant  Saint-Cyr, je n'ose pas y aller: le village est si
mal pour ces Dames que je ne puis y aller, dans la crainte que le
lendemain l'on ne fasse une descente chez elles, disant que j'ai
apport une contre-rvolution. Cependant, j'ai crit  Ligonds pour
la prier de me marquer le moment qu'elle croira que je pourrai avoir
ce plaisir.

[Note 196: Montreuil, o Madame lisabeth avoit une maison de
campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles. (_Note de
M. de Bombelles._)]

Je suis charme de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
moine[197]. Si tout le monde avoit comme lui senti la ncessit de
laisser chacun dans la place o la Providence l'a plac, nous
n'aurions pas  gmir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
lgislature a commenc  attaquer les droits que la Constitution avoit
donns au Roi. Elle a dcrt qu'elle devoit tre indpendante de la
volont du Roi lorsqu'il y toit, et qu'en consquence ils seroient
assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
diffrent de celui du prsident, et que l'on ne lui donneroit plus le
titre de _Sire_ ni de _Majest_; mais qu'en lui parlant on diroit
toujours _Roi des Franois_[198]. Tout cela feroit rire, si l'on n'y
dcouvroit pas un dsir violent de dtruire toute la Constitution. On
dit que Thouret toit dans une colre affreuse, et M. de Cordorcet
enchant.

[Note 197: Clment-Venceslas, prince de Saxe, n le 28 septembre 1739,
lecteur et archevque de Trves le 10 fvrier 1768.]

[Note 198: Voici ce dcret, qui tait l'oeuvre de Couthon:

Article I. Au moment o le Roi entrera dans l'Assemble, tous les
membres se tiendront debout et dcouverts.

Art. II. Le Roi arriv au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
et se couvrir.

Art. III. Il y aura au bureau, et sur la mme ligne, deux fauteuils
semblables; celui  gauche du prsident sera destin pour le Roi.

Art. IV. Dans le cas o le prsident ou tout autre membre de
l'Assemble auroit t pralablement charg par l'Assemble d'adresser
la parole au Roi, il ne lui donnera, conformment  la Constitution,
d'autre titre que celui de _Roi des Franais_, et il en sera de mme
dans les dputations qui pourront tre envoyes au Roi.

Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemble, les membres seront,
comme  son arrive, debout et dcouverts.

Art. VI. Enfin la dputation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
de douze membres.

Ce dcret, ds qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fcheux
effet; il fut ds le lendemain matin rapport sur la proposition de M.
Vosgien.]

Adieu, ma Bombe, voil le commencement de nos nouvelles. D'ici  un
mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du mme genre. Mais 
chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrs  Aix-la-Chapelle.
J'imagine que l l'on cherchera  prvoir tout ce que la nouvelle
lgislature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
manquera, crois-en ma prdiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.

L'Assemble a rtract le dcret de la veille. Le Roi y va ce matin
pour en faire l'ouverture, et leur lchera un petit discours. J'ignore
ce qu'il contiendra.

       *       *       *       *       *

XLIV.

A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[199].

[Note 199: La reproduction de cette lettre est interdite.]

                                              Ce 20 octobre 1791.

J'ai reu votre jolie lettre, mon cher Dmon. Non, mon coeur, vous
auriez bien tort de craindre d'tre oublie, croyez que je n'ai point
le sort dont on souponne bien des gens et que l'absence ne fait point
de tort  mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
m'affliger sur Dmon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
lui prendra fantaisie de s'inquiter sur cela, en faisant son examen
le soir, elle pourra rpondre  tout ce que son imagination lui aura
dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais si elle me prend pour
une rabcheuse avec quelque raison, elle se dira que c'est encore une
preuve de la sincre amiti que j'ai pour elle. Je serai charme, mon
petit Dmon, lorsque vous pourrez me venir voir, mais je n'en prvois
pas l'poque. Votre mari est-il avec vous, mon coeur, ou tes-vous
avec votre mre? Et votre second fils, qu'en avez-vous fait? J'ai vu
avant-hier votre beau-frre, il n'est pas embelli. On dit que les
migrs vont tre maltraits par l'Assemble; le sieur Brissot en fit
hier la motion, qui doit tre discute. Adieu, mon petit Dmon, je
vous embrasse de tout mon coeur.

       *       *       *       *       *

XLV.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                         [Vers la fin d'octobre.]

J'ai l'me toute noire, ma chre Rage. Il faut que tu en prennes ton
parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
Sais-tu bien que ce que tu me marques  la fin de ta lettre n'a pas le
sens commun? Il y a quatre mois, cela et t fort diffrent. Mais 
prsent c'est un tre de raison que de penser que cela puisse faire le
plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'tre btes et
maladroits, ce dont j'enrage de bon coeur. Quant  ce que tu me
marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
est o elle doit tre.--Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
bien fche. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec toi, elle
te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait un
sensible plaisir  ta trs-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
 la Providence d'une manire qu'il faudroit imiter. Nous irons
galoper demain ensemble, et cela me plat.

Je te fais compliment sur la dent d'Hlne: c'est en avoir de bien
bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Le bien de ta belle-soeur
est-il prs de Saint-Domingue?

       *       *       *       *       *

XLVI.

A MADAME DE BOMBELLES,

SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.

PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.

                                              Ce 8 novembre 1791.

Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amiti, sur
ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
t'ai crit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
Je voulois t'crire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
trouv le temps. Heureusement que l'arrive de M. de Vaines[200]
t'aura bien occupe et distraite de l'ide de n'avoir pas de nouvelles
de ta patrie. Ta mre t'a crit il y a huit jours, cela t'aura prouv
que tout toit encore sur ses pieds; que, malgr tous les blasphmes
que l'on n'a cess de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
n'toit pas encore tomb sur nous. Aprs-demain, l'on dit que l'on
s'occupera des prtres non asserments, et de leur assurer paix,
tranquillit et libre exercice de la religion. Cela te parot suspect;
mais patience, attends pour juger que le dcret soit rendu.

[Note 200: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.]

Tu sais sans doute les tristes nouvelles des les, elles sont
confirmes d'hier par une lettre de M. de Blanchelande[201]. On
craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
prts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
tandis qu'eux chercheroient  se dfendre. Ils avoient envoy demander
secours aux Anglois. Voil le commerce de la France totalement ruin,
et ce superbe royaume humili jusque dans la poussire. Au moins, s'il
l'toit de coeur, Dieu pourroit en tre touch; mais, hlas! que
peut-on faire avec des coeurs corrompus, tromps par l'illusion la
plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
de tout mon coeur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
depuis trois jours particulirement. Il y a dj assez de glace dans
les bassins pour remplir les glacires. Si l'hiver est aussi froid
qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres deviendront.

[Note 201: Philibert-Franois Rouvel de Blanchelande, gouverneur de
Saint-Domingue, n  Dijon en 1735, dut tout  lui-mme. Rest
orphelin en bas ge, sans fortune, il entra  douze ans dans un
rgiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au rgiment des
grenadiers de France. S'tant plus tard distingu dans la dfense de
l'le de Saint-Vincent, o avec cent cinquante hommes il fora quatre
mille Anglais  reprendre la mer, il reut pour rcompense le grade de
brigadier, suivi de prs du gouvernement de l'le de Tabago. A
l'poque de la Rvolution, il rentra en France, et se retira dans le
village de Chaussin, en Franche-Comt; bientt aprs il fut arrach au
repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
poque, un dcret de la Convention affranchissait les ngres;
Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tte 
l'abri en cherchant un refuge au Cap; dnonc par Brissot et Lasource,
il fut amen en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
il fut envoy au tribunal rvolutionnaire, o, malgr les efforts de
Tronon-Ducoudray, il fut condamn  mort le 15 avril 1793. Le
prsident lui ayant demand s'il avait quelque chose  dire: Je jure
par Dieu que je vais voir tout  l'heure, rpondit-il, que je n'ai
tremp pour rien dans le fait que l'on m'impute. Il tait g de
cinquante-huit ans. Son fils, qui avait t son aide de camp, fut
traduit aussi devant le tribunal de sang et mis  mort le 2 thermidor
an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.]

J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frre. Tu juges toute la
joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.

     La fin de la lettre est crite en encre sympathique.

Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la ncessit de se rapprocher de
Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra avec
le baron de Breteuil[202]. Mais il me reste une crainte dans cette
dmarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrter des dmarches
fcheuses et qui sont fort  craindre, et non pas pour arriver  une
confiance mrite. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle n'existe pas?
C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances de l'Europe.
Cependant, ma Bombe, le moment est bien intressant. Je suis d'avis que
ton mari soit o il est, car je suis sre qu'il penseroit comme moi, et
qu'il engageroit le baron de Breteuil  se porter de bonne foi  ce
nouvel ordre de choses. Nous voil aux portes de l'hiver, c'est le
moment des ngociations. Elles peuvent avoir une heureuse issue, mais
seulement si l'on agit d'accord. Si cela n'existe pas, souviens-toi de
ce que je te dis:--Au printemps, ou la guerre civile la plus affreuse
s'tablira en France, ou chaque province se donnera un matre. Ne crois
pas la politique de Vienne trs-dsintresse: il s'en faut de beaucoup.
Elle n'oublie pas que l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont
bien aises d'avoir une raison pour nous laisser dans l'humiliation.
Songe au temps qui s'est pass depuis notre retour de Varennes. Ces
vnements ont-ils remu l'Empereur? N'a-t-il pas t le premier 
montrer de l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien
des gens l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrte, me parot un tre
de raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
politique vis--vis de cette puissance n'a pas t mene avec assez
d'habilet. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
impardonnable si, d'aprs le dcret qui a t rendu hier sur les
migrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge  la quantit qui sont l
s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France et
son chef s'ils prennent ce parti sans secours tranger. Rflchis  tout
cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un grand
danger .....[203], ou qu'il engage son ami  marcher de bonne foi, je
m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera charg
d'aller  Coblentz prouvera peut-tre quelques difficults; mais il ne
faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne mettant aucune
roideur  soutenir son avis; mais en le raisonnant bien, il y entranera
les autres.

[Note 202: Voil qui rfute les mensongres assertions de M. de
Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791. (_Note du comte de
Bombelles._)

Voici quelle tait la formule des pleins pouvoirs confis par Louis
XVI  M. de Breteuil:

Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zle et votre
fidlit, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
ai choisi pour vous confier les intrts de ma couronne. Les
circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
vous envoie la prsente pour vous servir de pleins pouvoirs et
d'autorisation vis--vis les diffrentes puissances avec lesquelles
vous pouvez avoir  traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
et je laisse  votre prudence  en faire l'usage que vous jugerez
ncessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rtablissement
de mon autorit lgitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
Dieu, monsieur le baron de Breteuil, etc.]

[Note 203: Le papier est arrach  cette place.]

Adieu, accuse-moi la rception de cette lettre; et si ton mari fait
quelques dmarches vis--vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
ai pri, ni mme que je t'ai parl de tout cela.

       *       *       *       *       *

XLVII.

A L'ABB DE LUBERSAC.

                                                14 novembre 1791.

J'ai vu avec plaisir par votre dernire lettre, Monsieur, que votre
sant toit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les dtails que vous me
donnez m'ont fait un grand plaisir. La dvotion des Romains ne me
tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
que dans cette ville qui a t celle des lumires, qui devroit tre la
mieux instruite de la vraie pit, puisque c'est de l que nous
recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracs; que dans
cette mme ville l'on craigne de changer le genre de dvotion du
peuple, crainte de l'arracher de son coeur; notre exemple
n'encouragera certes pas sur cela: car,  force de lumires, nous
sommes parvenus  une incrdulit,  une indiffrence bien
affligeante, et effrayante pour le moment prsent et pour ses suites.
Cependant l'on n'a point encore port de dcret contre les prtres;
l'Assemble parot vouloir y mettre une grande svrit. Si vous lisez
les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indcence que
l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
se soutienne au milieu de cette demi-perscution. Les couvents,
ouverts par ordre du dpartement, prsentent le spectacle le plus
difiant. Les glises sont remplies, les communions sont innombrables,
et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
quelques esprits malins ne viennent pas dranger tout cela! ce dont je
ne serois point tonne: car, pour nos pchs, Dieu leur a donn un
bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.

Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas sans vous
prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon ct, que je
n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde tout,
y met souvent obstacle. Ne vous inquitez pas, et soyez convaincu de
mes sentiments pour vous.

       *       *       *       *       *

XLVIII.

A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[204].

[Note 204: La reproduction de cette lettre est interdite.]

                                              Ce 17 janvier 1792.

Je vous fais mon compliment, mon coeur, de ce que votre fils s'est
bien tir de sa petite vrole; elle est si mauvaise cette anne, que
l'on doit regarder comme une grce spciale de la Providence de s'en
tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
coeur, que ce temps ne soit pas bien loign, j'espre que vous n'en
doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre sant; est-elle bonne, la
mnagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
phaton. Je conois l'indignation que vous avez prouve en voyant M.
des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon coeur, il le mrite; il
n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-tre il le sentira:
des Essarts, ne pour plaire  tout ce qui savoit l'apprcier, n'a pas
t heureuse en ce monde comme elle auroit d l'tre,  en juger par
nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: tant destine 
habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifie par
mille preuves diverses, afin de pouvoir la mieux rcompenser. La
pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigs
d'elle. Sa mre est bien  plaindre, mais sa vertu et son courage
sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire; soumise  la volont de
Dieu, elle est calme et rsigne  tout ce qu'il demande d'elle. Que
de rflexions ces vnements ne doivent-ils pas faire faire! Si Dmon
n'toit pas de sa nature si tourdie, je dirois qu'elle en a srement
fait son profit. Je regrette des Essarts de toute mon me, mais quand
je pense  ce qu'elle auroit peut-tre eu  souffrir, j'admire la
bont de Dieu.

Je suis charme, mon coeur, de ce que vous me dites sur des tres qui
me sont bien chers; je dsire vivement les voir heureux, et bien
d'autres encore. Adieu, ma petite Dmon, je vous embrasse et vous aime
de tout mon coeur.

Dites bien des choses  votre mari et  votre beau-frre, et embrassez
Stani pour moi.

       *       *       *       *       *

XLIX.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                              Ce 24 janvier 1792.

Tu veux que je te prche, ma chre Raigecourt. J'en aurois bonne
envie, si je croyois que cela te ft le moins du monde utile. Mais je
ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accord grce pour cela. Si
j'tois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
j'exigerois de vous; mais ne l'tant pas, tout ce que je me permettrai
de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation o tu tiens ton esprit;
sur la douleur que tu reois toujours de la mort de ton fils. Cette
humilit nourrit ton amour-propre, aigrit ton coeur, met ton me  la
gne, et nuit au sacrifice que Dieu a exig de toi, que tu n'as pas
encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bont d'un
pre et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis  Dieu qu'il a
raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
ne s'chappe jamais sans un serrement de coeur affreux. Eh bien! si
j'tois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien celle-ci:
Seigneur, je m'abandonne  tout ce qu'il plaira  votre bont
d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous aime:
voil tout ce que je dsire.

Je joindrois  cette aspiration le sentiment de l'abandon du coeur, et
le calme que ncessairement elle doit te faire prouver. Joins  cela
de demander  Dieu de faire lui-mme pour vous et avec vous ce
sacrifice que vous n'avez pas encore arrach de votre coeur.
Joignez-le  celui de Jsus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
la Croix. Laissez couler le sang de Jsus-Christ sur vos plaies.
Demandez-lui de les gurir. Et si aprs avoir mis tout cela en
pratique, vous vous trouvez soulage, et presque froide, prenez bien
garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
d'insensibilit, que vous croiriez peu mriter par le contraste de
votre position. Mais, mon coeur, ne mettez tout ceci en pratique que
si vous vous y sentez de l'attrait, si votre coeur est touch; car
s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis--vis de Dieu,
l'esprit doit tre mis totalement de ct, le coeur doit seul agir
avec la plus grande simplicit et confiance.

J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te rpondroit. Nous
avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.

La Princesse prend du quinquina. Son criture n'est pas change, ce
qui me prouve qu'elle n'est pas trs-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
de tout mon coeur et t'aime de mme.

Je t'envoie des pratiques de dvotion que nous commenons samedi
prochain.

       *       *       *       *       *

L.

AU COMTE D'ARTOIS.

                                              Le 19 fvrier 1792.

Vous savez, mon cher Frre, quelle est mon amiti pour vous, et si je
me rjouis de vous savoir en bonne sant. Je crois, moi qui suis sur
les lieux, que vous tes injuste envers la personne: vous n'avez pas
au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il rpande sur vous ses
bndictions et ses lumires, et vous jugerez mieux. L'loignement est
par tous les cts une calamit et une souffrance, puisqu'il jette des
nuages o ne devroit luire que l'amiti. Je vous crirai plus au long
sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dvoue
que moi.

       *       *       *       *       *

LI.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                              Ce 22 fvrier 1792.

Je verrai, mon coeur, dans un moment o ma bourse sera moins vide, ce
que je pourrai faire pour ces bons et saints Pres de la Valle
Sainte[205]. Quelle vie que celle-l! et combien nous devrions rougir
en lui comparant la ntre! Cependant une partie de ces saints n'ont
peut-tre pas autant de pchs que nous  expier. Ce qui doit
consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidle dans le peu que l'on fait,
il est content.

[Note 205: Les Trappistes.]

Je te trouve d'une grande svrit pour Franoise[206]. Je souhaite
que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je trouve que
tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-tre pas destine  vivre
retire dans un chapitre; qu'un temps viendra o elle pourra aller au
bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de fureur  ce
plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener quelquefois,
et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois avoir avec
elle,  lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas monde. Au
reste, mon coeur, je ne sais pas pourquoi je te parle de cela, car
Dieu, que tu consultes srement avec soin, te donne les lumires dont
tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son confesseur est de
cette svrit-l, je n'ai rien  dire. Mais, mon coeur, est-ce le
tien que tu lui as donn? Si cela est, pourquoi ne l'aimes-tu pas? Il
me semble que ton zle devroit tre satisfait de la pture qu'on lui
donne. J'en juge d'aprs cet chantillon.

[Note 206: Franoise de Causans, comtesse d'Ampurie, soeur de madame
de Raigecourt.]

La Reine et ses enfants ont t avant-hier  la Comdie. Il y a eu un
tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
train; mais ils ont t battus. On a fait rpter quatre fois le duo
du valet et de la femme de chambre des _vnements imprvus_, o il
est parl de l'amour qu'ils ont pour leur matre et leur matresse; et
au moment o ils disent: _Il faut les rendre heureux_, une grande
partie de la salle s'est crie: Oui, oui!... Conois-tu notre nation!
Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carme, pour
qu'il nous regarde en piti; mais, mon coeur, aie soin de ne penser
qu' sa gloire, et mets de ct tout ce qui tient au monde. Je
t'embrasse.

       *       *       *       *       *

LII.

AU COMTE D'ARTOIS.

                                              Le 23 fvrier 1792.

Votre dernire lettre m'a t remise ce matin, mon cher Frre, et j'ai
t bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la prcdente.
Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots  ce que je vous
ai crit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincre
pour ne pas le faire. Je trouve que le fils[207] a trop de svrit
pour la belle-mre[208]. Elle n'a pas les dfauts qu'on lui reproche.
Je crois qu'elle a pu couter des conseils suspects, mais elle
supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
encore plus la plaindre que la blmer, car elle a de bonnes
intentions. Elle cherche  fixer les incertitudes du pre[209], qui,
pour le malheur de sa famille, n'est plus le matre, et je ne sais si
Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
l'une des premires victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le coeur
trop serr  ce pressentiment pour avoir encore du blme. Dieu est
bon, il ne voudra pas continuer  laisser subsister le peu d'accord
qu'il y a dans une famille  qui l'ensemble et la bonne harmonie
seroient si utiles; j'en frmis quand j'y pense, et cela m'te le
sommeil, car ce dsaccord nous tuera tous. Vous savez la diffrence
d'habitudes et de socits que votre soeur a toujours eue avec la
belle-mre: malgr cela, on se sentiroit du rapprochement pour elle
quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
l'avenir. C'est bien fcheux que le fils n'ait rien voulu ou pu faire
pour gagner l'ami intime[210] du frre de la belle-mre. Ce vieux
renard la jouoit, et il et fallu prendre sur soi, s'il avoit t
possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le djouer
et prvenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux le
moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
l'esprit, mais  quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
coeur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est bien
dsagrable qu'ils entranent tant de gens. Il auroit fallu tre plus
fins qu'eux.

[Note 207: Le comte d'Artois.]

[Note 208: La Reine.]

[Note 209: Louis XVI.]

[Note 210: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur prs
le Roi.]

Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu  la Comdie, o
toit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
scne tonnante dont beaucoup de gens ont t attendris:--la plus
grande partie de la salle a cri _Vive le Roi!_ et _Vive la Reine!_ 
faire tomber les votes: on a battu ceux qui n'toient pas du mme
avis, et on a fait rpter quatre fois un duo qui prtoit  des
rapprochements. Mais c'est un moment, un clair comme en a la nation,
et Dieu sait si cela continuera.

L'ide de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
main sur ce royaume d'une manire visible. Prions-le, mon cher frre;
lui seul connot les coeurs et il est la seule digne esprance. Je
vais passer ce carme  lui demander de nous regarder en piti;
d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
bien  coeur, je consacrerois ma vie  le demander  deux genoux, et
je voudrois tre digne d'tre exauce. Ce n'est que lui qui peut
changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
au fond, et vous donner la sant et le repos. Adieu. Que me
demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
 cheval et si je vais encore  Saint-Cyr?--A peine ose-t-on faire ses
devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon coeur.
_Miserere nobis._

       *       *       *       *       *

LIII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                                 Ce 6 avril 1792.

Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'cris le Jeudi saint:
n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un trs-petit mot. Voil donc
le roi de Sude assassin! Chacun  son tour. Il a eu un courage
incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a  parier qu'il
l'est, d'aprs la manire dont le pistolet toit charg.

Tu es toute en dvotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon coeur; je t'embrasse bien
tendrement. Quand tu svreras, je m'occuperai de te faire avoir un
logement, car le tien est donn.

       *       *       *       *       *

LIV.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                                Ce 18 avril 1792.

Je te fais mon compliment, mon coeur, de ce que ta petite a reu les
crmonies du baptme: ta soeur ne m'a pas envoy le discours de ton
saint vque[211]; j'espre l'avoir sous quelques jours. Tu crois
peut-tre que nous sommes encore dans l'agitation de la fte de
Chteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a t
voir dame Libert tremblotante sur son char de triomphe, mais il
haussoit les paules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
criant: _La Nation! la libert! les sans-culottes! au diable La
Fayette!_ Tout cela toit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
ne s'en sont point mls; au contraire, ils toient en colre; et
Ption est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
un bonnet rouge s'est promen dans le jardin, sans bruit, et n'y est
pas rest longtemps.

[Note 211: Henri-Louis-Ren Desnos, sacr le 25 dcembre 1769,
dpossd en 1790.

A sa place, que rendait vacante son refus de prter serment  la
constitution civile du clerg, fut lu Jean-Baptiste Aubry, cur de
Vel dans le duch de Bar. Le prsident de l'Assemble nationale, 
l'ouverture de la sance du 24 fvrier 1791, annona la nomination
d'Aubry comme vque constitutionnel de la Meuse en mme temps que
celle de Robert Lindet, vque de l'Eure, et celle de Massieu, vque
de l'Oise. Aubry tait inconnu. Dput du clerg du bailliage de
Bar-le-Duc aux tats gnraux, il n'y avait donn aucun signe de vie:
son silence y fut regard comme une adhsion aux principes
rvolutionnaires, et les suffrages taient volontiers alls chercher
un homme dont l'existence tait simple, et paraissait trangre 
toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse piscopale pour exercer la
profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
dpartement.

Lors de la rorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
obtint la place de conseiller  la cour impriale de Colmar, qu'il
occupait encore au moment de la Restauration.]

Oui, mon coeur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir la
tournure que tout ceci prendra. La premire fois que je t'crirai, je
te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie; car
il me dplairoit beaucoup de te savoir  l'autre bout de Paris, et de
ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu tois
dans le chteau, nous passerions souvent les matines ensemble. Je
t'avoue que cette ide me tourne un peu la tte, et je la voudrois
dj voir excute; mais patience. Depuis trois ans nous sommes  ce
rgime; peut-tre qu' la fin nous nous en trouverons bien.

Bombe fait faire sa premire communion  Louis; il me semble qu'il s'y
prpare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
d'attendre avant que d'en tre l. Tu es bien heureuse, car cela doit
bien troubler.

Le gouverneur de _M. le Prince Royal_ est nomm d'aujourd'hui; c'est
M. de Fleurieu[212], celui qui a t ministre. L'Assemble,  cette
nouvelle, a renvoy la lettre du Roi au comit, pour savoir si c'est
au Roi ou  elle  le nommer. C'est, dit-on, un honnte homme; pour
moi, je ne le connois pas. Adieu, mon coeur, je t'embrasse et t'aime
de tout mon coeur.

[Note 212: Voir la note mise au bas de la page 431 du tome Ier.]

Le Roi de Sude est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
ne ft pas catholique! il et t un vrai hros. Son pays parot
tranquille.

       *       *       *       *       *

LV.

A L'ABB DE LUBERSAC.

                                                     15 mai 1792.

Il y a bien longtemps que je ne vous ai crit, Monsieur; ce n'est pas
faute d'en avoir envie: mais je mne une vie si coupe, qu'il ne m'est
pas possible d'crire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
combien j'ai t touche de votre lettre. Le dsir que vous me
tmoignez de me voir runie  celles qui ont tant de bonts pour moi,
m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions o l'on ne peut
pas disposer de soi, et c'est l la mienne: la ligne que je dois
suivre m'est trace si clairement par la Providence, qu'il faut bien
que j'y reste; tout ce que je dsire, c'est que vous vouliez bien
prier pour moi, pour obtenir de la bont de Dieu que je sois ce qu'il
dsire. S'il me rserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux preuves
qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intrieurement et tranquilles
 l'extrieur, peuvent  tous les instants ramener leurs mes vers
Dieu, lui parler, et surtout l'couter: pour moi, qui suis destine 
tout autre chose, cet tat me parot un vrai paradis.

Si Minette vaut quelque chose, c'est bien  vous qu'elle le devra.
J'en ai t contente dans le court sjour qu'elle a fait ici: elle
n'est pas heureuse, et c'est une bonne cole. Elle a trouv  Chartres
un homme de mrite,  en juger d'aprs ce qu'elle dit, et en qui elle
parot avoir confiance. Je l'ai fort engage  le voir souvent;
j'espre qu'elle y est exacte.

Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
vous: je dsire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'anne
passe. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
plaisir, et que je serai charme le jour o je pourrai vous revoir. En
attendant, priez Dieu pour nous.

J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prires que
l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
participer aux grces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
n'est point du tout mort en moi.

       *       *       *       *       *

LVI.

A L'ABB DE LUBERSAC.

                                                    22 juin 1792.

Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
laisser chapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuade
que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux,
qu'il dchire le coeur, et te tout repos d'esprit. L'avenir parot un
gouffre, d'o l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence;
et le mritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer.
Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera rpondu: _Oui, tu le
mrites!_ Tout le monde souffre; mais, hlas! nul ne fait pnitence;
on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-mme combien de
reproches n'ai-je pas  me faire! Entrane par le tourbillon du
malheur, je ne m'occupois pas de demander  Dieu les grces dont nous
avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'tois plus
coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la
Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnotre ses fautes, il faut
les rparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charit de
m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira  Dieu
de nous envoyer quand il l'aura jug convenable dans sa sagesse; mais
bornons-nous  lui demander qu'il claire, qu'il touche les coeurs;
que surtout il parle  deux tres bien malheureux, mais qui le seront
encore plus si Dieu ne les appelle  lui. Hlas! le sang de
Jsus-Christ a coul pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans
cesse des fautes lgres. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous
pouvez les gurir;_ et dmontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera.
En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez 
l'excs des maux dont mon me est atteinte: jamais je ne les ai si
vivement sentis. Dieu les connot; Dieu sait les remdes qu'il doit
appliquer, mais sa bont permet qu'on lui fasse les demandes dont on a
besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission.

[Note 213: Journe du 20 juin.

La mme date avait, on le voit, aprs un an, ramen de nouveaux
malheurs: le Roi, bless dans ses droits les plus sacrs par la
violation de sa propre demeure et les outrages dirigs contre sa
personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
qu'il se fit  lui-mme, en publiant une proclamation pleine de
sagesse, de courage et de modration. Voir aux Pices justificatives,
n XV.]

Je suis fche de vous crire dans un style aussi noir; mais mon coeur
l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement.
Ne croyez pas pour cela que ma sant s'en ressente; non, je me porte
bien: Dieu me fait la grce de conserver de la gaiet. Je dsire
vivement que la vtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure;
mais comment l'esprer avec votre sensibilit? Rappelons-nous qu'il
est une autre vie, o nous serons amplement rcompenss des peines de
celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y runir un jour, aprs
cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci;
car, malgr l'excs de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit
dsespr. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, aprs
avoir pri pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles:
c'est une consolation pour moi.

       *       *       *       *       *

LVII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                                  3 juillet 1792.

Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
on croyoit avoir pris les prcautions ncessaires pour parer  tous
les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin toient pleins de
troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine toit en
marche; il portoit une ptition  l'Assemble, et n'annonoit pas le
projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes dfilrent dans
l'Assemble, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
toit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
vinrent demander au Roi de permettre que la troupe dfilt dans le
jardin, disant que l'Assemble toit gne par l'affluence, et les
passages si encombrs, que les portes pourroient tre forces. Le Roi
leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire dfiler le
long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Mange.
Peu de temps aprs les autres portes du jardin furent ouvertes, malgr
les ordres donns. Bientt le jardin fut rempli. Les piques
commencrent  dfiler en ordre sous la terrasse de devant le chteau,
o il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la
porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour
regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de
vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux
l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir  obtenir
des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la
cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le dpartement avoit donn
ordre de repousser la force par la force; mais la municipalit n'en a
pas tenu compte. Nous tions, dans ce moment,  la fentre du Roi. Le
peu de personnes qui toient chez son valet de chambre vinrent nous
rejoindre. On ferme les portes; un moment aprs nous entendons cogner:
c'toient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il
amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa
premire antichambre. L, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore
trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engags  venir avec lui. Au
moment o le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachs  la
Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle,
je ne trouvai personne qui m'arracht d'auprs du Roi. A peine la
Reine l'toit-elle, que la porte fut enfonce par les piques. Le Roi,
dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fentres; le
marchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de
grenadiers l'entourrent. Je restai auprs du panneau, environne des
ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les
piques entrrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le
Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un
grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils
se mirent en mme temps  crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques
rpondit machinalement  ce cri; la chambre fut pleine en moins de
temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des
ministres. Pendant quatre heures, le mme cri fut rpt. Des membres
de l'Assemble vinrent peu de temps aprs; MM. Vergniaux et Isnard
parlrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de
demander ainsi au Roi la sanction, et les engagrent  se retirer;
mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils toient bien longtemps
avant que de pouvoir se faire entendre; et  peine avoient-ils
prononc un mot, que les cris recommenoient. Enfin Ption et des
membres de la municipalit arrivrent; le premier harangua le peuple,
et, aprs avoir lou la _dignit_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit
march, il l'engagea  se retirer dans le _mme calme_, afin que l'on
ne pt lui reprocher de s'tre livr  aucun excs dans une fte
civique. Enfin, le peuple commena  dfiler. J'oubliois de vous dire
que, peu de temps aprs que le peuple fut entr, des grenadiers
s'toient fait jour et l'avoient loign du Roi. Pour moi, j'tois
monte sur la fentre du ct de la chambre du Roi. Un grand nombre de
gens attachs au Roi s'toient prsents chez lui le matin; il leur
fit donner ordre de s'loigner, craignant la journe du _dix-huit
avril_. Je voudrois m'tendre l-dessus; mais, ne le pouvant, je me
promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que
celui qui a donn l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres
est parfaite. Mais revenons  la Reine, que j'ai laisse entrane
malgr elle chez mon neveu; on avoit emport si vite ce dernier dans
le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui;
vous pouvez imaginer l'tat de dsespoir o elle fut. M. Hue,
huissier, et M. de Vincent, officier, toient avec lui; enfin on le
lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM.
de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui toient l,
l'en empchrent. Un moment aprs, on entendit enfoncer les portes: il
n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et tromp par
un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine toit 
l'Assemble, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-l,
les grenadiers entrrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les
enfants, derrire la table du conseil; les grenadiers et d'autres
personnes bien attaches l'entourrent, et le peuple dfila devant
elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tte, ainsi qu' mon
neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui
conduisoit le dfil, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit
en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'toit, et qu'il
l'assuroit qu'elle n'avoit rien  craindre. L'on ne craint jamais
rien, rpondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens. En mme
temps, elle tendit la main aux grenadiers qui toient auprs d'elle,
qui se jetrent tous dessus. Cela fut fort touchant.

Les dputs qui toient venus toient venus de bonne volont. Une
vraie dputation arriva et engagea le Roi  rentrer chez lui. Comme on
me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignor les
risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentr dans sa chambre, rien ne
fut plus touchant que le moment o la Reine et ses enfants se jetrent
 son cou. Des dputs qui toient l fondoient en larmes: les
dputations se relevrent de demi-heure en demi-heure, jusqu' ce que
le calme ft rtabli totalement. On leur montra les violences qui
avoient t commises. Ils furent tous trs-bien dans l'appartement du
Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le chteau toit vide,
et chacun se retira chez soi.

Le lendemain, la garde nationale, aprs avoir montr la plus grande
douleur d'avoir eu les mains lies, et d'avoir vu devant ses yeux tout
ce qui s'toit pass, obtint de Ption l'ordre de tirer. A sept
heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les
armes avec le plus grand zle. Des dputs de l'Assemble vinrent de
bonne volont demander au Roi s'il croyoit qu'il y et du danger, pour
qu'elle se transportt chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur
dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Ption, qui vint
dire au Roi que ce n'toit que peu de monde qui vouloit planter un
mai[214].

[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du dpartement de Paris,
considrant que Ption avait manqu  son devoir en n'empchant point
les dsordres de cette affreuse journe, le suspendit de ses
fonctions, sans avoir gard  la dfense leve en sa faveur par
Roederer, procureur gnral du dpartement.

Le Roi,  la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemble,
par un dcret dat du 13, leva la suspension, aprs avoir, par un
dcret du 11, proclam la patrie en danger.]

     [La lettre jusqu' cet alina est de main trangre; le dernier
     paragraphe est seul de la main de Madame lisabeth.]

Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donn de mes
nouvelles, et que je n'ai pas trouv un instant pour t'crire, je ne
me suis pas trop tourmente; aujourd'hui mme, je n'ai qu'un moment.
Nous sommes jusqu' ce moment tranquilles; l'arrive de M. de La
Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
dorment. Voil le dtail de la journe du 20. Adieu, je me porte bien,
je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
trouve dans cette bagarre.

       *       *       *       *       *

LVIII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

                                               Ce 8 juillet 1792.

Il faudroit vraiment toute l'loquence de madame de Svign pour
rendre tout ce qui s'est pass hier; car c'est bien la chose la plus
surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite,
etc., etc. Mais heureusement l'exprience peut un peu aider la
comprhension. Enfin, voil les Jacobins, les Feuillants, les
Rpublicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
se runissant prs de l'arbre inbranlable de la Constitution et de la
libert, se sont promis bien sincrement de marcher la loi  la main,
et de ne pas s'en carter[215]. Heureusement, le mois d'aot
s'approche, moment o toutes les feuilles tant bien dveloppes,
l'arbre de la libert prsentera un ombrage plus sr. Notre ville est
tranquille et le sera pour la fdration. Je tremble qu'il n'y ait
quelque crmonie religieuse: tu connois mon got pour elles: demande
 Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.

[Note 215: Dans la sance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, vque
constitutionnel du Rhne, rappela l'Assemble nationale  l'union et 
la concorde: A quoi, dit-il, se rduisent ces dfiances? Une partie
de l'Assemble attribue  l'autre le dessein sditieux de vouloir
dtruire la monarchie; les autres attribuent  leurs collgues le
dessein de vouloir la destruction de l'glise constitutionnelle, et le
gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voil
les dfiances dsastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons,
Messieurs, par une excration commune et par un irrvocable serment,
foudroyons et la Rpublique et les deux Chambres. (La salle retentit
d'applaudissements unanimes de l'Assemble et des tribunes, et des
cris plusieurs fois rpts de: _Oui, oui, nous ne voulons que la
Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul
sentiment, de nous confondre en une seule et mme masse d'hommes
libres, galement redoutables et  l'anarchie et  l'esprit fodal...
Je demande que l'Assemble mette aux voix cette proposition simple:
_Que ceux qui abjurent galement et excrent la Rpublique et les deux
Chambres se lvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent.
L'Assemble se lve tout entire. Tous les membres se confondent et
s'embrassent.)

Cette scne est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.]




NOTES, DOCUMENTS

ET

PICES JUSTIFICATIVES.


I.

LETTRE CRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,

     _Fdr d'Autun, district d'Autun, dpartement de Saone et Loire,
      M. Repiquet, son frre, citoyen audit Autun, sur les vnements
     du_ 10 _aot_ 1792, _l'an 4 de la libert. Imprime aux frais de
     la Socit, des Amis de la Constitution de ladite ville._

MON FRAIRE, MON CHER AMI,

Je ne peut pas atantre que les chose soit termin pour tan faire par,
ainsi qua toute la socit des ami de la constitussion d'Autun, qui
sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur tmogn la
fraternit qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait port; mais
se coup ne sera jamais houbli, car il doit aitre ymmortelle.

Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'xiste, c'est que la
mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te dir que la nuit du neuf au
disse, nous somme sorti des Jacobin  minuit, ayant les hordre de nos
commissair.

Lhordre tait de nous transporter tous les fdrs, les un au
faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordeli ou sont les
Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
que nous avons pass cette maime nuit sans panser  dormir. Pour
conquir sa libert, il ne faut plus panser de ferm les yeux, au
contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
ne connais pas asss les section de Paris, je messuis transport de
suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fdrs de Nime, de
Monpeill, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous
nous somme trouv aux environ de trois bataillon, tous destermin 
prire pour conquir la libert. Nous lavons jur, nous la
soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
trionferont. Pour moi, mon ami, jtais chef de ploton, quand nous
avons entr au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
sur nous quon tire.

Je neu pas pronons ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tir
a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et don la terreur au
peuple. Mais des fdr qui on jur devant leur munisipalit
respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutum de mourir, je
ni pansait pas.

Je ns pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montr et bien
ardie au feu: il ni a que Mersi de bless dans une main, je ne sai
sil en sera extropi. Je cherch dans les cor mort si je ne trouverai
pas le petit Migniot, frre du charpantier de Marchau, que lon ma dit
avoir t tu dans la compagni de Monpelli; mais il ma t impossible
dans navoir de nouvelle. Comme nous tion tous spars, il ni avait
pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
n'est pas possible de reconnatre personne dans les mort. On fait
nombre de quatre mille, san cont que la riviere en est presque
plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
toujours trai fort, le feu ne peut si teindre, car sest un enfaire.
Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
courageux et plaint de bont, a mpris ses demon, et les a less al
 leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
sauv avec leur famille, dans l'assembl nationalle ou on a commi que
des pch mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
pas malle choisi, car il avait choisi des homme abill de rouge,
appels Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
enfair.

Enfin, mon ami, nous tion plus de cinq cent mille soldat command par
le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
il a parl dans nos coeur, nous tion tous fraire. Des charbonier, des
masson, des porte fait, en gnralle de toute les langue, nous navion
que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion
qune maime famile. Js ts mangs par des charbonni et par baucoup
douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu
des section de Paris qui ont tir sur nous comme sur des lou garou,
mais nous les avons bar par la rue de Grenelle et de la section des
grenadier des file St. Thomas. Jan on compt 48 tandu, entrautre le
capitaine qui tais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouv; on
voyoit bien que ce bougre navais t nourie quau chatau des tuillerie,
car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire
combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car
il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui j vu
couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et
porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on
prent leur non en cri, et il y a des comissaire pour montrer leur
maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par  tous les patriote_
DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre
pays_, peut aitre que ces gensse ecar ne tarderont pas  vous
demands pardon: nessits pas  les pardonner, mais faitte leur sentir
quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple.

Toute la cavallerie tais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
eu baucoup de tu par les section aristocrate. Il ni a plus
daristocrate  Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
fi que quant nous en auront cur le ny. A linstant que je tcri, on
bat la gnralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
bataillon qui sont les Marsaillois. Les misrable ont perdu 150 homme,
tant tu que blaiss, j vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je n
point d'ortograffe, et que je ne s point faire de frase, mais au moin
il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir.

                                             Ton fraire Repiquet.

_Poste scriptome._

Je te dir quil mtait arriv davoir desja tu un Garde du Roi, prs
le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vcu que le
premier, car il avait lalter coup, pour avoir dit vive le Roi, et
merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
par; tu le saura par les Autunois.

Js tu quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachs
derrier des taunaux: il tait comme des lievre cach. Le premier je
lui ai coup un bras, ausito une femme la port au bout d'une pique.
Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en
avons tu soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tu
quent on voudra; j tu le nombre que je demandais auparavant; mais
puisque ji suis, il ne me turont quen ma prsence.

                                                        REPIQUET.

  A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792.

       *       *       *       *       *

II.

COMMUNE DE PARIS.

  Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la libert, 1er de la Rpublique
  franaise, et 1er de l'galit.

SECRTAIRE-GREFFIER.

Je joins ici, Citoyens, une lettre adresse  Madame lisabeth, dont
ce renvoy par devers vous a t arrt par le conseil gnral de la
Commune.

Je vous prie de m'en accuser rception.

                                                           MYE.

Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
commission des 24.

  Notre soeur lisabeth,
  Prenez votre chapelet,
  Il sera la victoire,
  Toute pleine, de gloire.

  Commencs, par la Croix,
  C'est le signe, des Roys,
  Jsus, fils de Marie,
  Ditte, qu'il vous marie,

  Avec le Roy Franois,
  Oh Dieu quelle joye.
  N'est-ce pas un bon souhait?

  Voil une bonne proye.
  Rions, chantons cette fois,
  L'amour a fait son employe.

       *       *       *       *       *

  Je t'ay vu, mon Citron,
  Dans la Loire, en plongeon;
  Bien nager quelle gloire?
  Estre mis dans l'histoire.

  Ah le brave Franais,
  Je ne suis point Anglais,
  Parti pour l'Allemagne?
  Oui voil ma campagne.

  Tratre, grand ennemi,
  Trop infidle ami!
  Contre nous porter arme!

  Quelle plus triste allarme!
  J'aime le Roy Franois.
  Comme moy donc, franc sois.

Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant  Tours.
Il s'amusoit avec luy,  le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
petit sonnet  sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recrer un
moment, je m'en fliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
dans lequel je suis pleinement,

  MADAME,

        Votre serviteur le plus respectueux,

                    J. GUILLEMETEAU,

                      Cur de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.

  7 octobre 1792.

  _A Madame, Madame lisabeth, dans le Temple, rue du Temple,  Paris._

Madame lisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle tait effraye de
l'ignorance du bas clerg: elle avait bien raison. B.

       *       *       *       *       *

III.

Aprs avoir esquiss, au livre huitime de cette histoire, la
distribution intrieure de l'difice du Temple, essayons de donner une
ide gnrale de sa physionomie extrieure, un aperu du personnel
commis  sa garde et des dispositions prises par l'autorit
rpublicaine.

A la grande porte de la rue du Temple tait un portier nomm Darque,
nagure bedeau du grand prieur, homme simple et bon, qui n'avait pas
la prtention de descendre du mme sang que la glorieuse vierge
d'Orlans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirt des
plaisanteries grossires. Serviteur sexagnaire de l'htel de Conti,
il avait t surpris par la Rvolution dans l'exercice de ses
fonctions paisibles et dans la quitude de ses vieux jours. Du reste,
il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
c'tait un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
entranaient les hommes et les choses lui avaient laiss un abri sous
le toit o il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
comme tant partie intrinsque du Temple.

Dans la loge de Darque pendait un cordon  sonnette correspondant par
un fil de fer  l'intrieur de la salle du conseil, situe, ds le
premier jour de la dtention du Roi dans l'intrieur du palais du
Temple, et,  dater du 8 dcembre, au rez-de-chausse de la grosse
tour. Un nombre de coups convenu rvlait aux officiers municipaux
prposs  la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
des visiteurs. Un carillon prolong annonait la venue d'une autorit
suprieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mmes reconnatre
les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
de service dans l'intrieur du Temple, un prs de Louis XVI, un prs
de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, dsigns par
le sort dans le conseil de la Commune. tant de service auprs des
prisonniers, ils taient tenus de ne rpondre qu'aux questions vagues
et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
possible.

A droite et  gauche, dans la cour, s'levaient plusieurs corps de
btiment affects  diffrents services;  droite, tait l'appartement
de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel conome, du nom de
Coru, occupa une partie de ce logement.

Dans le btiment de gauche, faisant face  l'habitation de Coru,
demeurait l'ancien suisse du chteau du Temple, nomm Gachet, protg
de M. le comte d'Artois, vieux dbris, comme Darque, de cet ancien
rgime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prvoir quel
terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas drang l'antique
habitude qu'il avait prise de vendre  boire  ses voisins. Depuis
1784 sa petite industrie tait exploite par un vieux clibataire
nomm Lefvre; assez tranger au grand drame qui se jouait sous ses
yeux, Lefvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers
municipaux et de la force arme, qu'une chance heureuse pour son
commerce, et, sans souhaiter malheur  la famille royale dont il avait
reu les bienfaits, il acceptait volontiers un tat de choses qui
achalandait son cabaret. La triste humanit est ainsi faite; quand on
n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
gnrale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
le pre Lefvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
affaires du jour: c'tait le rendez-vous des nouvellistes du
voisinage.

A gauche galement, et sous le mme toit que la _buvette du pre
Lefvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet tablissement), se
trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
dans la suite le poste tout entier de la force arme; enfin tous les
employs tenus par leur service  ne pas sortir du Temple.

Le palais ou chteau faisait face  la porte d'entre et fermait dans
toute sa largeur la premire cour. Dans le chteau tait le grand
poste du Temple. Il rsulte des tats journaliers du service de cette
poque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant gnral,
1 chef de lgion, 1 sous-adjudant gnral, 1 adjudant-major, 1
porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pices de canon, et formait, avec les
gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde tait
fournie chaque jour au Temple tour  tour par les huit divisions de la
garde nationale parisienne. Aprs la mort du Roi, cet effectif fut
rduit  deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.

On entrait au jardin par l'intrieur du chteau: ce fut pour obvier 
cet inconvnient que, d'aprs l'ombrageuse inspiration de la Commune
et sous sa surveillance svre, le patriote Palloy (on ne le nommait
jamais sans cette qualification) leva plus tard, au milieu de
l'espace qui sparait le chteau de la tour, un gros mur qui forma
ainsi une nouvelle cour entre le chteau et le jardin.

Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretire, ferme par une
forte cloison de chne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
possesseurs chacun d'une clef diffrente.

La seconde porte,  gauche et tout  ct de la premire, consistait
en un guichet troit; deux clefs taient galement ncessaires pour
en oprer l'ouverture; ces clefs taient aux mains de deux hommes
dont les loges taient situes  ct de ces deux portes, l'une en
dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette
ralliaient ces deux cases  travers le mur. Les deux guichetiers
passaient l les jours et les nuits sans interruption aucune, drangs
 toute minute, dpendant l'un de l'autre, et condamns, comme
Sisyphe,  une action continuelle. L'un de ces supplicis s'appelait
Richard, l'autre Mancel.

Ds qu'on avait franchi ces portes, tous les btiments contigus  la
tour ayant t dmolis, le sombre difice, dpositaire des dbris de
la royaut, apparaissait dans sa libre tristesse, dgag de toutes
parts, et renferm, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
caractre plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
tourelles rondes lanaient leurs toits aigus, que dominait de sa
masse imposante le pignon galement aigu du donjon. L'oeil ne
retrouvait dans leurs girouettes dcoupes  jour aucunes traces
d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
de la porte d'entre, la fodalit des ges de foi: le passage des
templiers n'y tait pas inscrit; les cussons des grands matres
n'talaient point leurs maux sur un portail guilloch. Tout le
monument tait grave et empreint de la physionomie des temps
guerriers, mais n'ayant rien d'pique ni de romanesque dans son
architecture simple et svre, dpouille de ces belles fantaisies, de
ces images capricieuses que le moyen ge taillait dans la pierre.

Depuis que, veuf de ses nobles htes, veuf aussi de son arsenal et de
ses trophes, il avait, silencieux, servi d'asile  de poudreuses
archives, une sombre mlancolie planait sur lui et semblait annoncer
qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
regardant, qu'absente  l'extrieur, la gaiet ne pouvait habiter le
dedans, et que la main de l'adversit devait seule pousser des
habitants dans une telle demeure. Thtre parfaitement appropri  la
terrible tragdie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
faisant si lugubre, semblait l'avoir prdestin  l'usage qu'il venait
de recevoir.

Voici l'tat nominatif de toutes les personnes employes  la bouche
et  la sret de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
captivit de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
qui leur tait allou.

  Gagni[216], chef de cuisine                         4,000 fr. par an.
  Remy, chef d'office                                  3,000      --
  Maon, second chef d'office                          2,400      --
  Nivet, ptissier                                     2,100      --
  Meunier, rtisseur[217]                              2,400      --
  Mauduit, argentier, homme du garde-manger            2,400      --
  Penaut, garon de cuisine                            1,500      --
  Marchand[218], garon servant                        1,500      --
  Turgy[219],         id.                              1,500      --
  Chrtien[220],      id.                              1,500      --
  Guillot, garon d'office                             1,200      --
  Adrien, laveur                                       1,200      --
  Fontaine, garon pour le service de la bouche          600      --
  Tison, au service de Marie-Antoinette, d'lisabeth,
      et de la fille d'Antoinette                      6,000      --
  La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet)          3,000      --
  Mathey, concierge de la Tour                         6,000      --
  Rocher, guichetier                                   6,000      --
  Risbey,    id.                                       6,000      --
  Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le
      Chteau et la tour                               3,000      --
  Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collgue de
      Richard-Fontaine, aux gages de                   1,000      --
  Le Baron[223], concierge et gardien des scells      2,000      --
  Le Baron, porte-clef                                 1,200      --
  Jrme[224],    id.                                  1,200      --
  Gourlet[225],   id.    et garon du conseil          1,200      --
  Angot[226], scieur de bois                           1,000      --
  Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois      1,200      --
  Herse,                           id.                 1,000      --
  Jean Quenel, commissionnaire                         1,000      --
  Danjout, perruquier                                    600      --
  Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie        1,000      --
  Roekenstroh, commis de l'conome (g de 15 ans
      et demi)                                         1,000      --
  Darque, portier  la grande porte                    1,500      --
  Picquet[228], portier des curies                      600      --

[Note 216: Ci-devant employ  la bouche du Roi, aux Tuileries.]

[Note 217: Ci-devant employ  la bouche du Roi, aux Tuileries.]

[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.]

[Note 219: _Id._]

[Note 220: _Id._]

[Note 221: Ci-devant terrassier.]

[Note 222: Ci-devant balayeur  la maison d'Artois. Vieil invalide
auquel le comte d'Artois avait donn cette retraite.]

[Note 223: Ci-devant frotteur  la maison d'Artois (dont il portait la
livre ainsi que Mancel).]

[Note 224: Ci-devant tourneur.]

[Note 225: Ci-devant employ au service du citoyen Jubaud.]

[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie  la maison d'Artois.]

[Note 227: Ci-devant employe en cette qualit  la maison d'Artois.]

[Note 228: Ci-devant employ en cette qualit  la maison d'Artois.]

Ce nombreux personnel fut successivement modifi et diminu; les
traitements, qui tous taient imputs sur le fonds de 500,000 francs
dcrt le 12 aot 1792 pour la dpense du Roi et de sa famille,
furent rduits; les abus qui s'taient glisss dans une premire
organisation furent redresss par l'autorit; plusieurs employs
furent destitus, d'autres remplacs. C'est ainsi que ds le 12
dcembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoys; que Guillot, Adrien et
Fontaine furent remplacs par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrtien et Marchand furent
congdis; que Coru, l'conome qui avait pris la place de Jubaud, fut
contraint de la donner  Lelivre; et que celui-ci, compromis par des
dnonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la cder
 Linard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
rformes furent opres. Linard en donna lui-mme l'exemple, en
proposant de restreindre son propre traitement  3,000 francs. Gagni
fut remerci et remplac par Meunier.

Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
(qui ne fut,  ce qu'il semble, employ que peu de temps en cette
qualit, car son nom ne figure mme pas sur les contrles), avait t,
sur la proposition de l'conome Lelivre, remplac par Gourlet le 1er
ventse an II.

       *       *       *       *       *

IV.

[Orthographe conserve.[229]]

[Note 229: Nous avons cru devoir conserver  ces pices leur orthographe.]

_Mmoire de madame Marie Antoinette,_

Pare Sainte Foy dite Breton couturier.

                                              Du 27 janvier 1793.

  Fait un pierrot grand deuille de fleures                24#
    Fournie les rubans                                     6#
    Fournie les busques et bouton                          4  10s.

  Le 30. Une robe de mme fleurs grand deuille           24
    Fournie les rubans                                     6
    Fournie les busque                                     2  10
    Deux jupon de tafetas dHitaly noire                   12
    Fournie les rubans                                     2

  Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurs   15
    Fournie les rubans                                     6
    Fournie les busque et bouton                           4  10
    Fournie une aune de fleurs pour les manches  9#      9#

  Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurs grand deuille 24
    Fournie les rubans                                     6
    Fournie les busque et bouton                           4
    Un jupon de tafetas dHitaly noire                      6

  23 mai un pierrot de fleurs grand deuille              15
    Fournie deux aune un quare de flers pour ce
        pierrot-- 9# laune fait                          20#   5
    Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et
        doublure des manches  6# 10s. f.                  9#  15
    Fournie les busque et bouton                           4   10
                                                       ------------
                                                         205#  10

Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols.

                                                     C. (_Coru._)

       *       *       *       *       *

_Mmoire des fournitures d'toffe de soye faites pour le service de
Marie-Antoinette._

Par Le Normand, marchand  Paris.

Livr  mademoiselle Bertin:

  Mars.       6 aunes fleuret noir large  9#             54#
              2 voile noir a               3               6

  28...     Livr  madame Chaumet:
                21 aunes double florence noir  6 10     136   10

            Livr  madame Le Breton:
                11 aunes fleuret noir large  10         110
                5 aunes 1/2 taftat noir premire
                  qualit  12.                           66
                2 aunes 1/2 florence noire  6 10         16    5
                                                        -----------
                                                         388   15

       *       *       *       *       *

_Memoire de madame lisabeth_,

Pare Sainte Foy dite Breton couturier.

                                            Du 27 janvier 1793...

    Une redingotte chemise de florence noire hoitts      30#
    Fournie la hoitte                                      5
    Fournie du bougrand pour le collet                     2  10 s.
    Fournie les rubans et bouton                           6
    Fournie les ballene                                    6  10
    Un pierrot de fleures grand deille                   24
    Fournie les rubans et bouton                           6
    Fournie les ballene                                    6  10

  Le 29 dshoitts la robe de florence noire              15

    Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire           12
    Fournie les rubans                                     2

  Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des
    manches neuf                                          15

    Fournie une aune de flers pour manche  9#, f.       9
    Plus une aune de florence pour doublure  6# 10 s.     6  10
    Fournie les rubans pour le jupon et pierrot            6
    Fournie les ballene                                    6  10

  Le 13 une redingotte chemise de florence noire          30

    Fournie du bougrand pour le collet                     2  10
    Fournie les rubans                                     6
    Fournie les ballene                                    6  10
    Fournie les bouton                                     1   4

                                             Total       204# 14

Bon pour cent quarante livres dix sols.

                                                               C.

       *       *       *       *       *

_Barbier et Ttard, marchands de toutes sortes d'toffes de soies d'or
et d'argent,  la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace,  Paris._

Du 26 mars 1793.

Fourni  la fille d'Antoinette:

    1 aune 1/2 fleuret noir                   11#          6#  10s.
    1  --  1/2 florence noir                   6   10     19   15
  5 avril, 1 aune      fleuret noir.                   11   
             --    1/2 florence noir.         6   10      3    5
  23.      2  --       florence noir.         6   10     13   
                                                        ----------
                                             Total.       63   10s.

Certifi vritable et conforme  mon livret le prsent mmoire montant
 soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.

                                                  BARBIER ET Cie.

       *       *       *       *       *

_Barbier et Ttard, marchands de toutes sortes d'toffes de soie d'or
et d'argent,  la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
cul-de-sac, vis--vis la rue de la Limace,  Paris._

Du 4 avril 1793.

Fourni  lisabeth Capet:

  22 aunes florence noir.                      6  10s.   143#  
  10  --   fleuret noir.                      11        110   
   6 aunes 1/2 taffetas noir.                 11         71  10
                                                 ------------
                                             Total.      324# 10

Certifi vritable et conforme  mon livret le prsent mmoire montant
 trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.

                                                  BARBIER ET Cie.

(_Archives de l'Empire_, carton E, n 6,207.)

       *       *       *       *       *

V.

_Mmoire des mdicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert
apothicaire authoris par la commune et par les ordonnances du citoyen
docteur Thiery._

Pour Marie Antoinette:

  1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain
    marie compos de veau, poulet, et plantes diverses.    5#

  2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le mme
    bouillon ritr                                      45#

    Plus une bote de gomme pectorale                      3

  11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
    le bouillon cy dessus ritr                         50

Pour le fils de Marie Antoinette:

  Mai 12.  Douze onces de miel de Narbonne                 3  12

  13.      Deux bouteilles de petit lait clarifi          2

  14.      Deux bouteilles idem.                           2

  15. 16.  Bouteilles idem.                                4

  17.      Une mdecine compose de follicules manne
             choisis, coriandre, et sel de Glauber         3

           La mme mdecine de prcaution                  3

           Une bouteille de petit lait                     1

           Quatre onces de bayes de genievre               1   4

  18.      Une bouteille de petit lait                     1

           Une livre de miel de Narbonne                   4  16
                                                       ----------
                 Suite et montant de l'autre part        128# 12s.

Pour le fils de Marie Antoinette:

  May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque
             jours une bouteille de petit lait            10

  29.      La mdecine du 17 ritre                      3

           Idem la mme mdecine de prcaution             3

  30. 31.  Le petit lait ritr                           2

           Un cornet de baye de genievre                   1   4

           Une boette de parfums                           2

Pour Marie Thrse Charlotte, fille de Marie Antoinette:

  Mai 1er. Un bouillon mdicinal fait au bain marie,
           compos avec sucs de plantes, sel de Glauber,
           etc.                                            4

  2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le mme
           bouillon ritr                               40

  12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours
           le bouillon idem.                              40

  22. 23. 24. 25. Le bouillon ritr                     16

           Plus douze onces d'eau de roses                 3

  26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id.    24

  Pour lisabeth soeure de Marie Antoinette:

  May 25.  Quatre grands rouleaux de sparadrap de
           diapalme                                       20
                                                         -------
                                                         296#  16s.

       *       *       *       *       *

_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois
de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le
citoyen Robert apothicaire authoris par la commune et par ordonnance
du citoyen docteur Thiery._

Pour le fils de Marie Antoinette:

  1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifi     1

  2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait ritr           4

    Plus fournis un thermometre pour les bains             4

  6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de
    petit lait                                             7

  13. Un bouillon mdicinal fait au bain marie, compos
    avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
    de sucs de plantes, et terre follie minrale          5

  14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
    ritr                                               35

  21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le
    bouillon idem.                                        50

Pour Marie Thrse Charlotte, fille de Marie Antoinette.

  Juin 1er. Un bouillon mdicinal fait au bain marie
    (compos avec sucs de plantes, sel de Glauber,
    etc.)                                                  4

  2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon ritr.  28

    Plus douze onces d'eau de roses.                       3

  9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon.            20

  14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
    ritr                                               28
                                                        ------
                                                         189#

       *       *       *       *       *

_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert
apothicaire, authoris par la commune et par ordonnances du citoyen
docteur Thiery._

Pour Marie Antoinette, sa fille et lisabethe:

    1793, l'an IIe de la Rpublique.

    Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges
      double distille au bain marie                      12

      Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphr    18

      Un cornet de genievre                                "  12

Pour le fils de Marie Antoinette:

    Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie
      avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
      plantes et terre follie                             5

    2. Le bouillon ritr                                 5

      Douze onces de miel de Narbonne                      4  16

    3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12.  Chaque jours le
      bouillon ci-dessus ritr                          50

    13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours
      le bouillon idem.                                   50

    23. 24. 25. Le bouillon idem.                         15

    26. Un lavement compos avec coralline de Corse,
      suc de citron et huile d'olive                       1  10

      Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir   14

    27. Un lavement                                        1  10

    28. Le lavement idem.                                  1  10

      Plus 4 onces de sirop vermifuge                      1   4

    29. 30. 31. Chaque jours le lavement                   4  10

      Plus 4 onces de sirop vermifuge                      1   4

Pour la citoyene Tison:

    Juillet 4. Une potion calmante                         2

    5. La potion idem.                                     2

      Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de
        violettes                                          4

    6. Un rouleau d'orgeat                                 2  10

      Deux pintes de petit lait ritr                    4

      La potion double ritre                            4

    7. Une pinte de petit lait                             2

      La potion double ritre                            4

    8 et 9. Chaque jours le petit lait                     4

      Plus deux potions                                    4
                                                         --------
                                                         218#  6s.

(_Archives de l'Empire_, srie E, n 6207.)

       *       *       *       *       *

VI.

DTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMNIE

                          Depuis le 1er mai 1789 jusqu' ce jour.

Au 1er mai 1789 j'tais  Paris, o je remplissais tous les devoirs
d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette anne pour
Brienne; je n'ai cess d'y annoncer  mes concitoyens une rvolution
qui devait les rtablir dans leurs droits et faire un jour leur
bonheur. Je n'ai cess de prendre  tous les vnements publics la
part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoy la plus grande
partie de ma vaisselle, j'ai pay mes dons patriotiques; enfin
l'tablissement des assembles primaires et des municipalits ayant
t dcrt, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
longtemps, me proposrent d'tre maire; je l'acceptai avec
reconnaissance, en leur disant en mme temps que s'ils avaient plus de
confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
verrais avec le mme plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
pouvoir leur tre utile et leur donner des preuves de mon attachement.
Je fus lu maire  l'unanimit; je fus galement lecteur, et depuis
ce moment jusqu' ce jour je n'ai cess d'tre maire et de recevoir
chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
pas sorti de Brienne jusqu'au mois de dcembre 1791, que pour aller
passer de temps en temps trois ou quatre jours  Sens et trois fois en
1790, et deux autres en 1791, pour aller passer  Paris trois ou
quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai pass un mois au mois de
janvier. Au mois de dcembre 1791 j'ai t  Paris et j'y suis rest
jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu  Brienne. Au mois de
novembre prcdent, lors du renouvellement des municipalits, je
reprsentai  ma commune que devant aller  Paris o j'avais affaire,
si elle pensait que mon voyage ft incompatible avec les fonctions de
ma place de maire, je la priais de ne pas m'y rlire. Elle s'y refusa
constamment, me rlut de nouveau, et pendant mon sjour  Paris j'ai
fait deux ou trois petits voyages  Brienne pour venir remplir
quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792
jusqu' ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
quelquefois  Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
frre, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
fait prouver des hommes qui n'en mritent pas le nom; j'ai fait tous
les dons patriotiques demands, et bien au del. Lors de l'invasion de
l'ennemi jusqu' Chlons,  quinze lieues de Brienne, je n'ai cess
d'exciter tous mes concitoyens  voler au secours de la patrie. Leur
bonne volont ayant t arrte par les ordres venus de n'envoyer que
des hommes arms, j'ai engag  mes dpens plusieurs citoyens, j'ai
contribu  leur quipement, armement, et j'ai tabli une
correspondance avec nos armes pour avoir des nouvelles; mes chevaux
ont t employs  cet usage et au service de la gendarmerie nationale
et  des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
ils l'ont t au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cess
d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zle et activit, et mes
concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.

Depuis, je n'ai cess d'exciter le zle de mes concitoyens pour entrer
au service de la patrie, j'en ai engag prs de vingt  mes dpens, et
donn des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cess
de faire tous les envois utiles  la patrie; lorsque l'on a plant
l'arbre de la libert, j'ai parl  mes concitoyens comme un bon
patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai tabli  mes frais
l'autel de la patrie. J'ai contribu  toutes les ftes civiques et en
ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
misres, personne n'est plus persuad que moi que c'est aux riches 
faire ces dpenses, qu'ils sont trop heureux d'tre en tat de les
faire, et que les gostes qui s'y refusent sont des hommes
mprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.

L'arme de Mayence a pass  Brienne au mois d'aot 1793, j'ai t
averti de son passage la veille de celui de la premire colonne, et
l'on m'a annonc que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
du pain; second par le zle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
donner trop d'loges, j'ai prpar dans la nuit mme six mille rations
de pain, j'en ai fourni  l'arme plus de quinze mille et  un prix
trs-infrieur  celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
la pnurie o tait la ville de Troyes pour fournir cette arme, j'ai
envoy dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
tout a t fourni abondamment et de manire que les citoyens composant
cette arme, en passant dans des villes bien plus considrables que
Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai pass quatre jours
et presque quatre.....[230] [Ici s'arrte ce fragment.]

[Note 230: Note conserve au dossier de Madame lisabeth, Archives de
l'Empire, W. 363; pice n 24:

Jugement du 21 floral.

Acte d'accusation contre Lomnie et autres.

Il y avait au procs une foule de dlibrations de communes qui
attestaient le civisme de Lomnie de Brienne, ex-ministre, et
cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.

_Le jugement a t sign en blanc rempli depuis; un grand blanc est
ray, il est sign_ DELIGE, DUMAS, MAIRE.

Dans la mme affaire, la femme Maigret de Srilly s'tant dclare
enceinte, il a t sursis  son excution. Quoiqu'elle ait t
postrieurement largie par ordre du comit de sret gnrale, elle
est nanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
Commune.

       *       *       *       *       *

Madame Maigret de Srilly, on le voit, ne monta point sur l'chafaud.
Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'tat civil comme
ayant pri avec Madame lisabeth. Au procs de Fouquier-Tinville, le
17 floral an III (6 mai 1795), elle se prsenta  l'audience, tenant
en main son extrait mortuaire, qui lui avait t dlivr par la
municipalit de Paris.

Grandpr fit la dposition suivante dans le procs de
Fouquier-Tinville:

Je me rappelle que le tour d'un des Lomnie venu, il dit au tribunal:
Vous m'accusez d'migration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
mes moyens de dfense  un dfenseur officieux; mais je n'en ai pas
besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de rsidence qui
constatent ma prsence en France depuis le commencement de la
Rvolution jusqu'au moment de mon incarcration. Ils sont signs, aux
termes de la loi, de neuf tmoins, et ils sont sans interruption.
Comme je ne suis prvenu que du fait d'migration, ma dfense consiste
dans la reprsentation de ces certificats, et je demande au tribunal
de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurs. Ces
certificats ont t effectivement remis sur-le-champ aux jurs, qui
les emportrent, sans les lire, dans la chambre des dlibrations, et
revinrent une demi-heure aprs, bien convaincus des crimes de tous les
accuss. Lomnie fut condamn comme tous les autres en qualit
d'migr. B.]

       *       *       *       *       *

VII.

EXTRAIT DU REGISTRE DES DPTS

AU GREFFE DU TRIBUNAL RVOLUTIONNAIRE.

[Orthographe conserve.]

                                                   Du 22 floral.

_Femme Crussolle Damboise._

Est comparu le citoyen Richard, lequel a dpos:

  Une tabatire d'agathe, fond vert,  cercles d'or, octogone;
  Une tabatire de cristal avec un cercle et gorge d'or;
  Un petit coeur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;
  Un tui  dez en or avec un dez d'or;
  Un tui de nacre  gorge d'or dans sa bote de chagrin;
  Un tire-bouchon  queue d'or ou de vermeil;
  Un chapelet avec mdailles d'argent;
  Un cachet d'argent;
  Et soixante-dix-huit livres en cus qu'il a dclar appartenir 
    la femme Crussolle Damboise, condamne  mort.


_Buart._

  Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;
  Un anneau d'or;
  Une pingle  chignon d'argent;

Qu'il a dclar appartenir  Buard, aussi condamn  mort.


_Inconnu._

  Plus un couteau garni en or;
  Une paire de ciseaux garni en or avec tui de galuchat;
  Deux couteaux  manches garnis en or, dont un  lame d'or;

Qu'il a dclar appartenir  un des condamns  mort avec lisabeth
Capet, dont il ignore le nom.

  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


_Femmes d'lisabeth._

  Plus deux couverts;
  Un couteau  lame d'argent;
  Une cuillre  caff d'argent;

Qu'il a dclar appartenir  des femmes condamnes  mort avec la
femme lisabeth Capet.

  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


_Dubois._

  Plus vingt-cinq livres qu'il a dclar appartenir  Dubois, aussi
    condamn  mort.


_Inconnu excut le_ 21.

  Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, n 557, qu'il a
    dclar appartenir  un particulier excut avec lisabeth
    Capet, dont il ignore le nom.

  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


_Femme Crussolle._

  Plus un peignoir;
  Une petite boite de sapin;
  Une chemise;
  Sept mouchoirs blancs;
  Trois mouchoirs de mousseline;
  Un fichu de linon;
  Une paire de bas de soie blancs;
  Une paire de poches;
  Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de toile;

Qu'il a dclar appartenir  la femme Crussolle, aussi condamne
 mort;

Dcharg le 25 floral.


_Femme Rosset-Crcy._

  Plus une petite boite;
  Un peignoir;
  Dix fichus de mousseline ou linon;
  Un bonnet mont;
  Un tabellier;
  Une taie d'oreiller;
  Une mantille noire;
  Sept paires de manchettes;
  Et un paquet de chiffons qu'il a dclar appartenir  la femme
    Rosset-Crcy.
  Dcharg le 25 floral.


_Aux six femmes complices d'lisabeth._

  Plus un drap;
  Neuf chemises de femme;
  Quatre chemises d'homme;
  Douze camisoles et corsets;
  Sept jupons;
  Quatre gilets blancs et de couleur;
  Une petite redingotte de toile de couleur raye;
  Une autre de drap marron;
  Une autre de drap mlang verdtre;
  Un jupon de soie vert;
  Un jupon et son casaquin de toile de coton ray;
  Une robe de toile de coton ray;
  Un autre jupon aussi ray;
  Trois tabliers de diffrentes couleurs;
  Cinquante serviettes;
  Trente-cinq mouchoirs blancs;
  Trente petits fichus simples et autres;
  Deux peignoirs;
  Une paire de poches;
  Cinq mantilles blanches;
  Huit bonnets ronds de nuit;
  Sept paires de bas;
  Un paquet de chiffons;
  Un bonnet de coton;

Qu'il a dclar appartenir  six femmes condamnes  mort avec
lisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.

Dcharg le 25 floral.


_Soeur de Capet._

  Plus deux anneaux d'or;
  Un tui de chagrin vert, contenant deux flacons  bouchons d'or,
    dont l'un est cass, avec charnire et bouton d'or;
  Une montre  boite d'or  rptition, portant sur le mouvement
    le n 127, avec une chane d'or casse, garnie d'un cachet
    d'or  trois compartiments, dont le premier est grav des
    armes de France du tems des tirans;
  Trois cachets en acier;
  Deux clefs de montre;
  Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;
  Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrust
    des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cass;
  Un portefeuille de maroquin rouge;

Qu'il a dclar appartenir  ladite lisabeth Capet, condamne 
mort;

Dcharg le 6 pluvise.

Et a sign avec moi, greffier soussign.

                                           WOLFF         RICHARD.


Du mme jour.

Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'excuteur des jugemens
criminels, lequel a dpos:

_lisabeth Capet._

  Un mdaillon en verre  cercles d'or renfermant un crucifix de
    mme mtal;
  Un cachet d'or en trois parties reprsentant l'un les armes de
    France et de Navarre de l'ancien rgime, l'autre une colombe,
    et le dernier une tte d'homme;
  Une chane de col en or,  laquelle est attache un coeur renfermant
    des cheveux et une petite croix d'or;
  Une mdaille d'argent reprsentant une immacule conception
    de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;

Qu'il dclare appartenir  lisabeth Capet, condamne  mort, et
qu'il a trouv sur elle en la conduisant au supplice.

Et a sign avec moi, greffier soussign.

DESMOREST. WOLFF.

       *       *       *       *       *

VIII.

ACTE DE DCS DE MARIE.

Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
ex Marsens, et Claudi nat Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
infra scripto parocho in coemeteria ecclesi parochialis Sancti Petri
ad Vincula urbis Bulli sepulta est.

  Quod conforme sit originali testor:

                                         J. J. CRAUSAZ, parochus.

  Bulli, die 8{v} 7{bris} 1861.

Marie-Franoise, fille de Franois-Joseph Magnin, de Marsens, et de
Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de
Bellegarde, demeurant  Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a t
enterre le 7 du mme mois dans le cimetire de l'glise paroissiale
de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.

       *       *       *       *       *

IX.

ACTE DE DCS DE JACQUES.

38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
ex Bellegarde [_verbum radiatum_, conju], viduus vero Mari-Francisc
nat Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
mensis a me infra scripto parocho in coemeterio ecclesi parochialis
Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.

  Quod conforme sit originali testor.

                                         J. J. CRAUSAZ, parochus.

  Bulli. die 8{v} 7{bris} 1861.

L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Franoise, ne
Magnin, de Marsens, dcde le 5 janvier 1835, demeurant  Bulle, et
le quatrime jour du mme mois a t enterr dans le cimetire de
l'glise paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
B.

       *       *       *       *       *

X.

MAISON DE MADAME LISABETH.

I.

AU NOM DU PEUPLE FRANAIS.

LIBERT, GALIT.

Charles DELACROIX, reprsentant du peuple, en mission dans le
dpartement de Seine-et-Oise;

Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera form
sans dlai  Versailles un tablissement d'horlogerie automatique;
que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze annes
gratuitement d'une maison nationale qui sera dtermine par le comit
d'agriculture et des arts et des finances runis, sur le rapport de la
commission des arts;

Que cette manufacture prendra chaque anne cent lves dont le rgime
sera le mme que pour ceux de Besanon; copie certifie de l'arrt du
comit de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
comit d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
laquelle il m'engage, pendant mon sjour  Versailles,  donner tous
mes soins  l'tablissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
avoit t pris un arrt du comit des finances portant que ladite
manufacture seroit tablie dans la maison nationale du garde-meuble;
mais que diffrents obstacles se sont opposs  l'excution de ce
projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitu le ci-devant couvent
des Ursulines ou celui des Rcollets; qu'il est urgent de destiner 
cet tablissement une maison convenable et qui ne soit occupe par
aucun tablissement public:

Aprs avoir visit avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
maison d'lisabeth, situe avenue de Paris, et m'tre convaincu
qu'elle prsente des emplacements convenables et suffisants pour
l'tablissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
que des rparations peu considrables, telles que rtablissement de
quelques cloisons, portes et chemines, enleves ou dtruites pour
l'tablissement d'un hpital qui y avoit t form; j'arrte ce qui
suit:

ARTICLE 1er. La maison dite d'lisabeth, l'orangerie et la vacherie
qui en dpendent, les cours et terrains situs entre lesdits btiments
sont affects  la manufacture d'horlogerie automatique tablie 
Versailles.

ART. 2. Lesdits terrains seront borns au levant par un mur qui sera
construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
vacherie, au levant, et prolong jusqu'au mur de clture du ct de
l'avenue de Paris.

ART. 3. Les terrains au levant dudit mur resteront  la disposition de
l'administration du district pour tre alins. Elle sera tenue
d'imposer  l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
 ses frais dans six mois, pour tout dlai,  compter de
l'adjudication.

ART. 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans dlai en
possession desdits btiments et terrains ci-dessus dsigns.

ART. 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des btiments nationaux 
Versailles, est requis de faire le dtail et devis estimatif des
cloisons, chemines et portes  rtablir dans lesdits btiments, et
des menues rparations  y faire.

ART. 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par conomie
sous l'inspection et surveillance immdiate dudit citoyen Loiseleur,
qui rendra compte de l'excution  l'administration dudit dpartement
et  la commission d'agriculture et des arts.

ART. 7. Les dpenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittes par
le receveur du district de Versailles et imputes sur les fonds mis 
la disposition de ladite commission.

ART. 8. Le citoyen Loiseleur est autoris  tirer des magasins des
btiments nationaux les matriaux qui peuvent s'y trouver propres  la
confection desdits travaux. Il l'est galement  se faire dlivrer,
des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
dans les magasins des btiments nationaux, et qui seront ncessaires
tant pour lesdits travaux que pour l'tablissement des ateliers.

ART. 9. Il sera libre auxdits citoyens de dfricher les bouquets de
bois existants dans le local ci-dessus dsign, et de les cultiver
ainsi qu'ils jugeront  propos.

ART. 10. Il sera dress un tat des lieux aussitt aprs la confection
des rparations et rtablissements ci-dessus dsigns, lequel sera
souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
de les remettre en bon tat, au terme prescrit par le dcret ci-dessus
cit pour leur jouissance. Ce terme court  compter du 1er brumaire
prochain.

ART. 11. Le procureur gnral syndic du dpartement, et par suite le
commissaire national prs ladite administration, est charg de
surveiller l'excution du prsent arrt, qui sera de suite communiqu
aux comits de salut public, des finances et d'agriculture et arts
runis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la Rpublique
franoise.

  _Sign:_ CH. DELACROIX.     Pour copie conforme: CH. DELACROIX.

  Pour copie conforme: FRANOIS DE NEUFCHATEAU.

       *       *       *       *       *

II.

_Extrait des registres des dlibrations des consuls de la
Rpublique._

         Paris, le 17 ventse l'an IX de la Rpublique franaise,
                                une et indivisible (8 mars 1801).

Les consuls de la Rpublique, sur le rapport du ministre de
l'intrieur, le conseil d'tat entendu, arrtent:

ARTICLE 1er. Les manufactures d'horlogerie tablies  Versailles, sous
la direction des citoyens Lemaire et Glasner, et  Grenoble, sous
celle des citoyens Flaissire et compagnie, sont supprimes.

ART. 2. Le ministre de l'intrieur rglera les indemnits qui peuvent
tre dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
de l'tranger pour partager leurs travaux,  la charge par les
entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont t mis 
leur disposition. Les fonds ncessaires au payement des indemnits
seront pris sur ceux accords annuellement pour l'encouragement des
arts.

ART. 3. La rgie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
l'inventaire du mobilier appartenant  la nation, dpendant desdites
manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
occupes par ces tablissements seront rendues  la disposition de la
rgie dans le dlai de trois mois.

ART. 4. Les ministres de l'intrieur et des finances sont chargs de
l'excution du prsent arrt.

                           Le Premier Consul, _sign:_ BONAPARTE.

  Par le Premier Consul, _le secrtaire d'tat_,

                                            _Sign:_ H. B. MARET.

          Pour ampliation,

  _Le ministre de l'intrieur_, CHAPTAL.

       *       *       *       *       *

III.

  Paris, le 9 fructidor an VIII de la Rpublique une et indivisible
  (27 aot 1800).

_Le conseiller d'tat ayant le dpartement des domaines nationaux au
prfet du dpartement de Seine-et-Oise._

Vous savez, citoyen prfet, qu'un arrt des consuls du 17 ventse
dernier a supprim la manufacture d'horlogerie tablie  Versailles,
et ordonn que la maison dite lisabeth, qui toit affecte  cet
tablissement, seroit mise  la disposition de la rgie du domaine
national et de l'enregistrement dans le dlai de trois mois.

L'architecte du palais national de Versailles ayant prvenu le
ministre de l'intrieur que cette maison toit tellement endommage
qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
rparer, ce ministre, citoyen prfet, vous a demand votre avis, et
vous avez pens, ainsi que le mme ministre l'a marqu  celui des
finances, le 3 floral dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
cette maison, dans l'tat o elle se trouve, que de la rparer.

De son ct, la rgie des domaines a adress au ministre des finances,
le 18 du mois dernier, un devis dress le 9 par l'architecte des
btiments nationaux. Il en rsulte que les frais de rparations
indispensables s'lveroient  10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
 la charge des occupants, mais que la totalit de la dpense
tomberoit vraisemblablement au compte de la Rpublique, attendu que
les occupants jouissoient, soit comme attachs  la manufacture
d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
l'intrieur, et que lors de leur entre en jouissance l'tat des lieux
n'a pas t constat.

La rgie a observ que, vu le grand nombre des btiments inoccups 
Versailles, les locations de la maison lisabeth y seroient difficiles
et d'un foible produit; qu'en consquence il toit plus avantageux
d'aliner cette maison.

Tout concourt donc, citoyen prfet,  ce que vous preniez des mesures
pour l'alination de la maison dont il s'agit.

                                Je vous salue.        J. REGNIER.

       *       *       *       *       *

IV.

  VENTE DES DOMAINES NATIONAUX

  en excution des lois des 15 et 16 floral an X (5 et 6 mai 1802).

  DPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.--_Commune de Versailles._--3e
  arrondissement.

L'an X de la Rpublique franaise, le vingt-troisime jour du mois de
messidor  midi, il a t procd, devant le prfet du dpartement de
Seine-et-Oise, en excution des lois des 15 et 16 floral an X,  la
rception des premires enchres pour la vente des biens nationaux
dsigns dans l'affiche approuve le 8 dudit mois messidor, laquelle a
t publie et appose dans les lieux prescrits par l'article II du
titre III du dcret du 14 mai 1790. En consquence, il a t annonc
que les premires enchres alloient tre reues sur chacun des
articles de l'affiche, lecture pralablement faite d'icelle et du
cahier des charges rdig par le directeur de la rgie de
l'enregistrement, prsent  la sance.

  ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.

  _Biens provenant de la ci-devant liste civile._

La maison dite _lisabeth_ et ses dpendances, situes dans la ville
de Versailles.

Cette proprit est divise en cinq lots, suivant le procs-verbal
d'estimation qui en a t dress par le citoyen Duclos, le 5
vendmiaire an X, dment enregistr, lesdits lots dsigns et valus
ainsi qu'il suit:

PREMIER LOT.

  Le premier lot indiqu par la lettre A au plan annex audit
  procs-verbal, consistant dans le btiment d'habitation, une
  portion des deux premires cours et environ un hectare
  quatre-vingt-quatorze ares soixante centiares de jardin, est
  estim valoir en revenu annuel la somme de dix-sept cents
  francs, ci.                                          1,700f
                                                     ========
  Lequel multipli par six produit un capital de      10,200

  A quoi ajoutant 10 p. 100                            1,020
                                                     --------
  Il en rsulte une premire mise  prix de           11,220f ci.  11,220f

DEUXIME LOT.

  Le deuxime lot, cot B au plan, compos des btiments
  dits les curies et cuisines, des cours qu'ils renferment,
  d'une portion des deux premires cours, contenant environ
  un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
  est estim valoir au revenu annuel                   1,200f
                                                     ========
  Et en capital le revenu multipli comme ci-dessus    7,200

  A quoi ajoutant 10 p. 100                              720
                                                     --------
  Il en rsulte un total de                           7,920f ci.    7,920

TROISIME LOT.

    Le troisime lot, cot C au plan, compos des btiments
    dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
    d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
    est estim en revenu                                 240f
                                                                  --------
            Total  reporter                                       19,140f

                       Report                                      19,140f

    Et en capital le revenu multipli par six donne    1,440

    A quoi ajoutant le dixime                           144

    Il en rsulte une premire mise  prix de          1,594f ci.   1,584

QUATRIME LOT.

    Le quatrime, cot D au plan, compos du btiment dit
    l'orangerie et de celui connu sous la dnomination de la
    laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
    cinquante-huit centiares de jardin; le tout estim valoir
    un revenu annuel de 160 francs                       160f
                                                        =====
    Lequel multipli par six produit un capital de       960

    A quoi ajoutant 10 p. 100                             96
                                                     --------
    Il en rsulte un total de                          1,056 ci.    1,056

CINQUIME LOT.

    Le cinquime et dernier lot, cot E au plan, compos du
    btiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
    de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estim,
    en revenu annuel, la somme de                        200f
                                                        =====
    Lequel revenu multipli par six produit un
    capital de                                          1,200

    A quoi ajoutant 10 p. 100                             120
                                                      --------
    Il en rsulte une premire mise  prix de           1,320f ci.  1,320
                                                                  --------
                Total                                              23,100f

_Rserves._

Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
marbre, bras de chemines, bronzes incrusts ou tenant au corps
principal de maonnerie des chemines, les jalousies, les poles,
bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
btiments; ces objets sont rputs mobilier et seront vendus comme
tels.

_Charges particulires._

Dans le cas o la proprit dont il s'agit seroit adjuge
partiellement, chaque acqureur sera tenu de se conformer aux clauses
et conditions insres au procs-verbal d'estimation annex au
prsent, et qui lui sont imposes relativement au partage du jardin,
 la distribution des eaux,  la clture des terrains respectivement
affects  chaque lot,  la mitoyennet des murs et aux charges
auxquelles seront spcialement assujettis les acqureurs.

Pour l'excution de ces clauses il sera dlivr extrait dudit
procs-verbal  chacun de ces acqureurs, qui sera galement tenu de
laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la rcolte
des grains, fruits et lgumes, existant actuellement sur les terrains
dpendants de ladite proprit, sauf cependant  l'indemniser  dire
d'experts, attendu que ledit Hubert a t autoris  les cultiver par
dcision du prfet du 24 floral dernier.

_Nota._ Il ne sera fait aucune coupure  la conduite qui donne l'eau
au cinquime lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.

Lecture faite  haute et intelligible voix, par le secrtaire gnral
de la prfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
enchres ont t ouvertes:

  _Savoir:_

                        11,220f montant de la mise  prix du 1er lot.

                         7,920         --             --     2e lot.

                         1,584         --             --     3e lot.

                         1,056         --             --     4e lot.

                         1,320         --             --     5e lot.

  Et enfin sur celle de 23,100         --             --  de l'ensemble

de la proprit, personne n'ayant enchri, tant sur la mise  prix de
chacun de ces lots que sur celle de la totalit du domaine, le prfet
a renvoy l'adjudication dfinitive au 27 du mois de messidor, jour
indiqu par l'affiche, et le prsent procs-verbal a t clos.

Et le vingt-septime jour du mois de messidor l'an X de la Rpublique
franaise, le prfet du dpartement de Seine-et-Oise, en prsence du
directeur de la rgie de l'enregistrement, et lecture pralable faite
par le secrtaire gnral du cahier des charges insres dans le
procs-verbal ci-dessus, a procd, en excution des lois prcites, 
l'adjudication dfinitive du bien national (en question); duquel bien
la dsignation a t insre dans le procs-verbal des premires
enchres ci-dessus, suivant lequel il n'a point t port d'enchre
au-dessus de la mise  prix tant des diffrents lots que de l'ensemble
de la proprit; en consquence il a t allum des feux, d'abord sur
le montant de la mise  prix de chacun des lots telle qu'elle est
tablie d'autre part.

PREMIER LOT.

Au huitime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand,
moyennant 34,600 francs; un neuvime feu s'tant teint sans que
pendant sa dure il ait t mis aucune enchre, le prfet en a donn
acte audit citoyen Durand.

DEUXIME LOT.

Au quatrime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand
pour 17,400 francs. Un cinquime feu s'tant teint, sans qu'il ait
t fait aucune offre, le prfet en a pareillement donn acte audit
Durand.

TROISIME LOT.

Au troisime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Boucher
pour 6,800 francs. Un sixime feu s'tant teint sans que pendant sa
dure il ait t mis aucune enchre, le prfet en a aussi donn acte
au citoyen Boucher.

QUATRIME LOT.

Au quatrime feu, la dernire est reste au citoyen Cossin pour 6,750
francs. Un cinquime feu s'tant teint sans qu'il ait t fait aucune
offre, le prfet en a donn acte au citoyen Cossin.

CINQUIME LOT.

Au sixime feu, la dernire enchre est reste au citoyen Boucher pour
7,850 francs. Un septime feu s'tant teint sans que pendant sa dure
il ait t mis aucune enchre, le prfet en a donn acte audit citoyen
Boucher.

Cette opration termine, les enchres ont t reues en la manire
accoutume sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
73,400 francs, montant des offres faites pour acqurir divisment
cette mme proprit.

Au premier feu, la dernire enchre est reste au citoyen Durand,
moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxime, au citoyen Villers
pour 75,600 francs; au troisime, au mme, moyennant 75,900 francs.

Un autre feu ayant t allum et s'tant teint sans que pendant sa
dure il ait t mis aucune enchre, le prfet a dclar le citoyen
Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant  Paris, rue de
l'Universit, 269, adjudicataire dfinitif, et lui a adjug la
totalit de la maison dite lisabeth et ses dpendances, tel que ce
domaine est ci-devant dsign, moyennant le prix et somme de
soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et
conditions insres dans le premier procs-verbal d'enchres, sous
l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
prsents et  venir, dudit citoyen Villers, et spcialement les biens
prsentement vendus, sans qu'une obligation droge  l'autre.

L'acqureur a dclar qu'il se rservoit la facult de nommer son
command dans les dlais prescrits par la loi.

                                                      G. GARNIER.

Enregistr  Versailles, le 7 thermidor an X de la Rpublique. Reu
seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.

                                                            NOEL.

  Archives de Versailles.

       *       *       *       *       *

XI.

DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.

Nous, commissaire nomm par le Directoire du dpartement de
Seine-et-Oise, en conformit des loix et lettres ministrielles sur la
disposition du mobilier national  l'effet d'oprer la distraction des
objets prcieux et particulirement des plantes rares qui se
trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
migrs dudit dpartement, pour procder  l'enlvement desdits objets
et les faire transporter au lieu dsign pour le dpt.

Nous nous sommes transport  la maison cy-devant  lisabeth 
Montreuil, accompagn d'un officier de la municipalit, o tant avons
somm le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
introduire dans les jardins  l'effet d'y remplir notre mission, ce
qu'ayant fait, nous avons procd au triage et estimation des plantes
de la manire suivante.

OBJETS RSERVS POUR LE DPT.

_Plantes d'orangerie._

   4 Atriplex portulacodes.
   4 Pistacia Terebinthus.
   2 Erica mammosa.
   2 Lavatera gallica.
   5 Buphthalmum fruticosum.
   2 Lycium afrum.
   4 Salvia aurea.
   2 Conyza glutinosa.
   2 Salvia mexicana.
   2 Salvia argentea.
   3 Salvia paniculata.
   1 Salvia pomifera.
   1 Salvia canariensis.
   2 Salvia macrophylia.
   1 Salvia cretica.
   6 Teucrium latifolium.
   4 Teucrium betonicfolium.
   1 Teucrium fruticans.
   5 Teucrium chamdrifolium hirsutum.
   4 Artemisia capillaris.
   3 Artemisia moxa.
   3 Solanum sodomum.
   3 Phillyrea angustifolia.
   1 Phillyrea latifolia.
   1 Anagyris foetida.
   4 Atropa solanacea.
   2 Ephedra nova.
   2 Cineraria populifolia.
   4 Cineraria maritima.
   6 Cineraria amellodes.
   2 Medicago arborea.
   1 Medicago marina.
   1 Anthyllis barba-Jovis.
   2 Anthyllis Hermanni.
   2 Tarchonanthas camphoratus.
   4 Rhus angustifolia.
   1 Rhus glabra.
   4 Hypericum marylandicum.
   1 Marrubium crispum.
   2 Vitex agnus castus.
   1 Agave americana variegata.
   5 Carex plantaginea.
   3 Gnaphalium foetidum.
   2 Gnaphalium stoechas.
   2 Gnaphalium orientalis.
  12 Pots d'ixia, diffrentes espces.
   3 Gladiolas tristis.
   1 Cistus populifolius.
   1 Cistus purpareus.
   2 Cistus laurifolius.
   6 Cneorum tricoccum.
   1 Asparagus acutifolius.
   1 Serratula champeuce.
   2 Carthamus salicifolius.
   2 Quercus suber.
   4 Physalis somnifera.
   4 Centaurea sempervirens.
   2 Vaccinium oxycoccos.
   2 Salicornia fruticosa.
   4 Sonchus fruticosus.
     Cotyledon orbiculata.
   2 Echium orientale latifolium.
   1 Echium angustifolium.
   1 Asclepias fruticosa.
   1 Statice mucronata.
   1 Statice Limonium.
   2 Parietaria arborea.
   1 Erigeron foetidum.
   1 Cercodia erecta.
   1 Sida nova.
   1 Aristolochia sempervirens.
   2 Rumex Lunaria.
   2 Lavandula stoechas.
   1 Scabiosa palstina.
   1 Ficus pumila.
   1 Statice monopetala latifolia.
   1 Psoralea pinnata.
   1 Atraphaxis undulata.
   1 Athanasia maritima.
   1 Eupatorium angustifolium.
   2 Oenothera rosea.
   6 Oenothera pumila.
   1 Urtica nivea.
   3 Inula crithmodes.
   1 Hypoxis japonica.
   4 Senecio halimifolia.
   1 Tanacetum novum.
   1 Polypedium cambricum.
   1 Phlomis laciniata.
   1 Chrysophyllum glabrum.
   3 Arenaria balearica.
   3 Linna borealis.
     Arundo donax variegata.
   1 Ulmus pumila.
   1 Clutia pulchella.
   1 Spartium lusitanicum.
   2 Mimosa arborea.
   2 Sterculia platanifolia.
   1 Bignonia crucigera.
   1 Baccharis ivfolia.
   3 Scolymus maculatus.
   4 Chrysanthemum serotinum.
   1 Panicum novum.
   1 Lantana odorata.
   1 Cassia marylandica.
   4 Centaurea ferox.
   1 Teucrium novum.
   1 Zanthoxylum trifoliatum.
   1 Malva Sherardiana.
   1 Ceratonia siliqua.

La totalit des plantes en pots rserves pour le dpt se monte  la
quantit de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de
plantes vivaces.

OBJETS DSIGNS POUR LA VENTE.

_Orangerie._

   4 Orangers de 39 pouces de caisse.
   1   --     de 34   --        --
   1   --     de 33   --        --

   2 Orangers de 31 pouces de caisse.
   3    --    de 30   --        --
   2    --    de 24   --        --

   Treize Orangers de diffrentes espces estims l'un
     dans l'autre 60# pice                              780#   s.

   2  Orangers de 18 pouces de caisse.
   4    --     de 16   --        --
   2    --     de 14   --        --

   Huit Orangers, petites caisses, estims l'un dans
     l'autre la somme de 24#                             192

   15 Grenadiers de quinze  vingt-deux pouces de caisse,
     estims l'un dans l'autre  18#                     270

    1 Myrte, caisse                                       12
    2 Oliviers, caisse,  12#                             24
    1 Laurier franc, caisse                               10
    2 Bosia yervamora,  10#                              20
    3 Justicia adathoda,  12#                            36
    1 Altha                                               8
   12 Lauriers-roses,  10#                              120
    2 Lentisques,  8#                                    16

_Plantes d'orangerie en pots._

    6 Atriplex portulacodes,  8 sols                     2   8
    2 Buddleia globosa,  10 sols                          1
    4 Pistacia Terebinthus,  15 sols                      3
    1 Sapindus Saponaria                                   1
    5 Melia azedarach,  10 sols                           2  10
    6 Teucrium latifolium,  10 sols                       3
    2 Ceanothus africanus,  15 sols                       1  10
   34 Solanum pseudo-capsicum,  10 sols                  17
    2 Solanum tomentosum,  15 sols                        1  10
    4 Solanum sodomum,  10 sols                          2
    4 Solanum bonariense,  8 sols                         1  12
    2 Yucca gloriosa,  1#                                 2
    4 Cupressus sempervirens,  10 sols                    2
    6 Cineraria amellodes,  10 sols                      3
    1 Coronilla glauca                                    15
    5 Viburnum Tinus,  10 sols                            2  10
   18 Thlaspi vivaces,  5 sols                            4  10
                                                       ----------
                                                       1,539  05

    1 Agave americana                                      1
    6 Cneorum tricoccum,  8 sols                          2   8
    1 Vitis arborea                                        8
    4 Sonchus fruticosus,  1#                             4
    1 Celastrus pyracantha,  10 sols                     10
    3 Celastrus buxifolius,  10 sols                      1  10
    2 Aloe verrucosa,  8 sols                            16
   12 Mesembryanthemum ou ficodes de diffrentes espces,
         10 sols                                          6
    5 Cacalia laciniata,  8 sols                          2
    2 Psoralea palstina,  8 sols                        16
    1 Euphorbia caput Medus                              10
    8 Phlomis fruticosa,  10 sols                         4
    2 Inula crithmodes,  18 sols                         1  16
    6 Leonurus ou Queue de lion,  10 sols                 3
    1 Bosia yervamora                                     10
    1 Stachys circinata                                    8
    2 Smilax aspera,  10 sols                             1
    1 Sempervivum arboreum                                 1
    2 Crassula orbiculata,  8 sols                       16
    2 Physalis somnifera,  10 sols                        1
   58 Geranium en pots de diffrentes espces,  8 sols   23   8
    8 Geranium dans des vases de faence,  6#            48
   12 Vases de faence vides mutils,  1#                12
  100 pots vides,  8 sols                                40

_Ppinire._

  300 Pins d'cosse,  1#                                300
   10 Sapinettes,  1#                                    10
   35 Thuyas,  5 sols                                     8  15
   40 Marronniers,  15 sols                              30
   50 Spira populifolia,  10 sols                       25
  150 Arbres de Sainte-Lucie,  8 sols                    60
  150 rables  feuilles de frne,  10 sols              75
  250 Cerisiers  grappes,  5 sols                       62  10
  200 Cornouillers sanguins,  4 sols                     40
   60 bniers,  10 sols                                 30
   18 Frnes de diffrentes espces,  10 sols             9
   30 Lonicera Diervilla,  2 sols                         3
   40 Seringas,  4 sols                                   8
   80 Lilas,  10 sols                                    40
                                                       ----------
                                     Total              2392#  6s.

Il se trouve aussi dans une des cours un dpt de terre de bruyre que
l'on peut estimer  soixante tombereaux environ, rserve pour le
dpt des plantes  Trianon. Prs de cette cour est un grand carr
plant de diffrents arbres trangers pour former une cole de
botanique; on se rserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
tre transport audit dpt.

OBJETS RCLAMS PAR LA CITOYENNE BROWN,

_ci-devant jardinire du potager  Versailles._

   28 Orangers en caisse de 14  18 pouces.
    2 Lauriers-roses.
   50 Pots de lilas de Perse.
   50 Pots de rosiers.
      Et diffrents arbustes et arbres verts.

Cette rclamation est atteste de nombre de citoyens.

Et aprs avoir fait l'examen gnral, tant en ce qui concerne les
plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
trouv, nous avons termin le prsent inventaire et avons sign 
Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxime de la Rpublique une et
indivisible.

  COUPRY.          F. REMILLY.          PERADON, commissaire.

_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
transporter une partie  l'orangerie et l'autre  Trianon; que
d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon tat
pour contenir cette quantit de plantes tant en caisses qu'en pots; en
y faisant cependant une petite rparation, soit pour ce qui regarde la
maonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux casss,
et les chssis des volets de la porte d'entre, et le cintre  garnir
en grosse toile; si l'administration se dcide  envoyer le tout tant
 l'orangerie qu' Trianon, il faudra ncessairement abattre deux
parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dpense sera
beaucoup plus considrable que celle pour la rparation de ladite
orangerie, et l'opration plus longue et plus difficile.

Cette observation a t communique au directoire du district.

                                                         PERADON.

       *       *       *       *       *

II.

_Rapport du commissaire  la disposition des plantes, relativement au
jardin d'lisabeth Capet,  Montreuil._

Le commissaire  la disposition particulire des plantes, d'aprs
diffrents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
appartenant cy-devant  lisabeth Capet,  Montreuil, et examin les
pices suivantes, particulirement le rapport du comit de
surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
Pineaux, nomms commissaires par les reprsentants du peuple  l'effet
de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
ces deux commissaires ont observ qu'il seroit plus avantageux de
confier  deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
c'est--dire que Virey seroit charg de la conduite de l'orangerie et
plantes rares, et Dor de la partie des fruits et lgumes.

Ayant examin en outre un march fait par le citoyen Couturier, qui
accorde  Virey la jouissance en totalit des productions du jardin
pour lui tenir lieu d'indemnit pour son entretien, indpendamment des
gages d'un premier garon qui lui seront accords,  la charge par lui
de fournir des lgumes  l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] 
son estimation, ainsi qu'il est nonc audit march.

[Note 231: Surcharg: il y avait auparavant 150.]

De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, o il est
dit que la dpense pour l'entretien du jardin peut tre mise en
compensation avec le produit des fruits et lgumes, et que mme le
jardinier pourra fournir  l'infirmerie des lgumes pour la valeur de
200#, ce qui forme, on l'aperoit, une grande diffrence avec le
march fait par le citoyen Couturier.

D'aprs toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
l'intrt de l'administration, aucun des marchs ou arrangements tels
que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.

1 L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit tre
allou qu' une seule personne, comme il s'est pratiqu jusqu'
prsent; 2 que le march fait par le citoyen Couturier est onreux 
l'administration, par la raison qu'il s'est prsent deux
soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probit que par son
talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
seulement.

Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, o il n'est point
parl de gages de premier garon, mais au contraire que le jardinier
sera encore assez indemnis en fourniture sur son produit pour la
somme de 200# de lgumes  l'infirmerie, l'administration dcidera
dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le
citoyen Virey est un pre de famille, bon patriote et bon cultivateur;
qu'il occupe maintenant cette place, et semble mriter la prfrence,
en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.

Il existe dans cette maison la quantit de cinquante-huit panneaux,
dont quelques-uns sont mutils, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge
et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces
objets  Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, except ceux
qui sont en rquisition?

A Versailles, le 10 ventse, l'an II de la Rpublique une et
indivisible (28 fvrier 1794).

                                                         PERADON.

       *       *       *       *       *

III.

  14 ventse l'an II de la Rpublique une et indivisible
  (4 mars 1794).

Suivant le rapport fait  l'administration par le citoyen Peradon,
commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant  lisabeth
Capet,  Montreuil, il s'est prsent pour l'entretien de ce jardin
plusieurs soumissionnaires, galement connus par leurs talents et leur
probit, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
abandonne les produits;

Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garon, qui
est de 1,000  1,200#.

La disproportion qui existe entre ces diffrentes soumissions est
d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
Pineaux, o il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
jardinier sera suffisamment indemnis par le produit du jardin, en
fournissant mme pour 200# de lgumes  l'infirmerie.

Quelques gards que mrite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
que l'intrt de la Rpublique ne permet pas de faire en sa faveur un
sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut
tre cultiv par des mains habiles sans qu'il en cote rien  la
nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen
Virey, bon patriote et pre de famille, c'est de lui accorder la
prfrence dans le cas o il se chargeroit de l'entretien desdits
jardins aux mmes conditions que les autres soumissionnaires.

Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
partie  la disposition du jardinier; il demande  cet gard les
ordres de l'administration;

Ou l'agent national en ses conclusions,

L'administration, considrant que l'intrt de la Rpublique lui
impose imprieusement la loi de mettre dans toutes les parties
l'conomie dont elles sont susceptibles, lorsqu' cette conomie se
trouvent joints les avantages qui rsulteroient d'une plus forte
dpense, et dsirant d'ailleurs concilier les gards dus au citoyen
Virey avec le bien public, premier objet de ses considrations, estime
que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants 
lisabeth Capet,  Montreuil, seront lous  l'enchre en la manire
accoutume, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;

Arrte en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis  la
disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
l'estimation sera faite pour qu'il ait  les reprsenter, lorsqu'il en
sera requis, tels qu'il les aura reus, et que les panneaux et
arrosoirs restants seront mis en rserve pour servir lorsqu'il y aura
lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.

       *       *       *       *       *

IV.

  Versailles, le 25 frimaire l'an III de la Rpublique une et
  indivisible (15 dcembre 1794).

_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
domaines  l'agent national du district de Versailles._

                                                         CITOYEN,

Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
inform la commission des revenus nationaux que, malgr les
prcautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empcher les
dgradations considrables qui se commettoient journellement dans la
maison d'lisabeth Capet, situe  Montreuil, et elle a imput ces
dgradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit t tabli
dans cette maison.

Il rsulte des informations prises par la commission des secours
publics,  laquelle la commission des revenus nationaux avoit port
ses plaintes, que ces dgradations ont t principalement commises par
le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
habituellement pturer ses vaches.

Ces faits tant consigns dans un procs-verbal, rapport le 9
thermidor dernier par les membres du comit de surveillance de
l'hpital, je te prie de faire informer sur ce dlit, et d'intenter,
s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en rparations
qu'en indemnit des dommages qui seront reconnus tre procds de son
fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en
jouissance il n'ait t dress un tat descriptif des lieux, et que le
cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressment assujetti 
les entretenir et  les rendre en bon tat de culture  l'expiration
de sa jouissance, il sera facile de l'obliger  rparer les
dgradations commises.

Salut et fraternit.

                                               GARNIER-DESCHESNE.

       *       *       *       *       *

XII.

RCIT DU PRE CARRICHON,

PRTRE DE LA CONGRGATION DE L'ORATOIRE,

     Tmoin de la mort de mesdames la marchale de Noailles, la
     duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnes  mort
     par le tribunal rvolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
     1794).

Mesdames la marchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
de Noailles furent dtenues dans leur htel depuis le mois de
septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la premire de vue
seulement, et d'une manire particulire les deux autres, que je
voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
parloit et qu'on s'exhortoit  se prparer  l'tre, je leur dis par
une espce de pressentiment: Si vous allez  la guillotine et que
Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai. Elles me prennent
au mot, ajoutant avec vivacit: Nous le promettez-vous? J'hsite un
moment. Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
j'aurai un habit bleu fonc et une veste rouge. Depuis elles me
rappelrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
crois, aprs Pques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zle
si dlicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
leurs enfants. Ma promesse est rappele. Le 27 juin, un vendredi, il
vient de leur part me prier de rendre au marchal de Mouchy et  sa
femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
parviens  entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
prs pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je
n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne
me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux
pour eux. Le marchal toit singulirement difiant et prioit
vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le
Luxembourg,  ceux qui lui marquoient de l'intrt: A dix-sept ans
j'ai mont  l'assaut pour mon Roi,  soixante-dix-huit je vais 
l'chafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.
J'vite des dtails qui deviendroient immenses. Ce jour-l, je crois
inutile et mme je ne me sens point capable d'aller jusqu' la
guillotine. J'en augure mal pour la promesse spciale faite  leurs
parentes. Que j'aurois  dire sur tous les nombreux convois qui
prcdrent et suivirent celui du 27, convois fortuns ou infortuns,
selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux dchirants
lors mme que les caractres et tous les signes extrieurs annonoient
une mort chrtienne, lors mme qu'ils toient accompagns des grandes
consolations produites par les vertus chrtiennes; mais bien autrement
dchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
condamns sembloient passer de l'enfer de ce monde  celui de l'autre!

Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'tois chez moi,
et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaiet
de leur ge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
la dtention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
l'air de la campagne: l'instituteur, ple, dfigur, pensif et
triste.--Ce contraste me frappe. Passons, me dit-il, dans votre
chambre, laissons les enfants dans votre cabinet. Nous nous sparons;
les enfants se mettent  jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
jette dans un fauteuil: C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
tribunal rvolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
Je vais les conduire  Vincennes pour y voir la petite Euphmie. Dans
le bois je prparerai ces malheureux enfants  cette terrible perte
qu'ils ignorent. Quelque prpar que je fusse depuis longtemps, je
suis dconcert. Toute cette affreuse situation des mres, des
enfants, de leur digne instituteur, cette gaiet suivie de tant de
tristesse, la petite Euphmie ge alors d'environ quatre ans, tout se
peint  mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens  moi
 l'instant, et aprs quelques demandes, rponses et autres lugubres
dtails, je dis: Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
Priez Dieu qu'il me donne la force de l'excuter.--Nous nous levons,
passons dans le cabinet o nous trouvons les enfants, s'amusant, gais
et contents autant qu'ils pouvoient l'tre; ce que nous prouvions 
leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le
contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance
et les congdie. Rest seul, je me sens pouvant, fatigu. Mon Dieu,
ayez piti d'elles, d'eux et de moi!

Je change d'habits et vais faire quelques courses projetes, avec un
poids dans l'me bien accablant. Je les interromps pour aller au
palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilit. Je
prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
la ralit de l'annonce; l'illusion de l'esprance est la dernire
dtruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
quelle pense, quelle agitation intrieure, quel effroi secret joint 
une tte malade! Ayant affaire  une personne de confiance, je
m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
tte, je la prie de me faire un peu de caf. Il me fait quelque bien.
Je reviens au palais trs-lentement, trs-pensif, trs-irrsolu,
dsirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le dpart. Je
monte tristement les degrs de la Sainte-Chapelle, je me promne dans
la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lve, je ne parle 
qui que ce soit, je cache sous un air srieux un fond trs-agit et
trs-chagrin; de temps en temps un triste coup d'oeil sur la cour pour
voir si le dpart s'annonce. Je reviens. Ma frquente exclamation
intrieure toit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette ide m'affectoit
et m'a affect toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
m'a paru si longue et si courte que celle qui s'coula depuis cinq
heures jusqu' six, pour divers motifs qui se croisoient, se
combattoient, se dtruisoient et me faisoient passer des illusions du
vain espoir  des craintes malheureusement trop relles.

Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
prison. Je descends et vais me placer prs de la grille par o elles
sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pntrer
dans la cour. La premire charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
y avoit huit dames trs-difiantes, sept pour moi inconnues; la
dernire, dont j'tois fort proche, toit la marchale de Noailles. De
n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut l un foible et
dernier rayon d'esprance; car, hlas! sur la deuxime charrette
montent la mre et la fille. Celle-ci toit en blanc, qu'elle n'avoit
quitt depuis la mort de son beau-pre et de sa belle-mre; elle
paroissoit ge de vingt-quatre ans au plus; celle-l de quarante, en
dshabill ray bleu et blanc. Je les voyois encore de loin. Six
hommes se placrent aprs elles, les deux premiers, je ne sais
comment,  un peu plus de distance qu' l'ordinaire, comme pour leur
donner plus de libert, et avec un air d'gard et de respect dont je
leur sus bon gr. A peine sont-elles places, que la fille tmoigne 
sa mre ce vif et tendre intrt si connu: j'entends dire auprs de
moi: Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
parle!--Elle ne parot pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: Il n'y est
pas.--Regarde encore.--Maman, rien ne m'chappe, je vous l'assure, il
n'y est pas. Elles oublient que je leur avois fait annoncer
l'impossibilit de me trouver l. La premire charrette reste prs de
moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxime va passer. Je
m'apprte. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
palais, fais un grand dtour et viens me placer  l'entre du pont au
Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
yeux de tous cts; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
long du pont, spar de la foule, cependant assez prs d'elles; madame
de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperoit pas.

L'inquitude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
redouble d'attention sans succs. Je suis tent d'y renoncer. J'ai
fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
n'y a pas moyen. Je suis fatigu.--J'allois me retirer. Le ciel se
couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
des chemins dtourns j'arrive dans la rue Saint-Antoine, aprs la rue
de Fourcy, presque vis--vis la trop fameuse Force, avant la
charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage clate; les clairs,
les coups de tonnerre se succdent rapidement. La pluie commence.
C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
toujours prsente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
instant la rue est balaye. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
fentres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
petit Saint-Antoine et je suis encore indcis: la premire passe
devant moi. Un mouvement prcipit et comme involontaire me fait
quitter la boutique, et me voil seul tout prs de ces dames. Madame
de Noailles m'aperoit, et souriant semble dire: Vous voil donc
enfin! Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
cherch.--Maman, le voil. A cet instant madame d'Ayen renat, et
toutes mes irrsolutions cessent, je me sens un courage
extraordinaire. Tremp de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
continue  marcher prs d'elles. Sur les marches de l'glise
Saint-Louis, j'apperois un ami pntr pour elles de respect,
d'attachement, cherchant  leur rendre le mme service. Son visage,
son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
force. Bonsoir, mon ami. L est une place, plusieurs rues y
aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus imptueux.
Les dames de la premire charrette en sont fort tourmentes, surtout
la marchale de Noailles; son grand bonnet renvers laisse voir
quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misrable planche, sans
dossier, les mains lies derrire le dos. Aussitt un tas de gens qui
se trouvent l, la reconnoissent, ne font attention qu' elle, et
augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
cris insultants. La voil donc cette marchale, menant autrefois si
grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voil dans la
charrette tout comme les autres! etc. Rien de plus insupportable pour
tout tre sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
objets sacrs, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voil  la place qui
prcde le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
dis: Voil le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles dsirent
tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrte, je me tourne vers
elles: je fais  madame de Noailles un signe qu'elle comprend
parfaitement.--... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.
Aussitt elles baissent la tte avec un air de pit, de repentance,
de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lve la main, reste la
tte couverte, et prononce trs-distinctement, et avec une attention
surnaturelle, la formule entire d'absolution et les paroles qui la
suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphal, aprs lequel tout ce
qui reste n'est que baume et consolation.

Ds ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
exist que pour le succs si dsir de part et d'autre; j'en bnis
Dieu, elles en font autant, leur extrieur n'annonce que contentement,
srnit, allgresse. En s'avanant dans le faubourg, la foule
curieuse revient, borde les deux cts, insulte les premires dames,
surtout la marchale, rien  ses deux parentes; la pluie cesse.

Tantt je devance, tantt j'accompagne. Aprs l'abbaye Saint-Antoine,
j'aperois auprs de moi un jeune homme, prtre, dont pour quelques
motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je crains qu'il ne
me reconnoisse, je rtrograde, j'avance, heureusement il ne me
reconnot point; il double le pas et je ne le vois plus.

Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
peindre. Quel moment! Quelle sparation! Quelle douleur dans ces
enfants, dans ces soeurs, nices, qui restent dans cette valle de
larmes! Je les vois encore pleines de sant. Elles auroient t si
utiles  leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
Quelle ide! quel dchirement! mais non sans de grandes consolations
en les contemplant si rsignes. Les charrettes s'arrtent, l'chafaud
se prsente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
plupart riant et s'amusant de ce dsolant spectacle: je suis au milieu
d'eux dans une situation bien diffrente. J'aperois le matre
bourreau et deux valets, dont il est distingu par la jeunesse, par
l'air d'un petit-matre manqu et le costume. L'un des valets est
remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a  la
bouche, ses manches retrousses, ses cheveux en queue et crpus, l'air
de sang-froid et de rflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
physionomies rgulires et frappantes, quoique sans lvation, qui ont
pu servir de modles aux grands peintres quand ils ont reprsent des
bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
fonds d'humanit, soit habitude ou dsir d'avoir plus tt fait, le
supplice toit singulirement adouci par leur promptitude, leur
attention  descendre tous les condamns avant de commencer  les
placer le dos  l'chafaud, de manire qu'ils ne puissent rien voir;
je leur en sus quelque gr, ainsi que de la dcence qu'ils observoient
et de leur srieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
temps que je les vis.

Pendant qu'ils aident  descendre les dames de la premire charrette,
madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperoit: c'est ici le
pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
dit-elle pas par ses regards, tantt levs au ciel, tantt abaisss
vers la terre, si doux, si anims, si expressifs, si clestes, tantt
fixs sur moi de manire  me faire distinguer si mes compagnons
tigres avoient t plus rflchis! J'enfonce mon chapeau sans la
perdre de vue; je l'entendois: Mon sacrifice est fait. Que je laisse
de personnes chres! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la douce et
ferme esprance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos tendres
adieux pour elles, nos remercments pour vous. Adieu! Puissions-nous
nous revoir dans le ciel! Adieu! Il est impossible de rendre des
signes aussi pieux, aussi vifs, d'une loquence aussi touchante, qui
faisoient dire  mes tigres: Ah! cette jeune, comme elle est
contente, comme elle lve les yeux au ciel, comme elle prie! Mais 
quoi cela lui sert-il? Puis par rflexion: Ah! les sclrats de
calottins! Le dernier adieu prononc, elles descendent. Je ne me
sentois plus,  la fois dchir, attendri et consol. Combien je
remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
l'absolution, encore plus quand elles montrent  l'chafaud! Elles
n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
o j'tois. Je passe d'un autre ct. Pendant qu'on fait descendre les
autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel toit appuye
la premire victime, qui toit un vieillard en cheveux blancs, grand,
l'air d'un bonhomme, qu'on disoit tre un fermier gnral. Auprs de
lui une dame trs-difiante que je ne connoissois pas; ensuite la
marchale, vis--vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
de pierre qui s'toit trouv l, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
les autres, sur plusieurs lignes, toient rangs au bas de l'chafaud
du ct qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
ces dames. Je ne peux apercevoir que la mre, mais dans cette attitude
de dvotion simple, noble, rsigne, les yeux ferms, plus l'air
inquiet, en un mot telle qu'elle toit lorsqu'elle approchoit de la
table sacre. Quelle impression j'en reus! Elle est ineffaable. Plt
 Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient  l'ide un
passage de cette belle lettre des glises de Vienne et de Lyon sur le
martyre de saint Pothin et ses compagnons, o il est dit en parlant de
sainte Blandine, attache au poteau et expose aux btes: Ses
compagnons croyoient voir en la personne de leur soeur Celui qui avoit
t crucifi pour les sauver.

Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
supplice, doux en lui-mme, mais atroce par trois coups qu'on entend
l'un aprs l'autre, surtout par la quantit de sang vers et la vue de
cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
arrangent tout. Le premier se revt, sur ses habits, d'un surtout
ensanglant, se place  gauche,  l'ouest, les autres  droite, 
l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
l'admiration et des loges des cannibales, par son air capable et
rflchi, comme ils disent. Tout tant prt, le vieillard monte 
l'aide des bourreaux. Le matre bourreau le prend par le bras gauche,
le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un instant il
est couch sur le ventre, la tte spare et jete ensuite avec le
corps tout habill dans un vaste tombereau, o tout nage dans le sang.
Et toujours de mme. Quelle horrible boucherie! Comme le coeur bat!
C'est  ce moment qu'on voudroit tre loin! c'est  ce moment qu'on
voudroit tre prt et monter tout de suite si on toit bien prpar,
tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont sensibles,
parot facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on songe aux
circonstances o il faut vivre! Combien j'ai regrett de n'avoir pas
suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on reoit de
grces divines, et plus on en abuse!

La marchale monte la troisime sur l'chafaud; il fallut chancrer le
haut de son habillement pour lui dcouvrir le cou. Impatient de m'en
aller, je voulois avaler le calice jusqu' la lie et tenir ma parole,
puisque Dieu me donnoit la force de me possder au milieu de tant de
frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixime. Qu'elle me parut
contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
la mre! Monte, le matre bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
tenoit par une pingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ter, les
cheveux soulevs et tirs avec force lui causrent une douleur qui se
peignit sur ses traits. La mre disparot, et sa digne et tendre fille
la remplace. Quelle motion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'toit, semblable  un doux et
tendre agneau qu'on va gorger! Je croyois assister au martyre d'une
de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
reprsentes dans les beaux tableaux du Corrge et du Dominiquin.

Ce qui est arriv  sa mre lui arrive. Mme inattention pour
l'pingle, mme douleur, mme signe. Quel sang abondant et vermeil
sortit de la tte et du cou! Que la voil bienheureuse! m'criai-je
intrieurement quand on jeta son corps dans cet pouvantable cercueil.
Je m'en vais; mais je suis arrt un moment par l'air, les traits et
la taille de celui qui venoit aprs elle. C'toit un homme de cinq
pieds huit  neuf pouces, gros  proportion, d'une figure
trs-imposante. Je l'avois remarqu au bas de l'chafaud. Il s'en
toit loign pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosit. Il monte avec
fermet, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
des regards intrpides, trop fiers peut-tre. O mon Dieu! dis-je en
moi-mme, faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et non la
seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme ft damn!
ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grgoire, qui, en voyant 
Rome de beaux esclaves anglois, s'cria: Quel dommage que de si beaux
visages soient sous l'empire du dmon! Cette vue lui donna la
premire ide de la clbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
la suite son disciple saint Augustin.

L'homme dont je viens de parler tait Gossin[232] ou Gossuin, qui a
tant contribu  diviser la France en dpartements. J'ai entendu dire
qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
ranim, fortifi tous les sentiments. _Amen._

[Note 232: P. F. Gossin, n  Souilly, arrondissement et  trois
lieues et demie de Verdun, g de quarante ans, un des plus beaux
hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
Bar-le-Duc et ex-dput aux tats gnraux, avait t mand par le roi
de Prusse  Verdun, aprs la prise de cette ville, en septembre 1792.
Il avait d'abord refus d'obir; mais ayant fini par cder aux dsirs
du peuple de Bar et aux instances de ses collgues, ses ennemis en
profitrent, aprs la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
trahison. Le 5 septembre, il annona  l'Assemble nationale qu'il
_avait t forc d'obtemprer  la sommation du duc de Brunswick, pour
rgler les affaires du dpartement_. Un dcret le mit en accusation.
D'abord enferm au Luxembourg, il fut condamn  mort le 4 thermidor
an II (22 juillet 1794) par le tribunal rvolutionnaire de Paris,
comme ayant obi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
conspiration dans la prison o il tait dtenu. B.]

Aprs sa mort, je quitte tout, hors de moi-mme. Je m'aperois alors
que je suis tout glac,  cause d'une forte transpiration et d'une
forte pluie que j'avois prouves et qui s'toient sches; mais,
grce  Dieu, je ne me sentois point incommod. Je double le pas, tout
rempli de ce dchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
bien touchant spectacle. Je rptois ce que j'ai rpt souvent: Non,
je ne voudrois pas pour cent mille cus n'en avoir pas t tmoin. Je
n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit  en tirer! Quand je
le quittai, il toit prs de huit heures. En vingt minutes, on avoit
fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immol douze.

Bientt je suis  la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison o
toit une respectable famille de ma connoissance, compose du mari, de
la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. Vous
voil! D'o venez-vous si tard, si loin de chez vous?--Ah! je viens
d'tre tmoin d'un spectacle aprs lequel nous sommes les plus
insenss des hommes et les plus grands ennemis de nous-mmes, si nous
n'en profitons pas pour travailler plus fortement  notre salut.
J'entre ensuite dans les dtails qui, en produisant leur
attendrissement, renouvelrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
tard. La nuit fut trs-agite; un sommeil entrecoup ou accompagn de
tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
se fit sentir les jours suivants, mais, grce  Dieu, sans
indisposition. J'tois tout attendri, mais tout embaum. Ah!
m'criois-je souvent, que mon me vive de la vie des justes et que je
meure de leur mort! Pendant longtemps la pense de ce spectacle a
produit en moi un certain frmissement, surtout lorsque je passois
dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
frmissement venoit de ce que cette pense toit accompagne d'une
autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
laiss, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
toujours renaissants o nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
je dnois avec et chez deux amis. Aprs le dner, nous nous livrions 
d'intressants panchements qui, malgr tous les accents de la
tristesse, nous paroissoient si doux par les rflexions et
consolations qui s'y mloient et par la sage libert qui y rgnoit,
dans une crise o tout toit licence pour les mchants, tout toit
servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
entrer le digne ami qui m'avoit dj averti deux fois. Qui vous
amne?--Je vous cherche depuis deux heures; dsesprant de vous
trouver,  tout hasard je suis venu ici.--Pourquoi?--Pour vous engager
 rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
mme service que vous avez rendu  leurs mres. Elles vont partir pour
l'chafaud.--Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
ces dames, et il n'est pas sr qu'elles me reconnoissent et que je les
reconnoisse.

Je combats, il redouble de prires; mes amis se joignent  lui. Je
cde et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
charrettes sortent, s'arrtent en attendant les dernires. Sur la
premire toient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
considre, tourne, retourne; non, ou je suis bien tromp, les tantes
n'y sont point, grce  Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
nous font prouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
les chres tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
l'avantage de les connotre d'une manire aussi particulire que
celles dont la vie et surtout la mort m'ont tant difi, et me faire
trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les autres,
et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un irrparable,
ces marques d'intrt, d'attachement, et ces consolations que partage
si bien un beau-frre, ami, et que je chercherois en vain dans
plusieurs lis cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant et
tout misricordieux rpandre sur leurs familles toutes les
bndictions que je lui demande pour la mienne, et nous runir tous
avec celles qui nous ont devancs dans ce sjour o il n'y aura plus
de rvolution  craindre ou  esprer, dans cette patrie qui aura,
comme dit saint Augustin, la vrit pour roi, la charit pour loi, et
pour mesure l'ternit!

       *       *       *       *       *

Le Pre Carrichon (Antoine-Philibert), ecclsiastique, prtre de la
ci-devant congrgation de l'Oratoire, est dcd le 30 juillet 1818,
en sa maison, rue Saint-Jacques, n 277; ses obsques se firent le 1er
aot,  sept heures du matin, en l'glise de Saint-Jacques du
Haut-Pas, sa paroisse. Il tait g de soixante-neuf ans. B.

       *       *       *       *       *

XIII.

PICES DIVERSES CONCERNANT MADAME LISABETH.


I.

ACTE DE BAPTME DE MADAME LISABETH.

EXTRAIT DU REGISTRE DES BAPTMES _de l'glise Royale et Paroissiale de
Notre-Dame de Versailles, diocse de Paris, pour l'anne mil sept cent
soixante-quatre,_ fol. 33.

L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, trs haute et trs
puissante princesse Madame lizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
France, ne d'aujourd'huy, fille de trs haut, trs puissant et
excellent prince Louis, Dauphin de France, et de trs haute, trs
puissante et excellente princesse Marie-Josphe, princesse de Saxe,
Dauphine de France, son pouse, a t baptize par Monseigneur
Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevque-duc de Reims, pair et
grand aumonier de France, en presence de nous cur soussign. Le
parein a t trs haut et trs puissant prince Dom Philippe, infant
d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a t
trs haute, trs puissante et trs excellente princesse lizabethe,
princesse de Parme, Reine doarire d'Espagne. Le parein reprsent
par trs haut et trs puissant prince Louis-Auguste de France, duc de
Berry, et la mareine reprsente par trs haute et trs puissante
princesse Madame Marie-Adlade de France, fille du Roy, qui ont t
nomms l'un et l'autre  cet effet, Sa Majest prsente au baptme. Et
ont signs  la minute:

  LOUIS.
  MARIE.
  LOUIS.
  LOUIS-AUGUSTE.
  LOUIS-STANISLAS-XAVIER.
  CHARLE-PHILIPPE.
  MARIE-ADLADE.
  VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THRSE.
  SOPHIE-PHILIPPE-LIZABETHE-JUSTINE.
  LOUISE-MARIE.
  [] CHARLE-ANTOINE, _archevque-duc de Reims,
      grand aumnier de France_, et ALLART, cur.

Nous soussign, Prtre de la Congrgation de la Mission, faisant les
fonctions Curiales en l'glise Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
Versailles, Dpositaire des Registres de la mme glise; Certifions le
prsent Extrait vritable et conforme  l'Original. A Versailles, le
sixime du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.

                          COLLIGNON, _prtre de la Mission_[233].

[Note 233: Archives, section historique, K 147, n 4.]

       *       *       *       *       *

II.

NOURRICE DE MADAME LISABETH.

Marie-Thrse Hecquet, ne le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
Saint-Acheul, du lgitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses pre et
mre; baptise le mme jour en l'glise paroissiale de Saint-Acheul,
ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
marraine Marie-Thrse Vasseur, sa tante, pouse dudit Antoine
Hecquet.

L'acte de baptme est sign Demonclot, chanoine rgulier et cur de
Saint-Acheul.

L'extrait de baptme, collationn, dlivr le 8 octobre 1779, est
sign Pelletier, prtre, docteur en thologie de la Facult de Paris
et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thrse Hecquet, pouse du
sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, ne le 24 mars 1732, 
Saint-Acheul, lection et gnralit d'Amiens, baptise [le mme jour]
du mme mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son Altesse
Royale Madame lisabeth de France, demeurant  Paris, au
Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
dclare avoir obtenu du Roi les grces pcuniaires ci-aprs,

Savoir:

     Une pension de deux mille quatre cents livres
     sur le trsor de la Maison de Sa Majest, de
     l'chance de janvier (dont il lui reste d
     l'anne 1777, l'anne 1778 et la portion de
     temps de l'anne 1779), ce qui lui a t
     accord en sadite qualit de nourrice sans
     brevet, ci                                        2,400#

     Une autre pension de douze cent quinze livres
     sur le Trsor royal, et paye jusqu' prsent
     par MM. les gardes dudit Trsor, accorde 
     ladite dame Levallery, pour lui tenir lieu
     d'une place de femme de chambre de feu Madame
     la Dauphine, employe dans l'tat du Roi,
     sous le titre de _Pension du bas ge_, sans
     brevet, et d 1778 et 1779, ci                    1,215

     Une autre pension de trois cents livres,
     accorde  la dame Levallery au mme titre,
     pour lui tenir lieu de son logement, dont est
     d les annes 1777, 1778 et la portion de
     l'anne 1779, ces trois pensions cres en 1765     300

     Une pension de huit cents livres, accorde au
     sieur Louis-Joseph-Frdric Levallery, son
     fils, n le 28 janvier 1764, baptis le 29 du
     mme mois en la paroisse Saint-Sulpice de
     Paris, par un brevet de Sa Majest du 12
     novembre 1771, payable sur les quittances de
     la dame Levallery jusqu' ce que son fils ait
     atteint l'ge de vingt ans, dont il est d          800
                                                      -------
                       Montant gnral des grces      4,915#

Il y a, indpendamment de cette dclaration manuscrite des grces
pcuniaires accordes  la nourrice de Madame lisabeth, un brevet
officiel, en partie imprim, pareil  celui de la nourrice de
_Monsieur_, de M. le comte d'Artois, etc. B.

       *       *       *       *       *

III.

APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME LISABETH.

_tat des appointements que le Roi veut et ordonne tre pays aux
dames que Sa Majest a nommes pour accompagner Madame lisabeth,
depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786._

Savoir:

  A la dame marquise de Sorans,                        4,000#
  A la dame marquise de Causans,                       4,000
  A la dame comtesse de Canillac,                      4,000
  A la dame comtesse de Bombelles,                     4,000
  A la dame vicomtesse d'Imcourt et la dame comtesse
    de la Bourdonnaye, adjointe et survivante,         4,000
  A la dame comtesse de Deux-Ponts,                    4,000
  A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre,             4,000
  A la dame marquise de la Rochefontenille,            4,000
  A la dame marquise des Essarts,                      4,000
  A la dame comtesse Louise de Causans,                4,000
  A la dame marquise de Lastic,                        4,000
  A la dame vicomtesse de Blangy,                      4,000
  A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
    comtesse de Marguerye,                           Mmoire.
  A la dame vicomtesse de Mrinville, surnumraire sans
    appointements,                                   Mmoire.
  A la dame marquise des Montiers, id.,              Mmoire.
  Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy.,     52,000#

Garde de mon Trsor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
payez comptant aux dames dnommes au prsent tat la somme de
cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualit
susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
prsente anne.

  Fait  Versailles, le 1er juin 1786.

                         Collationn.

                                            Le baron de BRETEUIL.

       *       *       *       *       *

_tat des gages, appointements et pensions que le Roi veut et ordonne
tre pays aux personnes qui servent prs Madame lisabeth pendant le
quartier de janvier de la prsente anne 1786._

Savoir:

_Aumnier ordinaire._

  Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montgut, attendu
    qu'il n'a pas d'appointements                   Mmoire.

_Chevalier d'honneur._

  Au sieur comte de Coigny                               225#
  A lui pour entretennement                              900

_Premier cuyer._

  Au sieur comte d'Adhmar                               150
  A lui pour entretennement                              900

_Dame d'honneur._

  A la dame comtesse Diane de Polignac, pour gages       300
  A elle pour sa pension                               1,500

_Dame d'atours._

  A la dame marquise de Sorans, pour gages               150
  A elle pour sa pension                               1,000

_Mdecin._

  Le sieur Le Monnier, y tant pourvu d'ailleurs    Mmoire.

_Chirurgien._

  Le sieur Loustonau, y tant pourvu d'ailleurs     Mmoire.

_Secrtaire du cabinet._

  Au sieur de Champfort,  raison de 2,000# par an       500#
  (Les annes 1785 et 1786 ont t expdies par
    ordonnance provisoire.)

_Femmes de chambre._

  A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, premire,
    et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, pouse du
    sieur Guichard, en survivance                         70

  A elle, pour l'entretien d'un valet                     91   5s

  A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, pouse du
    sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
    d'un valet                                           161   5

_Autres._

  A Jeanne-Franoise d'Aigremont-Malivoire                25
  A Marie-Franoise-Victoire Dousset de Saint-Brice       25
  A Antoinette-Marie Drivet de Lau                        25
  A Julie-Charlotte-Marie de Cagny[234]                   25
  A Marie-Barbe Besnard                                   25
  A Marie-Marguerite Pernot, pouse du sieur Guichard     25
  A Madeleine-Flicit de Casaubon, veuve Delor
    femme de Saint-Gand                                   25
  A Marie Langaudre-Tergat                                 
  A la dame Roube                                          
  A Sophie-Locade le Gagneur                              
  A Marie-Thrse Lalin de Navarre                         
  A la dame Duprat, pouse du sieur Malmain                
  La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
    Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
    la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
    la dame Perronnel, la demoiselle Guroult de MacCarty,
    surnumraires                                   Mmoire.

_Coiffeuses._

  A la demoiselle Jean-Baptiste Jaime                     25#
  A la demoiselle Marguerite Rosalie le Guay              25

_Blanchisseuse._

  A Marie-Thrse Albert                                   5

_Empeseuse et faiseuse de collerettes._

  A la demoiselle Marie-Catherine Defforges                5
  A elle pour faon, fournitures et charbon              300

_cuyer ordinaire._

  Au sieur Dubourquet de Saint-Pardoux                   300

_Porte-manteau._

  Au sieur Martineau                                     150

_Valets de chambre._

  A Jean Branger                                         50
  A Didier Viard                                          50
  A Sorel                                                 50
  A Renault                                               50

_Garons de la chambre._

  A Jean-Pierre Duval                                     25
  A Jacques Corset                                        25
  A Sbastien Thirgarder Duparc                           25
  A Deshayes                                              25

_Valet de chambre tapissier._

  A Antoine Jubin                                         75
  A lui pour fournitures                                  75

_Valets de garde-robe._

  A Jean-Baptiste Vatel                                   25
  A Nicolas Vatel                                         25

_Portefaix._

  A Franois Girard                                        7  10s
  A Camille                                                7  10

_Porte-chaise d'affaires._

  A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpr              50
  A elle, pour ses fournitures                            15

_Argentier._

  Au sieur de Laulhannier                                100

                   Somme totale                        6,787#  10s

[Note 234: Retire le 14 janvier en 1787, remplace par la demoiselle
Malivoire.]

Garde de mon Trsor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six mille sept
cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au fait de sa
charge mme, icelle dlivrer aux personnes dnommes au prsent tat,
pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la prsente anne.

  Fait  Versailles, le 1er avril 1786.

                             Collationn.

                                            Le baron de BRETEUIL.

       *       *       *       *       *

IV.

MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME LISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
EN 1787.

_Premire antichambre._

  2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
    diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
    garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
    peints, l'une en rouge et filets dors, et l'autre en blanc.

  2 tabourets de panne cramoisie, bois dors.

  1 lustre de fer  quatre branches peint en blanc, et binets en
    cuivre de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.

  1 commode de bois de noyer de 3 pieds 1/2 de long, 20 pouces de
    profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
    2 petits, fermant  clef, garnie d'entres de serrures et portant de
    bronze en couleur d'or.

  1 petite table de sapin pliante.

  1 miroir de toilette  bordure de noyer.

  1 chaise de paille.

  1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert
    en toile d'Alenon cramoisie.

  1 paravent de 6 pieds de haut  6 feuilles de 20 pouces de large,
    couvert idem.

_Deuxime antichambre._

  1 portire du char  or de 2 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 7/8 de
    haut.

  1 portire semblable  la prcdente.

  2 tabourets de panne cramoisie  bois dors.

  1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dors.

  1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge
    des deux cts, clou de cloux dors sur galon d'or faux.

  4 parties de rideaux de croises de 2 ls, chacune de grosdetours
    cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordes de galon de soie.

  1 grille  4 branches, pelle et pincette de fer.

  1 petit lustre de grenailles et petites poires  8 bobches, monture
    dore, 21 pouces de diamtre sur 32 pouces de haut, avec un cordon
    de soie cramoisie et or.

  2 commodes plaques de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds
    de long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4
    tiroirs, dont 2 grands et 2 petits, fermant  clef, garnies
    d'entres de serrures, portants et chaussons de cuivre dor d'or
    moulu, avec dessus de marbre brche d'Alep, dont un cass par le
    milieu.

  1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamtre,
    couverte de velours verd, pieds tourns.

  1 petite table  crire de bois de noyer.

  1 critoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
    d'encrier, poudrier et bote  ponge d'argent, argenterie non
    numrote ni poids marqu.

  1 commode de bois de noyer  2 grands et 2 petits tiroirs, orne de
    portants et entres de serrures en couleur, avec dessus de marbre de
    3 pieds 1/2 de large, 22 pouces de profondeur.

_Pice  ct pour les garons de la chambre._

  1 couchette  2 chevets de 3 pieds de large,  fond sangl, garnie
    de roulettes  galets.--Le coucher compos de: 1 sommier crin et
    toile  carreaux;

  2 mattelas de laine et toile idem;

  1 lit et 1 traversin de plume et coutil;

  2 couvertures de laine;

  2 rideaux d'alcve  4 ls chaque sur 11 pieds 1/2;

  1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;

  2 parties de rideaux de croise d'un l chaque de toile de coton sur
    6 pieds de haut;

  1 table de htre avec un tiroir  la face de 3 pieds 1/2 de long, 2
    pieds de profondeur;

  6 chaises de paille satine verd et blanc.

_Cabinet, ou Pices de nobles en t._

  1 meuble de damas de Gnes cramoisi, orn de grand et petit galon,
    avec frange et molet en or, consistant en:

  12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
    lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculpts dors;

  1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orn des mmes galons,
    et clou  triple rang de cloux dors sur galon d'or fin et
    charnires en toffe;

  1 cran sculpt et orn idem;

  6 parties de portires de 3 ls chacune, orns aux montants et
    travers du haut de molet et frange d'or par le bas, doubles de
    taffetas, sur 10 pieds de haut;

  6 parties de rideaux de croises de 2 ls chacune de grosdetours
    cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;

  6 parties de rideaux de vitrage d'un l 1/2 chaque de mousseline
    raye et brode sur 4 pieds de haut;

  2 encoignures de marqueterie plaques en bois satin et champ de
    bois d'amaranthe, ouvrant  un venteau dont le devant est orn d'un
    vase de fleurs plaqu sur fond de bois gris satin, la frise 
    tiroir plaqu en bois vert, ornes de moulures, encadrements de
    panneaux cisels, rinceaux, pieds et chtes de pilastres, frise 
    entrelacs d'ornements, le tout en bronze dor d'or moulu et dessus
    de marbre fin de 25 pouces de profondeur sur 34 pouces 1/2 de haut;

  2 lustres  6 lumires de cristal de Bohme, montures dores, de 26
    pouces de diamtre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:

  2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, orns de cartisanne et
    couronnes;

  4 girandoles  5 lumires de cristal de Bohme termines par une
    fleur de lys, montures de cuivre dor,  trpied et plateaux en
    bronze dor, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;

  1 feu  4 branches  recouvrement orn sur le devant de postes et
    doubles pilastres surmonts de cassollettes et couronne, boucliers
    poss au centre du recouvrement, le grand socle  consoles surmont
    d'un vase  anses, orn de guirlandes, termin par une flamme de
    bronze dor, 17 pouces de haut sur 17 de large;

  2 paires bras de chemine  trois branches, celles de ct torses et
    toutes trois fixes sur une gane orne de palmettes, avec frises 
    entrelacs surmontes d'un vase  cannelure torse et  anses
    d'ornement termin par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17
    pouces de large, bassin  cannelure et festons;

  1 belle pendule de chemine en marbre blanc reprsentant un portique
    d'architecture orn dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
    caractrisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
    tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orn de
    pilastres cannels et moulures au contour du chapiteau  oves et
    dards, surmont d'un vase  anses et paquets de laurier sur le
    ceintre du chapiteau, la pendule place au centre du portique dans
    sa bote  ornements; le tout de bronze dor au mat, ainsi que la
    lentille, figure de soleil, de 26 pouces de haut sur 15 pouces de
    face, par Lpine.

_Pice des nobles en hiver._

  1 meuble de velours de soie cramoisi doubl de grosdetours cramoisi,
    orn de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes
    1/2, consistant en:

  6 parties de portire de 3 ls chacune doubles de grosdetours et
    ornes des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;

  1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnire en toffe, chaque
    feuille orne des 2 galons, 1 rang de cloux dors au pourtour et 1
    rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;

  1 cran  coulisse, le chssis orn des 2 cts des 2 galons d'or
    avec tresse et galon d'or, le bois sculpt dor;

  11 pliants orns des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
    sculpts dors.

  Les rideaux de croises servent pour les deux saisons: voyez le
    meuble d't  l'Inventaire.

_Chambre  coucher en hiver._

  4 parties de portires de 3 ls chacune, de velours, doubles de
    grosdetours cramoisi sur 2 aunes 7/8 de haut, ornes de 2 galons,
    dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes 1/2 de large.

_Chambre  coucher en t._

  Un meuble de damas de Lyon verd, dessin  palmes, orn de grand et
    petit galon  la Bourgogne et frange d'or, suivant le dtail
    ci-aprs, les pentes chantournes et soubassements orns de
    broderie d'or.

  1 tapisserie en 3 pices galonnes de grand et petit galon d'or,
    contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2
    pouces de haut, double de toile.

  1 lit  colonnes  2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds 1/2 de
    long, 11 pieds 6 pouces de haut, impriale en voussure surmonte
    d'une corniche sculpte  feuilles d'acanthe et perles; la
    couchette  2 dossiers chantourns  bois couvert, ainsi que les
    soubassements; le bois peint en blanc, ferrures apparentes,
    double-tringles et agraffes dores, garniture de roulettes 
    querre et chassis du fond sangl.

  Les toffes composes d'une impriale et son petit fond  double
    galon, 4 petites pentes ornes de frange par le bas et petit galon
    par le haut; 4 grandes pentes ornes de grand et petit galon,
    frange de 4 pouces brode en ornements sur le corps, 2 chantourns
     double face brods _idem_ et orns de grand et petit galon, 3
    soubassements brods, galonns comme les grandes pentes avec
    frange par le bas; 4 rideaux de 7 ls chaque orns de grand et
    petit galon sur les montants travers du bas et cantonnires, 4
    foureaux des colonnes en damas, 4 embrasse-rideaux en gros cordon
    d'or avec glands _idem_;

  1 courtepointe orne d'un grand et deux rangs de petit galon;

  2 rideaux d'entour de 7 ls chaque bords au pourtour de petit
    galon et double-rang sur les montants des cantonnires du devant
    seulement en grosdetours verd.

Le coucher compos de:

  4 malelats laine et futaine;

  1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
    blanc;

  4 parties de portires de 4 ls chacune, galonnes d'un grand et
    petit galon d'or, doubles de grosdetours, sur 10 pieds de haut;

  2 parties de rideaux de croises de 2 ls chaque en grosdetours
    verd, ornes d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de
    haut, remplies  11 pieds 6 pouces;

  2 fauteuils pieds  gaine, cannelures torses sculptes de culots
    enfils dans la ceinture du sige, _idem_ aux accotoirs avec
    palmettes, feuilles d'eau  refend au pourtour du dossier, garnis
    et couverts comme le meuble avec grand et petit galons, clous de
    cloux dors sur galon d'or fin, les bois sculpts dors;

  2 carreaux orns de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or
    aux coins desdits;

  8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 cran garni de
    large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
    paravent de 6 feuilles  bois couvert des 2 cts, garni d'un
    grand galon d'or, et triple rang de cloux dor sur galon d'or fin,
    sur 4 pieds de hauteur; le bois sculpt dor; le tout avec housses
    de grosdetours;

  1 marchepied  2 degrs de damas cramoisi avec sa housse de
    grosdetours verd;

  1 commode de marquetterie  dessus de marbre verd campan, ayant 5
    tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqu en bois
    verd, 4 paneaux de ct en bois satin avec filets noir et blanc
    et champ de bois d'amaranthe, une table saillante au milieu,
    reprsentant un trophe pastoral et vase en placage sur fond de
    bois gris satin, les arrire-corps en mosaque de bois ombrs sur
    fond mme bois; ladite commode orne de socle, pieds  rouleaux et
    palmettes ornes de gaine, chtes et paquets de laurier, cadres de
    panneaux, moulures unies  chapelets et feuilles, rais-de-coeur,
    et rosettes guirlandes de laurier et chtes en paquet, portants 
    ornements et corbeilles, la frise du centre en entrelacs, 
    rosettes et culots, le tout de bronze dor d'or moulu, longue de 5
    pieds 1/2 sur 25 pouces de profondeur et 37 pouces de haut;

  1 feu dont la grille  4 branches en 2 parties de fer poli de 23
    pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte
    garniture  recouvrement de bronze cisel et dor d'or moulu, orn
    d'entrelacs et rosettes, et sur le dessus d'une volute  palmettes
    et laurier en paquet, et petit vase  anse de 15 pouces de haut,
    le grand socle  pidouche orn de guirlandes de fleurs,
    d'entrelacs dans la frise, surmont d'un fort vase  cannelures et
    godrons, guirlandes de laurier  anses et tte de blier, termin
    par un bouton de graine, 22 pouces de haut sur 18 pouces de face,
    avec pelle, pincette et tenaille garnies de boutons de cuivre
    cisels et dors;

  1 lustre de cristal de Bohme  8 lumires accouples sur double
    bobche, monture dore, 32 pouces de diamtre sur 3 pieds 6 pouces
    de haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orn de
    cartisanne d'or;

  2 paires de bras  3 branches, celles de ct torses, ornes de
    palmettes et graine, cannelure et godrons, binets  festons, la
    gaine  palmettes et culots avec frise  entrelacs surmont d'un
    bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;

  1 belle pendule de chemine en marbre blanc, architecture et
    chapiteau, le socle orn de frises  entrelacs d'ornements, port
    par 8 pidouches, une double frise _idem_ avec moulure, cisels,
    surmonts de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une
    guirlande de fruits et fleurs, le dessous du chapiteau orn d'oves
    et surmont d'un nuage et de deux enfants, l'un tenant une
    couronne et l'autre traant une carte gographique, la pendule
    place au centre du chapiteau avec son cadre de bronze cisel dor
    d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de face;

  1 cran de bois d'acajou  chssis de taffetas verd;

  2 rideaux de vitrage d'un l 1/2 chaque, de mousseline raye et
    brode sur 4 pieds de haut.

_Meuble d'hyver._

  Un meuble de velours de soie cramoisi orn de frange et galon
    d'or, consistant en:

  1 lit  la duchesse, compos de trois grandes et 4 petites pentes
    enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons
    d'or garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourn
    aussi brod en or, bonnes-grces en dedans et au dehors,
    courtepointe garnie de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis
    desd. galons et frange, et 2 rideaux sur 3 au. 1/4 de haut, garnis
    desd. galons et doubls de grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4
    bouquets de plumes et 4 aigrettes.

  Le bois du lit  fond sangl en 2 parties dont les vis sont
    dores, de 5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12
    pieds 1/2 de haut.

Le coucher:

  3 fauteuils  carreaux, 12 ployants, 1 cran, 1 paravent de 6
    feuilles sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une
    tresse  l'cran, les bois sculpts dors;

  4 portires (pour cet article, voir, page 536, _Chambre  coucher
    en hiver_: 4 parties de portires, etc.)

  4 parties de rideaux de croises de 2 ls chacune de grosdetours
    cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.

  Pices tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de
    Beauvais.

_Grand cabinet._

  Un meuble de grosdetours fond blanc  bouquets et ruban bleu
    brochs, encadr de bordures de mme toffe, dessein  treillage
    verd et fleurs, profilet de milleret verd, et orn d'une crte de
    soie nue assortie, consistant en:

  1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur,
    garni  plateforme, 1 matelas portant son soubassement drap, orn
    de frange et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les
    oreillers garnis de mouchoirs de taffetas blanc.

  Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drape de 6 pieds de long
    avec charpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doubls de
    grosdetours blanc, 2 charpes doubles en bonnes-grces de 2 ls
    chaque, encadres, orns de molets et frangeou doubles de
    taffetas blanc avec cordon et 6 glands de 9 pieds de haut;

  5 cordons de soie nue, dont 4 avec glands.

  2 bergres quarres, 2 bergres ceintres, 8 fauteuils, 6 chaises,
     carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 cran  chapeau, garnis de
    crte, les bois sculpts  rais-de-coeur et perles  la ceinture,
    pieds  gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-coeur,
    ficelle et pommes de graine au dossier peint en blanc avec
    mouchoir de taffetas blanc.

  A la croise: une pente drape et ses deux charpes de 3 pieds de
    long, 2 doubles charpes en bonnes-grces encadres et bordes de
    molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands,
    cordon et noeuds d'embrasses;

  2 parties de rideaux de croise de 2 ls de grosdetours blanc,
    avec grande bordure et molet de soie nue;

  2 parties de rideau de vitrage de 2 ls chacun de taffetas blanc
    sur 5 pieds de haut;

  1 chaise de damas bleu, cloue de cloux dors sur bois  moulures,
    pieds  gaine peint en blanc;

  3 petits crans de bois d'acajou avec chssis de taffetas
    cramoisi;

  1 lustre  6 lumires de cristal de roche, monture dore,
    garniture de grenailles  rosette et en filage et poire depuis 3
    pouces 1/2  2 pouces, la boule de 3 pouces 1/2 de diamtre, le
    lustre de 25 pouces de diamtre sur 36 pouces de haut, avec 1
    cordon, 1 rosasse et 1 gland de soie nue orns de cartisane;

  1 feu  4 branches et  recouvrement avec frise sur le devant
    ornes  entrelacs  rosettes, culots et cadres de perles, le
    dessus orn de branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle
     colonne cannele sur piedouche, surmont d'un nuage et de 2
    tourterelles; le grand socle  cannelures et tigettes avec
    guirlandes de fleurs et fruits de vigne, surmont d'un vase 
    cassolette  trpied et tte de satyre; le corps de la cassolette
     cannelures torses, termin par une flamme, 17 pouces de haut sur
    16 pouces de large, bronze dor, pelle, pincette et tenaille 
    boutons dors;

  2 paires de bras  trois branches, celles de ct torses, ornes
    de palmettes et graine, cannelures et godrons, binets  festons,
    la gaine  palmettes et culots avec frise  entrelacs surmont
    d'un vase  anses et cannelures torses, termin d'un boulon de
    graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large.

  A la croise, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son
    taffetas de 12 pieds de haut.

_Garde-robe._

  1 table de nuit de bois d'acajou  2 tablettes de marbre blanc
    vein, ayant un tiroir  droite  bouton et rosette de bronze en
    couleur.

_Escalier qui conduit du grand cabinet  la bibliothque._

  Les marches couvertes en moquettes.

  Le mur tendu en gros de tour bleu.

  La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.

  1 cordon d'cuyer en fil bleu.

_Pice du billard et bibliothque._

  Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin  figures 
    enfants, cascades et fleurs, orn de frange, glands, cordon et
    crte  la niche.

  1 pente et 2 doubles charpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout
    de 22 pouces de long, doubles de grosdetours verd avec cordon, 10
    glands, 2 noeuds et une cocarde.

  1 banquette  plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces
    de profondeur, avec son matelas, le devant relev en draperie avec
    8 glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2
    glands  chacun.

  1 canap  joncs ferm de 5 pieds 6 pouces, garni  plateforme
    avec son matelas, soubassement drap orn de frange et 6 glands, 2
    carreaux et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et
    blanc, orn de crte assortie, le bois  moulures peint en blanc.

  2 bergres, 8 fauteuils,  carreaux, 1 cran  chapeau, couverts
    dudit damas, orns de crte assortie cloue, bois  moulures
    peints en blanc.

  1 pente drape formant le ceintre de la croise, orne de 8 glands
    et 1 noeud.

  1 tapis de pied  moquette, dessin cordon jaune  mdaillons de 9
    ls et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.

  1 embrassement de croise de 4 ls sans bordure sur 7 pieds 6
    pouces de long, doubl de toile.

  1 bureau plaqu de bois satin et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
    large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
    sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintre, 3 tiroirs
    par devant, fermant  clef, dans l'un une critoire portative
    orne de bronze de 9 pouces sur 5 pouces 1/2, garnie d'encrier,
    poudrier, boite  ponge de cuivre dor, les pieds  gaine, le
    dessus de maroquin verd avec vignette d'or au pourtour, une
    balustrade  jour par 3 cts, ainsi que la tablette du dessous,
    avec cadres de panneaux et des pieds en gaine et anneaux de cuivre
    cisel, dor d'or moulu.

  1 feu  4 branches et  recouvrement port sur pidouche orn dans
    la frise de rinceaux et pis, et sur le dessus d'entrelacs
    surmonts d'une coque et d'oeufs unis, le grand socle avec frise 
    pis, surmont d'un vase uni avec anneaux et chanes, termin
    d'une flamme, 15 pouces de hauteur sur 14 pouces 1/2.

  2 paires de bras  3 branches, dont 2  cannelures, la 3e compose
    de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout li d'un ruban
    sur le carquois auquel est runi un arc, le tout portant 30 pouces
    de haut sur 13 pouces de large,  carquois et flches de bronze
    dor, or moulu.

  1 billard en bois de chne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur
    11 pieds de long, couvert de son drap vert clou de cloux dors
    sur galon d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.

  1 housse de basanne jaune double de toile verte.

  1 banvole de bois de chne, cordon de banvole en soie verte et
    gland au milieu _idem_.

_Cabinet prs la pice des bains._

  Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin  cartouche
    de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
    orn de frange, crte et glands.

  7 pices de tapisserie produisant ensemble 12 ls sur 7 pieds de
    haut, borde chacune d'une crte de soie nue.

  4 parties de rideaux de 4 ls 1/2 chacune, doubles de taffetas
    blanc, borde de crte sur 10 pieds de haut, avec 4 noeuds et 8
    glands.

  1 fauteuil quarr, 4 cabriolets, 2 chaises  la Reine; ces siges
    sont  carreaux couverts dud. damas, clous de cloux dors  olive
    avec nervure, les bois sculpts peints en blanc, avec mouchoirs de
    taffetas blanc.

  4 rideaux de vitrage d'un l 1/2 chaque, de mousseline raye et
    brode sur 3 pieds de haut.

  2 _idem_ de porte-vitres d'un l, plisss haut et bas sur 4 pieds
    de haut.

  2 autres _idem_ sur 6 pieds 1/2 de haut.

  2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.

  1 encoignure de marquetterie  1 venteau plaqu en bois de
    palixandre, panneau et arrire-corps en mosaque ombr sur fond de
    bois gris satin, la frise du bas en bois gris, celle du haut en
    bois verd, pilastres des pieds en bois gris  filets; le tout orn
    de sabots  palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond 
    godrons, cadres, panneaux  rais-de-coeur, rosettes aux angles, la
    frise du milieu  cannaux et tigettes, celles de ct  entrelacs
    d'ornements, rosasses de soleil dans les cases, 1 mdaillon au
    milieu du panneau du centre compos de nuages, carquois et
    tourterelles au cadre, branches de laurier et noeud en ruban, le
    tout en bronze dor d'or au mat, avec dessus de marbre blanc vein
    de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces de haut.

  Bras de chemine  1 branche garni  cannelures et tigettes, port
    par une charpe lie sur un clou de bronze dor, de 13 pouces de
    haut.

  1 feu  4 branches  recouvrement anglois orn dans la frise
    d'entrelacs en balustres  jour surmont de cornes de brandons 
    cannelures, termines de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces
    de large, avec pelle et pincette ornes de boutons.

_Boudoir._

  Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin  cartouche
    de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
    orn de frange, crte et glands.

  4 pices de tapisserie produisant ensemble 8 ls sur 7 pieds de
    haut, borde de crte de soie unie.

  1 lit de repos ou banquette ceintre dans le pourtour de la
    croise, de 6 pieds 8 pouces du derrire et le retour de 4 pieds
    chaque ct, 9 pouces de hauteur de sige, pieds  gaine cannels,
    peint en blanc, garni  plateforme, un carreau de duvet et coutil
    avec soubassement en draperie garnie de frange avec cordon et 12
    glands chacun et mouchoirs de taffetas blanc.

  1 pente et 2 charpes de 6 pieds 4 pouces de haut doubles en
    taffetas blanc, ornes de frange avec cordon, 12 glands et 1
    noeud.

  2 rideaux de 4 ls chaque, bords de crte, doubls de taffetas
    blanc.

  2 noeuds, cordon et 1 glands.

  3 grands fauteuils, 1 bergre, 4 chaises,  carreaux couverts
    _idem_, clous de cloux dors  olives avec nervure, les bois
    sculpts, peints en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.

  4 cordons de sonnette et 4 glands.

  2 rideaux de vitrage de 2 ls, mousseline raye et brode sur 3
    pieds de haut.

  2 bras  une branche, garni,  cannelures et tigettes, ports par
    une charpe lie sur un clou, de bronze dor de 30 pouces de haut.

  1 feu  4 branches  recouvrement port sur 4 pieds cannels avec
    frise en soubassement orn de palmettes et feuillage, surmont
    d'un rang de perles, le dessus du socle orn d'un sphinx, et
    draperie en bronze dor, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces
    1/2 de large, pelle, pincette ornes de boulons dors.

PREMIRE FEMME DE CHAMBRE.

_Chambre._

  Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et
    diverses fleurs, bord en galon de soie verd, compos de:

  2 pices de tapisserie, ensemble 10 ls, sur 6 pieds 4 pouces de
    haut;

  1 lit en niche de lad. toile, compos de 3 dossiers, 1 fond sur
    son chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans,
    2 rideaux de 3 ls chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doubles
    de toile Laval blanche, 2 chantourns doubls de toile d'Alenon
    crue, 1 courtepointe festonne et 2 mains, le tout de toile Laval
    bord de galon de soie verd;

  La couchette peinte en blanc  2 chantourns, roulettes  galets,
    coulisses dessous, et fond sangl de 6 pieds de long, 3 pieds 4
    pouces de large;

  Le coucher compos d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
    futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
    toile et crin, et 2 couvertures 5 points;

  1 bergre en cabriolet  carreau, 2 fauteuils en cabriolet garni,
    4 chaises  la Reine _idem_, couverts de lad. toile avec crte de
    soie nue, bois  moulures, peints en blanc;

  1 secrtaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2
    pieds 1/2 de large sur 4 pieds 1/2 de haut, avec dessus de marbre
    blanc vein avec garniture  anneaux dors d'or moulu;

  1 commode de bois de noyer couleur d'acajou  3 grands tiroirs
    fermant  clef, garnie d'anneaux et entres de cuivre en couleur
    d'or de 3 pieds 1/2 sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de
    marbre blanc vein;

  1 table  crire de bois de noyer de 27 pouces de large;

  1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
    pouces de large, 16 pouces 1/2 de profondeur, et garniture
    complette ordinaire;

  2 chaises de paille satine verd et blanc;

  1 grille  4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
    cuivre.

_Salon._

  2 pices de tapisserie contenant ensemble 7 ls 1/2 de toile
    peinte sur 7 pieds de haut, pareille  celle du meuble de la
    chambre.

  1 canap  jonc de 6 pieds de long, garni  la plateforme avec un
    matelas et 2 oreillers de paille  carreaux de fonds et dossiers
    de lad. toile.

  1 bergre en bois de tourneur, dossier  carreau et jonc, ferme,
    fond de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad.
    toile.

  2 chaises  la Reine garnies, bois  moulures, peints en blanc,
    couvertes de lad. toile.

  1 rideau d'un l 1/2 de toile de coton sur 3 pieds 1/2 de haut.

  1 grille de fer  4 branches avec pelle et pincette de fer poli.

  1 lit dans une armoire sur un fond sangl  bascule, garni de 2
    matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
    laine blanche.

_Petite pice  ct._

  1 commode en bois de noyer  pieds tourns, 2 grands et petits
    tiroirs, garniture  anneaux cisels  perles, entres de serrures
    de bronze en couleur de 3 pieds 1/2 de large sur 20 pouces.

  1 miroir de toilette  bordure de noyer, garni d'querres et
    charnires de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.

  1 bidet  planche de bois de noyer. 2 chaises d'affaires en pot 
    oille en bois _idem_.

  3 chaises de paille satine verd et blanc.

  1 dite  la capucine.

_Garde-robe aux atours._

  1 lit  colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds
    de haut, en fleuret ray bleu et blanc.

  Les toffes composes d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
    dossier, 2 rideaux de 7 ls chacun, 2 bonnes-grces d'un l 1/2
    sur 6 pieds de haut, 1 chantourn, 1 courtepointe, 2 mains, 4
    fourreaux de colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.

  La couchette  1 chevet, fond sangl et roulettes  galets.

  2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre,
    1 lit de plume en coutil, 1 traversin de _idem_, 2 couvertures de
    laine blanche, [le tout] de quatre pieds de large.

  Deux parties de rideaux d'un l et demi chaque, sur 6 pieds 4
    pouces de haut.

  4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
    bois vernis.

  Une table  quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus
    plaqu en damier en bois de merisier et filet.

  6 chaises de paille fine.

_Pour domestique._

  1 lit de sangle de 3 pieds de large, 6 pieds de long, garni de 2
    matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2
    couvertures de laine.

  1 grille  4 branches  2 pommes, le tout de fer poli.

ARGENTERIE MARQUE E.

_Chambre._

Vermeil.

                                                M.      Onc.     Gros.

  Un crachoir                                   2         5         6
  Deux flacons et leurs bouchons                4         3         
  Deux boites  poudre couvertes                6                  2
  Une tasse couverte et sa soucoupe             6                  5
  Deux gobelets couverts et une soucoupe        4         5         7
  Un pot  l'eau et sa jatte ovale              9         5         
  Deux boites  mouches                         1         6         2
  Un coffre aux racines                         1         5         6
  Un pot  ptes                                         5         2
  Deux couverts composs chacun d'une cuiller,
    fourchette et couteau, pesant               1         5         2
  Quatre flambeaux de 7 pouces 1/2 de haut     10         4         5
  Un petit bougeoir                             1         2         6
  Six assiettes chantournes                   16                  2
  La garniture du miroir de toilette            9                  
  Deux flambeaux de poing                      11         7         1
  Une gantire                                  6         4         6
  Un benitier                                   1         5         1
  Deux petites cuillers  caf                           2         7
                                              ------------------------
                                               96         6         4

Argent blanc.

  12 flambeaux modle pareil  ceux du Roi,
    haut de 9 pouces 2 lignes, avec bobches   42         4         7


V.

TAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME LISABETH.

ARTICLE 1er. Une grande paire de girandoles  trois poires compose de
cent trente-six brillants.

ART. 2. Cinq boucles de corset composes de quatre-vingts brillants.

ART. 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chane aussi en
diamants; la montre et la chane sont composes de cent quarante-trois
brillants.

ART. 4. Une paire d'anneaux monte en chane, composs de vingt
brillants.

ART. 5. Douze gerbes composes de neuf cent soixante-six brillants.

ART. 6. Cent soixante et un chtons de brillants monts  jour.

ART. 7. Un anneau en diamants, mont  jour, compos de treize
brillants.

ART. 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
compositions. Plus une bague  cheveux avec un entourage compos de
seize brillants.

ART. 9. Une chane en perles et diamants avec deux barettes; la
premire barette est compose de deux brillants: la grande barette est
compose de cinq brillants; les glands, la clef et les porte-mousquetons
de ladite chane sont garnis de petits brillants.


TAT DES PERLES.

ARTICLE 1er. Une paire d'anneaux enfile compose de quarante-deux
perles.

ART. 2. Une paire de catenats, monte en or avec dix perles sur le
milieu du catenat et trente-six sur les cts: les douze rangs de
perles desdits catenats sont composs de deux cent quatre-vingt-huit
perles.

ART. 3. Cinq boucles de corsets montes en or composes de cent dix
perles.

ART. 4. Un mdaillon avec un portrait entour de vingt-quatre perles.

ART. 5. Un esclavage compos de cent dix perles.

Plus cinq rangs de perles composs de trois cent trois perles.

Plus un petit rang compos de neuf perles mdiocres.

Plus un anneau mont en or avec des perles.

Plus une bague  cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.

       *       *       *       *       *

VI.

TAT DES DISTRIBUTIONS.

_trennes._

  Aux cochers et postillons de la grande curie           48#
  Aux grands valets de pied                               24
  Aux petits valets de pied                               24
  Aux cochers de la petite curie                         24
  Aux postillons de la petite curie                      12
  Aux palfreniers de la petite curie                     12
  Aux porteurs du Roi                                     24
  Aux valets de pied de la Reine                          24
  Aux cochers et postillons de la Reine                   24
  Aux porteurs de la Reine                                12

_curie de Monsieur._

  Aux valets de pied                                      24
  Aux cochers et postillons                               24
  Aux porteurs                                            12

_curie de Madame._

  Aux valets de pied                                      24
  Aux cochers et postillons                               24
  Aux porteurs                                            12

_curie de Mgr comte d'Artois._

  Aux valets de pied                                      24
  Aux cochers et postillons                               24
  Aux porteurs                                            12

_curie de Madame comtesse d'Artois._

  Aux valets de pied                                      24
  Aux cochers et postillons                               24
  Aux porteurs                                            12

_Garde-meuble._

  Aux garons du garde-meuble                             48
  Aux garons de boutique                                 18
  Au suisse du garde-meuble                               12
  Au suisse du ct du Roi                                24
  Au suisse du ct de Madame                             24
  Au suisse de la patrouille                              12
  Au suisse de la chapelle                                12
  Au suisse des cariolles                                 12
  Au suisse des bosquets                                  12

_A plusieurs garons._

  A l'allumeur                                             6
  Au balayeur des cours                                    6
  Au garon des glacires                                 12
  Au porteur de bois                                      12
  Au fontainier                                           18
  Aux deux frotteurs de l'appartement de Madame           24
  Pour les balais                                         24
  Au jardinier de l'Orangerie                              9
  Au facteur                                              12
  Aux garons apothicaires                                48

_Aux gardes franoises, suisses et autres._

  A la musique et tambours des gardes franoises          48
  Aux mmes des gardes suisses                            48
  Au tambour du guet de Paris                             12
  Au tambour de la ville de Paris                         12
  Au tambour des Invalides                                12

_Aux Couvents._

  Aux Capucins de Meudon                                  12
  A la Charit de Paris                                   12

_Gobelet._

  Aux garons du gobelet                                  60
  A l'homme charg de l'eau de Ville d'Avrai et la glace  12

_Bouche._

  Aux garons de la bouche                                60
  Aux garons de vaisselle                                24
  Aux laveurs de vaisselle                                12
  Au linger                                               24
  Aux garons servants                                    72
  A Maurice                                               24
  Au commissionnaire de la chambre                        24
  A Mme Birebome                                          24
  A la jardinire de Sceaux                                6
  Au porte-table                                          24
  Aux ramoneurs                                           12
  Au courrier de la petite curie                         12
  A Gedon                                                  6
  Aux frotteurs du Roi                                    12
  A la porteuse d'eau                                     12
  Aux ouvriers des latrines                                6
  Aux poissardes de Paris                                 24
  Aux poissardes de Versailles                            24
  Aux garons allumeurs de l'appartement                  24
  Aux commis des btiments, pour les rverbres           12
  Aux gondoliers                                          72
  Au domestique de M. Bourdet                             12
  Pour la bche de Nol                                   48
  A l'homme qui monte le charbon chez Madame              12
  Au boulanger de la Reine                                24
  Au frre carme qui apporte une bote d'eau              24
  Pour le Journal de Paris                                33
  A celui qui l'apporte                                    3
  Au fontainier qui fournit l'eau des rservoirs des
    bornes                                                12
  Au laveur des marbres pour toute l'anne                12
  A l'homme qui apporte la Gazette                         6
  Au garon de Mlle Moulliard                              6
                                                      -------
                         Total des trennes             1743

_trennes de la Petite Maison._

  A M. Sulot                                             240
  A Mme Fleury                                           192
  A Mme Ducoudret                                        144
  A sa domestique                                         24
  Au frotteur                                             72
  Au suisse                                               72
  A Coupery, premier garon jardinier                     96
  Au deuxime garon                                      72
  A la fille de basse-cour                                48
  Au fontainier                                           12
  A la soeur de Coupery                                   48
                                                      -------
                         Total                          1020

  _A la fte des jardiniers,  Coupery_                   72#
  Au second garon                                        48
  Aux ouvriers                                           108
                                                      -------
                                                         228

_Pques._

  Pour la palme                                           24
  A Notre-Dame pour la permission de faire gras          120
  Pour les pques,  chaque paroisse 120#                240
  Aux pauvres de Noyon                                    24
  Aux 13 couvents de Ste-Claire,  chacun 6#              78
  Pour la Terre sainte                                     6
  Pour la confrairie de Courbevoie                         6
  A l'Ave-Maria d'Alenon                                  6
  A l'Ave-Maria de Pont--Mousson                          6
  A l'caillier,  la mi-carme                           24
                                                      -------
                                                         534

_Pain bni._

  Pain bni du Roi                                        12
  Pain bni de la Reine                                   12
  Pain bni de Monsieur                                   12
  Pain bni de Madame                                     12
  Pain bni de Mgr comte d'Artois                         12
  Pain bni de Mme comtesse d'Artois                      12
  Pain bni de Madame lisabeth                           12
  Pain bni de Madame Adlade                            12
  Pain bni de Madame Victoire                            12
  Pain bni de Monsieur le duc d'Orlans                  12
  Pain bni de Monsieur le duc de Penthivre              12
                                                      -------
                                                         132

_Mois de fvrier._

  Pour le cierge de la Passion                            24
  Pour celui du Saint-Spulcre                            24
  Pour celui de Notre-Dame de Bonne dlivrance            24
                                                      -------
                                                          72

_Mois de mai._

  Pour les oranges                                        24
  Tambours et musique des gardes franoises               48
  Tambours et musique des gardes suisses                  48
  Tambours du guet de Paris                               12
  Tambours de la ville de Paris                           12
  Tambours des Invalides                                  12
  Pour le beurre de mai                                   18
  Pour le changement de meuble d't                      24
  Pour le menuisier                                       12
  Pour le serrurier                                       12
  Pour le vitrier                                         12
  Pour la brioche des tailleurs de pierre                 12
                                                      -------
                                                         246

_Mois de juin._

  Pour les pains de fleurs d'orange                       24
  Pour l'eau de fleurs d'orange                           24
                                                      -------
                                                          48

_Mois de juillet._

  Pour les brioches au porteur du Roi                     24
  Au porteur de la Reine                                  12
  Au porteur de Monsieur                                  12
  Au porteur de Madame                                    12
  Au porteur de Mgr comte d'Artois                        12
  Au porteur de Mme comtesse d'Artois                     12
  Pour la brioche de la confrairie de St-Christophe       12
                                                      -------
                                                          96

_Mois d'aot._

  Pour le pain bni de St-Roch                            12
  Aux Filles de l'Ave-Maria, Capucines de Paris           24
  Tambours et musique des gardes suisses                  48
  Tambour du guet                                         12
  Tambour de la ville de Paris                            12
  Tambour des Invalides                                   12
  Aux poissardes de Paris                                 24
  Pour le pain bni de la confrairie de St-Roch           12
  Pour le pain bni de la confrairie de St-Louis           6
                                                      -------
                                                         210

_Mois d'octobre._

  Aux Frres des Bons-Hommes, pour du muscat               6
  Pour le raisin d'Alexandrie                             12
  Pour le raisin de M. de Talaru                          24
                                                      -------
                                                          42

_Mois de novembre._

  Au suisse du garde-meuble pour le changement d'hyver    24
  Aux Hermites de Snart                                 120
  Au menuisier                                            12
  Au serrurier                                            12
  Au vitrier                                              12
  Aux porteurs de Madame, pour les chaussons              24
  Pour la confrairie de l'Immacule Conception, au mois
    de dcembre                                           24
  Pour la brioche de Ste-Genevive                        12
  Pour le pain bni de St-Antoine, au mois de janvier      6
                                                      -------
                                                         246

_Voyage de Marli._

  Au porteur du Roi                                       24
  Aux valets de pied                                      24
  Aux filles de garde-robe                                18
  Aux premier et second frotteur                          24
  A M. le cur, pour les pauvres                         120
  Au facteur                                               6
  Aux porteurs bles                                      12
  Aux suisses de patrouille                                6
  Aux balayeurs, frotteurs et allumeurs                   36
  Aux Soeurs-Grises                                       96
  Au balayeur de la chapelle St-Louis                      6
  Aux gardes-bosquets                                     12

_Garde-meuble._

  Au concierge                                            48
  Au garon de boutique                                    9
  A celui qui entre et te les lits                        9
  Au garon du garde-meuble                               48
  Au Cordelier qui dit la messe                           24
  Au matelassier                                           6
  Au garon de fourire                                    6
  Au jardinier                                             9
  Au fontainier                                           12
  Au petit clerc qui porte l'eau bnite                    3
  Aux suisses qui passent la nuit au salon                12
  Autre suisse du salon                                   12
  Au suisse de la chapelle                                12
  Au suisse de la chapelle du commun                      12
  Au suisse de la paroisse                                 6

_Gobelet._

  Aux aides du gobelet.                                   24
  Au matre d'htel qui sert les femmes.                  24
  Au matre d'htel des hommes.                           12
  Au garon de vaisselle.                                 12
  Au laveur.                                               6
  A la lingerie.                                          12
  Au garon linger.                                        6
  A Buffigney, porte-table.                                6
  Au porte-table de Madame.                                3
                                                       ------
                         Total du voyage de Marli        717

_Voyage de Compigne._

  A M. Bonneval pour les gardes-chasse.                  120
  A la concierge du grand chteau.                       120
  Aux deux inspecteurs des btimens.                     120
  Aux deux suisses du chteau.                            24

_Garde-Meuble._

  Aux garons du garde-meuble.                            72
  Au suisse du garde-meuble porteur.                      24
  Au garon de boutique.                                  12
  Au commis du garde-meuble mis par M. de Pommery.        48

_A l'glise._

  Au cur de St-Jacques.                                  48
  Au cur de St-Antoine.                                  48
  Aux Soeurs de la Charit de St-Jacques.                 24
  Aux Soeurs de la Charit de St-Antoine.                 24
  A l'Hpital gnral.                                    24
  A la tourire des Carmlites.                            9
  A la tourire de St-Marie.                               9
  A la tourire de l'Htel-Dieu.                           9
  Aux Jacobins.                                            9
  Aux Cordeliers.                                          9
  Aux Capucins.                                           24
  Aux prisonniers.                                        24
  Au suisse de St-Jacques.                                12
  Au bedeau de St-Jacques.                                12
  Aux Frres des colles.                                 12
  Aux Minimes.                                             9
  Au suisse de St-Corneille.                               9
  Aux Carmlites.                                        240
  Pour la qute des ftes et grandes messes.             288
  Pour les qutes de St-Jacques.                         120

_A plusieurs garons._

  A l'inspecteur pour distribuer aux ouvriers,
    chacun 6 fr.                                          60
  A l'allumeur.                                            6
  Au balayeur.                                             6
  A celui qui nettoye les privs.                          6
  A l'homme des glacires.                                 6
  Au valet de ville.                                      12
  Au jardinier.                                            6
  Aux tambours de ville.                                   6
  Au portier de la terrasse.                               6
  Au frotteur du chteau.                                 12
  Au pompier.                                              6
  Au poseur de sonnettes.                                  6
  Au facteur.                                              6
  Au garon de fourire.                                   6
  Aux deux garons qui apportent le bois.                  6

_curie._

  Aux porteurs de Madame.                                 24
  Aux valets de pied.                                     48
  Aux courriers.                                          48

_Gobelet._

  Aux aides du gobelet.                                   24
  Au garon de vaisselle.                                 12
  Au laveur de vaisselle.                                 12
  Au garon qui apporte la glace.                         12
  Au linger.                                               6

_Bouche._

  Aux aides de la bouche.                                 24
  Aux garons servants.                                   24
  Pour le boudin de sanglier.                             18

_Pain bni._

  Celui du Roi.                                           12
  Celui de la Reine.                                      12
  Celui de Monsieur.                                      12
  Celui de Madame.                                        12
  Celui de Mgr comte d'Artois.                            12
  Celui de Madame comtesse d'Artois                       12
  Celui de Madame lisabeth                               12
  Celui de Madame Adlade                                12
  Celui de Madame Victoire                                12
  Gratification aux valets de garde-robe                 120
                                                      -------
                         Total du voyage de Compigne   3720

_Voyage de Fontainebleau._

  Au concierge du grand chteau, cour royale             120
  Au concierge de la cour du Cheval blanc                 36
  Au concierge de la cour des cuisines                    36
  A l'inspecteur des btimens                             96
  Au suisse du chteau                                    18
  Aux gardes-chasses                                      96
  A l'inspecteur des btimens, pour distribuer aux
    ouvriers                                              60
  Au balayeur                                              6
  Au fontainier et plombier                                6
  Aux frotteurs de Madame lisabeth                       24
  Au garon de fourire                                    6
  Au porteur d'eau                                         6
  A celui qui nettoye les privs                           6
  A l'allumeur                                             6
  A celui qui apporte le sucre d'orge de Moret            12
  Au frotteur de Fontainebleau                            12
  Pour le boudin de sanglier                              18
  Au facteur                                               6
  Au jardinier de l'orangerie                             12
  Au jardinier du potager                                 12
  Aux paysans de la Fontaine-Madon                        48
  Au ramoneur                                              6
  Aux journailliers qui passent les nuits de veille       12

_Garde-meuble._

  Aux garons du garde-meuble                             72
  Aux garons de boutique                                 24
  Aux portefaix du garde-meuble                           24
  Aux commis du garde-meuble                              48

_A l'glise._

  Aux Carmes des Basses-Loges                             48
  Aux Filles  bleues                                      96
  Au cur de la paroisse                                  48
  A la Charit d'Avons                                    24
  Aux Soeurs de la Charit                                24
  Aux Soeurs des coles                                   24
  Aux Capucins de Melun                                    6
  Aux Recolets de Melun                                    6
  Au bedeau et au suisse qui apportent le fruit de la
    ville                                                 24
  Au clerc de la chapelle de la cour ovale                 6
  Au bedeau de la chapelle                                12

_Gobelet._

  Aux aides du gobelet                                    24
  Au garon de vaisselle                                  12
  Au laveur de vaisselle                                   6
  Au garon linger                                         6
  A celui qui apporte la glace                             6

_Bouche._

  Aux aides de la bouche                                  24
  Aux garons servants                                    24

_curie._

  Aux porteurs                                            24
  Aux valets de pied                                      48
  Au courrier                                             48
  Aux cochers du Roi                                      96

_Pain bni._

  Pain bni du Roi                                        12
  Pain bni de la Reine                                   12
  Pain bni de Monsieur                                   12
  Pain bni de Madame                                     12
  Pain bni de Mgr comte d'Artois                         12
  Pain bni de Madame comtesse d'Artois                   12
  Pain bni de Madame lisabeth                           12
  Pain bni de Madame Adlade                            12
  Pain bni de Madame Victoire                            12
  Gratification aux valets de garde-robe                 120
                                                      -------
                         Tot. du voy. de Fontainebleau  1692

_Voyage de Trianon._

  Au garde-bosquets.                                      12
  A l'homme qui nettoye les flambeaux.                     6
  Pour le gobelet  Mrs Grandeau et Bernard.               7
                                                       ------
                         Total du voyage de Trianon.     384

_Voyage de Saint-Cloud._

  Aux garons du chteau.                                 96
  A la lingerie.                                          24
  Aux filles de garde-robe.                               12
  Aux frotteurs.                                          24
  Aux porteurs de lits.                                   24
  Au matre d'htel des femmes.                           24
  Au matre d'htel des hommes.                           12
  Aux hommes qui portent l'eau.                           24
  Aux deux facteurs.                                      24
  Aux trois suisses des appartements.                     72
  A Julie.                                                24
  A celui qui nettoye les flambeaux.                      12
  Aux aides du gobelet.                                   72
                                                        -----
                         Tot. du voyage de Saint-Cloud.  444

       *       *       *       *       *

VII.

TAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME et dont madame Desguichard est
charge.

  A l'homme qui a soin de Panurge.                       288#
  A Mrs les curs pour aumnes.                         1728
  A M. Boyli.                                            600
  A M. Gayette.                                          600
  A Mlle Le Gagneur.                                     400
  A la protge de Mme de Tilly.                         200
  A Mme Malivoire.                                       600
  A M. Malivoire le fils.                                500
  A Mlle Benard.                                         600
  A Mme de Cagny.                                        600
  A Mme de l'Eau.                                        600
  A Mme de Mongiraud.                                   1200
  A Mlle de Loyens,  payer  M. de Gassouville.         300
  A M. Pernot bon.                                       200
  A M. l'abb de Montaigu, pour M. de Nancr.            400
  A Mlle Dorival, pour Mlle de Berne, l'ane.           300
  A Mlle de Berne, la cadette.                           150
  A la protge de Mme d'Aumale.                         300
  A Mlle Welfeld.                                        300
  A M. Coquelin.                                         300
  A M. Nol Offroy, ancien porteur.                      144
  A M. Klein de Vilquoy.                                 144
  A la veuve Grandin.                                     72
  Aux Filles violettes.                                   72
  A Marianne Pinois.                                      72
  A Pierre.                                              200
  A Joseph Pauleur  Bictre,  payer  M. Duval.        150
  A La Plasse, maon.                                     72
  A la soeur de Coupery.                                 600
  Au courrier.                                           288
  A la porteuse d'eau.                                   144
  A la femme Mercier.                                    144
  A Mme de Melardin, pour l'entretien de sa fille.       144
  A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant.    72
  A la veuve Bosserelle.                                  72
  Au petit Louis.                                         36
  A la nourrice de Mlle Malivoire.                        36
  A Mme Marchal de Vassant.                             200
  A M. l'abb Le Sure.                                   150
  A Mlle Pierre.                                          72
  Pour les enfants Millard.                              144
  A la soeur Franoise, pour la veuve Dubois.            144
  A la veuve Marquis.                                     72
  A la femme Le Rte.                                     72
  A la veuve Boissant.                                    72
  A la femme Chinevrier.                                  72
  Au petit garon qui est  Paris.                       120
  Au petit garon de la femme Robinet.                    36
  Au vacher suisse.                                     1095
  A M. de Boisgelin pour une place fonde.               300
  A Mlle de Pelleport,  payer en avril.                 300
  A M. de Jussan,  payer  M. de Bon.                   48
  A Mlle Dorival, pour des pauvres.                       72
  A la boulangerie de pain de seigle.                    144
                                                        -----
                         Total des pensions par anne
                           que paye Mme Desguichard.   15741

                                        Le douzime.    1311# 15s.
_Pensions par quartier._

  A M. Bolly.                                            150
  A Mlle Dorival, pour des pauvres.                       18
  A M. Gayette.                                          150
  A Mme Malivoire.                                       150
  A M. Malivoire fils.                                   125
  A Mlle Bnard.                                         140
  A Mme de Lau.                                          150
  A Mme de Mongiraud.                                    300
  A Mme de Cagny.                                        150
  A M. de Gassonville, pour Mlle de Loyens.               75
  A M. l'abb de Montaigu, pour M. de Nancr.            100
  A Mme d'Aumale, pour sa protge.                       75
  A Mme de Tilly, pour une demoiselle de condition.       50
  A Mlle Le Gagneur.                                     100
  A Mlle Dorival pour Mlles de Berne.                    112# 10s
  A M. Pernot bon.                                        50
  A Mme Wilfeld.                                          75
  A M. Coquelin.                                          75
  A Pierre.                                               50
  A M. Klein de Vilquoi.                                  36
  A Nol Offroy.                                          36
  A M. Duval, pour Joseph Pauleur.                        37  10
  A Marianne Pinois.                                      18
  Aux Filles violettes.                                   18
  A la veuve Grandin.                                     18
  A La Plasse, maon.                                     18
  A Mme Marchal de Vassant.                              50
  A M. l'abb Le Sure.                                    37  10
                                                       ----------
                                                        2374

                                         Le tiers est de 791# 6s. 8d.

_Pensions  payer par mois._

  A Messieurs les curs                                  144
  Au courrier                                             24
  A la porteuse d'eau                                     12
  A la femme Mercier                                      12
  A la soeur de Coupery                                   50
  A la veuve Bosserel                                      6
  Au petit Louis                                           3
  A la nourrice de Mlle Malivoire                          3
  A Mme de Milardin pour l'entretien de sa fille          12
  A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant      6
  A la boulangre de pain de seigle, mme poque pour
    l'anne                                               12
  A la soeur Franoise, pour la veuve Dubois              12
  A Mme Royer, pour les enfants de Millard                12
  A Mlle Dauge, pour Mlle Pierre                           6
  Au vacher suisse                                        91  5
  A la femme Le Rte                                       6
  A la veuve Boissant                                      6
  A la veuve Marquis                                       6
  A la femme Chenevrier                                    6
  A Foucaut pour le mois du chien                         24
  A l'enfant de la femme Robinet                           3
  Au petit garon qui est  Paris                         10
                                                       ------
                                                         466# 5s.

_Pensions  payer par madame de Cimeri._

  A Mme Sulpice                                         1200
  A Marie Micot                                          200
  A Mlle Duprat                                          200
  A Mme Desforges                                        200
  A M. Blaremberg                                        600
  A Mlle Malivoire                                       600
  A Mlle Testar                                          400
  A Mme de Cailus                                        400
  A Mme L'chevin                                        400
  A Marianne                                              72
  A Vendoulet                                            192
  Aux porteurs des femmes                                360
  A Marie                                                100
  A Mme Quotrot                                          250
  A la petite Pchs                                     150
  A Camille                                              150
  A M. de Rousse                                         864

Pay en janvier.

  A M. du Mignau                                         150
  A M. Pascal                                             70
  Au garon du gobelet                                    12
  Au suisse de la chapelle                                48
  A M. Pascal en feuvrier                                120
                                                      -------
                         Total des pensions payes
                           Mme de Cimery                7038
  Le douzime                                            586# 10s
  L'abb Osselin                                         400

_Pensions  payer par quartier._

  A Mme Sulpice                                          300
  A Marie Micot                                           50
  A Mlle Duprat                                           50
  A Mme Desforges                                         50
  A Mme Blaremberg                                       150
  A Mlle Malivoire                                       150
  A Mme Testar                                           100
  A Mme de Cailus                                        100
  A Mme L'chevin                                        100
  A Marianne                                              18
  A Vandoulet                                             48
  Aux porteurs des femmes                                 90
  A Marie                                                 25
  A Mme Quotrot                                           62  10s
  A la petite Pechs                                     112  10
  A Camille                                               37  10
  A M Droune                                            216
                                                         --------
                                                        1659  10
                                         Le tiers est de 553#  3s 4d

_Rcapitulation._

  trennes                                              1743#
  trennes de la petite maison de Madame                1020
  Pour la fte des jardiniers                            228
  Pour les pques                                        534
  Pour les pains bnis                                   132
  Pour le mois de fvrier                                 72
  Pour le mois de mai                                    246
  Pour le mois de juin                                    48
  Pour le mois de juillet                                 96
  Pour le mois d'aot                                    210
  Pour le mois d'octobre                                  42
  Pour le mois de novembre                               246
  Pour le voyage de Marli                                717
  Pour le voyage de Compigne                           3720
  Pour le voyage de Fontainebleau                       1692
  Pour le voyage de Trianon                              384
  Pour le voyage de Saint-Cloud                          444
  Pensions par anne payes par madame Desguichards    15741
  Pensions payes par madame de Cimery                  7038
                                                    ---------
                                          Somme totale 34359#

       *       *       *       *       *

VIII.

_tat des appointements que le Roi veut et ordonne tre pays aux
dames que Sa Majest a nommes pour accompagner Madame lisabeth,
depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790._

  A la dame marquise de Sorans                             4
  A la dame marquise de Causans                            4
  A la dame comtesse de Canillac                           4
  A la dame comtesse de Bombelles                          4
  A la dame vicomtesse d'Imecourt                          4
  A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre                  4
  A la dame marquise des Essarts                           4
  A la dame Louise de Causans, marquise de Raigecourt      4
  A la dame marquise de Lastic                             4
  A la dame vicomtesse de Blangy                           4
  A la dame Anne Bella Henriette de Drumont de Melfort,
    comtesse de Marguerie                                  4
  A la dame comtesse de la Bourdonnaye                     4
  A la dame marquise de Fournaise                          4
  La dame vicomtesse de Mrinville, surnumraire
    sans appointements       Mmoire.
  La dame marquise des Montiers,             id.     Mmoire.
  La dame comtesse de Deux-Ponts,            id.     Mmoire.
  La dame marquise de La Rochefontenille,    id.     Mmoire.
                                                    ----------
  Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy.      52,000#

Administrateur de mon Trsor royal, charg du dpartement de la
caisse gnrale, Me Joseph Durney, pays comptant au sieur Savalete
de Langes, l'un des administrateurs de mon Trsor royal charg du
payement des pensions et autres dpenses nonces dans mon dit du
mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres pour les
appointements des dames dnommes au prsent tat, depuis le 15 mai
1789, jusques et compris le 14 mai de la prsente anne. Fait  Paris,
le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.

                                                      LOUIS.
  Comptant au Trsor royal.
  _Bon:_ LOUIS.
                                            DE SAINT-PRIEST.

       *       *       *       *       *

IX.

DTAIL DES DPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME LISABETH.

  En 1788 elle a cot                        70,585# 17s
  En 1789                                     48,592  10
  En 1790                                     29,725  12
  En 1791                                     17,548  
                                            -------------
                    Total                    166,451# 19s

       *       *       *       *       *

_Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
chambre de Madame lisabeth, pendant l'anne 1788._

  A Jubin, tapissier                                   6,000#
  A Lenormand, toffes                                 3,801
  A de la Roue, toilette                               7,562
  A Vanot, lingre                                     3,340  10s
  A Daguerre, bniste                                15,583
  Manufacture de Sve                                  3,855
  Moutard, libraire                                    1,093
  Grgoire, libraire                                   1,854
  Blaizot, libraire                                      187
  Le Duc, musique                                        132
  Chenu, relieur                                         427
  Joly, sculpteur, bordures de portraits               1,551
                                                    --------------
                                                      45,385#  10s

  Desjardins, horloger                                   152
  Baince, lait d'nesse                                1,200
  Bourdet, dentiste                                      162
  Mass, orphvre                                         81
  Beaulieu, soyes  broder                               500
  Cabat d'or, soyes  broder                             677
  Guyard, peintre                                        576
  Robert, peintre                                      1,000
  Bro, racomodeuse de dentelles                          671
  Habillements de deux garons                           920   4
  Voitures de la cour                                  1,419
  Letellier, papier                                      100   3
  Traitements et gratifications                       17,682
                                                     ------------
                                                      70,585#  17s

       *       *       *       *       *

_Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1789._

  Bertin, modes, pour ancien mmoire                   7,761#
  Le Normand, toffes                                    200
  Jubin, tapissier                                     2,979
  Du Buquoy, tapisseries                               7,788
  Crampe, tapisseries                                  1,945  10s
  Cabat d'or, soyes  broder                             973   6
  Bro, racomodeuse de dentelles                        1,126
  De la Roue, parasols                                   168
  D'aguerre, bniste                                  1,968
  Joly, bordures de portraits                            396
  Guyard, peintre                                        388
  Grgoire, libraire                                     887
  Moutard, libraire                                      942  18
  Chenu, relieur                                         447
  Bourdet, dentiste                                      162
  Dujardins, horloger                                    158
  Ducis, fayancier                                       121
  Habillement des garons                                531
  Voitures de la cour                                  2,102  16
  Traitements et gratifications                       17,548
                                                   ------------
                                                      48,592#  10s

       *       *       *       *       *

_Dtail abrg a quoy ont mont les dpenses extraordinaires de la
chambre de Madame lisabeth pendant l'anne 1790._

  Bertin, intrts, et reste d'un mmoire              3,125#
  Le Normand, toffes                                    804  15s
  Jubin, tapissier                                     1,232  16
  Cabat d'or, soyes  broder                             112  10
  De la Roue, bniste                                   263
  Letellier, papetier                                    411   9
  Bataille, parfumeur                                    464  12
  Moutard, libraire                                       96
  Dujardins, horloger                                    176
  Chenu, relieur                                         226
  Joly, sculpteur, bordures                              300
  Habillement des garons                                531
  Voitures de la cour                                  3,983
  Bourdel, dentiste                                      162
  Dpenses du secrtaire de la chambre                   289  10
  Traitements et gratifications                       17,548
                                                     ------------
                                                      29,725#  12s

       *       *       *       *       *

_tat et dtail des traitements affects sur les dpenses annuelles
extraordinaires de la chambre de Madame lisabeth._

  Grandin, commissionnaire                               900#
  Birbonne, porte-chaise                                 600
  Dauge, baigneuse                                     1,200
  Rosni, garde-dentelles                                 800
  Lonard, coffeur                                      600
  Quatre garons de la chambre  600#                  2,400
  Sorel, surnumraire                                    750
  Quatre valets de chambre  chacun 600#               2,400
  Merieux, surnumraire                                  600
  Massot, gardien                                      1,500
  Deux portffets  900#                               1,800
  Deux frotteurs  700#                                1,400
  Deux feutiers  300#                                   600
  Un suisse                                               48
  Desjardins, horloger                                   150
  Imbert, secrtaire de la chambre pour tout           1,800
                                                     ----------
                                                      17,548#

       *       *       *       *       *

X.

DMNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME LISABETH,

qui ont t transports au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, n 9,
par Jubin, valet de chambre, tapissier.

Savoir:

_Premire antichambre._

  Un charriot  bois.

  Deux paniers.

_Antichambre des valets de chambre._

  Une grande table des valets de pied.

  Une grande table ronde  manger, faite en bois d'acajou.

  Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont 
    carreau.

  Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
    l'herbe-aux-charpentiers.

_Chapelle._

La chapelle est compose d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
pas les clefs.

  Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la
    clef.

  Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.

  Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
    garons de la chambre.

  Un marchepied d'antichambre.

_Cabinet des nobles._

  Quatre servantes en bois d'acajou, o il manque un sceau argent.

  Une table ronde du djeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
    blanc, et couverte en drap.

  Deux voyageuses en bois dor, couvertes de velours vert.

  Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.

  Deux chaises carres pour les femmes, couvertes en velours
    d'Utrecht cramoisi.

  Deux tables  jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
    quinze.

  Une bote  livres de la voiture de Madame.

  Deux botes  checs, une d'ivoire et l'autre en bois.

  Le damier de Madame.

  Un jeu d'oie en bois de rose.

  Une bote en faon de nacre qui en renferme plusieurs petites.

  Un petit coffre en basane rouge.

  Le jeu de loto.

  Un dvidoir des valets de pied.

_Chambre  coucher._

  Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.

  La table de toilette.

  Deux vases de dessus la chemine, tous deux de porcelaine, o sont
    peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
    couvercle cass.

  Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa
    colonne de stuc, le groupe de pltre; la figure a le pouce du pied
    cass et un doigt de la main gauche.

  Huit crans en bois d'acajou, un brod.

  Une bote, remplie de huit livres,  madame de Clermont.

  Un livre de musique, intitul _Sargine_.

  Le grand carton  soie, rempli de plusieurs effets, tels que un
    sac de damas, orn tout autour d'un galon et de deux glands en or,
    et d'autres menus effets.

  Une petite critoire noire.

  Trois petits cartons  filets.

  Une grande bote  poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.

  Un petit fouet vert, avec une poigne en or et trois viroles.

  Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
    dentelle d'or.

  Deux petites corbeilles.

  Une grosse pelote en satin blanc brod, qui sert  renfermer les
    linges de toilette.

  Un petit groupe reprsentant Madame et Monseigneur le Dauphin,
    avec son pied de porcelaine.

  Un grand sceau  laver les pieds.

  Un moulin  battre le beurre.

  Deux petits cadres, reprsentant Monsieur le Dauphin dfunt et
    Madame la Dauphine.

_Garde-robe._

  Un bidet en velours vert avec sa garniture.

  Un bidet sans garniture.

  Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un dessus de
    marbre et une galerie en cuivre.

  Une table de nuit  dessus de marbre blanc.

_Lieux  l'anglaise._

  Un petit corps de tablettes  dessus de marbre.

  Une garniture de cuivre en forme de galerie.

  Un sceau de faence  laver les pieds.

  Une lunette en maroquin noir.

  Un marabout de fer-blanc.

  Deux pots-pourris de porcelaine.

  Dix bourdalous en porcelaine.

  Sept bourdalous en faence.

_Cabinet intrieur._

  Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la
    clef.

  Deux petites chiffonnires rondes  dessus de marbre.

  Une grande pendule avec ses garnitures.

  Le Portrait de Madame de Pimont, en petit.

  Louis XV, en gravure.

  Madame de Pimont, peinte sur un cadre oval.

  Un tableau reprsentant Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne.

  Un petit chien, dans un cadre oval.

  Le jardin de Trianon, en peinture.

  Une petite table de toilette de lit.

  Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.

  Une petite bibliothque  panneaux grills,  dessus de marbre
    commun.

  Un devidoir.

  Un petit coffre de noyer, o il manque un tiroir.

  Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai
    pas la clef.

  Deux botes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans
    une, et une dans l'autre.

  Un verre de microscope mont en cuivre.

  Quatre crans de chemine  main.

  Une petite bote en nacre  parfiler.

  Une autre petite bote, en forme d'ventail, sans clef.

  Un petit marteau avec une hache.

  Deux petits dvidoirs.

  Quatre cannes et le petit bton pour peindre.

_Bibliothque._

  Une critoire sans fin, compose de plusieurs choses, telles que:
    un grattoir, un poinon, un manche de canif d'ivoire, une petite
    rgle d'bne, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.

  Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en
    maroquin vert et orn d'une petite galerie.

  Une petite critoire dore, en bois de rose.

  Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
    cass.

  Deux petits vases de porcelaine, orns de bouquets de fleurs en
    biscuit, et leurs bocaux de verre.

  Deux bras de chemine en flche.

  Un feu  vase, pelle et tenaille.

  Deux petits tableaux en bordure de sapin.

  Un moyen tableau reprsentant la ville et le port de Syra.

  Un marchepied en bois d'acajou.

  La lunette des lieux  l'anglaise.

  Quatre mtiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de
    noyer.

CABINET AUX ENTRESOLS.

_Garde-robe._

  Un petit corps de tablettes  pots de chambre.

  Un pot-pourri en porcelaine.

  Un gros globe.

  Une table en bois de htre, garnie de dorure.

  Deux petits globes pleins.

  Deux petits vases blancs  tte de blier, monts en girandole.

  Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.

  Un tableau reprsentant saint Labre.

_Cabinet  ct des bains._

  Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.

  Deux girandoles portes par deux femmes dores, sur une colonne de
    marbre blanc.

  Deux tables de mathmatique en bois d'acajou, une sans clef, avec
    deux bougeoirs doubles dors, et deux petits pupitres.

  Un pupitre  jour en bois de noyer.

  Un violon.

  Deux bras de chemine ayant chacun une bobche.

  Le meuble de bains complet.

_Chambre des femmes._

  Une table en bois d'acajou couverte en drap.

TAT DE CE QUI TAIT RENFERM DANS LA COMMMODE DES GARONS DE LA
CHAMBRE.

  Une bote  fiches.

  Une bote de loto.

  Une bote  fiches, o il manque une corbeille.

  Deux sacs de peau, pour mettre des livres.

  Six petits parasols.

  Six petits rateaux.

  Cinq petits paniers, dont quatre garnis.

_Lit des garons de la chambre._

  Deux matelas.

  Une mauvaise couverture.

_Armoire des galeries._

  Un moyen paravent.

  Cinq petits paravents.

  Un cran.

  Une chelle double.

  Deux pliants en bois, de maroquin vert.

  Une chaise de velours bleu.

  Les deux lits complets de veille des femmes.

       *       *       *       *       *

XI.

LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTS A PARIS.

_In-4._

                                                                VOL.

  Histoire universelle, par une socit de gens de lettres,       43
  Histoire universelle, par M. de Thou,                           16
  Histoire de l'glise gallicane,                                 16
  Histoire de l'glise, par M. l'abb de Choisy,                  11
  Les Hommes illustres de Plutarque, par M. Dacier,                9
  Histoire de Polibe,                                              7
  Abrg chronologique de l'histoire de France, par Mezeray,       4
  Histoire de France, par M. Velly, et continuateurs,             23
  Histoire de Constantinople,                                      8
  Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amrique,              5
  Recueil de Gazettes de France,                                 147

_In-8._

  Offices et trait de Cicron,                                    2
  Penses de Marc Aurle,                                          1
  Trait des loix civiles,                                         1
  Trait de la puissance ecclsiastique,                           1
  Les Quatre ges de la pairie,                                    2
  Instruction de Catherine II,                                     1
  Histoire du droit naturel,                                       2
  Jurisprudence du Grand Conseil,                                  1
  Principes de la lgislation universelle,                         2
  La Trigonomtrie,                                                1
  Leons de mathmatique, par l'abb de la Caille et Marie,        1
  Flore de Bourgogne,                                              2
  Manuel de botanique,                                             1
  Le Nouveau la Quintinie,                                         4
  Des oeuvres du chevalier Linn,                                  4
  Oeuvres de Demosthnes,                                          4
  Oeuvres de Virgile, par l'abb Desfontaines,                     4
  L'Iliade, traduite en vers franais,                             2
  Numa Pompilius,                                                  1
  La Henriade,                                                     2
  Commentaire sur la Henriade par Labeaumelle,                     2
  La Gieresolemme liberata,                                        2
  L'Enede de Virgile, par Annibal Caro,                           2
  Orlando furioso (8 maximo),                                     4
  Saggio sopra l'uomo, par Pope,                                   1
  Oeuvres de Pope,                                                 8
  Oeuvres d'Young,                                                 4
  Thtre des Grecs, traduction nouvelle,                         10
  Oeuvres de Racine, dition de Didot,                             3
  La Dunciade,                                                     2
  Thtre des jeunes personnes, par Mme de Genlis,                 4
  Proverbes dramatiques,                                           6
  Histoire de la posie, par Brown,                                1
  Oeuvres de Saint-Foix,                                           6
  Oeuvres de Mme Ricoboni,                                         8
  Oeuvres de Falconet,                                             6
  Oeuvres de La Monnoye,                                           3
  Vie prive des Franois,                                         3
  Les Histoires d'Elsin,                                           1
  Oeuvres de Le Franc de Pompignan,                                6
  Le Thtre du monde,                                             4
  Tableau historique,                                              4
  Essai sur les femmes,                                            1
  Commerce des grains,                                             1
  Loisirs du chevalier Don,                                      13
  Mlanges d'une grande bibliothque,                             58
  Histoire de la littrature d'Italie,                             5
  Lettres sur l'ducation, par Mme de Genlis,                      3
  Cours d'tudes, par M. l'abb de Condillac,                     10
  Dictionnaire historique,                                         6
  Dictionnaire des antiquits romaines,                            2
  Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prts 
    M. le Comte),                                                 16
  Collection des Mmoires sur l'histoire de France,               36
  Mmoires sur les Isles de ponce,                                 1
  Ngociations de la France et de l'Angleterre,                    1
  Voyage  l'Isle de France,                                       2
  Le Mercure franois,                                            25
  Les Chronologies septenaire et novenaire,                        4
  La Satyre Mnippe,                                              3
  Mmoires sur l'histoire de France,                               2
  Le Cabinet des fes,                                            37

_In-12._

  Psaumes du P. Berthier,                                          8
  Nouveau Testament,                                               1
  Sermons du P. Bourdaloe,                                       20
  Sermons de Massillon,                                           15
  L'Anne du chrtien,                                            18
  L'Anne vanglique,                                             7
  L'vangile mdit,                                              12
  La Religion mdite,                                             6
  Quinzaine de Pasques,                                            1
  Semaine sainte,                                                  1
  Prires du P. Sanadon,                                           1
  Le Propre de l'oraison,                                          1
  Brviaire de Paris avec le supplment,                           9
  Missel de Paris,                                                 8
  Livre d'glise,                                                  2
  Missel de Paris,                                                 4
  Office divin,                                                    1
  Office de la Vierge,                                             1
  Diurnal romain,                                                  1
  Prires du matin,                                                1
  Nouvelles Heures,                                                1
  Visites au Saint-Sacrement,                                      1
  Recueil de prires,                                              1
  Prires durant la messe,                                         1
  Essais philosophiques sur l'entendement humain,                  4
  Manuel d'pictte,                                               2
  Essais de Montagne,                                              5
  La Sagesse de Charon,                                            1
  Entretiens de Phocion,                                           1
  Histoire naturelle, gnrale et particulire, par M. de Buffon, 51
  Leons de physique, par l'abb Nollet,                           6
  Oeuvres d'Homre, traduction par M. Gin,                         8
  P. Virgilii opera,                                               2
  C. Julii Csaris Commentarios, etc.,                             2
  Le Paradis perdu de Milton,                                      3
  La Lusiade de Camons,                                           3
  Oeuvres de Gresset,                                              2
  Lettres de Pline,                                                3
  Lettres de Mme de Svign,                                       8
  Lettres d'un Franois, par l'abb Le Blanc,                      3
  Trait des tudes, par M. Rollin,                                4
  cole de littrature,                                            2
  Oeuvres de Sophocle et autres,                                   3
  Terence et Plaute,                                               6
  De Metastase,                                                   10
  Thtre de P. Corneille,                                         6
    --    de Thomas Corneille,                                     5
  Oeuvres de Racine,                                               3
    --    de Voltaire,                                             8
  Thtre franois,                                               12
  Nouveau thtre franois,                                        8
  Histoire du thtre franois, par MM. Parfait,                  15
  Thtre anglois,                                                 8
  Lettre sur le thtre anglois,                                   2
  Dissertation sur la tragdie,                                    2
  Remarques sur Racine et la vie du mme,                          5
  Oeuvres de Malherbe,                                             3
    --      de Racan,                                              2
    --      de Sarazia,                                            1
    --      de Voiture,                                            2
    --      de La Fontaine,                                        3
    --      de Lamotte,                                           10
    --      de Gedoyn,                                             1
  Posies de Malleville,                                           1
  Voyage de Chapelle et Bachaumont,                                1
  De la Bibliothque des romans,                                  97
  Vie du baron de Trenck,                                          1
  Oeuvres de Boileau,                                              5
  Mmoires politiques et militaires de France,                     6
  Histoire du rgne de Henry II,                                   2
  Mmoires de Mme de Staal,                                        3
  Campagnes de Villars,                                            2
  Mmoires de Mlle de Montpensier,                                 8
  Mmoires de la duchesse de Nemours,                              1
  Vie du cardinal de Richelieu,                                    2
  Anecdotes du cardinal de Richelieu,                              2
  Parallle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin,    1
  Vie du duc de Rohan,                                             2
  Vie du P. Joseph du Tremblay,                                    1
  Vie du brave Crillon,                                            2
  Mmoires de Vieilleville,                                        5
  Histoire d'Angleterre, par M. Hume,                             18
  Histoire d'cosse, par Robertson,                                3
  Mmoires d'Anne d'Autriche,                                      6
  Histoire de Charles VI,                                          9
  Histoire de Charles VII,                                         2
  Histoire de M. de Turenne,                                       1
  Histoire de Louis XIV,                                           3
  Mmoires de Laporte,                                             1
  Mmoires de Mme de Lafayette,                                    2
  Mmoires de Lenet,                                               2
  Histoire du prince de Cond,                                     4
  Histoire de la rgence de Marie de Mdicis,                      2
  Vie de Marie de Mdicis,                                         2
  Mmoires du comte d'Avaux,                                       6
  Mmoires de Montausier,                                          2
  Mmoires de Berwick,                                             2
  Mmoires du marquis de Feuquires,                               3
  Trait de paix de Nimgue,                                       2
  Trait de Westphalie,                                            6
  Histoire de Henry le Grand, par Perefixe,                        1
  Vie du cardinal de Richelieu,                                    6
  Histoire de Henry IV,                                            4
  Mmoires du prince de Tarente,                                   1
  Histoire de Tancrde de Rohan,                                   1
  Mmoires du duc de Villars,                                      3
  Paix de Riswick,                                                 1
  Mmoires sur la succession d'Espagne,                            3
  Histoire de Russie, par M. Lvque,                              5
  Histoire du trait des Pyrnes,                                 2
  Lettres de Mme de Pompadour,                                     2
  Mmoires de Gourville,                                           2
  Mmoires du comte de Gramont,                                    2
  Histoire de Louis XI, par M. Duclos,                             3
  Gographie moderne,                                              2
  Mmoires de la Colonie,                                          2
  L'Esprit de la Ligue,                                            3
  Ambassades de Messieurs de Noailles,                             5
  Lettres du cardinal d'Ossat,                                     5
  Le Courtisan prdestin,                                         1
  Mmoires de Bellivre,                                           2
  Histoire de Louis XIII,                                          4
  Le Sicle de Louis XIV,                                          3
  Mmoires du marchal de Berwick,                                 2
  Mmoires pour servir  l'histoire de France,                     4
  L'me des Bourbons,                                              2
  Ambassade de Bassompierre,                                       4
  Mmoires de Bassompierre,                                        3
  Mmoires de Montrsor,                                           2
  Mmoires de Louis XIV,                                           2
  Mmoires de Navailles,                                           1
  Mmoires de Villegomblain,                                       2
  Mmoires sur la paix de Riswick,                                 5
  Mmoires d'Omer Talon,                                           8
  Vie du marchal de Villars,                                      4
  Journal de Louis XI,                                             1
  Histoire de Louis XI,                                            6
  Histoire de Louis XII                                            2
  Guerre de 1741,                                                  1
  Campagne de Noailles,                                            2
  Campagnes de Coigny,                                             8
  Mmoires de Louis XIV,                                           2
  Mmoires du cardinal de Retz,                                    4
  Mmoires de M. Joly,                                             3
  Lettres du cardinal Mazarin,                                     2
  Mmoires de Brienne,                                             2
  Maisons souveraines,                                             2
  Abrg chronologique du droit public d'Allemagne,                2
  Histoire du duc d'Epernon,                                       4
  Mmoires de Montglat,                                            4
  Abrg chronologique de l'histoire d'Italie,                     1
  Mmoires de Terlon,                                              2
  Mmoires du marquis de La Fare,                                  1
  Mmoires du comte de Forbin,                                     2
  Mmoires de Lahoussaye,                                          3
  Mmoires de Cond,                                               2
  Mmoires de M. de Tavanes,                                       1
  Mmoires de Puysgur,                                            2
  Mmoires de Tourville,                                           3
  Histoire de Franois Ier,                                        8
  Mmoires de Dubellay-Langey,                                     7
  Histoire du duc de Montmorency,                                  1
  Histoire de Henry, duc de Bouillon,                              3
  Mmoires du comte d'Estrade,                                     9
  Mmoires sur la paix d'Utrecht,                                  6
  Congrs d'Utrecht,                                               1
  Campagne du duc de Vendme,                                      1
  Mmoires du chevalier Temple,                                    1
  Mmoires du duc de Guise,                                        2
  Histoire de la royne Marguerite,                                 1
  Mmoires de Sully,                                               8
  Intrigues du cabinet sous Henry IV,                              4
  Lettres et Mmoires de Mme de Maintenon,                        15
  Journal historique de M. de Maupeou,                             3
  La Mmoire artificielle,                                         2
  Tables chronologiques de l'abb Lenglet,                         2
  Abrg chronologique de l'histoire de France,                    5
  Vie d'Ayder-Ali-kan,                                             1
  Lettres difiantes,                                             26
  Anecdotes de la Chine,                                           6
  Vie de sainte Thrse, de Madame Louise et quelques histoires
    de Maimbourg,                                                 15
  Mercure de France depuis 1717 jusqu'en 1787,                   506
  Nouvelle traduction des oeuvres de Plutarque (in-8),           22

Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
n'ayant trouv ni Missel, ni Brviaire romain en franois, croit
qu'ils ont t ports  Belleve.

       *       *       *       *       *

XII.

LIVRES RETIRS DE LA BIBLIOTHQUE DE MONTREUIL.

Chefs d'oeuvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit in-12,
les deux autres manquent.

  Robinson Crus, trois vol. in-12.
  Cleveland, six vol. in-12.
  Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.
  Amours de Thagenes et Charicle, 2 vol. in-12.
  Les mille et une nuits, 6 vol.
  Cabinet des Fes, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.
  Lettres sur l'ducation ou Adle et Thodore, 3 vol, in-8.
  Tlmaque, 2 vol. in-12.

Il manque encore dans la classe des romans:

  Miss Anysie, 1 vol. in-12.
  Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.
  The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.
  Contes des Fes, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.

       *       *       *       *       *

XIII.

NOUVELLES PUBLICATIONS.

  Observations sur la socit et les moyens de ramener l'ordre,
    1 vol. in-12.
  Mmoire sur le mariage des Protestants, 1 vol. in-8.
  Discours sur le projet d'accorder un tat civil aux Protestants,
    1 vol. in-8.
  claircissements historiques sur la rvocation de l'dit de Nantes,
    1 vol. in-8.
  Assemble des Notables en 1787. Mmoires et observations en 4 divisions,
    2 vol. in-4.
  Rponse de M. de Calonne  M. Necker, avec les pices justificatives,
    1 vol. in-8.
  Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abb de Mably,
    1 vol. in-12.
  Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
    2 vol. in-8.
  Aux Bataves, sur le Statoudhrat, par le comte de Mirabeau,
    1 vol. in-8.
  Exposition et Dfense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
    2 vol. in-8.
  Demandes aux tats Gnraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
    4 vol. in-8.
  Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes
    les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789, 2 vol. in-8.
  Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier,
    1789, 1 vol. in-12.
  Le mal et le remde; mmoire sur la milice de l'arme, 1789,
    1 vol. in-8.
  Rponse  la motion et au discours de M. l'abb de Prigord, vque
    d'Autun, 1789, 1 vol. in-12.
  Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789, 1 vol. in-8.
  Voeu d'un Patriote sur la mdecine en France, 1789, 1 vol. in-8.
  Maison du Roi, ce qu'elle toit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit
    tre, 1789, 1 vol. in-4.
  Le Dficit vaincu, par M. de Favras, 1789, 1 vol. in-4 broch.
  Principes opposs au systme de M. Necker, par le mme, 1 vol.
    in-4 broch.
  Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genve,
    1790, 1 vol. in-8.
  Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790, 1 vol. in-8.
  Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, dput 
    l'Assemble et maire de Nismes.
  L'Art du fabricant d'toffes de soye, par M. Paulet, 1789,
    in-f broch.

(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept pour complter cet
objet, Madame n'en ayant qu'une.)

  Plan d'ducation nationale ou abrg des tudes de l'homme fait,
   1789, 2 vol. in-8.
  Opinions de l'abb Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8.
  Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre,
    Paris, 1791 4 vol. in-8.
  Rflexions sur les affaires politiques du temps prsent de la
    France, 1790, 1 vol. in-8.
  De l'tat de la France prsent et  venir, par M. de Calonne,
    1790, 1 vol. in-8.
  Rflexions sur la Rvolution de France, par M. Burke, 4e dition,
    1791, 1 vol. in-8.
  Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791, 1 vol. in-8.
  Discours sur les finances de l'tat, par M. Necker,  l'Assemble,
    1 vol. in-4.
  Sur l'Administration de M. Necker, par lui-mme, 1791, 1 vol. in-8.
  Offrande aux Franois, 1791, 1 vol. in-8.
  Le _Naviget antyciras_ ou systme sans principes, 1791, 1 vol. in-8.
  Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
    1 vol. in-8.
  Procdure criminelle au Chtelet en 1789 et 1790, 1 vol. in-8.
  Justification de M. de Favras, 1791, 1 vol. in-8.

_Recueil de pices en 4 volumes_.

Le premier renfermant:

  1 L'Adresse du Dpartement de Paris au Roi;

  2 L'Adresse du mme Dpartement  l'Assemble;

  3 Compte rendu par une partie des membres de l'Assemble sur le
  Dcret du 28 mars 1791;

  4 Le Rgne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;

  5 Elan du coeur et de la raison, ou Justice rende  la Reine;

  6 Adresse de l'abb Raynal le le 31 mai 1791  l'Assemble;

  7 Triomphe prochain de la Royaut et de la Monarchie franoise;

  8 Plan d'une constitution libre et heureuse;

  9 Hommage et Bouquet  Louis XVI;

  10 Adresse de M. Putod, mdecin du Roi;

  11 Adresse des Bons Franois au Roi.

Le second renfermant:

  1 Prcis de ce qui s'est pass  la sance de l'Assemble du 13
  fvrier 1790;

  2 Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'vque de
  Nancy;

  3 Rflexions sur l'tat religieux;

  4 Discours de M. l'Archevque d'Aix sur la vente des biens du Clerg;

  5 Quelle doit tre l'influence de l'Assemble sur les matires
  ecclsiastiques et religieuses? par l'vque de Nancy;

  6 Insuffisance de la Dclaration de M. l'Evque de Clermont au sujet
  du Serment civique;

  7 Discours de M. l'vque de Lisieux aux Officiers municipaux;

  8 Rflexions sur la Libert du Culte;

  9 Courtes observations sur la Libert des Cultes;

  10 Lettre de l'Evque de Rennes aux lecteurs du Dpartement d'Isle
  et Vilaine;

  11 Lettre de l'Archevque d'Aix aux lecteurs du Dpartement des
  Bouches du Rhne;

  12 Instruction pastorale de l'Evque de Boulogne;

  13 Le Comte Duprat devenu Thologien;

  14 Mon Apologie;

  15 Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;

  16 Adresse aux Vierges chrtiennes et religieuses de France, par le
  mme.

Le troisime renfermant:

  1 Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;

  2 Protestation du Prince-Evque de Spire;

  3 Lettre du marquis de Laqueuille  ses commettans du ..... fvrier
  1790;

  4 Extrait d'une lettre crite de Valenciennes, le 8 fvrier 1790, 
  M. Nicodme, Dput;

  5 Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 fvrier 1790;

  6 Opinion de M. Malouet, prononce le 20 fvrier 1790, sur le
  rtablissement de l'ordre public;

  7 Opinion de l'Abb de Bonneval sur le mme sujet;

  8 Opinion du comte de la Galissonnire sur l'exercice du Droit de la
  Guerre et de la Paix;

  9 Opinion du marquis d'Estourmel sur la mme question;

  10 Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel  ses
  commettans;

  11 Compte rendu par le mme;

  12 Observations de M. Henry, dput, sur une partie du rapport de M.
  Chabroud;

  13 Opinion de M. de Guilhermi, dput, sur le mme rapport;

  14 Compte par une partie des membres de l'Assemble sur le mme
  rapport;

  15 Lettre de M. Guilhermi  ses commettans du 22 octobre 1790;

  16 Dveloppement des principes de plusieurs Dputs lacs;

  17 Dclaration d'une partie des Dputs aux tats Gnraux sur l'acte
  constitutionnel;

  18 Compte rendu par une partie des Dputs  leurs commtans;

  19 Troisime Lettre de l'Abb Bonneval  ses commettans;

  20 Opinion de M. Savary de Lancosme, dput, sur la rvision des
  dcrets.

Le quatrime volume renfermant:

  1 Les Cromwels franois dmasqus;

  2 Point d'accomodement;

  3 Les torts et les intrts de chacun;

  4 Rflexions politiques importantes sur la rvision des dcrets;

  5 Dnonciation, par le viconte de Mirabeau;

  6 Des Clubs politiques et des libelles;

  7 Rflexions d'un Garde National de province;

  8 Problme  rsoudre relativement au serment prt par M. de
  Brienne, Archevque de Sens;

  9 Trahison dcouverte du comte de Mirabeau;

  10 Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;

  11 Mmoire des Officiers du Corps des Carabiniers;

  12 Rflexions d'un Militaire au sujet du Serment propos aux
  Officiers de l'Arme;

  13 La Rvolution Franoise, pot-pourri.

       *       *       *       *       *

XIV.

_Mmoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
lisabeth de France_,

Par Bourbon, cordonnier, re des Vieux Auxgustins,  Paris.

1792.

  Ce 6 avril, une paire de soulle de tafetat noire                9#
  Le 8  --                   id.                                  9
  Le 9  --                   id.                                  9
  Le 14 --                   id.                                  9
  Ce 16 --                   id.                                  9
  Ce 21 --                   id.                                  9
  Le 25 --                   id.                                  9
  Le 28 --  deux paires de tafetat, un gris, un bleux            18
  Le 29 --  une paire de taffetat rosse                           9
  Le 2 may, une paire de taffetat gris                            9
  Le 4  --               id.                                      9
  Le 7  --  une paire de taffetat violet                          9
  Le 8  --  une paire de taffetat prune glace                     9
  Le 12 --  deux paire de tafetat, une carmelite glace, une
              gris de ferre                                      18
  Le 16 --  deux paire de tafetat, une rosse, une bleux          18
  Le 20 --  deux paire de tafetat, une gros vert, une puce       18
  Le 23 --  deux paire de tafetat, une gris de ferre, une bleux  18
  Le 27 --  deux paire de tafetat, une violet, une puce glaces   18
  Le 28 --  une paire de tafetat noire                            9
  Le 1er juin,        id.                                         9
  Le 6  --               id.                                      9
  Le 9  --               id.                                      9
  Le 12 --               id.                                      9
  Le 15 --               id.                                      9
  Le 22 --               id.                                      9
  Le 27 --               id.                                      9
  Le 30 --               id.                                      9
                                                     Totale     297#

Il y a dans la mme liasse un mmoire des mdicaments livrs  madame
Lejeune  la Garde-robe des atours de Madame lisabeth de
France,--mmoire du 11 janvier au 20 dcembre 1791, montant  la somme
de 96# 17 s.,--et acquitt le 30 janvier 1792,  Paris.

                     Pour MM. les apothicaires du Roi: PAILHS.

       *       *       *       *       *

DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON LISABETH,

SISE AU GRAND MONTREUIL.


I.

_tat du produit de la maison et jardin situ prs la porte de Buc, 
Montreuil_.

Anne 1790.

  Un millier de bottes de foin valu au prix de 25#
    le cent, cy                                          250#
  350 bottes de reguain  15#                             52  10s.
  5 septiers d'avoine  20#                              100
  4 septiers 1/2 d'orge  12#                             54
  La pture des vaches aprs la rcolte est estime au
    plus                                                 24
  Le fruit n'a pas donn cette anne. Ils ont tous
    manqus au printemps; il n'est reste que quelques
    pches de mauvaises qualits et des raisins qui sont
    manges par les oiseaux et par les insectes.
                                   Total du produit      480# 10s.

La rcolte des fruits dans une bonne anne ne peut pas excder la
valeur de 150 liv.; les arbres tant trs-vieux, leur produit ne peut
que diminuer.

La maison est en trs-mauvais tat et susceptible de fortes
rparations.

Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'tre recrepis pour
dtruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.

L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, anne commune,
peut tre port au tiers en sus de ceux mentionns cy-dessus. Il en
rsulte que, anne commune, le fruit compris, le produit pourroit tre
de 700#, non compris la maison, dont on pourroit tirer party.

       *       *       *       *       *

II.

_Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
de Madame lisabeth,  Montreuil._

  Premire consigne donn par M. Huv.

1 Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prtexte que ce
soit, lorsque Madame y est, et mme personne en aucun tems,  moins
qu'on ne soit accompagn du concierge ou munie d'un billet de Madame.

2 Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin,  moins
qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
travaille qui doivent leur suffire.

3 Faire une tourne au moins par nuit et toujours  des heures
diffrentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
essayant d'entrer soit en forant les serures, soit par-dessus les
murs, de les dposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huv, inspecteur
des btiments, ou  touttes autres personnes que Madame indiqueroit.

4 Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit  ce que rien ne fut
enlev de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
aucunes conivances ni animosit pour ou contre qui que ce soit.

       *       *       *       *       *

III.

_Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
de Madame lisabeth,  Montreuil._

  Donn par le s{r} Sulleau, concierge de la maison, comme suplment
   celle  lui donn par M. Huv.

1 Le suisse du jardin, en se conformant exactement  ce qui lui est
enjoint par la consigne que lui a donn M. Huv, observera que
personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets,  moins que
ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge prsent ne lui
dise que cela est ncessaire; cette circonstance except, on doit
toujours passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit tenter de
le faire, il en avertiroit le concierge aprs les avoir fait retourner
sur leurs pas.

2 Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
qu'on ne joue  aucuns jeux; enfin que toutte dcence soit observ. Si
quelqu'un manquoit  cette rgle, il leur en feroit l'observation pour
que cela cessent sur-le-champ.

3 Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
sans la permission de Madame. Cependant la volont de Madame n'tant
pas de les empcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
honntes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
sortir avec eux, la bont de Madame peut alors tre interprette, cela
n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
personnellement privs de voir mme leur parent, si ils ne l'observoit
pas soigneusement.

Les garons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du matre
jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul rpondre des
motifs pour lesquels il les aura fait entrer.

4 A l'gard de la sortie et entre des arbres et arbustes, le
jardinier seul doit rpondre de son service; mais lui seul aussi doit
faire, ou tre prsent  la sortie, pour justifier que c'est lui qui
le fait faire.

5 Le suisse doit veiller avec soins  ce que, qui que ce puissent
tre, ne tentent de pcher dans la rivire du jardin; il saisira et
emportera tous les ustensiles propre  la pche, et il fera en sorte
de savoir qui auroit cherch  en faire usage; il en avertira le
concierge, qui en rendra compte  Madame.

6 Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacit toujours dplace, et
qui sont blmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposes au
respect de  Madame et  sa maison.

       *       *       *       *       *

IV.

OUVRAGES DE LA BIBLIOTHQUE DE MONTREUIL

qui seroient galement bien placs dans celle de Paris.

  Entretiens de Cicron sur la nature des dieux, par l'abb
    d'Olivet, 2 vol. in-12.
  Penses de Cicron, trad. par le mme, 1 vol. in-12.
  Offices de Cicron, trad. par de Barett, 1 vol. in-12.
  Oeuvres de Snque, trad. par La Grange, 6 vol. in-12.
  Oeuvres morales de Plutarque, trad. par Amyot
  Trait de l'Amiti, par M. de Sacy, 1 vol. in-12.
  Pangyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de
    Sacy, 1 vol. in-12.
  Philippiques de Dmosthnes et Catilinaires de Cicron,
    Paris, 1777, par l'abb d'Olivet, 1 vol. in-12.
  Trait de l'Orateur de Cicron, trad. par l'abb Colin,
    1 vol. in-12.
  Tusculanes de Cicron, trad. par l'abb d'Olivet,
    1 vol. in-12.
  La mort d'Abel, pome de Gessner, 1 vol. in-12.
  Lettres de Pline le Jeune, 2 vol. in-12.
  De la Dcadence des Lettres et des Moeurs, par M. de Juvigny,
    1 vol. in-8.
  Abrg de l'Histoire grecque, 1 vol. in-12.
  Histoires de Salluste, trad. par M. Beauze, 1 vol. in-12.
  Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
    2 vol. in-8.
  Essai sur les rgnes de Claude et de Nron et sur les moeurs
    et crits de Snque, 1 vol. in-12.
  Histoire de la Dcadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
    4 vol. in-8.
  Vie de l'Empereur Julien, par l'abb de la Blterie, 1 vol. in-12.
  Vie de l'Empereur Jovien, par le mme, 1 vol. in-12.
  Histoire de la dernire rvolution de Sude, trad. de Schridan,
    1 vol. in-8.

AUGMENTATIONS PROPOSES.

_Thologie_.

  La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, dition de 1746.
   (Chs Onfroy.), 31 vol. in-8.
  La mme, par de Carrires, seulement en franois.
  lvations sur les Mystres, de Bossuet.
  Sermons du mme.
  Sermons du P. Terasson.
  Sermons du P. Cheminais.
  Sermons du P. Sgaud.
  Sermons de l'abb de Maroles.
  Sermons de l'abb Clment.
  Et bientt ceux de l'ancien vque de Senez.
  Catchisme du Bougeant
    4 vol. in-12.
  Catchisme de Paris.
  L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
    2 vol. in-12.
  Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
    2 vol. in-12.
  Soliloques et Mditations de saint Augustin.
  L'Ange conducteur.
  Mandement de M. l'vque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.
  Trait de la vritable et solide pit, d'aprs saint Franois
    de Sales.
  Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine
    des incrdules 1 vol. in-12.
  Le Disme rfut par lui-mme.
  Les Fondements de la foy, par Aym
    2 vol.
  Existence de Dieu, par Fnlon.
  Lettres sur la Religion, par le mme.
  De l'ducation des filles, du mme.
  Trait des devoirs de la vie chrtienne, par le P. de Tracy, thatin
    2 vol. in-12.
  Instruction de l'Empereur Franois Ier aux Princes ses enfants
    1 vol. in-8.
  L'Esprit de sainte Thrse, recueilli de ses ouvrages
    1 vol. in-8.
  Voyes du salut dans les principes de saint Charles
    1 vol. in-12.
  Dictionnaire des Conciles
    1 vol. in-8.
  Dictionnaire des hrsies, des erreurs et des schismes
    2 vol. in-8.
  Dictionnaire historique des Auteurs ecclsiastiques
    2 vol. in-8.
  Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes
    de Boucher d'Argis.

_Sciences et arts._

  cole des Moeurs, par l'abb Blanchard
    3 vol. in-12.
  Spectacle de la Nature, de Pluche
    9 vol. in-12.
  Histoire du Ciel, du mme
    2 vol. in-12.
  Oeuvres de Sigaud de La Fond, physique.

_Belles-Lettres._

  Principes de Littrature, de Le Batteux
    5 vol. in-12.
  Oraisons funbres de Mascaron.
  Horace, trad. par M. Binet.
  Oeuvres de Lefranc de Pompignan.

_Histoire._

  Gographie de Grenet.
  L'Art de vrifier les dates.
  Histoire sacre de Pridaux
    6 vol. in-12.
  Abrg de l'histoire ecclsiastique de Lhomond
    1 vol.
  Histoire abrge de la Religion, du mme
    1 vol.
  Vie des Saints, par Mezenguy
    1 vol.
  Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
    12 vol. in-8.
  Vie des Pres du Dsert, par le P. Marin
    9 vol. in-12.
  Histoire des Celtes
   2 vol. in-12.
  Histoire de France depuis l'tablissement de la monarchie
    franoise jusqu' Louis XV, par le P. Daniel,
    continue et enrichie de notes par le
    P. Grifet, 17 vol. in-4.
  Tableau de l'histoire de France
    2 vol.
  L'Esprit de la Fronde, par Mailly
    5 vol.
  Mmoires et Rflexions sur les principaux vnements
    du rgne de Louis XIV, 1 vol. in-12.
  Mmoires pour servir  l'histoire de Louis XIV, par
    l'abb de Choisy, 1 vol. in-12.
  Journal historique ou fastes du Rgne de Louis XV
    1 vol. in-8.
  Histoire des Campagnes du marchal de Maillebois
    en Italie, en 1745 et 1746, 3 vol. in-4.
  Histoire du marchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
   3 vol. in-12.
  Lettres du cardinal d'Ossat.
  Mmoires de M. de Torcy pour servir  l'histoire
    des ngociations depuis le trait de paix de Riswick
    jusqu' la paix d'Utrecht.
  Histoire des traits de Westphalie, par le P. Bougeant
    6 vol. in-12.
  Histoire de Sude, par le baron de Puffendorff
    3 vol. in-12.
  Histoire de Danemark, par Mallet
    6 vol. in-12.
  Histoire gnrale de Pologne, par l'abb de Solignac
    5 vol. in-12.
  Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
    l'abb Coyer, 2 vol. in-12.
  Histoire de l'tat prsent de la Russie depuis 1714
    jusqu'en 1720, 2 vol. in-12.
  Rvolutions de Corse
    2 vol. in-12.
  Histoire gnrale de Portugal, par La Clde
    2 vol. in-4.
  Abrg chronologique de l'histoire de Lorraine
    2 vol. in-8.
  Histoire de la vie et du rgne de Frdric-Guillaume,
    Roi de Prusse, 2 vol. in-12.
  Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
    4 vol. in-12.
  Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
    par l'abb de Marigny, 4 vol. in-12.
  Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
    6 vol. in-12.
  Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
    2 vol. in-12.
  Histoire gnrale des conjurations et conspirations,
    par Duport du Tertre, Paris, 1762, 10 vol. in-12.
  Dictionnaire historique des Grands Hommes
    9 vol. in-8.
  Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
    l'abb L'Advocat, 3 vol. in-8.
  Histoire de l'Acadmie franoise depuis son tablissement
    jusqu'en 1652, par Plisson, 2 vol. in-12.
  Histoire de l'Acadmie royale des Belles-Lettres, par
    M. de Boze, 1740, 3 vol. in-12.
  Bibliothque des Anciens Philosophes, trad. par
    Dacier, 11 vol. in-12.

       *       *       *       *       *

V.

L'an second de la Rpublique franoise, de l're ancienne mil sept
cent quatre-vingt douze, le 12 mars,  cinq heures de releve, en
vertu de l'arrt du directoire du district de Versailles, en date du
9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
district, nous sommes transport avec le citoyen Huv, inspecteur des
btiments, en cette ville, avenue de Paris,  la maison dite de Madame
lisabeth, conformment  la rquisition du citoyen Couturier,
rgisseur du domaine de Versailles,  l'effet de lever et apposer les
scells sur plusieurs portes de ladite maison; o tant, nous avons
lev le scell appos sur une porte cochre, donnant de la petite cour
dudit btiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser l'usage libre du
guichet de ladite porte, et l'avons appos sur le verrouil de ladite
grande porte; de l nous sommes transports  deux autres petites
portes, communiquant du jardin dans une des cours du btiment, o nous
avons galement appos le scell sur l'entre des serrures; et,
n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes servi d'un petit
cachet de montre, ayant pour empreinte un coeur perc de deux flches,
surmont de ces mots: _Je suis bless_, lequel cachet, nous avons
remis entre les mains des administrateurs du directoire du district
pour servir  la confrontation et reconnoissance desdits scells quand
le cas le requerra; et du tout, avons dress le prsent procs-verbal,
les jours et an que d'autre part.

        GAZARD, _commissaire_.                              HUV.

       *       *       *       *       *

VI.

Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
lisabeth  Montreuil, a l'honneur d'observer  monsieur le maire et
messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
qualit de garde-meuble charg sur sa responsabilit de tous les
effets contenus en laditte maison, sous l'inspection gnral de M.
Restout, nomm par M. le ministre de l'intrieur  cet effet, et  qui
il doit rendre compte de tous les objets remis  sa garde et
responsabilit suivant les inventaires gnraux, dposs au
Garde-meuble.

Le citoyen Sulleau a pour l'aider  la surveillance et manutention de
sa place le nomm Flury, homme honnte et sre dont il garantie la
fidlit et l'honntet comme de tous autres gens de la maison qui lui
sont subordonns.--Il s'est trouv de ncessit en 1791  rclamer la
justice de messieurs de la municipalit, sur les prtentions et
dmarches du suisse nomm Hubert, et il a eu la satisfaction
d'prouver alors une justice satisfaisante.

Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'tre appos des scells sur
toutes les portes extrieures de la maison, sous prtexte qu'on
pourrait on sortir des effets; cette prcaution ne peut en rien
augmenter la responsabilit du dpositaire, devient nul pour le
rsultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
individus attachs  la maison. Ils en ont tous marqu leur douleur au
citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honntet reconnue depuis
dix ans, ne peut se refuser de rclamer l'attention de monsieur le
maire sur un acte qui vritablement ne porte que sur eux seuls, et
avec d'autant plus d'injustice que cette prcaution est sollicit par
un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
fait preuve du dsir de nuire, et cela sans aucun...

                                                         SULLEAU.

Nous, commissaire nomm pour examiner la ncessit de lever le scell
sur la porte cochre du ct du jardinier, avons reconnu qu'elle toit
relle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
que par l. En foi de quoi nous avons sign le prsent rapport,  la
maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la Rpublique
franoise.

                                                            HUV.

       *       *       *       *       *

VII.

L'an premier de la Rpublique franoise, les citoyens Boissy et Borel
ayant t autorissz par un rquisitoire de la municipalit de
Versailles signz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la soeur du
ci-devant Roi, avenu de Paris, est ont apposez les scells sur toutes
les portes extrieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
Heuber, suisse et gardien, nous ayant reprsentz de ne point apposz
le scellz sur la porte extrieur de la vacherie en nous disant qu'ils
toit ncessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
que nous avons ve raisonnable cela ne nous nous (_sic_) a pourtant
pas empchz de les poser sur toutes les portes intrieur qui
communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empcher toutes
les communications. Nous nous sommes transportz de l  une petite
maison qui n'est sparz que d'une porte en treilliage fermant  clef,
n'ayant pas trouvz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
apposer le scellz sur la porte de clture qui donne sur une petite
re. Le citoyen Plican et la dame Piout cetant prsentz  l'instant
nous ont exibz une oppositions de leurs part en nous reprsentant
que cette petite maison appartenoit  la ci-devant baronne de Mackau;
sur les reprsentations du citoyen Heuber, suisse et gardien qu'il
sufisoit seulement de poser le scellz sur la sudite porte de
treilliage, ce que nous avons fait  l'instant, le sieur Sulleau
s'tant aussi prsentz avec le jardinier, n'ayant point part
satisfaits de notre opration, mme nous exibant en plusieurs pices,
nous disant qu'ils toient les ministres de l'intrieur et nous disant
d'une voix foible qu'ils croyoient tre suffisamment autorissez par le
moyens de ces pieces de s'opposer au scellz nous avons regardez cela
comme des mots qui ne peuvent convenirent qu' des hommes foibles.
Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir 
la maison comune, pour nous, cela ne nous empcheroient pas de
continuer nos oprations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
est avons signes le prsent  Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
premier de Rpublique franoise.

                                                BOISSY.    BORET.

Faite en prsence des citoyens HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_.

       *       *       *       *       *

VIII.

_tat de ce que nous avons trouvz dans la vacherie._

Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
dtail  cause que ces animeaux sont sujette  la sortie pour leurs
subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
Rpublique franoise.

                                                BOISSY.    BORET.

       *       *       *       *       *

IX.

Sur la rprsentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dvastoient tout les jours les
jardins par la coupe journailliere des arbres et la pche qui si fait
continuellement par des gens de la maison, ainsi que des trangers
qu'ils introduisent  leurs compagnies, croyant toujours tre sous la
protection de la soeur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils seroient
bien aise d'tre autorissz d'un pouvoir de la municipalits qui les
autorisent  pouvoir empcher tous ces desordres, est ont signes.

                               HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_,

     PRVOT, _commissionnaire du sieur Fleury, garon tapissier_.

       *       *       *       *       *

X.

MESSIEURS,

Nol Gauthier et Julien Gauthier frres, tous deux frotteurs des
appartements de la petite maison de Madame lisabeth, avenu de Paris,

Ont l'honneur de vous reprsenter que depuis le dpart de cette
princesse, ils sont rest gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
faire recevoir deux autres gardiens, au prjudice des exposants qui
osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,

Pendant les trois mois qu'ils ont gards le premier scell les jours
et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point t pay.

Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.

       *       *       *       *       *

XI.

_Procs-verbal._

Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la Rpublique, en vertu
d'un rquisitoire du bureau municipal, sign des citoyens Couturier
procureur de la commune, Huv et Gauchez officiers municipaux, qui ont
nomm les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
scelles dans la maison de la Damme lisabeth, soeur du ci-devant Roi,
ont pris pour tmoins l'apposition desdits scelles, le citoyens Flury,
attach  la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison, ainsi que le
nomm Prvot, journallier employ par le citoyen Sulleau, qu'il a t
pos quatre-vingt et tant de scelles dont quatre-vingt-une clef, il est
rest ouvert et  la jouissance des personnes dnommes ci-apprs et qui
sont meubls conformment aux inventaires dont la minute est dpos au
bureau du Garde-meuble national  Versailles, dont le citoyen le Clerc
se charge de la reprsenter  la premire rquisition de la
municipalit; lesdits logements actuellement occuppes par les personnes
susdites, consiste savoir celui du citoyen Sullau, concierge du
Garde-meuble; Fleury, garon du Garde-meuble attach au concierge, et le
reprsentant en son absence; la veuve du Coudray, femme de charge et
lingerie; la demoiselle Simon, ouvrire; Marie, laitirre, Prvot,
journallier; Nol, frotteur, Juillien, second frotteur, Dor, garon
jardinier, le suisse de la porte, nomm Ubert, Boniface, suisse
garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
sur l'avenu, et dans le pavillon, ru ci-devant Champ-la-Garde; Jaques
Bosson, vacher; Coupry, matre jardinier.

Lesdits commissaires ont nomm les citoyens Flury et Prvots ci-dessus
dnomms gardiens de l'intrieur et extrieur de ladite maison, qu'ils
l'ont accepts et signs avec nous le prsent procs-verbal, et est
comparu au moment o l'on posoit les scelles, le citoyen Sullau
ci-devant dnomm, et qui a sign avec nous.

De plus, avons tabli les citoyens Ubert suisse des portes, et
Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons dlivr des pouvoirs comme
gardiens des scelles extrieurs et suret gnrale dans leurs postes.

Clos le prsent prsent (_sic_) procs-verbal en prsence des citoyens
Sullau, Fleury, Prvot, Ubert, Boniface, le Clerc.

            SULLEAU.        FLURY.        LECLERC.        HEUBER.

                         BONIFACY, _garde-bosquet_.

          BOISSY.                GEOFFROY.                HEUBER.

       *       *       *       *       *

XII.

          A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la Rpublique.

CITOYEN,

J'ai ordonn ce matin, en consquence de votre lettre d'hier, la
fermeture de deux portes  la maison cy-devant de Madame lisabeth,
mais on m'a observ que si l'on condamnoit celle de la petite cour
ct de l'avenu de Paris, le gardien de ce ct-l ne pourroit plus
sortir d'aucun ct.

Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
aprs en avoir lev les scells, car ils sont sur toutes les portes
intrieures qui conduisent  la grande cour; mais il y communiqueroit
par dehors.

J'ai appris, cher concitoyen, que vous tiez dbarass de votre rhume,
j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
par une reculade imprvue,  la tte par un rhume oppinitre, et par
tout le corps je ne scais pourquoi.

Je suis votre frre en patriotisme,

                                  _Le maire de Versailles_, HUV.

Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
Versailles, pour tre excut par le citoyen inspecteur des btiments
de l'arrondissement, en prsence du citoyen Gazard, commis de
l'administration, charg de lever et apposer les scells o besoin
sera.

A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la Rpublique.

           BOYELLEAU, BZARD, _v. p._ DEVEZE, _pr. s._ CHAILLIOU.

                            COURRAUT.

       *       *       *       *       *

XIII.

          A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la Rpublique.

CITOYEN,

Je vous prvient que Madame lisabeth, avoit une chien de sret a sa
maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
comme tant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
chien ne suffisoit pas pour la sret de la maison, Madame lisabeth
m'a ordonnez en diffrentes fois d'en lever plusieurs, comme il
plaisoit  Madame lisabeth d'en disposer  sa volont, et quel en
faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
comme n'tant point revenu, je n'ai toujours eut que la nouriture du
premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le 1er
mars de la prsente anne 1793; est je me trouve avoir trois gros
chiens  ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
plusieurs dont deux jusqu' prsent s'en avoir eut aucun ddomagement;
est ayant prvene les citoyens qui ont posez les scells, comment est
que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en dfaire, o en
prvenir la municipalit, ils monts ordonnez de les garder jusqu' la
leve des scells. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
ddomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
chiens  ma charge.

       HEUBER, _gardien de la maison ci-devant Madame lisabeth_.

       *       *       *       *       *

_Avis du directeur de la rgie nationale de l'enregistrement._

Le directeur de la rgie nationale qui a pris communication de la
ptition de l'autre part, est d'avis:

1 Que le citoyen Hubert soit autoris  conserver un chien de
basse-cour pour la garde de la maison lisabeth Capet, situe 
l'extrmit de l'avene de Paris;

2 Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dpense  compter du 1er
de ce mois, sur le pied qui sera dtermin par le directoire du
district;

3 Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
si les meubles existants dans cette maison toient vendus ou
transports ailleurs, on trouveroit sans doute  la louer, ce qui
produiroit le double avantage de supprimer toute espce de dpense, et
de procurer  la Rpublique un revenu dont elle est prive.

Versailles, 18 mars 1793, le deuxime de la Rpublique franoise.

                                                       DESCHESNE.

       *       *       *       *       *

XIV.

_Extrait du registre des dlibrations du directoire du dpartement de
Seine-et-Oise._

  Sance publique du 8 juin 1793, l'an II de la Rpublique franaise.

Vu par le directeur la rclamation de sept ouvriers jardiniers,
employs au jardin ci-devant appartenant  la soeur de Louis Capet,
dpendant de la liste civile et situ au grand Montreuil, qui a pour
objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils dclarent avoir
ci-devant t dans l'usage de recevoir annuellement  titre de
gratification, et n'avoir pas touch depuis 1791 inclusivement;

Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;

Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
rgie;

L'avis du directeur de la rgie du 2 janvier dernier;

L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;

Ou le procureur gnral sindic,

Le directoire, attend que les sept ouvriers rclamants n'toient pas
mis en oeuvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame lisabeth, mais
bien pour le jardinier personnellement, et que c'est consquemment 
celui-ci de pourvoir tant  leurs salaires qu' leurs gratifications
s'il le juge  propos;

Arrte qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.

Pour expdition, signs Richaud et Bocquet, secrtaire.

  Pour copie conforme:

                                            GAZARD, _secrtaire_.

       *       *       *       *       *

XV.

Aujourd'hui lundi cinq aot mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
deux de la Rpublique une et indivisible, nous, J. M. Musset,
Claude-tienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
Convention nationale du district de Versailles et de la municipalit
de ladite ville, nous sommes transports dans la maison ci-devant
occupe par lisabeth Capet, avenue de Paris,  l'effet d'examiner si
les meubles des appartements de cette maison n'toient point
endommags par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
appartements par le citoyen Hubert, l'pouse du citoyen Fleury et le
citoyen Prvost, tous trois gardiens des scells de ladite maison.

Les meubles que nous avons examins sont ceux des appartements dont
les portes d'entre sont numrotes 1 et 2, -- 16 et 17, -- 12 et 13,
-- 14, 15, -- 18 et 20, desquelles portes nous avons lev les scells,
trouvs intacts.

Voyant que ces meubles toient tout neufs et fort peu endommags des
vers, nous avons jug inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
nous nous sommes borns  en faire battre plusieurs couchers et
chaises sortis  cet effet dans la cour, en en prenant note; aprs
quoi nous avons fait exactement replacer chacun  sa place, avons fait
entirement refermer lesdits appartements, et les scells ont t
rapposs par le commissaire du district sur chacune desdites portes.

Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
meubles de l'appartement d'lisabeth Capet. Nous avons  cet effet
lev les scells mis sur la porte d'entre, et aprs avoir entr dans
l'antichambre, nous avons trouv dchir dans le milieu, et vis--vis
la jonction des deux battants de la porte, le papier des scells mis
sur la porte  gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
ouverte, le pesne de la serrure tant hors de la gche, sur quoi il
nous a t observ par lesdits gardiens que cette porte, ferme ainsi
peut-tre par inadvertance, pouvoit avoir t la cause du dchirement
de ce papier dans quelque moment o il y aura eu du vent.

Nous avons vrifi que les meubles de cet appartement, qui sont
prcieux, n'toient nullement endommags. Nous avons referm ladite
porte trouve ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scells,
observant que ceux de la porte d'entre suffisoient, et les scells
ont t rapposs sur celle-ci.

De tout quoi nous avons dress le prsent procs-verbal, fait double
pour tre dpos au district et l'autre entre les mains des
reprsentants du peuple, et avons sign avec lesdits gardiens
prsents, l'un d'eux reprsents par son pouse, les an, mois et jour
susdits. Et avons remis  la maison commune les clefs desdits
appartements o elles toient dposes.

  MONJARDET, J. M. MUSSET, _commissaire national_, PRVOST, COUTANT,
  _commissaire du district_, HEUBER, Femme FLURY.

       *       *       *       *       *

XVI.

_Aux citoyens administrateurs du directoire du district de
Seine-et-Oise._

CITOYENS,

Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'lisabeth Capet, est
dcd hier 8 nivse  la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
veilli autant qu'il a depend de moi aux interest de la Rpublique,
si j'ai p obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
beaucoup de plantes appartenant  la nation auxquelles j'ai toujours
donn mes soins.

                                                       LACOLONGE.

A Versailles, ce 9 nivse, l'an second de la Rpublique franoise (29
dcembre 1793).

Salut et fraternit.

       *       *       *       *       *

_Avis du directeur de la rgie nationale._

Le directeur de la rgie observe que, v la vigilance et la probit
bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller 
la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
maison d'lisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
connot mieux que lui les dtails de cette maison, il n'est donc pas
possible de faire meilleur choix.

Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaill dans
le jardin dpendant de ladite maison, feront des dmarches pour
remplacer Coupry; mais il seroit contraire  l'intrt de la
Rpublique de les laisser s'immiscer dans une administration o il
rgnoit une foule d'abus qu'on a attribus  plusieurs d'entr'eux.

Versailles, ce 21 nivse de l'an II de la Rpublique une et
indivisible (10 janvier 1794).

                                                       DESCHESNE.

       *       *       *       *       *

XVII.

Aujourd'hui sept ventse, an second de la Rpublique franoise une et
indivisible (25 fvrier 1794),  quatre heures de releve, moi,
soussign, comissaire nomm par l'administration du district de
Versailles, dpartement de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
pluvise, pour la leve des scells apposs au local du palais
National et autres lieux dpendants de la ci-devant liste civile,
assist du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalit,
nous nous sommes transport au local dit Maison lisabeth, o, aprs
vrification faite des scells apposs sur diffrentes portes
environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
fait la leve ainsi qu'il suit, savoir:

  P A une porte de la cour des cuisines;

  2 Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;

  3 Une porte donnant sous la vote qui conduit  l'avenue de Paris;

  4 Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;

  5 A la porte de communication du jardin dudit Lemonier;

  6 A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;

  7 A la porte donnant  la maison de la femme Diane Polignac;

  8 A la porte du jardin du petit btiment dtach;

  9 A la porte cochre du petit btiment id.

Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
des chassis de couche vitr, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
carrs, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donn note au
citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.

La leve des scells tant termins, nous donnons dcharge aux
gardiens ci-aprs dnomms, savoir:

Le citoyen Flury,

Prvost,

Heubert,

Bonifacy.

Et a ledit citoyen Flury sign avec nous, comme restant concierge, ce
jour et an que dessus.

  TISSOT, _notable_.    COSTAR, _commissaire du district_.    FLURY.

       *       *       *       *       *

XVIII

_Aux citoyens administrateurs composant le directoire du district de
Versailles._

CITOYENS,

Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
ci-devant lisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose esprer
de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
magistrats, lorsque la demande d'un rclamant ce trouve fond; c'est
dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.

Jean-Philippe Quadot, g de soixante ans, pere de famille et
indigent, a servie sous le rgne du tyran Louis quinzime du nom, dans
le ci-devant rgiment de Normandie, o il fit cinq campagne durant les
guerres d'Hanvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
entra l'anne ensuite au ci-devant chteau, en qualit de garon
marbrier pour l'entretien et la propret de toute les marbres qui
dpendoient des appartements dudit chteau, ainsi que de ceux de la
chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'
peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir o le
rclamant toit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
considration fait qu'il a toujours esprez jusqu'en 1789 (v. stile)
o la ci-devant lisabeth le prit  son service en qualit de
balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
excut t'elle qu'elle l'avoit ordonne, n'ayant tt logez qu'un an
aprs etre entre  son service, est n'ayant point tt habillez du
tout, pour les trente sols par jour de gage la premire anne nayant
tt payz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
chargz  raison de vingt quatre sols la seconde  raison de vingt six
sols et la troisime  raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
premier novembre; o ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
n'toit point l les ordres de la matresse de le payer depuis vingt
quatre sols jusqu' vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonn de le
payer  raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
dit qu'il n'toit jamais content et comment faisoit-il au chteau
lorsqu'il n'avoit que vingt sols,  quoi le citoyen Quadot a rpondu
qu'il avoit des Bonnes-mes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
sa femme travailloit mais que n'tant plus jeune ni lui non plus ils
seroit bien malheureux qu'ils fussent obligz d'aller mendier leurs
pains, tandis que lui concierge ne ce contentant pas de sa place
cherchoit encor  retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
d'aprs cette explication il le paya  raison de trente sols par jour
depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
chandelle, il n'en avoit pas la moiti de son besoin.

Voici le prcis de son tat qu'il vous a exposz.--Actuellement voici
o ce borne sa demarche auprs de vous citoyens administrateurs.

Le citoyen Flry garon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventse au
citoyen Quadot dvacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
rendre les meubles dans le dlai de vingt-quatre heures; le malheureux
Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reue dans lestomac,
s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...

Je pase sous silence a votre humanit le tableau douloureux d'une
famille abandonne, rduite au dsespoir.

N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
s'en reproche.

Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment o l'on
disposeroit de la maison autrement: en titre de charit aprs
trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
son lit  la prissez un sixime en sus de l'estimation.

Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
pntrera de la plus vive reconnoissance.

Le citoyen Quadot ne schachant point signe  fait une

                                                                X

_La demande du sieur Quadot est appuye ainsi par sa section._

Les prsident et secrtaires de la treizime section au nom de leurs
concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
est pre de quatre enfans dont trois  sa charge et un dans l'arme
rvolutionnaire, qu'en outre il est priv de toute fortune. En
consquence, il invite les membres du district de prendre en
considration son honntet, les besoins de sa famille, et de
permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu' ce qu'il
plaise  la justice du district d'en ordonner autrement.

Versailles, le 21 ventse, l'an deuxime de la Rpublique une et
indivisible. (11 mars 1794.)

                                            TARDIF, _secrtaire_.

Le registre des dlibrations de l'administration du district de
Versailles nous apprend que,

Dans la sance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),

Ou l'agent national provisoire,

L'administration considrant que la position du rclamant exige des
gards; que l'humanit souffrante ne peut qu'engager  secourir les
infortuns;

Considrant que les intrts de la Rpublique ne doivent pas tre
compromis;

Arrte que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
occupe  la ci-devant maison d'lisabeth Capet, jusqu' ce qu'il ait
t pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
cette maison.

                      Pour expdition,

                                         BOURNIZET, _Amricain_.

  LECLERC, _p._ {le} _s._

       *       *       *       *       *

XIV

LETTRE DES PRINCES AU ROI.


SIRE, NOTRE FRRE ET SEIGNEUR,

Lorsque l'assemble qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
servir qu' la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
consommer sa coupable entreprise; lorsqu' l'indignit de vous tenir
captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
que vous dgradiez votre trne de votre propre main; lorsqu'elle ose
enfin vous prsenter l'option, ou de souscrire des dcrets qui
feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'tre roi, nous nous
empressons d'apprendre  Votre Majest que les puissances dont nous
avons rclam pour elle le secours, sont dtermines  y employer
leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
contracter l'engagement mutuel. Le sage Lopold, aussitt aprs avoir
assur la tranquillit de ses tats et amen celle de l'Europe, a
sign cet engagement  Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
avec le digne successeur du grand Frdric; ils en ont remis
l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir  votre
connoissance nous le ferons imprimer  la suite de cette lettre, la
publicit tant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.

Les autres cours sont dans les mmes dispositions que celles de Vienne
et de Berlin. Les princes et tats de l'Empire ont dj protest, dans
des actes authentiques, contre les lsions faites  des droits qu'ils
ont rsolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du
vif intrt que les rois Bourbons prennent  votre situation; Leurs
Majests Catholique et Sicilienne en ont donn des tmoignages non
quivoques. Les gnreux sentiments du roi de Sardaigne, notre
beau-pre, ne peuvent pas tre incertains. Vous avez droit de compter
sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque
dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer 
rtablir votre autorit; et l'immortelle Catherine,  qui aucun genre
de gloire n'est tranger, ne laissera pas chapper celle de dfendre
la cause des souverains.

[Note 235: Le roi de Sude.]

Il n'est point  craindre que la nation britannique, trop gnreuse
pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop claire pour ne pas
dsirer ce qui intresse sa propre tranquillit, veuille s'opposer aux
vues de cette noble et irrsistible confdration.

Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
puissances conspirer  les faire cesser, et votre fermet, dans le
moment critique o vous tes, aura pour appui l'Europe entire.

Ceux qui savent qu'on n'branle vos rsolutions qu'en attaquant votre
sensibilit, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
puissances trangres comme pouvant devenir funeste  vos sujets; ce
qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
vous peindront le royaume inond de sang, dchir dans toutes ses
parties, menac de dmembrements. C'est ainsi qu'aprs avoir toujours
employ les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus rels,
ils veulent se servir encore du mme moyen pour les perptuer; c'est
ainsi qu'ils esprent faire supporter le flau de leur odieuse
tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
dur despotisme.

Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
secours sont aussi droites, aussi pures que le zle qui nous les fait
solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'tat, ni pour vos
peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
signal de tous les services, que de les arracher au despotisme des
dmagogues, aux calamits de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
jamais la libert de vos sujets, quand des sditieux vous ont ravi la
vtre; ce que nous faisons pour parvenir  vous la rendre, avec la
mesure d'autorit qui vous appartient lgitimement, ne peut tre
suspect de volont oppressive; c'est au contraire venger la libert
que de rprimer la licence; affranchir la nation, que de rtablir la
force publique, sans laquelle elle ne peut tre libre. Ces principes,
Sire, sont les vtres; le mme esprit de modration et de bienfaisance
qui caractrise toutes vos actions sera la rgle de notre conduite: il
est l'me de toutes nos dmarches auprs des cours trangres; et
dpositaires des tmoignages positifs des vues aussi gnreuses,
qu'quitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont
d'autre dsir que de vous remettre en possession du gouvernement de
vos tats, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits
que vous leur avez destins.

Si les rebelles opposent  ce dsir une rsistance opinitre et
aveugle, qui force les armes trangres de pntrer dans le royaume,
eux seuls les y auront attires, sur eux seuls rejailliroit le sang
coupable qu'il seroit ncessaire de rpandre; la guerre seroit leur
ouvrage. Le but des puissances trangres n'est que de soutenir la
partie saine de la nation contre la partie dlirante, et d'teindre au
sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les ruptions propages
menacent tous les empires.

D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les Franois,
quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
exaltant, en lectrisant toutes les ttes par des prestiges de
patriotisme et de libert, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succs du
crime ont des bornes; et on se lasse bientt des excs, quand on est
soi-mme victime. Bientt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
mprise, contre un roi qui s'est toujours montr juste et humain;
pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
cupidit de ceux qui se sont empars de toutes les richesses de
l'tat, qui en font le plus dtestable usage, et qui, chargs de
restaurer les finances publiques, les ont prcipites dans un abme
pouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrs, et l'on
verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
vexs, plus imposs qu'on ne l'avoit jamais t; pourquoi on
bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
espoir d'en introduire un qui, s'il toit praticable, seroit mille
fois plus abusif, mais dont l'excution est absolument impossible;
pourquoi l'on perscute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est
pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a rsolu de
dtruire toute religion, et par consquent de dchaner tous les
crimes.

Dj mme toutes ces vrits sont devenues sensibles, dj le voile de
l'imposture se dchire de toutes parts, et les murmures contre
l'assemble qui a usurp tous les pouvoirs et ananti tous les droits
s'tendent d'une extrmit du royaume  l'autre.

Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
d'aprs l'inaction de la fidlit et son apparente indiffrence.
Lorsque vous ftes arrt  Varennes et lorsqu'une troupe de
satellites vous reconduisit  Paris, l'effroi glaoit alors tous les
esprits et faisoit rgner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
qui dnote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mcontentement
qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
pour clater davantage; c'est la demande que plusieurs dpartements
viennent de former pour que l'Assemble ait  rendre compte des sommes
immenses qu'elle a dilapides depuis sa gestion; c'est la frayeur que
ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives ritres pour
entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
l'explosion rcente du dsespoir de nos colonies; c'est enfin la
pnurie absolue du numraire, le refus des contribuables de payer les
impts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la dfection des
troupes qui, victimes de tous les genres de sduction, commencent 
s'en indigner, et le progrs toujours croissant des migrations. Il
est impossible de se mprendre  de pareils signes, et leur notorit
est telle que l'audace mme des sducteurs du peuple ne sauroit en
contester la vrit.

Ne croyez donc pas, Sire,  l'exagration des dangers par lesquels on
s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible  ceux qui ne
menaceroient que votre personne, vous l'tes infiniment  ceux qui
tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
chers  votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
faire frmir continuellement, en mme temps qu'on a l'impudence de
vanter votre libert. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.

Les grands forfaits ne sont point  craindre lorsqu'il n'y a aucun
intrt  les commettre, ni aucun moyen d'viter, en les commettant,
une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si
une sclratesse fanatique ou soudoye osoit attenter  vos jours ou 
ceux de la Reine, des armes puissantes, chassant devant elles une
milice foible par indicispline, dcourage par les remords,
viendroient aussitt fondre sur la ville impie qui auroit attir sur
elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des
coupables ne pourroit chapper aux plus rigoureux supplices; donc
aucun d'eux ne voudra s'y exposer.

Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidles se prcipiter
autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
corps, et verser tout leur sang pour dfendre le vtre... Eh! pourquoi
cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
pas cess un seul moment de vouloir le bonheur?

Le Franois se laisse facilement garer, mais facilement aussi il
rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop
douces pour que ses actions soient longtemps froces; et son amour
pour ses rois est trop enracin dans son coeur, pour qu'une illusion
funeste ait pu l'en arracher entirement.

Qui pourroit tre plus port que nous  concevoir des alarmes sur la
situation d'un frre tendrement chri? Mais, au dire mme de vos plus
tmraires oppresseurs, ce refus du rsum constitutionnel, que nous
apprenons vous avoir t prsent par l'Assemble, le 3 de ce mois, ne
vous exposeroit qu'au danger d'tre destitu par elle de la royaut;
or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'tre roi
aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur
de tous vos sujets fidles? Qu'importe que, par une entreprise
insense, on ost vous dclarer dchu du trne de vos anctres,
lorsque les forces combines de toutes les puissances sont prpares
pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
souill l'clat?

Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir  la
dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
sparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
sont obligs de proscrire. Le pril augmenteroit en proportion de ce
que vous montreriez moins de confiance dans les moyens prservateurs;
il augmenteroit  mesure que l'impression du caractre auguste qui
fait trembler le crime aux pieds de la majest royale dignement
soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de
l'abandon des intrts de la religion pourroit exciter la fermentation
la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous rsignant 
n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez,
au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que
la conservation exige celle des droits inalinables qui y sont
essentiellement inhrents.

Le plus sacr des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
nous portent  mettre sous vos yeux toutes ces consquences
dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en mme temps que
nous vous prsentons la masse des forces imposantes qui doit tre la
sauvegarde de votre fermet.

Nous devons encore vous annoncer, et mme nous jurons  vos pieds, que
si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
pourroient avoir pour principe que l'excs de la violence et une
contrainte qui, pour tre dguise, n'en seroit que plus cruelle,
foroient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur
rejette, que votre intrt et celui de vos peuples repoussent, et que
votre devoir de roi vous interdit expressment, nous protesterions 
la face de toute la terre, et de la manire la plus solennelle, contre
cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dpendre; nous
dmontrerions qu'il est nul par lui-mme, nul par le dfaut de
libert, nul par le vice radical de toutes les oprations de
l'Assemble usurpatrice, qui, n'tant pas assemble d'tats gnraux,
n'est rien. Nous sommes fonds sur les droits de la nation entire 
rejeter des dcrets diamtralement contraires  son voeu exprim par
l'unanimit des cahiers, et nous dsavouerions pour elle des
mandataires infidles qui, en violant les ordres et transgressant la
mission qu'elle leur avoit donne, ont cess d'tre ses reprsentants;
nous soutiendrions, ce qui est vident, qu'ayant agi contre leur
titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
lgalement ne peut tre accept validement. Notre protestation, signe
avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont runis,
seroit commune  toute la maison de Bourbon,  qui ses droits
ventuels  la couronne imposent le devoir d'en dfendre l'auguste
dpt. Nous protesterions pour vous-mme, Sire, en protestant pour vos
peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
monarchie et pour tous les ordres de l'tat.

Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
qu'une fausse empreinte. Votre voix tant touffe par l'oppression,
nous en serions les organes ncessaires, et nous exprimerions vos
vrais sentiments, tels qu'ils sont consigns au serment de votre
avnement au trne, tels qu'ils sont constats par les actions de
votre vie entire, tels qu'ils se sont montrs dans la dclaration que
vous avez faite au moment o vous vous tes cru libre; vous ne pouvez
pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volont n'existe
que dans les actes o elle respire librement.

Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur dlire, ne peuvent
apercevoir combien ce fantme de constitution nouvelle qu'on fait
briller  leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
chef lgitime, ni leurs intrts les plus chers, se laissent entraner
 leur perte; lorsque, aveugls par de trompeuses promesses, ils ne
voient pas qu'on les anime eux-mmes  dtruire les gages de leur
sret, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
et tous les liens de leur association civile, il faut en rclamer pour
eux le rtablissement, il faut les sauver de leur propre frnsie.

Nous protesterions pour la religion de nos pres, qui est attaque
dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
supplant  l'impuissance o vous serez de remplir vous-mme vos
devoirs de fils an de l'glise, nous prendrions en votre nom la
dfense de ses droits, nous nous opposerions  des spoliations qui
tendent  l'avenir; nous nous lverions avec force contre des actes
qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
hautement notre attachement inaltrable aux rgles ecclsiastiques
admises dans l'tat, desquelles vous avez jur de maintenir
l'observation.

Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous dpartir, que la nation
elle-mme a dclares inviolables, et qui seroient totalement
renverses par les dcrets qu'on vous prsente, spcialement par ceux
qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir lgislatif,
abolissent la royaut mme; par ceux qui en dtruisent tous les
soutiens, en supprimant les rangs intermdiaires; par ceux qui, en
nivelant tous les tats, anantissent jusqu'au principe de
l'obissance; par ceux qui enlvent au monarque les fonctions les plus
essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonn
dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont arm le
peuple, qui ont annul la force publique, et qui, en confondant tous
les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.

Nous protesterions pour tous les ordres de l'tat, parce que,
indpendamment de la suppression intolrable et impossible prononce
contre les deux premiers ordres, tous ont t lss, vexs,
dpouills, et nous aurions  rclamer tout  la fois les droits du
clerg, qui n'a voulu montrer une ferme et gnreuse rsistance que
pour les intrts du ciel et les fonctions du saint ministre; les
droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trne
dont elle est l'appui qu' la perscution qu'elle prouve, sacrifie
tout pour manifester par un zle clatant qu'aucun obstacle ne peut
empcher un chevalier franois de demeurer fidle  son roi,  sa
patrie,  son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
beaucoup plus que la privation de son tat, de se voir rduite  gmir
en silence de l'abandon de la justice, de l'impunit des crimes et de
la violation des lois dont elle est essentiellement dpositaire;
enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
en France de proprit qui ait t respecte, point de citoyens
honntes qui n'aient souffert.

Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincre et valide
 la prtendue constitution qui a produit tant de maux!

Dpositaire usufruitier du trne que vous avez hrit de vos aeux,
vous ne pouvez ni en aliner les droits patrimoniaux, ni dtruire la
base constitutive sur laquelle il est assis.

Dfenseur-n de la religion de vos tats, vous ne pouvez pas consentir
 ce qui tend  sa ruine, et abandonner ses ministres  l'opprobre.

Dbiteur de la justice  vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer  la
fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
tribunaux lgalement constitus et d'en surveiller vous-mme
l'administration.

Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anantir
par la plus arbitraire des oppressions.

Enfin, pre de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au dsordre
de l'anarchie.

Si le crime qui vous obsde et la violence qui vous lie les mains ne
vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrs, ils n'en sont pas
moins gravs dans votre coeur en traits ineffaables, et nous
accomplirons votre volont relle en supplant, autant qu'il est en
nous,  l'impuissance o vous tes de l'exercer. Dussiez-vous mme
nous le dfendre, et fussiez-vous forc de vous dire libre en nous le
dfendant, ces dfenses videmment contraires  vos sentiments,
puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces dfenses
sorties du sein de votre captivit, qui ne cessera rellement que
quand vos peuples seront rentrs dans le devoir et vos troupes sous
votre obissance; ces dfenses qui ne pourroient avoir plus de valeur
que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez
dsavou ensuite; ces dfenses enfin, qui seroient imprgnes de la
mme nullit que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligs
de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre
devoir, sacrifier vos intrts et manquer  ce que la France auroit
droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obirons, Sire,
 vos vritables commandements, en rsistant  des dfenses
extorques, et nous serions srs de votre approbation en suivant les
lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous tre bientt au
moment heureux o, rtabli en pleine libert, vous nous verrez voler
dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obissance et en donner
l'exemple  tous vos sujets.

Nous sommes, Sire, notre frre et seigneur, de Votre Majest

  Les trs-humbles et trs-obissants frres, serviteurs et sujets,

                     LOUIS-STANISLAS-XAVIER.    CHARLES-PHILIPPE.

  Au chteau de Schonburnstust, prs Coblentz, le 10 septembre 1791.

       *       *       *       *       *

XV

PROCLAMATION DU ROI

A L'OCCASION DE LA JOURNE DU 20 JUIN 1792.

Les Franais n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude gare
par quelques factieux est venue  main arme dans l'habitation du Roi,
a tran du canon jusque dans la salle des gardes, a enfonc les
portes de son appartement  coups de hache, et l, abusant
audacieusement du nom de la nation, elle a tent d'obtenir par la
force la sanction que Sa Majest a constitutionnellement refuse 
deux dcrets.

Le Roi n'a oppos aux menaces et aux insultes des factieux que sa
conscience et son amour pour le bien public.

Le Roi ignore quel sera le terme o ils voudront s'arrter; mais il a
besoin de dire  la nation franaise que la violence,  quelque excs
qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement 
tout ce qu'il trouvera contraire  l'intrt public. Il expose sans
regret sa tranquillit, sa sret; il sacrifie mme sans peine la
jouissance des droits qui appartiennent  tous les hommes, et que la
loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;
mais, comme reprsentant hrditaire de la nation franaise, il a des
devoirs sacrs  remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son
repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.

Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
plus, ils peuvent le commettre. Dans l'tat de crise o elle se
trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment  toutes les autorits
constitues l'exemple du courage et de la fermet qui seuls peuvent
sauver l'empire. En consquence, il ordonne  tous les corps
administratifs et municipaux de veiller  la sret des personnes et
des proprits.

                                                  _Sign:_ LOUIS.

FIN.




TABLE

DU SECOND VOLUME.

  LIVRE VIII. CAPTIVIT DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le
    13 aot 1792 jusqu'au 21 janvier 1793)                           1

  ---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU' LA TRANSLATION DE
    MARIE-ANTOINETTE  LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 aot 1793)   103

  ---- X. DEPUIS LE DPART DE LA REINE JUSQU' CELUI DE MADAME
    LISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE
    (2 aot 1793--9 mai 1794)                                      149

  ---- XI. MEURTRE DE MADAME LISABETH                             191

  APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT T
    FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE
    MADAME LISABETH                                               263

  LETTRES DE MADAME LISABETH                                      371

  NOTES, DOCUMENTS ET PICES JUSTIFICATIVES                        477

      I. Lettre crite de Paris par M. Repiquet, fdr d'Autun,
         dpartement de Sane-et-Loire,  M. Repiquet, son frre,
         citoyen audit Autun, sur les vnements du 10 aot        477

     II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes  Madame
         lisabeth                                                 480

    III. Aspect extrieur de la tour du Temple; personnel commis
          sa garde; dispositions prises pour la sret de cette
         prison                                                    481

     IV. Mmoire de madame Marie-Antoinette                        486

      V. Mmoires des mdicaments fournis au Temple pendant les
         mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793                   489

     VI. Dtails que M. de Lomnie de Brienne, ancien ministre
         de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa
         justification                                             493

    VII. Extrait du registre des dpts au greffe du tribunal
         rvolutionnaire                                           496

   VIII. Acte de dcs de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson    499

     IX. Acte de dcs de Jacques Bosson                           500

      X. Maison de Madame lisabeth                                500

           I. Arrt de Delacroix, affectant  la manufacture
             d'une horlogerie automatique la maison dite lisabeth,
             l'orangerie et la vacherie qui en dpendent, et plaant
             cet tablissement sous la direction des citoyens
             Glaesner et Lemaire                                   500

          II. Arrt consulaire supprimant la manufacture
             d'horlogerie de Versailles                            503

         III. L'alination de la maison lisabeth est dcide      503

          IV. Vente de la maison lisabeth                         504

     XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, rserve et vente des
            fleurs du jardin de Montreuil                          509

          II. Le 10 ventse an II (28 fvrier 1794), le commissaire
              la disposition des plantes fait son rapport         513

         III. Le 14 ventse an II (4 mars 1794), l'administration
             dcide que la location des potagers, orangerie et
             jardins, ci-devant appartenant  lisabeth Capet,
             sera mise  l'enchre                                 515

          IV. Le 25 frimaire an III (15 dcembre 1794), le
             directeur de l'agence nationale de l'enregistrement
             et des domaines annonce qu'il rsulte des informations
             prises que les dgradations journalires commises dans
             le jardin lisabeth sont le fait du citoyen Leblanc,
             locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement
             pturer ses vaches. Il invite l'agent national  intenter
             au dlinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire   516

    XII. Rcit du Pre Carrichon                                   517

   XIII. Pices diverses concernant Madame lisabeth               527

           I. Son acte de baptme                                  527

          II. Sa nourrice                                          528

         III. tat des appointements de ses dames de compagnie     530

          IV. tat des meubles de son appartement au chteau de
             Versailles                                            533

           V. tat de ses diamants et perles                       547

          VI. tat des distributions d'trennes                    548

         VII. Registre des pensions trouv chez Madame lisabeth   554

        VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790      557

          IX. Dtail des dpenses extraordinaires de la chambre de
             Madame lisabeth                                      558

           X. Dmnagement des meubles de la chambre de Madame
             lisabeth, qui ont t transports au Garde-meuble,
             rue Neuve-Notre-Dame, n 9, par Jubin, valet de
             chambre tapissier                                     561

          XI. Liste des livres de Madame ports  Paris            565

         XII. Livres retirs de la bibliothque de Montreuil       569

        XIII. Nouvelles publications                               570

         XIV. Mmoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R.
             Madame lisabeth de France par Bourbon                574

DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON LISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.

     I. Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant
       l'anne 1790                                                575

    II. Consigne du suisse de garde pour le jardin et les
       bosquets de la maison de Montreuil, donne par M. Huv      576

   III. Autre consigne, donne par le sieur Sulleau                576

    IV. Ouvrages de la bibliothque de Montreuil qui seraient
       galement bien placs dans celle de Paris                   578

     V. Apposition des scells sur les portes de la maison
       lisabeth, 12 mars 1792                                     581

    VI. 8 octobre 1792. Les individus autoriss  demeurer dans la
      maison lisabeth tmoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
      concierge garde-meuble de ladite maison, le dsagrment et la
      gne qu'ils prouvent de l'apposition des scells            582

   VII. Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la
       commune de Versailles, apposent les scells sur toutes les
       portes extrieures de la maison et du jardin lisabeth,
       malgr les reprsentations du sieur Sulleau                 583

  VIII. tat de la vacherie au mois d'octobre 1792                 584

    IX. Heuber, suisse et gardien de la maison lisabeth, et
       Bonifacy, garde-bosquets, se plaignent des dgts qui se
       font journellement dans l'enclos                            584

     X. Rclamations de Nol Gauthier et de Jullien Gauthier
       frres                                                      585

    XI. Rglement de l'apposition des scells, noms des personnes
      employes et autorises  loger dans la maison lisabeth     585

   XII. Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
      grande porte de la maison: ordre donn  ce sujet par le
      directoire du district de Versailles                         586

  XIII. Heuber, gardien de la maison lisabeth, n'ayant pas de pain
      pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
      faire.

      Avis du directeur de la rgie nationale de l'enregistrement  587

   XIV. Sept ouvriers jardiniers de la maison lisabeth rclament
      le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient
      annuellement,  titre de gratification, de l'ordre de la
      princesse.

      Rponse du directoire du dpartement                         588

    XV. Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
      nationale, du district de Versailles et de la municipalit
      de ladite ville, visitent la maison lisabeth, et en examinent
      les appartements et les meubles                              589

   XVI. Le 9 nivse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
      de la maison lisabeth, laisse vacante par le dcs de Coupry.
      Cette demande est appuye par le directeur de la rgie
      nationale                                                    590

  XVII. Le 7 ventse an II (25 fvrier 1794), les scells sont levs
      sur toutes les portes extrieures de la proprit            591

  XVIII. Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et
      qui est charg de famille et sans ressource, rclame la faveur
      d'tre rintgr dans le logement qu'il occupait dans la maison
      lisabeth. Sa demande, appuye par sa section, est couronne
      de succs                                                    592

   XIV. Lettre des Princes au Roi                                  594

    XV. Proclamation du Roi  propos de la journe du 20
       juin 1792                                                   602


PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.

  Portrait de Madame lisabeth  vingt-neuf ans          Au frontispice.

  Acte d'accusation                                                204

  Procs-verbal d'excution de mort                                230

  Plan du cimetire de Monceaux                                    232

  Plan de l'ancien cimetire de la Madeleine                       251


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--Les lettres suprieures inhabituelles sont entre parenthses.

--Le signe [V=] reprsente un V avec deux barres horizontales et  est
un O barr horizontalement. Le signe [] reprsente une croix.

--Le signe utilis comme signe montaire dans ce fichier est diffrent de
celui utilis dans le livre [#].

--Dans l'illustration "Procs-verbal d'excution de mort", les mots
entre parenthses sont manuscrits.]





End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame lisabeth, soeur de
Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
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