Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0073, 18 Juillet 1844, by Various

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Title: L'Illustration, No. 0073, 18 Juillet 1844

Author: Various

Release Date: March 11, 2015 [EBook #48462]

Language: French

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*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 18 JUILLET 1844 ***




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L'ILLUSTRATION,
JOURNAL UNIVERSEL

N 73. Vol. III.--JEUDI 18 JUILLET 1844.
Bureaux, rue Richelieu, 60.



SOMMAIRE.

Histoire de la Semaine.--_Embarquement du prince de Joinville  Toulon,
d'aprs un dessin de M. Letuaire_.--Courrier de Paris.--Exposition des
produits de l'industrie. (11e et dernier article.) Objets divers. _Onze
Gravures._--Le Tir fdral de 1844. _Porte d'entre du Tir fdral;
Pavillon des drapeaux et des prix; le Stand, ou Salle du Tir
fdral._--Inauguration de l'clairage au Gaz sur la place Saint-Marc et
fte de la Tombola  Venise (8 juin 1844). _Une Gravure._--Le Sacrifice
d'Alceste, par M. Fabre d'Olivet. (3e partie.)--Embellissements de
Paris. _Maison gothique allemande,  Beaujon_.--Les Environs de Paris.
_Sept Gravures_.--Bulletin bibliographique.--Revue comique de
l'Exposition de l'Industrie, par Cham. _Trois Caricatures._--Modes. _Une
Gravure_.--Rbus.

[Illustration: Embarquement du prince de Joinville  Toulon.]



Histoire de la Semaine

Que les faiseurs de nouvelles le lui pardonnent! _l'Illustration_ ne
peut, dans les sujets qu'elle reproduit, suivre que les faits, elle ne
peut accompagner l'imagination de ces messieurs. A en croire les uns,
tout est fini quant  la satisfaction  obtenir par la France du Maroc,
et M. le prince de Joinville va revenir;  en croire les autres, le
jeune amiral revient en effet, mais rappel par la prudence
ministrielle. Ces versions deviendront peut-tre des faits et de
l'histoire, mais ce ne sont encore que des prdictions, et comme nos
dessins ne se sont pas propos d'tre fantastiques, ce n'est pas le
retour, mais l'embarquement de M. le prince de Joinville que nous
reproduisons.

Le prince arriva  Toulon le jeudi 30 juin  sept heures du matin. Son
arrive fut annonce par vingt et un coups de canon, tirs des remparts
de la ville. Descendu  la prfecture maritime, o il reut les chefs de
corps et de service, il en repartit  onze heures, suivi d'un nombreux
cortge. Prcd d'un dtachement de gendarmerie de marine, il passa par
l'alle de la Majorit, qui tait borde des troupes de l'infanterie du
mme service, bientt il entra dans l'arsenal pour s'embarquer dans un
canot et se rendre  bord du _Suffren_. A son entre, le btiment amiral
du port, _le Muiron_, fit entendre une salve de vingt et un coups de
canon, et ds que le prince parut en rade, tous les btiments le
salurent de leur artillerie et se couvrirent de pavois. Les matelots
taient monts dans les vergues.

Le retour, nous l'esprons, sera triomphal. Nous faisons des voeux pour
que la bonne contenance de notre escadre et l'nergie de son jeune
commandant suffisent pour obtenir une lgitime et complte rparation.
Mais si cette dmonstration, si cette ngociation arme ne faisaient pas
rendre  la France la satisfaction qu'elle est en droit d'exiger, nous
avons besoin de croire que nulle influence extrieure, nulle
considration trangre, ne pourraient dtourner notre cabinet de
laisser poursuivre vigoureusement par les armes le rsultat que n'aurait
pas amen l'change des notes diplomatiques. Cette confiance, nous la
puisons, non pas dans la rponse du ministre des affaires trangres aux
interpellations qui lui ont t adresses  la Chambre des pairs par
deux membres excentriques de cette assemble, MM. de Boissy et de la
Moskowa, non pas non plus, certes, dans le langage tenu par les
ministres anglais sur leurs communications au sujet de notre expdition,
avec le cabinet des Tuileries, mais dans les exigences bien prononces
du sentiment national. Des lettres de Tati, rcemment publies et
crites avant que le traitement inflig  l'amiral Du Petit-Thouars y
ft connu, ont vivement excit la passion publique ces jours derniers;
le rappel d'un autre amiral qui,  Saint-Domingue, avait, par des actes
d'humanit et de fermet, conquis  la France une influence qui a port
ombrage  l'Angleterre, a galement soulev d'unanimes protestations,
qu'un organe assez habituel de la presse ministrielle a t, en cette
occasion, des premiers  reproduire. Le ministre, qui a vu l'effet
caus par ces mesures, n'aura pas l'imprudence de venir ajouter un
nouveau grief  tous ceux que croient avoir contre lui les hommes qui
tiennent avant tout  la dignit nationale.

Ceux-ci se proccupent vivement du dveloppement que l'Angleterre semble
vouloir donner  l'escadre qu'elle envoie, de son ct, en vue des ctes
du Maroc, pour surveiller, comme l'a dit le _Morning-Post_, la flotte
franaise. M. Guizot a affirm que les forces de la Grande-Bretagne ne
seraient pas suprieures aux ntres. Le pass nous rassure peu  cet
gard. Quand nous allmes assiger Saint-Jean-d'Ulloa, le cabinet de
Londres expdia au Mexique une flotte plus considrable que la ntre, et
il fallut toute la fermet de l'amiral Baudin pour carter ce dangereux
voisinage. La presse anglaise ne se fait pas d'ailleurs faute de
dmentir sur ce point M. Guizot.

Nous aurons  Tanger, dit le _Morning-Herald_, une force plus imposante
que les Franais. Et ce n'est pas l une mensongre fanfaronnade: les
feuilles anglaises nous donnent la liste des btiments dj expdis, et
nous y voyons figurer quatre vaisseaux de 120 canons et un de 84. Nous
voyons de plus que l'amiral Owen a reu l'ordre d'amener, de Malte 
Gibraltar, tous les btiments de guerre  vapeur disponibles,
reprsentant une force d'environ 400 canons; cela forme dj un total de
canons de beaucoup suprieur  celui que notre cabinet a mis en ligne ou
donn l'ordre de prparer. Le _Morning-Herald_ ajoute, du reste: Nous
esprons que les cerveaux brls et les esprits jaloux de nos voisins
n'attribueront pas  l'arrogance la dmonstration de la force
comparative de la marine anglaise et de son crasante supriorit sur
toutes les marines runies.... L'Angleterre peut disposer de
quatre-vingts vaisseaux de ligne, tandis que la France n'en a
certainement pas vingt disponibles.

Cette faon de pratiquer _l'entente cordiale_, cet appareil de forces et
cette bienveillance de comparaison doivent donner  penser  nos hommes
d'tat et  nos hommes politiques. En tout temps, la dernire pense
d'un marin tel que Lalande sur l'avenir de notre marine et sur le
dveloppement  lui donner et fix l'attention publique; mais
aujourd'hui ces conseils testamentaires avaient un -propos qui l'a
vivement excite. C'est M. Billault qui a t charg par l'amiral de
venir en son nom apporter au pays ce tribut posthume de son patriotisme
et de son exprience. La France comptait, au 1er janvier 1844, 8
vaisseaux arms, 15 frgates, 16 corvettes, 116 navires  voiles de rang
infrieur et 35 navires  vapeur, sans compter les paquebots-postes et
transatlantiques. L'amiral condamnait l'entretien de ce fretin de petits
btiments sur lesquels le marin se forme mal, et du fond de sa tombe, il
demande que la France n'emploie que des btiments de guerre d'une force
respectable, monts par des quipages au grand complet et toujours
parfaitement exercs. Il aurait voulu que notre effectif ft rparti sur
12  15 vaisseaux, 25  30 frgates et 20 corvettes de premier rang, au
lieu d'tre dissmin comme il l'est sur de petits navires, incapables
de donner  l'tranger une juste ide de notre puissance. Notre marine
ainsi organise inspirerait une tout autre considration et nous serait,
en cas de guerre, d'une tout autre utilit. L'amiral ne songeait pas 
proscrire d'une manire absolue les petits navires de guerre, mais il
voulait en rduire le nombre au plus strict ncessaire; et comme la
victoire est donne par les escadres, il demandait que notre flotte ft
forme en escadres pour se rompre aux grandes volutions. La Chambre a
cout la lecture de cette espce de testament avec une attention
religieuse, que M. le ministre de la marine, en succdant  la tribune 
M. Billault, n'a sans doute pas cru devoir prolonger, car il n'a dit mot
de ce qui venait d'tre lu et n'a pas fait connatre son sentiment sur
les vues d'organisation de l'illustre amiral.

Les budgets des dpenses de l'instruction publique et de l'intrieur, du
commerce et de la marine, ont t vots au pas de course. Les questions
les plus graves cessent de l'tre aux yeux de beaucoup de dputs aprs
sept grands mois de session, et quand les moissons les rclament. Il en
a donc t des crdits  ouvrir pour les besoins de ces quatre
dpartements, comme il en sera de tous ces petits projets qui
deviendront lois entre les deux budgets: aussitt lus, aussitt vots.
Toutefois, cette anne, sans doute pour jeter un peu de varit dans ces
chiffres qu'on superpose pendant six heures de sance, pour marquer des
temps d'arrt  ces assis et levs acclrs, on a intercal entre les
budgets de ministres diffrents des discussions qui, les annes
prcdentes, n'interrompaient pas le budget des dpenses. C'est ainsi
qu'est revenu  la discussion du palais Bourbon le projet sur le chemin
de fer d'Orlans  Bordeaux, qui avait soulev un dbat fort aigre au
Luxembourg. L'article 7, qu'on avait appel l'amendement Crmieux, avait
t retranch par la pairie, et le ministre, qui n'avait pas combattu
cet amendement, et le rapporteur, M. Dufaure, qui avait vot pour son
adoption, venaient proposer  la Chambre de regarder sa radiation comme
sage et de ne pas demander son rtablissement. M. Grandin, plus
consquent avec lui-mme que ces deux messieurs, dans un discours plein
de faits trs propres  faire rflchir sur le pouvoir que s'arrogent
certaines compagnies, et plein aussi de verve et d'entrain, a demand
que l'article 7 ft rtabli. Il s'est vu,  cette occasion, en butte 
des attaques personnelles qui, reconnues immdiatement tre sans
fondement et porter au contraire sur des faits tout  l'honneur de
l'honorable membre, ont donn  son opinion un relief plus grand et une
vritable autorit. M. Crmieux,  son tour, est venu, par un des
discours les plus spirituels, les plus lgants, les plus adroits de la
session, soutenir, dans l'intrt de la dignit de la Chambre, le
maintien d'un article qui ne devait plus, comme il l'a dit, porter le
nom de son auteur, depuis que l'assemble, en l'adoptant, se l'tait
rendu propre. M. Mol avait,  la Chambre des pairs, cras sous les
plus justes reproches le ministre qui venait leur dclarer, pour leur
complaire, qu'il trouvait dtestable un amendement qu'il avait laiss
adopter sans le combattre. M. Crmieux avait beau jeu pour malmener 
son tour le dput-ministre qui avait laiss tenir en sa prsence,  la
tribune d'une autre enceinte, un langage sans convenance sur la Chambre
des dputs et sur une de ses rsolutions. Il a fait justice de cette
faiblesse, de cette absence de courage, de tenue, avec une vigueur et un
mordant qu'a vainement essay d'amortir l'loquence cotonneuse de M.
Dumon. Nanmoins, comme les dputs conservateurs qui avaient vot il y
a quinze jours pour l'adoption de cet article, dans la crainte de
repousser tout  fait le ministre et d'avoir l'air d'accepter la lutte
que la Chambre des pairs semble vouloir engager avec la Chambre des
dputs, n'ont pas hsit un instant  sacrifier leur dignit  celle de
M. Dumon, et  repousser en juillet ce qu'ils avaient adopt en juin,
les dputs fidles  leurs opinions, et qui veulent mettre leurs votes
d'accord avec leurs principes, se sont trouvs en minorit. On n'en peut
plaindre que la Chambre.--Du reste, ce conflit qu'elle redoute, devant
lequel elle recule, la Chambre des pairs vient de le poursuivre encore
dans la discussion du projet de loi sur le chemin de Paris  Lyon. La
Chambre des dputs avait vot pour rtablissement par l'tat d'un
embranchement de Montereau sur Troyes. La Chambre des pairs a vot,
elle, que l'tat ne pourrait faire les travaux de cet embranchement que
si, d'ici  dix-huit mois, il ne s'tait prsent aucune compagnie pour
s'en charger. La Chambre des dputs avait vot la mise  la disposition
du gouvernement de la somme ncessaire pour la pose des rails sur la
voie principale, ne laissant par consquent indcise que la question
d'exploitation. La Chambre des pairs, au contraire, a ray l'ouverture
de ce crdit, et a laiss par consquent  rsoudre la question de la
pose des rails elle-mme, ce qui entranera un long et fcheux retard
pour la section fort importante de Dijon  Chlon, ds aujourd'hui
presque termine. Ces modifications vont tre mises aux voix au
Palais-Bourbon. Y montrera-t-on un peu plus de dignit dans cette
circonstance nouvelle que dans la prcdente? Nous voudrions l'esprer
autant que nous le dsirons.

M. Thiers, au nom de la commission charge de l'examen du projet de loi
sur l'enseignement secondaire, est venu donner lecture  la Chambre d'un
rapport qui, durant deux heures et demie, a constamment tenu son
attention vivement excite. Tous les journaux reproduisent en ce moment,
en le morcelant,  cause de son tendue, ce grand et beau travail. Quant
 nous, qui avons consacr un article spcial  l'examen du projet de M.
Villemain, quand il le porta  la Chambre des pairs, nous regardons
comme un devoir de faire connatre prochainement en quoi l'oeuvre de la
commission diffre de celles du ministre et de la pairie, et les
solutions heureuses qu'elle a trouves d'une question difficile,
admirablement expose et discute par son rapporteur.

Dans ce fouillis de petites lois, qui va se dbrouiller entre les deux
budgets, le ministre avait beaucoup tenu  faire classer une
proposition dont l'intrt actuel chappait  ceux qui, comme nous, ne
sont pas dans les secrets ministriels. Il y a plusieurs mois, MM.
Leyraud, Lacrosse et Gustave de Beaumont prsentrent une proposition
dont l'enqute avait dmontr l'utilit, et qui avait pour but de
caractriser et de punir les faits de corruption lectorale. Force fut
de la voir prendre en considration; mais on lui nomma des commissaires
hostiles, et, au lieu d'un rapport, trois de ces commissaires
accouchrent d'une autre proposition pour restreindre la libert de
l'lecteur et limiter troitement la facult qu'il a aujourd'hui de
transfrer son domicile politique dans l'arrondissement,  son choix, o
il est inscrit au rle de la contribution. On avait vainement fait
observer que cette proposition tait toute rcente et n'avait nul droit
 un tour de faveur sur ses anes; qu'elle demandait une discussion
plus longue et une attention plus soutenue qu'on ne lui en accorderait 
cette poque d'impatience de dpart et de prparatifs de malles; que
c'tait une rforme lectorale, et qu'il fallait s'attendre  voir
aborder la question tout entire; que la Chambre n'tant ge que de
deux sessions,  moins que le ministre ne se propost de la dissoudre
bien avant le terme habituel, il n'y avait pas la moindre urgence 
mettre cette proposition  l'ordre du jour de cette session. Le
ministre et ses confidents avaient tenu bon, et la proposition avait
t inscrite entre les deux budgets. Mais les scrutins sont changeants,
et l'opposition ayant demand un nouveau classement de l'ordre du jour
dans une sance postrieure, est parvenue  en carter la proposition,
ainsi ajourne.

On a suppos que les ministres, qui n'ignoraient pas que la pense de
leur donner des successeurs tait venue en haut lieu, par suite de tous
les checs qu'ils ont essuys, de toutes les meurtrissures qu'ils ont
reues, voulaient avoir cette arme de rserve entre les mains pour
demander  la couronne, dans le cas o sa confiance ne se raffermirait
pas compltement, de les laisser essayer d'une dissolution et d'une
rlection avec des listes travailles  l'aide de la proposition
poursuivie. Il y avait dans ce double espoir du cabinet une double
illusion. La proposition ne sera pas enleve  la Chambre, et la
couronne ne le laissera pas tenter ce dernier coup de fortune.--On s'est
beaucoup entretenu dans les couloirs de la Chambre d'une conversation
dont M. Dupin l'an avait t un des deux interlocuteurs. Les ministres
y auraient t qualifis d'une pithte qui a d leur paratre drle, si
elle leur a t rapporte. Nous devons dire que cette qualification
n'tait pas du fait de M. le procureur gnral prs de la Cour de
cassation, mais de celui de son interlocuteur. Interrog, dans la salle
des confrences, sur l'exactitude de ces bruits et sur la vracit d'un
article du _National_ qui lui avait fait dire, dans cet entretien, que
la conduite, du ministre  l'occasion de la dotation tait une
vritable trahison, M. Dupin a rpondu vivement, de ce ton que chez un
autre on trouverait peut-tre de mauvaise humeur: Je n'ai pas dit
_trahison_, monsieur; j'ai dit _forfaiture_. A la bonne heure! voil le
texte corrig.

Les affaires d'Hati, comme celles de Tati, viennent d'tre l'occasion,
ainsi que nous l'avons dit en commenant, de la disgrce de l'un de nos
amiraux. Nous savons bien qu' en croire le _Moniteur_, M. le
contre-amiral de Moges n'est rappel que parce qu'il l'a demand. Il y a
dans cette explication un anachronisme volontaire. Quand il n'y avait
rien  faire  Saint-Domingue, M. de Moges a demand  tre rappel et
n'a pu l'obtenir; depuis que sa prsence y est ncessaire, et que des
ngociations ont t commences et habilement diriges par lui, M. de
Aloges n'a jamais song  renouveler sa demande, mais c'est alors que le
ministre a song, lui,  la rechercher dans ses cartons. Voici
l'incroyable explication qu'une feuille ministrielle donne  son
rappel: Essayons, pendant que la question est encore froide,
d'apprcier en peu de mots cette rsolution du cabinet. M le
contre-amiral de Moges, auquel chacun rend justice, mme les marins, est
un de nos officiers les plus distingus et les plus rsolus; C'est un de
ces hommes qui ne reculent devant aucune responsabilit personnelle
lorsqu'il s'agit de l'honneur et de l'intrt du pays. Mais, malgr son
intelligence leve, il a, comme on dit, les dfauts de ses qualits;
comme tous les esprits entreprenants, il s'prend trop vite des grandes
rsolutions pour en calculer toutes les consquences. Comment d'ailleurs
un marin jet  plusieurs milliers de lieues du centre o se traitent
les affaires, qui se trouve plac sous le coup d'vnements presque
inopins, et qui est essentiellement l'homme de la circonstance,
pourrait-il embrasser la porte politique des actes dont il va prendre
l'initiative! Cet officier gnral crait  notre politique,  l'endroit
de la question hatienne, une situation qui menaait de devenir vraiment
inextricable. Parti en toute hte de la Martinique avec les btiments de
la station des Antilles, aux premires nouvelles de la rvolution
survenue dans notre ancienne colonie, il arriva devant Santo Domingo au
moment o toute la partie espagnole de l'le venait de lever l'tendard
de l'indpendance, et de se constituer en rpublique dominicaine.
Vivement menace par le prsident Hrard, fort alors d'un pouvoir
nouveau que n'avaient point encore entam les vnements qui achvent de
se drouler en ce moment, la rpublique dominicaine devait succomber si
elle n'tait soutenue par une intervention puissante. Elle rsolut de se
placer sous le protectorat de la France. Des ouvertures furent faites 
ce point de vue. Ainsi la France pouvait remettre le pied sur cette
terre o elle avait t longtemps si puissante, et qui lui avait un
moment tout entire appartenu..... Qui sait o conduirait le protectorat
de la partie espagnole?...--L'amiral prta l'oreille aux propositions
qui lui taient faites, et, sans proclamer le protectorat de la France,
il tint ce fait pour implicitement accompli, et agit en consquence dans
la mdiation qu'il interposa entre les deux parties, dsormais
distinctes de l'ancienne rpublique. M. le ministre des affaires
trangres, qui dit aux amiraux, en Prusias moderne: Ah! ne me
brouillez pas avec... l'Angleterre! M. le ministre des affaires
trangres a trouv que ceci tait par trop os, et M. de Moges a t
rappel.

M. l'amiral Lain parat courir grand risque d'prouver  son tour un
traitement pareil. Et de trois! Quand nous serons  dix... o en seront
nos relations extrieures et le renom de la France? Un article a paru
dans le _Journal des Dbats_, qui fait l'apologie en tous points de M.
Bichon. Nom avons dit le conflit qui s'tait lev entre ce consul et le
commandant de nos forces navales; il est fort  craindre qui ce dernier
ne soit sacrifi.

Il parat constant aujourd'hui que les fils de l'amiral Bandiera et tous
ceux qui ont pris part avec eux au dbarquement arm dans le royaume de
Naples sont entre les mains de l'autorit, et vont passer devant une
commission militaire. La _Gazette d'Augsbourg_, du 10 juillet, rend
responsables de cette tentative et de toutes les autres les
gouvernements qui, comme la France, l'Angleterre et l'Espagne, sont un
refuge assur, un corps franc politique ouvert  tous les conspirateurs
poursuivis et expatris. Nous aimons infiniment mieux voir notre
gouvernement encourir ce reproche qu'tre expos au compliment tout
contraire que lui adresse une feuille de Cologne: Les cabinets de
Londres et de Paris, dit-elle, ont puissamment contribu  maintenir la
tranquillit et l'ordre public dans la pninsule italique. Ces cabinets
ont mis les gouvernements de l'Italie sur la trace des menes et des
complots des associations secrtes, et c'est ainsi qu'ils ont pu prendre
les mesures ncessaires pour les faire avorter. Souvent des arrestations
inattendues ont t faite sur les indications des deux cabinets. Ceci
vient  l'appui de la discussion qui s'est rcemment leve dans le
parlement  l'occasion du _secret office_. Mais nous voulons croire que
quant au gouvernement franais, c'est calomnie pure.

L'Espagne a dcidment vu s'oprer sa modification ministrielle. M. de
Viluma a donn sa dmission de ministre de affaires trangres et s'est
retir pour avoir, dit-on, lait  la pudeur constitutionnelle du gnral
Narvaez des proposition absolutistes qui l'ont alarme. Le gnral ne
lui a pas encore donn de successeur et s'est charg par intrim de son
portefeuille. Les ministres sont revenus  Madrid et y ont publi des
mesures que rsume la dpche suivante: Les corts sont dissoutes par
dcret du 4, insr dans la _Gazette_ du 10. Les collges lectoraux
sont convoqus pour le 3 septembre. Le scrutin gnral aura lieu le 14.
Les nouvelle corts se runiront le 10 octobre.--Un autre dcret du
rtablit dans les provinces basques les dputations et les municipalits
d'aprs les _fueros_. Les juntes gnrales se runiront incessamment et
nommeront des commissaires charg de traiter avec le gouvernement la
question des _fueros_, qui sera soumise aux prochaines corts.--Rien n'a
et chang aux douanes,  l'administration de la justice et  la
police.--Un troisime dcret ordonne la translation du corps de Monts
de Oca de Vittoria  Madrid. En attendant ces lections pour la forme,
le gouvernement espagnol veut donner au peuple la distraction d'un
armement et lui faire croire la gloire possible d'une conqute. Il a
ordonn la formation d'un corps d'arme de 6,000 hommes  Ceuta, sous le
commandement du gnral de Villalonga. On passe en revue Madrid des
rgiments se rendant  l'arme, et l'on donne  entendre dans _el
Heraldo_ qu'on se propose de s'emparer de Tanger. Nous osons gager que
le parlement anglais est sans inquitude aucune sur les projets du
cabinet de Madrid et qu'il ne croira mme pas lui devoir d'en faire le
semblant.

Les nouvelles des tats-Unis apprennent que le congrs s'est ajourn le
17 juin. Il ne se runira probablement pas avant le commencement de
dcembre. On dit que M. Tyler a l'intention de rouvrir la session peu de
temps aprs que les reprsentants seront retourns dans leurs collges;
le prsident pense sans doute qu'au milieu de leurs lecteurs, les
reprsentants changeront leur opinion sur la question du Texas.--On dit
encore qu'on a crit au Texas de ne s'engager en rien avec l'Angleterre
avant les prochaines lections. Rien n'a t fait, quant  l'affaire
d'Orgon.--Il y aura trois candidats dans la prochaine lection du
prsident: MM. Clay contre l'annexation, et Tyler et Polk pour
l'annexation. Il est probable que M. Henri Clay sera lu. Les finances
de l'Union se sont amliores. La dpense probable pour l'anne ne sera
que de 18 millions de dollars, tandis que le revenu ne sera pas
au-dessous de 25.

La chambre des lords n'a pas encore prononc sur l'appel d'O'Connell. En
attendant, les vques catholiques d'Irlande ont compos une formule de
prire qui sera lue dans toutes les glises,  partir du 28 de ce mois
jusqu' la sortie de prison des captifs. O Dieu tout-puissant et
ternel, roi des rois et seigneur de toutes les puissances de la terre,
jette sur le peuple de ce pays un regard de compassion, et mets, dans la
bont, un terme  ses souffrances. Donne-lui la patience pour qu'il
endure ses privations, et remplis ceux qui le gouvernent de l'esprit de
vrit, d'humanit et de justice. Unis toutes les classes dans un commun
amour pour le pays, dans l'obissance  notre bien-aime souveraine, et
dans un sentiment de charit mutuelle. Fais que nos lgislateurs nous
donnent des lois bases sur les saints commandements et ramnent
l'Irlande  un tat heureux et prospre; et comme ton serviteur Daniel
O'Connell, qui a travaill avec tant de zle et de persvrance au
bonheur de l'Irlande, est maintenant retenu captif; donne-lui la grce
de supporter sa peine avec rsignation, et, dans ta misricorde, permets
qu'il soit rendu  la libert pour guider et protger ton peuple; par
Notre-Seigneur et Sauveur Jsus-Christ. Amen.

Le 21 juin,  Athnes, les adversaires du ministre avaient organis une
meute pour renverser le cabinet. L'meute a clat, mais Kalergis est
intervenu et a dissip les rassemblements par la force. Plusieurs
individus furent blesss et quelques-uns mme tus. Avant dix heures du
soir, la tranquillit tait rtablie et les soldats rentraient dans
leurs casernes. Kalergis a adress  ses concitoyens une proclamation
dans laquelle il exprime un vif regret que dans cette affaire des
innocents aient t confondus avec les vrais coupables. A la date du 30,
l'ordre tait consolid. Un mandat a t dcern contre Germano
Mavronichali, prvenu d'tre le provocateur des troubles du 23. Le
gnral Tzavellas (exil depuis  Syra) a offert sa dmission d'aide de
camp du roi  la suite du manque de foi dont le ministre voulait se
rendre coupable envers le gnral Grives, mais auquel M. Piscatory a mis
obstacle en lui conservant la protection du pavillon franais. Le
prsident du conseil persistant  ne pas reconnatre le compromis entre
le gnral Tzavellas et le gnral Grivas, a annonc  M. Piscatory
qu'il ferait procder au jugement et  la condamnation par contumace de
Grivas, qui s'est retir  Smyrne.

L'ordre des avocats a rlu  la presque unanimit son btonnier et tous
les membres dmissionnaires de son conseil.

Le roi vient de voir natre son huitime petit-fils; la reine des Belges
seule lui a donn une petite-fille. Madame la duchesse de Nemours est
accouche d'un prince qui a reu le nom de duc d'Alenon, titre qui
n'avait pas et pris depuis le rgne de Henri III.

L'piscopat franais a perdu M. de Forbin-Janson, ancien missionnaire,
vque de Nancy, qui se tenait loign de son sige depuis
1830.--L'Institut et la Facult des lettres ont rendu les devoirs
funbres  M. Fauriel, auquel de nombreux travaux avaient assign un
rang lev dans la science.--M. C.-A.-F. Panekoucke, diteur de
nombreuses et importantes publications, est mort cette semaine.



Courrier de Paris.

Nous touchons au terme de la session, et bientt nos honorables vont
tre soulags des soucis parlementaires. Dans quelques jours tout sera
dit, les portes des deux Chambres seront closes, les huissiers
dposeront leur costume officiel et leur collier; chacun quittera la vie
publique et ira se reposer, ceux-ci  l'ombre de leurs pommiers, comme
les bergers de Virgile et de Thocrite, ceux-l aux eaux d'Ems, de Spa
et d'autres lieux. Il faut avouer que ces messieurs des deux Chambres
ont bien gagn le droit de courir ainsi les champs et de prendre un peu
de loisir. Voici bientt huit mois qu'ils sont attachs aux banquettes
du Luxembourg et du palais Bourbon, remuant des lois et jaugeant des
chemins de fer. Huit mois d'amendements de toute espce et de discours
de toute sorte! Il est bien temps d'chapper  ce dbordement
d'intarissable loquence. Aussi plus d'un parlementaire s'est esquiv
sans bruit et sans attendre la clture. Un tiers au moins de la Chambre
des dputs, anticipant sur les douceurs du licenciement, a laiss aux
plus infatigables et aux plus intrpides le soin d'achever la campagne
et d'assister aux dernires journes de cette longue bataille
parlementaire.

C'est le temps o Paris va entrer dans le repos et l'indiffrence. La
prsence des Chambres l'anime en effet et le tient en haleine; et bien
que l'ardeur politique soit partout singulirement ralentie, les luttes
de l'opposition et du ministre, les discussions politiques ou d'intrt
purement matriel, ne laissent pas de donner aliment aux curieux, aux
oisifs, aux diseurs de riens, aussi bien qu'aux esprits srieux et
positifs. Le dsoeuvr trouve  placer son mot sur le ministre, sur la
reine Pumar et l'amiral Dupetit-Thouars, sur l'entente cordiale et sur
les compagnies financires, tout comme s'il y entendait quelque chose et
tait un politique, un diplomate, un habile marin et un grand financier.

Maintenant qui fournira  Paris ce texte de conversations toutes faites
et toutes prpares qu'il tire des dbats parlementaires et des
incidents du gouvernement reprsentatif en exercice? Vous me rpondrez
que Paris n'est jamais en tat d'abstinence, et que chaque jour lui
amne infailliblement son contingent d'aventures, d'vnements et de
nouvelles;  la bonne heure, mais encore faut-il qu'ils vaillent la
peine qu'on s'en occupe; et en vrit nous sommes las d'apprendre qu'un
maon est tomb du haut d'un toit et qu'une diligence a vers au
tournant d'une rue quelconque; ce sont l des distractions par trop
monotones et qui reviennent trop souvent.

Paris est habitu  ce genre de rcrations, et si pendant ces mois de
vacances qui vont commencer, vacances publiques, vacances judiciaires,
vacances de salons et de polka, il ne lui arrive rien de plus curieux et
de plus neuf, je puis affirmer qu'il s'ennuiera copieusement et
demandera au ciel de lui envoyer quelque dluge ou quelque peste, pour
avoir du moins de quoi causer.

Le ciel, touch de sa peine, ne le gratifierait que d'un ou de deux bons
procs criminels, bien compliqus de parricide et d'arsenic, qu'il en
prendrait son parti et se dclarerait satisfait.

Il vient de se passer deux vnements sinistres qui pourraient bien lui
donner cette satisfaction et faire pendant  l'affaire Donon-Cadot et au
procs Lacoste. Le premier, tout sanglant qu'il est, n'offre, il est
vrai, jusqu'ici, aucun pisode extraordinaire; mais peut-tre les
curieuses et singulires dcouvertes arriveront-elles avec le temps et
le rquisitoire du procureur du roi. Voici le fait dans toute son
horrible simplicit. Un jeune homme de vingt-deux ans, nomm Eugne
Francotte, tait pris d'une jolie couturire appele Sydonie Leroux;
Eugne avait demand la main de Sydonie; mais soit qu'elle n'eut pour
lui aucun penchant, soit, comme on le raconte, quelle et mauvaise
opinion de son caractre et de sa conduite, Sydonie avait rpondu  la
demande d'Eugne par un refus.--Il y a quelques jours, la dtonation
d'une arme  feu se fit entendre dans une maison de la rue Aumaire; les
voisins effrays accoururent et trouvrent, gisante sur le seuil de la
loge du portier, une jeune fille inonde de sang: c'tait la malheureuse
Sydonie Leroux; Eugne Francotte venait de lui tirer un coup de pistolet
 bout portant; la pauvre fille tait mourante On annonce qu'elle est
sauve. Quant  Francotte, son assassin, il s'est brl la cervelle, et
le coup a russi; grande perte pour ceux qui recherchent les motions de
la cour d'assises.

Il y avait dans ce malheureux un coin d'Orosmane ou d'Otello: soyez srs
que Paris et fait grand cas d'Eugne Francotte et que, malgr la
circulaire de M. le garde des sceaux, qui proscrit des mesures de sret
et de rpression contre l'apptit fminin en matire de cour d'assises,
la plus belle moiti du genre humain et assig M. le prsident de
demandes, de prires, de grces et de sourires, il reste  savoir si M.
le prsident des assises, plus fidle  la circulaire qu' la
galanterie, aurait eu le courage de rsister et de dire du ton d'un
Rhadamanthe incorruptible: Non, mesdames, vous n'entrerez pas!

L'autre affaire est accompagne d'un dtail affreux, qui lui donne, sur
l'assassinat de Sydonie Leroux, une pouvantable supriorit. Ce second
drame ne commence pas, comme celui que nous avons dj racont, par un
coup de pistolet, mais par une odeur de soufre et de charbon rpandue
tout  coup dans les habitations voisines, et donnant l'veil. On
s'interroge, on regarde, on s'inquite; serait-ce un commencement
d'incendie? Les plus alarms se hasardent, pntrent dans la maison,
forcent la porte du logement d'o part cette paisse fume, cherchent,
regardent de tous cts, et aperoivent enfin,--horrible spectacle!--une
femme tendue sans mouvement, le visage couvert d'un masque de drap
noir; ils veulent enlever ce masque pour tcher de donner de l'air  la
victime et de la rappeler  la vie; mais il rsiste: c'tait un morceau
de drap enduit de poix, dans lequel une main sans piti avait emprisonn
la tte de l'infortune. Je vous laisse  penser l'effroi des
spectateurs: qui a pu commettre une action si criminelle et si barbare?
La femme tait seule, abandonne, et la mort lui avait pris le secret de
cette mystrieuse et sombre aventure avec le nom de l'assassin.

Cependant un homme se prsentait au mme instant chez le commissaire de
police; il tait ple et sinistre; l, il dclara qu'ayant arrt avec
sa matresse un double projet de suicide, il avait commenc  excuter
ce fatal trait en tuant sa complice, puis, qu'pouvant de l'action
qu'il venait de commettre, il n'avait pas eu la force d'accomplir sur
lui-mme le mme attentat, et qu'il s'tait enfui comme un insens;
maintenant qu'il avait un peu repris ses sens, il croyait devoir tout
dclarer au magistrat et se remettre entre les mains de la justice. Cet
homme se nommait Chevreul, la femme, Sophie Bronne.--Voil de quoi
donner le frisson aux plus insensibles. Nous ne serions pas tonn que,
ds  prsent, quelque dramaturge renforc n'eut achev un drame en sept
ou huit tableaux, avec ce titre a faire courir tout Paris et la
banlieue, _le Masque de Poix._

Au reste, Paris n'a pas le monopole de ces rcits criminels, et le
_Journal de la Haye_ nous en transmet un venu en droite ligne de la
Hollande, et qui ne le cde en rien  tous nos drames de cour d'assises,
s'il ne les surpasse. L'hrone sclrate de ce forfait hollandais se
nomme Antonia de Van-den-Burg; elle n'est pas d'une condition
trs-releve, puisqu'elle exerait purement et simplement les fondions
de servante d'un picier. Toute servante quelle est, Antonia, si l'on
s'en rapporte au _Journal de la Haye_, a une grce charmante et une
physionomie des plus agrables et des plus douces; mais cette douceur et
cette grce extrieure cachent une me atroce, comme on va le voir.

La clientle de l'picier tait brillante et nombreuse elle se composait
des meilleures et des plus riches maisons de la ville. Tout  coup et
successivement, des indispositions, ayant toutes le mme caractre, se
manifestrent chez la plupart des pratiques de l'honnte marchand. Les
mdecins appels et toutes vrifications faites, on reconnut que ces
maladies subites avaient t causes par l'usage de certaines denres
achetes dans la boutique du matre d'Antonia Van-den-Burg, et
particulirement du sel et du poivre. On interrogea l'picier, qui ne
put que manifester son tonnement et sa douleur; puis on en vint  la
servante Antonia Van-den-Burg, qui se troubla et plit. Cette pleur
donna des soupons au magistrat qui redoubla la vivacit de son
interrogatoire, si bien qu'il arracha  Antonia l'aveu d'une pense
infernale, d'un crime sans exemple. Antonia confessa que croyant avoir 
se plaindre de son matre, elle avait rsolu de s'en venger; or, ce
dsir de vengeance n'avait trouv rien de mieux  faire que d'accomplir
la ruine de l'innocent picier; et comment ruiner un picier, si ce
n'est en lui enlevant sa clientle? Antonia Van-den-Burg avait donc
arrt l'horrible plan que voici: elle mlait de l'arsenic au sel
qu'elle portait aux pratiques, faisant  part elle ce raisonnement
diabolique, que les pratiques, se trouvant malades, quitteraient
infailliblement l'picier qui leur vendait cette drogue maudite;  plus
forte raison, s'ils en mouraient, le quitteraient-elles. Antonia
Van-den-Burg a t immdiatement mise en jugement, et ne tardera pas 
passer devant la cour criminelle. Elle n'y jouera certainement pas le
rle de la servante justifie.

Nous avons eu plusieurs dbuts de danseurs et de danseuses. Le premier
est celui de M. Toussaint; Toussaint est un nom peu potique pour un
zphyr; aussi M. Toussaint n'est-il pas un zphyr,  proprement parler:
il n'a qu'une lgret problmatique qui ne menace pas les frises; M.
Toussaint est un bon et honnte danseur, voil tout; n'est-ce pas autant
qu'il en faut dans un temps comme le ntre, ou le danseur est dtrn et
ne sert plus gure que de machine propre  soutenir et  faire
pirouetter la danseuse; la danseuse, en effet, est seule toute-puissante
et souveraine. Qui sait le nom de nos danseurs actuels? Se soucie-t-on
mme de M. Petitpas, qui dfend le plus et le mieux qu'il peut
l'ancienne autorit du danseur? En revanche, quels noms clatants que
ceux de Tuglioni, de Fanny Eissler, de Louise Fitzjames et de Carlotta
Grisi! je dirai plus: on connat la plus obscure, qui se cache encore et
trotte dans la lgion des rats; interrogez l'orchestre: c'est
Clmentine, Josphine, Seraphine, Caroline, Zphirine. Alphonsine, vous
rpondra-t-on sans hsiter. Honneur donc aux danseuses, et loin des
danseurs!

Aussi, tandis que le parterre de l'Opra accueillait assez froidement M.
Toussaint, il battait des mains au dbut de madame Flora-Fabri Bretin et
de mademoiselle Smirinoff. Madame Flora-Fabri-Bretin porte un nom un peu
long et un peu compliqu; il y aurait de quoi s'y prendre les jambes et
y embarrasser son entrechat, si madame Flora-Fabri-Bretin dansait sur
son nom; mais elle a dans sur le plancher de l'Acadmie royale de
Musique, et fort agrablement. Madame Fabri-Bretin-Flora a de la grce
et de la vivacit; nous joignons volontiers notre bravo au bravo que les
jurs dgustateurs de ronds de jambes ont dlivr  madame
Bretin-Flora-Fabri. Cette agrable bayadre est Italienne.

Quant  mademoiselle Smirinoff, il n'est pas besoin de dire d'o elle
sort en pirouettant, ni de donner son acte de naissance; cette
terminaison _off_ le dit de reste; mademoiselle Smirinoff est du pays
des Mensikoff, des Korsakoff, des Ostrogoff, et de tous les _off_
possibles qui fleurissent sur les bords de la Moskowa et de la Newa; et
pour peu que vous m'y poussiez, j'avouerai que mademoiselle Smirinoff
est premire danseuse au thtre de Saint-Ptersbourg; elle vient
visiter Paris en passant, et lui offrir l'hommage de son estime
particulire et de son entrechat; aprs quoi, elle compte bien retourner
 Saint-Ptersbourg. Nous aurions volontiers gard mademoiselle
Smirinoff,--qui a du talent, mais puisque Saint-Ptersbourg la rclame,
qu'elle y retourne accompagne de nos encouragements et de notre
bndiction. J'espre que mademoiselle Smirinoff rendra l-bas bon
tmoignage de notre hospitalit bienveillante.

Frdric Brat vient de faire paratre deux nouvelles romances de ces
romances comme il les sait faire, douce pense, tendre mlodie! L'une,
intitule _le Marchand de Chansons_, est ddie  mademoiselle Djazet.
Ce charmant petit marchand de chansons chante la gloire et l'amour, la
France et la fillette sur les pas de Dsaugiers et de Branger. L'autre
a pour titre _Andr et Marie_, c'est encore un chant de guerre et
d'amour. Frdric Brat n'en fait pas d'autre; il a le coeur d'un bon
citoyen et le coeur d'un amoureux, deux coeurs en mme temps; c'est la
compensation de ceux qui n'en ont pas du tout.

Deux vaudevilles sont ns sans grand bruit. Le thtre du Palais-Royal
et M. Bayard sont les pres du premier; le second nous vient du thtre
des Varits et de M. Deligny. Celui-l se nomme _le Billet de faire
part_, celui-ci le Vampire.

Dans l'un il y a une veuve rcalcitrante qui ne veut pas pouser un
jeune baronnet; dans l'autre un Allemand qui n'ose pas dclarer sa
passion  une donzelle. Le baronnet, pour contraindre la veuve  devenir
sa femme, fait annoncer son mariage avec elle par un billet de faire
part anticip, et la compromet en la faisant coucher dans son chteau, 
ct de sa propre chambre, sans que ladite veuve s'en doute. Aussi la
veuve finit-elle par l'pouser. Quant  mon Allemand, son silence et sa
mlancolie lui valent le surnom de _Vampire_ qui dcore l'affiche. Vous
devinez bien que ce vampire est le meilleur homme du monde, et que, tout
Allemand qu'il est, il finit aussi par un mariage, comme le baronnet de
l-haut. Quel vaudeville, en effet, ne finit point par la bndiction
nuptiale? quelques-uns aussi finissent par un petit concert de sifflets;
_le Vampire_ et _le billet de faire part_ pourraient peut-tre nous en
dire quelque chose.

Nous avons nomm plus haut le procs Lacoste. Ce procs, qui avait
attir  Auch beaucoup d'Anglais, de clibataires et de stnographes
parisiens, s'est termin  la satisfaction des accuss, du publie, et,
il faut l'esprer,  la satisfaction du procureur du roi, malgr le peu
de succs de ses poursuites et de son rquisitoire. Madame Lacoste et
son co-accus ont t reconnus innocents.



Exposition des Produits de l'Industrie.

(11e et dernier article.--Voir t. III, p. 49, 153, 164, 180,211, 228,
230, 261, 283 et 294.)

OBJETS DIVERS.

Nous voici arriv au terme de notre compte rendu, et nous trouvons, en
feuilletant notre portefeuille, une nomenclature effrayante de noms, de
produits, de numros dont notre intention tait de parler, et que nous
sommes forc de passer sous silence, tout en reconnaissant qu'ils
auraient mrit, pour la plupart, que notre feuille les citt avec
loges. Mais il y a un proverbe qui nous rassure: A l'impossible nul
n'est tenu; et quoique nous ayons condens autant que faire se pouvait
nos apprciations, nous n'aurions pas voulu que l'_Illustration_ ft une
succursale du _livret_, et nous borner  la simple mention de produits
qui mritaient mieux et plus que cela. Aujourd'hui nous voulons rparer
une partie de ces omissions, et dans notre article, vritable
pandmonium, on verra figurer un peu de tout; nous allons glaner aprs
avoir moissonn, et nous pensons que la gerbe du glaneur vaudra bien
celle du moissonneur.

Et d'abord arrtons-nous devant un magnifique travail expos par M.
Froment-Meurice. C'est un bouclier dont la vue nous a rappel les
descriptions potiques que font, des boucliers de leurs hros, les vieux
potes du genre humain, Homre et Virgile. Mais, dans ce temps-l, le
bouclier tait une arme de combat. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un prix
 suspendre au milieu d'une panoplie; jadis c'tait dans le combat corps
 corps, au milieu des merveilleux coups d'pe et des puissants coups
de lance, qu'il recevait son baptme et sa conscration Maintenant celui
 qui il cherra pourrait tre le plus timide, le plus faible, le plus
petit des mortels, mais il aura eu en sa possession le cheval le plus
vile, le jockey le plus maigre et le plus efflanqu; certes, un pareil
prix lui sera bien d pour de telles prouesses. Dans ces combats en
champ clos, le champ de bataille est le _turf_, les combattants des
chevaux de l'un et de l'autre sexe, les spectateurs des _sportsmen_ ou
_gentlemen riders_. Le bouclier de M. Froment-Meurice, destin  servir
de prix de course, est une des plus belles pices de l'orfvrerie
moderne. Il est en fer et en argent. Il se compose d'un sujet central
ronde-bosse, de quatre bas-reliefs et d'une frise ou bordure. Le milieu,
model par M. Jean Feuchres, reprsente Neptune domptant des chevaux;
c'est une ide toute mythologique, vous savez que le bon La Fontaine
donne une autre origine  l'appropriation du cheval au service de
l'homme. Il s'agissait, vous vous en souvenez, d'une certaine vengeance
 tirer d'un cerf. La premire ide ennoblit le cheval; la seconde le
rapproche beaucoup des petites passions de notre triste humanit.
Maintenant, voici le cheval  diffrentes poques, car son histoire est
celle de notre civilisation.

[Illustration: Voiture parachute, par M. Callier.]

[Illustration: Lit de sauvetage, par M. Valat.]

[Illustration: Le Chromographe, par M. Rouget de Lisle.]

[Illustration: Machine  fabriquer les briques, par M. Parise.]

[Illustration: Le Calcographe, par M. Rouget de Lisle.]

[Illustration: Moteur lectrique, par M. Froment.]

[Illustration: Vue extrieure de l'Exposition.]

Son tat primitif est l'tat sauvage; on le voit bondir dans sa force et
dans sa libert, enflant ses naseaux et frappant la terre de son pied
nerveux, il court, et derrire lui une hideuse cohorte de tigres le
presse et l'aiguillonne. Pauvre cheval! tes reins musculeux ne te
sauveront pas, car le tigre est agile et le dsert est immense 
traverser! Ce premier bas-relief est de M. Rouillard. Dans le second, d
 M, Feuchres, le cheval a dj subi le joug, mais il a conserv les
instincts guerriers.

[Illustration: Bouclier en fer et en argent, par M. Froment-Meurice.]

C'est le cheval de l'criture qui, lorsqu'il entend la trompette, frappe
firement du pied la terre, et s'crie: Va! Il est au milieu de la
mle, s'animant au carnage, et s'enivrant de sang et de bruit. Le
troisime bas-relief, arrang d'aprs Pluvinet, par M. Justin, a pour
sujet une chasse du temps de Louis XIII. L, tout est coquet, la pose et
les allures: c'est le coursier civilis, se redressant avec grce sous
les dentelles et le riche habillement de son cavalier. Pauvre cheval!
dans quelle position contre nature le montre le quatrime bas-relief, d
 M. Schoennevert! Tu cours, mais ce n'est plus en libert, sur ton dos
est une selle; et sur cette selle un affreux jockey. Ce n'est plus un
cheval, c'est un lvrier. Combien il est chang depuis que l'homme La
pris  l'tat sauvage pour te faire servir  ses besoins d'abord, puis 
ses plaisirs, et enfin  sa fortune! Tous ces bas-reliefs sont traits
avec une grande supriorit, et font honneur au dessinateur et  celui
qui a t fouillant l'argent de son burin infatigable et donnant la vie
 ces divers pisodes de l'existence chevaline. La frise est compose de
ttes d'animaux et d'attributs de chasse, et forme un cadre magnifique 
cette admirable oeuvre d'art.

Aprs l'orfvrerie d'art, voici l'orfvrerie usuelle. MM.
Boisseaux-Detot et compagnie ont expos une soupire Louis XV, de la
vaisselle plate et des couverts en _packfong_, mtal blanc et ductile
dont la base est le nickel, et qui a la sonorit de l'argent. Ils ont
appliqu  ce mtal l'argenture par le procd Ruolz, et ont fourni des
couverts qui peuvent lutter d'apparence et de dure avec l'argenterie.
Le vieux plaqu, sans valeur jusqu' prsent, soumis au vhicule
lectrique, a reparu comme pice d'orfvrerie grce  cet ingnieux
procd qui commence  se rpandre dans les petites fortunes, et mme,
si nous en croyons certaines indiscrtions, qui a remplac, chez
certains grands seigneurs, l'argenterie massive et chre de leurs
anctres.

Nous avons dj parl de machines-outils exposes par M. Calla fils. Cet
habile mcanicien ne s'est pas born  cette partie principale de son
industrie; il a abord la fonderie d'art, et d'une manire tout  fait
suprieure. Les lecteurs de _l'Illustration_ en auront bientt la preuve
dans les dessins que nous leur donnerons lors de l'inauguration de
l'glise de Saint-Vincent-de-Paul. Aujourd'hui nous nous bornerons 
signaler la statue de saint Louis, qui figurait au milieu de la grande
salle des machines, le baptistre et les portes de
Saint-Vincent-de-Paul.

M. Baudrit a expos une armature en fer dans un nouveau systme imagin
par un des plus savants architectes de Paris. Cette armature a pour but
de supprimer les colonnes en fonte dans les devantures de boutique et
dans les magasins. On sait combien le ngociant parisien tient  avoir
un bel talage et  prsenter au passant la tentation de devenir
acheteur par le bon effet de marchandises arranges avec got,
d'heureuses oppositions de couleurs, de rapprochements sduisants. Eh
bien! un des grands obstacles qu'il a  vaincre, c'est la ligne
disgracieusement verticale des colonnes en fonte qui soutiennent le
poitrail et tous les tages suprieurs au magasin. C'est donc, un
vritable service rendu au commerce et, nous ajouterons,  la scurit
publique, que l'introduction dans les constructions d'une pice qui
supprime du mme coup et les colonnes et le poitrail. En cas d'incendie,
la poutre calcine entrane par sa chute la destruction de l'difice
entier, tandis que l'armature en fer rsiste et retient tout ce qui est
au-dessus d'elle. M. Baudrit a appliqu aux constructions deux systmes,
l'un qu'il nomme renversement de la pousse, l'autre suppression de la
pousse. C'est le premier dont nous offrons le trait aux lecteurs.
L'armature se compose de deux tirants AD, CB, et d'un seul arc CD,
allant de l'extrmit d'un tirant  l'extrmit de l'autre, les deux
points A, B, tant seuls fixs  l'aide d'anses en fer. Tout le poids
port par l'arc CD, et tendant  le faire flchir, aura pour rsultat de
solliciter le rapprochement des deux points A, B; mais ce rapprochement
ne pourra jamais avoir lieu, car il faudrait ou que la plate-bande
place au-dessus de l'arc ft broye, ou que la charge entire ft
souleve. Dans l'application, on vite la position diagonale de l'arc
par l'ajustement indiqu dans la figure. Ces armatures ont subi des
preuves de puissance tout  fait concluantes. Une, entre autres, qui
n'avait pas t sollicite par le possesseur du brevet, en a dmontr la
force et la solidit. Une poutre de 30 centimtres de ct et de 5
mtres 50 cent. de longueur, est tombe, par mgarde, du quatrime tage
sur une ferme place au rez-de-chausse! Cette ferme la renvoya par son
lasticit, et la poutre alla percer un plancher nouvellement construit
par le malencontreux charpentier. Nous ne doutons pas qu'avant peu
d'annes la plupart des boutiques de Paris seront munies de cette
prcieuse armature.

Nous avons examin avec intrt une machine  faire la brique, de
l'invention de M. Parise, et dont nous donnons aujourd'hui le dessin.
C'est une roue marchant par un mcanisme quelconque, et qui porte sur
toute sa circonfrence des augets. Ces augets reoivent la terre qu'un
ouvrier verse par une espce de trmie ou d'entonnoir, puis se referment
et compriment la terre, dont ils expriment ainsi l'eau, en donnant  la
brique la forme qu'elle doit avoir. Ceci se passe pendant le temps que
met la roue  faire une demi-rvolution; alors l'auget, arriv au bas,
s'ouvre et dpose la brique sur une toile sans lin, qui la porte 
l'ouvrier charg de la ranger. Nous n'avons pu savoir combien la machine
fournit de briques par jour; mais sa simplicit et la facilit des
manoeuvres qu'elle exige nous font penser qu'on doit en obtenir
d'excellents rsultats.

Le travail des mines est un des plus pnibles que l'homme puisse
supporter. tre tout le jour dans une nuit profonde, au milieu des
infiltrations d'eau, sous l'apprhension des coups de feu, de la chute
d'un bloc, d'une inondation; ne pas savoir, en descendant  500 mtres
sous terre, si l'on reverra la lumire du soleil, et la verdure, et les
arbres, si l'on embrassera encore sa femme et ses enfants; et tout cela,
pour un misrable salaire qui suffit  peine pour soutenir une vie de
privations et de sacrifices. Mais si le sort d'un mineur est triste
quand il est en bonne sant, il devient pouvantable quand un de ces
accidents si frquents dans les mines fond sur lui, sans qu'aucune
puissance humaine puisse ni le prvoir ni l'empcher; alors, au fond de
ces sentiers sinueux, au bout de ces galeries o un homme peut  peine
se tenir debout et qui n'ont que la largeur ncessaire au passage d'un
chariot, voyez le bless, une jambe ou un bras cass, oblig de se
traner pniblement, de faire souvent une demi-lieue dans ces conduits
souterrains pour arriver, bris ananti, aux abords du puits,
c'est--dire  300, 400 ou 500 mtres du sol; voyez-le dans cette
ascension pnible, repli sur lui-mme dans la benne qui l'enlve,
suspendu entre le ciel et la terre, et ayant  peine assez de force pour
maudire son sort! Eh bien! cette dernire torture, la plus grande de
toutes, celle qui souvent convertit en maladie mortelle une blessure peu
importante, le docteur Valat vient de la faire disparatre au moyen d'un
lit de sauvetage, de son invention, dont nous donnons le dessin. Cet
appareil consiste en une caisse pentagonale lgrement inflchie dans le
sens de sa longueur; son couvercle est mobile; elle contient un matelas
travers par une petite sellette et des sangles places de manire 
soutenir le bless lorsque la caisse doit remonter au jour et prendre
une position presque verticale. La caisse porte, de plus, des anses et
une espce de plate-forme o se place le mineur qui doit prsider  la
remonte. Le dploiement de quatre bras  charnires change la caisse en
brancard. Cet appareil a t expriment dj dans quelques houillres,
et d'une manire  ne laisser aucun doute sur son efficacit.

[Illustration: Nouveau systme de ferme pour l'architecture, expos par
M. Baudrit.]

Il est encore une autre espce de sauvetage aprs lequel courent les
inventeurs. Il s'agit de trouver le moyen de rendre une voiture
inversable. La premire ide qui se prsente est de la construire de
faon  ce que la caisse ait un mouvement tout  fait indpendant du
train et conserve sa position et sa stabilit, quel que soit le
mouvement de la voiture. Pour cela, quoi de plus simple que de maintenir
la caisse sur deux axes placs au centre et  ses deux extrmits,
lesquels sont supports par des montants qui soutiennent l'impriale!

[Illustration: Machine  satiner le papier, par M. Callaud Belisle.]

Telle est l'ide qu'a mise  excution M. Callier, de Gien, qui a expos
une _voiture-parachute_ est ingnieuse; nous ne doutons mme pas, sans
vouloir cependant en faire l'preuve par nous-mmes, que les voyageurs
ne sortent de l sains et saufs, mme dans le cas o la voiture, tombant
dans un prcipice, ferait huit ou dix tours sur elle-mme; mais
l'application nous a paru laisser beaucoup  dsirer: la forme de la
voiture est disgracieuse, son poids nous a sembl norme, et c'est
probablement l'impression qu'elle a produite sur un de nos spirituels
dessinateurs qui dans le dernier numro, l'a reprsente rsistant
vertueusement aux instances et aux efforts de pas mal de chevaux. Mais,
nous le rptons, le principe est bon; le tout est de l'appliquer d'une
manire usuelle.

Nous avons omis de parler,  l'article _machines_, d'un _moulin_ (de
l'invention de M. Callaud) destin  broyer les graines olagineuses, et
que nous avions remarqu parce qu'il nous a sembl rsoudre heureusement
les difficults que prsente ce genre de trituration. Les cannelures
mordantes des meules ou noix des moulins ordinairement employes
s'obstruent constamment, soit par des particules onctueuses, soit mme
par l'huile siccative qui y adhre. Le moulin de M. Callaud se nettoie
constamment de lui-mme, et maintient l'appareil de mouture dans son
action mordante; les cylindres sont en fer tremp, et le reste du
mcanisme est combin de manire  ce que la main-d'oeuvre est la
moindre possible.

Il y a dans la nature, autour de nous, partout en un mot, des forces
considrables caches, inconnues ou inactives, soit parce qu'on ne sait
pas les emmagasiner, soit parce qu'on ignore leur mode d'action. Dj on
se sert de l'eau et de l'air, forces naturelles par excellence et qui
agissent directement et sans transformation. La vapeur, force dont
l'emploi est si rpandu aujourd'hui, est venue ensuite apporter son
tribut  l'industrie humaine. Mais il est une force qui se trouve 
profusion dans toute la nature, une force qui affecte toutes choses,
dont on sait, dont on connat l'existence, mais qui n'a t jusqu'
prsent que l'objet d'expriences de cabinet, sans que personne soit
parvenu  la rendre usuelle et pratique,  l'emmagasiner,  lui faire
produire en grand un effet utile. M. Froment, ancien lve de l'cole
Polytechnique, vient de tourner avec succs ses investigations de ce
ct, et quoiqu'il n'ait expos qu'un moteur lectrique d'une petite
chelle, les rsultats qu'il en a obtenus sont assez remarquables et
apprciables pour nous faire esprer que le moteur nouveau rendra de
grands services  l'industrie. Qu'on nous permette de faire comprendre
en peu de mots  nos lecteurs cet ingnieux mcanisme. Lorsqu'un courant
lectrique traversant un fil mcanique passe prs d'un morceau de fer,
il y fait natre deux ples magntiques, l'un austral, l'autre boral,
semblables  ceux des aimants. Si le fil, au lieu de passer prs du
morceau de fer, l'entoure un grand nombre de fois dans le mme sens,
l'effet se trouve multipli dans une proportion considrable, pourvu que
les spires du fil soient isoles les unes des autres, ce qu'on obtient
en se servant d'un fil de cuivre couvert de soie. M. Froment s'est servi
d'une bobine bb (fig. 1) sur laquelle il a roul un fil assez long pour
faire plusieurs centaines de tours; au centre est un morceau de fer
cylindrique F. Le courant lectrique y fait natre deux ples A et B;
mais si le sens du courant vient  changer, les ples changent aussi.
Maintenant supposons deux aimants, dont l'un AD (fig. 2) soit solidement
fix sur un support, et l'autre A'B' fasse partie d'une roue dont l'axe
est C, et puisse dans son mouvement de rotation passer trs-prs du fer
fixe AB, quand le courant agira simultanment et de manire  faire
natre dans l'un un ple austral qui soit tourn vers le ple boral de
l'autre, ils s'attireront avec force et la roue mobile tournera; mais
elle s'arrterait aprs quelques oscillations, si le sens des courants
tant subitement chang ne faisait natre un ple boral l o tait le
ple austral, et par suite une rpulsion au lieu d'une attraction. Ce
changement de courant s'obtient an moyen d'un anneau mtallique fendu 
sa circonfrence autant de fois que le courant doit changer de sens dans
une rvolution de la machine. La fig. 3 reprsente un certain nombre de
fers semblables  ceux que nous venons de dcrire. De plus, pour
utiliser le magntisme accumul dans les ples qui ne sont pas en
regard, un second systme tout  fait semblable a t superpos au
premier, et l'on a runi les ples de ces deux tages par des armatures
de fer doux. La machine (fig. 4) a pour base un chssis en fonte de fer
de forme hexagonale, aux angles duquel s'lvent six pilastres qui
supportent un autre chssis, et c'est dans cette espce de cage que se
trouve le mcanisme. L'auteur n'a pas pu encore mesurer d'une manire
prcise quelle force elle donne pour une dpense dtermine, mais avec
une pile de 10 lments d'un dcimtre carr il a mis en mouvement un
tour ordinaire. Nous ne doutons pas que la puissance d'une machine ainsi
organise ne puisse devenir considrable, et nous engageons vivement M.
Froment  persvrer dans cette voie nouvelle et fconde.

Nous donnons  nos lecteurs les dessins d'un _chromagraphe_ et d'un
_calcographe_ Que les dames ne s'effraient pas trop de ces noms
d'instruments qui sont destins  leurs doigts dlicats. Le chromagraphe
leur servira  composer des dessins pour la broderie, la tapisserie, au
moyen d'une application ingnieuse du kalidoscope. Quant au
calcographe, on reconnat que c'est une espce de manire de calquer se
rapprochant du procd Rouillet, qui, comme nos lecteurs le savent, est
un vritable calque de la nature.

Les billards en fer et fonte de M. Sauraux nous ont paru rsoudre avec
avantage la problme de la justesse et de la dure. Le corps du billard
est en fonte de fer, et la table en pierre: maintenu par des boulons sur
les quatre pieds, il peut tre pos dans un aplomb parfait. Nous
regrettons donc pouvoir donner  nos lecteurs le dessin du billard que
M. Sauraux a expos, et qu'ils auront probablement remarqu pour la
grce de l'encadrement et la richesse des dtails.

M. Poortman a expos des animaux apprts d'aprs un nouveau systme qui
conserve  l'animal toute sa souplesse et sa grce. Nous avons surtout
admir une levrette o est apparente la saillie des muscles et des
nerfs.

Les fabricants de papiers ont prsent cette anne une exposition assez
complte. Nous citerons surtout les papeteries d'Essonne et de
Sainte-Marie. La fabrication d'Essonne, qui occupe trois machines 
fabriquer le papier continu et deux cent cinquante ouvriers, s'lve 
700,000 kilogrammes de papier par an. Une grande partie des beaux livres
illustrs qui ont t publis  Paris sont imprims sur ses papiers.
Celui sur lequel nous crivons cet article et celui sur lequel vous nous
lisez sortent galement de cette papeterie. Essonne a expos une
collection complte de papiers de couleur o nous avons remarqu surtout
les doubles-couronnes pelure sans colle, blanches et de couleurs
destines  la confection des fleur artificielles. La grande difficult
de fabriquer un papier aussi mince et d'arriver  des nuances aussi
vives, nous avait jusqu' ce jour rendus tributaires des Anglais. La
papeterie d'Essonne les livre aujourd'hui de mme qualit et  un prix
moins lev que les pelures anglaises. Elle a expos aussi des papiers
_Vergs_ faits  la mcanique et qui ont la solidit des anciens papiers
 la forme.

La papeterie de Marais ou de Sainte-Marie s'est depuis longtemps acquis
un nom qu'elle soutient dignement cette anne.

M. Callaud-Belisle, d'Angoulme, ne s'est pas content d'exposer des
papiers: il a produit aussi une machine  plucher et satiner le papier.

On sait que l'pluchage et le satinage du papier se font  la main et
feuille par feuille. M. Callaud-Belisle a essay de faire faire ce
travail  la machine mme que nous offrons au lecteur: A est un dvidoir
charg de papier; B sont des cylindres en cuivre destins  faire tendre
le papier et  le guider; C cylindres cannels en fer, faisant l,200
tours par minute, qui pluchent et satinent; D rouleau servant  lustrer
et faisant galement 1,200 tours par minute; E cylindres qui abattent le
grain du papier; F dvidoir qui reoit le papier satin; G engrenages et
poulies donnant le mouvement; II soufflet  double vent soufflant sur la
feuille du papier et chassant les impurets. Nous avons consult des
fabricants de papier sur la bont de cet appareil, et tous, tout en
reconnaissant l'avantage qu'il y aurait  faire faire en peu de temps
par une machine ce qui demande beaucoup de temps  un grand nombre
d'ouvriers, nous ont rpondu que le papier ne rsisterait pas  un
pluchage si vigoureux, qu'il y avait inconvnient  soumettre toute la
bande de papier, o souvent il n'y a qu'un grain  enlever,  l'action
des cylindres, et que d'ailleurs le papier devait s'user ou mme se
dchirer. Quant  nous, nous avons fait connatre le mcanisme et les
inconvnients qu'on lui reproche; c'est aux fabricants  discuter et 
exprimenter.

La lithographie vient de s'enrichir d'une nouvelle dcouverte. Depuis
longtemps on cherchait  faire du lavis sur pierre, et l'on n'tait
jamais arriv  pouvoir tirer de nombreuses et bonnes preuves. Le
procd Formentin vient de rsoudre ce problme, et donne des preuves
aussi bonnes et en aussi grand nombre que la lithographie ordinaire. Les
lavis sur pierre exposs par mademoiselle Formentin ont gnralement
attir l'attention des artistes, ainsi que ses impressions
lithographiques ordinaires et celles  deux teintes et en couleur.

Les fondeurs en caractres d'imprimerie sont en petit nombre 
l'exposition; mais leurs produits, qui chappent  l'apprciation des
visiteurs ordinaires, ont t apprcis par les connaisseurs, et surtout
par les imprimeurs. Nous citerons avec loges MM. Biesta et Laboulaye.
Les recherches de ce dernier l'ont amen  l'emploi d'un nouvel alliage
renfermant de l'tain et du cuivre et permettant de fabriquer des
caractres d'une bien plus grande rsistance que ceux fondus avec
l'ancien alliage de plomb et d'antimoine.

Quant aux imprimeurs, qu'on nous permette de citer avec les loges
qu'ils mritent MM. Lacrampe et comp., qui ont expos une magnifique
collection de tirages de gravures sur bois qu'ils excutent avec tant de
succs, comme ont pu en juger nos lecteurs; le tirage de
_l'Illustration_, un des plus beaux rsultat obtenus au moyen de la
presse mcanique.

Parmi les diteurs, citons M. Augustin Mathias, auquel les sciences et
l'industrie doivent tant d'utiles publications, et les livres illustrs
de MM. Dubochet et comp. Il nous est interdit de nous tendre sur ces
publications. Celui qui signe cette feuille attend avec confiance le
jugement du jury sur sa belle exposition au milieu de laquelle figure
_l'Illustration_, un des recueils les plus complets et l'un des plus
beaux succs de la librairie moderne.

Et maintenant, chers lecteurs, permettez-nous de sortir avec vous de ces
vastes salles, ou nous avons trouv tant de produits remarquables, et de
nous arrter un instant dans la cour intrieure de gauche. L, vous
voyez des ponts, des voitures, des grillages faits mcaniquement, des
machines  scher le drap, des tentes militaires, des pompes, voire mme
les moutons de M. Graux. Nous ne voulons rien dcrire; mais l, sur le
seuil de cette exposition, sur le point de nous quitter pour cinq ans,
nous vous demanderons grce pour l'imperfection de notre compte rendu,
en considration de notre bonne volont et du soin consciencieux que
nous avons apport  vous signaler ce qui nous a paru bon, utile et
remarquable.



Tir fdral de 1844.

Ble, 12 juillet 1844.

Mon cher directeur,

Que m'apprenez-vous? Des six dessins que je vous avais envoys, trois se
sont gars en route; vous les retrouverez, je l'espre, et vos abonns
ne perdront rien pour attendre. Puisse ma lettre avoir une meilleure
chance (1)!

      [Note 1: Note du directeur. Ces dessins s'taient gars, mais ils
      nous arrivent  l'instant mme. Nous les publierons dans un
      prochain numro avec la fin de la lettre de notre correspondant.]

J'ai fidlement rempli vos instructions. J'ai tout vu, tout entendu, et
si ma qualit de citoyen franais et de Parisien ne m'a pas permis de
disputer le prix aux vainqueurs, du moins j'ai assist chaque jour _de
visu et de auribus_ aux diverses crmonies qui ont signal cette fte
mmorable. Mes yeux et mes oreilles ont grand besoin de repos, je vous
assure, mais avant d'aller prendre des bains d'air sur les sommets des
hautes alpes des Grisons, je veux accomplir ma promesse et vous adresser
une relation exacte et complte du grand tir fdral de Ble.

Un mot d'introduction. Je serai court; rassurez-vous.

La confdration suisse ne forme pas une nation proprement dite; ses
vingt-deux cantons se composent en effet de trois peuples distincts,
dont les moeurs, la langue, la religion, les lois, sont entirement
diffrentes; aussi les dissensions intestines provoques  dessein par
des partis remuants auraient bientt pour rsultat infaillible de
dtendre et de rompre mme le lien fdral, si d'autres causes non moins
influentes ne venaient pas sans cesse le resserrer. Quelque danger
qu'elle coure, la confdration suisse ne prira pas; le bon sens et le
patriotisme de la majorit des habitants feront toujours avorter les
tentatives coupables des ternels ennemis de la libert et de la
nationalit des peuples, qui veulent diviser pour rgner. Partout
l'lite de la population s'efforce de dvelopper autant que possible
l'esprit d'association; partout des socits se fondent dont le but est
de runir sous un mme toit et  la mme table, dans un intrt commun,
tous les membres de la grande famille helvtique.

Encore une petite prface, s'il vous plat. Avant le tir, plusieurs
socits gnrales avaient tenu leurs runions annuelles. En venant 
Ble le 18 juin, j'ai assist  Lausanne  celle des officiers de
l'arme suisse. Peut-tre nous autres Parisiens, blass sur les motions
patriotiques, pensons-nous parfois que les Suisses aiment un peu trop 
manger,  boire,  discourir,  se promener et  tirer leur carabine en
socit. Ces moeurs naves les honorent, et, loin d'en rire, je les
admire avec motion et je souhaite toujours un pareil ridicule  mes
chers compatriotes.

Malgr l'ouverture prochaine du tir fdral, 500 officiers de toutes
armes s'taient rassembls les 16 et 17 juin dans le chef-lieu du canton
de Vaud.--Le 16, aprs avoir procd  la rception des dputations, on
s'est promen sur le lac et on est all faire une fort agrable
collation  Vevey. Le 18 tait le jour des discours et du dner. Les
discours ont eu lieu dans la cathdrale et le dner  Montbenon, sous
une tente lgamment dcore. Les orateurs ont lu des mmoires ou
soutenu des discussions sur des questions militaires. Les convives se
sont rgals avec apptit de mets et de vins excellents. Ce banquet
offrait un magnifique spectacle. Au del des poteaux qui soutenaient la
tente, et des beaux arbres qui l'entouraient, le spectateur ravi
apercevait, comme dit M. Victor Hugo, cette magnifique meraude du
Lman, enchsse dans des montagnes de neige comme dans une orfvrerie
d'argent.--Les dents d'Oche ne mordaient aucun nuage. Mme auteur.

Au dessert, des tostes nombreux ont t ports. Aprs celui de M. Druey,
conseiller d'tat, tous les assistants ont chant en choeur un hymne
compos tout exprs pour la circonstance par le pote de Lausanne, M.
Porchat, sur une des plus belles mlodies de Grtry. Les chants se sont
ensuite prolongs pendant une partie de la soire. A l'hymne de M.
Porchat ont succd des couplets de M. Hoegger, de Genve; des strophes
allemandes de M. Nessler, professeur au gymnase de Lausanne; et enfin
des chansons patoises d'une originalit remarquable. Ce magnifique
paysage, le plus beau dont l'oeil humain puisse tre frapp, a dit
Jean-Jacques Mousseau, l'air des montagnes si pur et si doux, cette
musique militaire qui accompagnait les chants patriotiques, ces coups de
canon tirs par intervalles, et que rptaient au loin les chos du Jura
et des Alpes, cette foule si joyeuse, si anime, et pourtant si calme,
tout cela avait produit sur moi une impression dont je jouissais avec
bonheur, et m'avait dispos on ne peut mieux en faveur de la solennit
nationale  laquelle j'allais me rendre.

De Lausanne passons donc sans transition  Ble; lanons-nous d'un seul
bond de la rive droite du lac de Genve sur la rive gauche du Rhin.
Cette ville, d'ordinaire si calme et si triste, elle est plus anime,
plus gaie que Rgent's-street ou que le boulevard de Gand. On a peine 
la reconnatre! Que dit ce crieur dont je ne comprends pas le patois?
Nous sommes au 29 juin, veille de la fte, il est huit heures du soir,
et 1,000 personnes environ errent dans les rues de la ville sans pouvoir
trouver un logement. On fait connatre leur embarrassante position 
tous les habitants. Et cependant les journaux annoncent depuis quelques
jours que le comit des logements a trouv moyen de loger environ 3,240
carabiniers  des prix modiques,  savoir: 500 gratis, sous des tentes,
170 chez des particuliers, sur la paille,  2, 2 1/2 et 3 batz; 100 dans
des lits,  la caserne, pour 3  6 batz; 2,000 chez des particuliers,
dans des lits,  5--20 batz, et 170 pour le prix de 25  40 batz.

Heureusement pour moi, mon titre de rdacteur de _l'Illustration_
m'avait assur une chambre trs-confortable chez le plus aimable de tous
les htes. Qu'il en reoive ici mes remerciements. Pourquoi m'a-t-il
dfendu de divulguer son nom? C'est un secret qui me cote  garder.

Le tir fdral n'avait pas eu lieu  Ble depuis 1827. L'tablissement du
chemin de fer d'Alsace, l'amlioration de toutes les voies de
communication, la cration de nouveaux moyens de transport, auraient
suffi pour attirer cette anne, dans ses murs, un nombre d'trangers
triple de celui qu'elle y avait reu il y a dix-sept ans, mais cette
fte annuelle devait tre prcde d'une fte sculaire, la clbration
du quatrime anniversaire de la bataille de Saint-Jacques. Qui n'a lu
dans Muller le rcit de ce mmorable sacrifice, comparable  celui qui a
immortalis les Thermopyles? Le 26 aot 1444, 1,500 Suisses confdrs
attaqurent prs de Saint-Jacques 8,000 Armagnacs, et ils se battirent
contre eux jusqu' ce qu'ils tombassent, percs de coups mortels, sur
les cadavres de leurs ennemis. 1,458 prirent vaincus  force de
vaincre, dit neas Sylvius; 32 gurirent de leurs blessures, et 10
seulement cherchrent leur salut dans la fuite; leurs compatriotes les
bannirent de la Suisse. Le dauphin de France, qui depuis fut Louis XI,
commandait les bandes mercenaires des Armagnacs. La valeur des
confdrs lui inspira un tel respect, qu'il se hta de conclure la
paix, et que des lors il rsolut de prendre des Suisses  son service.
Un monument de pierre a t lev par les Blois, en 1824, en
commmoration de la bataille de Saint-Jacques.

A quatre heures du matin, le 30 juin, je fus rveill en sursaut par un
coup de canon. C'tait le premier signal de l'ouverture de cette double
fte. Deux heures aprs, les clochers de la cathdrale firent, selon le
programme officiel, entendre leurs plus beaux accords; mais au son des
cloches,--douce surprise!--se mlaient les voix d'un choeur nombreux de
chanteurs posts au haut des tours. A sept heures, ce concert fini,
toutes les cloches de la ville annoncrent le service divin qui devait
avoir lieu dans les quatre principaux temples. Laissant, quant  moi,
les acteurs de la fte se runir sur la place de la cathdrale, je me
rendis avec une foule considrable hors de la porte d'schen, le long de
la route o devait passer le cortge.

Ce cortge ressemblait un peu  tous les cortges passs, prsents et
futurs; mais il offrit plusieurs particularits curieuses qui mritent
une mention. Il se composait d'une telle quantit d'artilleurs, de
sapeurs, de fantassins, de corporations, de carabiniers, qu'il mit prs
de trois heures  dfiler. Regardons-les passer et n'en disons rien;
mais remarquez, je vous prie, le corps des cadets artilleurs de Ble,
c'est--dire trente jeunes gens de quinze  dix-huit ans, avec de
petites capotes, de casquettes rouges et blanches et deux petites pices
de canon parfaitement propres et bien montes. Cette artillerie en
miniature est suivie d'une infanterie lilliputienne qui consiste en
quatre sapeurs sans barbe, un tambour-major tout petit, une dizaine de
tambours dont la taille est proportionne  celle de leur chef, et cinq
pelotons de vingt hommes. Le plus g de ces soldats n'a pas quinze ans.
Ce sont les coliers du collge de Ble organiss militairement comme
dans la plupart des cantons suisses: veste ronde en toile grise,
pantalon blanc, casquette verte avec broderie carlate, buffleteries
noires, un sac, un fusil, un sabre et une giberne, tel est l'uniforme,
telles sont les armes de ces charmants petits fantassins qui paraissent
assez difficiles  discipliner, et qui n'observent pas la consigne de
silence dans les rangs.

En avant des autorits municipales marchait en outre un gant vivant
vtu du costume national du moyen ge, et tout bard de fer. Enfin, deux
hommes d'une taille et d'une constitution moins extraordinaires,
galement vtus du costume suisse du moyen ge, suivaient la musique du
bataillon de la landwehr, portant d'normes gobelets en forme de cornes
garnis d'argent.

Ces gobelets, dont la vue piquait vivement ma curiosit, devaient jouer
un grand rle dans les crmonies prochaines. Je les suivis longtemps
des yeux; mais ils franchirent le seuil de l'enceinte rserve dont
l'entre tait interdite aux trangers. Que se passa-t-il alors dans ce
sanctuaire? Mon hte me l'apprit le lendemain; on pronona des discours,
on inaugura une table de marbre sur laquelle sont gravs les noms des
capitaines et le nombre de soldats morts  la bataille de Saint-Jacques,
et les autorits de Ble offrirent aux confdrs des autres cantons,
dans ces coupes tranges, le vin d'honneur, le _schweitzerblut_, le
_sang suisse_, qui crot  l'endroit mme o succombrent les hros de
1444.

Ces crmonie acheves, je revins  Ble avec le cortge. On se rendit
d'abord  l'htel de ville, o les membres du gouvernement, entours du
corps d'officiers blois, reurent le comit central du dernier tir
fdral de Coire, les prsidents des socits de tir cantonales et le
comit d'organisation du tir fdral actuel. Quelques coupes du vin
d'honneur furent bues de nouveau  la prosprit de la patrie, et on se
dirigea alors vers la Schtzenmatte, en franais la place du tir.

Pour se rendre  la Schtzenmatte, on passe par le faubourg Saint-Paul,
lgamment dcor,  l'extrmit duquel se trouve la porte du mme nom,
flanque d'une haute tour crnele; c'est la plus belle porte de Mle.
Arriv sur le boulevard extrieur, on voit de loin flotter les flammes
blanches et rouges au haut des mts qui entourent l'enceinte du tir.

L'immense emplacement du tir fdral, avec toutes ses dpendances,
occupe une superficie de 160,000 mtres carrs; toutes les constructions
sont de style gothique et en bois, mais un lger badigeon gristre leur
donne l'apparence d'un difice en pierre de taille. Au milieu se trouve
une vaste enceinte de 66,000 mtres carrs, dans laquelle on pntre par
un arc de triomphe  trois arcades, dont les deux entres latrales sont
surmontes de tours crneles, hautes de 17 mtres, et flanques chacune
de quatre tourelles octogones. La largeur totale de cette construction
est de 22 mtres, et dans l'intrieur des deux ailes, des escaliers
conduisent  des espces de chambres servant de gte  soixante hommes
de service. Aprs avoir pass sous une vote de 6 mtres de profondeur,
vous vous trouvez sur une vaste place formant un carre oblong d'une
longueur de 230 mtres sur une largeur de 196, et sur laquelle 10,000
hommes peuvent circuler commodment. A l'extrmit oppose  l'arc de
triomphe se trouve un simple portique en cloison, galement  trois
arcades. De chaque ct de ce portique, ainsi que de l'arc de triomphe,
s'lve une espce de chteau fort octogone, de 23 mtres de diamtre,
compos d'un rez-de-chausse et d'un premier tage, et surmont d'un
belvdre crnel  deux balcons. Deux de ces constructions, celles
voisines de la galerie des tireurs, servent de cafs-restaurants pouvant
contenir chacun 5  600 personnes. Dans une troisime on a tabli au
rez-de-chausse le corps de garde de la milice, au premier tage, une
salle de dlibration pour les comits, enfin la quatrime, lieu de
dpt pour les pompes  incendie, offre en mme temps une chambre de
repos aux marqueurs.

[Illustration: Porte d'entre du tir fdral.]

A droite se prolonge, sur une longueur de 200 mtres sur 21 de largeur,
et perce de 42 croises ogivales, la vaste galerie des tireurs. Au
milieu de cette galerie, un portique flanqu de tourelles, orn des
armes des 22 cantons et de peintures reprsentant la bataille de
Saint-Jacques, renferme la caisse et le bureau fdral. Vis--vis du tir
et dans les mmes proportions, mais avec une largeur presque triple, est
tablie l'immense cantine ou salle  manger dont on admire la belle et
solide charpente; aux quatre angles, les constructions octogones sent
relies avec les extrmits du tir et de la cantine par des galeries
servant de bazars et de bureaux. Mais le principal ornement de la grande
cour, c'est le pavillon des prix d'honneur, en forme de croix, lgante
chapelle o le jour pntre de tous cts,  travers de hautes et
sveltes fentres en ogive aux gracieux ornements, et du centre de
laquelle s'lance,  une hauteur de 30 mtres, une tour surmonte de la
statue colossale d'un guerrier du moyen ge (Hermann Seevogel, de Ble),
arm de toutes pices et portant l'tendard fdral. Un balcon
circulaire couronnant le milieu de la tour est destin  recevoir les
drapeaux des socits locales; sur un autre, plac plus haut, sont
plants ceux des socits cantonales. Sept fontaines distribues sur les
diffrents points de l'enceinte fournissent de l'eau en abondance.

Mais les dessins que je vous envoie vous donneront une ide plus exacte
que mes descriptions de toutes ces merveilles.

Le cortge introduit dans l'enceinte, on arbora le drapeau fdral au
sommet du pavillon des prix; des acclamations universelles se mlrent
alors  une salve de 22 coups de canon; puis les drapeaux des cantons et
des socits particulires furent successivement levs sur les galeries
infrieures.

Il tait trois heures quand ces diverses crmonies se terminrent.
Depuis le matin tous les assistants jenaient. Au signal donn, chacun
se prcipita vers la salle  manger du tir, qui avait fait publier
depuis quelques jours dans les journaux la note suivante:

La salle  manger, construite sur la place o se fera le tir, a 400
pieds de long, 160 pieds de profondeur, 41 pieds de haut; la faade a
une longueur de 160 pieds, et un pristyle d'environ 13  16 pieds, qui
renferme deux bureaux et deux escaliers conduisant aux galeries des
dames.

[Illustration: Pavillon des drapeaux et des prix.]

Cette immense salle peut contenir commodment autour de 153 tables,
4,500 personnes et au moins 4,000 prs de la tribune des orateurs. Le
btiment a trois pignons couverts de papier d'asphalte. Pour son
achvement, il a fallu 70,000 pieds cubes de bois de construction,
200,000 pieds carrs de planches, 20,000 lattes doubles, 20,000 lattes 
tuiles, 25 quintaux de clous, une grande quantit de vis et de crochets.

La faade est surmonte de 16 petites tours, de 36  51 pieds
d'lvation, garnies de moulures, d'armoiries et d'ornements cisels en
bois.

Les besoins journaliers pour le dner sont valus  environ 4,400
livres de boeuf, 2,200 livres de veau, mouton et porc, 4,200 livres de
pain. Il a t command 25 quintaux de charcuterie et 50 sacs de pommes
de terre.

Les fournitures de lgumes qui proviennent des environs de Colmar,
commenceront le 29 juin par le chemin de fer. Les provisions en vins
s'lvent  environ 420,000 bouteilles de vin destin aux arquebusiers,
14,500 bouteilles de vin d'honneur, parmi lesquelles se trouvent 2,400
bouteilles vritable _sang-suisse_, 1,000 bouteilles de vin de
Champagne, 1,000 bouteilles de vin de Bordeaux, 1,000 bouteilles
d'Yvorne, 600 bouteilles de vin de Margraviat de 1753, 500 bouteilles de
Neuchtel, 500 bouteilles de vin du Rhin, 500 bouteilles de vin de
Bourgogne, 300 bouteilles de Xrs et Malaga, et 1,000 cruchons d'eau de
Selters.

Les dners sont prpars par un chef de cuisine, aid de 5 cuisinires,
3 ptissiers et 4 trancheurs; 10 personnes sont charges de la
prparation des lgumes, 22 autres ont soin de la vaisselle. Le service
dans l'intrieur de la salle  manger est dirig par 200 sommeliers en
uniforme, dont 180 en activit et 20 en rserve.

L'administration de la cave est confie  un surveillant en chef et 4
surveillants en sous-ordre, et celle de la cuisine,  2 surveillants en
sous-ordre et 6 aides.

Les tables seront couvertes de linge damass blanc et gris,
confectionn dans les fabriques des cantons de Berne, d'Argovie et de
Thurgovie.

Les commandes en vaisselle faites jusqu'au 1er mai s'lvent dj 
environ 400 soupires, 1,706 plats, 700 saladiers, 300 moutardiers,
20,000 assiettes, 10,000 verres  vin, 300 verres  vin de Bordeaux, 200
verres  vin du Rhin dits Rmer, 600 salires, 5,000 couteaux et
fourchettes, 5,000 cuillers, 350 cuillers  ragot, et 200 couverts 
trancher.

[Illustration: Le Stand, Salle du tir fdral.]

Il devait y avoir, comme vous le voyez, beaucoup d'lus dans ce paradis;
toutefois le nombre des appels tait si considrable, qu'il me fut
impossible de trouver une place; j'avais le numro 12,587. Je retournai
donc  Ble, mourant de fatigue et de faim, mais bien rsolu, mon cher
directeur,  remplir mon devoir jusqu'au bout, duss-je en mourir, me
promettant d'assister le lendemain  l'ouverture du tir, qui tait
annonce pour six heures.

(_La fin  un prochain numro._)



Inauguration de l'clairage au Gaz sur la place Saint-Marc, et Fte de
la Tombola,  Venise (8 juin 1844).

[Illustration: Inauguration de l'clairage au gaz et tombola sur la
place Saint-Marc,  Venise.]

Venise eut longtemps la rputation d'une ville de plaisir. Outre son
carnaval, qui attirait les trangers de toute l'Europe, un grand nombre
de rjouissances priodiques y taient clbres, presque toutes
ennoblies par le souvenir des vnements auxquels elles devaient leur
origine.

La plus grande pompe tait surtout dploye dans les crmonies
politiques, notamment dans celle o chaque anne, le jour de
l'Ascension, le doge, mont sur le Bucentaure, entour de la noblesse,
accompagn de toutes les gondoles de Venise, allait pouser la mer, aux
yeux de tous les ambassadeurs trangers, qui semblaient, par leur
prsente, reconnatre cette prise de possession. Le gouvernement
lui-mme s'appliquait  multiplier les ftes et les spectacles,
ingnieux qu'il tait  occuper et  distraire une population plus
dispose  tenir compte des soins donns  ses plaisirs que des
concessions faites  son indpendance.

Enfin ce n'tait pas une institution purement, frivole, que cet usage
habituel du masque, ddommagement ncessaire de l'ingalit qui existait
entre les diverses classes de la population de Venise. A la faveur du
masque, un snateur en robe, en grande perruque, venait s'asseoir devant
une table entoure de personnages marqus comme lui, et tenait la
banque, comme il aurait prsid un tribunal. Cette fureur du jeu tait
plus gnrale  Venise qu'ailleurs, parce que le gouvernement se croyait
intress  l'encourager, et que, dans les premiers temps, la banque
tait tablie sur la place publique. A diverses poques, la ruine
clatante de beaucoup de familles fit interdire les jeux de hasard; mais
cette prohibition ne fut jamais que momentane.

Nous retrouvons encore aujourd'hui comme un souvenir et un dernier
vestige de cet ancien usage dans la Tombola, espce de loterie qui se
tire annuellement, et de jour, pendant le carnaval, sur la place
Saint-Marc, et dont les produits reoivent une destination charitable et
mieux approprie aux besoins moraux de notre sicle. Cette anne, pour
la premire fois, la Tombola n'a pas t tire  l'poque, ordinaire;
elle a t ajourne jusqu'au samedi 8 juin, afin de donner quelque
solennit  l'inauguration de l'clairage par le gaz de la place
Saint-Marc, et le tirage a eu lieu de nuit.

La Tombola est faite par les soins de l'administration des
tablissements de bienfaisance publique, et au profit de ces
tablissements. On distribue un nombre considrable de billets, ou
cartons de loterie, absolument comme au loto. Celui qui a un quaterne
gagne 600 zwanziger, ou livres autrichiennes (la livre autrichienne vaut
87 centimes); celui qui a un quine gagne 800 livres, et le joueur assez
heureux pour marquer les quinze numros inscrits sur son billet gagne la
Tombola, qui est de 2,000 livres. Comme le nombre des gagnants est
trs-faible, l'argent pay par l'administration est peu de chose, et une
grande partie de la recette reste pour les pauvres. Ainsi, dans la
dernire Tombola, 40,000 billets environ ayant t pris, ont donn
40,000 livres; et comme il n'a t gagn que trois quaternes et deux
tombola, l'administration n'a eu que 5,800 livres  payer aux gagnants.

La crmonie a commenc le 8 juin  neuf heures du soir, sous la
prsidence de la commission des tablissements de bienfaisance place
sur une estrade leve en avant de l'glise Saint-Marc. Sur cette mme
estrade taient la roue de fortune, l'enfant qui tirait les numros et
trois trompettes.

Un coup de trompette annonait le tirage de chaque numro, qui tait
ensuite annonc par des crieurs distribus aux quatre coins de la place,
et affich en haut de deux tribunes, en mme temps que sur une tour
carre, construite au milieu de la place et surmonte d'une urne. Sur
les quatre faces de cette tour on appliquait de gros chiffres indiquant
les numros au fur et  mesure qu'ils sortaient: ceux-ci taient 
demeure. Autour des numros rgnait une double range de becs de gaz.
Quand un quaterne tait gagn, on allumait on feu de Bengale, et au son
de la musique militaire, le gagnant venait faire vrifier sur l'estrade
son billet, pour toucher l'argent le lendemain. Toute la place tait
couverte de monde, et offrait un curieux spectacle par la varit des
costumes pittoresques de Grecs,  Armniens, etc. Une ligne double de
troupes maintenait le bon ordre.

Le gaz tait employ depuis huit ou dix mois dans les magasins des
galeries; mais la municipalit ne l'avait pas encore utilis pour
l'clairage de la place. De chaque cot, trois colonnes s'lvent
surmontes d'une couronne d'o jaillit la flamme du gaz, et du milieu de
chaque arcade des galeries s'avance un trs-long bras de fer supportant
une lanterne. La faade de la cathdrale est claire par trois de ces
lanternes, une dans chacun des intervalles qui sparent les grandes
portes.

La soire du 8 juin s'est termine par un feu d'artifice tir au jardin
public de Napolon, sur la lagune, au milieu de la mer. Du quai des
Esclavons et de la Piazzetta, tous ces feux rouges et bleus qui se
rflchissaient dans les eaux, formaient, avec les gondoles illumines,
un magnifique tableau.

Le jeudi prcdent avait eu lieu la rgate, ou course des gondoles dans
le grand canal.



Le Sacrifice d'Alceste.

(3e partie.--V. p. 297 et 314.)

Par une sombre et pluvieuse soire de l'anne 1793, un homme dj sur le
dclin de l'ge, revtu du costume grossier d'un paysan, suivait un
chemin troit et encaiss qui allait rejoindre la grande route de
Rennes. A ct de lui, marchait une jeune fille enveloppe d'une paisse
mante de laine brune. Tous deux s'avanaient avec peine dans ce sentier
fangeux, que sillonnaient de profondes ornires. Le vieillard trbuchait
 chaque pas dans ces cavits perfides que la vase et l'eau
dissimulaient dans l'ombre, et comme incertain de la route qu'il devait
suivre, s'arrtait sans cesse en gmissant tout, bas, tandis que la
jeune fille essayait en vain de le soutenir et de hter sa marche.

Mon Dieu! murmura-t-elle; pressons le pas! que deviendrions-nous si la
nuit nous surprenait ici? Heureusement nous ne sommes plus loigns de
la ferme des Essarts, et sans doute nous y serons reus.

--Dieu le veuille! rpondit le vieillard d'un ton dsespr; car je ne
serais pas en tat d'aller plus loin, quoi qu'il puisse arriver.

Et ils continurent leur route; mais plus ils avanaient, et plus elle
devenait difficile. La jeune fille, dont l'nergie semblait avoir
jusque-l soutenu son pre, s'puisait en vains efforts sur ce sol
dtremp, o ses pieds s'enfonaient et glissaient  chaque pas.

Mon Dieu! dit-elle tout  coup avec un mouvement de terreur, voil des
chevaux!

En effet, on entendait le bruit d'une troupe d'hommes  cheval galopant
dans la vase, et  travers la brume et l'obscurit, on pouvait
distinguer des uniformes, des plumets et des charpes tricolores. Les
deux voyageurs se rangrent contre le talus; par un mouvement
instinctif, la jeune fille se mit devant son pre, comme pour le cacher
et le protger. L'un des cavaliers s'arrta.

Citoyens! cria-t-il, savez-vous ce qui s'est pass aujourd'hui au
chteau de Larcy?

--Oui-da! rpondit la jeune fille, avec un accent et dans un patois que
l'tranger, pench sur le cou de son cheval piaffant dans la boue,
semblait avoir peine  comprendre; le citoyen maire est venu au chteau
pour arrter les aristocrates, le baron et sa fille. Dame, ceux-ci se
sont sauvs, et le chteau a t pill: mais le vieux tratre n'a pas
t loin, car on dit qu'il a t arrt et pendu  vingt pas du chteau.

--C'est bon! Adieu, citoyenne, cria le cavalier; et il partit au grand
trot.

--Marchons vite! dit la jeune fille  voix basse en prenant le bras du
vieillard; ceux-l sont tromps, tchons de gagner la ferme avant d'un
rencontrer d'autres.

Ils sortirent enfin du bourbier et htrent le pas. Le chemin devenait
plus praticable, et bientt ils atteignirent la ferme des Essarts. Ils
pntrrent dans une arrire-cour dserte, et la jeune fille frappa 
une petite porte que la fermire vint ouvrir d'un air tonn.

Que demandez-vous? dit-elle.

--Un abri et une place au feu. Nous sommes gars.

--Entrez, rpondit la fermire avec quelque hsitation; et elle les
introduisit dans la salle o Dominique le fermier se chauffait au feu de
l'tre. Les deux voyageurs s'approchrent de la haute chemine afin de
scher leurs habits tremps de vase et de pluie.

Le fermier les examina quelque temps avec dfiance.

O allez-vous donc comme cela, citoyens? dit il, enfin.

--Nous allons  Rennes, dit le vieillard, et nous voudrions trouver une
voiture pour nous y conduire. En connaissez-vous quelqu'une par ici que
nous puissions louer?

--Louer une voiture! rpliqua Dominique, qui fit un mouvement au son de
cette voix; et en mme temps ses yeux s'arrtaient sur les petites mains
blanches et dlicates que la jeune fille mettait devant sa figure pour
se garantir de la flamme; et peut-tre aussi pour se cacher; une
voiture! rpta-t-il avec expression; ce n'est pas ainsi que voyage un
paysan... pas plus que ces mains-l ne sont celles d'une paysanne!
Qu'tes-vous venus faire ici?

--Vous demander un asile, Dominique, rpondit Mathilde on se dcouvrant,
un asile seulement pour cette nuit!

--Mademoiselle Mathilde! s'cria la fermire en lui prenant les mains
avec effusion.

--Grand Dieu! s'cria te fermier; vous ici! le baron de Larcy dans ma
ferme!

--Oui... je suis poursuivi... et je vous demande de me secourir.

--Vous me demandez de me perdre! interrompit Dominique hors de lui; ne
savez-vous pas que vous tes hors la loi, et qu'il y a peine de mort
pour tous ceux qui vous reclent! Si l'on sait que vous avez mis le pied
ici, moi, ma femme et mes enfants, nous sommes tous perdus! Sortez,
sortez bien vite! Si vous restiez ici, je devrais vous dnoncer!

--Quoi! Dominique, rpondit le baron avec calme, c'est ainsi que vous me
recevez! Quel mal vous ai-je fait?

--A moi personnellement... aucun. On dit que vous avez appel l'tranger
et sem la guerre civile. C'est un crime... Moi, je ne m'en fais pas
juge. Je vous dis seulement, sortez, allez ailleurs. Mais demandez 
Bastien et  Gervais, demandez  Lonard ce que votre pre, de triste
mmoire, a fait aux leurs, et vous saurez pourquoi ils ont bris la
porte de votre chteau ce soir.

--Ainsi, reprit le baron d'une voix altre, vous me refusez l'abri de
votre toit pour une nuit. Et cette enfant, ajouta-t-il en montrant
Mathilde, l'enveloppez-vous dans cette mme haine, dans cette mme
vengeance?

Le fermier parut hsiter

Non, non! s'cria Mathilde. Mon pre! avez-vous pens que je pourrais
vous quitter un moment?... Adieu Madeleine... Je ne vous en veux pas.

Et elle tendit sa main  la fermire, qui se tenait appuye contre le
mur, les mains croises sur sa poitrine. Madeleine prit sa main et la
baisa en pleurant... puis les deux fugitifs se trouvrent encore une
fois seuls sur la route.

Toutefois, par un singulier contraste, cette dernire scne avait rendu
au vieux baron toute son nergie. Ce coup, loin de l'abattre, l'avait
relev; et il s'achemina d'un pas beaucoup plus ferme vers la taverne du
pre Lartier, espce d'auberge ouverte  tout venant, sur le bord de la
route.

Dans la foule, dit-il, on ne fera peut-tre pas attention  nous, et
nous pourrons faire marche pour une voiture.

Il y avait, en effet, beaucoup de monde dans la salle; on y parlait trs
haut, et les deux fugitifs s'y glissrent sans qu'on prt la peine de
les regarder. Le baron demanda un pot de cidre et s'assit  une table
isole avec Mathilde. Au milieu de la salle, quatre ou cinq individus,
arms de mauvais sabres et de pistolets rouills, discouraient des
vnements de la journe, et se vantaient d'avoir pris part  la
dvastation du chteau de Larcy.

Par le sang Dieu! disait l'un, si j'avais attrap le vieil aristocrate,
je ne l'aurais pas laiss partir, moi, car je le connais bien.

--Sortons! dit Mathilde bas  son pre.

--O irions-nous? dit le baron. Que la volont de Dieu soit faite!

--Tchons de nous procurer au moins cette voiture sur-le-champ. Je vais
parler  l'aubergiste. De la part d'une femme, la demande d'un chariot
paratra toute naturelle.

Mathilde se leva et alla trouver le pre Lartier.

Une charrette couverte, ma petite mre? dit-il. Oh! Rousseau!
cria-t-il en s'adressant  l'orateur de la bande, veux-tu louer ton
chariot pour un voyage de Rennes, aller et retour?

--Ce ne serait pas de refus, dit Rousseau; mais cela dpend du prix,
quoi!

--Eh bien, tenez, ma petite mre, continua l'aubergiste, voil votre
homme. Faites, votre affaire avec lui si vous pouvez.

Mathilde s'approcha, non sans quelque rpugnance, de cet individu,
vritable figure de bandit qui lui inspirait une terreur profonde.
Rousseau sembla s'en apercevoir, et, tout en l'examinant avec attention,
se mit  dbattre avec elle le prix de sa voiture.

Mais aprs tout, citoyenne, il faut voir d'abord si elle vous convient,
dit-il enfin. Venez avec moi sous la remise, et je vais vous la montre.

--Comment, sacrebleu! dit l'un des voisins, tu vas louer notre chariot,
Rousseau, et pour aller  Rennes? Ne sais-tu pas qu'il nous le faut pour
partir demain  midi?

Tous les autres, avertis alors de ce qu'il s'agissait, firent chorus et
se levrent  la fuis.

Mais si on le paie bien! cria Rousseau. Venez avec nous, parbleu! et
nous conclurons tous ensemble le march. Mathilde tait trop avance
pour reculer sans danger. Runissant tout son courage, elle sortit au
milieu de ces hommes  demi gris, et se dirigea vers la remise, espre
de hangar adoss contre le mur de la cour.

A ce moment, un grand et bel homme, revtu d'un uniforme de capitaine
rpublicain, parut sur le seuil de l'auberge. Il s'arrta un moment et
jeta un coup d'oeil rapide tout autour de la salle, que le dpart des
chenapans qui l'encombraient un moment auparavant laissait presque vide;
puis il entra, et on fit lentement le tour, examinant avec attention
toutes les personnes qui s'y trouvaient. Cet examen effraya
singulirement le baron de Larcy, qui,  chaque fois que le capitaine
s'arrta devant lui, ne put s'empcher de tressaillir et de tourner la
tte.

Que voulez-vous, capitaine? dit l'aubergiste.

--Un pot de cidre et deux verres sur cette table, dit l'officier.
Parbleu! pre Robineau! ajouta-t-il en frappant rudement sur l'paule du
baron, ne me reconnaissez-vous pas? Il y a une heure que je vous
cherche.

Le baron leva la tte, stupfait... et poussa un cri touff: c'tait
Nathaniel de Keraudran.

Ah! ah! dit Nathaniel en posant sa main sur la sienne et en la serrant
fortement, il parat que vous ne vous attendiez pas  me voir. Mais nous
allons boire un coup avant de partir... O est votre fille?

--Elle est en march pour louer un chariot, rpondit le baron d'une voix
altre par l'motion.

--C'est inutile maintenant, rpliqua Keraudran avec le mme sang-froid.
J'ai ma voiture, et vous monterez derrire, pre Robineau. Ah a, que
fait donc votre fille?...

--Elle est dans la remise  voir la voiture, dit Lartier, qui apportait
le cidre.

--Je vais la chercher, reprit Keraudran. Buvez un coup en m'attendant,
pre Robineau, c'est moi qui paie.

Et il sortit vivement, se dirigeant vers la remise indique. En
approchant, il entendit des voix animes, des plainte touffes...

Aprs tout, disait Rousseau, pour une petite aristocrate, tu fais bien
la mijaure!... Aimes-tu mieux que nous te fassions couper la tte?
Choisis vite. Parbleu! tu n'en mourras pas de cette fois...

Ces hideuses paroles eurent  peine frapp les oreilles de Keraudran,
qu'il s'lana vers la porte pour l'ouvrir... Elle tait barricade...
Sans perdre un temps prcieux pour chercher  l'enfoncer, il courut 
l'troite ouverture qui servait de fentre, la franchit rapidement et
sauta dans la remise.

Cette soudaine apparition dconcerta les bandits. Ils reculrent de
surprise, et, dans leur trouble, Mathilde, perdue, palpitante, put
s'chapper des mains de Rousseau, qui dj l'avait saisie, et courut se
blottir derrire son dfenseur.

Ah! tas de bandits! lches coquins! cria Keraudran en agitant son sabre
avec fureur, vous vous mettez cinq contre une femme! Attendez, sang
Dieu! et je vous en ferai passer l'envie!

Mais les mauvais drles taient revenus de leur premire surprise; et, 
la clart de l'unique chandelle qui fumait sur le sol, pique dans une
bobche-brle-tout de fer, ils virent aussitt que Keraudran tait seul.

Parbleu! il n'est pas mauvais, le militaire! s'cria Rousseau avec un
clat de rire ironique. C'est--dire qu'il la voudrait  lui tout seul,
le godelureau. Mais, patience! aux derniers les restes.

--Oh! je vous en conjure! s'cria Mathilde en se prcipitant vers lui,
qui que vous soyez, dfendez-moi!

--Voyons! rpta Rousseau, accepte, ou file.

Et il tira le sabre; tous les autres Limitrent.

Ah! vous vous mettez toujours cinq contre un, lches que vous tes!...
Eh bien!... tiens!

Et, du premier revers, il abattit Rousseau  ses pieds. Les autres
poussrent un cri de fureur et fondirent tous ensemble sur lui. Une
mle terrible s'ensuivit. Keraudran, accul dans l'angle de la remise,
et couvrant Mathilde de son pe et de son corps, se dfendait comme un
lion contre les quatre assaillants. Par un coup heureux, il en mit un
second hors de combat. Mais la partie tait encore trop ingale. Dj
bless, il allait infailliblement succomber.

A moi,  moi, Jacob! criait-il en se battant en dsespr,  moi!

--Voici, voici, capitaine! rpondit son domestique Jacob, paraissant 
la lucarne, portant un pistolet d'aron de chaque main.

Mais, dans cette furieuse mle, la lumire avait t foule aux pieds,
et Jacob ne distinguait rien dans l'obscurit.

O tes-vous, capitaine? cria-t-il.

--Ici! rpondit Keraudran avec un cri de triomphe. Feu partout!

Jacob dchargea coup sur coup les deux pistolets au hasard. Keraudran
profita de la frayeur des assaillants pour courir  la porte et tcher
de l'enfoncer ou de l'ouvrir.

Le bruit des coups de feu avait retenti jusque dans la salle de
l'auberge.

Qu'est-ce que cela? dit Lartier avec terreur. On se fusille!... C'est
ce maudit Rousseau qui fait des siennes, sr!

A ce moment Keraudran parut, couvert de sang, ses vtements dchirs,
son pe nue  la main, et tenant encore embrasse Mathilde  demi
vanouie.

Ah! tas de chouans que vous tes! cria-t-il d'une voix terrible, vous
attirez donc chez vous les officiers de la rpublique pour vous mettre
dix contre un et les assassiner! Sang Dieu! ds demain, infmes
brigands! je vous fais fusiller jusqu'au dernier!

--Monsieur l'officier!... citoyen capitaine!... rptait Lartier perdu,
ce n'est pas moi... ce n'est pas nous..

--Qu'on se taise; et qu'on obisse! interrompit Keraudran. Trois chevaux
de rquisition  ma voiture, et pas de raisons! On part dans cinq
minutes.

Quelques instants aprs, Mathilde, Nathaniel et le baron de Larcy
partaient au galop pour le chteau de Keraudran, o ils arriveront sans
accident.

Une fois au chteau, il fallut se conduire avec prudence, en attendant
qu'il ft possible de se procurer des passe-ports. Le baron de Larcy
passa pour jardinier, sous le nom de Robineau, et Mathilde pour femme de
chambre Ils se montraient au reste le moins possible, et attendaient
avec impatiente le moment o ils pourraient fuir  l'tranger sans
pril.

Un matin, Nathaniel se trouvait seul lorsque Jacob entra tout effar.

Capitaine! s'cria-t-il, savez-vous ce qu'on dit? On va faire une
perquisition ici!

--Et pourquoi? demanda Keraudran, plissant  cette terrible nouvelle.

--On prtend que vous cachez dans le chteau des gens mis hors la loi.
C'est un des mauvais garnements que vous avez si bien charps l-bas
qui vous a dnonc. On sera ici dans une heure.

--Eh bien! qu'ils viennent! rpondit Keraudran avec sang-froid.
Tiens-toi  la porte d'entre pour les recevoir.

Aussitt qu'il fut sorti, Keraudran courut chercher le baron de Larcy et
Mathilde. Il les enferma dans une espce de petit cabinet secret plac
prs de son alcve, et attendit tranquillement les dlgus de la
commune. Quelques instants aprs, le maire entra. Il tait seul et sans
charpe.

Vous n'attendiez pas ma visite sans doute, citoyen capitaine? dit-il 
Keraudran.

--Je vous recevrai toujours avec plaisir, citoyen maire; vous pouvez en
tre certain d'avance.

--Peut-tre. Mais, aujourd'hui, les moments sont prcieux. Vous donnez
asile dans votre chteau  des ennemis de la rpublique.

--Comment? Vous tes tromp, citoyen maire, et...

--Non, non; je suis certain de ce que j'avance Vous cachez ici le baron
de Larcy et sa fille, qui sont hors la loi. Nos renseignements sont
srs, et vous le nieriez en vain. Mais avant de venir ici, comme maire,
remplir un devoir svre, bien qu'indispensable, j'ai voulu vous voir
encore une fois comme ami, vous prvenir du danger, et vous supplier de
vous y soustraire.

--Je vous en remercie bien sincrement C'est une marque d'intrt que
j'apprcie comme je le dois. Mais ce danger n'existe pas, et...

--Je vous ai dj dit qu'il tait inutile de nier. Soyez persuad que je
ne viens pas ici chercher des renseignements et tirer parti de votre
confiance. Je n'ai plus rien  apprendre. C'est pour vous, monsieur de
Keraudran, que je viens aujourd'hui. Vous connaissez la rigueur de lois.
Or, j'ai pour vous une haute estime. Je sais que vous tes dvou aux
principes de la rvolution, que vous avez pris les armes pour dfendre
la patrie, et que vous ne seriez pas homme  dserter devant l'tranger
le drapeau que vous avez choisi. Je comprends aussi le sentiment qui
vous porte  donner asile au baron de Larcy. Ce serait donc pour moi une
peine bien vive d'tre oblig de vous envelopper dans la mme poursuite
comme ennemi de l'tat, et je viens vous supplier de me l'pargner.

--Comment cela, monsieur le maire? rpondit Keraudran. Je sais que le
gouvernement de la rpublique ne se fait pas faute aujourd'hui de
souponner et de poursuivre ses plus fidles serviteurs. Mais je ne vois
pas comment je pourrais me soustraire  une poursuite que rien ne
justifie  mes jeux. Ce serait m'avouer coupable, et...

--Pour Dieu! monsieur de Keraudran, interrompit le maire avec une
certaine agitation, je vous ai parl avec trop de franchise pour que ces
dtours puissent vous paratre encore ncessaires. Le baron de Larcy et
sa fille sont chez vous. Je vais faire dans quelques instants une
perquisition dans le chteau; je sais o les prendre; je les prendrai...
et je vous arrterai en mme temps comme complice... Je le dois... et je
le ferai. Or, l'arrestation, c'est la mort. Eh bien!... faites, quand je
viendrai, que les coupables ne soient plus au chteau... Renvoyez-les.
Notre perquisition sera inutile, et nous vous lierons nos excuses.

Il y eut un moment de silence... de silence terrible pour les deux
rfugis, ou plutt pour la seule Mathilde, car elle s'tait rapproche
de la porte secrte, et, l'oreille sur la serrure, elle avait pu saisir
le sens de cette conversation. Le baron de Larcy n'avait rien entendu.

Je le sais, monsieur le maire, rpondit Keraudran; l'arrestation...
c'est la mort. Mais je ne redoute ni l'une ni l'autre.

Il y eut un second silence. Le maire reprit aprs quelques instants,
d'une voix altre: Je n'accepterai pas encore cette rponse pour votre
dernier mot. Vous rflchirez, monsieur de Keraudran, je l'espre. Je
vous en conjure, ne sacrifiez pas votre vie par un dvouement inutile 
ceux mmes que vous voudriez sauver. Votre vie est prcieuse, capitaine.
La rpublique n'a pas trop de dfenseurs comme vous, d'officiers
clairs, instruits, qui puissent guider ses enfants qui n'ont encore
que le courage sans tude et sans exprience. Je crois servir mon pays
en mme temps que mon amiti en insistant auprs de vous comme je le
fais, capitaine... Soyez seul au chteau dans une heure d'ici... Je vous
en conjure une dernire fois!

--Je vous remercie, monsieur le maire... et je vous dis adieu! rpondit
Keraudran d'une voix mue. Je compte vous revoir dans une heure... et
vous saurez alors que je sais me conserver pour la rpublique. Au
revoir.

Et il le reconduisit  la porte en lui serrant la main. Mathilde,
anantie de terreur, tomba sur un sige en se cachant le visage entre
les mains. Presque aussitt, Keraudran ouvrit la porte du cabinet. Il
tait excessivement ple, mais calme.

Je viens vous rendre la libert, dit-il en souriant. La rclusion n'a
pas t longue.

--Non, rpondit le baron; cependant, je commenais  m'inquiter.

--Capitaine! dit Jacob, qui parut  la porte; il est sorti!

--Bien!... coute, Jacob!

Et il alla avec lui dans l'antichambre. Nous avons six chevaux dans
l'curie?

--Oui, capitaine.

--Bon! Fais-les seller tous les six. L'andalous portera une selle de
femme.

--Bien, capitaine.

--Prends ton uniforme... ainsi que Vincent et Robert. Les pistolets aux
fontes, et des munitions. Nous aurons  en dcoudre.

--Bon! capitaine.

--Ils vont venir pour nous arrter dans une demi-heure... nous leur
passerons sur le ventre.

--Oui, capitaine,

--Bien; en selle, dans la cour d'honneur.

--Suffit, capitaine.

Keraudran courut revtir son uniforme et s'armer, et il rentra presque
aussitt. Larcy fit un cri de surprise.

Nous allons faire une petite promenade, dit-il avec nn sourire, et,
pour vous dguiser, je vous apporte cet uniforme; vite, mon cher baron,
l'habit sera peut-tre un peu troit, mais  la guerre comme  la
guerre. Vous ne mettrez qu'un bouton sur deux; il suffit que le
ceinturon tienne  la taille et que l'pe ne tienne pas au fourreau.

--Comment! s'cria le baron, sommes-nous menacs?

--Ah! Nathaniel! dit Mathilde en courant  lui; que voulez-vous faire!

--Vous conduire hors du chteau... mais je ne vous laisserai pas seuls.
Vite, vite, baron, le temps presse... Je cours rejoindre mes gens et je
vous attends dans la cour... Mathilde, votre cheval est sell.

Il descendit, donna ses ordres, vrifia si les armes taient en bon
tat:

Enfants! dit-il  ses trois soldats; ces pkins de municipaux doivent
venir dans une heure nous empoigner pour nous couper le cou le
lendemain. J'ai trouv que c'tait bon pour des moutons, d'endurer sans
regimber cette petite crmonie, et mon avis est de passer pralablement
notre sabre dans le ventre de quelques-uns de ces gredins-l pour leur
apprendre  vivre.

--Bravo, capitaine! crirent les trois hommes; comptez sur nous!

--Ainsi, attention au commandement... et marche! Quelques minutes
aprs, la petite troupe, ayant Mathilde  cheval au milieu d'elle,
sortit du chteau et prit un sentier couvert pour gagner la grande
route.

O allons-nous? demanda Mathilde.

--A Paris! dit Keraudran, le voyage est long, mais nous ne pouvons aller
ailleurs...

Halte! interrompit une voix; vous n'irez pas  Paris, citoyen
Keraudran! Et le maire, revtu de son charpe part au milieu du
sentier. Je vous arrte!

--Halte! repartit Keraudran; et il vit, au mme moment, un peloton
d'une cinquantaine d'hommes qui se dveloppa et coupa la route en avant
et en arrir. Ah! ah! murmura-t-il tout bas, cela se complique.--Eh!
pourquoi nous arrtez-vous dans notre promenade militaire, monsieur le
maire? Nous sommes tous de loyaux serviteurs de la rpublique, engags
volontaires sous ses drapeaux. Nous, prenez-vous pour des chouans, par
hasard?

Le maire alors se mit  lire l'acte qui mettait hors la lui le baron de
Larcy et sa fille, et somma les cavaliers, au nom de la loi, de se
rendre. Pendant ce temps Keraudran dit bas et rapidement  Jacob:

Mon garon... guide  gauche, et au commandement de Charge! va me
sabrer ce grand bent au pantalon ray... fais-toi suivre par Vincent et
Robert.--coutez, papa Larcy, ferme sur les triers... et suivez-moi,
chargez comme vous avez fait  Fonteney; je rponds du reste. En mme
temps il prit la bride du cheval de Mathilde: Fermez les yeux,
Mathilde, dit-il, et tenez-vous aussi bien que possible.

Le maire rptait sa sommation

Il suffit, monsieur le main-, dit Keraudran  haute voix; mais un
capitaine ne donne pas son pe; quand on la veut... on vient la
prendre. Tenez!... et il la tira du fourreau.--Enfants! l'arme hors du
fourreau! ajouta-t-il. Tous l'imitrent, et Keraudran lit le geste de
tendre son sabre au maire, qui s'avana avec confiance pour le prendre.
En mme temps les soldats de la commune, partageant cette scurit,
reposrent leurs armes, Charge  fond! cria Keraudran d'une voix de
tonnerre; et repoussant le maire de ct sans le blesser, il lana son
cheval sur le peloton en face de lui.

Surpris par cette attaque imprvue, inexpriments d'ailleurs dans le
maniement des armes, les soldats de la commune n'eurent pas le temps de
croiser la baonnette, ils furent sabrs et enfoncs. Les six cavaliers
leur passrent sur le corps et continurent leur course au galop dans le
sentier, au milieu des coups de fusil que les miliciens, revenus de leur
premire stupeur, tiraient sur eux en les poursuivant en desordre.

C'est notre bataille de Fornoue, baron! s'cria Keraudran en riant;
notre victoire nous permet de fuir...

Il terminait  peine cette phrase qu'une balle vint frapper l'andalous
que montait Mathilde. L'animal, bless  mort, se cabra et
s'abattit.--Keraudran poussa un cri terrible et, arrtant brusquement
son cheval, reut Mathilde entre ses bras et l'empcha d'tre entrane
par la chute de sa monture. Elle resta debout.

Vite! vite! lui dit-il en la soulevant; mettez votre pied sur le mien
et sautez sur mon cheval.

Mathilde, tout tourdie de sa chute, hsitait, presque sans comprendre.
Les cris des soldats lancs  leur poursuite redoublaient, et les halles
sifflaient autour d'eux. Ses compagnons, emports par la rapidit de
leur fuite, taient dj loin.

Vite! ou nous sommes atteints! rpta Keraudran avec terreur. Par un
effort dsespr, il enleva Mathilde et la plaa devant lui sur son
cheval, puis il reprit sa course. Mais son cheval, fatigu par cette
double charge, trbucha sur ce chemin difficile et s'abattit.

Nous sommes perdus! dit Mathilde, et c'est moi qui vous perds,
Nathaniel! Laissez-moi et fuyez.

Keraudran, sans l'couter, piqua son cheval et le releva. En mme temps
Jacob accourait, le sabre et le pistolet au poing.

Charge pour dlivrer le capitaine! cria-t-il; mort aux chouans! Et,
tirant coup sur coup ses pistolets, il abattit les deux premiers
poursuivants; les autres s'arrtrent effrays, croyant qu'il arrivait
du renfort aux cavaliers. Keraudran profita du moment et partit au
galop. Bientt ils furent hors de vue. Ils marchrent toute la soire et
toute la nuit. Au lever du soleil ils taient loin et hors de danger; on
acheta,  la premire ville, un nouveau cheval pour Mathilde, et ils
continurent leur route.

Ils arrivrent ainsi sans accident, mais non sans alarmes,  Paris; et
le premier soin de Keraudran fut de chercher  se procurer des
passe-ports pour l'tranger. Il y parvint, non sans peine ni sans
pril; il en obtint pour deux personnes, qu'il devait accompagner
jusqu' la frontire.

Il conduisit en effet Mathilde et son pre jusqu' la limite allemande,
et l il fallut se sparer. Mathilde, ple et tremblante, reut, presque
sans les comprendre, les adieux de Keraudran.

Quoi! Nathaniel... vous me quittez! dit-elle enfin.

--Sans doute, rpondit-il avec motion; cela peut-il vous surprendre? je
pense que cette sparation est pour vous sans regret... J'espre que
vous serez plus heureuse que la premire fois, et qu'ainsi que vous
l'aviez dsir, elle sera sans retour.

--Nathaniel! mais elle plit encore plus lorsqu'il tira de son sein la
lettre qu'elle lui avait crite.

C'est vous qui l'avez dit, continua-t-il, et probablement vous savez
tenir ce que vous avez promis?

--Oh! Nathaniel! s'cria Mathilde fondant en pleurs et se jetant dans
ses bras; pardonnez-moi, j'tais aveugle, j'tais folle! c'est  vous, 
vous seul que je dois la vie... Vous avez donn trois fois la vtre pour
la mienne:  l'auberge de Lartier,  Keraudran, dans le sentier... que
dis-je? depuis le jour o vous vous tes dvou pour nous sauver, 
chaque heure,  chaque instant vous avez jou votre tte. Nathaniel
cette vie que lu m'as rendue... je n'en veux plus sans toi!

Alors... Mais, interrompit brusquement mon oncle Antoine, toutes ces
histoires se ressemblent au dnouement, et tu dois savoir que Keraudran
pousa Mathilde. Tu dois mme, tout enfant, avoir vu la comtesse de
Keraudran qui te donnait des drages. C'tait une fort aimable femme,
que j'ai revue avec bien du plaisir; mais j'avoue que je ne lui parlai
jamais de notre voyage  la ferme, et elle ne m'en parla pas davantage:
seulement son amiti me prouva qu'elle n'avait pas oubli comment il
s'tait termin. Quant a ce pauvre Keraudran, tu sais qu'il fut emport
 Leipzig par un boulet...  mes cts. L'arme y perdit un bon gnral,
et moi un ami bien cher... Aprs tout, il n'a pas eu le malheur de
devenir vieux, ce qui est une triste chose, quand on a t jeune.

Maintenant... concluons, dit mon oncle Antoine aprs un moment de
silence. Nous voyez bien que si mon ami Nathaniel n'eut pas la force
d'accomplir ce sacrifice volontaire auquel Alceste se rsigne dans
Euripide, ce n'tait ni faute d'amour, ni faute de courage, ni faute de
dvouement, il prouva depuis qu'il avait tout cela. Pourquoi donc fit-il
ensuite ce qu'il ne put faire d'abord? et pourquoi devons nous parier
cent contre un que, dans des circonstances semblables, tout homme en
ferait autant  sa place?--C'est que, dans le dvouement de celui qui
donne sa vie pour sauver l'objet aim des flammes de l'incendie, ou bien
qui joue sa tte pour le prserver du danger qui le menace, il y a
toujours quelque chose qui l'encourage et le soutient. Et ce quelque
chose... c'est l'emblme de l'humanit, c'est le fond de la bote de
Pandore, c'est... l'esprance!

D. Fabre d'Olivet.



Embellissements de Paris.

Paris s'accrot et s'embellit tous les ans dans une proportion qu'on
peut qualifier d'effrayante. Des villes entires ont t construites ou
se btissent encore sur de vastes emplacements enlevs  l'agriculture
dans les anciens quartiers, des rues nouvelles se percent, d'lgantes
maisons remplacent de vieilles masures qui attristaient la vue des
passants. Malheureusement les architectes se montrent aujourd'hui trop
disposs  satisfaire l'insatiable avidit des propritaires. Ils n'ont
qu'un but: entasser dans le plus petit espace le plus grand nombre de
locataires. Vues de l'extrieur, la plupart des constructions modernes
charment nos yeux, mais ne vous laissez pas sduire par ces dehors
trompeurs; l'intrieur manque d'air et de lumire. Ces appartements sont
destins  des habitants de Lilliput.

[Illustration: Maison gothique allemande,  Beaujon.]

Cependant Paris possde encore, Dieu soit lou, quelques propritaires
qui ne s'occupent pas exclusivement du produit brut de leurs maisons, et
des architectes qui, se refusant  btir constamment des casernes
uniformes, consacrent une partie de leur temps au culte de leur art.
Parmi ces honorables exceptions, qu'elle s'empressera toujours de
signaler, _l'Illustration_ choisit aujourd'hui une maison gothique
allemande appartenant  M. Contzen et que M. Dussillion vient de faire
construire sur les terrains de l'ancien jardin Beaujon.--Un autre jour,
elle montrera  ses abonns le nouveau square de Trvise, et les maisons
de la place Saint-Georges, de la rue des Fontaines, de la place Brda,
etc.

La maison allemande du jardin Beaujon mrite rellement la visite de
tous les amateurs. Nous n'avons pas besoin de dcrire l'extrieur, dont
notre dessin donnera une ide suffisante; quant  l'intrieur, il nous
serait difficile de faire comprendre  ceux qui n'ont pas eu comme nous
le privilge de l'admirer, combien il est riche, lgant et confortable.
Cette maison est une des plus belles et des plus agrables habitations
de cette ville nouvelle qui s'tend de la Madeleine  l'Arc-de-Triomphe.
Elle contient, dans l'tage du soubassement, une cuisine, un lavoir, une
office, un bcher, un garde-manger, une cave  vin et une grande
citerne; au rez-de-chausse, une antichambre, une salle  manger, une
office, un grand salon, un vestibule d'escalier; au premier tage, un
vestibule, deux appartements et toutes leurs dpendances; au deuxime
tage, un appartement comprenant une salle  manger, un salon, une
chambre  coucher, une cuisine et diverses dpendances.

Environs de Paris.

Que ne pouvons-nous, nous aussi, aller faire des expriences de jour et
de nuit au sommet du Mont-Blanc (cette _bosse du dromadaire_, ainsi
nomme, dit le guide Richard sans plaisanter, parce qu'elle ressemble au
dos d'un _chameau_), rendre une visite  la reine Victoria ou 
l'empereur du Maroc, prendre des leons de polka et de mazourka du
clbre Laborde, dont la rputation europenne attire cette anne  Spa
toute l'aristocratie de l'Europe!...

[Illustration: Costumes des environs de Paris.]

Mais pourquoi ces soupirs et ces regrets inutiles? Nous sommes condamns
 errer autour de Paris dans un rayon de dix ou quinze lieues. Notre
sort est il donc, si cruel? touristes blass qui allez si loin chercher
des motions, avez-vous jamais visit les nombreuses merveilles que la
nature et l'art, l'histoire et la posie, qui est  l'histoire ce que
l'art est  la nature, ont jetes sur cette terre privilgie appele
les environs de Paris? Charles Nodier vous l'a dit dans une des
dernires pages chappes  sa plume: La main de Dieu y a rpandu
partout, comme une bndiction, le trsor inpuisable de ses sublimes
caprices; la main de l'homme y a grav, comme une action de grces,
l'empreinte de son infatigable intelligence; les artistes l'ont dote de
leurs chefs-d'oeuvre, les rois l'ont remplie de souvenirs et de
monuments; le peuple, pauvre et pourtant prodigue, y a sem, sans ordre
et sans profit, la moisson toujours fconde de ses luttes et de ses
triomphes; puis, dans le feu de chaque rayon, dans le repos de chaque
ombre, la posie est venue se plaindre ou chanter avec l'amour, avec la
gloire, avec les hautes infortunes avec les sombres misres, dans les
chteaux splendides et sur les champs de bataille, au milieu des villes
troubles et des villages abrits. Ne nous plaignons donc pas de notre
lot, nous autres Parisiens forcs! Tout autour de nous que de beauts,
que de richesses, que ses souvenirs! De quelque ct que nous tournions
nos pas, notre curiosit et nos gots trouvent  se satisfaire! Ici, un
des plus charmants paysages qu'il soit donn  l'homme d'admirer sur
cette terre; l, un palais rempli de trsors; plus loin, la demeure ou
la tombe d'un grand homme. A peine sortis des murs de la capitale, nous
nous promenons seuls dans de dlicieuses solitudes, notre imagination
peut voquer  son aise les ombres des plus aimables hrones des temps
passs. Aimons-nous, au contraire, la foule et le mouvement, un
orchestre joyeux nous appelle  un bal en plein air, dans lequel
d'lgantes toilettes de ville se mlent aux pittoresques costumes de la
campagne: car les paysans des environs de Paris ont conserv, sinon dans
leurs habitudes et dans leurs moeurs, du moins dans leur toilette, plus
d'originalit et d'individualit que ceux de certaines provinces
loignes.

Et pourtant, nous l'avouons avec peine, les environs de Paris ne sont
pas aussi visits qu'ils mritent de l'tre. Les trangers, qui les
jugent en les comparant  d'autres lieux clbres, les apprcient mieux
que les Parisiens. Le beau livre des Environs de Paris (2), que publie
en ce moment M. Kugelmann, a pour but de rparer cette injustice. Sous
ce rapport seul, il aurait droit  nos loges et  nos encouragements;
mais beaucoup d'autres titres non moins srieux lui assurent un succs
mrit.

      [Note 2: Le livre des _Environs de Paris_, imprim avec le plus
      grand luxe, sur papier grand jsus satin, se composera de
      cinquante livraisons environ, ornes de 200 dessins, frontispice,
      ttes de pages, lettres ornes, vignettes, culs-de-lampe, etc.;
      indpendamment de ces dessins, 28 sujets tirs  part, excuts
      par les meilleurs artistes, reprsenteront les scnes les plus
      intressantes de l'ouvrage.

      Il parat le samedi de chaque semaine, sans interruption, une ou
      quelquefois deux livraisons. L'ouvrage sera entirement termin 
      la fin de novembre 1844.

      Chaque livraison se compose alternativement d'une feuille (16
      pages d'impression) avec 5 dessins imprims dans le texte, ou
      d'une demi-feuille (8 pages d'impression)  laquelle est joint un
      grand sujet tir  part.

      Le prix de la livraison, dans une belle couverture, est pour
      Paris, 30 centimes, et pour les dpartements, 35 centimes...

      En payant d'avance 30 livraisons, les souscripteurs de Paris
      reoivent l'ouvrage  domicile et franco. On souscrit  Paris chez
      C. Kugelmann, diteur, rue Jacob, 2e, et chez tous les libraires
      de France et de l'tranger.]

Ce coin de terre que le soleil rchauffe tout entier d'un seul rayon,
crivait encore Charles Nodier, a t depuis tant de sicles arros avec
du sang et avec des larmes, qu'il est devenu fertile pour les artistes,
les savants et les potes.

Si les matriaux sont nombreux, les talents jeunes et forts ne manquent
pas, grce  Dieu, pour les bien mettre en oeuvre.

J'ai consenti  marcher  la tte de ce brillant tat-major, non pas
pour l'aider, mais pour le conduire, non pas pour le conseiller, mais
pour le voir faire, comme ces vieux blesss que l'odeur de la poudre
n'lectrise plus, et qui s'assoient sur le bord du chemin, en criant aux
autres: En avant!

[Illustration: L'Ermitage du J.-J. Rousseau,  Montmorency.]

[Illustration: Le chteau de M. de Chateaubriand, dans la
Valle-aux-Loups.]

[Illustration: Le pavillon du chteau de Sceaux.]

[Illustration.]

Marchez! troupe vaillante! marchez! vous tous que j'ai vus natre et
grandir, et si bien grandir, et si bien monter, que je ne puis plus
apprendre vos noms aims  personne.

C'est Lon Gozlan, l'habile crivain, l'lgant ciseleur de phrases;
c'est Jules Janin, le vif, abondant et profond causeur; c'est
Viollet-le-duc, qui allie par merveille la science  l'esprit: c'est
Arsne Houssaye, qui chante harmonieusement en prose et en vers; ce sont
enfin les jeunes minents claireurs de cette noble cavalerie: Marie
Aycard, Louise Lurine, tienne Arago, Jules Sandeau, Albric Second, et
plusieurs encore que je n'oublie pas, et dont le public se souvient.

Le crayon spirituel et vrai de MM. Auguste Rgnier, Jules David, Baron,
Clestin Nanteuil, douard de Beaumont, viendra  l'aide de cette
collaboration distingue, et tous ces talents offriront des sites
charmants aux promeneurs, des monuments aux artistes, des trsors de
posie et de sentiment aux rveurs, des traditions au peuple, de la
science  ceux qui l'aiment, des souvenirs, des tableaux, des anecdotes
et de l'intrt  tout le monde.

[Illustration: La Loge de Viarmes.]

Grce  la complaisance de M. Kugelmann, nous pouvons aujourd'hui
montrer  nos abonns quelques-uns des dessins qui ornent cet
intressant volume. Faisons avec eux deux petites excursions sur les
deux rives de la Seine; allons  Montmorency nous promener  une ou 
cheval, boire du champagne et visiter _l'Ermitage_, cette charmante
maison de campagne que la marquise d'Epinay fit construire discrtement
pour J.-J. Rousseau pendant un de ses voyages  Genve.--Que si, aux
promenades  ne ou  cheval, nous prfrons les plaisirs enivrants du
bal, courons  Sceaux, o l'on danse sur les ruines de ce beau chteau
construit par Colbert, et dont il ne reste plus qu'un pavillon: l aussi
nous retrouverons des souvenirs littraires. Ce chteau gothique avec
tourelles mchicoulis, fosss et ponts-levis, qui attire dans la
Valle-aux-Loups l'attention de tous les promeneurs, M. de Chateaubriand
l'a fait btir  son retour de la Palestine, il y crivit _les Martyrs_.
Il appartient aujourd'hui  M. Sosthne de La Rochefoucauld...

Cependant quelles sont ces tourelles lgantes qui s'lvent au bas de
la treizime page de ce numro? C'est la loge de Viarmes, autrement dit
le chteau de la reine Blanche. Lecteurs curieux qui dsirez visiter
cette royale demeure, allez au milieu de la fort de Chantilly, au bord
des tangs de Courcelles; mais n'oubliez pas de prendre pour guide et
pour cicerone l'ouvrage que publie M. Kugelmann. Quant  moi, je ne
pourrais pas aujourd'hui vous suivre si loin: mes moments sont compts,
je n'ai plus que le temps de porter cet article  l'imprimeur, qui
l'attend.



Bulletin bibliographique.


_Thtre complet des Latins_, traduit par MM. Alphonse Franois, Alfred
Marin, Desforges, Savalte, avec texte, notices, etc. (_Collection des
auteurs latins_, publie par M. Nisard.) 1 beau volume in-8. Prix, 12
fr. _Dubochet et comp_, rue Richelieu, 60.

Soit par la satit des choses nouvelles, soit par un retour vers le
got du simple en matire d'art, soit par caprice ou engouement,
toujours est-il que le thtre ancien est redevenu  la mode. Nous avons
vu le vieux Sophocle aider victorieusement l'Odon  braver les ardeurs
de l't; et Aristophane se prpare, dit-on,  faire l'ouverture de la
campagne d'hiver. Aprs _Antigone, les Nues_. Le roi de Prusse, qui, le
premier, a favoris par son exemple cette renaissance de l'art grec,
vient d'tendre sur les muses latines le mme bienfait. _Les Captifs_,
de Plaute, ont t reprsents  la cour, non point traduits, mais en
latin, ayant des tudiants de l'Universit pour acteurs, et pour
intermdes, des odes d'Horace, mises en musique par Meyerbeer, l'auteur
de _Robert_ et du _Crois._

Le _Thtre complet des Latins_, que nous annonons, ne pouvait donc
paratre dans un moment plus propice. Htons-nous d'ajouter que cette
publication n'avait pas besoin du secours des circonstances pour
russir. C'est un bel et bon livre, dj accueilli par le public avec
une faveur toute lgitime, et au moment o nous nous disposions  en
prdire le succs, nous sommes heureux de n'avoir plus qu' le
constater.

Ce volume renferme, ainsi que son titre l'indique, tout le thtre
latin, non que les diteurs aient cru devoir joindre  Plaute,  Trence
et  Snque, les fragments informes qui nous restent des auteurs
dramatiques antrieurs  Plaute. Sous ce rapport, nous approuvons
pleinement leur rserve. Nous pensons, comme eux, que des fragments
mutils et sans liaison ne peuvent offrir pour le public aucun intrt,
et que le texte, fort controvers, d'ailleurs, par les commentateurs et
les philologues, ne prsente aucune de ces beauts qui ddommagent du
dfaut de suite et d'ensemble.

Toutes les traductions de ce volume sont nouvelles. Plaute est traduit
par M. Alphonse Franois,  l'exception de quatre comdies,
_l'Amphitryon, l'Asinaire, les Captifs, le Cable._ On doit  la plume
d'Andrieux, le spirituel auteur des _tourdis_, les lgantes versions
de ces quatre pices. M. Franois, du reste, a revu ce travail avec un
soin scrupuleux, et lui a fait subir d'excellentes retouches. La
traduction de Trence est de M. Alfred Magin, recteur de l'Acadmie de
Nancy. Celle de Snque est de M. Desforges, professeur de rhtorique au
collge Louis-le-Grand, moins deux tragdies, _Thyeste_ et l'_Hercule
furieux_, qui ont t traduites par M. Th. Savalte, traducteur de la
_Mtamorphose_ d'Apule, et  qui la collection de M. Nisard doit aussi
une version savante et fidle de la moiti des _Lettres de Cicron._

Ces habiles et consciencieux crivains ont rivalis de soins et
d'efforts pour lever  la muse latine un monument digne d'elle, et
depuis longtemps la critique n'a eu  signaler un ensemble de travaux
aussi remarquable. Snque, Trence et Plaute sont reproduits avec un
gal bonheur, et cependant avec toute la varit qui les distingue. Nous
nous occuperons principalement de Plaute, qui remplit d'ailleurs la
majeure partie du volume, et qui, par son originalit vigoureuse et
franche, offrira peut-tre le plus d'attrait aux lecteurs de ce
temps-ci. Il y a dans Plaute du Rabelais, du Montaigne et du Molire.
Pote moins raffin que Trence, il a fouill plus profondment dans les
vices et dans les travers de son poque; il porte le cachet d'une
individualit forte et puissante, et, par un rare privilge, il sait
marier souvent au gracieux enjouement d'Horace la sauvage nergie de
Juvnal.

Dans une excellente notice sur Plaute, place par M. A. Franois en tte
de sa traduction, il fait remarquer avec raison que la lecture de ce
pote n'est pas seulement prcieuse sous le rapport de l'art dramatique,
mais encore qu'elle prsente  l'observateur et au philosophe le plus
constant intrt. Laissons parler le judicieux crivain:

N'est-il pas curieux, dit-il, de retrouver en vingt endroits les
usages, les intrigues, les vices, les raffinements de la civilisation
moderne, les escroqueries de nos usuriers, les ruses des chevaliers
d'industrie qui s'emparent d'un nouveau dbarqu comme d'une dupe qui
leur revient lgitimement; les fous des rois et des seigneurs, nos
complaisants, nos anciens abbs, nos factotums de grandes maisons sous
la figure des parasites; nos bourgeois  moustaches et  perons sous
l'air ridicule des fanfarons de Rome; les abus des tats modernes,
l'inspecteur de police qui brise les cachets et lit les lettres sans
faon, le contrleur de la douane qui retient les malles et les paquets
du voyageur au profit de l'tat, les garnisaires tablis chez les
citoyens qui refusent l'impt; toutes ces institutions, mal ncessaire,
renaissant toujours en dpit des rformes et des rvolutions, et qui
paraissent l'escence de la socit humaine et le fond de tout
gouvernement?

N'est-il pas plaisant de retrouver exactement aussi tontes les
charlataneries de notre thtre moderne; de voir, les _claqueurs_
tablis au parterre de Rome, les cabales organises; d'entendre, au
commencement ou  la fin de chaque pice, ces formules de galanterie,
ces couplets au public, dans le style de nos vaudevillistes ou de nos
vieux auteurs comiques, de Dancourt, de Dufresny, et mme de
Beaumarchais; de voir le luxe de dcorations et de costumes employ
comme supplment au mrite des pices; ces traits satiriques lancs aux
auteurs rivaux, aux acteurs de troupes trangres; les directeurs
achetant fort cher des pices souvent fort mauvaises; cet usage
aristocratique de faire retenir sa place par son esclave; dans la salle,
ces placeurs chargs d'indiquer son sige  chaque spectateur; enfin,
des agents de police maintenant l'ordre et le silence?

Ajoutons que le style vif, anim, toujours naturel, du nouveau
traducteur, sa touche ingnieuse et fine, doublent ce qu'il y a de
piquant et de fcond dans les rapprochements qu'il indique avec tant de
sagacit et d'-propos. M. Franois, interprte habile et brillant de la
_Vie d'Agricola_, vient d'acqurir un titre de plus  l'estime de tous
les amis des lettres latines et franaises.

Plaute a souvent exerc la patience et le talent des traducteurs. Sans
parler des plates et lourdes versions du trop fcond abb de Marolles,
du bndictin Gudeville, de Coste, de Limiers, du pre Dotteville et de
l'abb Lemonnier, l'illustre madame Dacier nous a donn de quelques
comdies de Plaute une traduction moins estimable par elle-mme que par
les notes savantes qui raccompagnent. M. Franois excuse spirituellement
les contre-sens de cette dame, en disant _qu'ils font honneur  sa
vertu_, car, ajoute-t-il, il y a dans Plaute plus d'un vers qu'il faut
la louer de n'avoir pas compris. Dans ces derniers temps, une
traduction complte de Plaute a t publie par un laborieux et savant
professeur, M. Leve. Ce travail, trs-recommandable du reste, manque
malheureusement de toutes les qualits qu'on exige d'abord dans une
traduction de Plaute: la vivacit, le naturel et le piquant du style.
C'est l'oeuvre d'un homme consciencieux, qui sait rendre la lettre, mais
non l'esprit; le dessin est fidle, mais la couleur manque au tableau.
M. Naudet est venu ensuite, et en mme temps qu'avec la haute rudition
qui le distingue, il revoyait et restaurait le texte du pote,  l'aide
des manuscrits nouveaux d'Angelo Mai; il le traduisait avec une
incontestable supriorit sur tous ceux qui l'avaient prcde: Cette
traduction, dit le nouvel interprte de Plaute, est l'oeuvre d'un savant
clair par le got, d'un crivain plein de ressources et de talent. M.
Alphonse Franois nous permettra de lui appliquer en totalit cet loge,
qu'il accorde  son devancier avec une modestie si loyale: ce sera, du
mme coup, rendre deux fois justice.

Par une heureuse innovation. M. Franois a traduit en vers, et en vers
ingnieux et faciles, quelques passages, sortes de chansons, semes par
le pote dans son dialogue, bien qu'elles ne diffrent en rien par la
mesure et par le rhythme de ce qui les prcde et de ce qui les suit.
Nous citerons celle-ci, chante, dans la comdie du _Curculion_, par un
amant  la porte de sa matresse:

        O porte aimable, si mon zle
        Te chargea de fleurs, de prsents,
        A la voix d'un amant fidle
        Ouvre tes verrous complaisants!
        Tombez vous-mme,  ma prire.
        Verrous, obstacles des amours;
        Rendez-moi votre prisonnire,
        L'espoir, le tourment de mes jours!
        Mais ils demeurent immobiles;
        Mon amour leur adresse, hlas!
        Des chants et des voeux inutiles!
        L'insensible airain n'entend pas.

Le _Thtre complet des Latins_ contient, en un seul volume, la matire
de douze volumes ordinaires. Le texte, imprim avec une irrprochable
puret, est celui de Lemaire. Tout se runit donc pour faire de cette
publication l'une des plus prcieuses de la belle collection, qui est un
service minent rendu par M. Nisard  l'tude et au culte des lettres
latines.

L. H.


_L'Italie des Gens du Monde._ Venise, ou Coup d'oeil littraire,
artistique, historique, politique et pittoresque sur les monuments et
les curiosits de cette cit; par Jules Lecomte_. 1 vol. in-8 de 650
pages.--Paris, 1844. _Hippolyte Souverain_. 8 fr.

Ce volume est le premier d'une collection qui aura pour litre: _l'Italie
des Gens du Monde_. Aprs Venise la noire, M. Jules Lecomte nous promet
d'abord Florence la verte, puis Rome l'empourpre et Naples l'azure,
offrant ainsi les quatre couleurs qui cartellent de _sable_, de
_synople_, de _gueules_, et d'_azur_, le grand blason de la noble
Italie.

Par le nombre des pages et la varit des matires indiques  chaque
sommaire, ce livre, c'est l'auteur qui parle, est de beaucoup l'oeuvre
la plus importante que jusqu' ce jour on ait compose sur Venise pour
les trangers. Que cette bonne opinion qu'il a de lui-mme ne surprenne
personne, car M. Jutes Lecomte croit pouvoir dire qu'il serait
impossible d'apporter dans une oeuvre analogue plus de zle, plus de
dsir d'tre utile  la ville et au visiteur; plus de conscience, enfin,
dans le choix et l'emploi des matriaux, en mme temps que plus
d'abngation dans les sacrifices de temps et les dpenses.

Nous ne protestons pas, quant  nous, contre une semblable dclaration.
Si M. Jules Lecomte a un dfaut, c'est d'tre trop complet. Sans doute
un itinraire ne doit pas se borner  enregistrer des dates, on 
calculer des mesures, mais l'auteur de _la Venise_ que nous annonons
essaie trop souvent de _guider_, comme il le dit lui-mme, l'esprit de
ses lecteurs. Qu'il nous montre le pass  travers le prsent, rien de
mieux; mais  quoi bon nous apprendre, par exemple, que la lune, lustre
de la place Saint-Marc, semblable  une douce lumire enveloppe dans un
volumineux globe d'albtre, plane sur la vote bleue paillete
d'toiles? M. Jules Lecomte nous rappelle, sur le recto de la premire
page, que ce volume est le vingt-huitime de ses oeuvres compltes. Il
eut peut-tre bien fait de l'oublier, car le plus positif de tous les
ouvrages, un itinraire, ne doit pas tre crit du mme style que des
romans maritimes ou des romans de moeurs. Il a eu le tort d'envelopper
de son mieux, avec les friandises de ses phrases, l'aridit de ses
lignes pdantesques. Ce reproche gnral cart et quelques erreurs de
dtail corriges. _L'Italie des Gens du Monde, ou Venise la noire_, ne
mrite rellement que des loges. M. Jules Lecomte peut affirmer, sans
crainte d'tre dmenti, que les _custodes_ des monuments et des
bibliothques se seront enivrs d'autre chose que des sublimes beauts
des oeuvres qu'ils gardent, s'ils ont pris  la lettre les nombreux
_pourboires_ qui marquent, dans leurs souvenirs, la dure de son sjour
dans la cit adriatique. Il a tout vu, tout tudi par lui-mme. Son
livre est donc aussi nouveau que peut l'tre un ouvrage de ce genre; car
un crivain n'invente pas les faits accomplis, les traditions,
l'histoire; pas plus que le peintre n'invente les arbres, les images, la
nature qu'il copie.

M Jules Lecomte a donc tent de faire un livre qui ft bon  quelque
chose de plus qu' tre consult dans d'arides expositions mtriques ou
numriques, ou pour des adresses ou des dates; tout en prenant de ces
choses ce qui tait ncessaire comme base, il a essay d'crire une
oeuvre qu'on pt lire chez soi avant de voir, au retour aprs avoir vu,
sur les lieux et dans le trajet des gondoliers, quelque chose qui, au
besoin, pt donner une ide de Venise  ceux qui ne la connaissent pas,
et la pt rappeler aux personnes qui l'ont vue.

L'tranger  Venise, coup d'oeil gnral sur l'histoire de Venise, la
place Saint-Marc, l'glise Saint-Marc, la Piazzetta, les doges, le
conseil des dix et le patriarcat, l'intrieur du palais ducal, les
gondoles et les gondoliers, le grand canal, l'Acadmie des beaux-arts,
l'arsenal, les glises, les les, les journaux, la socit et la
biographie vnitiennes, les thtres, les imprimeries, tels sont les
titres des dix-sept chapitres dont se compose ce premier volume de
_l'Italie des Gens du Monde_. Chaque chapitre forme deux parties
distinctes, le texte et la note. En face du monument  visiter, de la
chose  examiner, M. J. Lecomte dit ce qui lui semble indispensable pour
en faire apprcier l'intrt ou la valeur, suivant qu'il s'agit
d'histoire ou d'art. Puis un renvoi alphabtique dsigne la note place
 la fin du chapitre courant, laquelle note complte ce qui ne pouvait
entrer dans le texte, lequel doit marcher comme le visiteur.--Le texte a
des jambes,--la note s'assied,--C'est l qu'on trouvera le souvenir
historique qui double l'intrt qu'inspire la chose  laquelle il
s'attache; l est l'anecdote, l'observation critique qui veut des
dveloppements, la notice biographique, la rvlation curieuse, la
tradition potique, etc. Mais le texte courant en dit au besoin assez
sur la chose visite pour que le lecteur puisse se dispenser de lire sur
les lieux les notes complmentaires.

Depuis la publication de ce volume, une importante amlioration a eu
lieu  Venise: la place Saint-Marc est claire au gaz. Le
soixante-treizime numro de _l'Illustration_ sera donc le complment
ncessaire du premier volume de _l'Italie des Gens du Monde_, tant que
la premire dition de ce volume n'aura pas t puise. Mais les
esprances de l'auteur se raliseront promptement. Malgr les friandises
du son style, le succs de son livre est assur.


_Considrations sur les Marines  voile et  vapeur de France et
d'Angleterre_; par un lieutenant de vaisseau. Une brochure in-8 de 50
pages.--Paris, 1844. _Amyot._


_La France et l'Angleterre_, compares sous le rapport des industries
agricole, manufacturire et commerciale; _Catineau-la-Roche_,
cultivateur. 1 vol. in-8.--Fontainebleau, 1844. _Jacquin._

_Les Considrations sur les Marines  voile et  vapeur de France et
d'Angleterre_ que vient de publier un lieutenant de vaisseau, sont
encore une rponse  la _Note_ du prince de Joinville. Au moment o les
graves questions que soulve la _Note_ vont tre dcides, l'auteur
anonyme de cette brochure a tent, sans rpondre  toutes ses
assertions, de prouver combien il serait dangereux pour la France de se
laisser entraner dans l'imprudente voie des reformes et des innovations
maritimes, combien serait pernicieuse une prcipitation encourage par
un dsir irrflchi d'amliorations utiles peut-tre, mais dont le temps
n'est pas encore venu. Pour y arriver, il a d tablir pralablement une
comparaison entre les deux marines rivales de France et d'Angleterre. Il
lui en a cot de mettre au jour quelques parties de cette comparaison,
mais il a voulu tout dire.

Je me suis attach, dit-il,  dgager ce travail de tout esprit de
parti; j'ai vit d'y laisser paratre aucune proccupation politique,
aucune prdilection de mtier; j'en ai cart autant que possible les
chiffres, les citations. J'ai vu la question de haut, et si,
accessoirement, je veux l'accroissement bien entendu de la marine, avant
tout je veux la prosprit de l'tat, le bien-tre de la nation, la
bonne disposition des finances; partant, l'intrt de la chose publique.
C'est ce dernier but surtout que je n'ai point perdu de vue: je sais ce
que valent les millions. Je ne suis point, toutefois, de ceux qui
veulent une mari ne puissante et un budget restreint. Pour avoir une
marine, il faut de l'argent, et, ce qu'il importe, c'est de l'employer
le plus efficacement possible.

Ce n'est pas la France et l'Angleterre maritimes, mais la France et
l'Angleterre industrielles, agricoles et manufacturires que compare M.
Catineau-la-Roche. Montrer  la France, par la comparaison de son
industrie avec celle de l'Angleterre, ce qu'elle doit faire pour galer
sa richesse et pour viter l'cueil contre lequel cette rivale ira
invitablement un jour se briser, tel est le but de M.
Catineau-la-Roche. Il a donc divis son ouvrage ainsi qu'il suit:

Il examine d'abord quelles sont les marchandises que la France peut
offrir aux consommateurs trangers, et il expose l'tat des produits de
notre sol et de nos manufactures, celui de nos besoins et de notre
superflu. Aprs avoir compar ensuite l'agriculture, l'industrie et le
commerce de la France et de l'Angleterre, il met quelques ides sur
l'amlioration de notre agriculture; il numre diverses circonstances
particulires qui, pour le moment, s'opposent  l'tablissement d'un
grand commerce entre la France et l'tranger; il dveloppe les raisons
qui, selon lui, doivent nous faire prfrer le commerce intrieur et le
commerce colonial au commerce avec l'tranger; enfin, il repond 
quelques objections faites assez gnralement contre le commerce
colonial.

Dans l'opinion de M Catineau-la-Roche, la France peut, si elle le veut,
oprer chez elle en quelques annes cette rgnration radicale qui a
cot un sicle  l'Angleterre; car elle a pour elle un modle, un guide
certain que l'Angleterre n'avait pas.


_tudes sur les rformateurs et socialistes modernes_: Saint-Simon,
Charles Fourier, Robert Owen; par Louis Reybaud. Tome 1er, quatrime
dition, prcde du rapport de M. Jouy, membre de l'Acadmie franaise,
et de celui de M. Villemain, secrtaire perptuel, 1 vol. in 8.--Paris,
1844. _Guillaumin._

Le succs de ce livre va toujours croissant. Chaque anne, une dition
nouvelle le consolide en l'tendant; le public ratifie le jugement de
l'Acadmie franaise, qui a dcern, en 1844, aux _tudes sur les
rformateurs et socialistes modernes_, le grand prix Montyon.

La nouvelle dition que met en vente M. Guillaumin (la quatrime) ne
diffre de la troisime que par un avant-propos de l'auteur. M Louis
Reybaud a cru devoir constater une transformation qui s'est faite depuis
quatre annes dans les ides et les tentatives des utopistes
contemporains. Dans son opinion, leur oeuvre en est  une seconde phase;
les continuateurs s'en sont empars et procdent peu  peu  un travail
d'purement et d'attnuation. Deux symptmes surtout attestent ce
travail sourd et cette contagion inaperue. D'une part, les dclamations
contre l'ordre social actuel deviennent chaque jour plus vives; d'autre
part, on s'efforce de rendre la libert suspecte, on veut la faire
envisager comme la cause directe des misres industrielles et
commerciales, on tend les mains vers les chanes que nos pres ont
brises, on abjure le pouvoir de replacer l'activit individuelle sous
le joug, on le pousse vers l'usurpation et la dictature.

M. Louis Reybaud se propose de traiter dans un livre spcial intitul
_les Lois du Travail_, le sujet de la libert conomique; mais, en
attendant la prochaine publication de cet ouvrage, il a cru devoir
protester _contre les tendances fcheuses_ qu'il signale. Rien de ce
qu'il voit, rien de ce qu'il entend n'est de nature  faire flchir sa
conviction. Il a foi dans les vertus de la libert; il la croit moins
funeste qu'on ne la dpeint, et plus fconde qu'on ne le pense; il voit
en elle un principe excellent; quelques dviations ne la lui feront pas
condamner  la lgre. Il n'est pas de titre qui honore plus l'homme et
lui cre plus de devoirs. Si on les mconnat aujourd'hui, avec le temps
ils reprendront leur empire. La libert ne nous donnera, il est vrai, ni
un ge d'or ni un rgime entirement affranchi de souffrances; mais il
est permis aussi de douter que cette re de bonheur se trouve au bout
d'une dictature conomique ou de spculations imaginaires.



Revue comique de l'Exposition, par Cham.

[Illustration: A quoi bon protester contre le page des ponts? le savon
hydrofuge rendra dsormais inutiles ces sortes d'tablissements.]

[Illustration: Grce aux sabres en acier fondu perfectionn, les duels
sont maintenant impossibles.]

[Illustration: Vue intrieure de la Salle des Instruments,  l'heure o
les excutants se livraient  des prludes d'harmonies.]



Modes.

Ordinairement c'est de Paris que datent les nouvelles de la mode; pour
quelque temps ce sera le contraire; la lgre desse s'est rfugie aux
champs avec la socit parisienne. Qu'aurait-elle fait dans notre ville
dserte, abandonne de tous? La voil donc parcourant le monde,
emportant  l'tranger les lgances si simples, ou plutt les
simplicits si lgantes de Paris, cres dans les salons d'Alexandrine,
de Beaudrant, en un mot chez toutes les sommits qu'elle protge et
auxquelles elle a dvoil les charmants secrets de la parure.

On fait beaucoup de robes en mousseline de soie raye, ou  carreaux
cossais, pour les toilettes de dner et petites soires; elles sont
garnies souvent de deux biais dcoups  grandes dents arrondies, au
bord desquelles est fronc un ruban numro neuf coup par la moiti. On
en fait encore de trs-jolis qui ont un seul grand volant galement 
dents arrondies bordes de trois ou cinq rangs de petits velours numro
un. Le mme nombre de velours est pos alors droit  la tte de ce
volant.--Les corsages sont dcollets, avec berthe d'toffe borde de
plusieurs rangs de velours. Cette berthe se supprime  volont pour tre
remplace par un canezou de mousseline brode; il se fait aussi des
corsages froncs demi-montants,  revers ouvert devant. Les manches
courtes, les manches demi-longues,  la religieuse, ou les manches
justes ne dpassant le coude que de deux doigts; sous ces manches passe
une manche blanche ferme au poignet par un entre-deux et deux rangs de
dentelle fronce au bord. Ces trois faons sont galement en faveur.

Sur les robes d'organdi  raies ombres on pose deux volants festonns
ou bords d'une petite dentelle tournant autour d'une dent arrondie. Le
corsage est fronc et  revers dentel comme les volants; c'est la
toilette reprsente ici.

[Illustration.]

A la campagne, en voyage, au bord de la mer, on trouvera charmants les
nouveaux paletots d't en soie, garnis de dentelles noires ou
d'effils. Ils sont presque tous en toff glace.

Mais pour qu'on ne s'imagine pas que les Parisiennes ne pensent qu' la
toilette, dfaut dont on les accuse trs-souvent, nous dirons les
travaux dont elles s'occupent pendant les longues heures d'une journe
d't  la campagne: d'abord, on brode beaucoup les taies d'oreiller aux
quatre coins, comme un mouchoir; cette broderie se fait au plumetis, au
pass ou au point de chanette; ensuite, on brode des housses de
meubles, qui sont en batiste de la couleur du meuble; la broderie est
blanche, au plumetis, au crochet et mme en soutache. Ces housses se
bordent avec une petite dentelle, ou, ce qui est mieux encore, avec un
large feston double. La tapisserie est toujours en grande faveur; les
carreaux ne se mettent plus sous les pieds: il faut un oreiller en
tapisserie, en drap ou velours brode soie et or; la doublure doit
rappeler la couleur du meuble de l'appartement. Aux incorrigibles qui
veulent encore s'occuper de toilette, nous conseillerons les larges
festons des volants de robes; c'est d'ailleurs un ouvrage trs-facile et
trs-prompt.



Rbus.

EXPLICATION DU DERNIER RBUS.

Quand le temps est  la pluie, l'amadou tarde  s'enflammer.

[Illustration.]






End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 0073, 18 Juillet
1844, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 18 JUILLET 1844 ***

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